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Quelques moments à Oman

Discussion started by Yangguizi on 2006-03-26

41 replies

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Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-26

C'est un pays qui fait souvent sourciller quand on en parle.

Les francophones croient que quand on va au Mans, on n'est pas loin de Paris. Les anglophones croient que "oh man!" marque la surprise au milieu d'une conversation. Quant aux sinophones, ils sont déroutés par la similitude phonétique entre le nom chinois du Sultanat et son voisin le Yemen ou encore la capitale jordanienne Amman.

Bref, lorsque j'ai accepté l'invitation d'une amie française vivant là-bas à venir lui rendre visite, j'ai souvent dû réexpliquer plusieurs fois mon projet à mes amis. Quant à moi, même si je parvenais sans peine à situer le Sultanat sur une carte, à en citer la capitale et à reconnaître son magnifique hymne national, mes idées sur le pays étaient limitées à quelques puits de pétrole et pas mal de sable. Ce voyage allait donc être une parfaite occasion de me cultiver un peu.

(à suivre)

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-26

Il n'y a bien sûr pas de vol direct au départ de la Chine, et il faut donc faire une escale à Dubai ou à Doha pour rejoindre Mascate. Ceux qui aiment la difficulté peuvent aussi s'amuser à passer par Delhi ou Bangkok mais c'est quand même moins pratique. En ce qui me concerne, ce fut donc sur Emirates que j'ai volé. Ou devrais-je dire que j'ai souffert. Car même si la compagnie jouit à raison d'une excellente réputation, on ne choisit hélas pas souvent ses voisins de siège quand on voyage seul. J'allais donc passer 9 heures et demi coincé entre un énorme ronfleur et un maladroit impénitent, incapable de manipuler convenablement un plateau repas ou un gobelet à café. Heureusement que le programme de divertissement d'Emirates est remarquable, car ces longues heures sans dormir m'auraient autrement paru bien longues.

Inutile toutefois de s'apesantir sur ces détails sans intérêt. Après avoir fait la queue à l'aéroport de Mascate pour obtenir mon visa, j'ai enfin pu retrouver mon amie qui m'attendait ainsi que son fidèle ami et collègue de travail, dont j'allais apprendre à apprécier la personnalité pendant mon séjour. Je vais me permettre d'employer de faux prénoms pendant tout ce récit, car j'éprouve une certaine gêne à parler de mes amis, même en bien, publiquement sur internet. Appelons-les donc au hasard Sylvie et Ibrahim. Je vous laisse deviner quel prénom correspond à la française, et lequel correspond à l'omanais.

(à suivre)

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-26

Mascate est une ville peu peuplée mais très étendue. C'est en fait une succession de quartiers isolés, reliés par des autoroutes flambant neuves. Sylvie habitant dans le vieux Mascate - un fait rare pour un étranger - le long trajet depuis l'aéroport m'a permis d'apprécier les dimensions de la ville ainsi que son charme certain.

La ville est toute blanche, et l'architecture traditionnelle est bien respectée, même pour les batisses modernes. Il n'y a aucun gratte-ciel ni aucune de ces constructions hideuses qui enlaidissent tant de pays nouvellement enrichis. Cela est dû à la volonté du Sultan de préserver le visage humain et accueillant de la ville, et il faut reconnaître que cette politique est à la fois louable et efficace. Mascate est une très belle ville, où l'on ne peut pas se sentir oppressé (si ce n'est parfois au milieu des embouteillages).

Sylvie habite donc non loin du Palais de sa Majesté, dans une très belle villa de style traditionnel. Elle m'a affirmé que c'est un quartier populaire, ce que j'ai vraiment eu du mal à croire. Mais où donc habitent les riches alors??? En tout cas le montant du loyer qu'elle paie a achevé de m'écoeurer. Une vraie bouchée de pain!

Ibrahim logeait dans la même villa pour quelques jours, le temps que sa propre maison soit dératisée. Tant mieux, cela m'a permis de découvrir plus rapidement sa personnalité vraiment attachante: un sens de l'humour hyper-développé comme je les aime, et une ouverture d'esprit et une tolérance sans doute assez rares en terre d'Islam, même si le Sultanat d'Oman se distingue de toute façon de ses inquiétants voisins par une tolérance et une mise en retrait du fait religieux qui ne sont pas de vains mots. Ce n'est pas pour rien que ce pays est parfois surnommé la Suisse du Moyen-Orient.

Malgré la fatigue accumulée par le voyage, j'ai fait un petit tour dehors, histoire de vérifier que le Palais de sa Majesté est effectivement un exemplaire parfait d'architecture kitchissime. Dehors, de nombreux écoliers en tenue traditionnelle omanaise se pressaient à l'entrée d'une école, donnant un semblant de vie au vieux Mascate qui est, il faut bien le dire, fort peu animé. Puis ce fut la visite d'un petit musée voisin sur l'histoire et l'artisanat du pays.

(à suivre)

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-26

Dès le début de mon séjour, j'ai été prévenu: à Oman l'alcool coule à flots et l'homosexualité est très répandue, y compris jusqu'au plus haut niveau de l'Etat... suivez mon regard. De ce que j'en ai vu, l'intégration entre omanais et étrangers semble assez facile, plus en tout cas que dans beaucoup d'autres pays. C'est ainsi que deux jours après mon arrivée, je me suis retrouvé invité avec mes deux amis dans un club hippique plutôt select, pour assister à une compétition amicale de sport équestre entre l'Equipe du Sultan, celle de la Police royale, et celle de l'Armée. Nous devions supporter celle de la Police, car c'est un des responsables de la Police royale qui nous avait invités (c'était en fait l'arbitre). Il me fut dit qu'il était l'amant d'un membre de la famille du Sultan, que je n'ai malheureusement pas rencontré ce jour-là. Mes amis ont toutefois réussi à m'inquiéter en me glissant à l'oreille que si nous avions tous été invités, c'était... en échange de ma présentation à ces messieurs. Une bonne blague que je n'ai pas gobée, mais j'ai quand même été un peu inquiet lorsque j'ai été laissé seul avec le responsable de la police qui a commencé à me taper sur l'épaule. Bon, de toute façon je n'étais pas à son goût apparemment, il ne m'a pas fait d'avances. 🙂

Ce sport équestre, que je ne saurais nommer en français, était très impressionnant. Des cavaliers lancés à toute allure devaient attraper avec des lances de petits bouts de bois enfoncés dans le sol. Le geste parfait des vainqueurs révélait un entrainement sans doute très long, car leur agilité était réellement impressionnante. Mes amis m'ont laissé seul pendant une heure sur les petits gradins, ce qui m'a permis d'observer aussi le jeu qui se jouait autour de moi. Il est dommage que je ne comprenne pas un mot d'arabe, car apparemment les codes sociaux en vigueur dans ce club étaient très intriguants. L'arrivée de certains personnages dans les gradins provoquait parfois des déplacements minutieux de ceux qui étaient là avant, afin que ceux au rang le plus élevé jouissent des meilleures places. Je me suis donc levé à plusieurs reprises pour serrer des mains que j'ai supposées importantes, mais personne ne m'a expliqué de quoi il retournait ni qui étaient tous ces personnages.

Après la remise des décorations, je me suis dirigé vers la sortie où j'ai été intercepté par un omanais francophone qui voulait absolument pratiquer son français. Sa maîtrise de notre langue venait en fait d'un long séjour dans les pays francophones d'Afrique Centrale, et j'ai appris plus tard que beaucoup d'omanais étaient dans son cas. Des omanais encore plus nombreux (en fait une frange importante de la population) ont aussi de nombreuses et anciennes attaches en Afrique de l'Est, et notamment à Dar Es Salaam et Zanzibar. Ibrahim par exemple a encore de la famille là-bas. De nombreux omanais présentent d'ailleurs des traits africains, de nombreux métissages ayant eu lieu au cours des siècles entre ces populations riveraines de l'Océan Indien.

(à suivre)

Quelques moments à Oman

Fabricia · 2006-03-26

Chic, voici un nouveau récit de voyage de notre résident permanent à Shanghaï !...

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-26

Le soir-même, nous étions conviés dans un autre club, en bord de mer celui-là, le club des aviateurs. La société omanaise a conservé ceci des britanniques, qu'elle est structurée en clubs privés. C'est dans ces clubs que se nouent et s'entretiennent les relations personnelles et parfois professionnelles. C'est dans ces clubs que se concentre l'essentiel des "sorties" et divertissements dans la capitale.

Un barbecue était organisé sur la plage, avec pas mal d'omanais et d'étrangers. Je n'ai pas été surpris de voir que la bière coulait à flots. Les omanais en rafolent. Cette denrée théoriquement interdite en terre d'Islam se trouve en fait facilement dès qu'on s'éloigne de la voie publique. Comme on me l'a expliqué de manière imagée (encore que...), un restaurant peut parfaitement servir de l'alcool s'il baisse le rideau qui le sépare de la rue. Dans les hôtels et les clubs donc, on peut commander absolument tout type d'alcool. Je dois avouer que ce n'est pas sans un certain amusement que j'écoutais un des omanais expliquer le concept de nourriture halal ainsi que le concept d'interdiction des boissons fermentées... le tout une bonne bière a la main

Ce soir-là était un grand soir pour Ibrahim, car un ami qu'il n'avait pas vu depuis 20 ans lui avait téléphoné dans la matinée pour lui annoncer qu'il arrivait à Mascate dans la soirée. C'était un saoudien qu'il avait connu aux USA. Ibrahim est donc allé le chercher à l'aéroport voisin avant de le ramener sur notre plage. Voyant le personnage en tenue saoudienne traditionnelle (la coiffe est différente de celle des omanais), du haut de sa cinquantaine d'années et un air que j'ai d'abord pris pour sévère, je me suis dit qu'on allait peut-être avoir droit à des remarques intéressantes sur la consommation d'alcool. Il s'est donc assis parmi nous, sans un mot ou presque. Et a rapidement éclaté de rire et enchainé bière sur bière! Qui a donc dit que les saoudiens étaient tous des pisse-froids? Décidemment ce voyage était une bonne claque pour les idées reçues.

Mes amis m'ayant arrangé une petite ballade de deux jours dans l'intérieur du pays, tôt le lendemain matin, je regardais avec inquiétude ma montre tourner. Lorsque finalement j'ai cru que j'allais enfin pouvoir aller dormir et emmagasiner des forces, le saoudien a lourdement insisté pour qu'on aille faire la tournée des bars. Humf, bon, après tout, ça promettait d'être intéressant, donc pourquoi pas...

Les bars sont presque tous situés dans les hôtels de luxe, et allah sait s'ils sont nombreux. Dans le premier, j'ai eu la confirmation que les prostituées du pays étaient en majorité chinoises (à chaque fois que je disais que je venais de Chine, on me répondait que je pourrais trouver des "compatriotes" dans les bars des hôtels). Mais l'endroit n'étant pas assez animé, le saoudien a fait du forcing pour qu'on aille dans un endroit qui bouge plus. Et il n'a pas été déçu! (et moi non plus) Le bar/discothèque voisin où nous sommes allés était mémorable! Moi qui en général ne suis pas friand de ce genre de lieu, je dois avouer que l'expérience était fascinante.

Quatre ou cinq égyptiennes en tenues sexy dansaient sur la scène sous les yeux ébahis de la clientèle à 99% mâle (Sylvie était la seule cliente de sexe féminin). Les hommes dansaient entre eux, ce qui est parait-il normal. L'alcool coulait bien entendu à flots et l'ambiance était assez festive. Au bout d'un moment, une femme voilée est entrée dans le bar et s'est assise à une table. Tiens tiens, étonnant, que venait-elle faire ici? Puis je l'a vue faire la bise à des hommes. Rien de choquant évidemment pour un occidental, mais extrêmement étonnant dans ces contrées. Il me fut ensuite dit que c'était une prostituée! Le voile a fini par tomber et elle a commencé à se trémousser devant les danseuses. Mes amis et moi avons tous eu un fou-rire en la voyant remuer ses fesses (qui d'après Ibrahim étaient suffisamment grosses pour capter ArabSat). Soit, après tout pourquoi pas... Un ou deux verres de whisky ont fini par arriver sur notre table. Ils venaient apparemment de la table d'à côté, et notamment du personnage assis à côté de la prostituée. "Welcome in Muscat" nous a-t-il dit ayant appris que certains d'entre nous étaient des visiteurs. Mais qui est-ce, ai-je donc demandé aux amis. Le maire adjoint de la capitale, m'a-t-on répondu. On m'a également dit plus tard que le maire adjoint et la prostituée organisaient en fait des rencontres homosexuelles pour des amis communs, et on a vu effectivement un ou deux couples partir discrètement.

J'ai dû me coucher vers trois heures et demi du matin, ce qui me laissait peu d'heures de sommeil pour partir enfin découvrir le pays le lendemain matin

(à suivre... plus tard)

Quelques moments à Oman

Voyageuse13 · 2006-03-26

Bonjour Yangguizi, Super ton carnet de voyage sur Oman. C'est un pays, comme pour les Emirats, sur lequel on a des idées toutes faites (généralement négatives) qui ne correspondent pas du tout à la réalité et c'est aussi un pays où j'aimerais bien aller. Alors, j'attends la suite avec impatience 🙂.

Quelques moments à Oman

Senmout · 2006-03-26

Allez la suite...!!!!!!!!!😛

Quelques moments à Oman

Parvat · 2006-03-27

Très chouette!!! Et tellement inhabituel un voyage à Oman...

"Décidemment ce voyage était une bonne claque pour les idées reçues." Vive les voyages!!!!😎

A quand la suite?

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-27

J'avais oublié de parler de ce que j'ai vu à Mascate. 🙂

L'attraction principale est la mosquée du Sultan Qaboos. Construite récemment, elle a des proportions impressionnantes et un style très agréable. A l'intérieur du dome, l'immense salle de prière accueille le plus grand tapis du monde, réalisé par des iraniens. Quant au lustre qui pend sous le dôme, il est lui aussi impressionnant. L'ensemble est donc un véritable chef d'oeuvre.

Non loin de la résidence du Sultan, un musée franco-omanais retrace l'historique des relations entre les deux pays. Le musée a été ouvert à la suite des visites réciproques de Mitterrand et du Sultan. Un endroit résolument pour les français puisqu'il n'y a que très peu de commentaires en anglais. Je reconnais que le musée fournit de nombreuses et précieuses informations sur des périodes de l'histoire en général peu connues.

Au sud-est de la vieille ville de Mascate, j'ai essayé de m'aventurer sur une petite plage privée. Bien mal m'en a pris car l'endroit était plutôt laid, il s'est mis à pleuvoir, et la mer était absolument dégueulasse à cet endroit. Je me demande encore comment j'ai pu oser me baigner. C'est d'autant plus paradoxal qu'Oman est un des pays les plus propres qu'il m'ait été donné de voir. Exception faite de quelques messieurs qui crachent à la chinoise, la propreté des villes est en général irréprochable.

(à suivre...)

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-27

Pour visiter le pays, le recours à un 4x4 est presque indispensable. Ne sachant pas conduire ce genre d'engin, surtout sur des terrains accidentés, j'ai donc dû recourir aux services d'un guide chauffeur. Mes amis m'avaient au début proposé de me joindre à des bédoins qui allaient rentrer quelques jours chez eux, mais ça n'a malheureusement pas pu se faire. J'ai donc suivi une voie touristique beaucoup plus traditionnelle. Le prix était très élevé, et je n'ose imaginer ce qui serait advenu à mon compte en banque si je n'avais pas bénéficié de ce tarif "ami"! Ceci dit, hormis la nourriture et les loyers, le pays est cher, qu'il s'agisse des hôtels ou des moyens de locomotion et des prestations touristiques.

J'ai donc passé les deux jours suivants en compagnie d'un guide fort sympathique, qui allait m'emmener dans des coins qui ne l'étaient pas moins.

A la sortie de Mascate, j'ai eu le temps d'apercevoir au bord de la route un jeune arborant un t-shirt à l'effigie d'Oussama Ben Laden. Cela a beaucoup surpris les gens à qui j'en ai parlé, mais je suis à peu près certain que mes yeux ne m'ont pas trompés. Le bonhomme a l'air très impopulaire dans le pays, et les mouvements islamistes qui ont éclos dans une bonne partie du monde arabe semblent ne pas avoir de prise à Oman. Cet accoutrement est d'autant plus étonnant que l'immense majorité de la population porte l'habit traditionnel blanc (noir pour les femmes) et des coiffes plus ou moins variées.

Direction la ville côtière de Sur, accessible par une alternance de routes goudronnées et de pistes. Une voie rapide est en chantier et bientôt, le trajet Mascate - Sur se fera... comme sur des roulettes. Mais en attendant, il faut emprunter un chemin plus accidenté. En route, on s'est arrêtés à l'entrée d'un superbe canyon, qui fut l'occasion d'une ballade à pieds très agréable. Décidemment j'adore ce genre de paysages lunaires, surtout quand ils sont agrémentés de timides végétations à leurs pieds. Le canyon abritait évidemment un wadi, c'est-à-dire une rivière asséchée, comme le pays en compte un peu partout.

Un peu plus loin, l'arrivée à Sur fut l'occasion d'un déjeuner qui avait su se faire désirer. Comme un peu partout, la nourriture était indienne avec quelques plats "locaux". Il n'y a en fait pas à proprement parler de cuisine locale, la plupart des restaurants offrant de la cuisine indienne. Le hummos, purée de pois chiches libanaise, est également très répandu, et j'en ai mangé presque tous les jours.

(à suivre...)

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-27

Sur est une jolie ville, même si ses attraits sont relativement limités. Les gens se précipitent pour aller voir le chantier naval d'où sortent encore des bateaux traditionnels. J'avoue que cela ne m'a que modérément impressionné et j'ai préféré admirer le front de mer et la jolie promenade donnant sur la lagune.

Direction ensuite le désert où je devais passer la nuit. Malheureusement, on m'avait envoyé dans un campement aménagé, qui tenait plus de l'hôtel bungalow que du camp en plein désert. Mais comme à toute chose malheur est bon, j'ai finalement été bien content d'avoir ce toit quand... il s'est mis à pleuvoir. Quelques timides gouttes tout d'abord puis de véritables trombes d'eau. Mes espoirs d'admirer la Voie Lactée ce soir-là ont donc été réduits à néant. Il parait que ça arrive assez rarement (comme le disait M. de Lapalisse en parlant des déserts), mais ce n'est pas première fois que j'amène le mauvais temps dans un désert. En fait je m'en suis fait une petite spécialité.

Ce faux séjour dans le désert m'a cependant permis de discuter avec un couple d'anglais très intéressant qui était expatrié au Moyen Orient depuis déjà pas mal d'années. Lorsqu'ils se sont eclipsés, il ne restait plus que le guide, le responsable du campement, et moi-même. Et une bonne quantité de cannettes de bière que le guide avait voulu qu'on achète avant d'entrer dans le désert. Je sais bien qu'il est prudent de s'équiper contre la soif quand on va dans ce genre de coin, mais j'avoue que j'avais sous-estimé la descente du bonhomme, qui apparemment tient une moyenne de 5 ou 6 cannettes de bière par soirée. La discussion a inévitablement pris un tour politique, et tous les sujets d'actualité moyenne-orientale y sont passés. Lorsqu'on a commencé à découvrir quelques divergences de vue, le guide a pris l'initiative de changer de sujet et de me montrer les sms érotiques qu'il échangeait depuis un moment avec une de ses nombreuses petites amies européennes, qui devait venir le voir dans deux semaines. Apparemment le type les collectionne, malgré la petite amie charmante dont il m'a montré la photo.

(à suivre...)

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-27

Le lendemain matin, retour sur le siège passager du 4x4 pour jouer dans les dunes, et prendre la direction de la ville d'Ibra. J'ai eu la surprise d'y découvrir une pancarte à l'extérieur d'une école islamique disant ceci, en anglais: vous voulez être libre, fort, moraliste, et être une personne de valeur? Embrassez l'Islam!

Ca m'a fait sourire, mais les omanais à qui j'ai montré la photo n'en revenaient pas. Ca a énervé Ibrahim qui déteste le prosélytisme religieux, et qui m'a affirmé que ce genre de chose étaient très rares car... interdites.

Quelques villages en ruines plus loin, j'ai enfin pu voir le "grand Canyon" qui m'a moins plu que celui de la veille, mais qui aurait pu être sans aucun doute le lieu de randonnées superbes si j'avais eu plus de temps devant moi. Ces villages abandonnés en bordure des villes ont assurément quelque chose de triste et de romantique à la fois. Ce sont des morceaux d'histoire qui sont abandonnés à la désolation, Oman ayant lui aussi connu dans une certaine mesure une forme d'exode urbain.

Un peu plus loin, ce fut enfin Nizwa, l'une des plus belles villes du pays. Son fort et sa mosquée adjacente plantés au milieu de la vieille ville sont superbes, et la vue des remparts est grandiose: maisons, basses, palmiers, et montagnes en toile de fond sont un parfait décor de carte postale. C'est sans doute l'image idyllique qu'ont la plupart des gens du Moyen Orient.

Je suis enfin rentré comme prévu à Mascate en fin d'après-midi, juste à temps pour me reposer avant l'avion du lendemain.

(à suivre...)

Quelques moments à Oman

Fabricia · 2006-03-27

Très intéressant reportage, comme tous ceux que tu rapportes de tes (nombreux) voyages.. Y aura-t-il bientôt de belles photos sur ton site ?

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-27

Le lendemain matin donc, direction l'aéroport de Mascate pour attraper mon vol Oman Air à destination de Khasab, dans la péninsule de Musandam, tout au nord du pays, enclavée dans les Emirats Arabes Unis et faisant face au détroit d'Ormuz et à l'Iran.

A l'enregistrement, j'ai fait la queue derrière une dame française d'un certain âge, voire d'un âge certain, et qui maugréait dans sa barbe contre le fait que le personnel d'Oman Air ne parle pas français. C'est vrai que c'est un scandale!!!😎 Je l'ai donc aidée dans ses démarches, ne sachant pas quelle erreur je faisais là.

Sur le tarmac, je me suis rendu compte que c'était un ATR à hélices qui allait nous emmener là-bas au terme d'une bonne heure de vol. Chouette, ça fait longtemps que je n'en avais pas pris, et en plus ça vole à basse altitude ces bestioles, ça annonçait donc de superbes vues aériennes en perspective. La dame âgée de l'enregistrement est venue s'asseoir à côté de moi, et, sachant que j'étais francophone, a engagé la conversation. Quel cauchemar...

La dame m'a déroulé tout son cv de voyageuse. J'ai fait ci, j'ai fait ça, et j'ai aussi fait ça. Je déteste le mot "faire" quand on parle des voyages. D'ordinaire, je corrige immédiatement en disant que non, ce n'est pas vous qui avez fait l'Ethiopie, ce sont les Ethiopiens et la géologie qui l'ont faite. La dame était intarrissable sur ses voyages certes nombreux, mais dont je devinais qu'ils avaient tous été faits dans le cadre de voyages super organisés, comme celui auquel elle participait à Oman, comme l'a attesté la paperasse d'un célèbre voyagiste qu'elle était toute fière de me montrer. Ce qui m'a fait rigoler, c'était surtout ses jugements: moi je connais bien l'Asie, blabla bla, les chinois ils sont sympas, non? blabla bla... Si elle n'avait pas été aussi âgée, j'aurais pris un grand plaisir à la contredire en lui rétorquant que je vois mal comment on peut prétendre connaître un continent entier sans parler un seul mot d'une langue étrangère et sans s'aventurer hors des circuits prémachés des voyagistes. Mais bon, je me suis abstenu. Cela n'aurait de toute façon servi à rien. J'ai aussi fait semblant de ne pas entendre quand elle a commencé à déballer ses propos racistes anti-arabes (ceux de France, hein, ceux d'Oman ils sont acceptables puisqu'ils sont chez eux). Je n'avais pas du tout envie de m'énerver, et ai prétexté le bruit assourdissant des moteurs pour mettre un terme à la conversation. De toute façon, on approchait de la côte découpée du Musandam, et ce genre de spectacle, ça s'apprécie sans bruit parasite.

(à suivre...)

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-27

Merci pour tes commentaires 🙂

Il y a énormément de photos sur mon disque dur. Hélas ça va me prendre beaucoup de temps pour tout mettre en ligne. D'expérience, je préfère ne pas m'avancer sur un calendrier. 😛

Quelques moments à Oman

Fabricia · 2006-03-27

😉... Je ne voudrais pas te mettre la pression pour les photos d'Oman... surtout pas ! J'aurais bien trop peur de ressembler à cette dame 🏴‍☠️.

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-27

L'arrivée sur l'aéroport de Khasab est majestueux. L'avion se faufile entre des pics acérés avant d'engager son approche finale sur l'aéroport. C'est sans doute un des plus beaux vols que j'ai jamais faits.

Sur le tarmac, un petit appareil iranien me rappelait que ce grand pays qui m'attire tant n'était pas loin. Patience, dans un peu plus d'un mois j'y serai peut-être...

Je n'avais pas de bagage avec moi et suis donc directement sorti de l'aérogare, sans avoir aucun plan. On m'avait dit que ce serait facile de trouver un hôtel et d'organiser les visites sur place, j'y suis donc allé à l'aveuglette. Tout ce que je voulais en fait, c'était fuir le petit groupe de français auquel appartenait la dame.

Mais surprise en sortant de l'aérogare: aucun bus, aucun taxi, juste quelques mini-bus pour les groupes de touristes, et quelques voitures particulières. Je crois que c'est la première fois que je voyais ça à une sortie d'aéroport. Sans moyen de transport et sans savoir où j'allais, ça ne ressemblait pas encore à une galère, mais j'ai quand même imaginé les solutions les plus folles comme... demander aux français qu'ils me déposent en ville en mini-bus. Naaaaaan, je n'ai pas pu m'y résoudre et ai donc cherché une autre solution. Je suis rentré dans l'aérogare et ai abordé l'agent de sécurité: bonjour Monsieur, bonjour, dites moi, sauriez-vous comment je peux rejoindre le centre-ville de Khasab? le bus de votre hôtel devrait vous attendre dehors, il ne va pas tarder sinon. euh... quel bus? Je n'ai pas d'hôtel. vous n'avez pas d'hôtel??? ben non. vous venez seul ici??? ben ouais. Il me regarde avec des yeux tous ronds, remplis de pitié. je ne peux rien faire pour vous, essayez de faire du stop.

C'est vrai que cette destination n'a pas l'air très prisée des occidentaux voyageant en individuel. Il n'y a quasiment que des personnes âgées voyageant en organisé. Crotte alors!

Après m'être fait refouler par un mini-bus rempli de jolies philippines (je l'avais choisi au hasard) car il allait vers Dubai, et avoir essuyé d'autres échecs, on a fini par me conseiller de m'incruster dans un des mini-bus du seul hôtel de luxe de la région. Bon, pas le choix, j'ai choisi cette option, en disant au chauffeur de me déposer en ville. "hôtel ou tour?" m'a-t-il demandé? Hum, disons plutôt une agence de voyages, au moins ils devraient pouvoir me donner des tuyaux.

Dans le bus je discute avec un suisse allemand: et bien, vous en avez de la chance, on allait partir et oui, c'est fou ça, un aéroport sans bus ni taxi vous allez aussi au Golden Tulip? (le nom de l'hôtel) euh non, en fait je pars à la chasse aux infos vous n'avez pas réservé d'hôtel??? euh non, pourquoi? mais enfin tout est complet une semaine à l'avance, et il n'y a que deux hôtels dans la région. ça ça m'étonnerait. Avec tous les gens qui viennent ici, il y a forcément des hôtels. vous êtes bien optimiste. Mais vous pourrez sans doute vous faire inviter quelque part (je me demande s'il y avait de l'ironie dans ses propos)

C'est finalement à l'agence de voyages de l'hôtel de luxe que j'ai atterri. Je n'avais rien contre leurs prestations, mais l'idée de visiter la région avec les occidentaux de l'avion m'emplissait d'effroi, et j'ai juste demandé où loger. L'indienne qui avait manifestement peu l'habitude voir des voyageurs qui ne sont pas prêts à dépenser des centaines d'euros par jour me regardait avec un certain mépris, avant de me dire qu'elle connaissait un hôtel une étoile pas très loin. Parfait, ai-je répondu, je prends!

(à suivre... plus tard)

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-27

J'aurais bien trop peur de ressembler à cette dame 🏴‍☠️.

Alors ça il n'y a vraiment aucun risque! Vous êtes vraiment aux antipodes l'une de l'autre! 😎

Quelques moments à Oman

Parvat · 2006-03-27

J'actualise non stop... Mais non, plus de suite, bon je vais patienter... Merci tout plein!!!😎

Quelques moments à Oman

Kalkan · 2006-03-27

sympa, un vrai régal à parcourir merci

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-28

Après avoir rejoint ledit hôtel tenu par des indiens (ou étaient-ils pakistanais?), j'ai rapidement compris qu'il y avait deux choses principales à faire dans le coin: une ballade en bateau dans les fjords, et une ballade en 4x4 dans les montagnes. Une demi-journée pour chacun, car hélas, mon avion du lendemain était trop tôt dans l'après-midi pour pouvoir me permettre une journée entière sur l'eau. Instinctivement, je suis allé me ballader du côté du port, pour voir si je ne pouvais pas par hasard embarquer sur un bateau de pêcheur, mais les prix qu'ils demandaient étant supérieurs à ceux des agences, j'ai renoncé.

Aucun bateau n'était prévu pour naviguer dans l'après-midi en raison du manque de touristes. Personne non plus pour partager un 4x4, j'allais donc une fois encore payer le prix fort. Tandis que je m'apprêtais à partir pour la montagne, des koweitiens m'ont demandé si j'allais plonger. Ce n'est pas mon truc, je n'ai jamais essayé et j'ai donc répondu que non.

En route pour la montagne donc. C'est ainsi que trois minutes plus tard je me suis retrouvé sur un bateau, sans trop comprendre comment le capitaine de l'embarcation comptait gravir les sommets. Je sais bien qu'il y avait du vent, mais quand même... Vive l'organisation indienne! On ne m'avait en fait pas dit que deux anglais avaient aussi manifesté de l'intérêt pour une petite croisière, et nous nous sommes donc retrouvés tous les trois dans la même galère... à moteur.

Ce fut une après-midi magnifique. Les fjords ne sont évidemment pas d'anciennes vallées glacières, mais la côte découpée et en dentelle, faite de rochers plongeant dans le détroit d'Ormuz a valu au Musandam le surnom de Norvège du Moyen Orient. Après la Suisse, la Norvège donc! Cet Oman, c'est un véritable concentré d'Europe!

Dans les fjords donc, des dauphins jouant à sautiller au loin, et plongeant dès qu'on voulait s'approcher un peu. Des méduses aussi. Beaucoup de méduses, de toutes formes et de toutes tailles. J'ignorais qu'il pouvait y en avoir d'aussi variées. La densité était vraiment inquiétante quand on songeait qu'on était censé se baigner dans des eaux aussi mal fréquentées.

Nous avons heureusement mis le cap vers un coin un peu mieux fréquenté, où on a pu faire de la plongée tuba au milieu des poissons. Malgré les promesses du capitaine, je me suis quand même fait grignoter le pied par une méduse. Bon, ça a juste écourté mon séjour dans l'eau, ce n'était pas vraiment douloureux en fait. Sans doute un bébé.

Après quelques heures au milieu de ces paysages magnifiques, nous sommes arrivés au port où nous nous vimes... très loin de trois mille. L'endroit n'est vraiment pas très fréquenté.

(à suivre...)

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-28

Après avoir fait le tour de la ville la nuit et demandé à quelques dizaines de personnes, j'ai fini par trouver un cybercafé puis ai grignoté un peu de nourriture indienne avant d'aller enfin dormir. Khasab est en fait une toute petite ville, environ 15000 habitants, et elle n'est pas vraiment passionnante, si ce n'est par sa forte minorité (ou est-ce une majorité?) indienne.

Au petit (pas si petit que ça) matin, j'ai donc embarqué dans un vrai 4x4 pour gravir de vraies montagnes. Des paysages arides et des canyons comme je les aime! Sur le chemin, paysages grandioses et chasse aux fossiles (non, je ne parle pas des passagers de l'avion). Le temps était clair mais on ne voyait malheureusement pas l'Iran, distant de seulement une trentaine de kilomètres. Le chauffeur racontait qu'on ne le voyait que rarement, par temps exceptionnellement clair. De nombreuses maisons de bédouins abandonnées à flanc de montagne, d'autres encore habitées, quelques très timides paturages par ci par là, il y avait bien une vie dans ces montagnes, et on a croisé de nombreux bédouins qui descendaient en ville pour aller prier. Nous étions vendredi. Le chauffeur, brave père de famille avec 4 enfants avait l'air plus "stable" que le chaud lapin des jours précédents. Puis il finit par m'avouer qu'il allait de temps en temps voir sa maîtresse à Mascate. Il devait y aller la semaine suivante d'ailleurs. Puis, parlant de ses quelques séjours à l'Etranger, il a fini par briser cette apparence bien tranquille. "L'Egypte? Pas mal oui, il y a des filles. Mais tu ne peux pas les ramener dans ta chambre. La Thailande? Ah oui, très bien, tu peux boire avec elles et passer la nuit avec." Humfff, bon, no comment.

Nous sommes rentrés en ville vers midi et demi, pour découvrir une ville déserte et morte. Tous les rideaux étaient baissés et il n'y avait quasiment pas une âme dans les rues. Le chauffeur qui avait d'ailleurs l'air pressé d'en finir lâcha enfin "bon, bonne continuation, là je vais prier, au revoir". Je suppose qu'il a dû prier pour que son futur séjour à Mascate soit le plus agréable possible. 🙂

Vendredi midi, jour de prière, les prêches retransmis par hauts-parleurs, toute la population agglutinée dans et autour des mosquées, c'était vraiment une atmosphère étonnante. C'est curieux, j'ai beau éprouver une grande aversion pour toutes les religions, cette atmosphère ne m'a pas déplu, je ne sais pas pourquoi.

Après avoir rapidement avalé un délicieux falafel hoummos et un non moins succulent agneau au curry - une fois tout ce beau monde sorti des mosquées -, j'ai lentement pris le chemin de l'aéroport. A pieds. En fait il est juste à côté de la ville, juste ce qu'il faut pour faire une marche digestive. Sur le chemin, une dame britannique fit signe à son chauffeur de me laisser monter à bord. Apparemment elle voulait être la première à me l'annoncer: le vol serait annulé à cause du vent très fort.

Une nouvelle pas terrible donc, ai-je rétorqué. "mais non, c'est très bien. Ils vont nous y emmener par la route" dit-elle sur un ton martial.

L'aérogare était curieusement vide. Le vol était effectivement annulé, et nous n'étions que six passagers. C'est curieux pour une fin de week-end, surtout en sachant que le vol aller était plein et avait même une liste d'attente. Quatre autres français sont arrivés un peu plus tard et se sont fait enguirlander par le responsable de l'aéroport car ils n'étaient pas dans les temps. Finalement, Oman Air a pu trouver trois voitures pour tous nous emmener à Mascate. Un long trajet nous attendait.

(à suivre, plus tard...)

Quelques moments à Oman

Fabricia · 2006-03-28

nous sommes arrivés au port où nous nous vimes... très loin de trois mille.

😉... mais vous n'étiez pas partis 500 !!! Une plongée malgré toi dans les eaux mal fréquentées : voilà encore une expérience savoureuse.

Quelques moments à Oman

Pataugas · 2006-03-29

Comment? Rien! Je jette un peil sur ma toquante: l'heure de yangguizi est passée et il n'y a pas de mise à jour ... Oh mais il semble être en ligne, la suite du récit ne devrait pas tarder! 😛😉

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-29

bien vu! Mais je rentre d'une soirée arrosée avec des amis, et là j'ai vraiment du mal à me concentrer. Pfffffiou...

Va falloir attendre demain je crois. 🙁

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-31

Le chauffeur nous avait prévenus, il respecterait les limitations de vitesse, à 120 kilomètres heure, et nous mettrions donc un peu plus de temps que la plupart des gens. Ce n'est pas très grave, la discussion que nous allions avoir avec lui et la britannique allait être très intéressante, et je ne me suis donc pas du tout ennuyé malgré la monotonie de la route. C'est l'anglaise qui avait raison, le vol annulé était une véritable aubaine, puisque la traversée des Emirats pour rejoindre Mascate est un trajet qui vaut la peine d'être fait au moins une fois.

Si vous avez bien retenu le cours de géographie dispensé plus haut, vous vous souvenez que le Musandam est en fait une enclave omanaise dans le territoire des Emirats Arabes Unis. Pour rejoindre le reste d'Oman par la route, il faut donc sortir du pays et y re-rentrer. Concrètement, ça veut dire faire annuler son visa omanais à la frontière, avoir un tampon émirien, et quelques heures plus tard annuler le tampon émirien (moyennant un prix de 4 euros) et racheter un nouveau visa omanais (moyennant un prix de 12 euros). Oman Air ne nous rembourserait pas ces frais, et nous nous sommes en quelque sorte payés sur la bête, en convaincant le pauvre chauffeur de nous ramener directement chez nous, et non à l'aéroport de Mascate. Mine de rien, ça faisait une belle trotte en plus.

Mais revenons donc quelques heures plus tôt. La côte ouest du Musandam est superbe. La montagne plonge littéralement dans la mer, et la route parfaite qui avance sur une étroite corniche au raz de la mer est magnifique. Le vent était très fort et les couleurs de la mer somptueuses. Etait-ce le Golfe Persique ou le Golfe d'Oman? Nous étions entre les deux. On pouvait voir les super tankers franchir le détroit d'Ormuz et prendre la mesure de l'importance stratégique du lieu. Tandis que les vagues déferlaient au bord de la route, on pouvait admirer quelques improbables surfeurs qui s'aventuraient sur les petits rouleaux.

Après le passage de la frontière émirienne, les reliefs commençaient à s'estomper, et nous avons rapidement rejoint la plaine désertique. Un peu plus loin, c'était le passage obligé à Ras al Qaima, capitale de l'Emirat du même nom. Nous ne nous y sommes que brièvement arrêtés, juste pour photographier une mosquée et dire que nous avons foulé le territoire émirien, comme nos passeports l'indiquaient désormais. Ras al Qaima, ou plutôt ce que nous en avons vue, est moche. Les strictes règles architecturales omanaises n'ont pas d'équivalent là-bas, et la comparaison est sans appel. Les omanais sont fiers de leur différence par rapport à l'encore plus riche voisin émirien, et ils ont raison. Le chauffeur n'a évidemment pas manqué de nous le faire remarquer.

A la sortie de la ville, nous avons bifurqué en direction de Fujairah, émirat de l'est du pays, au bord du Golfe d'Oman. En chemin, le désert n'était pas si désert que ça, et nous avons croisé grand nombre d'échoppes, villages et autres raffineries de pétrole. La nuit a fini par tomber lorsque nous avons traversé la ville de Fujairah. Ce nom m'avait toujours fasciné, je ne saurais dire pourquoi. C'est un peu comme Tombouctou, Ushuaia, ou Peshawar, ça fait partie de ces points sur une carte qui attirent l'attention, et je me sentais tout drôle à l'idée de traverser cette ville - sans le moindre intérêt - qui me fascinait tant. C'est complètement irrationnel, mais il m'arrive parfois, rarement, de fonctionner comme ça. Ce que nous avons vu de Fujairah? Des gratte-ciels dans le quartier d'affaires, de grandes et larges routes, et une station service. J'en ai profité pour soulager ma vessie. C'est ainsi que tout ce que j'aurais réussi à faire dans ce "lieu de mes rêves" fut de pisser un coup.

La frontière omanaise n'était pas loin. Nous avons d'abord payé notre taxe de départ des Emirats, où, heureusement ils acceptaient la monnaie omanaise. J'ai payé pour les deux passagers, quitte à s'arranger plus loin. Curieusement nous nous sommes garés et avons attendu. Nous avons attendu. Encore. Et encore. Pourquoi ne redémarrions nous pas? La britannique a commencé à perdre son flegme tandis que nous interrogions le chauffeur.

"Vous avez trop payé et ils n'ont pas la monnaie. Il faut attendre."

Très fort! Se retrouver coincé à une frontière parce que le policier n'a pas de monnaie à vous rendre, c'est plutôt coquet et ça manquait à ma collection. J'ai fait passer le message comme quoi je me foutais du demi-rial qu'on devait nous rendre et que je préférais rentrer dormir le plus tôt possible. Mais ça ne pouvait pas se passer comme ça, non. Le policier DEVAIT nous rendre la monnaie, sinon il aurait des problèmes. Ca apparaîtrait dans sa comptabilité, on lui poserait des questions, et... il aurait des problèmes. Nous n'avions donc pas le droit de passer. L'anglaise s'est franchement énervée, tandis que j'ai préféré rire du comique de la situation. Ca me ferait un truc à raconter sur VF.

Environ un quart d'heure plus tard, cinq dirahms émiriens ont atterri dans mon porte-monnaie, et je me suis juré de les garder comme trophée.

La fin du voyage s'est passée sans encombre. Sept heures et demie après notre départ de Khasab, j'étais à la maison.

(à suivre...)

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-31

Le lendemain, c'était shopping. Je suis retourné au Souq, histoire de faire un trou encore un peu plus gros dans mon portefeuille. Encens, myrrhe, brûleur d'encens, lampes et autres babioles ont finalement rempli un très gros sac, qui aura entre autres servi à me donner bonne conscience d'avoir emmené avec moi une valise bien trop grosse pour un si court voyage.

Il ne me restait plus grand chose à faire en ville, sinon discuter une dernière fois avec les amis. J'ai oublié de demander à être emmené dans un de ces magasins qui affiche fièrement à l'entrée "ici, nous ne vendons pas de produits danois ni norvégiens". Il parait qu'il y en a quelques uns, j'aurais aimé voir ça.

Sur le chemin de l'aéroport, nous avons pris un pot (alcoolisé of course) dans un des palaces de Mascate. Après avoir dit au revoir et remercié les amis pour leur si bon accueil, j'ai enfin pris le chemin du retour et ai fait les cent pas dans le duty free de l'aéroport de Mascate. Il fallait que j'achète un truc à bouffer pour les collègues, comme le veut la tradition dans notre boîte. Ca allait être des dattes (qu'ils allaient tous unaniment détester). Mais pour cela il fallait payer, et j'étais à cours de rials. Je ne voulais pas changer d'euros pour un si petit achat, ni utiliser ma carte de crédit et payer une commission disproportionnée. Il ne restait plus qu'une seule solution. Je m'y suis résigné à contre-coeur, ça m'a fait beaucoup de peine et je le regrette encore. J'ai dû me séparer de mon billet de 5 dirhams péniblement acquis la veille. C'était juste l'appoint qui me manquait. Adjugé! Tout à l'heure encore, j'ai eu une pensée émue en voyant toutes ces dattes trainer dans un coin à côté de la machine à café, personne n'en voulait. J'aurais mieux fait de garder mon billet!

Malgré mon billet Emirates, j'allais voler sur Oman Air en partage de code. Le vol s'est bien passé, malgré un petit retard, mais ce détail allait avoir son importance, comme je l'ignorais encore. Direction Dubai.

(à suivre... et oui)

Quelques moments à Oman

Pondy · 2006-03-31

Allez, continue tout de suite, je ne peux plus prendre datte pour la suite, je suis très impatiente et tu as dit que ce soir tu étais reposé alors....😏

Dom.

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-31

J'adore l'aéroport de Dubai. C'est sans doute mon préféré au Monde, même si ce n'était jamais que le deuxième aller retour que je bouclais via Emirates. J'adore donc cet aéroport oui. Non pas en raison de son duty free sans le moindre intéret, mais plutôt pour le spectacle permanent qui s'y déroule. Je suis d'abord aller chez le marchand d'or, histoire de vérifier si par hasard le fille que je connais n'y était pas. Non, peine perdue. C'est la quatrième fois que je passais par cet aéroport, et je n'ai pas encore eu la chance de la voir, alors que je sais qu'elle y travaille. Pas de chance.

Il restait donc à faire les cent pas, ce qui encore plus passionnant que de rester assis. Des gens de tous horizons, partant ou arrivant des quatre coins de l'eurasiafrique (ce mot est de moi, mettez un (c) si vous l'utilisez svp). Je rêve des heures durant devant les panneaux d'affichage et leurs départs pour Jaipur, Teheran, Peshawar, et même Paris.

Il y a quelques postes internet gratuits aussi. Je vais y faire un tour pour aller voir les derniers ragots qui circulent sur VF. Rien de bien passionnant ce soir-là. Tandis que je pianote, un pauvre hère m'aborde, son billet d'avion à la main.

"bangladesh", c'est tout ce qu'il sut me dire. Il ne parlait apparemment pas anglais et ne comprenait pas ma question "quelle est votre question?" Difficile de l'aider dans ses conditions. Peut-être a-t-il eu plus de chance avec un de ses nombreux compatriotes qui trainaient dans l'aéroport.

Cinq minutes plus tard, c'est un indien qui venait m'aborder. "Plane India", sut-il me dire. Je n'ai pas su mieux l'aider que l'autre. Mais pourquoi donc sont-ils venus m'aborder ces deux là? Deux explications: un type qui pianote sur un ordinateur, c'est forcément un employé de l'aéroport, donc il est là pour aider, ou j'étais tellement bronzé qu'ils m'ont en fait pris pour leur compatriote.

Peut-être un mélange des deux en fait.

Je commençais à avoir faim. Mais n'ayant ni rials, ni dirahms (argggggh), je ne pouvais pas m'acheter grand chose. Oman Air n'avait pas servi grand chose à manger, et je redoutais que le premier plateau repas d'Emirates ne soit succint. Pour tuer le temps, je suis allé demander une carte de fidélité au bureau d'Emirates, ça pourra toujours me servir.

Une heure avant le décollage de l'avion, je faisais toujours mes cent pas. Et tout d'un coup je l'ai vu!!!

Un restaurant gratuit pour les passagers d'Emirates!!!!!! Nom de zeus et d'allah!!!!! On ne m'avait point prévenu qu'il existait une telle caverne d'Ali Baba à l'aéroport. Je me précipite à l'accueil pour demander quelles sont les conditions: être passager d'Emirates et avoir au moins 4 heures de transit.

4 heures et quelques minutes pour moi. C'était mon jour de chance, et j'ai donc fait la queue, sachant que je pouvais encore attrapper mon avion pour Shanghai. Et là le couperet est tombé:

"monsieur, vous n'avez pas le droit de manger ici, vous n'êtes pas passager Emirates." Quoi???????????????????? Et mon billet c'est un Air Monaco peut-être???? Le type refusait de comprendre le concept de co-sharing et persistait à me considérer comme un omanairien (encore un mot de mon invention. Copyright svp). Il fallait donc, pour entrer dans la caverne d'Ali Baba, que j'aille au Bureau d'Emirates, que je leur explique la situation, et qu'ils téléphonent au bonhomme. Je regardais ma montre, c'était juste, d'autant plus qu'on commençait à appeler mon vol... qui était en avance!

J'étais furaxe. Il est très difficile de me mettre en colère, mais on ne plaisante pas avec mon estomac. Il y a des hommes qui ont une bite à la place du cerveau, moi j'ai un estomac. Je deviens complètement irrationnel quand on m'empêche de manger. Je repasse donc le contrôle de sécurité dans l'autre sens, et vois une queue gigantesque. Impossible d'y arriver. Je repasse à nouveau le contrôle de sécurité, retourne au restaurant, me fais indiquer un nouveau bureau Emirates où il y a moins de monde, et parviens enfin à expliquer ma situation à une employée compréhensive.

Il faut bien comprendre que je ne me mettrais jamais dans un tel état si mon estomac n'était pas derrière tout ça. C'est lui qui s'exprimait en fait en disant que l'organisation d'Emirates pouvait encore être améliorée. Malgré son autorisation, je ne pouvais pas manger car cette fois c'est le temps qui manquait. Je suis quand même retourné au restaurant pour faire valoir mes droits et laisser mon estomac exprimer son mécontentement.

J'ai fini par embarquer le ventre vide, et ai eu l'heureuse surprise de constater que je n'aurais personne à côté de moi, ce qui signifie pas de ronflements, et de la place pour dormir. Mais l'avion ne décollait pas, on attendait quelque chose. Un passager manquant. Il a fini par arriver. C'était un obèse. Il s'est assis à côté de moi. Il ronfla beaucoup pendant tout le vol.

Fin.

Quelques moments à Oman

Fabricia · 2006-03-31



Un retour douloureux pour ton estomac, berc�� par les ronflements du voisin. Mais tu aurais pu manger les dattes !

Quelques moments à Oman

Pataugas · 2006-03-31

"C'était un obèse. Il s'est assis à côté de moi. Il ronfla beaucoup pendant tout le vol."

A-t-il appliqué le principe selon lequel "qui dort dîne"? Et toi? Après toutes ces contrariétés sur l'estomac, quid du plateau-repas?😉

Quelques moments à Oman

Anne75015 · 2006-03-31

Enfin! Le mot FIN est apposé à la fin du message de Yangguizi 🙂

Dire que j'ai traîné pendant des jours l'âme en peine sur VF pour attendre de lire la suite de ton carnet de voyage! Un grand MERCI de t'être donné la peine de l'écrire. Très informatif, avec beaucoup de choses que tu as vues et que je n'aurais jamais pu connaître en tant que femme 🙂 (je parle de la première partie de ton voyage à Muscat).

Et détail le plus important: la pluie! Nous on y était la dernière semaine de février. On a eu 2 jours de pluies presque continues, et on nous avait dit qu'à Oman, il pleuvait 2 fois par an, chaque fois pas plus d'un quart d'heure. Pendant notre séjour, il a plu pendant deux jours de suite (je regarde dans mon carnet: c'était le weekend, les 23-24 février). Il y a eu des embouteillages monstre, des routes coupées, des parking inondés (il fallait voir le parking à Nizwa...). Et voilà que tu me dis que 1-2 semaines après, il s'est remis à pleuvoir!!!! Quelle drôle d'année climatique...🤪

J'avais promis d'écrire un petit topo à mes amis à mon retour d'Oman (coucou Parvat 🙂) mais je n'en ai plus besoin, le tien leur donne largement un aperçu du pays 🙂

Encore merci!

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-31

C'est trop tard, tu t'es déjà grillée, tu as dit que tu avais un carnet 🙂

Te voilà obligée de le partager avec nous maintenant. 😛

C'est vrai que ça a été une année pluvieuse au dire des locaux.

Quelques moments à Oman

Anne75015 · 2006-03-31

Je suis devenue Yangguizi-addicted!!!! Ca ne fait pas bien longtemps que je fréquente ce forum, et je viens de découvrir tous tes autres carnets de voyage! Je me fais une petite séance d'impression pour me rajouter un peu de lecture pour ce weekend 🙂

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-03-31

ouh la la, je deviens aussi rouge que mon avatar... 😊

Quelques moments à Oman

Anne75015 · 2006-03-31

C'est trop tard, tu t'es déjà grillée, tu as dit que tu avais un carnet 🙂

Te voilà obligée de le partager avec nous maintenant. 😛

Mon carnet n'est pas un vrai carnet, c'est un carnet de notes qui m'accompagne, plus pour noter les dépenses, ce qu'on fait, les horaires des vols ou bus à prendre, rdv quand il y en a, numéros de téléphone. Il y a des choses du style "24 février 2006 - Nizwa: Pluie. Route de Bahla coupée. Demi tour au 2e wadi et retour sur Nizwa. Déambulations dans la vieille ville. Nuit au Majan GH"

Donc rien de bien intéressant... Parvat se contentera de TON carnet bien plus intéressant 🙂

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-04-01

Pour ceux que ça intéresse, les photos sont en ligne sur mon site. Il y en a 169. Tout ça moins d'une semaine après mon retour, je vous avais habitué à pire! 😉

Quelques moments à Oman

Fabricia · 2006-04-01

Je viens d'admirer les premières photos d'Oman (Mascate) sur ton site dont j'étais, il y a quelques minutes, le 89065ème visiteur. Ce qui frappe, au premier regard, c'est l'éblouissante blancheur des édifices finement ajourés, la splendide coupole de la mosquée Sultan Qaboos et la beauté des chevaux. Et ce n'est que la première page de ton album ! J'y ferai d'autres visites avec le même plaisir de découvrir un pays surprenant dont tu nous as si bien parlé dans tes récits...

Quelques moments à Oman

CatherineGil · 2006-04-03

Je me joins aux pompom girls bravo, bravo.

Et je me suis précipité pour voir les photos de Oman .

Sais tu quel est ce splendide arbre fleuri jaune autour duquel tu tournes pour photographier le palais du Sultan ? Vu d'ici, il me semble que c'est un acacia ?

Quelques moments à Oman

Yangguizi · 2006-04-03

hum, euh... excellente question. J'ai droit à un joker? 😊

Quelques moments à Oman

Sapeu · 2008-08-05

sympa ce carnet de voyage. Je dois partir vire à Oman pour deux ans (choix entre mascate et Sur). Je e sais pa si ton amie y vit encore et ce qu'ele faisait là bas mais je ne travaillerai certainement pas (c'est mon fiancé qui a un poste là bas). Je suis preneuse de toutes infos sur la vie là bas (notamment pour un femme), les activités, la possibilités de passer son permis.... merci de vos contributions.

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