Photo N° 2
Fragment du rêve avorté de la République Guarani. Réduction jésuite de San Ignacio.

Et...pour les curieux, cet extrait de notre blog 🙂
Les réductions sont toutes construites selon le même plan d'ensemble :
Autour de la grande place centrale en forme de rectangle et faisant face à l'entrée de la réduction on trouve l'église et le "collège"qui est la résidence des jésuites ( seulement deux ou trois religieux par réduction). A gauche en sortant de l'église, la maison du gouvernement et les maisons des caciques un peu plus grandes que les maisons des artisans et des ouvriers agricoles. Sur l'aile droite de la grande place centrale, une rue entre les maisons donne accès à une autre place plus petite avec autour les ateliers, forge, travail du bois, de la pierre, ateliers de fabrication d'instruments de musique ( violon notamment ) peinture, chant, dorure, imprimerie etc... c'est à la réduction de Loreto qu'à été imprimé le premier livre en Amérique Latine et à Santa Maria Majore qu'à été écrit et imprimé le premier livre écrit par un guarani. Dans ces ateliers, les jésuites, soit les jésuites résidents, soit des jésuites invités venant d'autres réductions en visite, ou des Missions, transmettaient leurs techniques qui étaient ensuite enseignées aux enfants Guaranis par les artisans ayant atteint un bon niveau d'expertise. Derrière la place des ateliers se trouvait l'école où les jésuites enseignaient les enfants des caciques. Derrière la résidence des jésuites, ( le collège ) une galerie ouvrait sur le jardin des jésuites où ils faisaient pousser les légumes et les arbres fruitiers dont ils avaient besoin, pour leur consommation propre, ainsi que les plantes médicinales endémiques dont ils avaient appris les vertus des Guaranis.
Derrière la maison du gouvernement se trouvaient des entrepôts où la nourriture était distribuée journellement sous l'autorité des caciques, les Guaranis, traditionnellement nomades, n'ayant pas le sens du stockage de la nourriture.
Derrière les maisons des artisans et des ouvriers, chaque famille disposait d'une petite parcelle où chacun pouvait cultiver les légumes ou fruits de son choix. Autour de la réduction se trouvait la partie agricole, plantation de maté ( les jésuites ayant trouvé le moyen de reproduire les arbres à maté ) de maïs, de manioc, élevage de bovins et d'ovins, et où tous ceux qui n'étaient pas artisans travaillaient. La récolte ou les bénéfices revenant à la collectivité.
Au début du XVIII° siècle, cette forme de "colonisation" somme toutes nettement plus acceptable que les autres, connait une opulence extraordinaire. Les plantations de maïs, de manioc, de légumes et de maté prospèrent, favorisant ainsi une agriculture originale, fondée sur les traditions locales et tirant le meilleur parti des ressources naturelles du pays. Les trente réductions jésuites en territoire Guarani, au Brésil en Argentine et au Paraguay passent de 29 000 habitants en 1647 à 141 000 en 1732 ! Ils possèdent en tout 200 000 têtes de bétail tandis que d'importants liens commerciaux les relient aux colons de la région mais aussi aux villes du sud comme Buenos Aires ou Santa Fé où elles exportent leurs productions non seulement agricoles mais aussi industrielles: métallurgie, horlogerie.
Évidement, s'en est trop et pour les colons, et pour la Couronne d'Espagne, qui finit par expulser les jésuites des missions et des réductions en 1768, ce qui sonne le glas de ce qui avait été appelé " La République Guarani". Les Réductions seront définitivement détruites lors des invasions portugaise et paraguayennes de 1816 à 1819, à ce moment là, la plus par des Guaranis s'exilent vers la région voisine dans les marais de Corrientes, espérant ainsi échapper à la servitude et à l'esclavage promis et le pillage des matériaux au début du XX° siècle pour construire les demeures des nouveaux émigrants parachèvera le désastre.