que j'orthographiais "n'bifé" ).
Bonjour Anna,
c'est vrai, on lit souvent n'bifé (et encore plus mbifé). Mais : pourquoi a) une apostrophe entre (n/ et /b/, et pourquoi b) le tout en un seul mot ?!
a) l'apostrophe est un signe en forme de virgule qui, en bambara et en dioula, se met à l'endroit de certaines voyelles (/a/ et /è/ surtout !) qu'elle remplace. La suppression d'une lettre et son remplacement par une apostrophe s'appelle l'élision, phénomène bien connu dans votre langue maternelle : l'amour, c'est, qu'on, s'il, j'en, jusqu'à, n'ont, d'aller, t'aime ... Ici se passe quoi ?! Un élément vocalique final du premier mot (le, ce, que, si, je, jusque, ne, de, te) et un élément vocalique initial du mot subséquent (amour, est, on, il, en, à, ont, aller, aime) se rencontrent, et l'élément vocalique du premier mot est effacé et remplacé par l'apostrophe. Mais entre n et bifé, un élément vocalique n'existe pas, par conséquent, une apostrophe est tout à fait déplacée ...
b) n'bifé a l'air d'un seul mot. Cependant, il s'agit d'un énoncé non-verbal se composant de 4 mots :
n = pronom, 1e sg. "je, me, moi ; mon, ma, mes"
bè = marque d'énoncé (valeur d'inaccompli affirmatif, et de situatif affirmatif)
i = pronom, 2e sg. "tu, te, toi ; ton, ta, tes"
fè = postposition (très nombreuses valeurs, dont : le lieu ou la direction ; l'accompagnement ; le temps ; le moyen ; l'agent, la cause ; la possession ; le souhait, le désir, l'affection)
Donc, comme on écrit les mots séparément en français, on le fait en bambara et en dioula également : N bè i fè. > N b'i fè. (l'énoncé avec élision est à préférer)
En ce qui est bè et i, on a la même réalité qu'en français : élément vocalique final du mot bè et élément vocalique (initial) du mot i se rencontrent. On efface la voyelle /è/ et la remplace par une apostrophe, voilà : b'i. Sur le fond, en bambara et en dioula, une élision se fait d'ordinaire entre marque d'énoncé/prédication (bè, tè, ma, ka, ye, kana, na, bèna, tèna) et pronom personnel consistant en une voyelle exclusivement (a "il, elle, on", i "tu", u "ils, elles") ou dont l'initiale est une voyelle (an "nous", ale "il, lui, elle, le, la" , olu "eux, elles" ) ...
En matière de la prononciation de /n/ en bambara et en dioula, ça varie : /n/ devant /b, p, f/ se prononce 'm', par contre, /n/ devant /t, s/ se prononce 'n'. C'est pour cette raison que beaucoup écrivent m'bifé. C'est de la foutaise ! Je rappelle encore à votre langue maternelle : prenons la lettre c qui a différentes prononciations : le /c/ devant /a, o, u, r, l/ se prononce 'k' (p.ex. case, coller, cuire, crâne, clou), le /c/ devant /e, i, y/ se prononce 's' (p.ex. ce, ciel, cynique), le /c/ peut se prononcer 'g' (p.ex. seconde), le /c/ en position finale et précédé de la nasale /n/ ne se prononce pas du tout (p.ex. blanc, tronc, franc), le /c/ suivi d'un /h/ se prononce 'sh' (p.ex. chasse, cher, chose). Vice versa, une seule prononciation (un seul son) peut être rendue par différentes lettres : prenons 'k' qui peut s'écrire c (p.ex. canard, clou, flic), cc (p.ex. accumuler, accompagner), qu (quatre, quai), cqu (p.ex. acquérir, acquis), q (p.ex. cinq, coq), ch (p.ex. choléra, écho, chœur), k (p.ex. karaté, kilo), ck (p.ex. ticket) ...
Si j'ai encore une idée, je me manifeste. Donc, pour le moment, il ne me reste que de vous souhaiter un bon séjour au Burkina Faso (j'ai moi aussi une passion pour ce pays même si mon préféré est son voisin, le Mali) et je vous souhaite que votre fiancé dise "ni ne sera k'i sòrò furu la, o bè diya n ye fasayi" ...
Ala k'i kunnadiya !
Hery
(j'écris ici toujours la lettre è pour la voyelle semi-ouverte parce que l'epsilon ne passe pas sur le forum : è = epsilon)
