Dons de matériel scolaire.....bof!!
FOURNITURES ET MATERIEL SCOLAIRES
La plupart des touristes qui partent en Afrique et qui sont pleins de bonnes intentions se chargent en partant de cahiers, crayons, cartables, achetés ou collectés avec l'intention de les donner, en se disant " Ils n’ont rien là bas. Pour nous c’est si peu de chose ! !)
Avec un peu de chance, les plus prudents ne les donnent qu’à des écoles ou des associations .D’autres, hélas se laisseront attendrir par le premier gamin venu qui en mendie " pour aller à l’école….. "
Beaucoup d’entre eux acceptent très mal qu’on leur dise que c’est une pratique plutôt nocive.
Sur le plan matériel d’abord, parce que les fournitures scolaires sont beaucoup moins chères que chez nous .Elles sont d’ailleurs parfois subventionnées par l’UNICEF et il y a deux ans, j’ai vu ces cahiers vendus à Dakar pour 50cfa. Le transport n’est pas gratuit (en avion, ça peut rentrer dans le forfait voyage…..mais on peut emporter autre chose).Si on descend en voiture chargée de ces fournitures, c’est pire encore ! (J’ai le triste souvenir d’avoir croisé deux belges à Atar en Mauritanie, très fiers d’avoir descendu deux 4/4 bourrés de fournitures, persuadés qu’on ne trouvait rien là bas) Une visite à la première papeterie leur prouvait qu’ils avaient multiplié au moins par cinq le prix de leur chargement !
Et puis le papetier faisait la tête ! ! Pendant combien de temps n’allait il rien vendre ?
Il est quand même plus simple et plus correct si on veut absolument faire ce genre de don, de prendre de l’argent et de faire fonctionner le commerce local en ayant de plus davantage de matériel .
Qui plus est le don pur et simple aux enfants me paraît discutable. Quand on s’engage dans une action de " soutien " quelconque, le principal, c’est que ça puisse être durable et équitable (Tout le monde se marre au Mali du désarroi d’un village adopté par deux riches sœurs anglaises qui ont envoyé pendant 15 ans plusieurs conteneurs de matériel …..et puis elles sont bêtement mortes et ils sont tout perdus !)
Il se passera de longues années avant que les écoles dans ces pays pauvres soient totalement gratuites . Il n’est d’abord pas " normal " que les fournitures puissent affluer gratuitement dans les secteurs touristiques ou dans ceux objets de l’attention d’une association et que les villages " paumés " les plus pauvres soient démunis. En outre l’action des touristes de passage est ponctuelle et nous savons tous (ou presque) que celle d’une association n’est souvent pas éternelle. S’habituer à la gratuité pendant quelques années et se retrouver subitement démuni n’est pas très positif.
Dans le village perdu où l’association Sine Saloum a fait ouvrir une école, pour la première rentrée nous avons fait don des fournitures nécessaires, en demandant à l’instituteur de les vendre à leur prix d’achat, ce qui lui permettait d’avoir des fonds pour faire la même chose à la rentrée suivante. Nous avons par contre fourni les outils pour créer un jardin scolaire, construit un poulailler et acheté des poussins d’un jour pour créer un financement pouvant entre autre résoudre les cas difficiles. En outre, les plus grands des enfants travaillent quand ils le peuvent pendant les vacances pour se payer leurs fournitures. Et ils en sont fiers ….et nous aussi !
D’ailleurs bien souvent, les dons spontanés ne répondent pas aux besoins réels. Cette année, " notre " village achetait ses fournitures à une école d’un endroit touristique qui croulait sous les dons et les revendait, à prix sénégalais, pour financer ses activités. ��a choquerait sans doute une bonne part des donateurs…..mais je pense qu’ils ont raison.
Les dons sont souvent revendus (de même d’ailleurs que les médicaments, autre histoire…..mais si elle vous intéresse, allez donc voir ce qu’en disent l’OMS ou MSF)
On peut donner autre chose :Un planisphère, une carte du pays, un atlas, des instruments de poids ou de mesure, des dictionnaires, acheter des manuels scolaires qui pourront être loués pour assurer leur remplacement, des livres de bibliothèque etc, etc, les abonner à une revue.
Je sais bien que je ne convaincrai pas tout le monde : je ne m’appuie que sur une expérience de sept ans " au ras des pâquerettes " et une association aussi importante que Solidarité Laîque, aidée par la Camif et la Maîf fait depuis six ans une opération de collecte et d’envoi intitulée " un cahier et un crayon pour… " L’an dernier ils ont comblé le Maroc, cette année ils envoient 100m3 de matériel à Madagascar (tiens ! ils font comment cette année les marocains ?) L’an prochain, ça sera le Niger. A vot’ bon cœur m’sieurs dames !
Croyez vous que ça résoud les problèmes de façon efficace ?
Alors faites comme vous voulez, mais moi je ne leur donnerai pas un radis !