Soixantième anniversaire de "Tristes tropiques"
1955 : Parution de "Tristes tropiques" de Claude Lévi-Strauss
1955-2015 : Soixante ans après, l'occasion de rappeler un des plus intelligents livres, ethnologique, philosophique et de voyage, du vingtième siècle.
Surtout lorsqu'on relit (comme moi, ce matin, un peu par hasard, en classant ma bibliothèque 🙂) la dernière partie de l'ouvrage, consacrée aux religions et à l'avenir de l'humanité, et qu'on la compare aux événements sanglants de ce début de vingt et unième siècle (sans exclure quelques combats idéologiques non négligeables du précédent siècle et sur les cinq continents, qui ne leur avaient rien à envier en matière de barbarie 😠)...
"Les hommes ont fait trois grandes tentatives religieuses pour se libérer de la persécution des morts, de la malfaisance de l’au-delà et des angoisses de la magie. Séparés par l’intervalle approximatif d’un demi-millénaire, ils ont conçu successivement le bouddhisme, le christianisme et l’islam ; et il est frappant que chaque étape, loin de marquer un progrès sur la précédente, témoigne plutôt d’un recul. Il n’y a pas d’au-delà pour le bouddhisme ; tout s’y réduit à une critique radicale, comme l’humanité ne devait plus s’en montrer capable, au terme de laquelle le sage débouche dans un refus du sens des choses et des êtres : discipline abolissant l’univers et qui s’abolit d’elle-même comme religion. Cédant de nouveau à la peur, le christianisme rétablit l’autre monde, ses espoirs, ses menaces et son dernier jugement. Il ne reste plus à l’islam qu’à lui enchainer celui-ci : le monde temporel et le monde spirituel se trouvent rassemblés. L’ordre social se pare des prestiges de l’ordre surnaturel, la politique devient théologie. En fin de compte, on a remplacé des esprits et des fantômes auxquels la superstition n’arrivait tout de même pas à donner la vie, par des maitres déjà trop réels, auxquels on permet en surplus de monopoliser un au-delà qui ajoute son poids au poids déjà écrasant de l’ici-bas." (Tristes tropiques / Claude Lévi-Strauss / 1955 / pages 471-472, dans l'édition "Terre Humaine" chez Plon)
Belle analyse...🙂
1955-2015 : Soixante ans après, l'occasion de rappeler un des plus intelligents livres, ethnologique, philosophique et de voyage, du vingtième siècle.
Surtout lorsqu'on relit (comme moi, ce matin, un peu par hasard, en classant ma bibliothèque 🙂) la dernière partie de l'ouvrage, consacrée aux religions et à l'avenir de l'humanité, et qu'on la compare aux événements sanglants de ce début de vingt et unième siècle (sans exclure quelques combats idéologiques non négligeables du précédent siècle et sur les cinq continents, qui ne leur avaient rien à envier en matière de barbarie 😠)...
"Les hommes ont fait trois grandes tentatives religieuses pour se libérer de la persécution des morts, de la malfaisance de l’au-delà et des angoisses de la magie. Séparés par l’intervalle approximatif d’un demi-millénaire, ils ont conçu successivement le bouddhisme, le christianisme et l’islam ; et il est frappant que chaque étape, loin de marquer un progrès sur la précédente, témoigne plutôt d’un recul. Il n’y a pas d’au-delà pour le bouddhisme ; tout s’y réduit à une critique radicale, comme l’humanité ne devait plus s’en montrer capable, au terme de laquelle le sage débouche dans un refus du sens des choses et des êtres : discipline abolissant l’univers et qui s’abolit d’elle-même comme religion. Cédant de nouveau à la peur, le christianisme rétablit l’autre monde, ses espoirs, ses menaces et son dernier jugement. Il ne reste plus à l’islam qu’à lui enchainer celui-ci : le monde temporel et le monde spirituel se trouvent rassemblés. L’ordre social se pare des prestiges de l’ordre surnaturel, la politique devient théologie. En fin de compte, on a remplacé des esprits et des fantômes auxquels la superstition n’arrivait tout de même pas à donner la vie, par des maitres déjà trop réels, auxquels on permet en surplus de monopoliser un au-delà qui ajoute son poids au poids déjà écrasant de l’ici-bas." (Tristes tropiques / Claude Lévi-Strauss / 1955 / pages 471-472, dans l'édition "Terre Humaine" chez Plon)
Belle analyse...🙂