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Ne rêvez plus d'aventure, vivez la sur la Nationale! (Madagascar)
Krit · 2016-01-05
Au bout du monde... nichée au tréfonds de la baie d'Antongil, Maroantsetra la poussiéreuse est accessible en bateau, en avion ou par une seule route, une nationale et quelle nationale que cette numéro cinq !
A Madagascar, les plus anciens s'en souviennent... L'île était jadis administrée par les Français. Ils se souviennent de la colonisation, de ses vicissitudes, de la sombre année 1947 et peut-être mais rien n'est moins sûr, de ses bienfaits, selon la formule un jour employée, par un nain buvable mais un nain portant personnage français.
En ces temps là, de la petite ville de Maroantsetra, Il fallait une journée pour rejoindre Tamatave, la grande. Une seule journée ! Aujourd'hui, pour l'atteindre, les Malgaches s'arment de courage, d'optimisme et lorsque tout va bien, ils accomplissent ce chemin de croix en quatre jours.
Une véritable expédition.
Deux compagnies de transports officient à Maroantsetra; les usagers disposent de véhicules similaires, des quatre roues motrices, double cabine Toyota, parfois usés jusqu'à la corde.
Huit heures du matin, c'est l'heure du rendez-vous. La chaleur est éprouvante et les habitants arpentent depuis longtemps la rue principale de la ville; l'attente se prolonge et nul ne semble en connaître la raison. Le véhicule, les passagers semblent pourtant prêts.
Tout s'agite, il est onze heures, les bagages sont hissés sur le véhicule, arrimés et bâchés sur le toit ou entassés à l'arrière, sur le plateau, ils font office de sièges pour les nombreux passagers et chacun tente de se préserver un petit espace.
Quelques rapides oscillations en tous sens, il cède, , , le marchepieds droit épris de liberté rend l'âme et est projeté au sol. On ne fait dans le détail dans la compagnie... le ton est donné, la partition peut débuter, dirigeons-nous vers la station service... vide de carburant pour moteurs diesel. Le jeune conducteur ne semble pas troublé, une deuxième station est implantée non loin de là.
L'absence d'activité là aussi, laisse peu de doutes. Le gasoil a, en douce, quitté Maroantsetra... A l'entrée de la ville, j'ai pourtant aperçu de grandes cuves, à l'usage du carburant.
A petits coups d'avertisseur, nous hélons des passants et explorons diverses ruelles à la recherche d'un dépositaire non consacré, de gasoil. En pure perte.
Une poignée d'appels téléphoniques plus tard, nous débusquerons le jerrican salvateur, à l'extérieur de la ville, sous les cocotiers, au bout d'une traitresse piste sablonneuse.
Quelques minutes suffisent pour confectionner un entonnoir et transvaser le carburant fugueur. Une liasse d'ariarys change de mains.
Combien d'heures nous faut-il pour atteindre Mananara, distante de 106 kilomètres?
La question est simple mais se révèle ici déplacée, inutile, saugrenue, elle déclenche un sourire entendu. Qui peut le savoir ?
En ce début décembre, les violents orages de l'après-midi sont encore anecdotiques, la piste est sèche mais il faudra certainement composer avec les aléas de la mécanique. D'ailleurs, dès le départ puis très régulièrement, le mécanicien lève un capot baladeur et abreuve le radiateur fumant, trop vite assoiffé.
Il m'est particulièrement difficile d'imaginer l'aspect de cette nationale, soixante années auparavant, difficile d'imaginer les véhicules de l'époque franchir ce décor et près de 400kms de Maroantsetra à Tamatave, en une seule journée.
Belle, cette route nationale l'était assurément hier, cette piste difficile le demeure aujourd'hui.
Elle épouse le littoral, franchit d'innombrables ouvrages en bois, des gués, se faufile au sein d'une végétation rarement luxuriante mais tutoie des criques rocheuses, de longues plages de sable blanc et traverse de charmants villages, aux délicieuses maisons en bois.
Ce territoire tire sa richesse des cultures de la vanille et du giroflier. Partout, trié avec soins, étalé sur de grandes nappes, le clou de girofle sèche et exhale un agréable parfum, dans nos esprits associé à la douleur dentaire ou à une grosse cigarette d'Indonésie.
C'est ici un ravissement !
Depuis longtemps, ces villages côtiers sont les oubliés de Tananarive la capitale, de l'état malgache. Oubliés ? pas tout à fait...
De temps à autre, lors des grandes consultations électorales, ces modestes pêcheurs, ces petits producteurs prennent soudain de l'importance. Ils espèrent à nouveau.
Les candidats se pressent, unanimes... le président en exercice n'a pas dérogé à la règle. Intolérable, oui, cette situation est depuis trop longtemps intolérable !
Votez pour moi ! Je vous l'assure... la reconstruction de cette route sera l'une de mes priorités !
Les années s'écoulent, les présidents et les promesses non tenues se succèdent mais la nationale se dégrade toujours et toujours... Insuffisance des finances publiques, malversations, incurie ?
De multiples ouvrages en bois sont depuis longtemps moribonds, dangereux, les voitures, motos, vélos ou piétons passent à gué... quelle que soit la hauteur de la marée.
Seuls les véhicules tout-terrain, souvent bondés, se lancent aujourd'hui dans l'aventure. Ce commerce d'un bon rapport est facturé plusieurs dizaines d'euros, une petite fortune à l'échelle locale.
En lointaine Armorique, dans les conserveries de Saint Guénolé et d'ailleurs, nos fameuses petites sardines à l'huile sont traitées avec bien plus d'égards que ces toujours souriants voyageurs.
Michel, instituteur en fin de carrière, se rend à Tamatave pour réaliser son dossier de retraite puis fera route, dans de bien meilleures conditions, vers le sud du pays et se posera à Tulear.
Ce voyage lui coûte une fortune, un bras dit-on familièrement, aujourd'hui...
Cet enseignant, titulaire du plus haut échelon dans sa fonction, perçoit chaque mois, m'assure t'il, cinq cents mille ariarys, soit cent cinquante euros environ... Trois de ses enfants fréquentent pourtant une université...
L'essentiel du commerce régional se porte donc vers la mer et ses bateaux en bois et il se chuchote que des commerçants influents de Maroantsetra, liés au commerce maritime, feraient preuve de vigilance voire d'intrigue...
La réhabilitation de cette route nationale précipiterait, en effet, l'affaiblissement de leur fructueux monopole. C'est fort possible et fort dommageable pour la vitalité économique de toute une région.
La nuit s'installe, profonde, sur ces petits villages. Dans les modestes habitations, quelques lueurs se devinent, hésitantes.
Chez nous, les nantis, un geste simple, irréfléchi, sur un commutateur déclenche ce miracle permanent que produit l'électricité, une superbe lumière...
Ici, à Madagascar, le commerce des bougies et piles de mauvaise qualité possède encore un bel avenir.
Malmenés par les chaos, le phare gauche fouille les ténèbres tandis que le droit explore les hautes branches, une tape amicale le ramène pour un court instant à plus de raison, les freins sont inopérants, le mécanicien invoque l'hydraulique et longuement entame une réparation de fortune, sans succès.
Les freins ? à quoi bon ? sont-ils indispensables ? nous roulons à la vitesse d'un vététiste ventripotent du dimanche ou parfois d'un promeneur.
Le premier acte se termine le long d'un cours d'eau, dans un petit village. Il fait nuit, il faut traverser mais les marins affectés au bac, usés par une journée sans fin, sont peut-être déjà endormis. Nous franchirons la rivière demain. Ces hommes sont à l'œuvre, tous les jours, dès cinq heures.
Ce n'est pas le temps du repos pour notre équipage, c'est le moment que choisit le mécanicien pour se pencher à nouveau, sur le système de freinage. L'outillage est pauvre, malmené. Le marteau, l'outil magique, retentira longuement. Les pistons rebelles résistent puis de guerre lasse, cèdent, vaincus.
Ils fonctionnent à nouveau.
C'est aussi l'heure de se restaurer et de rechercher un abri et le sommeil, les passagers s'égaillent dans la nuit. Je me recroqueville sur un siège, à l'avant du véhicule et charmé par la douce musique d'un marteau, je sombre.
Riz en quantité, portion de zébu, de poulet ou de poisson souvent séché, mouches omniprésentes; la fantaisie culinaire est absente le long des pistes, pas de folie sur les prix, non plus.
Dans ces gargotes, le même menu est à l'affiche et est invariablement facturé trois mille ariarys.
C'est encore une fois, à la portée de ma bourse... quatre vingt dix centimes d'euro...
Oui, la Grande Île est pour nous, les vazaha, le pays de la vie très moins chère.
Ici encore, mes confortables chaussures, de marque prestigieuse, ne sont pas à la hauteur de l'emploi, elles souffrent, elles agonisent depuis des mois; pour une somme dérisoire, quelques dizaines de centimes, le cordonnier de la rue fait merveille et un solide travail.
A Madagascar, on ne jette pas avec désinvolture, l'équivalent d'un salaire...
Il n'est pas désinvolte non plus ce coiffeur de la ville, bien au contraire, mais peut-il s'enrichir, envisager un meilleur avenir ? Il œuvre dans une insignifiante, une minuscule baraque en bois, il est talentueux, expérimenté et me réclame deux mille ariarys, cinquante cinq centimes pour la réalisation d'une coupe parfaite.
Le coiffeur Népalais est cette fois battu, ko.
Mananara est tout proche, vingt cinq heures se sont écoulées, la piste sablonneuse, digne d'un Paris-Dakar, se fond sur une belle plage agrémentée d'un manège pour enfants, modeste expression de modernisme, inattendue en ce lieu.
Concession d'un autre âge, toutefois... de petits bras musclés entraînent le manège.
Dans ce pays, il est particulièrement difficile de faire confiance à la distribution électrique, pour le moins facétieuse...
Ne rêvez plus d'aventure, vivez la sur la Nationale! (Madagascar)
Krit · 2016-01-05
De Mananara à Soanierana: 119 kilomètres.
Ce parcours me semble moins agréable car moins maritime mais est encore plus difficile.
Il se perd dans les collines, s'engouffre dans de modestes massifs rocheux sur une piste localement très rugueuse avec de courts mais forts dénivelés.
Quelques ponts, des passerelles en béton font leur apparition.
Dans le final, une quinzaine de kilomètres s'opère sur le sable... C'est, à n'en pas douter, un cauchemar pour cyclistes.
Sur l'ensemble du parcours, prenez la précaution d'installer vos bagages sur le toit du véhicule. Lors des passages de gués, quelle que soit l'amplitude de la marée, l'eau submerge de temps à autre l'arrière de la voiture...
De Soanierana, la route qui mène à Tamatave est bitumée.
Ne rêvez plus d'aventure, vivez la sur la Nationale! (Madagascar)
Krit · 2016-01-10
A quelle moment de l'année ces photos ont-elles été prises ? Il suffit de lire le texte pour l'apprendre !
Oui, en ce début décembre, il y a donc un mois, les orages étaient anecdotiques mais peu à peu, au fil des semaines, ils sont montés en puissance et se déversent maintenant, violemment sur la zone et ailleurs... Ce n'est plus un chemin de croix mais une traversée de l'enfer sur les parties en terre.
Il y a quelques jours, un Malgache a découvert un reportage télévisé d'une chaîne nationale sur les conditions actuelles de circulation dans la région. Édifiant.
Les 4x4 sont rehaussés, les ornières sont certainement, maintenant profondes de 80 cms à un mètre...
Pour réaliser ce parcours, il est bien sûr possible de faire appel à un tour opérateur mais pourquoi ? Les liaisons régulières sont quasi quotidiennes et une place assise sur un siège dans la cabine est presque aussi confortable et bien moins onéreuse que dans un véhicule de location.
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Ejob · 2016-01-10
de telles pistes sont tellement vulnérables aux intempéries qu'il est vain de vouloir les entretenir , il faut limiter l'objectif à certains ponts, ou alors il faudrait des fortunes pour les remettre et les garder en état.La variable d'ajustement, selon les saisons, c'est le mode de transport, soit à pied soit à vélo, soit en 4 X 4 sur lequel on casse tout et qu'on passe la moitié de son temps à réparer.Quant aux marchandises...il y a parfois des possibilités avec des bateaux, et j'imagine avec des vélos, car on trouve de petits collecteurs avec un tonneau ficelé sur leur porte-bagages de vélo dans des endroits bien plus perdus.Mais pour les véhicules cette route-là est très problématique, car soit il pleut -et on voit ce que ça donne- mais le sable , lorsqu'il se substitue à la boue, est portant , soit il ne pleut pas, et ailleurs que dans les endroits photographiés , on risque l'ensablement:de toute façon, pour les passagers quand il y en a, ça ne change rien, ils poussent (sauf en général les touristes...)
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Tonytruand · 2016-01-16
merci Krit de toute cette litterarure d'aventure...
je n'ai connu Maronsoetre que par le mer ...vers 1990 ! depuis l'ile de Sainte Marie en bateau et l'ile aux nattes ( resto de Napoleon ), la baie d'Antongil, Foulpointe , et une baleine ( ma première (!!).... une etape à nosy mangabe (cascade et lémuriens ) puis pêche de 2 thons à la traine ( dt un entammé à moitié ) et distribution équitable de ces poissons entre les familles du village de Maronsoetre , aidé par la dame instit locale qui parlait français et rencontre avec un ancien instit en service civil en coopération . Ce dernier etait marié localement et n'avait pas voulu retourner en Metropole après son service , il avait des poules , un cochon , un Zodiac dont il attendait la livraison du moteur et semblait vivre parfaitement heureux de son choix..il avait hérité de son poste par tirage au sort avec un autre coopérant en arrivant. à Tana , tout jeune instit' !!!!. tout ceci raconté de mémoire ..notre bateau en provenance de la Reunion s'appelait Takamaka...depuis je suis allé à Taomasina , Tana , Majunga. et, amoureux de Mada , j'ai envie d'y revenir dès que la santé de mon épouse le permettra...
si quelqu'un se souvient ! ??
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Bolatsarabin · 2016-01-31
Bonjour,
Mes trois frères et moi avons fait une partie de ce trajet, mais dans l'autre sens.
en juillet 2015 .
Partis de Soanirana-Ivongo avec les fameux 4x4 rouges , nous étions 7 a l'arrière , car plus de places en cabine depuis Tamatave.
Nous sommes allés a Mananara.
Magnifique voyage avec beaucoup d'enfer et peu de paradis.Mais quel paradis !!!!!
Là nous avons dormi près des manèges sur la plage.
Nous avons trouvé un bateau de marchandises qui nous a emmené a Maroantsetra.
Votre récit m'a remémoré cela et j'ai eu un petit pincement au coeur.
Merci.
Veloma.
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Walok · 2016-02-06
je n'ai pas aimé le passage sur le nain français. Regardez où en sont les malgaches aujourd'hui. En Inde c'est la même chose. Malgré la forte avancée technologique, les indiens souhaiteraient que les anglais reviennent, ils me l'ont dit. C'est un peu le cas aujourd'hui puisque les indiens qui font l'Inde aujourd'hui ont étudié en Amérique ou en Angleterre. Ces pays sont corrompus, la France aussi, de plus en plus avec la prise de pouvoir sioniste mais au moins nous faisons le boulot comme on dit, pour le bien de tous, notion qui semble absente à Mada.
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Krit · 2019-12-20
Merci Moah,
Depuis mon expérience, de nouvelles promesses se sont bien sûr tenues, la situation a-telle évolué ? Je n’ose imaginer cette piste sous de fortes pluies...
je visite le sud de l’Angola, c’est également et normalement le début de la saison des pluies. Depuis 6 années, la région n’a pas connu de véritables précipitations. La situation est réellement angoissante pour les populations locales, éleveurs de chèvres.