Bethléem
À Jérusalem les transports publics (sauf le tramway) sont dédoublés; il y a une gare d’autobus pour les quartiers juifs et une gare pour les quartiers arabes, qui est située près de la porte de Damas, pas loin de la vieille ville. C’est là que je compte prendre l’autobus pour Bethléem. Je trouve la gare, mais on m’informe que l’autobus n’entre pas dans le stationnement mais attend de l’autre côté de la rue. Comme je ne vois ni autobus ni arrêt, je prends le premier taxi qui passe (un chauffeur arabe, les taxis israéliens ne pouvant se rendre en territoire palestinien). Celui-ci ne passe pas par le checkpoint mais fait un détour, on sort de la ville et on aperçoit à notre droite une colonie juive, au sommet d’une colline et entourée d’une barrière (exactement comme une ville fortifiée du Moyen-Age). De l’autre côté de la route, sur l’autre colline, un village palestinien. Entre les deux, une clôture métallique, à peine visible (à cet endroit il n’ y a pas de mur de béton), qui sépare ce qu’on nomme la zone A (contrôle palestinien) et la zone C (contrôle israélien). Il n’y a pas de contrôle quand on entre en zone palestinienne.
Nous voilà donc arrivés à Bethléem, sur Manger Square, en face de la basilique. Je ne suis même pas descendu qu’un type cogne à la vitre de la fenêtre et se présente comme un guide pour la visite de la ville. - Non merci, pas besoin de guide; - mais il est collant et insiste. Je dois pratiquement aller me réfugier dans l’église pour m’en libérer.
La basilique de la Nativité – l’endroit supposé de la naissance de Jésus – date du 6e siècle et est donc l’une des plus anciennes églises au Monde. Une église assez curieuse d’ailleurs; composée de murs de pierre sans aucune décoration ni clocher (celui qu’on aperçoit appartient en fait à un couvent attenant). La porte d’entrée est minuscule, on la surnomme la ‘’porte d’humilité’’ car on doit s’y pencher pour passer. L’intérieur est en restauration, complètement dissimulé par des échafaudages. Au fond, quelques chapelles de style orthodoxe grec. Comme il y a une messe dans la crypte, je ne peux pas y entrer. J’y reviendrai un peu plus tard. Un peu plus loin derrière la basilique se trouve la ‘’grotte du lait’’, lieu supposé où s’arrêtèrent Marie, Joseph et l’enfant Jésus avant leur fuite en Égypte (certains seront peut-être sceptiques quant à l’exactitude des lieux mentionnés dans la Bible où il n’y a pourtant pas la moindre indication, mais bon, c’est la version officielle….) Cela dit, la chapelle est plutôt jolie, elle débouche sur une grotte artificielle et communique, à l’arrière, avec une église moderne. Je retourne à la basilique, et - catastrophe – mon ‘’guide’’ de tout à l’heure m’intercepte à nouveau, me suit jusque dans l’église. Comme il y a une file d’attente pour entrer dans la crypte, un prêtre, voyant que je ne faisais pas partie du groupe, me fais signe d’entrer par le passage de sortie, et me délivre du même coup de mon ‘’guide’’. La charité chrétienne existe encore! La crypte en question serait le lieu précis de la naissance du Christ, un endroit minuscule où l’on passe un par un pour s’agenouiller (comme au Saint Sépulcre). Adossés sur le côté de la basilique se trouve l’église Sainte-Catherine (catholique, du 19e siècle), et un petit cloître. C’est la partie la plus jolie de l’ensemble. À la sortie de l’église, je traverse à nouveau Manger Square. Cette fois c’est un chauffeur de taxi qui s’en mêle et qui m’interpelle. Il m’a vu passer tout à l’heure, et tient absolument à me parler. Pas moyen d’avoir la paix!






Pourtant, une fois passé le piège à touristes de Manger Square, je ne suis plus du tout importuné. La ville de Bethléem, en son centre, est assez jolie, avec ses maisons de pierre et ses multiples clochers d’églises. Peu d’entre elles semblent cependant ouvertes à la visite, je peux cependant entrer dans l’église syrienne, qui donne sur la rue principale. Quoique les musulmans soient majoritaires, il n’y a qu’une seule mosquée dans le centre, sur Manger Square, en face de la basilique. Plus loin, se trouve le souk, très animé en ce jour du ramadan. Il y a deux petits musées sur ma liste des endroits à visiter : l’un est fermé, l’autre (celui des crèches) n’ouvre bizarrement qu’en fin de journée. Je décide de rentrer à Jérusalem, et continue jusqu’à la gare d’autobus. Même problème qu’à l’aller, l’autobus doit se prendre sur la rue et non sur le stationnement, et pas la moindre indication. C’est donc encore en taxi que je me rend au checkpoint.





Et comment ça se passe au checkpoint?
On traverse un long corridor, entre deux murs de béton avec grillage au-dessus, on traverse un tourniquet et on aboutit à une salle où se trouvent d’autres tourniquets avec des files d’attentes. Comme ça semble bloqué, la foule passe continuellement d’une file d’attente à l’autre, on n’hésite pas à faire des accrocs à la politesse d’usage en se bousculant et en passant devant d’autres gens. Enfin, ça débloque. On traverse le tourniquet et on aboutit au contrôle des sacs, puis au guichet pour le contrôle des passeports. Ce n’est qu’à ce moment qu’on voit des israéliens. Pour moi, ça va vite, c’est à peine s’il jette un coup d’œil au passeport, pas de contrôle des empreintes digitales (comme les autres). Durée de l’opération : une grosse demi-heure, mais à ce qu’on m’a dit il y avait plus de monde qu’à l’habitude, beaucoup de palestiniens se rendant en effet à Jérusalem pour la fin du ramadan. Une fois sorti, à nouveau le taxi pour se rendre à Jérusalem.