J6 : Samurai Champloo
Météo : de 13 à 28°C, ciel dégagé
Je me lève à 6h pour ne pas rater le premier train de la journée qui traverse la vallée de Kiso. Cette journée sera placée sous le signe de l'Histoire, où j'ai prévu de visiter trois des principales stations du Nakasendo. Le Nakasendo est une route commerciale reliant Kyoto à Tokyo, créée durant l'époque Edo lors du changement de la capitale du pays. Cette route a permis les transferts humains et matériels entre les deux villes, et des dizaines de stations ont été aménagées sur la route afin de fournir les vivres ou de permettre aux samouraïs de s'y reposer.
Je prends le train direction Narai, le premier arrêt de la journée. C'est une station très connue des Japonais, et au contraire totalement méconnue des étrangers. J'arrive sur place un peu avant 7h30, et j'ai 1h30 pour visiter la station.
Une claque monstrueuse
Qu'elle ne fut pas ma joie immense au moment de sortir de la minuscule gare de Narai. Le cadre est visuellement sublime. J'étais absolument tout seul, l'état dans lequel je me trouvais était plutôt complexe, une sorte de mélange entre étonnement, joie, sentiment de chance, solitude et bien-être. L'endroit a été restauré mais n'a pas été modifié avec le temps, j'ai eu l'impression d'avoir voyagé trois siècles en arrière (après avoir passé les voitures du parking de la gare bien sûr).



Un kilomètre en ligne droite. Une promenade de quelques dizaines de minutes chargée en émotions. En arrivant au bout de la rue principale, un vieux Japonais, visiblement étonné de voir quelqu'un aussi tôt (et un occidental qui plus est) commence à discuter et à me poser des questions sur mon voyage et sur les raisons qui m'ont poussé à retourner au Japon pour la seconde fois.
Il est temps pour moi de revenir à la gare. Avant d'y aller je m'arrête devant le beau cimetière de Narai. Il est construit verticalement, sur plusieurs étages.

Petit moment de stress en arrivant à la gare (ça faisait longtemps). Elle n'ouvre théoriquement qu'à 8h30, et le train qui m'intéresse y part à 8h41. Evidemment il n'y a pas de distributeur de billets ici. Bref moment de panique, mais j'avais oublié la ponctualité des Japonais qui a fait que le personnel a pu arriver et ouvrir la billetterie à l'heure.
Il faudra 1h15 de train pour arriver à Nagiso, une petite ville pas très belle, mais qui n'est pas l'objet de ma visite. En effet je vais y prendre un bus qui va m'amener à Tsumago, une autre station importante et touristique du Nakasendo. Enfin non finalement je décide au dernier moment de ne pas y aller en bus mais à pied.
Bienvenue dans le Japon de l'envers
Moi qui pensais que cette promenade ne paierait pas de mine... Cette route pédestre d'environ 3 km est magnifique. Elle nous fait passer par des petits villages, des rizières, des forêts... Tout sent bon le calme et la nature. On y croise quelques Japonais qui travaillent leurs terres, d'autres qui profitent de la tranquillité et de la météo en se baladant.



Après 1h de marche j'arrive à Tsumago. Il est 11h30. La station est différente de Narai. Les bâtiments sont pour la majorité d'entre eux noirs, et le cadre est moins bucolique. De plus le site est bondé de touristes, je me sens un peu moins "ailleurs" et suis un peu déçu. Toutefois les échoppes sont quasiment toutes ouvertes et le site est vivant.



Avant de manger je me dirige à l'office de tourisme qui propose, uniquement les week-ends, le transport de bagages entre Tsumago et Magome et inversement, pour 500 yens par bagage. J'y dépose mon sac à dos qui arrivera à Magome une heure plus tard, mais attention il faudra aller le récupérer avant 17h, heure de fermeture de l'office.
J'ai faim, et il y a peu de restaurants ici. Je trouve à l'entrée de Tsumago un petit restaurant qui propose la spécialité du coin, les gohei-mochi, une grosse boule de riz sucrée façon bâtonnet de glace nappée d'une sauce à la noix et au sésame. C'est vraiment délicieux et original.

Avec en accompagnement un bol de soba !
Après manger j'attaque directement la partie la plus connue du Nakasendo, le sentier pédestre de 8 km reliant Tsumago et Magome. La promenade, sans être exceptionnelle, est très agréable et nous amène dans des forêts, devant des cascades, et encore dans des petits villages. On y croise peu de gens, dont la majorité sont des Japonais.

Et oui il y a des ours dans les Alpes japonaises. Tout le monde ou presque avait sa petite cloche, j'avais l'air un peu pauvre sans la mienne, alors que l'on pouvait en louer à Tsumago. Toutefois je ne pense pas qu'elle soit indispensable en cette période de l'année. Les ours ont déjà trop chaud et s'installent beaucoup plus en altitude.

La surprise principale de cette ballade sera vers la moitié du trajet. Ici se trouve une belle et ancienne maison de thé où l'on peut s'y reposer, profiter d'un bon thé vert gratuitement, et surtout regarder des musiciens faire de la musique avec des instruments japonais. L'ambiance est excellente et chaleureuse, c'est un très bon moyen de se reposer agréablement, car il faut le dire, la promenade est assez crevante par endroits.
Il m'aura fallu 2h30 de marche avant de distinguer au loin des montagnes rappelant fortement les Pyrénées. L'apparition de ces montagnes symbolise la fin de la randonnée et l'arrivée à Magome, la troisième et dernière station prévue aujourd'hui.



Il est 15h et il y a évidemment beaucoup de touristes. Etant donné que je passe la nuit ici, j'ai préféré me diriger tout de suite vers mon ryokan et attendre qu'il y ait moins de monde pour visiter Magome. Le ryokan en question est le seul que j'ai trouvé à un prix un minimum correct.
A partir de 17h les touristes commencent à déserter le coin, et il faut attendre seulement quelques dizaines de minutes pour se retrouver presque seul. Je profite de ce calme hors-norme pour visiter Magome dans les meilleures conditions possibles. La station est construite en pente assez raide, et aller d'un bout à l'autre à pied est déjà une belle épreuve.
Je rencontre un jeune couple de Français dans le ryokan avec qui je sympathise et je me ballade une fois la nuit tombée. D'ailleurs la nuit change totalement notre façon de penser et de voir le paysage, avec ce côté mystique indescriptible qui prend le dessus et nous fait davantage sentir que nous sommes ailleurs.
