Le Yémen par monts et par vaux
Ce récit a été rédigé en 1992 à la suite d'un voyage effectué durant trois semaines. je n'ai pas modifié ce que j'avais écrit à l'époque du ressenti de ce circuit réalisé en petit groupe .
"Du haut de la terrasse de l'hôtel Golden Dar, nous dominons l'ensemble de la vieille ville de Sanaa parsemée de dizaines de minarets de mosquées datant quelquefois de treize siècles. Des décorations polychromes entourent les fenêtres et précisent le haut des maisons-tours pour dessiner une fine crénelure.
A l'intérieur même de la cité, des jardins potagers aérent cet enchevêtrement de gratte-ciels du moyen age. Des femmes fantomatiques sous leur voile multicolore dans la rue, travaillent nu tête la terre de ces arpents derrière de hauts murs de briques, à l'abri des regards indiscrets des hommes.Ces premières impressions d'une vie héritée d'un passé bimillénaire se transforment à peine lors d'une promenade à l'intérieur des souks.
On pense rencontrer l'un des rois mages monté sur un âne, remplissant les sacs d'encens et de myrrhe avant de rejoindre la Judée . Au hasard de nos pérégrinations entre les étals d'épices, de fruits tropicaux, d'écorces de grains de café qui servent à concocter le Qishr, la boisson populaire yéménite, nulle femme ne se promène mais une foule d'hommes enturbannés, vêtus de la fouta- la jupe traditionnelle, armés de la Jambia-poignard recourbé, discute le moindre achat. Chaque rue du souk al Milh (le souk principal de Sanaa) a sa spécialité. A l'une des petites boutiques à la devanture bleue, où des dizaines de bijoux d'or scintillent, nous rêvons de rencontrer sous son voile noir de Bédouins, la reine de Saba de passage à Sanaa. Son royaume de Mare est l'oasis oriental du Yémen irrigué par un gigantesque barrage qui lui survivra quinze siècles .
Dans ces ruelles où le tintamarre de la foule est supplanté aux haures de prière par le chant de muezzins qui se renvoient en écho les versets du Coran, les ânes se partagent les détritus avec les chèvres et les poules. Les dromadaires tournent , en sous sol, les meules des moulins à olive ou à grains.
Lorsque nous avons franchi Bab El Yemen, la dernière porte subsistant des remparts ottomans, nous faisons un bond de vingt siècles sans l'Histoire. Les klaxons, les 4X4 remplacent les cris des animaux, les épices font place aux montres à quartz.
Aux lueurs de l'aube, la ville s'active, mais dès midi elle semble se dissiper dans les brumes qui descendent des montagnes environnantes. Depuis quatre siècles, le Yémen est sous l'emprise d'un phénomène quotidien qui agit sur la vie sociale et économique : le QAT. Cette plante, dont on mâche les feuilles méthodiquement, l'après midi entre amis, absorbe l'énergie des consommateurs dans le but symptomatique de développer leurs qualités intellectuelles et relationnelles. Les agriculteurs ont abandonné la culture du café au profit de celle du qat plus
rentable. Les échoppes du souk, les magasins des quartiers modernes, les bureaux se vident le temps de se façonner, dans la jouegauche, une boule verdâtre de la taille d'une balle de golf. Même les toursites sont victimes de la feuille verte, les guides et chauffeurs abandonnent tout afin d'assouvir leur rituel journalier. Cela remplace notre sieste qui reste moins coûteuse que la consommation de qat qui peut absorber jusqu'à 30 % des revenus.
A l'intérieur même de la cité, des jardins potagers aérent cet enchevêtrement de gratte-ciels du moyen age. Des femmes fantomatiques sous leur voile multicolore dans la rue, travaillent nu tête la terre de ces arpents derrière de hauts murs de briques, à l'abri des regards indiscrets des hommes.Ces premières impressions d'une vie héritée d'un passé bimillénaire se transforment à peine lors d'une promenade à l'intérieur des souks.
On pense rencontrer l'un des rois mages monté sur un âne, remplissant les sacs d'encens et de myrrhe avant de rejoindre la Judée . Au hasard de nos pérégrinations entre les étals d'épices, de fruits tropicaux, d'écorces de grains de café qui servent à concocter le Qishr, la boisson populaire yéménite, nulle femme ne se promène mais une foule d'hommes enturbannés, vêtus de la fouta- la jupe traditionnelle, armés de la Jambia-poignard recourbé, discute le moindre achat. Chaque rue du souk al Milh (le souk principal de Sanaa) a sa spécialité. A l'une des petites boutiques à la devanture bleue, où des dizaines de bijoux d'or scintillent, nous rêvons de rencontrer sous son voile noir de Bédouins, la reine de Saba de passage à Sanaa. Son royaume de Mare est l'oasis oriental du Yémen irrigué par un gigantesque barrage qui lui survivra quinze siècles .
Dans ces ruelles où le tintamarre de la foule est supplanté aux haures de prière par le chant de muezzins qui se renvoient en écho les versets du Coran, les ânes se partagent les détritus avec les chèvres et les poules. Les dromadaires tournent , en sous sol, les meules des moulins à olive ou à grains.
Lorsque nous avons franchi Bab El Yemen, la dernière porte subsistant des remparts ottomans, nous faisons un bond de vingt siècles sans l'Histoire. Les klaxons, les 4X4 remplacent les cris des animaux, les épices font place aux montres à quartz.
Aux lueurs de l'aube, la ville s'active, mais dès midi elle semble se dissiper dans les brumes qui descendent des montagnes environnantes. Depuis quatre siècles, le Yémen est sous l'emprise d'un phénomène quotidien qui agit sur la vie sociale et économique : le QAT. Cette plante, dont on mâche les feuilles méthodiquement, l'après midi entre amis, absorbe l'énergie des consommateurs dans le but symptomatique de développer leurs qualités intellectuelles et relationnelles. Les agriculteurs ont abandonné la culture du café au profit de celle du qat plus
rentable. Les échoppes du souk, les magasins des quartiers modernes, les bureaux se vident le temps de se façonner, dans la jouegauche, une boule verdâtre de la taille d'une balle de golf. Même les toursites sont victimes de la feuille verte, les guides et chauffeurs abandonnent tout afin d'assouvir leur rituel journalier. Cela remplace notre sieste qui reste moins coûteuse que la consommation de qat qui peut absorber jusqu'à 30 % des revenus.




Pour rejoindre la plaine côtière de la Mer rouge, il faut franchir un col à 3000 m pour descendre ensuite une vallée du Djebel Harraz aux villages plantés entre les terrasses où se cultivent le sorgho, le mil, le café et le qat. L'habitat est concentré afin de servir de protection, lors des siècles passés, contre les incursions des Ottomans et autres Bédouins du désert.Les maisons-forteresses ressemblent à des créneaux posés sur les crêtes acérées des sommets. Des cités inexpugnables sont le symbole de la résistance aux envahisseurs. Khowkaban, Tulla, Shahara : chacun de ces sites propose une solution différente pour répondre à leurs attaques. Pour l'une, une solide muraille coupée d'une seule porte, les maisons troglodytes noyées dans une falaise surplombée par une forteresse ou bien un pont commandant l'accès à un piton.
Au Yémen du nord , les tribus ont longtemps guerroyé les unes contres les autres. Cela se retrouve dans le lourd armement des hommes. Les jambias-poignards emblématiques ne sont que de simples joujoux comparés aux Kalachnikovs et autres fusils portés par ces farouches guerriers.
La côte de la Mer rouge se découvre après une longue descente dans une vallée où le caractère tropical est de plus en plus marqué. A la fois la végétation et la chaleur nous ramènent à la réalité de la latitude : palmiers, bananiers, manguiers remplacent les arbres fruitiers, ls vignes rencontrés sur les hauts plateaux. Les habitations se rapprochent des huttes africaines.
Le sable commence à envahir les véhicules tant les vents en provenance de la mer soufflent fort fréquemment. Hodeidah, port moderne de la Mer rouge, sans monument historique ni construction réellement typique suite à un fort tremblement de terre, nous reçoit pour une courte visite qui se résume à un passage au port de pêche, de bonne heure le matin. Là des dizaines de bateaux sont déchargés de leur cargaison de poissons tropicaux multicolores, de raies et surtout de requins vendus au cours d'une criée particulièrement animée.
Pour rejoindre Taïz, ancienne capitale du Yémen, une route directe traverse la Tihama, la plaine côtière à la chaleur moite aux paysages africains de bush aux arbustes d'épineux, dans une lumière grise, l'air étant chargé d'humidité et de sel. Des panneaux de signalisation indiquent le passage possible de dromadaires sur la chaussée. On rencontre , parfois, des bulldozzers qui poussent le sable apporté là par de fortes tempêtes de la mousson d'été. La monotonie du trajet est interrompue par la visite du marché de Beit El Fakih, où se rassemblent les tribus de la Tihama, et de celle de la cité où l'algèbre aurait été inventé : Zeibid. Cette bourgade, riche d'une université coranique millénaire est magnifique par son architecture originale où les maisons de brisques sont abritées derière de hauts lurs. A l'intérieur d'une cour la pièce d'habitation, unique est disposée en haut d'un escalier de quelques marches. La porte en bois importée d'Inde, est encadrée de deux fenêtres entourées de décorations de plâtre finement sculpté. La nuit, la cour sert de chambre à coucher, tant la chaleur peut être insupportable.
A quelques kilomètres au sud, une piste atteint la côte à proximité d'al Khokha, oasis nouvellement équipé d'un hôtel où les touristes peuvent profiter des joies offertes par la Mer rouge. Il y a quelques années encore, la contrebande était importante en raison des criques abritées des regards indiscrets. Pour rallier Mokha, une piste longe véritablement la côte , les roue des 4 X 4étant souvent dans l'eau. C'est l'occasion d'aller à la rencontre des pêcheurs traditonnels embarqués sur leurs dhows, ces longues barques effilées fabriqués sur les plages même par des menuisiers aux techniques ancestrales. Mokha, c'est le port d'embarquement du café du temps des navigateurs hollandais qui cabotaient le long de la Mer rouge et de l'Océan Indien., au XVII ème siècle. Aujourd'hui en ruine, la ville tente de retrouver le lustre d'antan. Une importante centrale thermique dénote dans ce paysage de sable, de mosquées blanches d'un autre âge et de caravanes de dromadaires."















Si Aden est une ville mythique, elle déçoit le touriste par le caractère moderne de son architecture teintée d'influence soviétique : par contre, le site est magnifique : un golfe fermépar des pitons de laves volcaniques noires.
Cette substance se retrouve tout au long du rivage de l'Océan Indien en direction de Mukhallah. Cette lave sert de matériau de construction aux maisons des villages de pêcheurs. L'immensité des plages incite à la baignade, mais l'absence de barrière de corail et les grands fonds proches occasionnent des rouleaux très importants et laissent approcher les requins terriblement nombreux dans ces eaux chaudes, d'où la nécessité d'une grande prudence lors des bains.
Les nombreuses prises des pêcheurs sont mises à sécher en vue d'une meilleure conservation mais la chaleur humide provoque une odeur pestilentielle à l'approche des petits ports. L'Hadramaout s'atteint depuis la côte, après avoir traversé le plateau du Jol, totalement plat et complétement dépourvu de végétation.Les caravanes de dromadaires le traversaient, lorsque sur la route de l'encens et des épices, elles reliaient Qan , port de l'océan indien proche de Bir Ali à Gaza dur la Méditerranée. Les épices arrivées par bateau des Indes étaient transportées jusqu'en Hadramaout où venaient les rejoindre les caravanes d'encens et de myrrhe recueillis dans la vallée même ou dans le Dhofar qui appartient au sultant d'Oman. La voie antique longeait ensuite le désert du Rub al Khali pour passer par Shabwa et Mareb , kla capitale de l'ancien royaume sabaéen. De nos jours , trois heures suffisent pour rallier, depuis Mukallah, l'oasis long de 150
kilomètres de l'Hadramaout. Le long du wadi capricieux, des cités splendides apparaissent, soit dans une palmeraie d'un million d'arbres comme Sayun, au milieu du cours d'eau asséché du fleuve telle une épave échouée sur un haut fond de sable comme Shibam., soit , enfin, adossée à un cirque de falaises comme Tarim.


