ECO - Pour faire fléchir le bath, la BoT fait s'effondrer la Bourse
“C’est le mardi noir !” titre The Nation ce matin. La bourse thaïlandaise s’est littéralement
effondrée hier après que la banque centrale a annoncé lundi une mesure draconienne contre l’investissement étranger pour contrôler la hausse du baht. L’indice a chuté de près de 15% pour atteindre son niveau le plus bas depuis près de 20 ans

(Photo Jean-Louis Duzert)
C’est la pire dégringolade en une seule journée que la bourse thaïlandaise ait connue dans les 31 ans de son histoire. Dans les premières minutes de l’ouverture hier, l’indice composite affichait déjà un recul de 8, 83% pour franchir les 10 % à 10h30, obligeant la bourse à cesser les échanges pendant une demi-heure. Une première. À la reprise, la panique persistante a prolongé la chute du marché jusqu’à près de 20%. Et après un léger regain, la bourse thaïlandaise a finalement clôturé la journée sur un recul de 14.84 % soit 800 milliards de bahts de pertes.
Remède carabiné
Ce krach historique est arrivé après que la Banque de Thaïlande (BoT), lundi, a engagé une mesure pour le moins draconienne afin de contrer la hausse du baht qui avait alors atteint son plus haut niveau depuis neuf ans, frôlant les 35 bahts pour un dollar, malgré une série d’actions engagées ces dernières semaines.
Selon le ministre des Finances, Pridiyathorn Devakula, il s’agit de décourager les investisseurs étrangers qui spéculent à court terme sur la croissance du baht face au dollar, et contribuent ainsi à accélérer la tendance.
La BoT a donc ordonné lundi aux banques de bloquer pendant un an 30% de tout dépôt de devises étrangères de plus de 20.000 dollars échangées contre du baht, et d’en prélever le tiers en cas de retrait avant un an. Les investisseurs étrangers sont ainsi doublement pénalisés puisque non seulement ils ne disposeront désormais que de 70% des fonds qu’ils auront transférés, mais en plus ils risquent de perdre 10% du total. De quoi effectivement dissuader les investisseurs étrangers...
Augmenter la dose si nécessaire
Cette mesure, la plus drastique prise par la banque centrale thaïlandaise depuis la crise de 1997, "a eu l’effet attendu", se félicitait hier Nitaya Pibulratanakit, l’assistante du gouverneur de la banque centrale, qui envisage d’introduire de nouvelles mesures si la spéculation persiste. La devise thaïlandaise a connu hier sa plus forte baisse (1, 1%) depuis avril 2005 après avoir grimpé de 14% par rapport au dollar depuis le début de l’année, affichant le niveau le plus élevé des monnaies de la région. Le ministre des Finances a souligné que la BoT agissait dans l’intérêt du secteur privé, dont la compétitivité est menacée par la hausse du baht, en particulier l’exportation, qui pèse 60% du PIB thaïlandais.
Cela n’a néanmoins pas empêché les critiques de dénoncer aussitôt une mesure "trop sévère", responsable de "lourdes pertes durables pour l’économie du pays". Certains comme Korn Chatikavanij du Democrat Party appelaient hier les autorités bancaires à "revenir sur cette mesure tant qu’il était encore temps", tandis que d’autres prônaient un contrôle plus sélectif des flux de capitaux afin d’épargner le marché des actions.
Plusieurs banques étrangères hier n’ont pas coté le baht sur le marché offshore, évoquant le manque de clarté de cette nouvelle réglementation ainsi que la pagaille du marché, toujours perceptible.
Le moins que l’on puisse dire est que l’investissement étranger n’est pas à la fête cette année. Après l’affaire des prête-noms qui cause déjà beaucoup de soucis à la communauté d’affaire étrangère, la Thaïlande a beaucoup moins l’air "business friendly".
Pierre Queffélec, Le petit journal de Bangkok mercredi 20 décembre 2006
Réactions en chaîne sur la région
Quatorze des 15 monnaies les plus actives de la zone Asie-Pacifique ont chuté hier, suivant le baht, la roupie indonésienne en tête. Plusieurs banques centrales s’inquiètent de voir la hausse de leur monnaie par rapport au dollar miner leurs exportations et leur croissance économique. Le peso philippin, qui a perdu hier 0, 8 %, avait atteint lundi son niveau le plus élevé depuis mai 2002. Le won coréen quant à lui, n’avait pas été aussi fort par rapport au dollar depuis 9 ans, tandis que le yen a atteint un niveau intenable pour les exportateurs. Hier, certains analystes se demandaient quels pays allaient emboîter le pas à la Thaïlande pour contrer la hausse de leur monnaie, évoquant notamment la Malaisie, les Philippines, ou encore la Corée du Sud. Cette dernière a cependant fait savoir qu’elle n’envisageait pas de prendre de mesures de contrôle "artificielles", de même que l’Indonésie. Les places boursières de la région ont également fléchi : Jakarta a perdu 2, 85 %, Kuala Lumpur, 2 % et Singapour, 2.23 %.