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Passagers pour Seattle, mont Saint Helens, Montana, Yellowstone, Idaho, Oakland, en voiture
Discussion started by Oltean on 2018-09-20
64 replies
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Passagers pour Seattle, mont Saint Helens, Montana, Yellowstone, Idaho, Oakland, en voiture
Oltean · 2018-09-20
Eté 2018. Le Montana, cette année, ne sera qu’une étape. Prometteuse certes, mais une simple étape dans un circuit qui pour une fois ne nous mènera pas dans des endroits connus. Grands Canyons, Graceland, bayous et pays de Mark Twain sont derrière nous. Nous sommes en quête, voyez-vous, d’autre chose. Cette fois-ci nous suivrons une large trajectoire dans l’Amérique profonde, celle dont les guides ne parlent pas, ou si peu. Deux grandes villes seulement : Seattle, pour commencer, et San Francisco/Oakland, pour finir. Entre les deux, l’ouest hors sentiers touristiques, à la seule exception de Yellowstone, le parc où le touriste peut se mesurer à un ours noir ou parfaire une existence dissolue dans un lac acide.
La promesse est donc celle d’une longue randonnée entre des cités de taille moyenne, à l’affût d’une certaine Amérique secrète et peut-être – l’avenir nous le dira – méfiante envers les étrangers. Nous verrons des villes fantômes et contemplerons à l’ouest du pays mormon des communautés fondées, peut-être, par mes lointains ancêtres basques. Bref, campagne, grands espaces et, on l’espère, heureuses surprises.
Nous commençons donc par Seattle. Une grande ville qui n’évoque rien, sauf quelques séries TV et l’image d’une grande tour, comme le monde d’aujourd’hui en comporte tant. Mais qui irait faire spontanément une virée à Seattle ? Que trouver d’exceptionnel à faire dans ce cul-de-sac venteux, aux confins du Canada ?
A vrai dire on n’en sait rien. Mais c’est aussi pour cela que nous partons.
Passagers pour Seattle, mont Saint Helens, Montana, Yellowstone, Idaho, Oakland, en voiture
Erjome · 2018-09-20
Hello Alain
Je prends place dans le van pour découvrir ta vision d'un coin que j'apprécie particulièrement.
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Sissi57 · 2018-09-20
Je monte aussi à bord pour refaire le voyage de l'été passé, j'avais fait un carnet sur notre SFO-Seattle-SFO 2017, et cela m'intéresse de voir un autre regard.
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Oltean · 2018-09-20
Hello Alain
Je prends place dans le van pour découvrir ta vision d'un coin que j'apprécie particulièrement.
Bienvenue Eric, heureux de te lire ici.
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Oltean · 2018-09-20
Je monte aussi à bord pour refaire le voyage de l'été passé, j'avais fait un carnet sur notre SFO-Seattle-SFO 2017, et cela m'intéresse de voir un autre regard.
Bonsoir Antoinette,
Nous n'avons pas fait le même trajet, mais ce sera un plaisir de confronter nos souvenirs.
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Sissi57 · 2018-09-20
Effectivement je ne connais pas le Montana et l'idaho, j'aurai donc le plaisir de les découvrir sous ta plume. Par contre nous avions été au Yellowstone en 2009 lors d'une boucle Denver-Denver.Ce sont aussi de magnifiques ouvenirs
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Andarelli · 2018-09-20
Aujourd’hui je suis à Durango, mais rentre dans le véhicule pour le Nord.
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Oltean · 2018-09-21
Aujourd’hui je suis à Durango, mais rentre dans le véhicule pour le Nord.
Ça roule ! On y va.
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Oltean · 2018-09-21
Il est des jours où l'on n'en finit pas d'arriver. Bonne surprise : fini le questionnaire cartonné à compléter avant de poser les pieds aux USA. Un formulaire si mal fichu que jamais je ne suis jamais arrivé le remplir correctement du premier coup, me trompant toujours et invariablement au même endroit. Non, maintenant, on dialogue dès l'atterrissage avec une borne électronique. Du temps gagné, à coup sûr, mais ensuite pas de miracle. Au terme d'une attente démesurée, il faudra avoir une ultime entrevue avec un policier des frontières en chair et en os. L'interrogatoire, comme il est de coutume, est mené sur un ton badin. "Alors les amis, vous allez où ? Bainbridge Island ? Vous savez que c'est une île, comme son nom l'indique, hein ? Ah, ah ! Vous allez prendre le bateau ? Mais vous avez google-isé Bainbridge, d'abord, pour voir comment c'est ? Et pour le shopping, vous irez où ?"
Je réponds "oui" à tout, en surjouant l'admiration quand le type des douanes me décrit la beauté des paysages maritimes. On sait jamais, des fois qu'il aurait pour consigne de refouler les rabat-joie.
Jusque là, ça va, question attente on reste dans la norme. Mais une fois nos identités tamponnées et les bagages récupérés au pied d'un tapis désormais figé (vu les délais de douane, le tournez manège des valises orphelines a été abrégé), le Long Jour de l'Arrivée déploie ses maléfices. Il est minuit à Paris, et seulement le début d'après-midi à Seattle. Nous ne savions pas encore que nous passerions l’équivalent d'une nuit blanche pour notre premier jour dans l'Etat de Washington.
Entourés d'autres arrivants étreignant des dossiers frappés des armes d'Hertz et Enterprise, nous rejoignons en navette spéciale le terminal des voitures à louer. La réservation a été faite depuis longtemps, ce qui ne change rien aux boniments de la préposée qui insiste pour nous donner un monstrueux 4x4 en lieu et place de la routière dûment réservée depuis la France. Je connais le truc, je suis déjà tombé dans le piège. Le supplément modique quotidien, gonflé par l'ajout des taxes et la durée de la location, doublerait allègrement le tarif initial. Alors, c'est non.
Grosso modo, pour la location de voitures aux Etats-unis, il y a deux façons d'être traités. Soit on vous remet telle voiture, celle-là et pas une autre, sans que vous ne puissiez émettre la moindre réserve ; ou alors, on vous laisse libre dans un immense parking où des autos rutilantes attendent, alignées sur la ligne de départ, en vous demandant de choisir le modèle qui vous plaît. Thrifty à Seattle est adepte de la seconde école. "Vous pouvez prendre n'importe quel modèle entre les places 1 et 21", me dit un jeune gars. Une belle Ford Fusion hybride retient mon attention, mais son coffre s'avère trop petit pour nos deux valises. Du coup ce sera une Nissan Altima, mécanique aux reprises mordantes et à la malle confortable.
Le smartphone servant de GPS rejoint son support aimanté fixé sur une grille d'aération. Toutes les cartes sont en mémoire, afin de pouvoir se repérer sans 3G ni wifi. C'est parti, direction le nord vers Seattle ville, d'où nous rejoindrons l'embarcadère. Étrange : aucun de nos téléphones ne parvient à se connecter au moindre réseau. Cela nous rappelle nos aventures en "zone blanche", quelque part en territoire indien. Mais là, dans la vaste banlieue de Seattle, c'est tout de même fort. Et le GPS fait des siennes en se mettant à tresser des itinéraires sortis de l'âme tortueuse d'un démon qui rêve. Je vois, sur l'écran, le symbole représentant ma voiture se téléporter de voie en voie, quitter l'autoroute où nous sommes pourtant bien engagés pour s'obstiner dans on ne sait quelle venelle aveugle, tandis que l'appareil m'ordonne sur un ton sans appel d'opérer un demi-tour immédiat. La crainte de me retrouver sans boussole dans une région inconnue taraude mon esprit resté dans un GMT parallèle.
Par bonheur, le chemin vers le ferry est désormais indiqué par des panneaux explicites. Une imposante file de voitures patiente avant l'embarquement pour Bainbridge Island. C'est là-bas que nous avons trouvé un logement avec Airbnb, chose rendue difficile par la faiblesse de l'offre à Seattle et sa région. Seul un bras de mer sépare cette île de la métropole, et une traversée de 35 minutes, après tout, est beaucoup plus rapide que certains trajets en trains de banlieue depuis d'improbables faubourgs.
Tout serait pour le mieux si la file de voitures avançait. Mais tout semble figé en cet interminable après-midi, un peu comme une séance au Sénat ou un match de l'équipe de France de football . Nous apprendrons plus tard qu'à l'approche conjuguée du week-end et de l'été, les liaisons sont saturées, et que plusieurs rotations sont nécessaires pour que l'ensemble des voyageurs puisse "passer de l'autre côté".

Seattle au loin
Une fois rendu sur place - il doit être vers les 4 ou 5 heures du matin au tic-tac faiblard de mon horloge interne - me revoici au volant. Le GPS recommence sa grève perlée de syndicaliste moustachu et seule une énergique réinitialisation le remet pour un temps dans le droit chemin. Voici enfin notre sweet home, une superbe baraque de bois au milieu de la nature. Mais voilà, elle est vide. Et nous n'avons ni clefs, ni réseau téléphonique pour prévenir notre hôte.
Seule solution : dénicher un point wifi ouvert, et de là renouer le contact. Nous trouverons le réseau salutaire à l'ombre d'un McDo. C'est bien la première fois que l'horrible chaîne de restauration aura pu être d'une quelconque utilité. Quand les clefs sont récupérées et l'appartement investi, le jour est sur le point de se lever dans la lointaine France. Mais l'essentiel est là : nous pouvons enfin nous remettre d'une première journée bien trop longue.

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Titou14 · 2018-09-21
Bonjour Alain,
J'aime bien votre style, j'ai commencé à lire votre carnet sur le Japon, un vrai régal. J'y suis allée deux semaines en mai. Je ne fais pas de carnets car je ne suis pas aussi douée dans l'écriture.
Je vais être très attentive à la suite de ce carnet sur Seattle car je suis en train de préparer un circuit pour juillet 2019 au départ de Vancouver, puis Seattle, Mount St Hélen, Bend.....
Cela fera mon 3ème voyage aux States, mais toujours un bonheur de le préparer et de lire tous les carnets de VF. Je suis novice comparé à certains présents sur ce forum.
J'embarque pour la suite...😉
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Sissi57 · 2018-09-21
Je ne sais pas quel GPS vous aviez sur votre smartphone. Je suis curieuse de le savoir et de savoir si les choses se sont améliorées ensuite.
L'année passée, j'avais CoPilot USA sur mon Iphone, qui marche très bien. Malheureusement mon Iphone fut victime d'une électrocution dès notre deuxième étape, et ensuite j'ai recouru à maps.me , sur mon smartphone de secours, que j'avais relativement apprécié dans les pays baltes en 2016, mais utilisé alors sur le défunt Iphone en 2016. Le guidage buggait pratiquement à chaque arrêt à un feu rouge/stop ou bouchon. Je me suis vue obligée de recopier l'itinéraire à l'avance sur papier et c'est comme cela que nous avons pu rejoindre l'aéroport à SFO pour notre vol de retour, car relancer l'app à chaque plantage ne permettait pas de rouler de manière fluide.
Je me suis demandé si c'était mon smartphone bas de gamme, qui était en cause, ou si c'était maps qui avait des défauts. Je n'ai pas ré-essayé de guidage par maps sur Iphone dans une ville, avec arrêts fréquents , pour comparer.
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Oltean · 2018-09-21
Je ne sais pas quel GPS vous aviez sur votre smartphone. Je suis curieuse de le savoir et de savoir si les choses se sont améliorées ensuite.
L'année passée, j'avais CoPilot USA sur mon Iphone, qui marche très bien. Malheureusement mon Iphone fut victime d'une électrocution dès notre deuxième étape, et ensuite j'ai recouru à maps.me , sur mon smartphone de secours, que j'avais relativement apprécié dans les pays baltes en 2016, mais utilisé alors sur le défunt Iphone en 2016. Le guidage buggait pratiquement à chaque arrêt à un feu rouge/stop ou bouchon. Je me suis vue obligée de recopier l'itinéraire à l'avance sur papier et c'est comme cela que nous avons pu rejoindre l'aéroport à SFO pour notre vol de retour, car relancer l'app à chaque plantage ne permettait pas de rouler de manière fluide.
Je me suis demandé si c'était mon smartphone bas de gamme, qui était en cause, ou si c'était maps qui avait des défauts. Je n'ai pas ré-essayé de guidage par maps sur Iphone dans une ville, avec arrêts fréquents , pour comparer.
Dans mon cas, le smartphone sous Android est en cause. C'est un appareil chinois, plutôt sympa quoique pas très cher. J'utilise deux applis GPS gratuites qui m'avaient toujours donné satisfaction : Google maps avec cartes en mémoire, et Here WeGo. Mais là, c'était la puce GPS qui se mettait en rideau. Seule solution, redémarrer l'appareil. Bizarrement les bugs étaient assez aléatoires : nombreux à Seattle et dans la région, plus sporadiques par la suite. Allez comprendre !
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Sissi57 · 2018-09-21
Mon Wiko ( qui n'est donc pas chinois, mais pas cher non plus) est aussi sous Android. Y a t il une relation??
En tout cas, dans une ville inconnue, et en ayant pris l'habitude du GPS, on se sent vite désécurisé quand le guidage devient erratique ou farfelu.
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Oltean · 2018-09-21
Bonjour Alain,
J'aime bien votre style, j'ai commencé à lire votre carnet sur le Japon, un vrai régal. J'y suis allée deux semaines en mai. Je ne fais pas de carnets car je ne suis pas aussi douée dans l'écriture.
Bonjour Sylvie,
c'est très aimable de me le dire. Le carnet est rédigé au jour le jour, sa qualité dépend dès lors de l'inspiration du moment, j'espère que vous saurez le pardonner.
Je vais être très attentive à la suite de ce carnet sur Seattle car je suis en train de préparer un circuit pour juillet 2019 au départ de Vancouver, puis Seattle, Mount St Hélen, Bend.....
Cela fera mon 3ème voyage aux States, mais toujours un bonheur de le préparer et de lire tous les carnets de VF. Je suis novice comparé à certains présents sur ce forum.
J'embarque pour la suite...😉
Bah, on a tous commencé novices, n'est-ce pas ? Quoiqu'il en soit, bienvenue !
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Oltean · 2018-09-21
Mon Wiko ( qui n'est donc pas chinois, mais pas cher non plus) est aussi sous Android. Y a t il une relation??
Eh, je crois bien que les Wiko sont conçus en Chine, avant d'être importés en France. J'ai un Huawei (bas de gamme). Peut-être qu'il y a un rapport en fin de compte.
En tout cas, dans une ville inconnue, et en ayant pris l'habitude du GPS, on se sent vite désécurisé quand le guidage devient erratique ou farfelu.
Certainement. Et bien davantage qu'avant l'invention de ces petits joujoux.
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Oltean · 2018-09-22

Ville d'eau
A Seattle l'eau est partout. Des bras de mer enlacent la cité et Bainbridge Island, notre point de chute, apparaît comme l'un des derniers maillons du dédale d'archipels enchevêtrés descendant la côte canadienne. La nature est omniprésente : les larges trottoirs des quartiers courus de Seattle font la part belle aux arbres, et on n'est pas surpris de contempler, aux écluses Hiram M. Chittenden, le spectacle de quelques phoques jouant parmi les saumons.

T'es venu à pinces ?
Les très colorées halles au poisson, à Pike Place Market, permettent d'entrevoir les produits de la pêche locale. On ne connaissait l'existence de ces crustacés géants que grâce aux étiquettes de nos conserves. Il y a foule : à chaque nouvelle vente, paraît-il, les poissonniers gratifient le client d'un ballet où le produit acheté est balancé de mains en mains à la façon d'un ballon de foot américain. Un show qui n'a hélas pas lieu lors de notre trop court passage.

En ville

Activistes (1)

Activistes (2)

Activistes (3)
Le caractère propre de Seattle reste délicat à saisir. Ses rues escarpées font évidemment songer à San Francisco. Ses quartiers dans le vent, quant à eux, ne dépareraient aucune métropole américaine, avec leurs bars branchés et chers flanqués de boutiques bios. Les trottoirs sont tenus par des groupes d'activistes gauchistes ou chrétiens. La présence persistante de clochards hirsutes n'incite pas à une flânerie vespérale.

Misère

Rue à Seattle

Tag

Front de mer
Ce dernier point mis à part, l'atmosphère générale de la ville rappelle beaucoup l'Europe du Nord et les grands ports de Scandinavie. Ce n'est certainement pas un hasard si le jumelage avec Bergen est justement mis en valeur ; et le large panorama, tel qu'on le découvre de la tour du Columbia Center, laisse entrevoir - si le temps le permet - une vaste ceinture de massifs enneigés. L'on aperçoit, loin vers l'ouest, la belle île de Bainbridge où nous résidons. C'est un quartier de Seattle à proprement parler, plus clean que le centre ville, plus select, droit sorti d'un catalogue de Nature & Découvertes et, il faut le reconnaître, d'une très grande tranquillité pour se remettre du jet lag.

Chemin du retour

Au AirBnB de Bainbridge
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Oltean · 2018-09-23

Seattle Central Library
L'image de Seattle a beau être floue, deux choses, au moins, nous rappellent de temps à autre que cette ville existe. La première, c'est une drôle de tour, vestige d'une exposition universelle, la Space Needle (aiguille de l'espace) dont le sommet a la forme d'une soucoupe volante. Oui, dans les années 1950-60, la mode était aux OVNI, et ce building voué la modernité se devait d'adopter le folklore ambiant. Depuis lors, impossible d'échapper à l'image de la Space Needle à la moindre évocation de la ville, quand bien même la vague des extra-terrestres a pris un sacré coup de vieux - il est vrai qu'on serait bien en peine de trouver une autre icône pour identifier cette cité.

Voie du nord

Space Needle dans la cité

Folklore

De Bainbridge à Boeing
Aucune sauf, peut-être, celle de Boeing. Il faut prendre la voiture une petite heure vers le nord pour trouver les gigantesques entrepôts où les avions sont assemblés. L'usine se visite, mais en mode captif, au sein d'un groupe étroitement surveillé. Tout moyen de communication ou de prise de vues est proscrit. Et pas question non plus de flâner entre les structures de 787 en cours d'assemblage. La contemplation se fait de loin, depuis une passerelle courant sur la largeur du bâtiment. Belle largeur, il faut bien le dire : un demi-kilomètre, permettant à cette usine d'être l'une des plus grandes au monde (voire la plus grande), haute de plusieurs étages et d'une longueur telle que Disneyland de Floride pourrait y loger, nous dit-on avec fierté. Et une certaine orientation dans les références.

L'entrée de l'exposition Boeing
C'est immense, mais c'est vide. Je connais cette impression tenace, et aux effets pervers sur le bien-être de maints employés : la vastitude des lieux est telle qu'on éprouve un malaise devant cette activité intense et insaisissable. La même illusion frappe en Europe le visiteur occasionnel d'usines modernes, décontenancé par un calme apparent en parfaite contradiction avec les exigences de production. Il faut se faire violence pour accepter l'idée de cette machinerie immense où l'homme est ramené à son insignifiance.
Nous voyons donc, de loin, des long-courriers en cours d'assemblage pour différentes compagnies. Pas moins de cinq modèles sont alignés sur le sol en contrebas de notre passerelle. Tous ces avions seront livrés sans les sièges, qu'il appartiendra à chaque compagnie d'ajouter. Les cargos sont identifiables à l'absence de hublots. Boeing n'assure pas la livraison. Chaque compagnie doit envoyer un pilote pour prendre possession de l'appareil mais, nous assure notre guide, Boeing offre à cette occasion un tiers du carburant. Je n'ose penser à la facture des deux tiers restants.
Tout ici est motif de fierté. "On livre six avions par mois, quand d'autres sont capables d'en fournir 6 par an". La fibre de carbone permettra de réaliser des appareils toujours plus légers et performants. Et Boeing n'est pas qu'un fabriquant d'avions civils. Quelques-uns des plus célèbres bombardiers du XXe sont sortis d'ici, et la grande firme reste un acteur important de la conquête spatiale.
Et Airbus ? Jamais évoqué. Seuls quelques modèles réduits sont en vente à la boutique souvenir. Détail sournois : ils sont systématiquement plus chers que ceux de Boeing.

En ville

Fantôme du Mont Rainier

Ceinture de nuages

Allers, retours

Déjeuner à Bainbridge Island
De retour à Bainbridge Island, nous faisons nos bagages pour rejoindre la Péninsule Olympique.
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Erjome · 2018-09-23
Bonjour Alain
Heureusement Seattle ne se limite pas à boeing et Nirvana qui lui ont permis de se faire connaitre dans le monde ni à space needle son monument emblématique. Certes elle n'a pas la magie et l'intérêt de San Francisco et New York par exemples mais il y a de quoi de voir et s'occuper quelques jours. Ayant des attaches à Vancouver j'y retourne à chaque fois avec plaisir. Pour éviter un sentiment de "frustration" je n'ai jamais visité le future of flight aviation center de boeing. Par contre le museum of flight est très très intéressant avec des simulateurs et selon l'intérêt que l'on a pour l'aviation on peut y rester la journée.
Passagers pour Seattle, mont Saint Helens, Montana, Yellowstone, Idaho, Oakland, en voiture
Sissi57 · 2018-09-23
Vous n'avez pas visité le musée Chihuly? Peut-être avez vous déjà vu ses oeuvres ailleurs, à Boston? C'est la visite que j'ai préférée à Seattle, ville pour laquelle je n'ai pas eu de coup de coeur.
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Oltean · 2018-09-23
Bonjour Alain
Heureusement Seattle ne se limite pas à boeing et Nirvana qui lui ont permis de se faire connaitre dans le monde ni à space needle son monument emblématique. Certes elle n'a pas la magie et l'intérêt de San Francisco et New York par exemples mais il y a de quoi de voir et s'occuper quelques jours. Ayant des attaches à Vancouver j'y retourne à chaque fois avec plaisir. Pour éviter un sentiment de "frustration" je n'ai jamais visité le future of flight aviation center de boeing. Par contre le museum of flight est très très intéressant avec des simulateurs et selon l'intérêt que l'on a pour l'aviation on peut y rester la journée.
Bonjour Eric,
C'est vrai qu'on n'a pas eu le coup de foudre pour Seattle. Mais c'est tout aussi vrai qu'on n'a pas visité grand chose, préférant de longues balades en ville ou dans l'île de Bainbridge, histoire de nous remettre du décalage horaire. Entre les deux visites Boeing, nous avons choisie celle où les avions sont assemblés, mais il est clair que les deux étaient sur la liste des possibles... Quant à San Francisco, ce n'est pas évident que je préfère cette ville à Seattle. Mais j'y reviendrai.
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Oltean · 2018-09-23
Vous n'avez pas visité le musée Chihuly? Peut-être avez vous déjà vu ses oeuvres ailleurs, à Boston? C'est la visite que j'ai préférée à Seattle, ville pour laquelle je n'ai pas eu de coup de coeur.
On l'avait mis sur la liste, pour finalement préférer le plein air. Je note votre intérêt pour ce musée : il faudra revenir et rester plus longtemps, cette fois-ci le programme est resté léger. On a aussi vu des curiosités (comme le Fremont Troll) dont je n'ai pas parlé, étant incapable d'éprouver le moindre intérêt pour ce genre d'objets (que d'autres ont déjà décrits dans leurs carnets).
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Erjome · 2018-09-23
Pour moi aussi Seattle ne fait pas partie de mes villes "coup de coeur" mais y passer 2/3 jours quand on ne connait pas la ville permet des visites sympas. Es tu allé à l'experience music project à côté de space needle par exemple ?
http://www.mopop.org/
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Sissi57 · 2018-09-23
J'étais aussi perplexe avant d'y aller, et pas très heureuse du prix d'entrée, mais une fois à l'intérieur on est pris dans un univers féérique et c'est, dans les productions artistiques modernes ( ou étiquetées telles) quelque chose qui est vraiment à part et qui mérite d'être découvert.
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Oltean · 2018-09-23
Pour moi aussi Seattle ne fait pas partie de mes villes "coup de coeur" mais y passer 2/3 jours quand on ne connait pas la ville permet des visites sympas. Es tu allé à l'experience music project à côté de space needle par exemple ?
www.mopop.org/
Non, mais si j'avais assisté à une expérience musicale, j'aurais privilégié l'orchestre symphonique de la ville, dont je possède une petite collection de CD - musique américaine évidemment. Mais je prends bien note de ta recommandation.
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Oltean · 2018-09-23
J'étais aussi perplexe avant d'y aller, et pas très heureuse du prix d'entrée, mais une fois à l'intérieur on est pris dans un univers féérique et c'est, dans les productions artistiques modernes ( ou étiquetées telles) quelque chose qui est vraiment à part et qui mérite d'être découvert.
Vous le vendez bien. Au vu des échanges récents, j'ajoute qu'il s'avère pour nous difficile d'envisager un programme "lourd" dès l'arrivée. Il faut gérer la fatigue, la logistique du trajet à venir, éviter de passer trop de temps dans la voiture... On passera plus de temps la prochaine fois pour les visites. D'un autre côté, quelques jolies balades à pied nous ont permis de prendre pied sur le continent pour mieux envisager l'avenir.
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Diamina · 2018-09-23
Coucou c'est re-moi
J'aime cette photo! Elle est juste splendide!!

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Sissi57 · 2018-09-23
Allez, je continue à le vendre: une partie de l'exposition est dans un jardin,

où se trouve aussi un coffee shop pour une pause bienvenue. Dans le parc attenant il y a une fontaine qui amuse beaucoup les enfants, avec des jets d'intensité variable !


prévoir un Tshirt de rechange s'il ne fait pas chaud
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Noyellebis · 2018-09-23
Bonsoir Antoinette
J'ai noté le musée Chihuly que je ne connais pas pour notre prochain (?) voyage
Merci de ce partage.
Noëlle
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Oltean · 2018-09-24
Coucou c'est re-moi
J'aime cette photo! Elle est juste splendide!!

Bonjour Diamina,
heureux de te lire par ici.
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Oltean · 2018-09-24
Les premiers Européens venus s'installer sur ce continent se voyaient, paraît-il, comme les descendants spirituels des Troyens fuyant les hostilités. De là, peut-être, les multiples allusions à l'Antiquité, maisons blanches à larges colonnades, Parthénon de Nashville et cette volonté chère aux Pères Fondateurs de créer une nouvelle Rome. On peut penser que cette même filiation a inspiré le baptême de cette région côtière à l’extrême nord-ouest du pays sous le nom de "Péninsule Olympique" ; un choix logique si l'on songe que le pic culminant du lieu est le Mont Olympe.

Le Pacifique à Rialto Beach, Péninsule Olympique

Un brin de soleil
L'endroit est touristique, mais surtout pour les Américains. Pour nous autres qui venons de l'autre bord de l'Atlantique, les paysages rappelleraient trop l'Europe. C'est en partie exact : on vient dans ce continent pour ce qu'il est capable d’offrir de différent et non pour contempler des paysages alpins ou recouverts de forêts épaisses.
La région n'en reste pas moins étonnante, même pour les ressortissants du Vieux Monde. Les immenses étendues de conifères sont plus impénétrables encore qu'en Forêt Noire, les arbres s'étendent plus haut vers le ciel, et les ténèbres qu'ils imposent à la terre où ils croissent renforcent le sentiment d'étrangeté. A la plage du Rialto, un grondement continu accroche l'oreille. Le Pacifique, dans toute sa puissance, vient briser sa houle sur une côte aux dessins spectaculaires. La mer est hérissée de rochers où poussent contre toute raison des arbres battus par vents et marées. Une mer à l'image de la péninsule, guère hospitalière sans pour autant être déplaisante. Un endroit ténu entre chaleur écrasante et souffles glacés.

La série nommée Twilight - que je n'ai pas lue - se passerait par ici. Sans juger de la qualité de cette histoire de vampires pour ados, je dois reconnaître que l'endroit est bien choisi, pour son ambivalence où la beauté se joint curieusement à un inconfort subtil mais constant.

Route autour de la Péninsule Olympique puis vers le sud vers le mont St. Helens
A trois heures de route au sud se trouve un endroit autrement plus célèbre. En 1980, une montagne explosa, et aujourd'hui on en contemple le gigantesque cratère là où se dessinait un triangle presque parfait. Le Mont St Helens avait fini par s’effondrer sous la poussée de forces cyclopéennes. Les nuées ardentes qui jaillirent alors atteignirent, dit-on, le mur du son. Des forêts furent réduites en cendres et des troncs par milliers furent couchés. On en voit encore aujourd'hui les reliques blafardes. Un lac disparut, transformé en une vague de presque 200 mètres de haut.

Vestiges d'arbres calcinés autour du mont St. Helens
Cette mortelle tourmente fut suivie par une autre explosion. La vie reprit à cet endroit avec une vigueur décuplée. Le documentaire projeté au Johnston Ridge Observatory, au terme d'un chemin sans issue dédié à la montagne devenue volcan, met l'accent sur cette admirable renaissance. C'est bien le moins pour une nation puisant une part de son imaginaire dans l'adoration toute hellénistique du cosmos.

La route menant à l'observatoire du mont St. Helens (Mount St. Helens National Volcanic Monument)

Renaissance
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Oltean · 2018-09-25

Vous avez dit Rainier ? Si l'on oublie un instant une certaine Altesse Sérénissime, le nom est familier à tous ceux qui ont été sensibles aux histoires d'OVNI. Car c'est en survolant la région du Mont Rainier que Kenneth Arnold fut en 1947 le témoin d'une scène inouïe. Des objets se déplaçaient dans l'éther à une vitesse inexpliquée, en progressant comme des soucoupes rebondissant sur l'eau. La presse condensa les deux termes de l'observation : on avait vu des soucoupes volantes ! Le mot fit florès, inspira à Ed Wood de redoutables nanars et à Christian Nyby le meilleur des films d'Howard Hawks, affola états-majors et cercles complotistes, et fut à l'origine d'immenses collections de photos authentiquement floues ou nettement truquées.

Beau tableau à défaut d'UFOs
Nulle flying saucer, hélas, dans le ciel azur nimbant les monts enneigés de la Chaîne des Cascades. La route reliant Castle Rock à Yakima est l'une des plus magnifiques expériences qu'il nous ait été donné de faire aux Etats-unis, s'enfonçant dans des forêts épaisses au long de corniches escarpées. On ne peut s'empêcher de songer aux Alpes, mais des Alpes aux contours moins acérés où la force tranquille de la nature pare chaque nouveau panorama.


On s'arrête pour une balade dans le village de Packwood, si quiet dans son écrin de verdure. Une retraitée prend le soleil dans une pinède. Roxanne a quitté l'Orégon pour vivre ici. "C'est calme, on a tout ce qu'il faut. Et il y a plein de belles visites à faire. Vous êtes allés à l'office du tourisme ? Non ? attendez, je dois avoir des cartes chez moi". Comme d'habitude, les Américains ont le contact facile et se réjouissent de rencontrer des Européens. "Vous êtes Français ? Alors pouvez-vous m'expliquer ce que signifie s'il vous plaît ?". On s'exécute. "Ah, d'accord : c'est comme por favor".



Elle tend le bras vers la cime blanche du Mont Rainier. "En hiver il y a de la neige. A peu près comme cela, dit-elle en tenant la main à une quarantaine de centimètres du sol. Mais l'hiver dernier, on a eu deux jours à près d'un mètre".




La White Pass Scenic Byway, Etat de Washington
On quitte la White Pass sans la moindre transition. Il y a trente secondes, les panoramas de haute montagne enchantaient une vue peuplée de conifères centenaires. A présent, des étendues rocailleuses d'où surgissent des buissons secs nous ramènent en terre de westerns. On s'attendrait à voir apparaître Peaux-Rouges ou ventres bleus du haut des crêtes abruptes inondées de soleil. Adieu pays de Heidi, voici celui de Buffalo Bill.
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Marati · 2018-09-25
Bonsoir Alain,
Quel plaisir de lire tes carnets ! La composition des photos est comme le style d'écriture : riche, originale, hors du commun... Tu nous transportes dans vos aventures, réflexions et émotions.
Merci.
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Oltean · 2018-09-25
Bonsoir Alain,
Quel plaisir de lire tes carnets ! La composition des photos est comme le style d'écriture : riche, originale, hors du commun... Tu nous transportes dans vos aventures, réflexions et émotions.
Merci.
Bonjour Guillaume,
Très sympa comme commentaire ! Un grand merci. Si j'arrive à partager le plaisir que j'ai eu à écrire (et à photographier), l'exercice n'aura pas été complètement vain.
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Oltean · 2018-09-26
Yakima, Wapato, Toppenish... Qui donc irait faire du tourisme dans ces villes de l'Amérique profonde, si loin de la route des voyageurs ? Seul le hasard nous mène ici. De simples étapes utilitaires après la contemplation du Mont St. Helens et la White Pass, dans l'attente du Montana.

Toppenish et sa région
Et pourtant, Toppenish n'est pas sans charme. Son centre ville a tout de la cité pionnière des légendes. On s'étonne presque de l'absence d'abreuvoir pour les chevaux devant boutiques en bois et échoppes de barbiers.

Dans les rues de Toppenish





De larges fresques historiques décorent les murs de la cité. La région, il est vrai, a un passé compliqué. Une guerre fut déclenchée, comme bien des guerres, par un enchaînement de sottises, qui ne sont pourtant que la manifestation tangible de tendances profondes. Des chercheurs d'or sans foi ni loi vinrent prospecter sur la terre des tribus. Deux d'entre eux violèrent une Indienne ; ils furent exterminés. Un inspecteur des Affaires Indiennes vint enquêter et engagea les discussions avec les natifs. Alors qu'il mangeait parmi eux, un chef tribal surgit et lui mit un couteau sous la gorge. "Je suis venu en paix", dit l'Américain. Peine perdue : le chef l'égorgea. Une expédition punitive fut montée ; ainsi commença la guerre Yakima. Elle dura trois ans, de 1855 à 1858, avec son lot de massacres de part et d'autre. Les vaincus furent confinés dans une réserve.

Un Chinois mexicain. Fallait y penser !
C'est ce même territoire, très officiellement indien, où nous logeons aujourd'hui. Le terme de "réserve", suggérant Thoiry, est trompeur : aucun barbelé ne vient délimiter l'endroit, qui n'est défini que par une pancarte neutre à l'orée de la ville, sans que nul autre détail ne puisse éclairer le visiteur non averti.
Mais ce n'est pas l'histoire indienne qui imprègne le lieu. Partout, dans la rue, au magasin, on est frappé par la présence latino-américaine. Au Walmart, le Carrefour américain, l'affichage dans les deux langues est la règle. Même chose à la boutique de fringues ou dans les restos. Des télévisions et radios locales émettent exclusivement en langue espagnole. Comment ! Ici, dans cet Etat de Washington frontalier du Canada, l'immigration hispanique a une telle importance ? Que les Etats du sud soient mêlés de Latino-Américains et que l'espagnol y soit pratiqué comme langue usuelle au même plan que l'anglais n'est pas choquant, et le fait possède une indéniable facette sympathique pour ceux qui, comme moi, ont tant d'affection pour le monde ibéro-américain, sa littérature, sa musique, sa cuisine et ses ressortissants. Mais ici, le constat déconcerte. On se demande par quel mystère une si forte proportion de Latinos a pu venir s'installer si loin au nord, former communauté et bénéficier d'une telle reconnaissance culturelle et linguistique.
Peut-être faut-il voir dans ce phénomène une des explications du vote Trump. L'Etat de Washington a certes choisi Hillary Clinton : on peut se demander à quel point le clientélisme a joué dans ce choix, les Latino-Américains votant très majoritairement Démocrate. Alors, on ne peut s'empêcher de songer aux analyses explosives de Samuel Huntington, l'auteur du Choc des civilisations et de Qui sommes-nous ? L'auteur parle de l'inconciliabilité des civilisations ; la latino-américaine prendrait le pas sur la nord-américaine, dans un mécanisme séparatiste qui vouerait à l'échec tout effort pour permettre une existence partagée dans un espace commun.
Les Américains craindraient-ils, comme d'autres avant eux, d'être confinés dans des réserves, fussent-elles symboliques, au sein de leur propre pays ?

L'avenir ?
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Dolma · 2018-09-26
Qui donc irait faire du tourisme dans ces villes de l'Amérique profonde, si loin de la route des voyageurs ?
Eh bien moi par exemple 🙂 !
Je suis ce carnet avec plaisir pour l'écriture et les mots et avec attention parce que nous avons peut-être emprunté parfois les mêmes chemins...
Dolma
PS : J'ai suivi avec le même plaisir et pour les mêmes raisons tes autres carnets !
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Oltean · 2018-09-26
Qui donc irait faire du tourisme dans ces villes de l'Amérique profonde, si loin de la route des voyageurs ?
Eh bien moi par exemple 🙂 !
Je suis ce carnet avec plaisir pour l'écriture et les mots et avec attention parce que nous avons peut-être emprunté parfois les mêmes chemins...
Dolma
PS : J'ai suivi avec le même plaisir et pour les mêmes raisons tes autres carnets !
Bonjour Dolma,
J'apprécie d'autant plus ce message qu'il est formulé par une amoureuse de la langue ! Au plaisir de te lire.
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Oltean · 2018-09-27

Le Vantage Bridge sur le lac Wanapum, sur la route vers Dry Falls

Wild Horses Monument, en surplomb du lac Wanapum
La présence latino n'est pas le seul motif d'étonnement dans l'état septentrional de Washington. On a beau se trouver à bonne distance des merveilles géologiques de l'Arizona, du Nevada ou de la Californie, nous trouvons ici une nouvelle splendeur de la nature. Les Dry Falls datent de l'âge de glace. Elle ont figé pour l'éternité ce qui fut une cascade gigantesque entourant aujourd’hui des marais où miroitent d'énigmatiques reflets.

Dry Falls, Etat de Washington
Cette splendeur est méconnue, éclipsée par la collection magnifique des panoramas du grand sud. Elle serait une destination de choix dans n'importe quelle contrée, mais ici, à l'écart du tourisme mainstream, elles dorment dans une relative obscurité. Peut-être faut-il s'en féliciter, au vu de la tranquillité de cette contemplation rendue possible par l'absence de meute touristique.


De Toppenish à Spokane en passant par Dry Falls

Avant Spokane
A deux heures de route, vers l'est, voici Spokane. Ce nom ne dit pas grand chose. C'est pourtant la deuxième plus grande ville de l'Etat. Et la cité à l'origine de la fête des pères, à en croire les gens d'ici. On ne dira jamais assez ce que les fabricants de pâte à sel et de papier crépon doivent à Spokane.

Point de chute (heureusement)
La ville, cela dit, est plutôt agréable, passée une immense banlieue terne. Son centre s'organise autour de belles cascades, qu'il est possible de survoler en téléphérique. Des boutiques a priori avenantes, et même une vraie librairie que l'on visite avec ravissement, tant ce genre de commerces est rare dans ce pays. J'achète quelques livres d'occasion sur la seconde guerre mondiale ; je suis curieux de découvrir dans le texte quelques témoignages de héros de la Guerre du Pacifique ou de la Libération.

Grosse louche (en bas)

Centre commercial

Mettez un bison dans votre internet

En ville

Encore un tour aux chutes

L'obsession
Ce havre de culture est naturellement anti-Trump et le fait savoir par un poster parodiant Hulk, le super-héros vert pomme et stupide. Mais la librairie ne s'arrête pas là, elle déclame son amour du genre humain et des différences dans un tract arc-en-ciel qui ravirait le Routard.

Donald Hulk et l'antidote. Enfin...
Nous tombons pendant les célébrations de la Hoopfest, gigantesque tournoi de basket-ball. Toutes les rues du centre sont réquisitionnées pour permettre la tenue de dizaines de parties simultanées, où se produisent pros et amateurs de tout âge.

Bon, tu la passes, la balle ?
Un truc à l'américaine : atmosphère bon enfant, sonos à fond et mauvais goût assumé. Une spectatrice arbore même un tee-shirt où est inscrit le doux nom d'Adolph. Un hommage subtil au regretté Philip Roth, auteur du Complot contre l'Amérique ? On n'ose le croire.

Mein Führer, je marche !
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Oltean · 2018-09-28
Enfin le Montana ! La longue route depuis Spokane - fort agréable, il faut le dire, mais enfin, bien longue tout de même - nous rapproche des terres intérieures. Sur le trajet, quelques travaux, beaucoup de nature, une ville, Missoula, réputée pour son activité culturelle et son manège à l'ancienne.

Ça tourne à Missoula

De Spokane à Helena
Et enfin l'étape du jour, Helena, capitale d'Etat. Nous prenons possession en cette fin d'après-midi de notre chambre d'hôtel, dans un quartier désert. Pourtant, un regard sur la carte nous enseigne que le Capitole, siège du parlement local, est tout proche. Une courte balade à pied nous y mène. On trouvera sûrement au cœur historique de la cité matière à se détendre avec les gens du coin, dans le giron de quelque troquet accueillant capable d'apporter au voyageur éreinté un bien-être salutaire.

Mon nom est personne
Hélas ! Est-ce vraiment une capitale ? Aucun immeuble élevé ne vient boucher l'horizon, quand on s'attendait à voir le couchant se refléter sur l'arête de gratte-ciels grandioses. Encore mieux, dans cette agglomération toute plate découpée en blocs, nul être humain ne se manifeste. Helena serait-elle une ville fantôme ? J'ai l'impression de me trouver dans La souris qui rugissait, quand les soldats du Duché du Grand Fenwick débarquent dans un New York en alerte nucléaire.

Capitole d'Helena
Voici le Capitole, posé sur un gazon impeccable, solennel et pontifiant dans ses murs en simili-stuc. Seule silhouette humaine à l'horizon, celle d'un héros inconnu juché sur sa monture de pierre. Nous poussons la grande porte : l'édifice est fermé. Bref : pas de gaudriole au Capitole. A deux pas, un énorme crâne occupe la pelouse devant un musée.

Cornes de bouc
Renseignements pris, il s'agit d'une oeuvre d'art. Pourquoi pas ! Mais chez nous, au moins, certaines œuvres d'art sont habitées. Or ici, point d'Abraham, point de cheval. Où sont les gens ? Où est donc l'homme de la rue, dans la cité qui vit naître Gary Cooper ? La ville est-elle donc condamnée au silence en ce dimanche ordinaire ? Si j'avais un million, je quitterais ce jardin du diable. Même Dallas, ville frontière, serait un retour au paradis de cette big country. Ô trains, qui par trois fois siffliez (ou lanciez, c'est égal) votre souffle sauvage à l'approche des carrefours de la ville, avez-vous cédé à la loi du seigneur ?

Enfin quelqu'un (mais de mauvais poil)
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Oltean · 2018-09-29


Helena - Gates of the Mountains
Les gens, nous les retrouvons le lendemain, pour une expédition navale sur le Missouri. Les Portes des Rocheuses (Gates of the Rocky Mountains) furent ainsi nommée selon le récit de Lewis et Clark. Il n'est peut-être pas inutile de préciser, au vu des réflexions de quelques Français, que ces deux compères ne formèrent pas un couple de comiques, façon Abbott et Costello, et qu'ils n'ont pas davantage de lien avec Superman, Dr Jekyll ou Mr Love. Lewis et Clark étaient deux explorateurs chargés de défricher la route du nord-ouest vers le Pacifique, au tout début du XIXe siècle. Un voyage de deux années, quatre mois et dix jours, dont le récit homérique devait durablement marquer l'imaginaire de la jeune nation.

Gates of the Rocky Mountains, dont les parois s'écartent à mesure qu'on progresse
Le profond canyon que nous visitons aujourd'hui fait partie de la collection de prodiges naturels du continent. Encore un canyon ! Oui, mais cette fois-ci navigable entre deux falaises, sous le vol des pélicans et des aigles pêcheurs. "Il est rare d'en voir, explique le guide. Mais en ce moment, c'est la bonne époque, n'est-ce pas ?". Le 4 juillet approche, et l'allusion patriotique prend toute sa valeur, soulevant l'approbation bruyante d'un public tout conquis. L'histoire de ce pays aurait-elle été différente si l'inoffensif dindon sauvage avait été retenu comme emblème, ainsi que l'avait suggéré Benjamin Franklin ?

Présage du 4 juillet

Sur l'eau
Toujours est-il qu'après les Dry Falls, c'est le deuxième site splendide et méconnu qu'il nous est donné de contempler, tout aussi remarquable que les grands parcs nationaux du sud, fréquentés à satiété.

Coin pic-nic
Et ça continue ! Sur le chemin de Sheridan, Montana, nous faisons un détour pour visiter les Lewis and Clark Caverns. Oui, encore eux. Renseignements pris, ils ne furent pas les découvreurs de cette immense grotte, connue des natifs et explorée la première fois par des blancs à la fin du XIXe.

Route vers les Grottes dites de Lewis & Clark


Entrée du parc
Personne sur la route panoramique encadrée par des contreforts pentus ; sur place, que des Américains. Encore un endroit admirable ignoré par les étrangers. On sait pourquoi : nos guides n'en parlent pas, ou si peu. Manque de curiosité intellectuelle ? A moins que l'on ne juge pas la visite d'une grotte, pour intéressante qu'elle soit, suffisamment digne d'intérêt pour les ressortissants du pays de Padirac. Je ne saurais comparer leurs mérites respectifs et dire si l'Américaine vaut vraiment la visite, mais je peux témoigner de l'ahurissante palette de paysages souterrains offerts par les Lewis & Clark Caverns.

Stupéfiant
Chutes pétrifiées, figures étranges et troublantes formées par des concrétions millénaires, "salles" des merveilles que l'ont rejoint par des boyaux parfois étroits. Il faut s'accroupir çà et là pour cheminer plusieurs mètres dans cet univers pétrifié et humide, prendre soin à ne pas glisser sur la roche insidieuse tout en respectant la consigne ferme de ne pas toucher les stalagmites - comme toujours, les instructions les plus impératives sont données avant la visite par un ranger tout sourire. Et, ce qui ne gâte rien, il faut veiller à murmurer pendant l'exploration, pour ne pas déranger les chauves-souris à grandes oreilles qui ont élu domicile dans cet endroit d'exception.

Parc naturel des grottes
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Diamina · 2018-09-29
Salut Alain,
Où as-tu dégoté un parcours pareil?🤪
Faisait-il chaud pendant votre parcours en été?
En tout cas, voilà qui sort des parcours habituels.... Tu es vraiment original!!
Et à défaut de références musicales qui faisaient frémir doucement mes oreilles, tes références cinématographiques sont savoureuses!!!
Merci de cet agréable intermède qu'on prend plaisir à déguster sans modération.
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Oltean · 2018-09-29
Salut Alain,
Où as-tu dégoté un parcours pareil?🤪
Salut Diamina,
Eh bien, en partie grâce aux carnets qui ont précédé le mien (merci aux auteurs), et sinon par pure opportunité, sur le chemin de Yellowstone. La grotte Lewis et Clark et Missoula nous ont été suggérés par les gens que nous allions rejoindre à Sheridan.
Faisait-il chaud pendant votre parcours en été?
Plutôt chaud mais avec des coups de frais, vu l'altitude.
En tout cas, voilà qui sort des parcours habituels.... Tu es vraiment original!!
Et à défaut de références musicales qui faisaient frémir doucement mes oreilles, tes références cinématographiques sont savoureuses!!!
Tu parles de cet article ? J'ai moi-même du mal à m'y retrouver dans les références.
Merci de cet agréable intermède qu'on prend plaisir à déguster sans modération.
Pourvou qu'ça doure !
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Diamina · 2018-09-29
Pourvou qu'ça doure !
Oh je n'ai aucun doute à ce sujet....Entre ton carnet et celui de Pegguy vous m'avez redonné le gout d'aller faire des découvertes aux USA!! Merci. Je partirai la-bas fin février... les billets sont pris.
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Oltean · 2018-09-30

Un état grand comme la moitié de la France et avec autant d'habitants que la seule ville de Marseille. On n'en finit pas de traverser le Montana, filant sur des plateaux déserts encadrés par des sommets lardés de longues coulées de neige. Le soleil donne à plein, mais dans l'air raréfié des hauteurs, ces congères coriaces défient l'été. Nous croisons fréquemment des pancartes qui indiquent plus de 9000 pieds, soit 2700 mètres environ.

The Big Country

Plateau
Nous retrouvons à Sheridan John et Barbara, que nous avions rencontrés l'an passé à Nashville. Ils nous font visiter la région.

Sheridan

NRA : National Rodeo Association
Dans la ville d'Ennis, un spectacle de rodéo attire tous les habitants du coin. Un vrai rodéo, pas l'attraction plan-plan de Forth Worth. Un cow-boy doit mettre à terre un petit taureau à la seule force de ses bras, en empoignant les deux cornes pour forcer l'animal à se tordre jusqu'à perdre l'équilibre. Pas gagné d'avance : la plupart des tentatives échouent.

L'art de créer des liens
Mais il existe encore des cow-boys ? "Ce sont des gens d'ici, d'habitude ils sont employés de bureaux, avocats, etc., expliquent nos hôtes. Il s'occupent du bétail pendant leur temps libre. C'est encore eux qui en ont la meilleure connaissance". On se dit que les avocats français ont certainement des loisirs plus sereins. D'autres s'emploient à manier le lasso pour capturer le cheptel. Les plus téméraires s'efforcent de conserver leur place sur le dos de bêtes furieuses. Les seuls qui réussissent ont l'art de se transformer pendant les interminables huit secondes de l'épreuve en pantin désarticulé capable d'encaisser toutes les ruades des bestiaux.

Prête pour aller danser
On vient en famille, l'audience siffle sa joie et ne ménage pas ses applaudissements, même quand les candidats mordent la poussière. Et ils la mordent souvent. Les spectateurs portent de grands chapeaux et des chemises brodées. "Pas mal de gens ne sont pas d'ici, souligne John. Depuis quelques années les Californiens viennent s'installer dans le coin. Ils vendent leur appartement pour s'acheter au Montana des grandes propriétés. On les reconnaît à leur habillement fantaisiste". Je ne vois rien de vraiment fantaisie dans l'accoutrement de ces gens, mais je comprends l'idée. Le Montana reste fidèle à une tradition pionnière. Porter le chapeau et la ceinture western n'est pas ici une posture : il s'agit du vécu le plus banal. Aussi, la chasse au gros gibier est un loisir courant. "Je prends parfois les chevaux pour partir plusieurs jours dans la montagne, dit John. Il m'arrive de chasser élans et wapitis. En cas de danger, je peux tirer sur un ours. Mon père m'a appris à manier le fusil, et j'ai éduqué ainsi mes enfants".

Enfant au drapeau
Son fils a travaillé dans la marine américaine. Et je me souviens que l'homme qui a abattu Ben Laden venait aussi de cet état. "Les enfants, on leur apprend à tirer sur des gophers", dit-il en désignant ce qui ressemble à un gros hamster sur le bord de la chaussée. Comme quoi on peut commencer à buter des rongeurs pour finir par dégommer l'ennemi public numéro 1.

Défilé du 4 juillet

Tifs patriotes

"Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive."
La fête nationale donne lieu à une parade avec les gens du coin. Pas de flon-flon ou de défilé militaire : les gens ordinaires, associations et commerces parent leur véhicule de rouge et bleu et circulent lentement en ville en distribuant friandises et boissons. On me met en main une bouteille d'eau. Son étiquette dit : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive." La citation de l'évangile de Jean est suivie par l'adresse d'une église. Fallait y penser.

Bigfoot avec nous

Attrape-moi si tu peux !
Assistance enthousiaste mais pas foldingue, au sein d'une déferlante de bannières étoilées. La célébration a tout d'une sincère réjouissance. C'est la fête aux revendeurs de tracteurs, aux vétérans du Vietnam ou de Corée, aux églises, aux hôpitaux pour enfants. Tous défilent pêle-mêle et soulèvent les mêmes vivats d'une foule heureuse de célébrer les opérations caritatives ou commerciales des gens du coin.

Donnez-moi madame s'il vous plaît...
Feu d'artifice le soir même, au cœur de l'obscurité. L'absence de toute pollution lumineuse, en ce lieu si loin de la moindre métropole, rend visible tous les détails de la Voie Lactée. Rien à voir avec la gigantesque pyrotechnie symphonique de Nashville. Seules les exclamations des gens du coin accompagnent un spectacle tout simple, à l'échelle d'un 14 juillet dans une de nos villes de province.

Superman en pyjama (exclusif)

Sur leurs grands chevaux
Je m'attendais à trouver dans ce pays de rednecks des gamins tarés à l'image du joueur de banjo de Délivrance, ou des dégénérés consanguins comme les films d'horreur nous en servent tant. Des fous de Dieu brandissant leur fusil en invoquant leur soutien à la NRA. Des pro-life fiers d'avoir voté Trump. A la place de quoi j'ai découvert des villages impeccables, des habitants polis et souriants, épris de liberté, scrupuleux au point de de rien nous asséner de leurs convictions que l'on devine si opposées aux nôtres. De sincères amoureux de la nature en dépit de leur passion pour la chasse. Ceux qui ont lu Jack London comprendront.

Cowboys welcome - Cowgirls too

Plat national

Ex-engagé

A Ennis
Avant notre départ de France, j'avais noté qu'en date du 4 juillet nous serions dans le Montana. Le titre de l'article que je devais écrire à cette occasion s'était naturellement imposé : fantasia chez les ploucs. Je me régalais par avance de la galerie de crétins que j'allais pouvoir observer en ce haut lieu de l'obscurantisme. C'était sans compter sur l'amicale bienveillance des gens du Montana, et le soin apporté à toute chose pour rendre l'existence agréable. Je comprends à présent la stupidité de mon préjugé.
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Sissi57 · 2018-09-30
Bonjour,
Ta photo " Veteran owned business" me rappelle un souvenir du Wyoming, qui n'est pas très loin. Nous étions à Cheyenne pour les Frontier's Days et, les campings traditionnels alentours étant tous pleins, nous avons passé 2 jours dans un champ mis à disposition par une famille. Nous avions discuté un bon moment avec eux, c'étaient une famille de militaires, le père, puis maintenant les enfants, un des fils allait être déployé en Irak ( c'était en 2009, en est il revenu?), la fille basée à Ramstein, un autre fils s'engageait à l'automne. Bref, ils nous expliqué que passer par l'armée valait tous les diplômes et une fois démobilisé, était un gage d'engagement dans n'importe quel entreprise, car les vétérans, jouissant d'une excellente réputation de fiabilité, droiture, et d'adhésion aux valeurs américaines fondamentales, cela pousse les employeurs à les préférer, quitte à les former ensuite dans leur nouvelle profession.
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Oltean · 2018-09-30
Bonjour,
Ta photo " Veteran owned business" me rappelle un souvenir du Wyoming, qui n'est pas très loin. Nous étions à Cheyenne pour les Frontier's Days et, les campings traditionnels alentours étant tous pleins, nous avons passé 2 jours dans un champ mis à disposition par une famille. Nous avions discuté un bon moment avec eux, c'étaient une famille de militaires, le père, puis maintenant les enfants, un des fils allait être déployé en Irak ( c'était en 2009, en est il revenu?), la fille basée à Ramstein, un autre fils s'engageait à l'automne. Bref, ils nous expliqué que passer par l'armée valait tous les diplômes et une fois démobilisé, était un gage d'engagement dans n'importe quel entreprise, car les vétérans, jouissant d'une excellente réputation de fiabilité, droiture, et d'adhésion aux valeurs américaines fondamentales, cela pousse les employeurs à les préférer, quitte à les former ensuite dans leur nouvelle profession.
Très intéressant, merci pour le complément. Dans notre cas, le fils vétéran n'a pas abordé le sujet, mais nous a raconté sa stupéfaction en débarquant en Corée du Sud, devant une foule hostile et vociférante, alors qu'il s'attendait à voir les gens les accueillir en protecteurs amicaux.
L'image de l'Amérique est vraiment quelque chose de particulier, même parmi ses alliés officiels.
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Oltean · 2018-10-01
L'accumulation de beautés naturelles ne finit-elle pas par lasser ? Après tant de gorges encaissées, parcourues ou non par des flots vifs, de cascades sèches ou humides, de déserts rocailleux, gorgés de soleil, recouverts de forêts pétrifiées ou de cactus imprécateurs, quel genre de panorama peut-il encore flatter le regard et l'âme ?

Yellowstone depuis Sheridan, Montana
La réponse se trouve à Yellowstone. Jadis, un volcan s'y effondra sous son propre poids. Désormais le magma affleure sous une mince couche de terre. De là des phénomènes hors du commun, que jamais le regard d'un homme n'était censé contempler. Des jets sulfureux surgissent de terre, de façon imprévisible ou suivant un agenda scrupuleux. De simples prairies où des chaudrons bouillonnants exhalent des bouffées de gaz. Des marmites de boue débordent de coulées ocres ou jaunâtres. Des théories de fumerolles vous entourent comme l'on fait naguère les flammèches autour du chasseur maudit. C'est à la fois le Pic de Dante, Stromboli et cramé contre cramé.

Ça bout de souffle

Domaine de l'ocre
Visiter cette cuisine du Diable n'est pas sans risque. Les sentiers sont posés sur des passerelles de bois, sans quoi le pied risquerait de s'enfoncer dans un torrent de lave. Se baigner dans certains lacs, c'est envisager un destin de homard. Il arriva qu'un intrépide voulût observer de près ce combat des quatre éléments. De cet Empédocle de week-end, on ne retrouva guère qu'une tong abandonnée au bord d'un cratère irradiant un azur irréfutable. L'acide avait fait le reste, et Yellowstone digéré celui qui osa défier la nature.

Beau et mortel

Coulées douces

Boue létale
L'une de mes histoires préférées est celle d'une simple mare d'eau chaude, que voulurent exploiter des hommes au début du XXe siècle. Comment résister à l'offrande d'une telle chaudière ? Ils employèrent un simple tuyau pour récupérer le précieux liquide. Mais la nature ne l'entendit pas ainsi : diminuée de quelques centimètres, la mare pacifique se transforma en geyser impétueux. Les hommes, penauds d'avoir entrouvert cette boîte de Pandore, défirent à la hâte leur installation et rendirent au cratère l'eau qu'ils lui avaient soutirée. En vain. L'esprit sorti de l'Enfer refusa de quitter la surface de la terre. Même rendue à son niveau original, la mare devait désormais manifester son courroux jaillissant. On en admire aujourd'hui encore les éclats turbulents au Solitary Geyser.

Au cœur de Yellowstone
Les éléments ne sont pas les seuls dangers du lieu. Des troupeaux de bisons occupent des terrains entiers, en totale liberté. Ils traversent la chaussée quand bon leur semble. Le code de la route local leur donne entière priorité sur les voitures. D'où des bison jams, ou embouteillages à bisons, assez fréquents. Quand l'un de ces bestiaux choisit de piquer un roupillon sur le bitume, rien à faire. Klaxonner est interdit. Des centaines d'autos attendent alors que le bovidé daigne s'installer ailleurs.

Placide au gros museau
Il est évidemment tentant de descendre pour aller titiller cette grosse vache poilue. Mauvaise idée, le gros pépère peut vous prendre en grippe et vous encorner au gré d'une course à 50 à l'heure, avant de finir le boulot en vous piétinant. Certains mauvais coucheurs, rendus téméraires par la fréquentation assidue des Buffalo Grill, ont accompli leur séjour sous forme de steak tartare. Alors, on attend. Avec philosophie : après tout, c'est la version locale des incidents voyageurs du RER A.

D'abord, je passe. Après, on verra.
Une autre cause d'embouteillage est l'ours. Non, celui-ci ne dort pas sur la route. Mais quand un automobiliste a le bonheur d'en apercevoir un, il s'arrête aussitôt, suivi par la ribambelle d'autres observateurs ébahis. On reconnaît un bouchon à ours à la présence de rangers, ordonnant aux gens de ne pas s'approcher et surtout de ne pas courir. La distance de sécurité est établie à 91 mètres. Pourquoi 91 ? Parce que c'est la conversion dans le système métrique de la mesure de 100 yards. Bon, normalement c'est 91 virgule 44, mais on n'a pas envie de chipoter avec un ranger sang et eau lançant de sourds "don't run !" à des touristes hilares brandissant leurs smartphones.

Touchez pas au grizzli
Car il y a du monde à Yellowstone. Beaucoup de monde, des Chinois, des Pakistanais, des Français. Et comme toute cette foule se retrouve au même moment au même endroit, il faut parfois attendre pour trouver une place de parking. C'est l'endroit le plus fréquenté que nous ayons vu dans les parcs américains, davantage encore qu'au Grand Canyon. Fâcheux ? Sans aucun doute. De nature à amoindrir l'enthousiasme de cette découverte ? Certainement pas.

Cooke City
Passagers pour Seattle, mont Saint Helens, Montana, Yellowstone, Idaho, Oakland, en voiture
Oltean · 2018-10-02
Une fois le sommet atteint, la longue redescente s'impose. Phase obligée et parfois déprimante. Pour nous, elle s'apparente à un retour vers le Pacifique, jusqu'à la cité d'Oakland. Mais un retour ponctué d'étapes utilitaires - nous voici de nouveau dans l'Amérique hors des guides.

Entre Yellowstone et Bellevue, Idaho
Revoici donc le Montana et une ville nommée Dillon, si loin du train-train des voyageurs. Un endroit d'emblée accueillant, alignant boutiques au service des passions premières de la région - la chasse et la pêche.
Un drôle de supermarché pour cow-boys attire notre attention. Nous y entrons : c'est une sorte de Bricorama où les tondeuses à gazon sont remplacées par des selles de cheval, les rouleaux à peinture par des balles de fusil et le rayon sanitaires par une galerie de Stetsons.

Le Montana a d'incroyables talons
On trouve même des produits pour l'arrière-train, servis par un visuel aussi vulgaire qu'explicite. Mais on peut le comprendre, le métier de garçon vacher a ses côtés sombres. Pardon pour les admirateurs de la Chevauchée fantastique, mais si ça se trouve, même John Wayne devait soigner ses miches.

Monkey business

Dillon by night

Centre ville

Place publicitaire

Tous en selle

Sur la route
Avant de quitter Dillon, nous dînons au Sparky's Garage, suivant les conseils de nos amis de Sheridan. Contre toute attente, c'est fabuleux. Pour une fois, c'est de la cuisine américaine inventive et dosée avec goût. Je savoure une extraordinaire salade avocat-fraise-poulet sur tapis de laitue et couronne le tout d'une lime pie aussi savoureuse qu'à Key West. Par-dessus le marché, pour un prix très raisonnable, et parmi une clientèle strictement locale.
Sur le chemin de l'Idaho, l'état fier de ses patates, nous croisons le panorama lunaire de Craters of the Moon. Des scories noires à perte de vue n'en finissent pas d'accrocher l’œil. Encore le fait de volcans, mais avec un résultat tout à l'opposée de Yellowstone. On chercherait en vain par ici des chaudrons infernaux aux fragrances d’œufs pourris jouxtant de verdoyantes pairies bisonnantes. L'endroit peut séduire cependant : en dépit de son éloignement de tout, les visiteurs sont là, attirés par des randonnées au sein de ces écorchures telluriques.

Craters of the Moon
Notre destination du jour : Bellevue, dans l'Idaho. Encore un nom français, comme on en voit tant par ici : Dubois, Nez Percé, et peut-être Grand Teton, chose que certains entêtés aiment à soutenir. Mais pourquoi Bellevue, qui d'ailleurs ne se prononce pas du tout Bellevue ? Parce que c'est le seul endroit où nous ayons pu dénicher un hôtel abordable. Contre toute attente, la région est courue par du beau monde. Dans la Sun Valley toute proche se réunissait le gratin de la scène américaine - Eroll Flynn, Gary Copper, Marylin Monroe, pas mal d'autres vedettes et quelques Kennedy. On avait fait de cette vallée encaissée entre des monts drus une station de sports d'hiver, qui devait persévérer dans sa vocation pour gens de la haute. La Sun Valley offre désormais toute la panoplie des attractions pour villégiateurs bobos et fortunés, maisons de haute couture, cafés bios et restos sélect.

Hemingway Memorial

La face du grand homme

Monument à l’écrivain
Une chose cependant rend l'endroit attachant. Hemingway y avait ses habitudes. Ici, il acheva Pour qui sonne le glas, avant de faire sonner le glas pour sa propre personne. Un petit mémorial baigné par un ruisseau lui rend hommage en pleine nature. Sa tombe, à quelques kilomètres de là dans le cimetière de Ketchum, est plus difficile à dénicher. Elle se trouve dans un coin ombragé, recouverte d'offrandes de circonstance : bonnes bouteilles, articles de pêche et tapis de pièces de monnaie. Sans doute en évocation de l'unique sou qu'il put sortir de ses poches à Key West, en réponse à son épouse d'alors qui avait fait creuser une piscine pharaonique. Mais Ernest en avait : il devait bien vite remonter la pente pour atteindre d'autres sommets.

Cimetière de Ketchum

Tombe d’Ernest, recouverte de pièces

Du Saint-Vivant pour le bon vivant
Passagers pour Seattle, mont Saint Helens, Montana, Yellowstone, Idaho, Oakland, en voiture
Oltean · 2018-10-03
"Les conducteurs doivent se préparer à effectuer des manœuvres de dernière minute. La conduite est généralement plus rapide et plus agressive qu'aux États-Unis."
Les conseils aux voyageurs dispensés par le gouvernement américain aux futurs visiteurs de la France caractérisent par défaut la façon de conduire au States : une philosophie de la route qui fait d'un déplacement un simple moment de la journée comme un autre, un espace de temps à part entière où engueulades et coups de sang sont hors de propos. On s'installe au volant comme dans son salon. La circulation, loin des grandes métropoles, est une opération sereine où nul stress ne vient s'inviter.

Go west
Le cliché des grands espaces prend toute sa dimension dans la campagne. L'horizon grand ouvert offre une nature à perte de vue. Nous traçons une route au long cours dans un océan minéral seulement bordé par des cordillères lointaines ou la rotondité de l'horizon. Un capitaine au long cours ne doit pas éprouver autre chose du haut de la dunette.
Il est toutefois facile de se laisser abuser par le ruban noir filant droit vers l'infini. Le conducteur désœuvré doit dès lors se garder du gibier pouvant surgir à l'improviste : sans doute le plus grand danger par ici, accentué par le doux confort d'une conduite placide assistée par le régulateur de vitesse.

De Bellevue à Boise

M1A1 Abrams Main Battle Tank, Elmore County, à 1h de Boise
Après Bellevue et la Sun Valley, cap sur la capitale de l'Idaho. Seuls les candidats à Question pour un champion, j'imagine, peuvent citer spontanément son nom : Boise. Evidemment prononcé à la sauce locale, à savoir "boïssi".

Capitole de Boise

Cloche de la Liberté, en réplique
C'est vrai qu'il fait beau ici. Après Helena, la morte-vivante, nous retrouvons enfin une cité qui tient son rang. On n'échappe certes pas à l'inamovible capitole d'état écrasant de solennité, devant lequel une réplique parfaite de la Liberty Bell philadelphienne a été exposée. Mais les rues alentours sont garnies de petits commerces où l'animation fait plaisir à voir. Atmosphère tout en politesses et bien comme il faut. Un peu trop lisse peut-être : nous ne sommes plus chez les cow-boys.

Une croix basque à l'entrée du quartier
Nous serions en vérité bien davantage chez les Basques. La ville rend un hommage appuyés à ces voyageurs qui contribuèrent à l'histoire de l'Amérique en général, depuis l'odyssée de la Santa Maria, et au développement de cette région en particulier.

Stars, stripes et Euskadi

Pavés de noms (pas trouvé le mien)
"Les Basques étaient durs à la tâche, obstinés, capables de s'investir dans des tâches ingrates", nous apprend le Basque Museum & Cultural Center. Il fallait du caractère pour venir s'installer dans cette région inhospitalière, alors désertique et pleine de périls. Leur abnégation valut aux Basques une juste reconnaissance. Ils devaient former une partie intégrante de la nation américaine, tout en se souvenant de leur héritage européen - surtout de la péninsule ibérique, il faut le dire, les régions basques françaises ne sont qu'évoquées en passant.

Ornements qui collent (aux basques)
Le petit musée est très bien fait, avec une exposition d'antiques photographies de Basques d'ici ou d'Europe rendues en trois dimensions. Nous n'échappons pas à la galerie patriotique des Américanos-Basques qui s’illustrèrent pendant les différents conflits, présentée au son du générique de Brothers in arms.

Fresque commémorative du peuple basque

Armoire électrique
Le petit quartier basque, une ville dans la ville, se visite avec plaisir. Une fresque murale rappelle l'histoire de ce peuple en quelques images. Sur un trottoir, nous croisons un type coiffé du traditionnel béret. Il est en train de faire mijoter une généreuse paella dans une large poêle. Pas un plat basque, il est vrai, mais dans un pays qui entretien des rapports très particuliers avec la gastronomie, une telle occasion ne se loupe pas. Crevettes, riz et petits légumes seront pour une fois notre ordinaire du jour.

Tony, l'homme à la paella
Passagers pour Seattle, mont Saint Helens, Montana, Yellowstone, Idaho, Oakland, en voiture
Edmep · 2018-10-03
Bonjour,
Merci pour cette fantastique description.
Tel un roman que l'on ne ferme plus j'ai dévoré chaque étape.
Passagers pour Seattle, mont Saint Helens, Montana, Yellowstone, Idaho, Oakland, en voiture
Oltean · 2018-10-03
Bonjour,
Merci pour cette fantastique description.
Tel un roman que l'on ne ferme plus j'ai dévoré chaque étape.
A ce point ? Vite, y a-t-il un éditeur dans la salle ?
Sans rire, votre message est vraiment encourageant, c'est moi qui remercie !