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Où repose Ivan?

Discussion started by Zorba on 2018-10-11

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Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-11

OÙ REPOSE IVAN ? (Voyage à Stalingrad)

Nous étions en plein hiver dans une agence de tourisme de St Pétersbourg; elle venait d’ouvrir et nous étions ses tout premiers clients; la jeune directrice était émue de débuter son activité, et à cette occasion, elle partageait une certaine proximité avec nous, attitude peu spontanée chez les Russes. Nous lui avons demandé un billet d’avion pour Volgograd, elle eut un mouvement de recul et nous demanda pourquoi nous nous aventurions si loin; elle même, Russe, ne ferait pas un tel voyage ! Je m’interrogeais sur une telle attitude : Aurait elle entendu ou imaginé des histoires sordides sur cette ville lointaine ? Volgograd étant au début de la Tartarie, ce trait exotique pouvait il enflammer son imagination? Pour nous la Tartarie, c’est Michel Strogoff et toute la cruauté prêtée aux Tartares par Jules Verne. J’ai déjà observé cette réaction de défiance chez des Russes, par rapport à des destinations lointaines à l’intérieur même de leur pays: Ainsi des personnes ont déconseillé de prendre le Transsibérien, « Car s’éloigner de Moscou serait dangereux et les trains peu sûrs » Ou encore « Si vous voulez aller à Perm, faites vous accompagner » ! Au delà des territoires de Moscou et de St Petersbourg, les Russes sont ils réellement informés sur les réalités de leur immense pays ? Ce pays gigantesque leur fait il peur ? L’agence est en ordre de marche et produit ses premiers effets: La caissière nous déleste de quelques milliers de Roubles, une employée imprime deux billets pour un vol du lendemain sur l’Aéroflot au départ de Moscou la jeune directrice nous serre la main et nous laisse à notre destin. Il ne nous reste plus qu’à rejoindre Moscou dans la nuit et l’aéroport de Shérémétievo au petit matin.

VERS STALINGRAD

Les voyageurs emportent leurs guides papier, certains emmènent en pensée, un écrivain, initiateur ou éclaireur du voyage ou. Le choix est évident : Vassili Grossman pour son Stalingrad c’est « Vie et Destin »

Des souvenirs et des pensées me reviennent : D’abord l’effroi : Si « Vie et Destin » n’avait existé qu’en un seul exemplaire, on n’aurait pas connu ce « Deuxième Guerre et Paix russe » puisque le KGB a confisqué le premier exemplaire. La vie aurait été légèrement différente, sans l’apport de Vassili Grossman. En fait le KGB a du savoir vivre ou de la culture : J’apprends, en lisant la fiche Wikipedia, qu’il n’a pas commis ce meurtre contre l’intelligence, mais qu’il l’avait conservé.

« Vie et Destin », c’est aussi une pièce que j’ai vue deux fois au théâtre de Saint Denis je suis poursuivi par la longue plainte, insistante, envahissante, rauque en russe, de la Mère de Grossman, incarnée par une merveilleuse actrice, une petite vieille que le public a entourée et chérie des yeux à l’entracte. C’était bouleversant, il n’y avait pas besoin de traduction, on entrait dans les pensées de ce fils poursuivi pour toujours par la culpabilité de ne pas avoir mis sa Mère à l’abri, et par longue agonie qu’il prête à sa Mère dans la pièce. Ah ces écrivains russes, ils vous submergent l’âme !

Erwan et moi, sommes intéressés par l’Histoire militaire; avec la visite de Stalingrad, la plus grande bataille de l’Histoire, nous serons au cœur de la légende demain. J’ai préparé ce voyage comme mes autres voyages, en sondant l’Internet, mais je n’y ai trouvé aucun compte rendu de voyage. Aucun guide papier n’existait pour cette destination. Vraiment Stalingrad n’attire pas les foules occidentales, des bateaux de croisière sur la Volga permettent bien aux touristes de visiter la ville en escale! J’ai bien noté que des agences britanniques spécialisées organisaient des voyages à thème militaire, mais je n’en ai rien retiré. Difficile aussi de contacter un guide local, ou de s’enquérir des tours organisés par des grands hôtels; les agences citées sur Internet ne répondaient pas. Stalingrad représentait donc l’inconnu le plus total, et la mise en garde de la directrice de l’agence alourdissait ce climat d’incertitude! Le site internet actuel de Stalingrad ne me renseignait pas et je n’imaginais pas ce que nous allions trouver; j’apprends juste que la commémoration de la bataille est centrée sur la colline du Mameiev Kurgan, siège de combats violents. Mon esprit a horreur du vide, alors inconsciemment Stalingrad prend des aspects de Verdun dans mon idée, avec quelques corrections dues aux spécificités locales : Il doit y avoir un super Douaumont, site déjà très imposant avec son Ossuaire entouré de 16000 croix. Comme pour nos Poilus, Ivan, le soldat soviétique devrait faire l’objet d’un culte laïc et sacré encore plus poussé, vu l’emphase du Régime soviétique et la ferveur patriotique russe. Quand on veut se persuader de quelque chose et que l’on est paresseux intellectuellement, on ne fouille pas assez sur Internet pour découvrir que ces représentations n’existent pas à Stalingrad. Cette bataille, divine surprise, qui montré la vulnérabilité du monstre pour la première fois, a eu un retentissement mondial. Le culte doit être à la hauteur de l’événement et apparent à chaque coin de rue. Mais était-ce vraiment Ivan qui est célébré à Stalingrad ?

DEPART DE SAINT PETERSBOURG

Si mon esprit est déjà à Volgograd, nous sommes encore physiquement à St Pétersbourg . Nous nous dirigeons vers Moskaïa. Erwan traine ses lourds « Rangers » dans la neige et se plaint de douleurs aux genoux. Traiter à 22heures, et à 2 heures du départ un problème médical à l’étranger n’est pas facile. Que faire ? Dans la gare je repère une croix rouge et nous nous dirigeons vers celle ci. Nous sommes accueillis par une infirmière qui a passé l’âge de la retraite depuis longtemps elle nous annonce à un vieux docteur, qui a du être en âge de faire la Révolution avec Lénine depuis l’Institut Smolny. L’étonnant était de trouver un vieil homme russe vivant, ils se font plutôt rares, car ils ont été soit fauchés par « la Grande Guerre Patriotique », soit par les purges staliniennes, où encore achevés par la « petite eau ». Ce docteur (« Vrach » en russe) examine Erwan et il me griffonne une ordonnance à faire exécuter à la pharmacie située à l’autre bout de la salle des pas perdus. De retour je lui donne le médicament et je le laisse avec Erwan; je papote avec l’infirmière avec laquelle j’échange comme je peux. C’est à dire que je massacre les déclinaisons, mais nous avons quand même une petite conversation sympathique.

J’adore le roucoulement de la langue russe Ainsi dans une interview j’entendais Poutine roucouler posément et je suis saisi d’effroi quand on donne la traduction de l’interview : « Je vais poursuivre ces salauds jusque dans les chiottes et je vais leur plonger la tête dans la lunette » ! Mais le mot « Vrach » ne passe pas chez moi, il dépareille la langue russe, ça fait décollement de vieux papier peint c’est une horreur. Si on pouvait en changer !

Erwan sort furieux de sa consultation en me lançant : « Tu as laissé ce docteur inconnu m’injecter un produit inconnu dans le cul ! » (Vous ne détectez pas là une pointe de racisme ? D’abord c’est un docteur russe, il a peut être eu son diplôme dans une pochette surprise ? Ou alors ce vieil homme ne s’est il pas recyclé depuis sa sortie de l’institut Smolny ? Ensuite « le produit inconnu » : c’est bien connu la chimie russe synthétise de la bave de crapaud ou des médicaments pour la famille Skipal).

Erwan tient à protéger son intimité, ce n’est pas demain que nous irons au banya ensemble. Aurais je gardé un tel pouvoir sur lui, adulte, en l’obligeant à « se faire piquer le cul avec un produit inconnu « ?

Dur métier que celui de Père. Jusque là, en Père multitaches j’ai assuré honorablement les fonctions d’agent de voyage, de traducteur…..Avec ma nouvelle casquette « Europe Assistance »/Saint Bernard, service de nuit ai je démérité ? C‘est vrai, je n’ai pas pu trouver à cette heure et en ce lieu un sémillant médecin de l’American St Petersbutg Clinic, au marketing médical si policé :

« Sir, I shall prepare an injection for you, then I give you pills specially for you, then we manage Xray session to improve your health… ». (J’avais déjà fait un séjour à cette clinique lors d’un accident)

A deux heures du départ il ne fallait pas y compter eh puis c’est la Russie ! (Comme on dit « C’est l’Afrique » : il y a de l’aventure, ce n’est pas un long fleuve tranquille). Cet incident médical à la gare est gravé pour l’éternité dans les annales familiales à mon débit, comme dans le film « Dieu seul pardonne, moi pas ! » On va ressortir cet épisode et d’autres dans un an, dix ou quinze ans lors d’un anniversaire ou d’un Noel. Je fais semblant de me plaindre, mais quel grand bonheur de retrouver un enfant que son conjoint ou sa conjointe a bien voulu vous prêter pour un temps très, très court. Une vieille complicité, et les souvenirs familiaux reviennent.

Bon ! Après avoir supporté la colère filiale, je m’occupe de l’intendance et je demande au « Vrach » de combien sont ses honoraires ? Il me répond que c’est gratuit, mais il me fait comprendre qu’un petit cadeau serait bienvenu, et je m’exécute. Il en profite pour m’envoyer une vanne vu son visage réjoui, mais elle tombe à plat car je ne la comprends pas. Ce médecin hors d’âge est un de ces malheureux vieillards oublié par l’Etat, et dont la retraite s’est évaporée on trouve aussi plein de babouchkas qui font la manche à la sortie de l’opéra Marinsky et vous donnent mauvaise conscience à vous qui juste venez de contempler la beauté, le luxe, et la frivolité sur cette scène sublime. Pendant ce temps les Nouveaux Riches s’en donnent à cœur joie dans leurs dépenses inutiles et en affichant leur mauvais gout. Déjà j’avais constaté que le médecin russe n’avait pas le même statut que nos médecins. (Ainsi il y a deux ans une ambulance m’avait rapatrié vers St Petersbourg, avec un médecin et deux ambulanciers à son bord. Mon état ne nécessitait absolument pas la présence un médecin pendant 3 heures mais il ne devait pas coûter beaucoup plus qu’un ambulancier à la société d’urgence médicale. Pendant le trajet de Velhikie Novgorod à SPB, pour pallier l’ennui de son inactivité face à ma petite pathologie, ce médecin me racontait sa guerre en Angola avec l’armée cubaine, et spécifiait à chaque phrase que le sang coulait à flot au combat. Nous échangions en Anglais sur l’Angola et sur Saint Pétersbourg. A chaque fois qu’il m’entendait dire « Saint Pétersbourg », il me reprennait gentiment en disant « Léningrad ») Et c’est après que j’ai gouté aux services médico-marketing de la clinique américaine. Mon rapatriement a été mis en œuvre par la société d’assurance qui voulait me dépêcher une infirmière de France pour le voyage. J’ai refusé énergiquement car je ne voulais pas qu’une personne me freine ou m’empêche de profiter du salon d’attente AF à Pulkhovo et notamment des plaisirs liquides et à bulles de la Business Class, offerte par l’Assurance.

Laissons ces médecins russes. Nous sommes toujours dans la gare Moskaïa à St Pétersbourg: Nous achetons des billets pour un trajet de nuit jusqu’à Moscou en « Koupé », c’est à dire en compartiment fermé à 4 couchettes. Erwan se refusait à nouveau d’aller en « Pladzkart », c’est à dire dans un compartiment ouvert où il y a 36 couchettes. Lors du trajet aller Moscou – St Petersbourg nous avons passé une nuit horrible dans les couchettes, trop courtes en hauteur dans le couloir.

Le Pladzkart (3ème classe): La convivialité russe avec concerts de ronflements A l’aller, au départ de Moscou, une « Provonidza » en uniforme se tenait à la porte de chaque wagon comme c’est l’usage, et faisant la gueule comme c’est l’usage aussi. Ces femmes veillent à la propreté, à la discipline, à alimenter le samovar du wagon pour le thé elles engueulent les passagers et fournissent des draps et couvertures et vendent menues friandises. Elles sont plus souvent moches, avec un visage fermé de porte de prison soviétique. Je pense que ce sont, avec les employés du Consulat russe à Paris, les derniers survivants du système soviétique. Celle ci avait sa petite combine pour arrondir ses fins de mois : Louer les deux couchettes de sa cabine de service; et puis passer la nuit dans la cabine de sa collègue du wagon voisin et partager avec elle le bénéfice de cette location sauvage. Nous n’avons pas pris, ainsi Erwan aura connu le « Pladzkart » au moins une fois ! Enfin ce soir, au départ de St Petersbourg, nous voici installés dans notre « Koupé », nul besoin de louer de cabine cette fois ci. Nous attendons les deux autres occupants : Ce seront un Russe bien mis et un Japonais. Nous faisons connaissance : le Japonais, à ma surprise était un bout entrain, très expansif le Russe était très distingué, très courtois et sympathique. Nous devisions et ces Messieurs calculaient nos chances de faire le trajet de la gare de Léningrad à Moscou jusqu’à l’aéroport Shérémétievo au moyen de la ligne de métro circulaire et du bus. C’était jouable selon eux.

A MOSCOU

Erwan ne se plaint plus de son genou, il n’est pas non plus paralysé ! Le « Vrach » n’était donc pas un charlatan, ni la pharmacie un repère de sorciers manipulant de la poudre de toile d’araignée! Dans les transports moscovites, tout s’enchaine bien : Départ de la station Komsolskaïa par la ligne circulaire, changement à Belorousskaïa pour la ligne verte jusqu’à Retchnoï Vokzal, et delà minibus vers Shérémétievo 1 (aéroport domestique) avec un peu d’avance. Particularité russe, nous sommes fouillés et contrôlés dès la porte d’entrée de l’aérogare, pour être refouillés et re contrôlés après l’enregistrement. Ces contrôles fréquents et la présence importante de miliciens dans tous les lieux publics n’empêchent pas les bombes de sauter: L’esprit brouillon russe peuvent annihiler ces mesures de sécurité apparemment drastiques.

Ainsi pour preuve : Après tous ces contrôles, nous nous dirigeons vers notre porte d’embarquement. Nous sommes seuls dans le satellite : Pas une âme qui vive, pas un employé, les portes donnant sur les pistes battent, non verrouillées. Pas un chat sur les pistes. Ce jour là, heureusement, il n’y avait pas de chasse neige avec un conducteur bourré sur la piste, ni de stagiaire seul à la tour de contrôle comme pour le malheureux PDG de Total à Vnoukovo! A quoi bon multiplier les contrôles si les satellites et les pistes sont ouverts à tous vents ? Un pilote d’Air France craignait toujours d’aspirer avec ses réacteurs les hommes de piste se baladant sans prendre garde!

Les premiers voyageurs arrivent enfin je suis stupéfait : Un groupe se présente habillé en Cowboys, mais oui en Cowboys du Far East ! Est ce parce que Volgograd c’est le Far East, avec le début des steppes et ses tribus asiates ! Ces Cowboys faisaient assez ploucs, Cowboys du pauvre rien à voir avec le fringant Malborough man, car leurs vêtements étaient faits d’étoffes assez frustres, mal teintes. Mais ils étaient marrants. Il manquait les colts évidemment. Je voyage pour tomber sur des scènes cocasses comme celle la !

Nous embarquons dans un Tupolev qui semble hors d’âge je regarde les feuillets des consignes de sécurité, et je découvre que l’avion a été construit en 64 ! On dit qu’en aéronautique, c’est l’entretien qui prime pour la sécurité justement l’entretien n’est pas la qualité première des Russes ! Les hôtesses aussi datent de l’époque soviétique, mais c’est moins grave que les moteurs. Enfin je suis encore là pour témoigner et raconter cette visite…

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-11

Photo

Où repose Ivan?

CatherineGil · 2018-10-11

🙂 Mais ! Stalingrad c'est ici 🙂

Où repose Ivan?

Dolma · 2018-10-11

Nous étions en plein hiver dans une agence de tourisme de St Pétersbourg

Ayant lu ton précédent carnet, je ne peux que me presser de lire la suite de cette phrase toute simple, prélude à un voyage certainement étonnant, probablement déroutant, peut-être inquiétant et assurément captivant...

Merci d'écrire et de conter aussi bien !

Dolma

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-11

Oui! Il n'y a plus rien la bas.

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-11

Etonnant, un peu Déroutant, oui beaucoup Inquiétant, non, sauf si l'on considère à chaque fois le talent renouvelé de l'espèce humaine à se détruire de façon de plus en plus perfectionnée. Captivant, j'espère...............La suite bientôt.

Je suis un peu malheureux l'éditeur VF me refuse les photos et illustrations en plein texte; je vois que d'autres voyageurs y arrivent très bien.

Où repose Ivan?

CatherineGil · 2018-10-11

J'ai lu le carnet de guerre de Vassili Grossman...Terrible.

Où repose Ivan?

Dolma · 2018-10-11

l'éditeur VF me refuse les photos et illustrations en plein texte

Quand un texte est parfaitement imagé par les mots -et c'est le cas ici, nul besoin de photos !

Mais ceci n'est que l'avis d'une lectrice pas (sauf exception) fan de textes+photos 🙂

Dolma

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-11

La scène au théatre: " Mes respects, Joseph Vissarionovitch" "Oui, Joseph Vissarionovitch" "Certainement Joseph Vissarionovitch".........

était hilarante pour beaucoup de tristesse par ailleurs. L'acteur rentrait plus bas que terre; Le bouquin m'a aidé à connaître Tchouikov dans son QG du ravin. Et le combat qui semble être dans la maison Popov....

Où repose Ivan?

CatherineGil · 2018-10-11

Je suis un peu malheureux l'éditeur VF me refuse les photos et illustrations en plein texte; je vois que d'autres voyageurs y arrivent très bien.

Pour introduire une photo dans le texte une fois qu'elle est téléchargée en vignette tu cliques dans ton texte à l'endroit où tu veux mettre la photo , puis sous la vignette sur l'option. Si tu n'indiques pas où tu veux mettre la photo en premier ça ne marche pas.

En tous cas, merci pour ces carnets !

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-11

Je m'égare, oui "les carnets de guerre sont terribles"; il était à l'ouverture d'Auschwitz et peut être de Tréblinka. Par contre je n'ai pas accroché à son tout premier livre.

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-11

Oui et non.

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-11

Merci pour les explications, je vais essayer pour la suite. Pour le moment voici une image de "Pladzkart" qui devait aller dans le texte.

Où repose Ivan?

CatherineGil · 2018-10-11

En repensant à Vassili Grossmant et en lisant tes carnets, je repense à "Dangereusement à l'Est"Fitzroy Maclean. Un récit de voyage et d'aventure mais rigoureusement historique . A lire pour qui s'intéresse à la seconde guerre mondiale .

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-12

Merci, Je note la référence. VF est un endroit merveilleux pour échanger des émotions de voyage et de lectures.

Un lecteur me signale en MP que je ne suis pas gentil avec les Provonidza. C'est vrai, je fais amende honorable, l'effet est trop facile de les accabler. Elles sont belles quand elle se tiennent droites, à la destination, devant leur wagon, en uniforme avec leur calot rouge. Et puis elles vous donnent du thé pendant le voyage, elles sont les gardiennes du samovar. On dit que dans le Transibérien, elles prennent en charge le petit nouveau et l'initient aux rites du voyage.

Quant au Consulat russe à Paris, du temps où on y allait encore avant d'être renvoyés vers des Agences de sous traitance, un employé m'avait rendu mon passeport avec mon visa; il m'avait dit alors avec un sourire "Vous allez faire un beau voyage". Cette soudaine touche d'humanité m'avait touché, dans un tel lieu. Tout change: dans le métro de Moscou les voyageurs retiennent la porte et ne vous l'envoient plus dans la figure.

Où repose Ivan?

Gaura · 2018-10-12

bonjour, Je n'ai pas l'intention d'aller là-bas, mais comme c'est bien écrit, je suis embarquée quand même en me disant que si vous écrivez c'est que vous avez survécu!

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-12

L'Aeroflot moins dangereuse que d'autres compagnies qui nous sont plus proches.

Où repose Ivan?

MirandaMouse · 2018-10-12

Un carnet original, écrit comme un livre, le pouvoir des mots prend tout son sens ! Ça change, on a envie de lire la suite 😉

Où repose Ivan?

JeffPrX · 2018-10-12

J'arrive 😉

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-12

Il va être question de Paulus et de Tchouikov, de Vassili le Tartare et de son copain PiuTolkoVodku Erwan va t'il pardonner à son Père?

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-12

Aéroport Gumrak de Volgograd/Stalingrad

Le Tupolev hors d'âge se pose sur la piste, un des réacteurs toussote dangereusement. Par les hublots on distingue des voitures avec girophares bleus en action; est ce la Brigade du Feu pour le réacteur défaillant ou la Police? A y regarder de plus près c'est la Milice. La passerelle est abaissée vivement, et deux hommes l'escaladent d'un bond. Le plus grand, portant le gilet pare-balles, avec l' inscription tant redoutée "OMON" se tient dans l'allée centrale; et lance en Anglais:

-"Gaspadin Zorba, constituez vous prisonnier, vous avez violé les lois fondamentales de la Fédération des Etats Indépendants en obligeant le citoyen Erwan à un traitement humiliant à Maskovskii Vaksal de Saint Petersbourg". -"Mais" -"Il n'y a pas de "mais", c'est moi qui pose les questions"..............(Ils regardent aussi les séries américaines?)

Je crois que je me suis trompé de scénario, toutes mes excuses. Je retrouverai les bonnes feuilles pour demain. Nous verrons ensemble ce qui reste de la bataille de Stalingrad 70 ans après.

Sinon je n'aurais pas pu boire un verre à l'Idiot de SPB au cas où vous auriez étés là, car je n'avais pas prévu que les liaisons aériennes depuis Belgorod ou Koursk pour SPB s'arrêtaient le weed end.

Où repose Ivan?

CatherineGil · 2018-10-12

Bon maiszalors ? Ce genoux ? Le suspense est à son comble !

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-13

Je rembobine :

Aéroport Gumrak de Volvograd/STALINGRAD

Attention nous touchons à la légende! Nous atterrissons sur un aéroport qui a participé au ravitaillement de l’armée allemande et l’évacuation de ses blessés. Les avions se faisaient de plus en plus rares à mesure que le feu soviétique se rapprochait. Les carcasses d’avions jalonnaient la piste. Nous retrouverons ce scénario à Dien Bien Phu.

Nous sommes déjà dans le mythe, dans la ville martyre, dans la ville de l’héroïsme, de la boucherie aussi, des engelures.. L’aéroport Gumrak est tout décati et n’a pas reçu un coup de peinture depuis la dernière visite de Staline.

(Je viens de vérifier sur Wikipedia, Gumrak est devenu le Volgograd international Airport avec une aérogare toute neuve. La Russie change vite. Le voyage en Russie c’était pour moi comme visiter l’appartement d’une arrière grand-mère avec ses vieux rideaux, ses vieilles tapisseries et le soleil qui ne rentre jamais. Ce pays était vieux, avec des rues et des trottoirs défoncés, des carrefours avec de vastes trous remplis d’eau et que les voitures contournaient, avec les peintures des bâtiments et boiseries, passées depuis des siècles. Je venais quand même pour l’héritage historique, pour les Russes et par fidélité à Tolstoï.

La Russie n’est plus la petite vieille ridée enroulée dans son châle à texture toile d'araignée, fini le teint blafard des villes, fini le vieillot pétrifié pour l’éternité. Son teint change, elle prend des couleurs petit à petit. Déjà sous l’impulsion de Poutine, ancien habitant de Saint Petersbourg, les châteaux impériaux avaient été redorés et repeints. C’étaient des joyaux au milieu de la grisaille.

Je reviens de Russie et je ne peux affirmer n’avoir pas vu une seule de ces bouteilles, qui choquaient la vue, abandonnées sans honte et posées, là, à l’endroit même ou la beuverie s’était achevée. Ces bouteilles pouvaient trôner, grotesques, sur les marches d’un escalier majestueux d’un grand bâtiment officiel, ou en plein milieu d’un quai le long d’un canal historique de SPB. Les magasins se modernisent, il y a des grands malls, il y a les mêmes conneries à la TV que chez nous…! Je sens sans en apporter la preuve que les sanctions occidentales ont fait du bien aux Russes, qu’ils se sont réveillés, qu’ils se sont mis à produire et exploiter leur gigantesque potentiel. Il y a des gosses partout…Les femmes sont si belles, mais cela n’est pas l’effet des sanctions.

Alors retour vers le passé, car mon voyage date de 5 ans déjà. Les réacteurs de l’avion ont bien marché, par contre la police était bien là : En 6 voyages en Russie, c’est la première fois que l’on me demande mes enregistrements à l’Hôtel. Le Policier ne doit pas voir beaucoup d’étrangers passer. Dans certains petits aéroports de Russie, les bagages sont livrés dans un bâtiment fermé où ils sont remis après un examen minutieux des tickets d’enregistrement. Le bâtiment des bagages de l’aéroport ressemble à une vielle étable. Ambiance !

Nous négocions un passage pour la ville auprès d’un taxi sauvage sans attendre la « Marchtruchka » Nous dévorons la ville des yeux : La banlieue très pauvre défile, les routes sont défoncées Volgograd est une immense cité HLM à l’architecture basique, mais propre. Il n’y a aucune grâce. Ce n’est pas la Carélie déglinguée. Est ce le coupe gorge redoutée par la Demoiselle de SPB ? Absolument pas ! On se promène dans la ville avec décontraction. Les jeunes qui se baladent, ne portent pas toute la détresse du monde comme en Carélie.

Arrivés à Volgograd, (disons Stalingrad, Volgograd m’énerve !!) nous avons le choix entre deux hôtels dans celui que nous prenons, nous retrouvons la bande des Cowboys du Far East; ils ont l’air décalés, sinon clownesques, car ils détonnent au milieu des gens ternes du cru, personnes à la mise très modeste. La jeune réceptionniste est extrêmement désagréable avec moi, je pense que je dois ce traitement à ma qualité d’étranger, peut être me perçoit elle comme un "Niemetz", un Allemand ? Nous sommes vraiment en province, en Russie profonde où on voit moins d’étrangers. Alors s’agissant de gens de couleur les difficultés de l’accueil doivent être décuplées ! Je lui fais savoir que je n’aime pas ses manières. Mais nous voilà rassurés d’avoir un toit. Nous nous mettons à la recherche d’un guide ou d’une excursion pour visiter le mythe on nous recommande de voir Vassili, le concierge de l’hôtel Intourist voisin. Vassili est un Tartare (Cette phrase est loufoque, pourquoi ? Le sens premier de « Tartare » s’est il effacé devant le sens second relatif au steak? Je garde ma phrase « Vassili est Tartare » car c’est vrai). Il n’a pas les dispositions pour vous bruler les yeux avec un sabre chauffé à blanc, c’est le brave type. (Jules Verne sort de ce corps !)

Vassili organise des excursions à Stalingrad lors de son temps libre, et s’exprime en Allemand, langue de ses clients. Nous prenons donc rendez vous avec lui le lendemain. Erwan s’exprime bien dans cette langue car j’ai eu la cruauté de l’inscrire dans les sections européennes du Lycée. Cette décision de ma part a été longtemps portée à mon passif, mais réflexion faite, il a jugé que ce n’était pas désagréable pour un jeune homme d’avoir des facilités à s’exprimer en allemand. J’ai été lavé de ce péché. Quant à moi, je suis un ancien « Aniliner » c’est à dire un employé de la Badische Anilin and Soda Fabrik de Ludwigshafen. J’ai appris l’allemand sur le tas. Avant la visite du lendemain avec lui, il nous indique une première visite à faire par nous même : le QG du Maréchal Paulus (« Paulus » tout court, il n’a pas droit au « Von », c'est si courant d'anoblir ce Maréchal) juste derrière l’Hôtel Intourist.

LE QG DU MARECHAL PAULUS

Nous avons du mal à localiser ce QG, pourtant si proche, mais aucun panneau ne l’indique. Vassili a été bien clair, il faut chercher un souterrain derrière l’Intourist. On remarque bien un escalier en descente, surmonté d’une pancarte vantant des magasins. Nous essayons tout de même et nous arrivons dans une galerie marchande sous terraine de magasins vendant des pacotilles faites en Chine et autres vêtements bon marché dont les sempiternels blousons noirs en faux cuir. Au fond de la galerie on aperçoit bien une petite porte avec un panneau modeste signalant le QG du Maréchal. Nous réveillons le gardien et visitons l’antre de Paulus. Les deux ou trois pièces du QG souterrain sont modestes, à peine éclairées, elles ont pourtant constitué un havre de paix dans l’enfer et le froid en surface. La présentation et l’abord de ce QG, témoignage historique est une nouvelle démonstration de la manière dont les Russes traitent à Stalingrad, l’Histoire et le souvenir : Avec une parfaite désinvolture ou un désintérêt total. Je commence aussi à atterrir de ma représentation idéalisée.

UN PETIT DINER

Nous déambulons dans Volgograd c’est une ville ouvrière, couverte de HLM. Des magasins sont d’assez belle tenue et même luxueux : Par exemple une vitrine improbable pour Saint Laurent ou un autre couturier! Les monuments commémoratifs sont essaimés dans toute la ville, assez basiques en tôle peinte et mal entretenus. Cela crée une drôle d’atmosphère qui pourrait amener à penser qu’une bataille a bien eu lieu, mais c’est du passé on ne sait même plus contre qui et quand elle a été livrée? On s’en fout». Cette pensée est bien sûr abusive, mais elle a sa part de vérité. Stalingrad est située pratiquement en Asie, au début des steppes de l’Asie Centrale. Cette situation enflamme nos imaginations, mais nous n’avons pas prévu de pousser plus loin. Alors on se console un diner dans un restaurant oriental. Justement il y en a un, avenue Lénine ! Nous sommes accueillis au vestiaire par un géant vêtu d’une grande pelisse orientale. Il nous demande d’où nous venons, et à l’écoute de notre réponse, il s’exclame « Normandie, Niémen ! » Ah le brave homme ! Il reste des endroits au monde où on nous aime !

Pilote français et mécaniciens russes (Staline a donné le choix aux pilotes français entre des Yak et des avions occidentaux. Les Français ont choisi les Yak par courtoisie et n’ont pas regretté leur choix).

On devait trouver de tels drapeaux dans les patronages « laïques » des cités communistes dans les années 60.

Nous commandons notre diner composé de mets orientaux appétissants, et nous sommes bientôt servis. Une musique orientale se fait entendre et une jeune danseuse du ventre apparaît. Elle est belle, c’est une Russe, elle a des paillettes sur le ventre. Elle ondule agréablement. Elle nous a repérés, et s’approche de nous en déroulant ses anneaux. Nous avons le nez à la hauteur de son ventre constellé d’étoiles. « On résiste à tout sauf à la tentation » D’accord Oscar, mais toi tu es passé par la case prison. Nous résistons pour la bienséance et notre doux supplice se poursuit. Les petites étoiles et son nombril décrivent des courbes apparentées au signe « infini » au dessus de nos assiettes. Erwan m’annonce qu’il n’a plus faim, je lui réponds « Moi, non plus ! ». Nous voulons remercier la Belle pour sa prestation et je prépare un billet de 100 Roubles pour Erwan. Il est plus dans les âges de la Belle, mais il se dégonfle ! C’est donc à moi de remplir ce devoir délicat. J’interroge Shéhérazade des yeux pendant qu’elle continue à onduler dangereusement. De sa main elle indique un endroit de sa ceinture. Je glisse le billet sous sa ceinture. Puis elle part envouter d’autres convives. Nous retrouvons enfin le contrôle de nos sens. Ce fut l’opération de Bliztkrieg, imprévue. Elle a emporté toutes les lignes de défense, était elle "Panther", Tiger" ou "Ferdinande"? Ce qui est remarquable chez les Arabes, c’est qu’ils ont inventé une danse à l’érotisme torride, et par ailleurs la Burkha pour qu’il ne s’échappe aucun trait de séduction des filles d’Eve.

C’est alors que Erwan me provoque une deuxième anorexie par la réflexion qui tue, en m’énonçant tout de go : « Les Russes ne se sont pas embarrassés pour la reconstruction de Stalingrad, ils ont tout nivelé et ils ont construit par dessus, nous dinons donc au dessus d’un charnier ». Imparable ! C’était bien vu ! Il fallait quand même avoir l’estomac bien accroché pour digérer des Chachliks délicieusement grillées, après avoir d’abord subi une attaque sensuelle torride, et ensuite s’imaginer à une dizaine de mètres sous la table une collection de tibias et de cranes casqués. Seriez vous capables de finir ces brochettes si on vous évoquait des images si atroces? A la sortie du restaurant oriental, Erwan me dit avoir apprécié l’épisode de la danse du ventre C'est un aveu rare, d'un être si pudique. Il demande au géant du vestiaire une photo dédicacée de la Belle. Celui ci n’avait rien à refuser à des compatriotes des glorieux héros du Normandie Niémen ! La Belle a signé une affiche.

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-13

UN DEFILE PATRIOTIQUE AVEC Mlle PEAUdeVACHE

Nous flânions en ville, et nous sommes tombés sur une relève de la garde au monument aux morts de Stalingrad par une petite escouade constituée de lycéens en uniforme, munis de mitraillettes à camembert. Les garçons et les filles, habillés de longues capotes, défilaient au pas de l’oie. Le spectacle se voulait martial mais il était tendre à la fois ! : Les fillettes russes ont l’habitude de mettre des pompons ou des rubans dans les cheveux pour participer à une fête: Les jeunes filles de ce peloton n’étaient plus des fillettes, elles portaient malgré tout ces pompons.

Qui mène cette escouade ? Une certaine Mlle PeaudeVache, en rouge sur la photo suivante.

Elle n’avait pas attendu le nombre des années pour savourer son pouvoir éphémère sur des êtres à sa merci. D’autant qu’il y avait du public pour admirer son savoir faire, et aussi les copains du Lycée qui n’étaient pas de garde ce jour là! Elle immobilise son peloton et fait une inspection de détail de ses soldats et soldates. Un garçon évidemment subit toutes ses remontrances sur sa tenue, le manque de cirage à ses souliers et se fait copieusement humilier en public; les camarades de classe lancent des quolibets à l’adresse du peloton et du pauvre garçon. (Désolé, la photo manque).



Petit rappel historique par un non historien

Hitler est obsédé par son collègue Dictateur, Joseph Staline. La Com régnait déjà en ce temps là avec le maléfique Goebbels, il fallait impressionner et rassurer les Alliés italiens et roumains : Hitler n’avait de cesse de conquérir la ville emblématique au nom de son collègue : Stalingrad. La ville est atteinte, et sa conquête est commencée. La Luftwaffe la détruit totalement; les ruines de la ville vont fournir autant de caches et de points d’appui pour les défenseurs. L’armée allemande réputée ultra mobile se met au combat de rues et les tankistes deviennent des fantassins. L’armée allemande perd ainsi son formidable potentiel de rupture. Les Allemands ont pu mesurer devant Moscou la valeur et l’acharnement du fantassin soviétique. La ville est située sur la rive gauche de la Volga les défenseurs sont alimentés au moyen de bateaux traversant ce fleuve, sous le feu allemand et leurs avions. Curieusement elle n’est pas vidée de tous ses civils. Les canonniers soviétiques arrosent les Allemands en progression dans la ville en tirant par dessus la Volga. L’héroïque Général, commandant les défenseurs, Tchouikov fait des aller-retours incessants entre les deux rives de la Volga, lorsqu’il est appelé par ses chefs en consultation. On rentre dans l’usure et les engelures de l’hiver. Les Allemands ont presque réussi, ils sont à quelques dizaines de mètres de la Volga, ils peuvent quasiment rejeter à l’eau les soldats de la dernière défense soviétique, si étroite. Cet objectif pourtant à leur portée, ils n’y arriveront pas.

Joukov chef d’état major soviétique arrive à faire entendre raison à Staline et monte une opération d’encerclement qui va se refermer sur le maillon faible de la coalition de l’Axe : Les Italiens et les Roumains. Bientôt l’armée allemande n’aura plus les moyens de mener de contre offensive de désenclavement ni de l’intérieur de ce qui s’appellera Chaudron, ni de l’Extérieur. Paulus est nommé Maréchal pour le ragaillardir, mais rien n’y fait, il capitulera.

VASSILI ET LA VISITE DE STALINGRAD

A l’heure dite Vassili est là il est accompagné d’un copain qui manifestement ne fonctionne pas à l’eau. C’est le chauffeur. Sa voiture a l’air de rouler encore, bien qu’elle n’ait pas vu un garage depuis des années. Voici une excursion très couleur locale, très tartare ou très russe, qui commence ! Bienvenue au Destroy tour, un tour à la Dubout ! Vous ne pourrez pas en commander un pareil à une agence!

Vassili et son pote sont très sympathiques. Il a nourri sa vie de tous les récits sur Stalingrad, et est devenu guide pour les vétérans allemands. Malheureusement ce que les balles soviétiques n’ont pu faire sur sa clientèle, le temps y parvient; son avenir de guide est fortement compromis. Nous roulons le long de la Volga il nous montre de curieuses balises : Ce sont des massifs surmontés d’une tourelle de char



L’avance ultime des Allemands a été balisée par ces tourelles de char. De ces points à la Volga la langue de terre encore occupée par l’Armée Rouge pouvait mesurer seulement quelques dizaines de mètres. Stalingrad était presque conquis par les Allemands, mais tout est dans le « presque ». Vous imaginez bien que les défenseurs de cette étroite bande de terrain, devait subir l’enfer sur terre. Dans les explications de Vassili, aucune mention des Facistes, mais des « Deutsche » , il ne faut pas froisser la clientèle.

MAMEEV KURGAN

Vassili nous emmène à l’endroit emblématique de la bataille de Stalingrad : un grand mamelon qui a été le site de combats enragés. C’est le grand lieu de célébration de la bataille : Un long escalier mène au sommet, il est décoré de part et d’autre, de scènes de la bataille sculptées dans le béton. Le monument très bon marché d’aspect, il a mal vieilli. Sans savoir par quel cheminement de la pensée, je réalise que ce qui est honoré ici, c’est le régime soviétique. Les slogans peints du temps de l'URSS, sur les marches sont toujours là.



La montée au mémorial Mameiev Kurgan : L’inscription sur les escaliers : « A notre patrie soviétique – URSS ».

Родина-мать зовёт, « Rodina Mat zaviot » (La Mère Patrie appelle) Une statue gigantesque de femme faisant face aux lignes allemandes, appelle en tournant la tête vers l’est, les hommes à se mobiliser contre les barbares venant de face. Comme la Marseillaise de Rude, elle crie à gorge déployée. Dans notre inconscient ce sont les femmes qui veillent au grain et qui secouent les hommes un peu longs à la détente, face au danger.



Le sculpteur de Mère Patrie ou celui de la Marseillaise ont utilisé leurs femmes comme modèle. En contrebas, une autre statue dans un bassin, celle d’un soldat russe avec une mitraillette à camembert, qui veille il a répondu à l’appel de la Mère Patrie, ce n’est pas un hasard, s’il a les traits de Tchouikov !







Un jeune patriote

Auparavant à Moscou nous avions aperçu RODINA MAT; la MERE PATRIE en chair et en os à Moscou, le jour de célébration des Forces Armées. On l’appelle aussi MAT RASSI, MERE RUSSIE. Nous étions dans les « Jardins d’Alexandre » au pied du Kremlin, devant le Monument aux Morts. Ce n’était plus la belle femme statufiée du Mameiev Kurgan appelant au refoulement des barbares. Elle avait vieilli, elle s’était tassée. C’était la petite vieille typique de Russie. Elle était usée par la vie, elle n’avait plus de larmes : Les purges du Camarade Staline, l’éloignement de ses proches au Goulag, l’abominable invasion des Facistes de "Gitler" l’avaient ravagée. Que de nuits de peur, que de nuits de deuil, que de nuits d’incertitude. Son mari Sergueï et ses enfants Aliocha et Mischa n’étaient pas revenus de la «Grande Guerre Patriotique », évanouis dans les batailles de Koursk ou de Léningrad. Mischa lui avait sauvé Moscou par son sacrifice. Aujourd’hui c’était pour eux qu’elle était là comme chaque année. Avait elle mendié la veille aux portes du Bolchoï pour arrondir sa faible retraite ? Ou vendait elle dans les bouches du Métro ses pauvres châles, des cuillères argentées ou des corsages qu’elle voulait pourtant conserver à tout prix? Etait elle la gardienne d’une salle de musée que personne ne visitait ? Ou gardait t elle une boutique « 24 Часa » pour alimenter en vodka en pleine nuit ces bons à rien ? Peu importe, ce jour là, était un autre jour : Le jour des Forces Armées ! Ce jour là point de mendicité devant le Bolchoï, ni de vente à la sauvette dans le Métro, ni de salle de musée désertée ou de cabane « 24 Часa », rien de tout cela ! Une fois par an, elle était MAT RASSI, ce petit bout de femme déterminée et fière. Elle marchait droit, résolue vers l’enclos du monument aux morts, d’Alexander Sad, rempli de fleurs pour l’occasion. La flamme éternelle brulait pour les combattants russes de la Grande Guerre Patriotique. Un officier venait de conduire un peloton de soldats marchant au pas de l’oie pour relever la garde; ils avaient défilé sous les murs du Kremlin, le long des 7 plots célébrants les 7 villes héroïques de l’Union soviétique. Ils étaient maintenant rigides et solennels. La flamme éternelle était gardée par ces soldats quasiment statufiés. Personne ne penserait aller déranger ces redoutables guerriers ! Eh bien si MAT RASSI ! Ce jour là, elle était la Russie, la Russie meurtrie, mais victorieuse. Elle marche droit vers le monument, elle touche la porte de l’enclos, elle tient à la main des fleurs qu’elle a réussi à se payer peut être au prix de privations, mais que diable c’est le jour des Forces Armées ! Ce jour est sacré entre tous. Cette femme apparemment si faible, affiche une volonté à toute épreuve : Dans sa jeunesse, n’a t’elle pas tourné des obus, cousu des uniformes, construit des chars, creusé des tranchées antichars, pansé des blessés Elle était peut être pilote d’avion de l’escadrille des « Sorcières de la nuit » qui venaient troubler le sommeil des Allemands. Etait elle un sniper féminin? Non pas un sniper, la vie d’un sniper est trop vite écourtée. A t’elle trouvé le temps d’enfanter ?

L’Officier s’anime; ce Gardien redoutable de l'enclos patriotique, vient ouvrir le portillon qui ferme le saint des saints, il s’incline respectueusement devant MAT RASSI, et la laisse entrer et aller déposer ses fleurs sur l’autel patriotique et se recueillir. La Russe communie avec ses morts. L’officier laisse tout son temps à MAT RASSI, puis il la raccompagne avec déférence, et enfin il va reprendre son job de statue à la mine sévère. MAT RASSI reviendra peut être l’an prochain pour le jour des Forces Armées.



La flamme éternelle au monument aux morts des Jardins d’Alexandre. Les fleurs sont absentes, la photo a été prise un jour sans commémorations.



Herr Hauptman ! Pour le cimetière ? Il n’y a pas d’attente, je vous y envoie de suite.

Revenons au Mameiev Kurgan nous suivons Vassili dans une crypte illuminée par une flamme éternelle. Dans la route en colimaçon arrivant à cette crypte un peloton de soldats martèle le sol au pas de l’oie et vient relever la garde d’honneur du mausolée du Mameiev.







Un peu d’humour soviétique ! : Il est écrit : « Les Combattants Facistes voulaient voir la Volga » et en dessous on voit un groupe de soldats en piteux état. Si on ne connaissait pas le contexte on pourrait se dire qu’ils se sont fait tabasser à la suite d’une mauvaise rencontre pendant un picnic sur la Volga.



Un peu de propagande : « Vive le parti inspirateur et organisateur de toutes nos victoires » (Sous l’effigie de Lénine)



Zaietziev le tireur d’élite au sommet du monument flaquant l’escalier.





Depuis le haut du Mameiev Kurgan, nous dominons le paysage : La Volga, maintenant si paisible et désertée de trafic fluvial, Octobre Rouge, usine sidérurgique, lieu de combats furieux, et l’Usine de Tracteurs.


Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-16

Au pied de la statue de Mère Patrie, nous trouvons 8 tombes russes sur un total de 480 000 tués. (Il y aurait des cimetières russes en périphérie ?) Parmi ces 8 tombes celles de Zaïtsiev, le sniper aux 225 coups au but dont le cinéaste J.J.Annaud a fait un portrait foireux, et la tombe de Tchouikov, un des vainqueurs de Stalingrad (Il était sous le commandant de Ieremenko qui rapportait à Rokossovski, lui même sous les ordres de Joukov). Tchouikov est le seul officier supérieur a avoir renoncé à l'honneur d'avoir son urne soit insérée dans le mur du Kremlin.

Vassili nous montre une phrase de Vassili Grossman gravée dans le béton :

« Железный ветер бил им в лицо, а они всë шли вперëд, и снова чувство суеверного страха охватывало противника: люди ли шли в атаку? Смертны ли они?! »

« Un vent de fer les frappait au visage, mais ils avançaient tous, et l'adversaire était à nouveau saisi d'une peur superstitieuse : étaient-ils attaqués ? Et allaient-ils mourir ? »



C’est alors que Vassili (Notre guide, pas Grossman) nous exprime son amertume : Les soldats russes morts n’ont eu le droit qu’à la fosse commune anonyme. Le soldat allemand a eu le droit à de vastes nécropoles et des jeunes gens venus d’Allemagne viennent chaque été tenter de récupérer des corps enfouis. On touche là l’attitude soviétique par rapport au Soldat: Elle ne marque aucun respect à sa jeunesse, et à sa population héroïque. Cette attitude témoigne d’un mépris total. (Dans la région de Koursk 1,2 Millions de soldats soviétiques sont tombés, il n’y a pas de cimetières visibles non plus) Le Mameiev Kurgan est clairement un site à la gloire de l’Union soviétique au détriment du combattant. Les soldats tombés en Afghanistan ou en Tchétchénie sont enterrés dignement. Nous descendons de la colline pour rentrer dans un bar. Oh surprise, les serveuses sont en uniformes soviétiques avec leurs calots. Nous prenons des collations avec le pote de Vassili qui a fait le tour de la colline dans son épave pour venir nous récupérer.



LES GRANDS SILOS

Autre lieu mythique de Stalingrad : les grands silos qui sont toujours debout. C’est bien le signe que l’armée allemande à Stalingrad manquait d’artillerie lourde pour les détruire ainsi que d’autres sites comme Octobre Rouge et l’Usine de tracteurs. L’artillerie lourde était à Sébastopol. Pour l’anecdote, Vassili qui a tout lu sur Stalingrad pendant 30 ans, nous raconte que de l’argent français avait été trouvé sur des cadavres de soldats allemands. C’était un signe que le commandement allemand avait fait venir de France des artificiers pour faire sauter ces édifices.



« Soldat de la ville, héros de la ville, gardien du Monde et du Travail » + Décoration de Héros de l’Union Soviétique. Erwan et Vassili devant le grand silo. Le soldat de la statue tient dans la main un fusil antichar, arme qui semble se trouver qu’en Russie.

LA MAISON PAVLOV

Le Sergent Pavlov et ses hommes avaient réussi à tenir à un très grand nombre d’assauts contre une maison qu’ils défendaient; son exemple avait repris par la Propagande russe en amplifiant ses exploits. Adolescents j’écoutais une émission de TV qui s’appelait « Les Dossiers de l’Ecran ». Le principe était simple : Après la diffusion d’un film sur un thème donné, des invités sur un plateau débattaient du sujet du film. Un soir le Sergent Pavlov était l’invité à la TV. Le cauchemar des Allemands était un petit homme bien tranquille.

Vassili nous nomme la « Maison Pavlov » ou ce qu’il en reste ! Mais quelle déception ! Au milieu des HLM, la Ville a conservé un pan de mur de briques pour se souvenir de l’exploit. C’est à pleurer ! C’est aussi désolant que de voir l’entrée du camp d’Auschwitz à coté des HLM.

La maison Pavlov a subi une multitude d’attaques. Voilà ce qui en reste ! Pavlov ne semble pas être Héros de l’Union Soviétique.



« Dans cette maison des soldats et des ouvriers se sont rejoints ».

L’USINE DE TRACTEURS

Vassili poursuit sa visite des lieux mythiques, pour arriver à l’Usine de Tracteurs. Et là nous touchons avec horreur le fond du cynisme : La gigantesque usine de tracteurs est maintenant coupée en deux, pour laisser place dans un centre commercial « Diamant » avec SEPHORA comme magasin vedette! (Cf la page du catalogue Séphora) Voici les preuves :



L’entrée de Sephora n’est pas apparente sur la photo de Google Earth? Elle devrait être à droite du tank. A gauche la statue de Dzerjinsky, à droite le monument avec tank.

La place située devant l’usine de tracteurs et de Séphora est le départ de la « rue Dzerjinski » (« kogo » est la terminaison du génitif masculin: "La rue de Dzerjinski"). Ce nom Dzerjinski est rarement utilisé en Russie, car cet être très cruel a été évincé des endroits publics depuis longtemps. Le chef de la Tcheka a donc sa statue sur cette place; son visage très méchant et vicieux est bien reproduit. Pourquoi ce type a t'il échappé aux poubelles de l'Histoire?

De l’autre coté de la place, pour faire pendant au Crime : l’Innocence Des enfants jouent sur un tank, composant d’un monument à la gloire des défenseurs de l’Usine de tracteurs. Vraiment je suis stupéfait du traitement réservé à des lieux où des êtres ont souffert et ont été tués. Verrait on un jour un McDonald à coté du fort de Douaumont, ou un Kebab à coté de la chambre à gaz d’Auschwitz ?

MUSEE DE STALINGRAD

La Minoterie en ruines

Aux abords du musée, se trouve une pléthore de chars, canons et avions. Ils sont livrés à eux même, sans entretien ni réparation. Le temps a fait son œuvre, avec l’oxydation, les garnitures de feutre des avions pourrissant à l’air libre, les cockpits d’avion se flétrissant. Ce sont d’autres offenses au souvenir. A Koursk, pourtant tout est impeccable.

Dans le musée, comme dans tout bon musée commémoratif de guerre, russe, se trouve un diorama à 360 degrés illustrant la bataille de Stalingrad : Ici la traversée de la Volga sur des passages piéton, dissimulés sous l’eau, là les combats du grand ravin, et là l’Univermag, la Gare, le grand Silo, Octobre rouge, l’Usine des tracteurs. Et des masses d’Allemands tués comme les Indiens dans les films américains.



Dans les salles de musée, une infinité d’armes est exposée, comme des longs fusils antichar dont j’ignore l’efficacité, des tenues de maréchaux légués par leurs possesseurs au musée et à mon avis le clou du musée : le fusil de Zaïetiev, le fameux sniper aux 225 touches et ce que j’appellerai son « carnet de bal » avec le répertoire journalier de ses touches. Le jour de notre visite le carnet était ouvert à une page signalant que 7 ou 8 Allemands avaient perdu la vie. Je verserai dans le sentimentalisme en affirmant que cette page m’a saisi, au sens que j’ai reçu un choc.

Il a une bonne tête l’assistant de Lucifer ! Le Mosin-Nagant de Zaïtziev.

Ce carnet est pour moi un morceau de vérité : il parle de lui même, il n’a pas besoin d’interprétation il s’impose immédiatement et totalement au visiteur. Son message est simple et violent. Le plus souvent il annonce la mort. Ce peut être ce carnet comptabilisant la mort de 7 ou 8 jeunes hommes, ce peut être aussi une urne en verre pleine de cendres à Auschwitz, ou alors au Musée de Besançon une lettre de dénonciation pendant la dernière guerre ou un billet du Tribunal Révolutionnaire requérant de raccourcir le député et astronome Bailly.

Nous quittons Stalingrad par le train, et nous arriverons demain à la gare de Koursk à Moscou. Koursk a été le site de la plus grande bataille de chars de tous les temps, qui a permis de casser la capacité offensive des Allemands. Au terme de ce voyage, si j’en fais le bilan, il y a bien sûr une déception. Si je grossis le trait, je dirais : « Tout ça pour ça ! » Toute cette glorification, toute cette propagande soviétique entendue dans ma jeunesse, tous ces sacrifices immenses, il n’en reste presque rien à Volgograd aujourd’hui. (Même le nom glorieux de Stalingrad a été gommé !). « La plus grande bataille de l’histoire, vous dites, ah bon ! » Il ne reste une colline qui glorifie un régime défunt avec un escalier flanqué de monuments aux des sculptures en béton, flétries. Je ne suis pas Russe et je ne peux réagir comme eux, quoique la complainte de Vassili, le guide m’ait touché.

Je répète alors mon titre :

Où est le tombeau d’Ivan ?

Se peut il que cette multitude de héros ait été absorbée par le néant ? Que les familles n’aient pas de point d’ancrage ?

Avant d’avoir connu « Le défilé du Régiment Immortel » qui a « ressuscité » enfin les soldats russes défunts, je m’étais dit que le Soldat Ivan était conté et glorifié dans « Vie et Destin » l’œuvre de Vassili Grossman, ce camarade de combat, ce témoin de leurs sacrifices. C’est une sorte de sépulture morale.



Quel bel hommage dans les lignes qui suivent :

« Un soleil d’hiver brille au-dessus des tombes collectives, au-dessus des tombes improvisées. Les morts dorment sur les hauteurs des collines, près des ruines des ateliers d’usine, dans des ravins et des combes, ils dorment là où ils se sont battus et leurs tombes se dressent près des tranchées, des casemates, des murs percés de meurtrières qui n’ont pas cédé à l‘ennemi, comme un monument majestueux à la simple loyauté payée au prix du sang. Terre sainte ! »

« Simple loyauté » : Le Peuple russe est là tout entier dans ces mots; ce ne sont pas des gens qui roulent des mécaniques ou montrent de l' arrogance comme les Allemands. C’est un Peuple, discret, patriote mais il ne faut venir le chercher, sinon il vous en coûte très cher.

Le monument en béton du Mameiev Kourgan peut bien s’effriter, le Séphora de la rue Dzerjinski, faire des promotions sur « Poison » ou « Mlle Ricci » sur les lieux de mille sacrifices suprêmes de jeunes gens de deux nations, les tanks du musée de Stalingrad rouiller, ou l’isolant des avions de combat continuer à dégueuler des carlingues, les HLM grignoter le paysage du champ de bataille et niveler l’Histoire, l’âme d’Ivan avait trouvé un repos éternel dans les écrits de Vassili Grossman et son effigie est maintenant promenée à Moscou et dans toute la Russie à chaque 9 Mai pour le défilé des Immortels. La Fédération offre à ses héros l'hommage que l'URSS avait refusé.





Le monument emblématique de Stalingrad, avant guerre.

Quant à moi, j’ai couru après des lambeaux d’Histoire, je suis un peu déçu maintenant. Je peux quand même à me réconforter en affirmant que j’y suis allé. L’image forte que je retiendrai est celle de cette étroite langue de terre entre la Volga et les balises surmontées de tourelles de chars : C’est l’illustration de ce que le fantassin russe peut donner s’il défend sa Terre.

Où repose Ivan?

JeffPrX · 2018-10-16

Je me délecte !

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-16

Ravi de t'avoir emmené la bas.

Où repose Ivan?

Pondy · 2018-10-17

J'ignorais tout de cette sanglante bataille germano-soviétique. J'ai relu plusieurs fois ton récit, si bien écrit, si bien raconté et construit. Tout y est : anecdotes, histoires, histoire, humour, perceptions sensations. Si tu as d'autres récits, je suivrai.

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-17

Merci Tu peux lire "Un Canon a la frontière russo-lettonne" et "Le photomaton de Hanoi" aux éditions Voyage Forum et aussi "Sur la trace des blindés de Koursk"

J'enverrai peut être un récit de visite en Corée du Nord. Mais comment passer derrière le génial Yangguzi. Sinon j'ai un récit de visite à Auschwitz, il me faudra vaincre ma pudeur pour l'envoyer sur VF.

Je n'ai rien d'autre, mais si mes récits te plaisent on peut s'arranger : Tu me paies le voyage et puis je raconte. (Ne m'envoie pas au Pakistan, Somalie, Irak, Afghanistan, je ne veux pas cramer ma plume)

Où repose Ivan?

CatherineGil · 2018-10-17

🙂 Moi aussi !

Où repose Ivan?

Mariecurry · 2018-10-17

Ce second récit russe nous prouve que tu as un vrai talent de conteur. Je vais me répéter mais le sujet est original, on s'instruit, on se marre aussi. Et on voyage.

Koursk, Stalingrad... D'autres projets de voyage dans le même genre ?

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-18

Merci Marie ! Tu m’as encouragé à mettre sur VF mon voyage à Stalingrad. Je suis aussi très sensible à tes gentilles appréciations et de celles d’autres lecteurs. Au début, j’étais un peu incrédule, pensant que les retours étaient la marque de la simple courtoisie. Je me disais « Ce n’est pas moi ». Je suis un scientifique, ainsi j’ai toujours eu des complexes vis à vis des philosophes et des littéraires qui peuvent expliciter avec concision une idée, une situation ou des sentiments ; ces gens maitrisent à la perfection notre langue. Je me persuade maintenant que mes carnets font plaisir à lire. J'en suis, en toute simplicité, enchanté. Je me souviens d’avoir dévoré tous les carnets de Yanguzzi d'une traite; il y exposait toute son humanité, toute sa vitalité et sa tendresse envers son Prochain. C’est un de ses récits qui m’a conduit en Corée du Nord. Souvenez vous de sa « Mademoiselle Li » ! Si vous avez ressenti du plaisir à lire les épisodes de guerre de l'URSS, ne serait ce qu’à la hauteur d’une fraction de celui ressenti à lire Yanguzzi, c’est un bonheur pour moi. Il y a des situations que n’a pas rencontrées Yanguzzi en Corée du Nord, je me permettrai donc d’apporter un complément à son récit de voyage. De temps à autre je posterai sur VF un petit récit, pour que nous partagions. Mais le problème principal est que je ne suis pas Indiana Jones et que dans ma vie de voyageur je n’ai pas rencontré tant de situations ayant un relief suffisant.

Où repose Ivan?

Louxor71 · 2018-10-18

Je pense que tous ceux, ici, qui vous ont répondu sont parfaitement sincères et qu'ils lisent votre carnet par intérêt mais pas simplement par curiosité. De tels carnets sont rares, on en lit à foison sur l'ouest américain, alors que là pour une fois, on se promène à l'est et l'histoire en fait partie. Du côté russe cette histoire est injustement trop méconnue. Pour ma part, j'ai lu, il y a quelques années, un livre écrit par un pilote allemand, un pilote de stuka qui relate cette bataille, du côté allemand, mais cela apporte quelques enseignements aussi, après tout la bataille a eu lieu entre 2 peuples. Donc toujours là pour lire et apprécier.

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-18

Bonjour Louxor, Merci pour vos commentaires. Je sais et je savais que tous les commentaires des lecteurs étaient totalement sincères, mais je suis passé par une phase d'incrédulité, loin de moi de douter des lecteurs mais il fallait que je me convainc : "Ce n'est pas moi ça", tout lesté de mon complexe de scientifique, maladroit en Français (Depuis on a fait mieux que les scientifiques: Les Informaticiens sont incompréhensibles).

Déjà j'étais interloqué par les premiers commentaires de MarieCurry sur Koursk, vu son CV: elle, aimant le roman, le récit et pleine de curiosité...., c'est une fine mouche, elle ne pouvait pas se tromper. Alors je m'y suis fait et je suis heureux de partager avec vous.

Le coté allemand de la bataille est très intéressant aussi, Paul Carrell a beaucoup écrit, mais a t il pris des libertés avec la vérité historique? Je pense à Guy Sajer "Le soldat oublié"; il était mobilisé dans le transport: Pensez aux quelques 2000km de ligne d'approvisionnement surveillés par les Partisans qui étaient des durs à cuire.... Si vous retrouvez le nom du pilote de Stuka je serais intéressé.

Vous parlez des N récits de voyage sur l'Ouest américain. Comment peut on en rajouter d'autres tous les jours. Eh bien votre remarque m'interpelle car je voudrais malgré tout en rajouter un autre pour raconter comment je suis tombé par hasard sur l'Antelope Canyon, totalement inconnu à l' époque, et le cauchemar touristique qu'il est devenu.

Où repose Ivan?

Louxor71 · 2018-10-18

le pilote s'appelait H. U. RUDEL je ne sais plus s'il y a 2 l à la fin. ce n'était pas un pseudo, le livre comportait beaucoup de ses photos personnelles, mais je ne l'ai plus. Je sais que c'était un des pilotes les meilleurs sinon le meilleur, car lorsqu'il est décédé, j'en ai entendu parler à la radio.Peut être qu' en faisant quelques recherches sur internet vous pourriez trouver quelque chose.

Où repose Ivan?

MirandaMouse · 2018-10-18

🙂 Moi aussi !

Pareil. Très beau carnet, captivant, très bien raconté, un régal !

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-18

La Russie nous captive!

Où repose Ivan?

Mariecurry · 2018-10-18

Je suis un scientifique, ainsi j’ai toujours eu des complexes vis à vis des philosophes et des littéraires qui peuvent expliciter avec concision une idée, une situation ou des sentiments ; ces gens maitrisent à la perfection notre langue.

Pas bien ça. Les mathématiques sont aussi une langue vivante, tu le sais bien. Autrement plus complexe et hermétique. Si certains sont à l'aise avec les mots, d'autres se baladent parmi les polynômes : chacun son truc. 🙂

Mais le problème principal est que je ne suis pas Indiana Jones et que dans ma vie de voyageur je n’ai pas rencontré tant de situations ayant un relief suffisant.

Oh mais nul besoin de situation ou de destination extraordinaires pour captiver le lecteur. Dans Remonter la Marne, Jean-Paul Kauffmann nous promène de Charenton-le-Pont à Balesmes en Haute-Marne. Paie ton exotisme ! Le récit aurait pu être aussi mortel qu'un tube de barbituriques ou qu'un coffret de L'homme du Picardie. C'est pourtant un régal.

Psst... Indiana Jones est un personnage de fiction (en plus d'être un très mauvais archéologue).

Où repose Ivan?

MirandaMouse · 2018-10-18

C'est sûr ! C'est intéressant d'avoir un point de vue original et hors des sentiers battus ! Il y a tant à dire sur ce fascinant pays...

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-18

J'étais Ingénieur, alors l'usage des mathématiques c'était de prendre du "tout fait" mathématique et de l'appliquer à mon problème du moment, comme si je prenais une perçeuse en ignorant les engrenages et l'électronique qui la composent. Je ne tutoyais pas du tout l'abstraction. Pendant les études, c'était le moyen paresseux de l'Education Nationale pour sélectionner les étudiants. Je revendique donc l'excuse d'un certain retard dans l'expression par rapport à certaines stars du Forum.

Je pensais aussi au genre de Jean Paul Kaufmann qui fait parler les paysages avec l'Histoire et des anecdotes. J'ai lu un récit en Courlande. (Pour l'anecdote je me souviens d'un spectacle où son épouse, femme courage et mère courage lançait un appel sur scène avec son fils pour la libération de Jean Paul. Respect Madame, ou plutôt Docteur!)

D'accord, je vais préparer un récit: "Oui j'ai rêvé dans les corons de Freyming Merlebach" et "Forbach ce n'est jamais fini"! J'ai des amis qui ne peuvent s'éclater que s'ils se projettent à 10 000 km pendant les vacances, je suis sûr qu'ils vont se ruer sur ces récits.

Où repose Ivan?

Mariecurry · 2018-10-19

D'accord, je vais préparer un récit: "Oui j'ai rêvé dans les corons de Freyming Merlebach" et "Forbach ce n'est jamais fini"!

Chiche ! 😇 Née en Moselle, je serai ta première lectrice. Un coin de France où tu trouveras d'ailleurs avec qui discuter bataille de Koursk, siège de Léningrad, invasion des Pays Baltes et camps de prisonniers en Russie bien entendu. Dès l'automne 42, incorporation de force des jeunes Mosellans dans la Wehrmacht quand ce n'était pas (plus tard) dans la Waffen-SS. Pour la plupart, hop ! direction le front de l'Est. Que de vies et de familles brisées...

J'ai des amis qui ne peuvent s'éclater que s'ils se projettent à 10 000 km pendant les vacances, je suis sûr qu'ils vont se ruer sur ces récits.

Des ignorants ! tu leur diras de ma part. 😏 La Moselle : un concentré d'Europe et de bouts d'Afrique. Une destination méconnue et... méconnue.

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-19

Aïe Aïe Aï, la gaffe! J'ai perdu une occasion de me taire, comment me sortir de ce faux pas? C'était la région à ne pas choisir. Est ce que je peux remplacer Forbach par Montceau Les Mines, cela fera presque pareil?

La première solution est " Courage, fuyons"! Je pars ce matin vers les volcans d'Auvergne, je peux reporter ma réponse facilement d'une semaine. Tu auras peut être oublié d'ici là?

Les Lorrains! Ma première pensée à leur sujet, c'est la fidélité. Je le sais, il y en a dans ma famille.

Les "Malgré Nous", je comprends cette meurtrissure. Je l'ai retrouvée en Estonie, où si je me souviens bien, il n'était pas question de la lutte entre deux fidélités mais trois.

Mes amis, je les accepte comme ils m'acceptent, avec leurs petits défauts. Oui, ce sont des ignorants, mais dans leur ignorance, ils sont contents. Tous mes amis ne se projettent pas à 10000km, ils savent trouver des trésors plus près. Je voulais seulement te faire comprendre que VF comporte beaucoup de voyageurs professionnels trouvant leurs plaisirs de découverte à 10000km, par conséquent, les mines de fer ne les feront pas forcément rêver, et mon lectorat sera très réduit. Enfin s'il se réduit à toi seule, et si tu n'as pas oublié d'ici là, j'arriverai bien à sortir une demi feuille sur le sujet. A bientot.

Où repose Ivan?

Voyajou · 2018-10-19

E=mc2 E étant ton énergie m, la masse non nulle d'informations rapportées c, la vitesse de ta progression au carré.

Et pour faire le lien avec la littérature, deux romans : E=mc2 mon amour, suivi de Pythagore, je t'adore.

J'ai lu tes deux derniers carnets au fil de la publication des articles. C'est drôle et cultivé, engagé et passionné, parfois désabusé mais avec ironie et tendresse. À l'évidence, ton cœur et ton esprit sont là-bas.


Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-19

Ne supprime rien, tu me corriges avec bienveillance contrairement à certain. Sur les deux expressions que tu mentionnes, j'étais mal à l'aise quant à leur exactitude, . Alors merci. Je suis assez paresseux, je n'ai pas fait de vérifications. Le fait est que ces deux textes demandent tant de vérifications et de polissage pour enlever les scories et les lourdeurs, pour ne pas énerver le lecteur, que j'ai fait ces impasses sinon je n'aurais rien sorti. De plus je fais autres choses dans la vie que de raconter ma Russie.

Je pars; j'étudierai plus tard ton équation que j'ai déjà vue quelque part.

Où repose Ivan?

MirandaMouse · 2018-10-19

Un boute-en-train dans un train, quoi de plus logique ! 😛

Où repose Ivan?

Tonton44 · 2018-10-19

Merci Zorba, je viens de lire tes 2 carnets russes, je me régale !!

Où repose Ivan?

CatherineGil · 2018-10-19

Bonjour.

Dans beaucoup de régions françaises il y a des secrets, ou plutôt des non dits autour de la seconde guerre mondiale.

Pour moi, je suis née en 1944, Stalingrad c'est une grosse paire de godillots sans lacets surmontée d'un "géant" .

Chez nous, dans la Montagne Noire, les gens étaient exploitants agricoles mais à partir des années 1850, les familles bourgeoises ont ajouté à cette activité agricole l'industrie de la laine et du cuir. Mon père possédait donc, comme c'était courant une usine de délainage et la vieille métairie.

Mais ...Et les godillots ? Lorsque, des années plus tard, à l'adolescence, vers 12/14 ans j'ai parlé à ma mère de cette image de godillots rattachée dans mon souvenir à un moment assez houleux, elle m'a répondu l'air un peu embarrassé - Ah, tu te souviens de ça ? C'était un gosse, il n'avait pas 20 ans, un prisonnier Allemand qui avait été à Stalingrad et que la Croix Rouge avait placé chez nous.Nous l'avion mis à la métairie mais A. (le métayer) ne pouvait pas le supporter, alors un dimanche matin, il l'a ramené à la maison au bout de son fusil! Nous l'avons gardé quelques temps à la maison le temps de le remplumer, il étais maigre comme un coucou, et le temps qu'il apprenne quelques mots de français puis il est allé travailler à l'usine où le contre maître a bien voulu le loger. Je ne sais pas ce qu'il est devenu lorsqu'il est rentré chez lui en Allemagne - Elle en parlait avec embarras en soulignant sans cesse que c'était encore presque un enfant qu'il avait beaucoup souffert et qu'il n'était pour rien dans ce qui s'était passé pendant la guerre, comme si elle avait peur que je les soupçonne elle et mon père "d'intelligence avec l'ennemi" alors que je savais bien qu'ils avaient été résistants tous les deux ! Chaque fois que j'ai voulu en reparler en demandant combien de temps il était resté chez nous, s'il y avait d'autres prisonniers de guerre dans le coin etc. c'était silence radio. Ce n'est que bien plus tard que j'ai su qu'il y avait eu environ 1 million de prisonnier Allemands en France entre 1946 et 1948 principalement dans les zones rurales mais l'Histoire, elle, n'en parle jamais, un non dit assez inexplicable sommes toutes.

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-19

Désolé j ai répondu à la place de MarieCurry.

Où repose Ivan?

CatherineGil · 2018-10-19

Désolé j ai répondu à la place de MarieCurry.

😐 Répondu quoi ?

Où repose Ivan?

Zorba · 2018-10-19

Mon message s est évaporé. Alors c'est pour le mieux, je n'ai pas pris la place de MarieCurry, un pb technique m'a censuré !

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