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Catharsis en Pologne

Discussion started by Zorba on 2018-11-29

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Catharsis en Pologne

Zorba · 2018-11-29



CATHARSIS EN POLOGNE

J’écris ce petit récit pour tous ceux qui redoutent de visiter ce lieu terrible : Auschwitz-Birkenau. C’est une invitation à y aller pour trouver la paix avec soi même et bien sûr communier avec les victimes.

Les récits de voyage, les romans, les articles de journaux et de magazines ou les émissions TV, me fournissent autant d’invitations au voyage. Ainsi un reportage dans une revue Photo sur les statues de glace m’a conduit à Harbin en Mandchourie ou un carnet à l’humour irrésistible de Yangguizi sur VF me fait faire un voyage improbable à Pyongyang. L’excitation se relâche, lorsqu’enfin le voyage commence : La voiture sort du jardin et se dirige vers la destination tant fantasmée ou alors c’est une compagnie aérienne qui fournit un tapis volant : l’arrivée au comptoir d’enregistrement est un instant si attendu, c’est le meilleur du voyage, sauf si la compagnie gâche le plaisir en soumettant votre bagage à l’Inquisition, ou si elle vous joint au troupeau de voyageurs attendant de longs moments debout, sans même vous donner d’herbe à brouter! Ce peut être la même compagnie qui transforme son personnel en esclaves volants, à tel point que les hôtesses conservent, en vol, un masque figé de résignation. Plus rarement le bateau est de la partie; et c’est lui qui assure le plaisir le plus accompli : Avant d’atteindre la destination on se promène nonchalamment dans le bateau qui offre de menues distractions tout est fait pour vous faire dépenser et ainsi rattraper le prix trop réduit demandé pour le passage. La côte se profile. Ce peut être de nuit, c’est encore plus magique : Des faisceaux puissants balayant le ciel de très loin, signalent une présence humaine, nichée au cœur de l’obscurité : J’ai en tête l’approche mystérieuse de l’Irlande sur le Belem. Comme l’atterrissage est lent, on a le temps de se faire à l’idée d’aborder un monde nouveau. Des habitants à terre, peuvent agiter les bras en signe de bienvenue. Ce n’est pas la douche froide que l’on éprouve à l’arrivée dans un aéroport d’un pays exotique, où il faut réorganiser ses pensées instantanément, attraper les nouveaux codes qui vous sont projetés sans recul. Une nouvelle langue, ou un alphabet inconnu peuvent vous déstabiliser un temps, ou des prestataires affamés vont se jeter sur vous et proposer leurs services, à vous qui représentez pour eux une succursale ambulante du Crédit Suisse. Ce jour de 2004, je n’étais pas encore reparti. Les voisins et connaissances me demandent toujours en guise de nouvelles : « Quand repartez vous ? » ou la voisine dit à son mari : « Ils sont encore barrés !», comme si nous étions des professionnels de la ballade. Dès que je reste un peu trop longtemps à la maison, des voix sans cesse m’appellent au voyage, des photos et reportages m’aguichent : Gauguin et Jacques Brel me réclament. Je dois aller à Longwood-St Hélène, à l’Ile de Pâques, en Nouvelle Zélande, au Macchu Pichu, et dans la folle mégapole de Shanghai, que sais je ?...... Les sollicitations sont sans fin ! Comment peut on se tenir longtemps, à l’écart de la sublime Italie. Se ressourcer à sa fontaine de beauté est une exigence impérieuse, c’est l’addiction d’une vie l’âme de la Russie me convoque et m’enjoint de m’imprégner sans cesse de sa mystique et de son humanité. Loin de la Russie je dépéris, les piqures de rappel se multiplient pour le junkie. Dans mon imaginaire, à coté de ces images de sirènes des Mers du Sud, de flashs enchanteurs, de montagnes vertes ou blanches et vertigineuses, de déserts blancs, une interrogation triste et silencieuse persiste en arrière fond; elle ne racole pas avec des images tapageuses elle ne me quitte pas. Au long des années elle ne se lasse pas elle revient sans cesse à la charge, mais sans fracas. Oui ! Elle gâche la fête du voyage et le désir insatiable de connaître l’inconnu, de voir une autre humanité. Je la laisse enfin parler, elle m’a vaincu ce jour là de guerre lasse, mais je crains son discours : « Vas voir ce que des hommes ont fait à d’autres hommes, vas te rendre compte par toi même tel Saint Thomas mettant ses doigts sur les plaies du Christ, vas voir ce que l’écrivain de fiction le plus fêlé n’aurait pu imaginer dans son pire délire, dans sa transgression la plus osée, vas voir l’impensable : UN ABATTOIR HUMAIN ; un endroit fou où le crime a été perpétré mille fois à l’heure vas voir ce crime industriel, rationnel et froid. Vas voir cette immense cave de Birkenau où l’on a tué la multitude à l’abri des regards. Viens voir l’Holocauste organisé par des petits fonctionnaires zélés, « banals », par des exécutants butés, indifférents à la souffrance d’autrui et sans remords parmi lesquels émergent quelques êtres cruels et sadiques. Vois les traces de cet Holocauste qui est un blasphème au Créateur, car il sous-entend que sa création était imparfaite, une fraction de l’Humanité devant être détruite pour non conformité. Quoique les idéologues du 3ème Reich n’en avait cure, tout à leurs délires raciaux et à la recherche d’un bouc émissaire. La petite voix a gagné, je cède à l’appel, et nous commençons un chemin de croix moral vers Oswiecim.

LE VOYAGE

Nous arrivons à Tillé dans la banlieue de Beauvais nous laissons la voiture à la fermière, complice de nos escapades. Son jardin sert de parking à une cinquantaine de voitures elle se plaint de ne plus en avoir la jouissance! Nous partons à pied vers l’aéroport, situé en bordure de ce bourg de campagne. Les habitants s’habituent ils aux rugissements continuels des réacteurs ? Le lieu est un peu décalé, avec les avions d’un coté et les tracteurs et le foin de l’autre. Nous confions nos personnes à la compagnie Hongroise à bas coût WIZZ AIR qui nous achemine à Katowice. La Compagnie aérienne est sympathique les hôtesses sont jolies et ne font pas la gueule. Un bus nous emmène vers la belle ville de Cracovie, et nous nous rendons à notre petit appartement de location. La nuit tombe vite car en Europe centrale, nous sommes sur le même fuseau horaire que Paris l’obscurité arrive plus vite, l’ambiance de veillée funèbre convient bien au pèlerinage de demain.

EN ROUTE VERS AUSCHWITZ

Le réveil a la cruauté de sonner : il est des jours que l’on souhaiterait éviter comme ceux où l’on doit aller à un enterrement, subir une opération lourde, visiter un ami mourant…ou aller à Auschwitz ! Aujourd’hui nous allons vers un des endroits les pires sur Terre, et rien ne nous y oblige. Le petit déjeuner est réduit à sa plus simple expression. Le petit matin est aussi lugubre que le soir, les rues sont mal éclairées le froid et la pluie ont été convoqués pour renforcer l’ambiance! Nous avons une boule dans le ventre, et l’hostilité de l’environnement nous enfonce un peu plus le moral. Un temps nous avions pensé aller à Oswiecim en train, mais ce terrible symbole nous y fait renoncer. Nous ferons finalement les 80 km de Cracovie à Oswiecim en minibus. Celui ci nous lâche dans une zone de HLM pas de Camp en vue ! D’ailleurs nous apprenons vite qu’ici, on ne parle pas de Camp, ou de Mémorial mais de « Muzeum ». En changeant les mots on se distancie de l’horreur. A Dachau les Allemands escamotent carrément l’horreur en ripolinant la petite chambre à gaz « qui aurait à peine servi » et les bâtiments, en disposant des barbelés tout neufs, bien galvanisés, et en aménageant des chemins tout nets, bien engravillonnés. Par contre au Struthof, en Alsace, tout est resté en l’état, avec la potence qui glace les os, au milieu de l’ « Appelplatz ». Ce Camp présente une symbolique effroyable : Dans un magnifique cirque montagneux des Vosges, le Camp s’étage en plusieurs plans avec le crématoire tout en bas. Le déporté mesure la progression de sa déchéance au fur et à mesure qu’il change de niveau et se rapproche du puits où l’on jette les cendres. Revenons à Auschwitz : La traversée de la zone de HLM, image familière, donne un court répit à notre angoisse nous avançons et toujours pas de « Muzeum » en vue la situation est un peu surréaliste, celle de rechercher un des sites les plus monstrueux sur Terre et de se balader dans un décor banal de HLM. Si on parle de HLM, c’est donc qu’il y a des habitants ces personnes ne sont elles pas gênées de vivre à coté d’un lieu aussi tragique ? L’homme s’habitue à tout, semble-t-il ! Cette situation n’a rien à envier à la boutique Sephora logée dans l’Usine de tracteurs de Stalingrad. Nous demandons la direction du « Muzeum » puisqu’il faut l’appeler ainsi. Au détour d’un grand immeuble apparaît enfin la célèbre porte d’entrée, avec le poste de garde et la cynique maxime « ARBEIT MACHT FREI ». La maxime devait être volée bien après notre visite mais heureusement retrouvée et réinstallée. Peut on voir la célèbre maxime en prenant son café du matin depuis sa cuisine ? Je n’en suis pas tout à fait sûr, mais les lieux d’habitations en sont assez proches. Quel slogan réconfortant à contempler en buvant son café, avant d’aller travailler le matin ! « Patron, j’ai lu que le travail libère » ! (Par les temps qui courent, il aliènerait plutôt) La Pologne est un pourtant un pays très étendu où il y a de la place, alors pourquoi coller des HLM à ce camp. De même j’ai vu sur une émission TV des habitants d’Oswiecim insultant des visiteurs près de la « Rampe de sélection », car les bus de tourisme gênaient leur stationnement résidentiel ! (Je ne sais pas où elle se trouve en tous cas il ne s’agit pas de celle de Birkenau). Je trouve le comportement de beaucoup d’habitants en Pologne indécent vis à vis des Juifs on pourrait penser qu’au minimum une attitude neutre vis à vis du site d’Auschwitz, de son Histoire tragique et de la communauté juive serait souhaitable. L’indécence consiste aussi à avoir voulu capter la mort tragique des Juifs et des Tziganes pour installer un Carmel de Religieuses. Heureusement elles ont plié bagage. Par contre on verra que les Autorités de Conservation ont laissé le Camp en l’état, sans aucune plaque ou symbole religieux commémoratifs qui auraient pu distraire la vue, l’imagination ou le recueillement. Seul un Monument aux victimes a été construit à Birkenau, il s’intègre bien à l’ensemble et n’est pas intrusif. Je demande à une cohorte d’écrivains de m’accompagner dans la visite : Primo Levi, Jean Samuel, William Styron, Marcelline Loridan-Ivens, aussi un cinéaste talentueux Claude Lanzmann qui sans utiliser une seule bande d’actualité a réussi à raconter l’Holocauste en filmant les lieux tels qu’ils nous sont parvenus et en cherchant des vérités et des émotions dans ses multiples interviews de victimes et de bourreaux. Et puis Alain Resnais, Roman Polanski.



Une nation européenne a financé la rénovation le poste de garde en bois. Par contre l’outrage du temps, on le verra, a été sévère dans le Camp même, au risque de le faire disparaître. A cette entrée, les gardiens SS exposaient les corps des fuyards repris pour édifier les Kommandos de détenus qui sortaient ou rentraient au Camp à l’occasion de leurs corvées à l’extérieur.

Devant le camp se trouve pleins de cars de tourisme et beaucoup de gens en sortent. La visite prend un aspect cirque, mais pourquoi s’en étonner : Si vous r��unissez beaucoup de monde, il y a bien évidemment un bruit de foule. Comme les écoles européennes veulent édifier leurs élèves par la visite du Camp, cette jeunesse rassemblée ici est naturellement turbulente. La solution pour avoir une certaine dignité serait elle d’adopter la méthode que les autorités chinoises avaient adopté pour la visite du Mausolée de Mao Tsé Toung ? : Poster des gardes devant la file et engueuler copieusement les visiteurs. Les Chinois sont assez criards, les gardes obtiennent pourtant rapidement silence penaud. J’ai revu Mao récemment, on ne se fait plus engueuler au préalable dans la file. A Pyong Yang pour Kim Il Sung, il n’est pas nécessaire de demander le silence à la foule, car elle sait parfaitement à quoi s’en tenir si elle élevait le ton.

Mais nous nous trouvons à Auschwitz, pas à Beijing, ni à Pyong -Yang, le calme ne peut être obtenu autoritairement. Ce sera l’horreur suscitée par la visite qui plongera les visiteurs dans le désarroi et le silence. Des Israéliens sont nombreux à être venus, comme en témoigne la présence de leurs avions stationnés à l’aéroport, et beaucoup de lycéens. La visite doit sans doute être salutaire pour ces jeunes gens, si elle est bien encadrée et bien commentée. Autant à Auschwitz 1, Camp aux dimensions réduites, la présence des visiteurs est prégnante, autant à Auschwitz 2 – Birkenau l’immensité de ce camp dilue l’affluence touristique. Nous sommes venus sans appareil photo par pudeur pour les victimes je pense que ce fut une erreur, car qui dit photo, dit regard personnel sur une chose. Enfin il reste les souvenirs matérialisés par ce petit récit. Nous sommes arrivés trop tôt pour débuter une visite avec un guide nous prenons donc un café dans la buvette très discrète du Camp ce café et la viennoiserie ont du mal à passer. On déglutit difficilement à Auschwitz ! En attendant le tour fixé à 10 heures, nous faisons un premier tour dans le camp : C’est le Camp Auschwitz 1, installé par les Allemands dans une caserne de l’armée polonaise. Avant ce voyage je n’avais jamais bien compris comment s’articulaient ces Camps : Auschwitz 1, 2, 3 et leurs fonctions.



Auschwitz 1 est le premier Camp du complexe concentrationnaire. Auschwitz 2, appelé aussi Birkenau est un camp d’extermination énorme. (Simone Veil y était prisonnière) Auschwitz 3 est le site de l’Usine de caoutchouc synthétique, qui n’a jamais produit un seul kg de produit. (Primo Levi y travaillait) Auschwitz 1 comporte deux parties : La première est le siège de la police chargée de la répression de la Résistance polonaise locale, avec un centre de détention et un site d’exécution par fusillade (On l’appelle « le mur »); la deuxième partie est un centre d’emprisonnement de déportés venus de toute l’Europe. Il comporte en activité annexe, un centre d’extermination expérimental avec une petite chambre à gaz d’une capacité de quelques centaines de victimes avec crématoire attenant. Un centre « d’expérimentation médicale » se trouve aussi dans l’enceinte d’Auschwitz 1. Je frémis en passant devant cette baraque que l’on ne visite à priori pas, et j’imagine que ses pensionnaires ont du réclamer une mort libératoire de souffrance indicibles.



Les différents bâtiments en brique résistent bien au temps ils sont dévolus à des nations européennes ayant souffert de la déportation de leurs ressortissants chaque nation a organisé une exposition en propre : Ainsi la France a son pavillon la Hongrie ayant le triste record avec la Pologne du plus grand nombre de victimes ont aussi leurs pavillons… Des pavillons ont pour fonction d’abriter le musée expliquant la déportation et l’extermination des Juifs et Tziganes. Nous pénétrons dans le musée principal; à un tournant de l’escalier, on fait face sans crier gare à un grand mur de verre : Derrière se trouvent une multitude de……béquilles ! Le choc est terrible je vais pour une fois sacrifier à l’usage des poncifs : C’est une gifle. L’émotion pour moi est intense, et les larmes s’écoulent ! A un autre tournant un nouveau mur de verre retient une centaine de bidons vides avec écrit dessus « Zyclon B **» avec la mention « Gift » (Ce n’est pas le « Cadeau » anglais, mais c’est le : « Poison » allemand). Ce deuxième choc finit de m’anéantir! A ce moment précis, dans mon esprit la représentation que je me suis construit depuis des années par un flot ininterrompu de récits ou de mentions de l’Holocauste se superpose avec la réalité, représentée par ces bidons devant moi. Des mots me viennent alors à l’esprit: « C’est vrai, ils l’ont fait ! ».



Pourtant mes yeux étaient secs en observant le squelette du « Palais d’exposition industrielle à Hiroshima ». (Un total de 300 000 victimes ?) Pour moi le drame n’était pas palpable à Hiroshima, pourquoi ? Peut être ce du au fait que nous n’ayons pu visiter le Musée, ou que nous avons une exposition au drame seulement une fois par an, à l’anniversaire du 6 Aout. La suite de l’exposition ne pourra me faire tomber plus bas dans mon désarroi : Les montagnes de cheveux dans telle vitrine, de lunettes, dans une autre et des valises avec des étiquettes comportant des adresses dans toute l’Europe. Qu’elles sont émouvantes ces valises, faites sans doute à la hâte, viatiques pour un voyage à la destination inconnue. Valises d’un petit peuple modeste. Une autre vitrine montre des grands châles de prière rabbiniques blancs à bandes noires.…Au rez de chaussée du bâtiment se trouve une très grande urne en verre, remplie de cendres grisâtres Je m’imagine qu’Irène Némérovski y a trouvé son dernier repos. Des gendarmes français, nos gentils gendarmes de notre folklore ont prêté la main pour la conduire à cette urne. Heureusement pour l’honneur de la Police et de la Gendarmerie, tous n’ont pas eu cette conduite. Une liste de « personnalités » ayant été tuées ici, est affichée. Les Camondo sont oubliés dans la liste on ne trouve non plus les noms « de-banquiers-juifs-qui-nous-ont-fait-perdre-la-guerre-de 14-18 » catégorie qui serait à l’origine de la détestation des Nazis pour les Juifs. Mon impression est que c’est une partie du petit peuple d’Europe Centrale qui a disparue ici, en particulier les ressortissants de Hongrie et de Pologne. Depuis la fin de la WW2, nous vivons avec l’Holocauste la presse, les livres le cinéma abordent ce thème. Nous avons un rappel permanent de ces actes monstrueux. Notre imaginaire se construit d’une multitude de petites touches de cet évènement; ce n’est pas innocent pour notre sérénité, car l’évènement est monstrueux. Aussi qu’on le veuille ou non les actes de quelques hommes nous ont tous éclaboussés en tant qu’êtres humains. Les souffrances morales endurées par la communauté Juive et Tzigane sont bien sûr sans commune mesure. Des personnes sont terrorisées à l’idée de mettre le pied à Auschwitz, nous même n’en menions pas large. J’ai continué ma visite, j’ai accumulé la vision d’horreurs plus monstrueuses les unes que les autres. Puis vint la visite d’Auschwitz 2- Birkenau l’après midi. Et pourtant j’étais étrangement calme. J’ai beaucoup réfléchi à l’épisode de la vision de la vitrine de boites de Zyklon B : Je pense, sans vouloir jouer au psychologue improvisé, que j’ai atteint la catharsis s’agissant de l’Holocauste : Les souvenirs agressifs ont été comme siphonnés par ce déclic émotionnel devant ce mur. Je crois que j’ai fait mon deuil de l’Holocauste; pour moi il est rentré dans l’Histoire et il ne m’est plus contemporain. Nous continuons dehors : Dans une allée du camp se trouvait un portique qui servait à pendre court les indisciplinés. Devant ce portique se trouve une guérite fermée à une place où un gardien pouvait se mettre à l’abri pendant les longs moments consacrés aux appels ou regarder les agonies au sec. Un autre portique identique se trouve devant les bâtiments de l’Administration; l’ancien directeur du camp Höss y sera pendu court.

Les jeunes gens présents, d’habitude si bavards et si turbulents en groupe, sont totalement muets. Il est temps de rejoindre le Tour que nous avons réservé à 10 :00.



Chambre à gaz d’Auschwitz 1

Une jeune Polonaise conduit notre Tour. Nous abordons la section spécifique à la répression anti terroriste :

LES BLOCS DE POLICE

Dans les couloirs des Blocs de cette section, sont affichées les photos des victimes elles font l’objet d’un culte du souvenir sans doute de la part de familles de la région. Beaucoup de photos sont fleuries : le souvenir de la des défunts est encore présent. Si l’on se situe face au mur des fusillades, à droite se trouve un bloc comprenant une salle meublée d’une grande table, avec nappe, entourée de chaises. Des dossiers sont encore en place devant chaque chaise. C’est le « Tribunal ». Dans une salle attenante les condamnés à mort viennent de connaître la sentence, toujours la même j’imagine ils doivent se déshabiller puis descendre nus pour aller se tenir devant le mur. Ils sont mis à mort par un gardien muni d’une carabine à faible détonation. L’obsession permanente des autorités du camp est de ne pas éveiller les craintes et l’affolement des déportés et ne pas risquer une révolte de masse. Le gardien exécuteur est changé chaque jour. Les corps ensuite sont emmenés vers l’autre partie du camp où se trouve un petit crématoire.



Du coté gauche du mur se trouvent le bloc des cellules. Dans l’une d’elle, le Père Maximilien KOLBE a été achevé par une piqure de Phénol après avoir survécu à la faim : il avait pris la place d’un père de famille qui venait d’être sélectionné avec 9 autres pour mourir de faim, en représailles à la suite de l’évasion d’un prisonnier. Jean Paul II a déposé un hommage, toujours présent dans la cellule et l’a canonisé. Le sous-sol a servi d « expérimentation » pour mettre au point la mort par gazage. Pour cela une centaine de soldats russes ont servi de cobayes. Le Commandant du Camp Höss était passionné par la question et menait des expérimentations de son propre chef ses supérieurs en ont beaucoup apprécié les résultats et s’en sont inspirés pour mettre au point leur procédé d’abattage industriel. Höss était pourtant un cœur sensible, comme Himmler, il ne supportait pas les spectacles violents Höss déclarait : « Je dois admettre que ce gazage a un effet apaisant sur moi. J’ai toujours été horrifié par les exécutions par fusillades. Je suis soulagé que maintenant on puisse éviter ces bains de sang ». Pourtant il ne pouvait ignorer que le gazage au Zyklon B était un supplice bien plus éprouvant qu’une fusillade. Le soulagement était pour lui, pas pour les victimes. On visite dans ce même bloc, des cellules « aménagées » : Leurs entrées d’air sont quasiment obstruées, on se doute des effets sur les détenus. Toujours ce souci permanent de nuire !

LE COMMANDANT DU CAMP ET SA MAISON

Nous sommes toujours dans Auschwitz 1 et nous souhaitons aller voir où était la maison du Chef du Camp, Höss. Les barbelés forment une barrière infranchissable et menaçante, déjà nous sommes dans cette enceinte fermée depuis deux heures, et c’est pesant. La barrière de barbelés a certes vieilli, les ampoules des lampes sont intactes, les miradors en place et en bon état, on a l’impression qu’il faudrait un mot pour rendre opérationnel le camp, en allumant les lumières et en faisant monter des gardes dans les miradors. Je me mets vite dans la peau d’un détenu, c’est mon coté caméléon quand je visite un lieu. Soudain à un endroit l’enceinte est percée pour l’aménagement d’un passage vers l’extérieur sans passer par la porte d’entrée principale « Arbeit macht Frei » Nous avons l’impression de nous évader du Camp! L’intérêt de visiter un lieu célèbre est de remettre les choses à leur vraie place. J’avais lu ou entendu que « le Commandant du Camp, ses officiers et leurs familles passaient des soirées délicieuses en écoutant des concerts en merveilleux mélomanes allemands dans un salon éclairé de lampes à abas jour faits de peau humaine. Une réunion de sadiques esthètes quoi ! La maison du camp devait être assez éloignée du camp pour permettre au Commandant du Camp de faire la coupure, et d’éviter à sa famille de penser aux choses sinistres qui se passaient à côté, ou même d’en découvrir la vraie nature. Ceci n’est qu’invention : En fait la maison du commandant est collée au camp, à faible distance de la chambre à gaz/crématoire. Certainement la famille a du sentir la chair brulée certains après midi ! Cette maison que l’on ne visite pas, me rappelle « Le choix de Sophie » livre et film avec la délicate Meryl Streep : Sophie est dactylo dans cette maison ce qui lui permet d’allonger son espérance de vie…. La malheureuse est soumise à un choix pervers et cruel du type de ceux que les SS savourent : La vie sauve pour son fils ou pour sa fille. Elle marquée à vie, et cherche l’oubli dans une sexualité exacerbée. A Auschwitz, un détenu subissant le régime commun meurt automatiquement au bout de quelques mois. Avant de mourir, étant épuisé physiquement et moralement, il est appelé Muselmann (de Musulman) par les codétenus allez savoir pourquoi ? Sophie, le personnage de William Styron, ou Primo Levi, employé comme technicien de laboratoire ont pu échapper à la mort certaine grâce au fait d’avoir été retirés du régime général. Un poste d’employé aux écritures était aussi recherché pour cette raison. Je rappellerai une anecdote survenue à Buchenwald à Jorge Semprun : Il passe dans le bureau des effectifs à son arrivée l’employé lui demande son métier répond il « Ecrivain » ? L’employé écrit « Stukator », ouvrier stucqueur, et ainsi sauve la vie de Semprun qui n’ira pas s’épuiser à des taches inhumaines. La particularité d’Auschwitz par rapport aux Camps d’Extermination ou de Concentration, est le tatouage : Un déporté ayant numéro tatoué sur l’avant bras est passée nécessairement par Auschwitz. Les Autorités du Camp avaient remarqué qu’un détenu devenait méconnaissable d’après sa photo après six mois.

A suivre : Birkenau

Catharsis en Pologne

Mariecurry · 2018-12-04

Pas simple d'écrire sur Auschwitz. Il n'est pas facile non plus d'y répondre, la destination ne fait pas rêver. J'ai choisi de ne pas m'y rendre lorsque j'étais à Cracovie. J'étais très jeune, j'avais peur. Je le regrette aujourd'hui, je pense qu'au début des années 90 le site ressemblait encore à un lieu de mémoire. Nous en avons déjà discuté sur un autre fil, Auschwitz tient plus aujourd'hui du parc d'attraction, hélas...

En changeant les mots on se distancie de l’horreur. A Dachau les Allemands escamotent carrément l’horreur en ripolinant la petite chambre à gaz « qui aurait à peine servi » et les bâtiments, en disposant des barbelés tout neufs, bien galvanisés, et en aménageant des chemins tout nets, bien engravillonnés.

Le camp de Dachau a été presque intégralement détruit une fois libéré puis réaménagé en une sorte de lotissement pour y accueillir les Allemands chassés d'Europe de l'Est après la guerre. J'imagine que tous les barbelés ont alors été coupés. Les deux baraquements que l'on visite aujourd'hui sont des reconstitutions et des barbelés ont été réinstallés. Les Allemands n'escamotent rien, je ne suis pas d'accord. Ce n'est que mon avis mais je trouve que l'Allemagne fait au contraire un travail pédagogique admirable tout en évitant la muséification des sites emblématiques de cette période.

Je trouve le comportement de beaucoup d’habitants en Pologne indécent vis à vis des Juifs on pourrait penser qu’au minimum une attitude neutre vis à vis du site d’Auschwitz, de son Histoire tragique et de la communauté juive serait souhaitable.

Ce n'est pas une généralité bien sûr mais effectivement beaucoup de Polonais n'aiment pas les Juifs. J'ai demandé à un ami polonais de m'expliquer pourquoi. Il n'a pas su me dire. "Parce que c'est comme ça" m'a-t-il répondu. "Parce que nous sommes polonais". Un peu comme si c'était inscrit dans leur histoire. Ne pas insister...

Je demande à une cohorte d’écrivains de m’accompagner dans la visite : Primo Levi, Jean Samuel, William Styron, Marcelline Loridan-Ivens, aussi un cinéaste talentueux Claude Lanzmann qui sans utiliser une seule bande d’actualité a réussi à raconter l’Holocauste en filmant les lieux tels qu’ils nous sont parvenus et en cherchant des vérités et des émotions dans ses multiples interviews de victimes et de bourreaux. Et puis Alain Resnais, Roman Polanski.

Je me permets d'ajouter Art Spiegelman et son génial Maus. Incontournable, absolument.

Catharsis en Pologne

Zorba · 2018-12-04

J'ai écrit ce post pour dire que j'ai trouvé la sérénité après cette visite, et je la souhaite à tous visiteurs.

"Nous en avons déjà discuté sur un autre fil, Auschwitz tient plus aujourd'hui du parc d'attraction, hélas..." J'y suis allé il y a 10 ans, il y avait assez recueillement. Mais je ne comprends pas comment on pourrait être comme dans un parc d'attraction; c'est positivement impossible vu la charge émotionnelle terrible reçue, à moins d'être totalement décérébré ou de ne pas savoir analyser ce que l'on voit. La présence de Professeurs accompagnateurs est essentielle pour expliquer et mettre en perspective.

De toutes façons il reste Birkenau qui est suffisamment grand pour s'isoler et méditer; s'il n'y avait ce maudit bus qui vous ramène beaucoup trop tôt vers Auschwitz1. J'écrirai ma visite à Birkenau, où j'ai fait une rencontre que je n'oublierai jamais.

Les Allemands n'escamotent rien, je ne suis pas d'accord

Je parle uniquement de Dachau que j'ai visité en 1968; venait il d'être refait? Ton explication est intéressante et pourrait expliquer l'état nickel de ce camp. D'où ma gène durant la visite et mon interprétation d'escamotage. J'ai vu le même phénomène de ripolinage à Berlin: Est ce un caractère allemand?: Dans l'Ile des Musées il y a l'immense Pergamon. Du temps de la DDR, tous les murs du Pergamon et ceux des bâtiments l'entourant étaient lépreux. Nouvelle visite beaucoup plus tard avec ma fille, après la réunification : Tout est impeccable et ripoliné. C'est pourquoi je ne laisserais pas l'administration de Venise par exemple aux Allemands pour ne pas perdre l'atmosphère.

Sinon d'une manière générale, certainement les Allemands font un énorme travail de mémoire.

D'accord pour "Maus": A force de lire des posts sur ce Forum j'accumule des livres à lire. J'ai un retard considérable, mais je m'en plains pas.

Catharsis en Pologne

Mariecurry · 2018-12-04

Je l'ai lu plusieurs fois, c'est bien plus qu'une BD. Et c'est construit intelligemment. 🙂


Catharsis en Pologne

Zorba · 2018-12-04

OK c'est bon pour Noël!Tu es bibliothécaire dans la vie?

Catharsis en Pologne

Zorba · 2018-12-05



AUSCHWITZ II - BIRKENAU Nous prenons une navette depuis Auschwitz1 pour y accéder. Ce Camp immense comprend trois parties : La partie centrale dédiée à l’extermination. Elle est fermée sur un coté par un long bâtiment comprenant en son milieu la tour emblématique de Birkenau. Celle ci comprend un porche à sa base, à travers lequel passe une voie ferrée, et en hauteur une grande verrière donnant à la tour des airs de tour de contrôle. Deux zones d’enfermement flanquent la partie centrale des clôtures de barbelés incorporant des miradors à espacement régulier, séparent zones d’enfermement et zone centrale. Ainsi en période « d’activité » des gardiens s’installaient dans les miradors pour pouvoir mater une possible révolte des nouveaux arrivants. La voie ferrée se dédouble en deux voies séparées par la Rampe de la Sélection. 1 500 000 déportés sont passés par ce porche. Au fond de cette partie centrale se trouvent les deux complexes. : Chambre à gaz /Crématoires liés chacun à une des deux voies ferrées. En période de très forte « activité »…. Comment peut on décrire de façon technique et détachée cet endroit abominable avec des termes tels que « zone d’extermination » et « activité » ! Et pourtant je le fais. Alors je dépasse le dégout, je continue et bois le calice jusqu’à la lie. …..les déportés descendant des wagons peuvent voir la fumée qui sort des crématoires du complexe opposé, emportant déjà les restes des déportés du convoi précédent. Les voies ferrées / complexes Chambre à gaz/Crématoire sont utilisés à l’alternat. La Mort n’arrête jamais son travail, elle frappe à gauche, à droite, à gauche, à droite…….. ! A Auschwitz I les détenus faisaient l’objet de traitements cruels à titre individuel : Il y a avait une confrontation permanente entre bourreaux et victimes à Birkenau le « traitement » se fait à l’échelle du groupe, déshumanisé il doit être fluide d’où le procédé trompeur de la douche pour se laver des affres du voyage ou des paroles rassurantes. Mais si des trublions se manifestaient, ils étaient discrètement retirés de la circulation et éliminés derrière des murs avec des armes à feu à faible détonation. Ce crime à l’échelle industrielle et froid sort des schémas classiques du meurtre en série : Jusque là on a tué au contact, en moins grand nombre, en y mettant de la passion meurtrière.

ENTREE DU CAMP



Nous sommes montés dans la « vigie » du camp, cette grande pièce située au dessus du porche. De cette tour de contrôle on a une vue d’ensemble de la zone centrale du Camp et je me sens le Deus ex Machina l’espace de 2 secondes ! Ce sont 2 secondes de trop, 2 secondes de sacrilège !! Je me reprends.

LA RAMPE DE LA SELECTION Je n’ai pas trop fait attention à cet endroit où officia le Doktor Mengele, car mon attention a été distraite par un Homme. J’en garderai le souvenir toute ma vie. Sans crier gare, vous faites la rencontre d’une vie une image s’imprime pour toujours dans votre esprit. Combien garde-t-on d’images fortes dans une vie, d’images ineffaçables ? Je pense assez peu. Cet Homme c’est tout Auschwitz pour moi; et le Destin a voulu que je croise son chemin : Il était à genoux entre les rails, à l’endroit où les convois s’arrêtaient; il portait une kippa et priait devant un petit autel improvisé fait d’un linge posé sur les traverses, et où brulait une bougie contenue dans plexiglas orange, comme on en fait en Pologne. Sa peine était incommensurable, il était perclus de douleur, il semblait totalement anéanti. Faisait il la prière des Morts ? Nous avons tous le réflexe naturel d’aller porter secours et affection à un Humain dans l’affliction j’étais tenté de faire ce geste, de lui dire comme dans la chanson : «Toi qui passe près de moi, Tu a cinq doigts, moi aussi », mais je me suis retenu de commettre cet acte sacrilège : L’Homme était en relation avec son Dieu. Puisse Tu trouver la sérénité. Je pense souvent à Toi.

LE CHEMIN VERS LE SUPPLICE:

Les déportés écartés de la Vie par la « Sélection » étaient soit amenés en camions, s’il s’agissait de Vieux et d’Invalides, soit ils empruntaient un chemi : Ils passaient près des barbelés les séparant des internés des zones d’enfermement. Des internés faisaient des gestes suggestifs tels que passer l’index sur la gorge pour simuler l’égorgement à ces malheureux qui passaient devant eux. Les Autorités de la Conservation du Camp ont eu la sagesse de conserver ce chemin de quelques centaines de mètres, strictement en l’état, tel qu’il était en 1943-44. Nulle plaque ne vient distraire la méditation. Ce chemin est d’une banalité extrême, on en trouve d’identiques dans nos campagnes. Mais il a un caractère paradoxal : S’il est vide et banal aujourd’hui il était encombré et banal alors. Je le contemple et je vois ces milliers d’ombres : Des mères, des enfants, des vieillards, des hommes à grandes barbes, tout un petit peuple d’Europe centrale avancer dans l’incertitude et la peur. 2 000 000 de personnes ont emprunté ce chemin, et pourtant aucune trace ne reste de ce passage. Je force l’image en affirmant que ce chemin banal est d’un vide éblouissant ou d’un silence assourdissant. Il s’écarte du banal pour avoir supporté un lourd passé.



CHAMBRES A GAZ ET CREMATOIRES Les deux complexes chambres à gaz, vestiaires et crématoires sont des bâtiments semi enterrés de très grandes dimensions. Les malheureuses victimes devaient descendre un escalier. Les bâtiments ont étés dynamités par les Allemands. On observe un amas de poutres de béton entrelacées comblant le volume sous-terrain des chambres à gaz. J’ai une pensée pour les travailleurs de l’Enfer : Les « SonderKommando » (Equipe Spéciale) qui étaient en charge de bouger les corps et de les incinérer. Ces Hommes étaient liquidés eux mêmes à dates fixes je m’émerveille de l’extraordinaire capacité de résistance et de rebond de l’Être humain en voyant « SHOAH » de Claude Lanzman. Celui ci a pu retrouver un ancien « SonderKommando » survivant ! Un certain Filip Müller qui a survécu à travers de multiples rebondissements Cet homme a pu refaire vie en Slovaquie puis en Allemagne. D’autres avant d’être exécutés ont laissé leurs témoignages sur des parchemins contenus dans des récipients en verre les Conservateurs du camp en ont retrouvés quelques uns un livre rassemblant ces témoignages a été édité sous le nom « Récits sous la cendre »

A coté des crématoires se trouve le lac où les cendres étaient dispersées. Nous passons à coté d’autres baraques, d’intérêt relatif : « Les Kanada » Ce sont des baraques où sont entreposés les biens des déportés en langage du Camp, Kanada vient de Canada. Les personnels du Camp disaient c’est le « Canada » comme on dirait maintenant « C’est le Pérou » ou « C’est Byzance » car il y avait beaucoup de richesses entreposées dans les « Kanada ».

LES BARRAQUEMENTS DE DETENTION

L’administration allemande, très pragmatique a acheté à un fabriquant d’écuries en kit de nombreux bâtiments. On y voit encore les anneaux pour tenir les chevaux. C’est de l’IKEA avant l’heure. Comme le temps est passe, les bois non entretenus ont disparus des bâtiments il ne reste que des cheminées en briques, il en résulte cette curieuse vue d’une forêt de cheminées. On peut se poser la question de la présence de cheminées : L’administration du Camp a t’elle chauffé les baraques des détenus ? Cette générosité semblerait bien étonnante.



WC



Nous cherchons dans la section des femmes un baraquement encore debout; il en reste un, c’est une véritable tanière ! A quoi reconnaît on une tanière ? Le sol est en terre battue et il n’y a pas de fenêtres. Nous avons une pensée pour Simone Weil qui a pu survivre, fonder une belle famille et devenir une femme politique de premier plan. Nous nous souvenions l’avoir vue à l’entracte au théâtre avec son mari le public les couvait de regards affectueux et respectueux. Elle a donc survécu parce qu’une Kapo lui aurait dit « qu’elle était trop belle pour mourir » et l’aurait prise sous sa protection. AUSCHWITZ III Nous ne l’avons pas visité en reste-t-il des vestiges ? C’était le site de la gigantesque usine de caoutchouc synthétique BUNA, qui n’en a pas produit un kilo. A défaut de visite j’ai une pensée pour Primo LEVI, ingénieur chimiste de formation. Ce diplôme lui a permis de travailler dans un laboratoire et de ce fait cela lui a sauvé la vie car il n’était plus soumis au traitement commun. Nous lui devons « Si c’est un homme » livre de tant d’humanité où il nous révèle une vérités iconoclaste : -Les détenus n’étaient pas tous des saints, il y avait beaucoup de salauds. Sa plus grande offense subie, n’a pas été les mauvais traitements, les menaces de mort, non, c’est le fait qu’un collègue chimiste allemand s’essuie les mains sur lui, comme s’il était un chiffon.

** Zyklon B : Il me touche de loin car il a été fabriqué sur le site de mon ancienne boite, la BASF, fille de l’entreprise d’alors la IG Farben.

Catharsis en Pologne

UnaMilanese · 2018-12-05

Bonsoir François,

Des internés faisaient des gestes suggestifs tels que passer l’index sur la gorge pour simuler l’égorgement à ces malheureux qui passaient devant eux.

C'est l'image que j'ai gardé du film de Lanzmann. Il demande à un Polonais résident des environs s'il savait ce qui se passait à l'intérieur du camp. Celui-ci passe son index sur sa gorge. Il sourit.

En changeant les mots on se distancie de l’horreur.

On donne effectivement une teinte particulière à l'acte. "Shoah" ou "Holocauste" sont des mots importés, étrangers. Anéantissement convient parfaitement.

Catherine

Catharsis en Pologne

Zorba · 2018-12-05

Bonsoir Catherine,

Tes remarques m'ont renvoyé à Wikipedia; "Holocauste" nous vient du grec, mais ne convient pas aux Juifs . Je suis pour le mot " Génocide" qui est assez général.

"Cependant, pour la tradition juive, un holocauste est un sacrifice :

offert à Dieu pour lui être agréable ; fait de chair animale brûlée ; fait uniquement sur l’autel du Temple de Jérusalem, qui n’existe plus depuis l’an 70.

C’est pourquoi le terme « holocauste » est considéré par les Juifs comme un grave contresens. Les francophones européens emploient plutôt le terme « Shoah » (« catastrophe » en hébreu), surtout depuis la sortie du film Shoah de Claude Lanzmann en 1985Note 6."

Catharsis en Pologne

Mariecurry · 2018-12-05

Tes remarques m'ont renvoyé à Wikipedia; "Holocauste" nous vient du grec, mais ne convient pas aux Juifs. Je suis pour le mot " Génocide" qui est assez général.

Le terme a justement été créé à l'occasion du procès de Nuremberg. Il a failli ne jamais être retenu.

Catharsis en Pologne

Aiglagil · 2018-12-29

Juste ceci à propos du terme "musulmen" pour des détenus, terme qui peut paraître abscons dans ce contexte tragique d'élimination des juifs. C'est un concept élaboré, je crois, par les experts médicaux sur cette question, que j'ai lu il y a très longtemps sur un bouquin dont le titre était je crois simplement "Auschwitz". Y étaient décris les états successifs par lesquels devaient passer les prisonniers privés de leur besoins essentiels, le dernier stade étant la "musulmenisation". Pour dire qu'à cette étape finale de la dégradation de l'individu, il se tient, décharné, immobile, pratiquement sans réaction... comme l'on imaginait les individus dans les pays arabes du point de vue de l'européen allemand dans sa tenue impeccable de voyage!

Catharsis en Pologne

Zorba · 2019-01-02

Merci pour l'explication, c'est glaçant!

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