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Petits moments dans le Transsibérien

Discussion started by Elcoyote69 on 2018-12-19

4 replies

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Petits moments dans le Transsibérien

Elcoyote69 · 2018-12-19

Episode 1 : Une valse avec quelques printemps de trop.

Entre Krasnoïarsk et Irkoutsk

Nombre d'heures : 19h

Après une nuit blanche et un train presque loupé sans une « balade » à bord d'une épave sur roues, je quittais avec une petite boule au ventre une ville que j'avais vraiment appréciée, Krasnoïarsk.

Je rentrais dans le train, la gueule en vrac, avec la ferme intention de dormir toute la journée. De plus, j'avais pour la première fois de mon voyage réservé en «купе » (se dit « coupé »), seconde classe du Transsibérien par manque de place en 3ème. La grande différence étant que le couloir en coupé en était réellement un. Pas de couchette cachée dans un coin de mur. Les compartiments de 4 personnes pouvaient donc être fermé. Une révolution pour moi, que dis-je, le grand luxe.

J'arrivais et mes attentes les plus folles disparaissaient dès les premiers regards dans la cabine, non je n'aurai pas comme compagne de compartiment une jolie Russe à forte poitrine avec un anglais parfais (Attente de merde, je dois l'avouer). À en juger par les vêtements j'avais à faire à une dame du troisième âge. Qui dit troisième âge, dit pas d'anglais, pas de blague, pas de bruit... Bon, en soi, c'était pas plus mal, je voulais justement me reposer. Après quelques minutes d'arrêt, je sentis la locomotive trembler, j'étais parti pour presque 20h de train. En deux-deux et profitant de ces quelques minutes de solitudes, je me mettais à l'aise. Dans le Transsibérien jogging, maillot de corps et claquette sont de mise. Le Russe quand il est à la maison doit se sentir confortable, ceci étant, je pense, comme un pied de nez au climat qui l'oblige à se parer de nombreuses couches de vêtements. À la maison, on fait chauffer le poële (parfois trop pour moi) et on se pavane dans des vêtements moches, mais confort. Le transsibérien étant une prolongation de la maison, les Russes ont vite fait de se mettre à l'aise. Il n'est donc pas rare de voir les hommes posés dans leur couchette en calbute à se gratter les couilles. J'avais préparé ma banquette et j'étais prêt à sombrer dans un sommeil réparateur, mais j'étais un peu ennuyé, je n'avais pas encore aperçu ma future colocataire de chambrée. C'est au moment où mes yeux disaient merde à ma curiosité, qu'une dame âgé, blonde, des lunettes de soleil, toute pimpante quoi, ouvrit la porte du compartiment. Elle s'arrêta, stupéfaite de me voir, puis son visage changea presque instantanément et se munit d'un grand sourire. À peine assise sur sa couchette, elle me bombarda de questions avec un timbre de voix plein de panache et d'enthousiasme. Stupide que je suis, je m'entendis dire que je parlais un peu russe. Manque de chance, cette mademoiselle, qui vit dans un corps de grand-mère, fait partie de cette catégorie de gens qui pensent qu’articuler à outrance et augmenter les décibels te feront comprendre ce qu'ils disent, en bref, j'étais parti pour hocher la tête. Elle m'expliqua qu'elle avait quitté sa maison de retraite pour quelques jours et qu'elle était heureuse là bas.Tu m'étonnes, sa maison de retraite est basée juste en contrebas du massif de l'Altaï (si tu ne connais pas, fonce sur internet) Puis, elle me présenta sa fille et sa petite fille via les photos de ces dernières sur son téléphone portable. Assez rapidement, la conversation dériva sur ses dernières vacances à Vladivostok, et là, je dois avouer que cette partie de la conversion réussit à stopper le temps, Dieu que c'était long. C'est au moment ou n'en pouvant plus, alors que mes yeux se fermaient tous seul, que le train se décida à s'arrêter pour une pause d'une vingtaine de minutes, sauvées. Je m'empressai de lui faire comprendre que j'avais faim et qu'il fallait que je prenne l'air.

Je m'achetais donc un casse-croute dans un ptit bouiboui tenu par une babouchka en bord de quai, respirais un peu l'air frais et profitais de ce moment de calme, entouré de fumeur de clope. Je ne bénéficiais que de quelques secondes de tranquillités avant d'entendre la voix de ma tortionnaire. Je pensais, « mais, lâche-moi la grappe juste 5 min », mais je tournais la tête dans sa direction avec un grand sourire, vous savez celui ou on voit bien les dents. C'est plus fort que moi, avec les personnes âgées, surtout sympa comme ça, je joue le jeu. C'est avec un sourire bien plus sincère qu'elle me fit un coucou de la main et qu'elle me désigna du doigt à la chef de train. Je compris alors qu'elle lui disait que j’étais français, que l'on était dans le même compartiment et que j'avais une belle gueule. Elle n'allait quand même pas me faire du gringue ! Le plan était simple, rentrer dans le train bien avant la fin de la pause et m'endormir avant qu'elle ne revienne. Je finissais mon dernier morceau de saucisse, fonçais dans mon compartiment et m'endormais avec une rapidité encore inégalée. Le plan avait fonctionné.

Plusieurs heures plus tard, c'est avec la voix sublime de Lara Fabian que je sortais de mon sommeil réparateur. Lara Fabian dans le Transsibérien, incompréhensible tout ça ! J'arrivais peinement à ouvrir mes paupières qui étaient collées et tombais nez à nez avec deux grands yeux verts rieurs. « Larrrra Vabiann Good good ! » « Ya love music » et elle commença par chanter « Je t'aime ». Je dois vous avouer qu'en 2 secondes je passais de « c'est quoi ce bordel », à un fou rire. Au final, cette petite sieste m'avait rendu ma bonne humeur et avec Katia on se mit à chanter quelque Tube de Lara. Elle me faisait marrer, car elle était toute contente de pouvoir entendre un Français chanter en français. La porte du compartiment étant restée ouverte, elle arrêtait toute les personnes posant le moindre regard à l'intérieur. Un karaoké géant pendant bien 1h ! Puis les gens s'en allèrent, sauf que mamie avait plus de pêche que moi et de musique Pop pour vieux, nous sommes passés à des trucs un peu plus en vogue. Dont une sorte de Remix un peu fantasque de valse. Katia voulait bouger, qu’à cela tienne, moi la situation me faisait tellement marrer que je lui proposais de danser la valse dans le compartiment, puis assez rapidement dans le couloir. Pendant deux minutes nous fument l'animation de toute la voiture. Puis nous retournèrent dans notre compartiment et Katia coupa la musique, je pense que j'avais enfin réussi à l'épuisé. Elle me proposa de boire le thé, ce dernier accompagné de biscuit et d'une confiture maison. Puis sans un mot nous nous allongeâmes sur nos banquettes respectives et nous passâmes une très bonne nuit (et paf passé simple).

Le lendemain, je quittais Katia, je ne la reverrai jamais, mais je n'oublierai pas cette jolie personne qui m'a permis et ce n'est pas rien de danser la valse dans le transsibérien:-)

Petits moments dans le Transsibérien

Sissi57 · 2018-12-19

Vivement le 2ème épisode..

Petits moments dans le Transsibérien

Tsitsikat · 2018-12-20

Ha ha j'ai bien ri avec cette histoire !

Petits moments dans le Transsibérien

Pampelichkaa · 2018-12-22

oh extra le coup de lara fabian! quelle rigolade tu as du avoir...de beaux souvenirs en tous cas🙂 merci du partage

Petits moments dans le Transsibérien

MirandaMouse · 2018-12-22

Merci pour ce récit qui permet de s'évader. J'espère effectuer un trajet en Transsibérien une fois dans ma vie.

Vivement la suite !

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