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La Russie

Discussion started by Seregil on 2007-02-09

21 replies

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La Russie

Seregil · 2007-02-09

Bonjour. J'écris un article sur l'image de la Russie à l'étranger. Je voudrais connaitre l'opinion des gens sur mon pays. Que vous connaissez de la Russie ? Que vous pensez de ce pays? Que sentez-vous par rapport à elle? Je vous remercie d'avance de vos reponses.

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Explo44Fogg · 2007-02-09

Bonjour, J'ai fait un circuit en solo et en camping-car en 2003, 15 jours en visitant Pskov, Novgorod, Saint Pétersbourg et le golfe de Finlande. Je n'en garde que des souvenirs excellents tant du point de ve des endroits visités que des personnes rencontrées. D'ailleurs nous sommes toujours en contacts avec plusieurs personnes de SPB. Si tu peux préciser un peu plus tes questions j'y pépondrai avec plaisir. @micalement Jean-Marie

Bonjour. J'écris un article sur l'image de la Russie à l'étranger. Je voudrais connaitre l'opinion des gens sur mon pays. Que vous connaissez de la Russie ? Que vous pensez de ce pays? Que sentez-vous par rapport à elle? Je vous remercie d'avance de vos reponses.

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Seregil · 2007-02-09

Je voudrais surtout demander a propos des difference entre la Russie et votre pays. Quelle est a votre avis la specifite des gens? Que vous a paru etrange ou drole etc.

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Pierrusse · 2007-02-09

Le fatalisme, sans hesiter. Le fameux fatalisme "oriental". "Byvaiete" vous repondent les Russes quand vous osez vous etonner que l'eau chaude (ou froide, ou les 2 a la fois) soit coupee par exemple. Ou que les trottoirs ne soient presque jamais nettoyes. Ou que la corruption chez les policiers et autres fonctionnaires soit au niveau d'une republique africaine ex-coloniale. Sans parler des files d'attente et de la promiscuite dans le metro (bon mais ca, on le voit aussi a Tokyo vous me direz). "Byvaiete", ca veut dire en russe "ca arrive", en gros. L'idee de se prendre en main pour changer les choses leur semblerait inconvenante, choquante meme sans doute.

Dieu le veut, on n'y peut rien!... Inutile de lutter.

Ca me fait penser au "maktoub" des Arabes. C'est ecrit, c'est comme ca...

Cela dit, il y aussi des cotes positifs dans votre pays. Quand meme.

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Venezia · 2007-02-11

Bonjour, C' était en 1979.A l'époque une seule agence officielle sur Marseille pour la Russie.Ma collégue et moi étions donc inscrites avec un petit groupe d'à peu près 20 Personnes.Arrivées le soir même à Moscou nous ne voulions pas rester dans l'hôtel (ces grands hôtels style stalinien)et nous voilà parties vers une bouche de métro, mais il fallait acheter des tickets et nous ne parlions pas un mot de russe...la receveuse pas un mot d'Anglais....et bien gentiment elle nous a laissé passer et en roulant un jeune homme est resté avec nous jusqu'à la station Place rouge, et là nous avons eu notre petit choc.Il n'y a avait presque plus personne !Le lendemain nous y sommes revenues avec le groupe.La foule, les taches bariolées des touristes contrastant des grises et vertes de la police et des jeunes militaires.....La place rouge, et tout au fond les coupoles de Bazile, superbes ..... Je me souviens aussi de la longue file d'attente pour visiter le mausolée de Lenine, plusieurs heures pour vite faire le tour, bras le long du corps(sécurité oblige)de la dépouille.comme il m'a semblé petit ce grand homme !.Il semblait dormir paisiblement...UN jeune couple de mariés venus d'une province lointaine n'a pas attendu, ils avaient une priorité officielle, ils venaient visiter le mausolée pour leur voyage de noces et se recueillir . Je me souviens aussi de la gentillesse des jeunes gens dans la rue Harbat ils voulaient tout savoir sur nous (nous nous isolions tres souvent du groupe)C'était le remake de la chanson de Bécaud!) Je me souviens ....des petites coupelles de caviar servies très souvent lors de repas... Des beaux rubans qui ornaient les cheveux des fillettes, Des grand'mères souriantes qui gardaient les salles des musées...mais souvent j'ai cru voir de la tristesse ou peut'être de la froideur dans les yeux des travailleurs pressés. En insoumises le dernier soir à MOscou nous sommes parties toutes les deux avec un serveur de notre hôtel dîner dans un restaurant non touristique .Violons et voodka à volonté dans un beau salon privé... Je me souviens des belles jeunes femmes cimentant des façades à Léningrad (St pétesbourg )en combinaison verdâtre... -des merveilles exposées à l'Hermitage _des ponts qui se soulevent le soir et qui isolent le centre de la ville _des grandes avenues rectilignes et de l'odeur d'une grande librairie.En partant nous avons laisse nos jeans et notre maquillage aux jeunes serveuses et elles nous ont distribué des pin's à l'effigie de Lénine .A l'aéroport avant le départ nous avons donné des bics à une maman d'un petit garçon.10 mn apres le petit garçon revenait avec une petite sculture en bois, (un hérisson) et me l'a offert pour me remercier.Quelle fierté !!je garderai ce petit cadeau toujours.... J'ai encore 30 ans apres, ces images là qui me sont revenues tout d'un coup! A l'époque je n'ai regretté que la barrière de la langue et le fait d'être très surveillée ( et ce n'était pas de la paranoia !!non non)Lors de mon séjour je me suis sentie toujours en sécurité même le soir. La Russie a t'elle beaucoup changé??Racontez nous.......

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Maladets · 2007-02-11

Si les Français avaient ne seraisse que 10% de la volonte des Russes, peut etre que notre pays ne regresserait comme c’est le cas maintenant. Je suis francais et je travail avec la Russie depuis 1991 (dont 5 ans en expat a Moscou), les pires clients que je puisse avoir sont les British et les Francais ! Nombriliste au possible, ils se sentent obliges d’imposer leurs exigences a leurs clients russes, comme c’est le cas en France ! Paradoxe et debilite de mon peuple, les francais acceptent sans broncher la situation commerciale inverse que notre pays connaît aujourd’hui. Figurez-vous qu’il est normal que se soit le client qui adapte son comportement et son emploi du temps pour que le prestataire daigne accepter vous servir ! Malheur a celui qui ne sait pas precisement se qu’il veut et qu’il mobilise son vendeur qlq minutes de trop, la sanction est immediate : Ou vous vous faite envoyer sur les roses ou bien vous etes condamne a attendre que votre conseille soit a nouveau disponible et surtout soit decide a vous reparler. Les francais vont « gueuler » sur un coin de comptoire de bar ou a un diner entre amis, mais quand c’est le moment de faire connaître ses opinions, alors la y-a plus personne, tout le monde se tait ; Surtout ne pas se faire remarquer. Et quand un se souleve, personne ne bouge ; S’il obtient gain de cause, tout le monde pourra en profite et s’il se ridiculise autant qu’il soit tout seul ! Je l’ai appris a mes depends. Je ne vais pas m’etendre plus que ca maintenant, j’ai un tel ras le bol des francais que j’ai du mal a leur trouver des points positifs. Heureusement que je voyage beaucoup pour respirer un peut mais malheureusement aussi parce que a chaque fois que je revient en France, j’ai de nouveaux points de comparaisons et rarement en faveur des francais ! Pour resumer, les francais (pas tous bien evidemment) sont : Hypocrites au possible Paresseux (cherchant toujours la facilite pour en faire le moins possible) Tres individualistes Egoistes Nombrilistes Extremement passifs Routinier…

Jette un œil sur le sujet que j’ai lance sur un autre site (La France en voie de sous developpement), beaucoup se sont exprimes : http://www.routard.com/forum_message/874382/la_france_pays_en_voie_de_sous_developpement.htm Paka

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Voila · 2007-03-02

Bonjour,

Je ne connais pas la Russie mais dans mon imaginaire ce pays, ou plutôt sa culture et son histoire me fascinent. La littérature russe a beaucoup contribuée pour cet image : Tolstoi, Dostoievski, Gontcharov, Boulgakov, Gogol ... quelle richesse !

L’environnement forge l’esprit ? alors les russes doivent être durs, froids ?! mais la chaleur humaine qui dégage certains personnages ? et l’impétuosité ? et l’esprit ? et la diversité des modes de vie ?

Qui a fait la révolution ? qui a eu le courage de la défaire ?

Il y a des travers ? oui, mais je les associe à la nature humaine et je laisse aux russes la gloire d’un peuple unique et fort.

Je ne connais pas la Russie et je ne la connaîtrai jamais. Qui peut se vanter de connaître un pays si l’on n’est pas né ? mais je viendrai visiter Moscou, voir, toucher...

Bonne chance pour la suite.

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Traveller31 · 2007-03-07

Bonjour,

La question de Seregil est très claire. La réponse de Maladets ne répond pas à la question de Seregil. cordialement

La Russie

Salinger · 2009-12-26

Bonjour,

Je voudrais me rendre en Russie, pour la première fois, mais j'hésite entre aller à Moscou et à St Petersboug. J'ai 20 ans, j'aimerais rencontrer des jeunes de mon âges, prendre des photos et aller dans quelques musées.

Merci de me renseigner.

Lara.

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Musicien1965 · 2010-02-03

salut

waww la russie c'est un magnéfique pays moi personnellement j'adore moscow et saint petersburg 😛 saint petersburg la ville des tsars pour moi c'est la meilleur ville au monde c'est une ville musée.... il faut visiter et voir ....Gatchina ...Palais Beloselski-Belozerski....La cathédrale Saint-Isaac....perspective Nevsky...palais du marbre..cathedrale saint sauveur...le palais d'hiver ect..

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Mariepaule73 · 2010-02-03

Bonsoir Seregil,

Nous avons effectué 3 voyages en Russie. Le premier c'était la découverte de St Pet et de Moscou avec l'Anneau d'or. Le second à travers toute la Russie de Moscou à Oulan Oudé et retour par Astrakhan et Rostov. Enfin le dernier au travers de la Carélie jusqu'à Murmansk. Bien entendu nous avons appris des rudiments de russe afin de pouvoir échanger avec la population et nous avons, grâce à Skype, cultivé de nombreux contacts francophones. Nous avons donc une certaine idée des russes. Les russes sont multiples dans leurs origines ethniques, religieuses, sociales, culturelles... Nous avons sympathisé avec un peu toutes ces variétés. Le russe est avide de connaitre l'étranger et si il est francophone il est amoureux de la France. Son rêve est de venir à Paris! Le russe assume son passé, mais veut vivre au présent. Les nouvelles technologies ne lui sont pas étrangères, même au fin fond de la Sibérie. Le russe est fataliste: "ça c'est Russie!" dit fréquemment notre ami de Novossibirsk. En ce qui concerne la nation, je suis surpris que la majorité des russes fassent confiance dans les gens du pouvoir actuel qui viennent pour les principaux du régime communiste. Je note un gros problème démographique et je le relie à l'acoolisme masculin: les femmes ne veulent plus faire des enfants avec des alcooliques qui ne veulent pas travailler. L'avenir de la Russie ce sont les femmes. Ce sont elles qui travaillent majoritairement dans le pays. La Russie a encore un énorme potentiel de par ses ressources énergétiques, mais il faut qu'elle se mette au travail, qu'elle fabrique, qu'elle vende. Sinon dans quelques décennies ce sera le déclin. Je m'interroge également sur l'immigration chinoise. Les chinois ne vont-ils pas coloniser la Russie? Voilà, c'est certainement incomplet, mais c'est ce qui me vient en premier à l'idée. A+

Brigitte

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Cyril06 · 2010-02-04

Bonjour. J'écris un article sur l'image de la Russie à l'étranger. Je voudrais connaitre l'opinion des gens sur mon pays. Que vous connaissez de la Russie ? Que vous pensez de ce pays? Que sentez-vous par rapport à elle? Je vous remercie d'avance de vos reponses.

Bonjour,

bien que ce post soit ancien et que votre article soit sans doute publié depuis belle lurette, je me permets de poster mon point de vue tant le sujet est vaste et nécessiterait toute une dissertation.

Quelle est l'image de la Russie auprès des Français? Tout dépend des gens. Mais s'il faut faire une estimation de l'opinion qu'ont 80/90% des Français qui ne connaissent la Russie qu'à travers les stéréotypes classiques, les infos qu'en donnent le JT de 20 heure ou les reportages orientés d'Arte et les pages qui s'affichent sur Internet dès qu'on saisit le mot "Russie" sur le moteur de recherche Google, on obtient à peu près ceci (selon toutes les élucubrations diverses que j'ai pu entendre autour de moi):

1/ Au niveau des gens: les Russes sont "des types bien braves mais très pauvres, passifs, fatalistes, qui souffrent la misère et qui sont très portés sur la bouteille". Les femmes russes sont des "top modèles faciles" et "très accessibles" qui veulent toutes se marier à des étrangers pour fuir la Russie dans laquelle elles "crèvent de faim" (sic) et parce qu'elles ne veulent pas vivre avec des Russes "qui sont tous des alcooliques" (sic). Beaucoup sont même convaincus que les femmes slaves qui sont containtes à faire le trottoir dans les rues des villes occidentales "ne sont pas à plaindre car de toute façon elles meurent de faim dans leur pays"... Il y a aussi l'image d'une société inégalitaire à l'extrême dans laquelle face à une écrasante majorité de gens qui vivent dans le dénuement le plus total subsiste une classe de riches ultraminoritaires: les nouveaux Russes, qui sont tous des mafieux, des criminels, des escrocs, des proxénètes etc.

2/ Au niveau du pays, de son histoire et ses traditions: la connaissance de la Russie se limite au conte de Jules Verne Michel Strogoff, avec les cosaques, les steppes, la Volga... Les plus initiés se souviennent de l'existence du Kremlin à Moscou et des "beaux palais à St Pèt.", pour les autres, la Russie est une vaste étendue de neige où les ours polaires se promènent librement un peu partout dans les rues (sic).

3/ Au niveau économique: la plupart des Français perçoivent la Russie comme une immense pétro-monarchie. Pour le reste, l'économie russe souffre d'une très mauvaise image: à part peut-être un peu les armes, tous les produits russes sont de très mauvaise qualité (Lada, Tupolev...), la Russie est très pauvre, l'économie est restée au niveau du Moyen-Âge, les gens sont tous "dans la dèche" (sic) et "meurent de faim" (sic)...

4/ Politiquement: la Russie est une "terrible dictature" qui n'a pas tiré un trait de la période soviétique. Vu comme le "nouveau Tsar surpuissant", Poutine est un "terrible despote impérialiste" (à égalité avec Hitler et Staline...) qui met en place une "dictature impitoyable" etc. Concernant l'actualité, les Russes sont perçus comme des "méchants", des "salauds" qui trucident les "pauvres et gentils Tchétchènes" et vont empoisonner à l'uranium tous les opposants politiques réfugiés à l'étranger. Kasparov est un "gentil", les "rebelles Tchétchènes" aussi. Si des centaines de gens et d'enfants ont perdu la vie lors de prises d'otages sanglantes à Moscou ou à Beslan, c'est la faute des Russes. Tout est de la faute des sauvages méchants Russes en fait... comme dans le meilleur des Rambo et des James Bond...

La Russie

Cyril06 · 2010-02-04

Quant à ma propre vision de la Russie, elle diffère légèrement et est plutôt mitigée:

Au niveau des gens, les Russes ont une mentalité complètement différente des Français, ce qui fait que les deux ne peuvent pas se comprendre s'ils ne se connaissent pas parfaitement. Les Français ont plutôt un esprit libertaire, potentiellement révolté, anticlérical et souvent anti-autorité avec pour beaucoup une sensibilité très gauchisante qui consiste à adopter le culte constant de la repentance, de la haine de soi et à cataloguer comme "fasciste" tout individu susceptible de se sentir fier de son pays, de son identité et de sa région ou de ne pas suivre grégairement le raisonnement de la bienpensance.

Les Russes quant à eux ont une toute autre façon de voir les choses: ils n'ont aucun problème à être fier de leur pays, à aimer profondément leur patrie, leur culture, leur identité et leur religion. Ils sont très croyants, n'ont pas cette mentalité profondément anticléricale qu'ont les Français, et respectent leur religion, pas comme les Français qui se permettent de cracher sur la leur en la blasphémant allègrement pas des plaisanteries douteuses (choses qu'ils se gardent bien de faire à l'encontre des autres religions non chrétiennes d'ailleurs...).

Et c'est ça qui me plaît chez les Russes, tout comme l'orthodoxie qui est restée à mon sens le courant chrétien le plus séduisant et émouvant tant il a conservé un mysticisme et une vitalité aux antipodes des liturgies ennuyeuses et pitoyables des églises catholique et protestante occidentales qui ont perdu depuis longtemps tout sens du sacré. Les deux choses que je pourrais reprocher aux Russes au niveau religieux, c'est la trop grande abondance de superstitions et surtout le repli communautariste caractéristique des églises orthodoxes: chaque église autocéphale (russe, ukrainienne, serbe, roumaine, bulgare, grecque...) tient absolument à garder ses particularités nationales et à se distinguer au maximum les unes des autres en allant jusqu'à se mépriser entre elles, chacune prétendant représenter la "vrai orthodoxie" et traîtant les autres d'imposteurs. C'est contraire à toute essence du christianisme qui se veut universel.

Les Russes n'ont pas non plus la même façon de voir les choses politiquement: ils aspirent plutôt à un pouvoir fort qui leur assure sécurité et stabilité. Ce que beaucoup de Français perçoivent à tort comme une marque de fatalisme est plutôt un signe de lucidité et de réalisme. La situation politique et économique de la Russie n'est pas idéale? Il n'y a pas le choix car les autres alternatives se sont révélées pires. Ce que les Français oublient trop souvent, c'est qu'ont traversé les Russes durant le XXème Siècle: en même pas cent ans, le pays a connu deux changements politiques brutaux bouleversant profondément la structure et l'identité de l'Etat russe (chute de l'empire tsariste pluriséculaire, puis chute de l'URSS avec perte de régions entières qui appartenaient à la Russie depuis des siècles), une révolution sanguinaire, des guerres traumatisantes, des crises économiques insurmontables...

Difficile donc en tant que Français de juger le soit-disant "fatalisme" des Russes quand on vit dans un pays très stable qui n'a pas changé de régime depuis plus d'un siècle, qui a toujours conservé l'intégralité de son territoire et qui n'a pas subi de révolutions ou crises économique ayant profondément modifié la structure du pays. Et que l'on ne me parle pas de l'Alsace-Lorraine, de l'Occupation ou des changements de républiques car tout cela est de la rigolade à côté de tout ce qu'a dû subir la Russie... Après avoir connu autant de crises et d'évolutions, les Russes ne peuvent qu'aspirer au calme, à la stabilité et à un pouvoir fort auquel ils peuvent avoir confiance. Le régime de Poutine et autoritaire? Oui, un peu, les Russes le savent mais ils s'en foutent. Ils ont déjà vécu avant ça dix années de liberté totale et d'absence de loi, ç'a été pour eux la pire expérience de leur vie. Un vrai régime d'anarchie où la seule liberté était celle de se faire voler, dépouiller, escroquer. Alors la liberté oui, mais à condition qu'elle soit encadrée, ce qui n'a pas pu être le cas. Et si les Français avaient subi ne serait-ce qu'un quart de ce que les Russes ont enduré, je crois que la France ne s'en serait pas remise.

Les Russes ont enfin, selon moi, une façon plus sérieuse de voir l'actualité géopolitique que les Occidentaux, bercés par les indécrottables chimères atlantistes proférées par les médias. Ils n'ont par contre pas effectué un examen suffisant de leur passé communiste et des millions de victimes de ce régime. L'historiographie officielle russe opère d'ailleurs un dangereux virage négationniste en réhabilitant l'image de Staline, et ce sous la complicité du pouvoir qui, sans doute par manoeuvres purement électoralistes, cherchent à assimiler les thèses de la propagande soviétique au patriotisme russe. C'est regrettable, déplorable même et très dangereux car un examen historique objectif et lucide est le seul moyen d'éviter que le pays ne retombe dans ses travers. Les Russes, toujours sous l'influence de ces mêmes intellectuels et pseudo-historiens marxistes-léninistes et post bréjnéviens, ont aussi une très facheuse tendance à réviser toute l'histoire en versant dans la nostalgie idéalisatrice de l'URSS et la théorie du complot: l'URSS était le paradis et si elle s'est effondrée, c'est à cause des diaboliques manoeuvres des Américains.

Les Russes doivent comprendre que c'est faux: ce sont les dirigeants soviétiques qui sont seuls responsables de la chute de leur pays, par une politique désastreuse guidée par une idéologie stupide et kafkaïenne. Avec son empire hypertrophié, une économie tournée uniquement vers l'armement, des milliards de roubles dépensés stupidement pour financer des révolutions dans les lointaines contrées d'Afrique ou d'Amérique latine au lieu d'améliorer le niveau de vie de la population, un régime dont les seules préoccupations étaient d'étendre la révolution et le communisme dans le monde entier, l'URSS était condamnée à s'effondrer, et si elle a tenu jusque là, c'est grâce aux pays d'Europe occidentales qui n'ont pas arrêté de perfuser à coup d'aides financières et de crédits à la consommation l'économie soviétique en complète déliquescence. Cela, les Russes doivent l'admettre officiellment, tout comme ils doivent admettre l'existence des identités ukrainienne et biélorusse qu'ils ont trop tendance à mépriser en qualifiant leurs langues de "sous-dialectes kolkhoziens".

Economiquement et politiquement, la Russie a accompli des progrès incontestables grâce à Poutine, n'en déplaise à tous les pseudo-spécialistes droit-de-l'hommistes de la Russie. Il a sauver le pays de la décomposition en restaurant l'autorité de l'Etat et en instaurant des mesures économiques vitales. La Russie est encore loin de se trouver dans une situation idéale, l'économie est trop peu diversifiée, la crise sociale perdure et la corruption constitue un problème insoluble. Mais il est impossible de surmonter une telle crise en dix ans. La Russie a donc du chemin à parcourir. A l'international, la Russie reprend du poids et c'est heureux. Elle oppose une résistance efficace à l'impérialisme américain et l'Europe serait mieux inspirée de se détacher une fois pour toute de son encombrant allié d'outre Atlantique pour s'allier solidement avec la Russie et former un pôle économique eurasien. Pour cela l'Europe devrait cesser de voir la Russie comme un adversaire et d'en faire plutôt un partenaire. Mais c'est un voeu pieux.

Par contre, si la Russie oppose une certaine résistance à Washington, sa population paradoxalement est bien entrée dans le jeu de l'impérialisme consumériste US: société devenue ultramatérialiste, américanisée jusqu'à l'abrutissement, amoralisation généralisée de la jeunesse qui n'a plus qu'une religion: celle de la consommation et de la jouissance à outrance, tourisme sexuel de masse en Afrique, en Thaïlande et dans les Caraïbes bref, on retrouve les mêmes excès et dépravations qu'en Occident. Sans compter l'attitude déplorable de nombreuses femmes russes qui vont sans honneur se "vendre" en masse dans des agences matrimoniales pour "mâles étrangers en manque" qui viennent vulgairement "acheter leurs femmes russes" en agence comme on irait acheter une boîte de conserve au supermarché. Là aussi, j'avoue ne pas comprendre l'attitude de certaines femmes russes qui, chez elles ne se marieraient pour rien au monde avec "diadia Vassia l'alcoolique" qui traîne dans la rue, mais qui à l'étranger se marient avec le même type de bonhomme, un "autre diadia Vassia" mais américain ou français celui-ci...

Enfin, socialement, la Russie est en but à une menace tragique susceptible de la détruire irrémédiablement: le suicide démographique, qui s''explique par une natalité trop basse (accentuée par des avortements à outrance et une hausse de la stérilité consécutive), une surmoralité due principalement à l'alcoolisme (qui est un fléau qui devrait être combattu de manière radicale), et une émigration massive qui touche principalement les femmes en âge de procréer, qui partent vivre et se marier avec des étranger.

La Russie

Cyril06 · 2010-02-05

La Russie a encore un énorme potentiel de par ses ressources énergétiques, mais il faut qu'elle se mette au travail, qu'elle fabrique, qu'elle vende. Sinon dans quelques décennies ce sera le déclin. Je m'interroge également sur l'immigration chinoise. Les chinois ne vont-ils pas coloniser la Russie? Voilà, c'est certainement incomplet, mais c'est ce qui me vient en premier à l'idée.

Malheureusement, la Russie est déjà en déclin depuis les années 80 et je crains qu'elle ne puisse jamais s'en remettre à cause de ses problèmes démographiques qui ne font qu'empirer. Pressée par les deux puissances démographiques que sont la Chine à l'Est, et la Turquie au Sud, la Russie sera sans doute contrainte dans 50 ans de laisser la Sibérie à Pékin et toute la partie Caspienne-Nord Caucase à Ankara.

La Russie

Bardak · 2010-02-08

Bonjour Cyril06,

Alors, ton message m'a intéressé et j'ai eu envie, non pas tant d'y répondre, mais de le compléter, si j'ose dire, avec mes propres connaissances de la Russie, et surtout mon expérience, que j'ose qualifi��e d'assez variée (allant de la "Russie d'en bas", aux plus hautes sphères du pouvoir). Néanmoins, et afin que la conversation, si conversation il y a, soit tout à fait sereine, je ne tiens absolument pas à comparer la Russie à l'Europe occidentale. Je dis cela pour éviter tout malentendu. Je n'ai aucune envie de comparer les deux, je n'ai envie que de parler de la Russie et non pas de déterminer où il fait mieux vivre.

Quand je parle de mon expérience, plus que de mes connaissances, comme soutien à ce que je dis, c'est surtout pour souligner que je n'ai pas découvert la Russie dans les livres mais bien sur le terrain. Des années d'étude de russe et de droit russe et un intérêt certain pour ce pays m'ont permis ensuite, bien sûr, de mettre en relation ces expériences avec la théorie, mais c'est bien de l'expérience que je pars. Et mon expérience est une vérité. Je dis bien UNE vérité et non pas LA vérité, puisque je m'oppose souvent à des gens qui ont aussi vécu dans ce pays et qui ont pour autant une vision totalement différente. Pourquoi je dis cela ? Tout simplement parce que j'ai assisté récemment à une série de conférence sur la Russie à la Sorbonne, dans le cadre des Journées de l'histoire, et j'ai souvent été frappé par le décalage entre le monde des universitaires et le reste du monde. De nombreux conférenciers, pour aussi brillants qu'ils soient, pêchaient par leur manque de connaissance du pays, sorti du monde universitaire et du petit cercle d'intellectuels russes. Les universitaires ne sont pas tous des gens de terrains et cela donne parfois des résultats surprenants. Je ne suis sans doute pas capable de citer des chiffres ou des dates, en appui de ce que je dis, mais je ne fais que raconter ce que j'ai vu, après de nombreuses années à bourlinguer à travers la Russie, à travailler avec la Russie et à vivre en Russie.

Mon premier constat sur la Russie me vient néanmoins d'une remarque d'un universitaire que je trouvais très juste. Cet universitaire, dont je ne me souviens plus du nom, soulignait que les Russes (je parle ici, bien sûr, des rossiiskie), n'ont pas d'identité nationale, telle que nous pouvons l'envisager en Europe occidentale, mais une identité impériale. Cette notion d'identité impériale me parait tout à fait pertinente. En effet, et pour parler en termes simples, la Russie est faite de miriades d'identités et de peuples. Les gens ont une conception très locale du monde. Ils s'inscrivent dans un univers à leur échelle et ne prétendent pas autre chose. Preuve en est, la langue russe qui distingue entre les russkie et les rossiiskie. Une telle idée serait insupportable en France, mais en Russie, ce sont les non-russkie mais rossiiskie qui réclament eux-même qu'on ne les confonde pas. Le fait que tous soient russes au sens administratifs du terme, ne signifie pas leur incorporation dans le groupe des russes au sens ethnique du terme.

Néanmoins, si un Balkare se sent Balkare, si un Yakoute, se sent Yakoute, j'ai eu souvent l'occasion d'expérimenter de visu, le sentiment d'appartenir au même empire. A chacun son identité, sa culture, ses traditions, et pas question de se mélanger. Mais tous appartiennent au même empire (même si certains le regrettent).

Par exemple, lorsque je vivais dans le Caucase, je notais à chaque fois avec un certain étonnement que lors de fêtes des cultures du caucase, où chaque groupe venait présenter les particularités culturelles de son groupe ethnique, on finissait systématiquement par entonner l'hymne russe (enfin soviétique en l'occurence puisque personne ne connait vraiment les paroles de l'hymne russe) et ce, tous ensemble. Les mêmes qui l'instant d'avant tenaient à souligner leurs différences, se retrouvaient tous ensembles pour chanter l'hymne national.

Il y a donc une fierté locale mais qui n'est en rien antinomique avec une fierté nationale. Les gens sont russes ET balkares, yakoutes, bouriates ou tcherkesses, sans que cela ne leur pose de problème.

Cette idée d'identité impériale est sans doute dure à comprendre pour les Français qui ont encore en tête l'idée d'intégration forcée de toutes les populations à une culture française que l'on voudrait figer dans le temps et dans l'espace, comme s'il ne pouvait exister qu'une culture française, une identité nationale française, une définition du français.

Par ailleurs, et c'est un point qui je pense est important à soulever et qui va de pair à ce que j'ai écrit juste avant, il ne faut pas oublier qu'il y a, en Russie, un trou béant entre les élites (je parle ici d'élites intellectuelles et non pas économiques qui n'ont rien d'intellectuelles), et ce qu'on appelle la "masse" en Russie. Comme je le disais, il me semble que les Russes ont une vision très locale du monde. Il y a presque une idée d'économie de survivance en Russie. Nous sommes loin, ici, de l'universalisme à la française (bien qu'il ait été remplacé par un relativisme déprimant en toute circonstance) et de l'idée d'une vision du monde que nous devrions construire et partager, voire imposer. Ce qui intéresse les Russes, c'est leur monde, à leur échelle.

Et effectivement, les Russes n'ont rien contre un pouvoir fort, qui leur permet de vivre leur vie tranquillement, dans leur petit monde. La liberté est voulue par tous les Russes, mais pas la liberté universelle, telles que nous entendons la défendre en occident, juste leur liberté, à leur échelle. Un pouvoir fort permet de poser des règles, qui permettront ensuite, au niveau local, aux gens de vivre dans une certaine sécurité. Les Russes n'ont pas de conception globale ou universelle de leur pays qui devrait guider les autres peuples vers la liberté ou le bonheur (bien que les communistes entendaient instituer le bonheur universel), ce qu'ils veulent c'est bien vivre à leur niveau. Et pour cela, et dans leur idée, cela nécessite que la RUssie puisse s'imposer au niveau mondial pour ne pas subir les diktats de pays plus puissants qu'elle.

Mais il n'y a pas de philosophie telle que nous la concevons en France. Il n'est pas question de dominer pour offrir une autre alternative au reste du monde, il s'agit de dominer pour pouvoir vivre en paix (juste pour bien préciser, je parle là, bien évidemment, de la masse et non pas des quelques élites intellectuelles qui se distinguent dans le pays).

Au niveau politique, donc, un pouvoir fort qui met des limites n'est en rien un problème pour les Russes. Et Poutine (bien que je le déteste tel qu'il est aujourd'hui) a, lors de son premier mandat, mené une action certaine pour limiter la corruption et assainir un peu le pays. Il ne faut pas oublier que sous Eltsine, c'était le bordel intégral. Les oligarques d'aujourd'hui se sont enrichis sous Eltsine, parce qu'il n'y avait justement aucune réglementation. Certains ont vendu les terres qu'ils avaient la possibilité d'aquérir, leurs parts dans des sociétés, leur appartement, pour un kilo de sucre. On leur avait dit soudain que tout allait être privatisé et qu'il pouvait acheter leur part dans cette privatisation, sans même leur expliquer en quoi cela consistait. Certains manquaient de tout à leur époque et obtenir un kilo de sucre était bien plus important qu'un bout de papier disant qu'ils étaient soudain propriétaires d'un appartement. Il n'y a eu aucun cadre à la privatisation. Poutine a voulu remettre des limites et pour cela, il a en effet, apporté du bon à la Russie.

L'alternative politique en Russie? Effectivement, il n'y a pas grand chose. Jusqu'à présent, le parti communiste arrivait toujours en deuxième position. Récemment, le parti ultra-nationaliste du LDPR a fait une nouvelle percée. Extrême gauche ou extrême droite, c'est assez réduit comme alternative politique à Poutine. Quant aux Kasparov ou autres qui récemment ont fait de nouveau parler d'eux par de nouvelles manifestations, ils pourraient être intéressants, s'ils n'étaient pas à ce point dénués de toute pensée structurée. Ils se posent en opposant de Poutine mais ne proposent rien en échange. Ils regroupent d'ailleurs des tendances allant de l'extrême gauche à l'extrême droite en passant par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Lorsqu'on voit manifester côte à côte des libéraux, des droits de l'hommiste, des communistes et des partisans de Staline et Hitler (avec leur magnifique drapeau rouge avec un rond blanc au milieu duquel on retrouve non pas la croix gammée mais la faucille et le marteau), on peut se demander, en effet, ce qu'ils pourraient apporter. Ils regroupent toutes les tendances anti-Poutine mais sans ligne claire. Personne ne votera pour eux, puisqu'il n'y a rien pour quoi voter.

Economiquement la Russie est à la masse. Les ressources naturelles (et notamment le gaz), c'est tout ce qu'ils ont et ils n'ont pas réussi à développer une production russe de produits manufacturés. On ne voit pas beaucoup de made in Russia sur nos étals occidentaux. Résultat des courses, ils dépendent entièrement de la santé de l'économie mondiale. Il y aurait pourtant beaucoup à faire en Russie, cela viendra peut-être avec le temps. Néanmoins, j'ai noté de plus en plus de créations d'entreprises qui essaient de doper la production russe... c'est plutôt bon signe.

Une question qui revient souvent sur le tapis quand on lit des ouvrages sur la Russie, c'est la question de savoir si la Russie est européenne, asiatique, eurasiatique ou eurasienne. Une question que je qualifierais volontiers de précisément réservée uniquement aux élites. Les Russes ne se sentent rien de tout cela. Ils se sentent russes, c'est tout. L'idée de la Troisième Rome n'est pas morte, et les Russes ont le sentiment qu'ils ont un destin particulier qu'ils doivent rechercher dans les particularités de leur culture, de leur évolution, de leur monde. Quelque part, les Russes sont parfaitement slavophiles. La Russie ne pourra, aux dires de nombreux russes, jamais s'aligner sur aucun modèle, jamais appartenir à aucun groupe géopolitique, car son destin est particulier. Cette conception a toute sorte de répercussions.

A la fois positives puisqu'elle défend l'idée que la Russie n'a pas à se définir par rapport aux autres mais uniquement par elle-même. Hors de question de suivre un dogme ou de rentrer dans un groupe, la Russie doit se faire par elle-même, indépendamment des évolutions du reste du monde.

Et négatives, dans la mesure où on constate souvent que cette idée slavophile à la sauce d'aujourd'hui, sert davantage à justifier le présent qu'à amorcer une dynamique vers l'avant. J'ai rencontré récemment le directeur de l'Institut d'histoire de Moscou qui ne cessait de répéter lorsqu'il soulignait les différences entre la Russie et la France, que si c'était comme ça en Russie, c'était parce que c'était la Russie. Un peu restrictif tout de même. Lorsque j'entends dire que si la Russie est corrompue c'est parce que c'est la Russie, c'est un peu dommage de ne pas envisager qu'il ne puisse pas y avoir d'évolution. Mais je ne qualifierai pas cela de fatalisme. Plus un sentiment d'abandon à l'égard des hautes sphères du pouvoir qui doivent, seules, se charger de la globalité, tandis que les gens se chargent de vivre dans leur petit monde.

Quant à la vision que les Français ont de la Russie, elle est bien sûr, sans être tout à fait fausse, assez superficielle, mais il en est de même pour tous les pays. La seule différence c'est qu'on parle plus de la RUssie en France que de beaucoup d'autres pays et que, par conséquent, tout le monde a l'impression de connaître le pays. Je n'ai jamais eu envie de parler de la Russie avec des gens qui ont des idées toutes faites, qu'ils tiennent pour la vérité, mais qui n'y ont jamais mis les pieds, je ne vais pas commencer aujourd'hui.

Il y aurait encore plein de choses à dire mais je n'en finirai plus d'écrire sur la RUssie, je vais donc m'arrêter à ces quelques considérations. Au plaisir, éventuellement, de lire une réponse de ta part, ou tout du moins, une continuation de cette discussion tout à fait intéressante.

PS : juste pour préciser, j'ai fait dans ce message quelque chose que je déteste, à savoir des généralisations. Les Russes ceci, les Russes cela... cela m'agace. Néanmoins et pour le confort de la discussion, il est bien plus aisé de procéder ainsi plutôt que rappeler à chaque phrase qu'il s'agit bien d'une généralisation et qu'il est évident que cela ne s'applique pas à chaque russe pris individuellement.

La Russie

Cyril06 · 2010-02-08

Merci beaucoup Bardak pour cette analyse très pertinente à laquelle je souscris entièrement tant elle correspond en tout point à ce que j'ai vécu là-bas et à ce que mon expérience m'a fait découvrir sur ce pays. Il est en effet impossible de comprendre la Russie si on ne l'a pas vécue et si on la regarde uniquement à travers des livres, des cercles intellectuels et un jugement de valeur occidental.

La notion d'identité impériale de la Russie est très justement soulignée et elle explique entre autre le fait qu'officiellement, le pays ne s'appelle pas "Russie" mais "Fédération de Russie" qu'on traduit par "Rossiïskaïa Federacija". La nuance entre les deux adjectifs "rossiïskiï" et "russkiï" est à mettre en parallèle avec la nuance entre "nacional'nost'" (nationalité) et "grazhdanstvo" (citoyenneté). Alors que le jargon administratif français ne fait aucune distinction entre les deux (citoyen français = de nationalité française quelles que soient son ethnie, sa race et sa religion), en russe, ces deux notions sont bien distinctes: la nationalité désigne uniquement l'ethnie et n'a strictement rien à voir avec le passeport. Ce système est aux antipodes du modèle jacobin français.

il ne faut pas oublier qu'il y a, en Russie, un trou béant entre les élites (je parle ici d'élites intellectuelles et non pas économiques qui n'ont rien d'intellectuelles), et ce qu'on appelle la "masse" en Russie. Comme je le disais, il me semble que les Russes ont une vision très locale du monde. Il y a presque une idée d'économie de survivance en Russie.

C'est exactement ce que j'ai pu constater également.

Et effectivement, les Russes n'ont rien contre un pouvoir fort, qui leur permet de vivre leur vie tranquillement, dans leur petit monde. La liberté est voulue par tous les Russes, mais pas la liberté universelle, telles que nous entendons la défendre en occident, juste leur liberté, à leur échelle. Un pouvoir fort permet de poser des règles, qui permettront ensuite, au niveau local, aux gens de vivre dans une certaine sécurité. Les Russes n'ont pas de conception globale ou universelle de leur pays qui devrait guider les autres peuples vers la liberté ou le bonheur (bien que les communistes entendaient instituer le bonheur universel), ce qu'ils veulent c'est bien vivre à leur niveau. Et pour cela, et dans leur idée, cela nécessite que la RUssie puisse s'imposer au niveau mondial pour ne pas subir les diktats de pays plus puissants qu'elle. Mais il n'y a pas de philosophie telle que nous la concevons en France. Il n'est pas question de dominer pour offrir une autre alternative au reste du monde, il s'agit de dominer pour pouvoir vivre en paix (juste pour bien préciser, je parle là, bien évidemment, de la masse et non pas des quelques élites intellectuelles qui se distinguent dans le pays).

Exactement. Il faut dire que la période soviétique a été, à ma connaissance, la seule où la Russie a cherché à exporter au monde entier un modèle universel. Sinon, elle n'a jamais eu de telles visée auparavant.

Au niveau politique, donc, un pouvoir fort qui met des limites n'est en rien un problème pour les Russes.

Très juste. J'ajouterais également que les Russes ont plutôt une vision paternaliste du pouvoir qu'ils considèrent comme légitime tant qu'ils peuvent lui faire confiance. Cela se vérifie tout au long de l'histoire de la Russie, quand la population adressait ses doléances directement au pouvoir suprême qui était considéré, à tort, comme étranger aux problèmes qui touchaient le pays. Les tsars ont ainsi été perçus comme les "défenseurs du peuple contre le despotisme des boyards", Staline contre les "purges et répressions menées par les commissaires politiques", Poutine contre "l'omnipotence des fonctionnaires corrompus, le clientélisme des oligarques et le système mafieux qui vole et corrompt la société"... Dans l'imaginaire collectif russe, le chef suprême a toujours été vu comme un "sage au milieu d'une administration de brutes et d'incapables".

L'erreur d'analyse que font beaucoup est de croire que si les Russes renversent un régime (révolution bolchévique, chute de l'URSS), c'est parce qu'ils se sentent opprimés et désirent la liberté. Non, je pense que s'ils le font, ce n'est pas parce qu'ils jugent le pouvoir trop fort, mais tout simplement parce qu'ils n'ont plus du tout confiance en lui. S'ils n'ont plus voulu du tsarisme en 1917, c'est parce qu'ils n'ont pas pardonné la répression du Palais d'Hiver en 1905 qui a été perçue comme une trahison par le peuple puisque celui-ci venait se rassembler pour exprimer ses doléances auprès du Tsar. Certes, la contestation était déjà très forte au XIXème, mais elle ne dépassait pas le cadre des milieux intellectuels. La guerre de 14-18 a accru ce sentiment de défiance des Russes envers le régime tsariste.

Il en a été de même en 1991 lors de la chute de l'URSS: la corruption généralisée des fonctionnaires ainsi que l'accroissement des pénuries dans les années 80 sous l'ère Gorbachëv a achevé de décrédibiliser le pouvoir soviétique, déjà affaibli par le traumatisme de la guerre en Afghanistan.

Et Poutine (bien que je le déteste tel qu'il est aujourd'hui) a, lors de son premier mandat, mené une action certaine pour limiter la corruption et assainir un peu le pays. Il ne faut pas oublier que sous Eltsine, c'était le bordel intégral.

Et en plus, j'entends souvent des réflexions du genre "au moins, sous Eltsine, il y avait plus de démocratie et de liberté d'expression". Selon ce que j'ai pu en juger, cette affirmation est fausse, il n'y en avait pas plus: je me souviens des premières élections présidentielles en 1996, il n'y en avait que pour Eltsine. Même l'émission satyrique "Kukly" (avatar russe des Gignols) faisait la part belle au président sortant en s'acharnant surtout sur ses adversaires. Certes, son adversaire, Ziouganov, n'était pas mieux, voire pire, quoique... Néanmoins, il n'y avait pas plus de démocratie puisque le pouvoir fédéral était confisqué par une classe d'oligarques (il l'est aujourd'hui par une autre). La seule différence est qu'il était faible, voire même transparent dans la vie quotidienne alors qu'aujourd'hui il apparaît de nouveau fort.

Les oligarques d'aujourd'hui se sont enrichis sous Eltsine, parce qu'il n'y avait justement aucune réglementation. Certains ont vendu les terres qu'ils avaient la possibilité d'aquérir, leurs parts dans des sociétés, leur appartement, pour un kilo de sucre. On leur avait dit soudain que tout allait être privatisé et qu'il pouvait acheter leur part dans cette privatisation, sans même leur expliquer en quoi cela consistait. Certains manquaient de tout à leur époque et obtenir un kilo de sucre était bien plus important qu'un bout de papier disant qu'ils étaient soudain propriétaires d'un appartement. Il n'y a eu aucun cadre à la privatisation. Poutine a voulu remettre des limites et pour cela, il a en effet, apporté du bon à la Russie.

Oui, et cette absence d'encadrement a plongé le pays dans la faillite. D'ailleurs, engagé des mesures de privatisations sans légiférer avant est contraire au bon sens. On peut reprocher le FMI et l'école de Boston d'y avoir été pour beaucoup dans cette politique désastreuse en avisant fort mal les nouvelles élites russes qui n'avaient aucune notion de l'économie de marché. Poutine a réussi a restaurer l'autorité de l'Etat sans pour autant endiguer la corruption qui est généralisée. A-t-il vraiment tenté de le faire d'ailleurs? Je ne le pense pas. Je dirais à sa décharge que contrairement à ce que peuvent en dire les médias, il n'a jamais eu les coudées franches dans un pays où les meurtres politiques dans lesquels on assassine même des proches de Poutine dès l'instant qu'ils s'intéressent de trop près à des affaires de corrution qui touchent des milieux influents, sont devenus un phénomène courant. Son propre clan a-t-il intérêt à ce que la corruption perdure et que le fonctionnement de l'Etat reste si opaque? J'en suis persuadé.

En 1999, j'étais absolument opposé à Poutine, d'abord parce que c'était le nouveau "pion" d'Eltsine, donc "fabriqué" et mis en place par le même clan d'escrocs qui avait vandalisé la Russie (Berezovskiï, Diachenko...) et ensuite à cause de son programme militariste et son bellicisme affiché face à la crise tchétchène. Bien qu'il soit loin d'être idéal, je privilégiais Primakov qui était à mon sens plus intègre et incarnait le moindre mal. Je dois reconnaître par contre que j'approuve complètement la politique de verticale du pouvoir, qui a valu à Poutine tant de reproche mais qui a été salutaire pour le pays car les gouverneurs de régions avaient acquis une telle indépendance par rapport au pouvoir central que quand celui-ci prévoyait une réforme, il devait constamment leur accorder des concessions pour les satisfaire et gagner leur ralliement. Ca devenait l'anarchie la plus complète, poussant le pouvoir à l'immobilisme.

Concernant les oligarques, ce sont des hommes d'affaires avisés, sans foi ni loi, qui ont profité du vide juridique pour se servir allègrement dans les actifs du pays. Pour être juste, il faut leur reconnaître le mérite d'avoir su moderniser ces actifs (principalement des industries lourdes) et d'en avoir fait des entreprises compétitives en les alignant sur les modèles de gestion occidentaux. Pour Poutine, il n'y avait aucun problème que les oligarques continuent leurs affaires, à la seule condition qu'ils ne s'occupent que de cela et ne se mèlent pas de politique. C'est pour cela que Berezovskiï est devenu persona non-grata. Concernant Khodorkovskiï, c'est une autre histoire, bien que la dimension politique y soit également pour beaucoup: tant que son groupe privé, Youkos, détenait les actifs pétroliers les plus importants du pays, tout allait bien, jusqu'à ce qu'il prévoit de les vendre à une compagnie américaine...

Et négatives, dans la mesure où on constate souvent que cette idée slavophile à la sauce d'aujourd'hui, sert davantage à justifier le présent qu'à amorcer une dynamique vers l'avant. J'ai rencontré récemment le directeur de l'Institut d'histoire de Moscou qui ne cessait de répéter lorsqu'il soulignait les différences entre la Russie et la France, que si c'était comme ça en Russie, c'était parce que c'était la Russie. Un peu restrictif tout de même. Lorsque j'entends dire que si la Russie est corrompue c'est parce que c'est la Russie, c'est un peu dommage de ne pas envisager qu'il ne puisse pas y avoir d'évolution. Mais je ne qualifierai pas cela de fatalisme. Plus un sentiment d'abandon à l'égard des hautes sphères du pouvoir qui doivent, seules, se charger de la globalité, tandis que les gens se chargent de vivre dans leur petit monde.

Tout à fait. J'ai entendu plus d'une fois ce genre de réaction, sur divers sujets. Par exemple sur la situation écologique désastreuse dans laquelle se trouve la Russie (notamment la terrible pollution de l'air dans certains endroits, de ses fleuves, les montagnes de déchêts de toute sorte...), et on me répondais: "C'est comme ça, c'est la Russie! On a toujours vécu dans la saleté de toute façon...!". On retrouve d'ailleurs ce sentiment d'abandon à tous les niveaux, par exemple dans la rue, quand on voit l'état de délabrement des façades, des canalisations et autre. Je me souviens avoir aperçu une fois un mur rongé par l'humidité à cause de l'eau de pluie qui coulait du toit: le tuyau d'évacuation était tout simplement déboité, il fallait juste le remettre pour remédier au problème...

La Russie

Cyril06 · 2010-02-08

Par ailleurs, et c'est un point qui je pense est important à soulever et qui va de pair à ce que j'ai écrit juste avant, il ne faut pas oublier qu'il y a, en Russie, un trou béant entre les élites (je parle ici d'élites intellectuelles et non pas économiques qui n'ont rien d'intellectuelles), et ce qu'on appelle la "masse" en Russie. Comme je le disais, il me semble que les Russes ont une vision très locale du monde. Il y a presque une idée d'économie de survivance en Russie. Nous sommes loin, ici, de l'universalisme à la française (bien qu'il ait été remplacé par un relativisme déprimant en toute circonstance) et de l'idée d'une vision du monde que nous devrions construire et partager, voire imposer. Ce qui intéresse les Russes, c'est leur monde, à leur échelle.

Ce qui m'a tout particulièrement marqué, surtout au sein de la jeunesse, c'est le culte à la consommation, aux marques etc. Biensûr, tout cela existe aussi chez nous, mais là-bas, c'est encore plus accentué, poussé à l'extrême. Est-ce une réaction intempestive par rapport aux longues années du communisme? Il convient de préciser que durant la période soviétique, à l'exclusion de la Perestroïka, il n'y avait pas forcément des privations, la quantité y était, mais il n'y avait pas la qualité, ni la fantaisie. Tout était standardisé et la seule marque de fabrique existant était celle des usines collectives. Dans l'habillement par exemple, il n'y avait pas de mode particulière, ni la notion de prestige incarné par une marque de vêtement particulière. Or actuellement, tout en Russie est conditionné par la mode: pour être considéré ou espérer trouver un travail, il faut être habillé non pas de manière impeccable, mais porter le net plus ultra. C'est à peine si une personne habillée simplement n'est pas perçue comme un clochard.

Autre élément marquant, c'est le système d'éducation en Russie: je fus sidéré de découvrir que les écoles sont généralistes, c'est-à-dire que les écoliers, collégiens et lycéens sont rassemblés dans un même établissement, malgré les différences d'âges abyssales. Il y a également un décalage énorme entre le corps professoral, issu de la vieille école soviétique et resté dans les anciennes valeurs socialistes, et les étudiants, complètement intégrés à la mentalité consumériste, devenus ultramatérialistes et qui semblent avoir perdu tout repère et tout sens de valeurs. La série "Shkola" de Viktorija Gaï Germanika, actuellement diffusée sur la chaîne TV "ORT-1yï kanal", est éloquante à ce sujet et décrit de manière parfaitement exacte le fonctionnement et la situation du système éducatif russe. En tout cas, le portrait qu'elle en brosse correspond tout à fait à ce que moi et bien d'autres avons pu voir et vivre.

des partisans de Staline et Hitler (avec leur magnifique drapeau rouge avec un rond blanc au milieu duquel on retrouve non pas la croix gammée mais la faucille et le marteau), on peut se demander, en effet, ce qu'ils pourraient apporter.

Oui, il s'agit des Natsbol' (les "nationaux-bolchéviks"). Rien que le nom du parti et le drapeau dissipent le doute quant au parti politique auquel ils font allusion... Sans compter que son "illustre" chef, Eduard Limonov, est un extrêmiste notoire qui est allé serrer la main à Karadjic et lui apporter tout son soutien durant la guerre de Bosnie. J'ai du mal à comprendre comment un Kasparov, qui prétend incarner la démocratie, peut s'allier avec ces extrêmistes. Cela démontre bien la vraie nature du mouvement "l'Autre Russie". Le seul parmi les opposants libéraux à Poutine qui fait preuve d'une véritable honnêteté intellectuelle est Griroriï Yavlinskiï, dont le parti Yabloko, fidèle à ses conviction de démocrate, s'est désolidarisé du mouvement contestataire "l'Autre Russie" en raison de la présence de partis extrêmistes.

La Russie

Bardak · 2010-02-08

Je n'ai pas le temps de répondre à un certain nombre de points que tu as soulevé et que je trouve tout à fait juste, je le ferai plus tard, mais je note tout de même certains points.

Très juste. J'ajouterais également que les Russes ont plutôt une vision paternaliste du pouvoir qu'ils considèrent comme légitime tant qu'ils peuvent lui faire confiance. Cela se vérifie tout au long de l'histoire de la Russie, quand la population adressait ses doléances directement au pouvoir suprême qui était considéré, à tort, comme étranger aux problèmes qui touchaient le pays. Les tsars ont ainsi été perçus comme les "défenseurs du peuple contre le despotisme des boyards", Staline contre les "purges et répressions menées par les commissaires politiques", Poutine contre "l'omnipotence des fonctionnaires corrompus, le clientélisme des oligarques et le système mafieux qui vole et corrompt la société"... Dans l'imaginaire collectif russe, le chef suprême a toujours été vu comme un "sage au milieu d'une administration de brutes et d'incapables".

Tout à fait, preuve en est d'ailleurs que le Tsar était appelé "petit père" par le peuple russe. J'ai du mal à imaginer un français en train d'appeler Louis XIV "petit père".

L'erreur d'analyse que font beaucoup est de croire que si les Russes renversent un régime (révolution bolchévique, chute de l'URSS), c'est parce qu'ils se sentent opprimés et désirent la liberté. Non, je pense que s'ils le font, ce n'est pas parce qu'ils jugent le pouvoir trop fort, mais tout simplement parce qu'ils n'ont plus du tout confiance en lui.

Je suis assez d'accord. Le problème c'est que c'est difficile de s'en rendre compte car, comme dans toute révolution, la gronde populaire est reprise par des penseurs qui vont théoriser la révolution et lui donner une idéologie qu'elle n'avait pas nécessairement à l'origine. Et c'est cette théorisation qui sera ensuite diffusée à l'étranger, comme si elle était à l'origine réelle du mouvement.

L'idée d'une perte de confiance dans la capacité du leader me paraît tout à fait pertinente. D'une certaine façon, ce que veut la "masse", c'est un pouvoir fort qui les protège à la fois de l'extérieur et des manigances intérieures. Je ne suis pas sûre que les Russes supporteraient des débats politiques comme on en rafole en France, où des politiques s'affrontent dans leur petit monde feutré en se disputant sur ce que les Français sont censés attendre de la politique, tout en vivant à des années lumières de ces mêmes français. Ces politiques qui se connaissent tous, s'observent et se plaisent à s'opposer dans des débats stériles n'a pas lieu d'être en Russie et surtout ne serait certainement pas accepté.

Peu importe les débats, ce qui compte en Russie, c'est la pratique. Si un leader sait tenir éloigné les menaces extérieures, s'il sait contrôler tout le petit monde des fonctionnaires, des hommes d'influence, des marchands, empêcheurs de bêcher son jardin en rond, alors il est un bon leader. Et s'il faut accepter pour cela, une limitation des libertés, et bien soit. La liberté, la démocratie, ne sont pas des fins en soit, ni des idéaux qu'il faudrait à tout prix atteindre.

Concernant les oligarques, ce sont des hommes d'affaires avisés, sans foi ni loi, qui ont profité du vide juridique pour se servir allègrement dans les actifs du pays. Pour être juste, il faut leur reconnaître le mérite d'avoir su moderniser ces actifs (principalement des industries lourdes) et d'en avoir fait des entreprises compétitives en les alignant sur les modèles de gestion occidentaux. Pour Poutine, il n'y avait aucun problème que les oligarques continuent leurs affaires, à la seule condition qu'ils ne s'occupent que de cela et ne se mèlent pas de politique. C'est pour cela que Berezovskiï est devenu persona non-grata. Concernant Khodorkovskiï, c'est une autre histoire, bien que la dimension politique y soit également pour beaucoup: tant que son groupe privé, Youkos, détenait les actifs pétroliers les plus importants du pays, tout allait bien, jusqu'à ce qu'il prévoit de les vendre à une compagnie américaine...

Il est assez clair que, dans la logique russe, si le pouvoir économique se mêle de politique, c'est le bordel assuré. Le politique est là, justement, pour séparer le pouvoir économique du reste du pays. Il est frappant de voir qu'en Russie, la majorité des gens ne se sent que peu concerné par les oligarques. Je n'en ai pas rencontré beaucoup qui s'agaçait de leur niveau de vie et de leurs exubérances, tandis qu'eux-mêmes galéraient avec leurs salaires ridicules. La plupart du temps, les Russes considèrent que les oligarques appartiennent à un autre monde. Les Russes n'ont à leur égard, de ce que j'ai pu constater, aucun sentiment, ni positif, ni négatif. Le rôle du leader, en revanche, est de protéger les petites gens contre la trop grande influence des oligarques. Les oligarques peuvent s'enrichir en paix, mais qu'ils ne se mêlent pas des affaires du pays.

Khodorkovsky, d'ailleurs, si sa situation fait scandale en occident, laisse les gens plutôt froids en Russie. Ils n'ont rien contre lui et considèrent que s'il ne s'est sûrement pas enrichi en vendant des parts de gâteaux à la sortie de la messe, sa condamnation, elle, relève des manigances de salons, et cela ne les regarde pas.

Autre élément marquant, c'est le système d'éducation en Russie: je fus sidéré de découvrir que les écoles sont généralistes, c'est-à-dire que les écoliers, collégiens et lycéens sont rassemblés dans un même établissement, malgré les différences d'âges abyssales. Il y a également un décalage énorme entre le corps professoral, issu de la vieille école soviétique et resté dans les anciennes valeurs socialistes, et les étudiants, complètement intégrés à la mentalité consumériste, devenus ultramatérialistes et qui semblent avoir perdu tout repère et tout sens de valeurs. La série "Shkola" de Viktorija Gaï Germanika, actuellement diffusée sur la chaîne TV "ORT-1yï kanal", est éloquante à ce sujet et décrit de manière parfaitement exacte le fonctionnement et la situation du système éducatif russe. En tout cas, le portrait qu'elle en brosse correspond tout à fait à ce que moi et bien d'autres avons pu voir et vivre.

Je ne connaissais pas cette série, je vais me renseigner dessus, elle a l'air tout à fait intéressante.

Pour ma part, ce qui m'a marqué dans le système éducatif russe, c'est la façon dont se passe l'apprentissage. Quand je travaillais à l'université à Pyatigorsk, j'étais frappé par le fait que tout était fondé sur l'apprentissage par coeur. Alors oui, les étudiants apprenaient le français à une vitesse hallucinante et avaient, qui plus est, une mémoire impressionnante. Ils apprenaient des listes de vocabulaires impressionnantes, des dates de l'histoire de france que même les écoliers de chez nous ont oublié depuis longtemps... mais à aucun moment, il n'était question de réflexion. Non que les Russes n'aient pas d'idée, mais on ne peut pas dire que l'esprit critique ou l'organisation des idées soient vraiment poussés par le système scolaire.

La Russie

Bardak · 2010-02-08

Juste pour compléter ce que tu disais sur le problème démographique en Russie, ci-joint deux articles, l'un du Monde, l'autre du Moscow Times sur la question, et notamment sur la proposition de Jirinovsky de légaliser la polygamie pour régler le problème...

Russie : prime à la naissance et polygamie pour doper les naissances ?

LEMONDE.FR avec AFP | 19.01.10 | 20h47

Le leader ultranationaliste russe Vladimir Jirinovski a proposé, mardi 19 janvier, l'instauration d'une prime à la première naissance et de la polygamie pour doper la natalité en Russie, des idées auxquelles le président Dmitri Medvedev a demandé à ses ministres de réfléchir.

"Je propose d'allouer 100 000 roubles pour une première naissance", a déclaré M. Jirinovski, leader du Parti libéral démocrate (LDPR), cité par les agences russes. Avec une telle prime, "je vous assure que la moitié des femmes désireuses d'interrompre leur grossesse changeront d'avis et voudront accoucher", a-t-il ajouté lors d'une réunion de responsables russes au Kremlin consacrée à la démographie.

Actuellement, l'Etat russe alloue une prime de 300 000 roubles (environ 7 000 euros) à la naissance d'un deuxième enfant, a-t-il rappelé. M. Jirinovski a également suggéré d'autoriser les hommes à épouser une seconde femme, laissant entendre que cette mesure permettrait d'encourager la natalité. "Si un homme obtient le droit d'épouser une seconde femme qui lui a donné un enfant, mais sans résilier son premier mariage et sans quitter sa première famille, il faut le laisser être responsable de sa deuxième famille", a affirmé le député.

MOINS 5, 8 MILLIONS D'HABITANTS DEPUIS 1993

M. Jirinovski a également proposé d'accorder une aide aux couples sans enfants, au nombre de six millions en Russie, surtout aux hommes dont la santé "se détériore sous l'effet de la pollution". "Si on en aidait ne fût-ce que 5 % , nous aurions près de 200 000 naissances supplémentaires par an", a-t-il calculé.

M. Medvedev, qui présidait cette réunion, a qualifié ces propositions de "très intéressantes" et chargé ses ministres de les "analyser". La population russe a reculé de quelque 5, 8 millions d'habitants depuis 1993 et compte aujourd'hui 142 millions d'habitants. Le gouvernement cherche depuis des années à enrayer ce déclin par des mesures encourageant la natalité.

Russia sees first population increase in 15 years

BBC Tuesday, 19 January 2010

Russia has bucked a long-term trend of population decline by recording its first annual increase in 15 years, its health minister has announced.

The population grew in 2009 by between 15, 000 and 25, 000 to more than 141.9 million, Tatyana Golikova said, quoting preliminary figures.

Much of the growth is due to a falling death rate and increasing migration.

But births also rose, with 2.8% more babies born last year than in 2008, the Russian health minister said.

Slow growth

The rise in population was predicted last month by Prime Minister Vladimir Putin who, as president, brought in policies to stem population decline.

The decline has traditionally been blamed on emigration, alcoholism, poor healthcare and poverty.

Low population predictions have been a key factor in economic forecasts which see Russia growing much more slowly over the next 20 years than China, Brazil and India.

US bank Goldman Sachs has said that a change in population forecasts could significantly change the long-term growth projections for Russia, whose economy contracted by at least 8.5% in 2009, its biggest annual decline in 15 years, Reuters news agency reported.

"Russia is perhaps the least predictable and possibly the one with the scope to surprise the most, " Goldman economist Jim O'Neill wrote, in a report last month, adding that Russia's economy could overtake Germany's in 2029 and Japan's in 2037.

Medvedev Steps Up Efforts to Boost Population

The Moscow Times 19 January 2010 By Nikolaus von Twickel

President Dmitry Medvedev on Tuesday promised to step up the fight against the country's dramatic demographic decline, boosted by the news of the first annual population increase since 1995.

But Health and Social Development Minister Tatyana Golikova warned that a host of negative factors need to be tackled, including a looming drop in women in their fertile years and sky-high abortion rates.

Golikova said Monday that preliminary statistics for last year showed that the country's population of 141.9 million had either remained stable or increased by 15, 000 to 25, 000 people.

The country's population has shrunk by 6 million since the Soviet collapse in 1991 because of economic hardship, rampant alcoholism and other factors.

Speaking at a Kremlin meeting of the presidential council for national projects, Medvedev said the state would focus on reducing infant and mother mortality rates, fighting alcohol and drug abuse and improving support for families and children.

Part of the government's effort is to build more maternity hospitals. The government promised back in 2008 to build 23 so-called perinatal centers by the end of this year. Medvedev said he would like to hear how construction has progressed.

Infant mortality — deaths under the age of 1 — has fallen to 8.1 children per 1, 000 births nationally but still stands at more than 10 in impoverished regions like Chechnya, which had a rate of 16.7 last year, Golikova said in a statement on her ministry's web site.

According to UNICEF, the infant mortality rate in 2007 was five deaths per 1, 000 live births in Britain and seven in the United States.

Golikova said last year's positive population figures were mainly achieved through an influx of immigrants, mostly from other former Soviet republics, while 1.76 million births could not replace 1.95 million deaths.

The minister told the council Tuesday that self-sustained population growth could only be achieved if the overall mortality rate were reduced by 5 percent annually through 2015, Interfax reported. Last year, she said, mortality was reduced by 4 percent.

Yet her ministry warned that the task would be complicated by an expected sharp drop in potential mothers. The share of women between 20 and 29, regarded as the most fertile age, is forecast to fall from a current 8.6 percent to 4.8 percent in 2020, the ministry said in an analysis posted on its web site.

Because of that, the ministry said, the country needs to significantly reduce the number of abortions, which is among the highest in the world.

Although abortion numbers have fallen by 23 percent over the past five years, they are still more than three times higher than in the United States. In 2008, Russia recorded 1.714 million births and 1.234 million abortions, which translates into a rate of 72 abortions per 100 births. Comparable U.S. statistics stand at 20 abortions per 100 births.

"Reducing abortions won't solve the birthrate problem by 100 percent, but by about 20 to 30 percent, " Golikova told reporters Monday, Interfax reported.

Medvedev did not mention the abortion issue Tuesday, but he said the state should increase cooperation with and support for nongovernmental organizations that assist children and families.

The president also announced a 15 billion ruble ($0.5 billion) program to modernize the country's education system.

Part of the initiative is to reform teachers' salaries by adding performance-related pay, Medvedev said. "This is not just about increasing salaries but a whole set of measures to motivate those who achieve very good results, " he said.

Education and Science Minister Andrei Fursenko announced this week that the country's pedagogical colleges, where teachers are trained, would be overhauled. "We have no shortage of teachers but a shortage of good teachers, " he was quoted as saying by Kommersant.

Teachers' salaries average at 11, 200 rubles ($378) nationwide and 36, 000 rubles ($1, 200) in Moscow, Fursenko said.

Statistics released by the Education and Science Ministry this week showed the dramatic effects of the demographic crisis on schools and universities.

While the number of first graders rose from 1.25 million in 2007 to 1.39 million in 2009 — the first increase in 12 years in 2009 — the overall number of high school students almost halved from 20.6 million in 1998 to 13.3 million last year.

The number of high school graduates fell from 1.25 million in 1998 to 900, 000 in 2009 and is expected to drop to 700, 000 in 2012.

As a consequence, university student numbers are expected to drop from the current 7.5 million to 4 million in the 2012-13 school year.

The country's population decline has dampened economic growth projections.

U.S. bank Goldman Sachs said in a report last month that Russia's economy could grow by 1.5 percent to 4.4 percent a year from 2011 to 2050, way behind the 3.6 percent to 7.9 percent annual growth projection for China or the 5.8 percent to 6.6 percent annual growth projection for India, Reuters reported.

The country's economy contracted by at least 8.5 percent in 2009, the biggest annual decline in 15 years.

La Russie

Cyril06 · 2010-02-09

Tout à fait, preuve en est d'ailleurs que le Tsar était appelé "petit père" par le peuple russe.

Et Staline aussi, qui était surnommé le "petit père des peuples" et qui recevait des lettres de doléances et confidences de la part des artistes, commissaires ou même petites gens, victimes des purges et qui voyaient leurs proches arrêtés par le NKVD et/ou se sentaient menacés à leur tour. Il est marrant de voir que même dans son avatar soviétique, la tradition russe demeurait.

Je suis assez d'accord. Le problème c'est que c'est difficile de s'en rendre compte car, comme dans toute révolution, la gronde populaire est reprise par des penseurs qui vont théoriser la révolution et lui donner une idéologie qu'elle n'avait pas nécessairement à l'origine. Et c'est cette théorisation qui sera ensuite diffusée à l'étranger, comme si elle était à l'origine réelle du mouvement.

C'est exact. Il convient à ce titre de distinguer les révoltes des révolutions: les premières sont généralement spontanées et éphémères et elles constituent plutôt une protestation contre des changements de situations défavorables, les secondes sont murement réfléchies, prônent des changements radicaux qui portent sur du long terme et sont donc plus du ressort des théoriciens qui leur donnent une dimension idéologique souvent très éloignées des préoccupations populaires immédiates.

L'idée d'une perte de confiance dans la capacité du leader me paraît tout à fait pertinente. D'une certaine façon, ce que veut la "masse", c'est un pouvoir fort qui les protège à la fois de l'extérieur et des manigances intérieures. Je ne suis pas sûre que les Russes supporteraient des débats politiques comme on en rafole en France, où des politiques s'affrontent dans leur petit monde feutré en se disputant sur ce que les Français sont censés attendre de la politique, tout en vivant à des années lumières de ces mêmes français. Ces politiques qui se connaissent tous, s'observent et se plaisent à s'opposer dans des débats stériles n'a pas lieu d'être en Russie et surtout ne serait certainement pas accepté.

En effet, je n'ai jamais vu sur les chaînes russes des débats politiques comme on en voit en France, à l'exception peut-être des périodes électorales. Sinon, selon ce que j'ai pu voir jusque là, on ne voit que très rarement des politiciens sur les plateaux télé et s'ils viennent, c'est en général pour discuter avec le public soit de politique extérieure, soit d'un problème bien précis. Bien que ça ne soit pas le même pays, j'en profite pour faire une comparaison avec l'Ukraine dans laquelle les débats politiques à la française ont pris de l'importance et sont devenue monnaie courante à la télé depuis 2004. Le résultat en est que la population ukrainienne est fatiguée de ces incessantes luttes politiciennes, ponctuées de débats, de dissolutions d'assemblées et d'élections législatives, le tout sur fond de crise économique qui a mis le pays exangue. Et c'est semble-t-il sans conviction qu'ils sont allés aux urnes le week-end dernier, la preuve en est qu'environ 7% des électeurs ont voté contre tous...

Peu importe les débats, ce qui compte en Russie, c'est la pratique. Si un leader sait tenir éloigné les menaces extérieures, s'il sait contrôler tout le petit monde des fonctionnaires, des hommes d'influence, des marchands, empêcheurs de bêcher son jardin en rond, alors il est un bon leader. Et s'il faut accepter pour cela, une limitation des libertés, et bien soit. La liberté, la démocratie, ne sont pas des fins en soit, ni des idéaux qu'il faudrait à tout prix atteindre.

Ce qui distingue d'ailleurs la Russie des anciennes puissances coloniales d'Europe, c'est qu'elle a créé un empire dans le but de favoriser uniquement ses propres intérêts, et sa politique extérieure actuelle est guidée dans ce sens. Les pays européens ont toujours ajouté à leur expansionnisme une dimension universelle, se donnant aussi pour mission d'aller "civiliser le monde". On retrouve ces motivations universalistes en Europe occidentale et aux Etats-Unis. Ce n'est que pendant la période soviétique que la Russie a pratiqué une politique "messianique". Il y avait alors un sacré décalage entre les membres du Politburo qui se préoccupaient plus du succès des révolutions en Angola ou au Nicaragua que de la situation économique et sociale de l'URSS, et la population pour qui le sort des sandinistes ou du régime castriste était le cadet de leurs soucis.

Khodorkovsky, d'ailleurs, si sa situation fait scandale en occident, laisse les gens plutôt froids en Russie. Ils n'ont rien contre lui et considèrent que s'il ne s'est sûrement pas enrichi en vendant des parts de gâteaux à la sortie de la messe, sa condamnation, elle, relève des manigances de salons, et cela ne les regarde pas.

Oui, et j'ajouterais aussi que les Russes ne pensent pas seulement que ça ne les concerne pas, mais surtout que ça les dépasse. Et beaucoup m'ont dit à propos de Khodorkovskiï "à chacun ses problèmes", ce que je peux comprendre quand je vois dans quelle situation vivent beaucoup de ménages russes.

Je ne connaissais pas cette série, je vais me renseigner dessus, elle a l'air tout à fait intéressante.

Elle est diffusée sur "Pervyï Kanal" à 18:20 (rediffusion à 23:30), voici le lien du programme, pour tous ceux que ça intéresse, qui comprennent le russe et possèdent cette chaîne sur la TNT:

http://www.1tv.ru/shedweek/

Sinon, il existe un site consacré à cette série:

http://vshkole.ru/

Pour ma part, ce qui m'a marqué dans le système éducatif russe, c'est la façon dont se passe l'apprentissage. Quand je travaillais à l'université à Pyatigorsk, j'étais frappé par le fait que tout était fondé sur l'apprentissage par coeur. Alors oui, les étudiants apprenaient le français à une vitesse hallucinante et avaient, qui plus est, une mémoire impressionnante. Ils apprenaient des listes de vocabulaires impressionnantes, des dates de l'histoire de france que même les écoliers de chez nous ont oublié depuis longtemps... mais à aucun moment, il n'était question de réflexion. Non que les Russes n'aient pas d'idée, mais on ne peut pas dire que l'esprit critique ou l'organisation des idées soient vraiment poussés par le système scolaire.

Je suis d'accord, même si j'ai eu droit à des cas variés et différents: quand j'enseignais à l'Université Polytechnique de Tomsk, j'ai eu des élèves de premières année qui avait fait 7 ans de français à l'école et ils ne savaient toujours pas conjuguer les auxiliaires être et avoir, ni me citer les mois de l'année ou les jours de la semaine. Ils m'avaient expliqué qu'à l'école, on leur avait fait vaguement écouter des cassettes avec des conversations insipides "bonjour, je m'appelle ..., comment ça va...". Ils apprenaient alors certaines phrases par coeur sans savoir vraiment ce qu'elles signifiaient. Et surtout, on ne les avait jamais incités à former eux-mêmes des phrases en français! D'autres étudiants avaient un meilleur niveau mais ils étaient soit issus de classes sociales plus favorisées et avaient pu bénéficer auparavant de cours particuliers, soit ils étaient en deuxième ou troisième année et avaient donc déjà fait des progrès à l'université.

La Russie

Cyril06 · 2010-02-09

Juste pour compléter ce que tu disais sur le problème démographique en Russie, ci-joint deux articles, l'un du Monde, l'autre du Moscow Times sur la question, et notamment sur la proposition de Jirinovsky de légaliser la polygamie pour régler le problème...

Merci Bardak pour les articles. En effet, j'avais entendu parler de la proposition de Jirinovskiï de légaliser la polygamie en Russie. Et Medevedev a promis qu'il l'étudierait avec attention. Ouais... Bon, connaissant les frasques et les provocations de cet extrêmiste notoire, ce genre de proposition est aussi farfelu que son auteur, mais venant de sa part, mais ça ne m'étonne plus... Non, je pense que c'est tellement peu sérieux que j'ai du mal à concevoir que Jirinovskiï y croit lui-même, s'il lui reste bien entendu une dose de bon sens, ce qui n'est pas sûr. La polygamie est contraire aux valeurs morales et culturelles qui priment dans la société russe.

Le problème démographique est très grave et contrairement à ce qu'en disent les statistiques qui constatent pour la première fois un excédent des naissances sur les décès, il est loin d'être réglé. Si le nombre des naissances a augmenté, c'est surtout parce que le nombre de femmes en âge de procréer, issues de la génération des années 80, à augmenté lui-aussi. Mais le taux de fécondité reste catastrophiquement bas et cela s'en ressentira douloureusement dans les 25 prochaines années. D'ailleurs certains spécialistes prétendent que l'embellie actuelle n'est que de la poudre aux yeux:

http://www.geopopulation.com/...-population-en-2009/

La prime à la naissance n'est pas suffisant non plus. Le problème principal qui devrait être traîté en premier d'ailleurs, c'est bien le taux de mortalité trop élevé. Les mesures sanitaires prise jusque là pour le réduire et l'amener au niveau européen ne sont pas suffisantes. Et surtout je ne vois pas comment le pays réussira à en combattre la principale cause, à savoir l'alcoolisme. Je déteste tous les stéréotypes, en l'occurrence ici celui qui réduit Russie à vodka, mais l'alcoolisme n'en est malheureusement pas un: j'ai vu trop souvent d'exemples pour l'affirmer. C'est pour cela que je suis pessimiste quant à l'avenir démographique de la Russie.

Mais il ne faut pas perdre espoir quand même, car la Russie a déjà prouvé par une capacité de mobilisation exemplaire, qu'elle pouvait surmonter des défis. Je prends exemple sur l'épidémie de Sida qui a explosé en Russie à la fin des années 90. En 2001, des experts avaient dressé des prévisions très sombres, prévoyant un effondrement démographique du au VIH qui toucherait dans 10 ans plus de 7 millions de personnes en Russie. Or il n'en a rien été: actuellement, bien que la sitation soit sérieuse, elle n'est pas aussi catastrophique que l'avaient prévu les experts, et cela grâce à une mobilisation sans précédent des pouvoirs publics:

http://www.geopopulation.com/...du-sida-vih-en-2009/

La Russie

Catdecannes · 2010-02-10

Bonjour,

Moi, j'y suis allée avec mon mari en 2008. et mon fils 25 ans y va début Mai 2010.avec le sac à dos, et un petit budget, si vous pouvez lui donner des infos, c'est bien venu. comment ce loger à pas cher, de quoi faut il faire attention..... Pour moi! Moscou et St peterbourg c'est très jolie, mais alors!! Le choc, quant on est dans la russie profonde, les campagnes sont si pauvres, je n'en reviens pas. c'est un pays à deux vitesse, et même trois.J'y suis restée 15 jours.J'y retourne avec plaisir, mais à une autre saison. j'y suis allée en septembre.

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