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Groenland en ski / pulka: fjord d'Uummannaq - péninsule de Nugssuaq

Discussion started by Pierresd on 2019-03-25

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Groenland en ski / pulka: fjord d'Uummannaq - péninsule de Nugssuaq

Pierresd · 2019-03-25

Fin décembre 2018 : c’est la période de préparation de la randonnée en ski nordique et pulka du mois de mars. Il faut constituer l’équipe, choisir la destination, réunir le matériel… L’examen des cartes des glaces montre que tout le réseau de fjord dans la région d’Uummannaq sur la côte Ouest du Groenland est relativement bien pris. Les montagnes de la presqu’île de Nugssuaq semblent être un bon terrain de jeu : à l’intérieur de la presqu’île, un système de larges vallées et de lacs permet de rejoindre le fond du fjord d’Uummannaq. Une boucle en ski nordique/pulka entre montagnes et banquise se dessine peu à peu sur le papier et pendant les vacances de Noël nous prenons nos billets pour Qaarsut, petit village au sud d’Uummannaq. Pour l’équipe cela sera assez simple : nous partirons à deux. Nous nous connaissons depuis 2 ans et avons déjà effectué ce type de voyage. Nous avons cherché en vain d’autres personnes pour être trois ou quatre ou plus mais entre le budget, la disponibilité et le matériel spécifique, réunir un groupe est vraiment l’étape la plus compliquée du voyage ! Dommage, à deux, que ce soit au niveau de la sécurité et de l’entente collective la marge est plutôt réduite… Nous organisons au fil des semaines le voyage et le trajet. Depuis Qaarsut, nous gagnerons Uummanaq en ski pour nous ravitailler. Puis, nous franchirons les montagnes de Nugssuaq par un col glaciaire à 1300 m. Depuis la mer et en début de séjour avec les pulkas pleines cette ascension constitue la principale incertitude du parcours. Grâce à Google Earth et des images aériennes piochées dans un reportage de Faut pas Rêver dans la région, nous pouvons bien préparer cette étape glaciaire : la pente flirte avec les 10° en moyenne et les crevasses sont visiblement peu nombreuses. Nous sommes quand même contraints de prendre tout le matériel spécifique : cordes, baudriers, matériel de mouflage… Après le glacier, le parcours sera plus plat et plus tranquille, à l’intérieur de Nugssuaq un chapelet d’immenses lacs nous ramènera sur la piste reliant les villages d’Ikerasak et de Qaqertaq, cette dernière débouche ensuite sur le fjord d’Uummanaq. Une fois sur le fjord, selon l’avance, soit nous rentrerons sur Qaarsut au plus court, soit nous poursuivrons le voyage dans les multiples bras de mer. L’engagement reste limité, le parcours est encadré de villages que ce soit au sud ou au nord de plus la banquise est largement parcourue par les pêcheurs et les habitants des villages. D’après la carte au 1/250 000 de la région, quelques cabanes ponctuent le parcours notamment sur la banquise, nous verrons sur place si elles existent encore et disposent d’un moyen de chauffage, nous comptons davantage sur la tente que sur ces abris. Les ours sont apparemment peu nombreux dans la région mais chaque année quelques uns sont quand même signalés sur le fjord d’Uummannaq. Emporter un fusil et un système d’alarme semble être prudent. Nous contactons l’agence UummannaqSeasafaris basée à Uummanaq et gérée par Paaluk, natif de la région. Il nous loue donc un fusil pour les quinze jours de notre périple. Nous trouvons quelques récits de rando en été sur Nugssuaq mais pas grand-chose en hiver (à part un recit de Marc Breuil sur l’île d’Upernivik plus au nord). Toutefois grâce à Paaluk et à d’autres habitants d’Uummannaq nous savons que la banquise sera excellente, cette année dès mi janvier le fjord est praticable en traineau. Du fait des contraintes professionnelles, nous partons les 15 premiers jours de mars. Ce n’est pas une date optimale : c’est la période la plus froide de l’année et la durée du jour bien qu’augmentant rapidement est relativement courte. En début de séjour, dès 18h, dans la tente nous aurons besoin de la frontale. De plus, le rayonnement solaire est plutôt faible : nous constaterons qu’à 14h en plein soleil, la température est presque identique (comprendre tout aussi basse) qu’à 7h du matin à l’ombre. Partir fin mars/début avril est une option plus confortable pour profiter de la chaleur du soleil….

J-30 Afin de limiter un peu les excédents aériens nous tentons d’envoyer un colis de 10kg de nourriture avant notre arrivée à Uummannaq via la poste française. Paaluk accepte de réceptionner le colis à une seule condition : qu’il contienne à son attention 6 bières Heineken. Le colis est envoyé depuis la poste de Chorges (05) avec de la semoule, des pates et les 6 bières pour 30 euros (presque 6 fois moins cher que l’excédent aérien)

J-15 Surprise dans la boite aux lettres : le colis est revenu, aucune explication n’est donnée, tant pis nous achèterons tout sur place.

28 février Jour de départ. Après le boulot nous partons pour Marignane pour la première partie du voyage : se rendre à Copenhague avec un vol Air France via Paris où nous avons le lendemain notre vol Air Greenland pour Qaarsut. C’est l’étape critique du voyage, les billets Marseille-Copenhague et Copenhague-Qaarsut sont complètements indépendants et une perte ou retard des bagages serait compliquée à gérer d’autant que le vol n’est pas direct, nous avons une escale à Roissy. Mais à l’atterrissage à 23h, avec soulagement nous constatons que tout notre barda est sur le tapis de l’aéroport de Copenhague. Nous filons à l’hôtel.

1er mars Au matin, nous voilà à la pesée des bagages : entre les skis, les pulkas, le matériel grand froid, 4 kilos de semoule et 2 kilos de pâtes, nous ne sommes finalement pas si mal : 45 kilos en tout pour 40 kilos autorisés. L’excédent de 5 kilos à payer est raisonnable. Dans sa course à la modernisation le Groenland a oublié un facteur essentiel dans le développement du tourisme nature : vendre de la semoule dans ses supermarchés. Il faut à chaque fois l’emmener de France et à 17 euros le kilo d’excédent, cette dernière a une saveur bien particulière. Nos bagages à mains ne sont pas pesés… Cette étape passée, il nous reste 3 escales groenlandaises (Kangerlussuaq Aasiaat, Ilulissat) avant d’atteindre notre destination. Le dernier tronçon entre Ilulissat et Qaarsut survole la péninsule de Nugssuaq et pour notre plus grand bonheur nous observons presque l’intégralité de notre parcours et constatons que tous les voyants sont aux verts : l’enneigement semble correct, les crevasses bouchées et aucune tâche grise ne souille la banquise. Avec nostalgie j’observe également mon tour de l’île Arve Princess effectué en kayak en Aout 2018. A 15h20 comme prévu nous voilà à Qaarsut. Dès l’arrivée, le contre la montre est lancé lorsque nous apprenons par l’agent de sécurité que le magasin situé à quelques kilomètres ferme à 16h30. Nous n’avons pas de nourriture ni pour ce soir ni pour rallier Uummanaq le lendemain. Nous déballons au mieux les pulkas et je file à skis au plus vite vers le village et entre dans le magasin à 16h30. J’entends le caissier qui me dit « It’s closing » et je prends en vrac comme je peux : salami, eau, biscuits, tortillas. Ouf, nous avons à manger. Entre temps les employés ont fermé la porte, je dois leur faire rouvrir pour sortir… Bien fatigués par le décalage, nous montons la tente en bordure du village et enfin prenons le temps de regarder le décor des 15 prochains jours : dans toutes les directions des falaises de 1000m ou plus, entourées de glace et d’icebergs.

Nous sommes déjà comblés alors que notre périple n’a pas commencé !

2 mars -18°C au réveil, il fait plutôt beau même si une petite brume voile certains sommets. Lors du démontage de la tente nous sommes ravis d’une amélioration technique sur les arceaux qui va révolutionner nos randonnées nordiques (rien que ça) : nous avons enduit de graisse mécanique les parties mâles et femelles des arceaux : ils sont donc très faciles à déboiter (ils avaient tendance à se coincer sous l’effet du givre). A 5h45 nous sommes sur les skis direction Uummannaq que l’on distingue 20 km plus à l’est. Pour nous, cette étape n’est pas anodine puisqu’elle s’effectue entièrement sur la banquise et à plusieurs kilomètres du rivage. Notre expérience de la banquise se limite à de la banquise de fond de fjord bien uniforme. Ici le fjord est large de plusieurs dizaines de kilomètres, la banquise n’est pas lisse mais comporte de nombreuses petites zones de pression chaotique mais avec soulagement nous constatons qu’elle est sillonnée de traces et même parcourue en voiture par les locaux… Nous prenons conscience de l’immensité du fjord quand, après 2h de ski, Qaarsut semble toujours aussi proche de nous et Uummannaq toujours aussi loin.

Comme nous n’avons qu’un jour de nourriture à tirer, les pulkas sont légères, nous avançons rapidement et rejoignons Uummanaq vers 13h. Nous sommes donc au pied de la fameuse montagne en forme de cœur que nous avons vue en photos des dizaines de fois. L’île d’Uummannaq est vraiment majestueuse et une bonne partie du séjour nous distinguerons au loin cette belle montagne.

A 14h, nous voilà devant le Pilersuisoq de la ville pour nous ravitailler et pour notre plus grand déplaisir nous constatons qu’il ferme dans une heure (fermeture à 15 h le samedi sinon 16h30 les autres jours, fermé le dimanche) or nous avons 15 jours complets de nourriture à acheter. Se tromper dans les quantités dans un sens comme dans l’autre serait dommageable. Nous trouvons tout ce dont nous avons besoin : muesli, cruesli, pain noir, tortillas, fromage, salami, confiture, beurre, biscuits mais seulement 2 litres d’essence C alors qu’il nous en faudrait 8. Nous avons également acheté 4 litres d’alcool à brûler (Sprit) pour nous chauffer un peu sous la tente grâce à un bruleur à alcool. A Qaarsut comme à Uummannaq, de l’alcool à brûler était disponible en grande quantité en rayon, nous regrettons grandement de ne pas avoir pris deux réchauds à alcool bien plus fiables et faciles d’utilisation que nos deux réchauds à essence. Dehors, toujours par -18°C avec un petit vent, nous rempaquetons nos vivres dans des sacs de congélation afin de s’alléger des multiples emballages. Statiques et sans les gants nous sommes glacés.



Reste le problème de l’essence. Il n’y plus qu’une seule solution : la pompe à essence du port. Un groenlandais nous débloque d’une situation qui aurait pu durer : pour sélectionner la pompe à essence sur l’interface de paiement, il faut d’abord retirer la carte bleue... Nous remplissons de super (benzin) 3 bouteilles de 2 litres d’eau préalablement vidées. Nous nous salissons bien les mains et les gants lors de cette opération et une odeur d’essence nous accompagnera tout le séjour… Nous sommes un peu inquiets quand à la qualité de l’essence surtout que nos bouteilles d’eau n’étaient pas sèches, l’essence contient des petits cristaux de glace… Alors que nous appelons Paaluk pour le fusil, ce dernier vient à notre rencontre en voiture avec le fusil et les cartouches qu’il nous remet sur le parking du magasin. Nous voilà donc fin prêts avec notre nourriture, le carburant et notre fusil à pompe calibre 12. Toujours bien fatigués par le voyage et le décalage nous montons la tente sur la mer à côté de la ville. Seuls quelques centimètres de neige recouvre la banquise et faire des ancrages solides pour la tente n’est pas facile... A notre campement, Jimmy, un musher français au Groenland pour la saison vient à notre rencontre et nous prévient qu’un ours a été signalé « par là » en nous montrant pile la direction de l’étape de demain… Nous montons donc l’alarme dès cette nuit : tout fonctionne, les 4 détecteurs de mouvements se déclenchent correctement dès que quelque chose entre dans leur périmètre de détection. Dans la tente, nous essayons les réchauds, tout fonctionne aussi. Lors de l’allumage, la phase de préchauffage est effectuée avec de l’alcool à brûler versé directement dans la coupelle du réchaud. Cela est bien plus commode qu’avec de l’essence liquide qui une fois en feu, produit dans un nuage de vapeur et de suie, de hautes flammes jaunes qui encrassent le réchaud… Nous nous endormons, détendus, après ces deux journées où en bons européens nous avons toujours été pressés par le temps dans ce pays où il est censé s’arrêter !

3 mars Réveil à 5h45, -15°C, beau temps mais une épaisse brume stagne sur le fjord ne laissant que quelques centaines de mètres de visibilité. Sans repère sur la banquise, l’orientation est compliquée et le GPS nous aide franchement pour gagner l’entrée de la vallée glaciaire située à 20 km au sud-est de la ville. A14h, la brume se dissipe, il fait beau. Peu à peu nous entrons dans la vallée où le fameux glacier et ses 1300 m de dénivelé nous attendent. L’accès à la langue du glacier se fait par une rivière gelée recouverte de neige, c’est très commode par rapport à la montagne de cailloux et d’éboulis déneigés qui bordent les rives.

Le mur frontal du glacier qui nous inquiétait est raide mais sans difficultés majeures même si sur les 150 premiers mètres il faut tirer bien fort sur les harnais. Ensuite la pente s’adoucit, nous nous enfonçons dans le cirque. Après 300 m d’ascension nous montons la tente sur le glacier vers 17h. Cette fois nous pouvons le dire : l’ambiance est exceptionnelle, la vue sur le fjord porte loin et 2 immenses murailles de 800 m entourent la tente. Il n’y a plus aucune trace humaine.

4 mars Réveil à 6h, -18°C, nuageux mais de belles éclaircies permettent de deviner le ciel bleu notamment en direction du col à franchir ce qui nous décide à poursuivre l’ascension. Nous progressons dans ce cirque de glace et de roches, nous sommes surplombés par des aiguilles et des cathédrales de granit de plusieurs centaines de mètres de hauteur.

L’enneigement dans la région est plutôt faible (200 mm de précipitation par an à Uummannaq) et peut constituer un obstacle au ski nordique et sur le glacier une petite couche de 10 cm seulement recouvre la glace mais c’est suffisant pour se passer des crampons. Le rythme de montée est plutôt bon : 200 mètres à l’heure et nous sommes rapidement devant le ressaut terminal à 900 mètres. Comme vu sur Google Earth, ce dernier est protégé par une barre de crevasses et de séracs mais en rive gauche un passage beaucoup moins exposé est effectivement présent. Nous nous encordons mais attirés par une contre pente saine nous nous éloignons de l’itinéraire prévu. C’était une erreur puisque nous nous retrouvons dans une zone de crevasses invisibles du bas. Heureusement le passage est court, peut être une centaine de mètres, et nous retrouvons rapidement un endroit plus sûr. Vers 1100 m, par un petit vent glacial, nous nous accordons une pause pique- nique de… 10 minutes tellement il fait froid. La côte 1300 mètres est atteinte et nous sommes enfin sur le plateau sommital large et long de plusieurs kilomètres. Cette zone plate nous permet de souffler un peu après cette longue montée.

Les sommets sont bouchés et le plafond nuageux menace de s’abattre sur nous. N’ayant aucune envie de nous retrouver sans visibilité sur le glacier nous traçons de plus belle vers la pente de sortie. Nous entamons la descente en fin d’après midi, sans les peaux de phoque c’est avec plaisir que nous voyons défiler les kilomètres et les dénivelés sur une pente idéale pour la pulka. Le camp est monté sur le glacier à quelques centaines de mètres du mur terminal. Il fait un peu plus froid que les jours précédents : -20°C et les détecteurs de mouvement sonnent en permanence : pas le choix il va falloir se passer d’alarme. Comme tous les soirs nous envoyons notre position à l’aide d’une balise SPOT.

5 mars -18°C encore, et réveil à 6h pour poursuivre la descente. Le glacier se termine par une succession de magnifiques murs bleus de glace vive mais en rive droite un passage facile permet de rejoindre la rivière exutoire. Contrairement à sa jumelle de la rive nord, de l’eau s’écoule sur la glace la rendant impraticable et c’est dans les langues de neiges des pierriers morainiques que nous nous frayons tant bien que mal un chemin.

La neige est tellement légère que même dans les zones d’accumulation, 50 cm de neige ne permettent pas d’éviter les rochers sous jacents. L’immense vallée intérieure de Nugssuaq est désormais devant nos spatules, la partie glaciaire est franchie, nous envisageons la suite du voyage beaucoup plus sereinement… L’entrée dans la vallée donne l’impression de pénétrer un sanctuaire tout est blanc, grand, silencieux et sans aucune trace.



Nous progressons seuls au monde sur une large zone plate en direction du premier grand lac : le Sarqap taserssua. Un vent relativement fort nous oblige à rajouter des couches. Au loin quelques rennes fuient à notre approche. Lors de la montée du camp en face de l’île centrale du lac il fait désormais -25°C.

La nuit est glaciale et je dois me lever pour enfiler d’autres couches. Je dors avec 2 grosses polaires, la gore tex et un masque sur le visage : ça va beaucoup mieux. Vers 1h du matin un bruit de bâche nous réveille et il faut sortir pour lever le doute, ni ours ni renard, sûrement le bruit de la tente.

6 mars 6h, -28°C dans la tente et grand soleil. J’enfile d’autres couches au niveau des jambes et ma tenue sera identique ou presque de jour comme de nuit pour les 10 prochains jours. En bas, par-dessus mon sous-vêtement, un caleçon en laine, un caleçon polaire et un pantalon de ski de rando (coupe vent) en haut un T-shirt manche longue en laine, une grosse polaire, une autre grosse polaire et la gore tex pour la tête, tour de cou en laine, cagoule en soie, toque canadienne et masque néoprène sur le visage pour les mains, moufles en laine, sur-moufles coupe-vent et parfois le matin sur-moufles fourrées pour les pieds, chaussures de ski nordique, semelles en laine et deux paires de chaussettes en laine. La doudoune n’est utilisée que pour les pauses ou les arrêts. Nous poursuivons sur le lac où il fait maintenant -30°C avec un petit vent, le seul moyen de se réchauffer est d’accélérer…

A midi en plein soleil il fait toujours -30 (mais le vent s’est calmé), nous quittons le premier lac et montons le camp à l’extrémité est du deuxième : le Tasingortaq.

7 mars 6h, -29°C, beau temps, comme chaque jour nous mettons 1h45 à lever le camp et avant 8h nous sommes donc en route pour la traversée du Uigordeq, le dernier lac du chapelet avant une partie un peu plus montagneuse. La jonction pour rallier le lac est en neige profonde et la vitesse de progression ralentie considérablement nous laissant perplexes quant aux 15 kilomètres de la traversée.



Heureusement, sur le lac, le vent a fait son travail et la neige porte enfin. La température remonte au fil des heures, -20°C, -15°C et -10°C à la pause pique- nique. Nous atteignons le bout du lac où 200 mètres de remontée nous attendent avec au milieu de la pente un ressaut pierreux et neigeux dont le franchissement semble problématique même si ce dernier ne fait même pas 30 m de haut. Nous longeons la congère en quête d’un passage et c’est finalement en revenant sur nos pas complètement à notre droite qu’une écharpe de neige nous parait skiable entre les cailloux. Après un fort coup de reins nous sommes au sommet de l’obstacle sous un temps presque tempétueux mais comme il fait -5°C, le vent est largement supportable. Nous avons gagné 25 °C en quelques heures. Plus loin, sous la muraille de la montagne Majoriarssuatsiaq nous retrouvons la piste qui relie Ikerasak et Qeqertaq : les premières traces d’activité humaine après 4 jours de solitude. Nous voyons même passer un traîneau puis des motoneiges lors de la montée du camp. Après 7 jours consécutifs de bivouac en tente, les duvets commencent à être bien englacés et nous espérons demain déboucher sur le fjord ou apparemment une cabane avec un poêle serait présente.

8 mars Grand soleil et retour du froid (-20°C) après l’après midi de répit de la veille.

Nous nous mettons en route pour une étape descendante vers le fjord. Pas de problème d’orientation pour choisir la gorge de descente, il suffit de suivre les traces. Après un premier ressaut assez raide, la piste rejoint le lit d’une rivière, très encaissée et dépourvue de neige : nous évoluons sur son lit de glace vive et les crampons s’imposent pour poursuivre vers le fjord. Cette partie est toutefois très jolie, la glace offrant des couleurs et des formes très variées.

Le fjord apparait peu à peu et à l’estuaire de la rivière le toit d’une cabane se dessine. Le poêle est encore tiède et il fait 10°C à l’intérieur. Ni une ni deux nous suspendons les duvets sur un fil et profitons d’une pause pique-nique au chaud bien assis sur la banquette. L’après midi je monte seul au cap Eqaluit qaqat. Sans la pulka j’ai l’impression de voler. A presque 400 m au dessus de la mer je regarde le soleil se coucher sur le fjord, les couleurs sont magnifiques.

De retour à la cabane, nous voyons arriver assez tard dans la soirée deux pêcheurs. Pour notre plus grand bonheur ils remplissent le réservoir de pétrole et démarrent le poêle. La température monte et dépasse les 25°C. Toutes nos affaires sèchent ! Nous sommes un peu honteux de ne pas avoir rapporté de la glace à fondre après avoir préparé notre propre repas. Dehors des aurores pâlichonnes sortent derrière la cabane. Nous dormons déjà tandis que les pêcheurs préparent leur palangre de plusieurs centaines d’hameçons.

9 mars Nous sommes au fond du fjord d’Uummannaq à 55 km à vol d’oiseau de la ville et il nous reste 10 jours complets de vacances. Nous allons pouvoir ralentir l’allure et s’offrir des journées de skis sans les pulkas. Nous commençons donc dès aujourd’hui et partons en direction du front du glacier de Qarajaqs à l’est de la cabane.

A l’ombre des murailles de falaises il fait assez froid : -25°C. Nous approchons le cap Nugarssuk où nous comptons prendre de la hauteur pour dominer le front côtier du glacier mais la progression se complique à cause des crêtes de pression sur la banquise.

A quelques centaines de mètres du cap il faut renoncer, devant nous c’est un enchevêtrement de blocs de glaces et d’icebergs.

Nous tirons vers le fjord de Qarassapima en direction d’une cabane figurant sur la carte que nous apercevons aux jumelles. Elle est occupée par un pêcheur qui, sans gants par -20°C, appâte les hameçons de ses lignes. Il parle un peu anglais et nous apprenons que le flétan du fin fond du fjord d’Uummanaq est attrapé grâce à des calamars argentins (dont les boites en cartons spécifient même qu’il doit être conservé à -18°C). En milieu d’après-midi nous rentrons à notre cabane avec en chemin l’arrêt fusil. Notre expérience en arme à feu est très limitée et comme nous abordons la partie banquise du séjour nous nous essayons au tir contre un iceberg. Dire que c’est un échec serait insuffisant. Je rate l’iceberg qui doit faire un bon mètre cube alors que je suis à 5 m et Eric échappe le fusil qui lui gicle des mains lors du coup de feu. Bon, il faut dire que viser avec un fusil à pompe est assez dur et que le recul est énorme ! Cette fois, nous nous arrêtons prendre de la glace d’iceberg pour les pêcheurs et nous mais nous peinons à récolter de misérables petits blocs avec le piolet en aluminium. A notre arrivée devant la cabane, nous constatons qu’ils avaient déjà déposé 3 énormes bouts de glace…

Le poêle est resté allumé toute la journée et le thermomètre atteint 40°C ! Les pêcheurs arrivent dans la soirée, nous comprenons à force de geste qu’ils viennent de Qeqertaq pour pêcher dans le fjord d’Uummannaq quelques jours. Ils iront vendre le poisson à Ikerasak le lendemain.

10 mars -20°C, temps grisâtre, peu engageant. Nous quittons notre cabane sauna au petit jour avec les pulkas. A tort ou à raison nous craignons les ours puisque nous serons maintenant sur la banquise pour les prochains jours et plus dans les montagnes de Nugssuaq. Nous avons beau nous répéter qu’ils sont très rares dans le coin mais la nuit, sans alarme, nous ne dormirons pas sur nos deux oreilles. Pour la suite du séjour nous visons donc soit les villages soit les cabanes afin que les nuits soit reposantes. Nous partons pour Ikerasak dont la montagne est presque la jumelle de celle d’Uummannaq. Nous entrons dans le village en milieu d’après midi. Il y a une belle ambiance : nous sommes dans un village de carte postale de pêcheurs du bout du monde. Le Pilersuisoq est fermé en ce dimanche (sinon 9h-12h/13h30-16h30) mais une autre superette est ouverte et nous achetons des Wasa pour changer du pain noir. Le caissier nous montre la pompe à eau qui, dans les villages du Groenland, est une petite cahute bleue. Le camp est monté sur la banquise au milieu des chiens. La routine est bien en place : la tente est installée rapidement et la préparation du repas du soir suit un rituel rodé. D’abord la fonte de neige pour l’eau des 4 thermos du lendemain. Les deux réchauds sont allumés dans la tente sur une planche, la neige ou la glace d’iceberg est également stockée à l’intérieur dans une bassine pliante.

Puis vient ensuite la fonte de l’eau du soir pour le repas et la boisson. En parallèle, dans deux boites à glaces nous préparons 250 g de semoule ou de pâtes, 125 g de salami, 150 g de fromage, une lichette de beurre, le tout agrémenté d’une sauce en poudre. Après 5 minutes à tremper dans l’eau bouillante, ce plat est exquis avec ses 2 cm d’huiles en tout genre qui surnagent au dessus de la semoule. Nous le prenons à la chaleur du brûleur à alcool. Entre le moment où nous décidons de nous arrêter et le moment où nous entrons dans les duvets, il s’écoule en général 3h ou 3h30. Pour assurer notre confort et être à l’aise nous avons une tente 4 places.

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Pierresd · 2019-03-25



11 mars Réveil à 5h, -18°C, départ à 6h15. L’étape sera longue, nous visons le village de Saatut à 35 km à vol d’oiseau. Il nous faut d’abord franchir deux caps avant une longue traversée au milieu du fjord. Les falaises de granit rougeâtre qui nous entourent sont magnifiques, il fait très beau et nous avançons rapidement. Nous apercevons notre premier et dernier phoque du séjour. Après la pause pique-nique nous entamons la traversée de 20 km qui semble bien longue. En début de soirée, alors que nous errons sur le fjord, la brume se lève, la température descend, une belle ambiance s’installe.

Nous sommes perdus dans le brouillard de banquise avec comme seul repère au loin les lumières de l’île de Saatut qui émergent du brouillard. A 20h nous sommes au village, la tente est montée sur l’île un peu à l’écart.

12 mars Petite grasse matinée après l’étape de la veille et réveil à 8h. Le soleil commence à dissiper la brume sur le fjord. Nous laissons la tente sous la garde des chiens du village et partons pour une journée sans pulkas en direction de l’île d’Agpat. La traversée du village de Saatut par -28°C enrobé de brume givrante est féérique. Nous visons l’embouchure d’un petit bras de fjord nommé Umiasugssup ilua sur le bord est de l’île d’Agpat. Ici les parois tombent à pic dans la mer, le cirque du fjord est très impressionnant.

Nous franchissons un bras de terre pour couper le cap de l’île.

A 150 m d’altitude nous mangeons face aux petites îles juste au nord de Saatut. C’est magnifique et le soleil commence à rayonner davantage qu’en début de voyage, nous sentons un peu sa chaleur surtout en début d’après midi.

Nous nous arrêtons 1h, probablement le record d’immobilité dehors pour l’instant. Retour au camp à Saatut. Parfois, un des deux réchauds en pleine combustion arrête subitement de vaporiser l’essence qui arrive donc liquide dans le brûleur en créant de hautes flammes jaunes. Il faut alors l’arrêter, le préchauffer à nouveau et le redémarrer.

13 mars Nous levons le camp en vue de tirer à l’est et rejoindre une cabane à l’entrée du grand fjord d’Itivdllarssup kangerdlua. Il fait…-33°C ce qui ralenti un peu le démontage du camp. Il fait très beau. Un pêcheur nous dépasse en nous montrant son phoque fraichement tué. Plus loin sur la banquise une tâche blanche se dessine, il s’agit d’un chien mort congelé, nous n’avons pas d’explications. La cabane est bien là, mais le poêle est cassé il fait donc -20°C à l’intérieur (soit 8°C de plus que dehors).

L’après midi est à peine entamée et nous montons au sommet du cap Qinguqaqa à 430 m d’altitude. La fin est effectuée à pied tant la neige manque. Le nombre de traces de lagopèdes, de lapins et de renards est impressionnant.

Les réchauds sont trop petits pour chauffer la cabane et le repas du soir est rafraichissant. A minuit je me lève pour regarder s’il y a des aurores boréales dans le ciel étoilé mais lorsque j’ouvre la fermeture de mon duvet celle-ci me reste dans les doigts. Me voilà obligé de bricoler de nuit dans cette cabane glaciale, en vain le duvet reste grand ouvert. Je rêve du fabricant au chaud dans son lit pendant qu’un courant d’air à -20°C enserre mon duvet et me glace le corps. Il devrait être ici à ma place dans son soit disant sac de couchage de l’extrême, ouvert aux 4 vents et dont la pièce maitresse a cassé après…10 nuits d’utilisation. Il n’y avait pas d’aurores boréales…

14 mars Mauvais réveil à 5h45. Il faut réparer la fermeture sinon la suite du séjour risque d’être compliquée. Je coupe à la scie à métaux l’ergo métallique qui empêche la deuxième et dernière tirette de sortir du rail de fermeture. Je la retire du rail, l’inverse de sens et ouf derrière la tirette, la fermeture à éclair se referme. Il faudra par contre la fermer depuis l’extérieur du duvet, heureusement que nous sommes deux. Par -27°C et sous le soleil nous mettons le cap sur l’île Ukalilik, sans les pulkas nous gagnons le sommet de l’île à 339 m.

Comme toujours dès que l’on prend de la hauteur : la vue est grandiose Retour à Saatut où nous plantons la tente au même endroit qu’il y a deux jours.

15 mars Toujours très froid, -29°C et toujours très beau. Nous prenons la direction d’Uummannaq.

L’île à l’est d’Uummannaq est d’une grande beauté.

C’est un véritable château fort avec des murailles de 1300 m qui surplombent la mer.

Sous le soleil, elle est très photogénique. Nous passons devant de nombreux trous de pêcheurs avec des gros tas de poissons congelés à leurs abords. Nous ne reconnaissons pas beaucoup d’espèces à part la morue et la raie épineuse. En milieu d’après midi nous sommes à Uummannaq. Nous profitons de l’occasion pour contacter Pierre André, français résidant sur place, mais il n’est pas disponible et il nous informe que Jimmy est également parti en vadrouille. Dommage, une rencontre aurait été bien sympathique. Nous croisons également nos seuls touristes du séjour : un couple d’allemand en visite à Uummannaq depuis quelques jours. Nous retournons sur la banquise à notre tente juste en contre-bas de la ville. Vers 1h30 quelque chose fait soudainement bouger la toile alors qu’il n’y a pas un brin de vent. Nous sortons et constatons qu’il s’agit d’un ancrage qui s’est défait….

16 mars -25°C, toujours aussi beau bien que des voiles nuageux trainent dans le ciel. Comme prévu par sms la veille, Paaluk nous attend au port pour récupérer son fusil. Il nous renseigne également sur les cabanes de la rive opposés du fjord et sur lesquelles nous comptons pour la fin du séjour. Après 4h de skis bien froides à cause du vent, nous poussons la porte de la cabane située à l’embouchure de la rivière Sarfagfip.

Grande joie lorsque nous déversons notre pétrole (acheté le matin même à la pompe du port) dans le réservoir et que le poêle démarre.

Le repas du midi est pris au chaud. L’après midi je remonte seul la rivière glacée derrière la cabane.

Il fait froid et je suis bien content lorsque je sens la chaleur sur mon visage en ouvrant la porte de la cabane

17 mars -8C dans la cabane et -26°C dehors. Départ à 6h30 pour le sommet au dessus de la cabane (1700 m plus haut tout de même), l’enneigement est plus que faible sur les grands contreforts parsemés de cailloux. Mais quelle vue, nous ne savons plus ou regarder. La pente est idéale pour le ski nordique mais la surchauffe due à l’ascension est dure à gérer : nous transpirons tout en ayant très froid aux extrémités… Avec le froid, mes peaux de phoques se décollent sans cesse et il faut les réchauffer contre mon T shirt avant de les recoller au mieux. Nous atteignons le glacier final, une belle pente neigeuse immaculée. Aucune crevasse, nous ne nous encordons pas et finalement nous voilà sur le plateau sommital pour le repas du midi. Le vent a cessé et le soleil nous réchauffe un peu, avec la vue, cette pause est vraiment agréable. Une multitude de sommet s’étend devant nous, ils pourraient offrir des profils idéals pour le ski nordique ou de rando si la région était un peu mieux enneigée.

Retour à la cabane pénible tantôt à pied à cause des cailloux tantôt à ski. Nous vidons notre dernier litre de pétrole dans le poêle et nous hésitons à y verser également notre essence en trop. C’est vraiment tentant mais nous renonçons : casser le poêle ou brûler la cabane ne serait pas malin ! Le soir, la fin du séjour se fait sentir, nous commençons à préparer les affaires en vue du vol le lendemain, c’est la dernière soirée dans la région.

18 mars Une bonne dizaine de kilomètres nous séparent de l’aéroport ou nous devons prendre l’avion à 15h45. Il fait beau et le record de froid du séjour est battu sur la banquise : -35°C. L’étape est courte et nous arrivons bien assez tôt pour empaqueter toutes nos affaires au chaud.

Le voyage du retour présente un gros inconvénient : une escale d’une nuit à Ilulissat ce qui va nous obliger à déballer tout notre barda à l’atterrissage dans à peine une heure. Comme à l’aller, ce tronçon de vol est super et nous survolons, nostalgiques, toute la péninsule de Nugssuaq Nuit sous tente à côté de l’aéroport d’Ilulissat.

19 mars La nuit a été très mauvaise et c’est presque sous une petite tempête que nous nous levons pour gagner au plus vite l’aéroport. Heureusement, notre avion était sur le tarmac depuis la veille, nous pourrons partir ! Le décollage est impressionnant sous les rafales de vent et la visibilité totalement nulle.

Nous voilà à Kangerlussuaq pour 6h d’escale, le vol pour Copenhague est retardé de 3h. A cause de la mauvaise météo les vols en provenance de Nuuk, Sisimiut et Ilulissat sont perturbés et nous devons les attendre. Un employé nous donne un sacré tuyau : il est possible de se doucher au Polar Lodge, un hôtel situé à 100 m de l’aéroport. 2 minutes plus tard nous voilà à la réception et pour 65 couronnes nous prenons notre première douche depuis 18 jours… Tout propres, nous décollons pour Copenhague que nous atteignons à minuit et sur les sièges nous patientons à nouveau 6h pour notre dernier vol pour Marseille.

20 mars Retour sur Marseille à 11h puis sur Gap en voiture. Je n’ai pas le temps de repasser chez moi et à 14h lorsque j’allume mon PC au boulot, le séjour prend définitivement fin.

Randonner en ski/pulka à Uummannaq Après plusieurs voyages sur la côte Est, au sud et à Disko notre parcours traversait une région du Groenland que je ne connaissais pas : le fjord d’Uummannaq. Entre la banquise et ses icebergs à perte de vue, les falaises de 1000 m, les glaciers côtiers, les centaines de montagnes coiffées de leur dôme glaciaire et les villages de pêcheurs, c’est pour l’instant l’endroit qui m’a le plus impressionné. Dès la sortie de l’aéroport, l’immensité des lieux est saisissante. La météo a été très clémente, toujours une bonne visibilité, aucune tempête et de nombreux jours de soleil même si parfois la température était un peu trop basse. Toutefois deux problématiques peuvent se poser : la banquise et l’enneigement. Cette année nous avons eu de la chance, tout le fjord était pris, jamais nous n’avons traversé de zone de glace grise ou même vu de l’eau liquide mais cela diffère d’un hiver à l’autre et on ne sait jamais à l’avance. Il est parfois impossible de relier Uummannaq et Qaarsut ou même simplement de circuler sur le fjord. Pour l’enneigement, la banquise et les glaciers accumulaient un peu la neige et étaient généralement bien skiables par contre les crêtes, certaines montagnes et même certaines vallées étaient entièrement pelées. Il ne faut pas avoir peur d’abimer son matériel. La randonnée nordique dans ces conditions ne nécessite pas d’avoir une condition physique particulière. Tirer sa pulka sur la banquise plate ou sur un immense lac est plus facile que de marcher avec un gros sac à dos en région alpine par exemple. Elle se fait même oublier si la neige est bien dure… Parfois, certains moments de la journée sont un peu décourageants lorsqu’au loin on aperçoit l’objectif et que la vue ne changera pas. Surtout que, bien souvent, pendant des heures, on est seul avec ses pensées et les paysages groenlandais. La progression en fil indienne avec un éloignement conséquent à cause des pulkas complique la communication avec l’autre et tenir une conversation est impossible. Mais sentir l’éloignement augmenter au fil et des jours et bivouaquer loin de toutes traces humaines (même si nous n’avons jamais été à plus de 40 km d’un village) est une sensation incroyable qui supplante les petits désagréments liés au froid ou à la fatigue. Le froid ne se gère pas trop mal : sous la tente le réchaud maintient la température au dessus de 0, ce qui est très reposant après 8h ou 10 h par -20 et lors de la marche, l’effort produit rapidement de la chaleur. Pour ma part, seuls quelques réveils et départs d’étapes sous la barre des -25°C ont été un peu désagréables surtout au niveau des pieds. Il faut quand même noter qu’en cette saison il n’y a pas vraiment de répit au cours de la journée : il fait froid tout le temps. L’englacement du duvet et des chaussures au fils des jours est en revanche, franchement pénible. Même si on a beau se répéter que l’isolant synthétique reste chaud même humide, sortir une grosse masse de tissu pleine de givre et toute rigide de sa housse pour ensuite se glisser dedans est un peu rude. Les belles journées, le duvet était étendu sur la pulka mais c’est lors des nuits en cabane que nous avons séché correctement les affaires. Je me demande comment les gens qui partent 50 jours gèrent ce problème… Les ours ont bien occupé notre esprit surtout la nuit. Bien que très rares sur la région, chaque année des plantigrades sont aperçus sur le fjord. Nous savions qu’une rencontre et encore plus une attaque aurait été improbable mais nous avons quand même largement adapté notre itinéraire face à cette menace. Les camps sur toute la partie banquise du séjour ont été installés à proximité des villages ou dans des cabanes mais cela à un peu fait perdre l’aspect « seul au monde » sur la fin du séjour. A ma connaissance il n’existe pas de système d’alarme fiable et transportable en avion pour se prémunir d’une visite nocturne en plein sommeil. Nos détecteurs de mouvements ont montré leur limite, sous -20°C ils sonnent tout le temps.

Le matériel Rien de particulier que celui d’une randonnée nordique en milieu froid et glaciaire. Pour le couchage : une tente 4 saisons 4 places Mountain Hardwear Trango 4 (elle ne doit pas être évidente à monter par grand vent à cause de son système de crochet pour les arceaux), sac de couchage -25°C confort (celui dont la fermeture a cassé est un Mammut Tyin 5 saisons, il avait en plus une cheminée bien trop petite qui laissait passer le froid…) et matelas autogonflant. Pour la cuisine : 2 thermos chacun, deux réchauds MSR Whisperlite Universal (ils ont fait l’affaire même si l’essence globalement, c’est galère à utiliser, il faut bien connaitre son réchaud), seau pliant Sea to Summit pour stocker la neige dans la tente (assez pratique). Pour les déplacements, par personne : une pulka Snowsled (une montée avec brancard rigide, une autre avec cordes), une paire de ski de randonnée nordique avec peaux et fixations NNN BC, baudriers, crampons alu, une broche à glace et un « kit » de mouflage, en plus pour deux : un piolet, une corde de 50 m et une paire de botte de neige.

Le prix Le voyage a couté 2300 euros par personne de Marseille à Marseille. Le prix du billet en représente la plus grosse partie avec 1700 euros. Le reste se partage entre les courses avec le carburant (300 euros par personne), l’hotel à Copenhague et le fusil (125 euros par personne)

Le parcours Le parcours était complet entre glaciers, montagnes, banquise et les villages de pêcheurs. Nous avons traversé un peu trop vite à mon goût l’intérieur de Nugssuaq ou une ou deux randonnées à la journée sans les pulkas devait être magnifique. Les conditions météo et l’absence de neige profonde nous ont permis de faire un tour plus grand que prévu. Après notre « déconvenue » de l’année dernière à Tasiilaq nous sommes très contents. La région est cartographiée au 1/250000 la carte Saga maps Uummannaq couvre toute la zone, nous avions en plus un GPS avec les waypoint rentrés à l’avance. Notre boucle initiale ne prévoyait pas vraiment le détour par Ikerasak et encore moins par Saatut. Ces deux villages offrent des possibilités de ravitaillement mais nous avons choisi de tout acheter à Uummannaq pour ne pas nous imposer des points de passage. Partout sur la banquise nous avons eu du réseau avec nos portables français (Free). Au final nous avons passé 18 jours sur place et parcouru 380 km dont 280 avec les pulkas, nous avons dormi 5 nuits dans des cabanes 12 en tente.

Groenland en ski / pulka: fjord d'Uummannaq - péninsule de Nugssuaq

Sissi57 · 2019-03-26

Bonjour Vos expéditions sont toujours aussi impressionnantes ! Pour avoir expérimenté -31*C en Laponie je vous admire d’avoir bivouaqué par ces températures. N’êtes vous pas tenté d’emporter une bouillotte ??? Pour ce qui est de la clôture, j’ai une curiosité : est ce que son rôle est surtout de vous avertir de la présence d’un ours, ou la décharge électrique peut elle le faire fuir ?

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Missmonde73 · 2019-03-26

Je suis complètement gelée d'avoir lu vos aventures !! C'est pas humain des températures pareilles .. et sous la tente 😕 Mais que c'est beau .. ces paysages sont magiques . Allez je vais chercher le plaid et augmenter le poêle d'un degré 😎

Nathalie

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Mlefevre · 2019-03-26

Salut Pierre Maginfique ! Le récit ! Les photos ! La rando ! Bravo !

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Pierresd · 2019-03-26

Merci pour vos messages. Lors, ce voyage on n'avait pas de clôture électrique, la neige (surtout très légère et peu humide) isole de l’électricité. La chose qui touche le fil prend le jus que si elle repose sur quelque chose de conducteur (comme de la terre). Puis ça doit être en plus compliqué de gérer une batterie (de voiture) par ces températures. On avait juste des détecteurs qui étaient juste censés nous réveiller. A 90 decibels peut être que ça peut en plus effrayer un animal mais de toute façon ils n'ont pas fonctionné (trop de faux positifs sous -20°C) Le top serait d'avoir les deux systèmes, quelque chose qui empêche l'accès physique à la tente et autre chose pour être prévenu q'un animal rode... Il y'a des alarmes avec des pétards pour à la fois réveiller et effrayer mais c'est interdit en avion... Et pour la bouillotte, peut être qu'avec une petite bouteille métallique on pourrait faire quelque chose mais dans le duvet on pas spécialement froid

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Voyageur1606 · 2019-05-04

L’englacement du duvet et des chaussures au fils des jours est en revanche, franchement pénible. Même si on a beau se répéter que l’isolant synthétique reste chaud même humide, sortir une grosse masse de tissu pleine de givre et toute rigide de sa housse pour ensuite se glisser dedans est un peu rude. Les belles journées, le duvet était étendu sur la pulka mais c’est lors des nuits en cabane que nous avons séché correctement les affaires. Je me demande comment les gens qui partent 50 jours gèrent ce problème

C’était quel modèle l'autre sac de couchage ?

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Pierresd · 2019-05-06

c'était un sac de couchage en plume : le thor de valandré

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Voyageur1606 · 2019-05-08

Dans des environnement humides il est preferable d'avoir un sac synthetique qui resistera mieux a l'humidite. Sinon je sais que certains mettent un sous sac pour eviter que la transpiration qui se transforme en glace atteigne le duvet.🙂

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Pierresd · 2019-06-03

Oui il faudrait tester le sous sac en France, c'est peut être efficace mais en terme de confort ça doit être un peu limite... En tout cas, 3 mois plus tard le SAV du fournisseur a bien fonctionné, le sac de couchage a été intégralement remboursé....

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