Shanghai, samedi 16 février
La météo l’avait prévu, il ne pleut pas ! et c’est plein d’entrain que nous partons à pieds vers la concession française.
Pour cela nous traversons des quartiers ordinaires, de gens simples qui vaquent à leurs occupations. La vraie vie, la vie de tous les jours avec ses habitudes et ses petits marchés de quartier.



La ville est silencieuse. Les cyclomoteurs ont été remplacés par des cyclos électriques qui ne s’entendent pas. De nombreux bus ou voitures sont électriques et cela fait une ville presque sans bruit, nous ne sommes pas étouffés par la pollution des gaz d’échappement c’est surprenant et très agréable, nous garderons ce souvenir de Shanghai à proximité de notre hôtel.

La concession française est plus loin que nous l’avions imaginé. Les petits espaces sur la carte font de longues distances à pieds. Nous tournons un peu et nous ne trouvons pas les repères, les points à voir sur le circuit que j’avais prévu. En revanche nous traversons de véritables Lilongs traditionnels, des anciens quartiers aux ruelles étroites non encore rasés ou rénovés, l’équivalent des hutongs à Pékin.
Les Lilongs ont été construits à partir de 1845 jusqu’en 1930 par les concessions étrangères en accord avec les autorités chinoises à une époque où existait une pénurie d’habitations pour la population. Chaque Lilong porte un nom et abrite une communauté. Si depuis, ils ont été aménagés et modernisés (eau et électricité) les sanitaires restent communs.
Les Shikumens sont les maisons de briques des Lilongs, des maisons jumelles identiques qui semblent reproduites à l’infini. Souvent surmontées d’un linteau dessiné et moulé, elles sont construites sur deux niveaux.

La grille d’entrée du Lilong franchie, on pénètre dans l’espace partagé des habitants avec des éviers, des cyclos, des fauteuils amassés dans la ruelle. Il est nécessaire de libérer de la place à l’intérieur des habitations où souvent s’entassent plusieurs familles et plusieurs générations. Dans les années 1940, 80% de la population vivait dans ce type d’habitat.


Huaihai est la rue principale de l’ancienne concession française bordées de belles boutiques. Nous continuons dans Maoming South road, qui est une succession de boutiques de tailleurs et de boutiques de Cheongsams de luxe, les robes traditionnelles, toutes brodées de fils de soie et de perles.
Dans ces belles avenues ombragées par de grands arbres, subsistent d’anciennes grandes maisons qui ne surprendraient pas en France, dans des jardins souvent abandonnés.


La cité Bourgogne est un vestige d’une autre époque, elle a été construite en 1930 par les français. L’entrée se fait par un portail surveillé par un gardien. A l’origine elle a été construite pour abriter 78 familles, aujourd’hui elle est occupée par 450 ménages.

L’ancienne concession française est très étendue, bien que nous ayons beaucoup marché, en une demi-journée nous n’en avons vu qu’une petite partie, il y a beaucoup plus à découvrir.
Nous hélons un taxi pour nous rendre au marché aux fleurs, aux oiseaux et aux insectes au 405 Xizang Nan Lu. J’avais prévu et emmené l’adresse imprimée en chinois pour le taxi. C’est un tout petit marché et à cette saison il n’est pas très fréquenté. Il faut dire que même s’il ne pleut pas il ne fait pas chaud.
Il faut passer entre deux boutiques pour entrer sous le marché couvert et découvrir des grillons, des poissons, des oiseaux, des graines, des vers, des larves... Tout ce qui est nécessaire aux animaux de compagnie.


Quelques clients s’intéressent aux grillons enfermés dans les boites des petites marchandes. Elles les sortent facilement pour permettre à leur client de les examiner minutieusement. Il y en a de minuscules, très fins qui mesurent un centimètre mais aussi de bien gros et robustes qui doivent s’affronter dans des combats pour le plaisir de leur propriétaire. Mais aujourd’hui, pas de paris, pas de combats.


Il n’y a que le chant des petits oiseaux de toutes sortes, enfermés dans leurs jolies cages en bois, pour animer l’endroit. Certaines de ces cages sont de vraies œuvres d’art.

Nous sommes dans le district de Huangpu et proche de notre hôtel, nous pouvons rentrer à pieds pour nous y réchauffer un peu. Bien qu’il fasse 9°C avec l’humidité de l’air nous sommes gelés, transis.
Ayant traversé rapidement la vieille ville hier à cause de la pluie sans vraiment la voir nous y retournons.


Nous ne sommes pas les seuls à avoir cette idée ! Avec les congés du nouvel an chinois, il y a foule ! L’armée et la police sont là pour gérer et canaliser les flux de visiteurs. C’est horrible ! Dans ces conditions nous préférons fuir et marcher jusqu’au Bund qui n’est pas très loin.
Au bord de l’eau il fait encore plus froid mais le paysage brumeux a son charme et aujourd’hui nous pouvons voir le sommet de la Perle. Le Bund est la longue esplanade qui longe le fleuve Huangpu Jiang et les nombreux édifices construits au début du XXème siècle.


La vue est très belle, et très connue sur Pudong le quartier des affaires situé sur l’autre rive mettant ainsi en valeur le contraste entre les deux époques qui se font face.

Nous tentons une petite escapade sur Nanjing Road mais là aussi il y a tellement de monde que c’est infernal. A notre prochain passage dans 15 jours il y aura peut-être moins de monde, les congés du nouvel an seront terminés, nous reviendrons.
Pour le moment nous rentrons pour essayer de nous réchauffer un moment. Et à ce sujet, quand nous sommes arrivés à notre hôtel nous avons trouvé qu’il n’y faisait pas chaud, nous avons monté la clim de notre chambre pour avoir une température décente. Mais dans un bâtiment non chauffé avec des murs froids et un sol glacé qui transperce les pieds, il est impossible d’obtenir une température confortable.
Nous nous sommes aperçus aussi que les uniformes du personnel étaient faits de gros draps et de tissus chauds assez proche de manteaux… Nous avons découvert au fil de notre séjour qu’il était dans les usages ici de ne pas chauffer et de se geler.
Pourquoi ? Dans les années 50, un certain Mao a décidé qu’il fallait faire des économies d’énergie. Il a divisé la Chine en deux et a décrété que dans le Sud de la Chine, il faisait chaud, et que les Chinois du sud n'auraient plus le droit de chauffer. Il a choisi le Yangtse, frontière naturelle traditionnelle entre le nord et le sud de la Chine comme limite géographique. Mais à Shanghai, le thermomètre peut descendre jusqu'à 0°C, et même en dessous. Bien malin, Mao vivait à Pékin où il fait plus froid mais où il y avait du chauffage !
Autre inconvénient de cette règle, dans les bus, ils ne connaissent pas d’autre solution à proposer pour enlever la buée sur les vitres que de mettre la clim à fond, en froid. Pour eux il faut qu’il fasse plus froid à l’intérieur qu’à l’extérieur pour enlever la buée. Si bien que là encore on se gèle, ou alors on ne voit rien dehors. Alors que ce serait si simple avec un peu de chauffage !
Dans ces conditions et en étant averti, mieux vaut éviter d’aller à Shanghai de décembre à février.