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Bonjour,
Je serais intéressé également par votre road book, en message privé.
Merci d'avance
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D'Erevan à Téhéran: récit d'un voyage entre Caucase et Moyen-Orient
Bonjour Guillaume,
Magnifique projet ! J'ai obtenu mon visa de tourisme avant mon départ à l'ambassade d'Iran à Bruxelles avec mon passeport français (je vis en Belgique). Tu as ensuite 3 mois pour entrer dans le pays. L'année dernière le visa iranien n'était pas délivrable aux frontières terrestres (uniquement à l'aéroport), mais depuis l'arrivée du e-visa les choses ont peut être changées ?
Bonnes aventures !
Magnifique projet ! J'ai obtenu mon visa de tourisme avant mon départ à l'ambassade d'Iran à Bruxelles avec mon passeport français (je vis en Belgique). Tu as ensuite 3 mois pour entrer dans le pays. L'année dernière le visa iranien n'était pas délivrable aux frontières terrestres (uniquement à l'aéroport), mais depuis l'arrivée du e-visa les choses ont peut être changées ?
Bonnes aventures !
D'Erevan à Téhéran: récit d'un voyage entre Caucase et Moyen-Orient
Merci à tous pour vos messages et vos retours positifs 😊
J'essayerai de faire un compte rendu plus logistique dans les prochains jours, agrémenté d'autres photos.
A bientôt 🙂
J'essayerai de faire un compte rendu plus logistique dans les prochains jours, agrémenté d'autres photos.
A bientôt 🙂
D'Erevan à Téhéran: récit d'un voyage entre Caucase et Moyen-Orient
SUITE et fin
Samedi 7 ocotbre :
Premier petit déj iranien. Seul à une table dans la grande pièce, je suis la curiosité des locaux et des azéris de passage qui viennent me saluer, peu habitués à voir des occidentaux dans cette partie du pays. En fait, depuis que j’ai quitté Goris, je n’ai encore croisé aucun autre touriste occidental et je n’en verrai pas avant Tabriz. J’ai arrangé un taxi pour me balader dans la vallée de l’Araxe, région que je tenais à découvrir depuis longtemps, tant pour les paysages que pour la position reculée et la situation géopolitique particulière. Je suis excité par la journée qui m’attend. Nous commençons par nous mettre en route vers le monastère de Saint Stéphanos, 15 km à l’Ouest de Jolfa. La lumière du matin est douce sur la couleur ocre des pentes abruptes de la vallée. Au centre, là ou l’Araxe arrose les terres desséchées, un mince ruban vert vif contraste avec le doré et complète la palette de couleurs pastels des paysages. Tôt le matin le soleil est encore bas sur l’horizon et de larges pans de montagne sont encore à l’ombre. Là bas, l’air y est encore piquant. D’un piquant agréable qui annonce la venue de la chaleur. Au fur et à mesure, la vallée se rétrécit et devient plus étroite. Les miradors et les panneaux annonçant toutes sortes d’interdictions me rappellent qu’il suffirait de sauter de l’auto en marche pour atterrir au Nakhitchevan et je peux même admirer le mausolée de Khatun sur la rive opposée. Nous faisons un premier stop à la chapelle de Chupan avant de poursuivre vers le monastère.
Arrivés avant 9h, les lourdes portes en bois du monastère de Saint Stephanos, finement ciselées de motifs géométriques, sont toujours closes. Ce monastère est, parait-il, la première cathédrale du monde chrétien. Cette région faisait partie dans le passé de la “Grande Arménie” qui allait alors jusqu’aux rives de la mer Noire. L’Iran, pourtant république Islamique, a conservé et rénovés ces vestiges Chrétiens que la Turquie a détruit sur son territoire au motif de leurs origines Arméniennes. Le monastère est magnifiquement rénové et il est intriguant d’observer le mélange des styles arménien et musulman, traduisant les destructions et reconstructions successives au cours de l’histoire. Comme à mon habitude je m’en éloigne par un petit sentier dans la montagne afin d’avoir une vue dégagée sur le monastère et la vallée encaissée.
Nous revenons par la même route et je profite de notre passage par Jolfa pour acheter une carte sim locale. Après avoir dû donner mon passeport et mes empreintes digitales, l’autorisation arrive enfin et un numéro m’est attribué. Nous pouvons remonter en voiture et prenons la route d’hier, celle venant d’Arménie. Mais aujourd’hui pas à 140km/h et j’ai tout le temps et le loisir de découvrir la vallée à mon rythme en s'arrêtant partout ou je le souhaite. La première destination est une cascade nichée dans le flanc de la montagne, à Asiab-kharabeh. Vu la taille du parking et le nombre d’emplacements de pique-nique, je comprends que l’endroit doit être très prisé par les locaux lors des chauds mois d’été. Un petit sentier mène à un ruisseau venant directement du haut sommet enneigé au dessus et se poursuit le long de l’eau jusqu’à une cascade, qui n’est en fait qu’un ruissellement dans de la mousse du plus bel effet. Sans les détritus tout autour, cet endroit pourrait avoir des airs de jardin d’Eden.
L’étape suivante est les anciens thermes de Kordasht, utilisés à l’origine par la dynastie des Safavides au 16ème Siècle. Vu de l’extérieur, les dômes en briques accentuent d’autant plus ce cliché d’image d’Orient qui transpire de ces lieux. A l’intérieur, les peintures murales, de motifs végétaux, sont tellement belles qu’on ne sait trop si on se trouve dans des bains ou dans une mosquée. Je passerai une bonne heure dans ces lieux et dans la cour extérieure à profiter de la douceur qui se diffuse. Juste à côté, des jeunes iraniens viennent chiper en douce des grenades dans le champ adjacent, probablement pour l’offrir à leur dulcinée restée cachée sous leur hijab dans la voiture. Le retour sur Jolfa dans la fin de l’après midi me permettra d’apprécier les paysages Martiens qui s’offre à moi côté Azerbaïdjanais. Toutes les déclinaisons de couleurs, du rouge au blanc, s’offrent au regard à l’infini. Seul le bleu pur du ciel et le blanc des cimes enneigées lointaines viennent rompre l’immensité chaotique de ce désert de pierre et de roche. Les formes des pics s’érigeant dans le panorama sont tantôt rondes, tantôt ondulées, tantôt tranchantes, comme pour empêcher l’oeil de se perdre dans cette étendue mystérieuse. Pour peu on pourrait presque apercevoir Lucky-Luke ou John Wayne dans le lointain. Un de ces pics retient mon attention plus que les autres, il ressemble à un des ces monolithes de la Monument Valley aux Etats Unis. Selon la mythologie, il s’agit de la montagne sur laquelle a rebondi l’Arche de Noé avant d’aller s’échouer sur le Mont Ararat. (Le nom « Nakhitchevan » signifie littéralement en arménien « l'endroit de la descente », référence biblique à la descente de Noé depuis son arche sur le mont Ararat voisin - Wikipédia)
Les vues de la route côté iranien ne sont pas en reste pour autant. S’éloignant de la rivière, la douce ondulation de la route file tout droit à travers la plaine d’où s’érigent brusquement et sortit de nulle part quelques pics dont les contreforts sont entourés de plantations d’arbres fruitiers. De retour à Jolfa en début de soirée, je traîne en ville avant d’aller manger un...kebab, dans le lieu qui m’a été recommandé par le vendeur de carte sim de chez IranCell de ce matin et qui m'a reconnu ce soir par hasard dans la rue. Comme quoi, je ne passe pas inaperçu.
Thermes de Kordasht et montagnes Arméniennes
Cascade à Asiab-kharabeh
Monastère de Saint-Stefanos
Paysage dans la vallée de l'Araxe
Intérieur des thermes

Vues sur l'Azerbaïdjan (Nakhitchevan)
Dimanche 8 octobre:
Heureusement, le vieux bus pour Tabriz a du retard. Apparemment il n’y en a pas depuis Jolfa, il faut aller à la station de Hadishahr, 10 km au Sud. Je suis content d’enfin reprendre les transports en communs, j’aime y observer la vie. Et aussi regarder le paysage s’égrainer à un rythme plus lent. Le rythme aura été dense depuis mon départ d’Erevan et ces 3 heures de bus dans un paysage inintéressant sont presque un soulagement: je vais pouvoir lire, dormir et me remémorer les moments des jours précédents sans me dire que je rate quelque chose des images qui défilent à travers la vitre sale de l’autobus poussif.
Au vu de la taille des routes, des ponts et de la densité de la circulation en approche de Tabriz, je me rend compte que la ville est vraiment importante. A la descente du bus, un homme m’aide à renseigner la localisation de mon hotel (Hotel Sahand, 30 €/nuit) aux chauffeurs de taxi qui attendent les passagers. Une heure plus tard, me voilà installé, rafraîchi et prêt à aller arpenter les rues de la Tabriz.
Cette ville grouille de vie, je déambule dans la zone piétonne et commerciale, non loin du Grand Bazar. Quel changement par rapport à Jolfa qui était complètement endormie. Ici les klaxons et les embouteillages règnent en maître parmis la foule dense de gens. Bien entendu, mes pas me mènent rapidement vers le fameux et réputé Grand Bazar de Tabriz, un des plus anciens de tout le Moyen Orient mais aussi un des plus grand au monde. Il s'agit d'un des plus beaux et des plus impressionnants exemples encore complets de bazar traditionnel du Moyen-Orient, ce qui lui a valu d'être classé en 2010 au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Le bazar de Tabriz comprend différentes sortes de bâtiments et d’espaces où, si bien que les échoppes et les commerces représentent la plus grande partie, on y trouve aussi plusieurs marchés, des timchehs (entrepôts), des auberges et surtout des caravansérails (Tabriz se trouve sur la route de la soie), mais aussi des mosquées.
Je marche pendant des heures dans les allées labyrinthiques du bazar au gré des couleurs et des odeurs qui orientent mes pas dans une direction plutôt qu’une autre. Se perdre dans les allées du Bazar de Tabriz c’est aussi remonter le temps et se prendre pour un marchand du XVème Siècle. Même si, peu à peu, les produits Chinois et les enseignes aux couleurs criardes font leurs apparition, de vastes zones semblent être telles quelles depuis des siècles. Tantôt les étals débordent de fruits secs, tantôt de les vitrines exposent des joailleries en or ou encore des moutons entiers prêts à être découpés par le boucher. Mais la plus belle et plus impressionnante partie reste celle des tapis: des milliers d’entre eux sont exposés et entreposés sous les vastes voûtes en briques du plafond, d’où des rayons de soleil se diffusent à travers les petites fenêtres en ogives. Ici, finit le brouhaha des allées principales: on regarde, on touche, on examine, on négocie un thé aux lèvres. Tous les sons sont étouffés par les tonnes de soie et de laine entreposées jusqu’à toucher la base des toits voûtés. Je me vois invité par un marchand à venir observer son travail de réfection de tapis abîmés que viennent lui apporter des familles: les tapis en Iran, presque tous fait main, sont transmis de génération en génération. L’usure faisant son œuvre, des artisans se sont spécialisés dans la réfection de ces œuvres d’art. Le travail est impressionnant: alors qu’un des ouvrier recrée les motifs sur du papier millimétré avec des feutres de couleur, le suivant s’en sert comme modèle pour le tissage des endroits endommagés. Il s’agit d’un véritable travail de minutie et d'extrapolation car il faut parfois recréer des motifs qui ont totalement disparus.
Le temps passe rapidement et je me régalerai d’un plat local dont j’ai oublié le nom dans un minuscule restaurant où l’on s’entasse les un sur les autres pour manger en essayant de ne pas renverser sur son voisin. A nouveau, les “welcome in Iran” fusent et je me retrouve le centre d’attention de tout ce petit monde. Fatigué de ma journée, je rentre dormir après avoir flâné dans les avenues du centre à présent baignées de pénombre.


Bazar de Tabriz
Lundi 9 octobre:
A une heure de route de Tabriz se trouve Kandovan, village troglodytes creusé dans le tuf, semblable à ceux que l’on peut observer en Cappadoce. Les touristes et échoppes souvenir en moins. Le petit village est charmant, l’automne est la période de récolte des noix et tous les villageois sont affairés à les trier, à les écaler puis à les faire sécher sur les toits plats des maisons plus récentes et à même le sol dans les ruelles tortueuses du hameau. Ici la vie semble s’écouler lentement, calmement. Je m’amuse d’observer les enfants jouant au milieu des fruits secs ou se cachant derrière leur mère à mon approche. Je passerai cette douce matinée à prendre tranquillement mon temps dans le village et ses alentours. En revenant vers les centre, je m'arrête dans une échoppe de miel. Dans milliers d’abeilles tourbillonnent devant le magasin vendant son miel à la louche conservé dans d’immenses jarres.
De retour à Tabriz, je dégusterai mon premier Abgoosht, aussi appelé Dizi. Il s’agit de viande de mouton, servie dans un récipient métallique avec son jus, des haricots et des pois chiches. Savoir comment manger ce plat typiquement iranien demande à se le faire expliquer, et les serveurs, sympas, s’en feront une joie face à mon air ahuri devant le pilon qui m’est servi en guise de couvert. Je mangerai encore d’autres dizi par la suite, mais celui ci restera le meilleure de tous. Après avoir été changer de l’argent chez les marchands d’or dans le bazar, le taux y est le plus intéressant, plus intéressant même que le cours officiel, - allez comprendre comment est-ce possible ? - je poursuivrai la journée par une visite du musée d’Azerbaïdjan puis de la fameuse mosquée bleue après une pause thé dans un parc adjacent. La célèbre mosquée n’est plus en très bon état, mais les parties intactes laissent imaginer comment l’édifice devait être grandiose à son heure de gloire. Il y règne une atmosphère paisible et je décide de m’y poser un peu assis sur les confortables tapis. Un jeune garçon curieux viendra me faire une visite guidée, spontanément, sans attendre d’argent en retour, ce qui me laisse perplexe, habitué à l’insistance pour un bakchich des pays du Maghreb. Il s’en suffit de peu pour que je me fasse enfermer dans la mosquée pour la nuit. Sorti de ma torpeur par des bruits sourds, je me rend compte que le gardien est en train d’en fermer les portes à clés.
Une fois dans la rue, il me reste une heure avant de retourner à l’hôtel prendre mon sac et de me rendre à la gare pour mon train de nuit. Je décide de m’arrêter dans un bar à jus rempli d’étudiant sortant des cours. Je serai à nouveau frappé par l’hospitalité iranienne. Alors qu’il ne reste qu’une chaise dans un coin pour m’asseoir et siroter mon jus de grenade, trois jeunes filles m’invitent à les rejoindre à table afin que je ne reste pas seul. Je dois bien avouer ma surprise de me voir ainsi inviter aussi facilement à une table de femmes dans ce pays réputé conservateur. Mes clichés en prennent un coup et, face à leur insistance malgré mon taroof, je finis par les rejoindre. Lorsque que, entre deux gorgées de mon délicieux jus, je leur demande quel bus prendre pour me rendre à la gare, s’ensuit un élan de générosité où tout le monde dans ce petit bar insiste pour être celui qui me montrera, celui qui m’accompagnera dans le bus ou celui qui me donnera sa carte de bus. La même scène se reproduira plus tard dans la rue avec des passant auprès de qui je m’assure d’attendre le bus au bon endroit.
La gare de Tabriz est belle et moderne, toute illuminée la nuit tombée. Quelques Iraniens curieux viennent parler avec moi, me posent des questions sur moi, mon métier, sur l’Europe. Comme souvent, ils demandent à m’ajouter sur telegram et instagram, véritable star des réseaux sociaux en Iran (FB étant prohibé, même si très utilisé aussi). Vers 19h les passagers sont invités à se rendre sur le quai: le train de nuit pour Téhéran est en gare. 13 heure de temps à se laisser bercer par le roulis du train dans ma couchette que je partage avec un couple et un autre homme. Mais avant d’aller me coucher, je profite d’un petit repas au wagon restaurant. Un voyage en train à l’ancienne comme on n’est fait plus en Europe. J’aime ça.

Kandovan
Mardi 10 octobre: La lumière du petit matin est déjà forte. A travers la fenêtre poussiéreuse du wagon, j’observe les nouveaux paysages qui s’offrent à moi. J’ai le sensation d’avoir changé de continent en une nuit: fini la verdure, la fraîcheur de l’automne qui s'amorce ou les sommets enneigés se détachant d’un ciel bleu pur. D’un coup, tout est ocre, aride, sec et poussiéreux. Bienvenue au Moyen Orient.
Mégapole, oppression, bruit. Ces mots résument ma première impression en sortant sur le parvis de la gare de Téhéran. Et pourtant, cette ville est pleine de ressources, de nuances et de surprises une fois apprivoisée. Après d’âpres négociation, le taxi m'emmène à mon auberge (HI Tehran hostel). Pour quelques milliers de tomans, il embarque et débarque des passagers en cours de route pour des trajets de parfois à peine 200 mètres. J’observe, étonné. Mon lit à l’auberge n’étant pas encore prêt, je pars à la recherche d’un endroit où prendre un café et un petit déjeuner dans les alentours. J’atterri au Noor Café, genre de Star Buck à l’iranienne, le côté supplément d’âme en plus. Je ne le sais pas encore, mais lors d’un prochain voyage je retournerai ici et cela bouleversera la suite.
De retour à l’auberge, et après une bonne douche, me voilà parti à la découverte de cette ville posée à flanc de montagne, cœur vibrant de ce pays à l’histoire millénaire et dont l’évocation du nom laisse tout sauf indifférent.
Ce qui frappe en premier à Téhéran, mis à part le bruit et la pollution, c’est la modernité. La capitale dispose d’un réseau de métro et de transport en commun qui n’a rien à envier à bien des capitales européennes. La modernité s’observe aussi dans les moeurs et dans le style d’habillement des femmes. Les Tchadors noirs se font moins visibles au profit de foulards négligemment posé sur l’arrière de la tête et dont les couleurs sont, évidemment, assorties au reste des vêtements. Plus qu’un accessoire de mode, il y a un derrière la manière de porter le hijab un véritable message politique. Jouer avec les limites mais sans jamais les dépasser afin de détourner jusqu’à l’absurde l’objectif premier de cette obligation décidée par les bien pensants leaders religieux.
Mes pas me mèneront au cœur de cette ville grouillante pour débuter cette première journée. Place Imam Khomeini, le bazar, Imamzadeh Zeid, le city park et tous les alentours du Golestan Palace. Epuisé par cette après midi de marche après une nuit dans le train, je décide finir la soirée au Malek café, un peu à l’écart du tumulte. Pour m’y rendre, je prendrai un moto taxi, ce qui restera une des expériences à sensation forte de mon voyage. Assis à l’arrière d’une moto, sans casque, je me tiens fermement à mon pilote qui slalome à toute allure dans les avenues débordant de voitures à la conduite frénétique. Après un raccourci via le trottoir au milieu des passants, me voilà arrivé, tremblant, dégoulinant mais vivant.
Malek, le jeune gérant du café, qui a monté ce business avec un ami pour financer ses études, est francophile. Pendant que je mange un morceau de gâteau avec un milk shake à la fraise, au calme, il décide, par pure gentillesse, de monter le volume de la sono et inonde la petite pièce avec du Céline Dion et du Lara Fabian, pour me faire plaisir. Sa gentillesse et sa bienveillance me feront presque oublier à quel point je les hais toutes les deux. Ca sera donc avec “est-ce que tu m’aimes encore” en boucle dans la tête que je rentre dormir pour un repos du guerrier.
Téhéran
Mercredi 11 octobre: Après une bonne nuit de sommeil, petit déjeuné sur la grande table de la cuisine de l’auberge avec une dizaine d’autres voyageurs. Pour la plupart ils s’apprêtent à descendre vers les villes du centre et du Sud ou en reviennent et attendent leur vol retour. Pour ma part, je commencerai cette journée avec la visite du palais du Golestan. La visite, bien que cher, me plaira, mais pas autant que le thé safran-rose servi dans un mug aux motifs perses, assorti d’une tige de sucre safrané et d’un petit gâteau iranien que je m’offre dans le parc du palais, à l’ombre des grands arbres. Calme et volupté au cœur de la capitale. Jusqu’à ce qu’un car de touristes bruyant vienne rompre la magie. Fuyant alors les lieux, mon estomac se rappelle à mon bon souvenir et, en guise de repas, je testerai les stands de streetfood près de la place Khomeini. Mal m’en a pris car des maux de ventre me prennent peu après alors que je m'apprêtais à rentrer dans l’ancienne ambassade américaine. Celle là même que l’on peut voir dans le film Fargo, ex fief de la CIA avant la révolution islamique. Ce sont dans ces lieux que se sont fomentés les pires complot contre le Shah d’alors. Aux alentours immédiats de l’ambassade on pourrait presque se croire à Cuba, les mojito en moins, dû aux nombreuses fresques de propagande anti-américaine.
Mon repos forcé à l’auberge m’aura permis de faire la connaissance de Mandy, une hollandaise de retour de Yazd. Elle s’apprête à aller rejoindre son ami Hassan, un ami marocain de passage en Iran, et m’invite à se joindre à eux. C’est l’occasion pour nous de discuter avec Hassan sur l'accueil qui lui est réservé en tant que marocain, et donc sunnite. Les nouvelles sont nettement plus rassurantes, même excellentes, comparé à ce que j’avais déjà lu sur internet.
Nous nous mettons en route vers le Nord de la ville, direction Tajrish. Là, se trouve un bazar plus petit, mais plus local, et une magnifique mosquée bleue (Shrine Zadeh Saleh). Mais l’objectif de notre venue se trouve encore à 10 minutes de là en bus.
Nous voici à Darband, oasis de fraîcheur, point exact de la rencontre de la ville avec la montagne. Un petit sentier de quelques centaine de mètres, bordé de restos et de bar à thé à la décoration “plus kitsch que ça tu meurs”, s’enfonce dans une gorge dans laquelle coule un petit torrent. Les lieux, illuminés de loupiotes à la nuit tombée sont incroyables et se remplissent petit à petit. Nous prendrons place sur une estrade posée au dessus du torrent et recouverte de tapis et de coussins, endroit rêvé pour un thé et un repas léger. Fin de soirée, Hassan nous quitte pour aller prendre un bus vers la Turquie et Mandy et moi rentrons dormir à l’auberge via un détour par Nature Bridge. Qu’est ce que cette ville est impressionnante vue de nuit !
Mosquée (shrine) à Tajrish
Jeudi 12 octobre:
Dernier réveil de ce voyage dans le grand dortoir. Pour profiter de cette dernière journée, nous nous mettons rapidement en route avec Mandy. Elle aussi prend son vol retour cette nuit, à peu près à la même heure que moi. Ce matin nous allons à Tochal, station de ski de la ville dont le point culminant est à près de 4000 mètres d’altitude. Pour y accéder, un télécabine y monte en plusieurs étapes. Jour de weekend, équivalent à notre samedi, de nombreux randonneurs prennent déjà d’assaut la montagne.
Petit à petit, à travers la vitre du télécabine, la vue s’ouvre sur la capitale. La montée paraît sans fin et durer une éternité, nous montons si haut qu’à présent la mégapole ressemble au loin à une simple ville vue d’avion. Nous sommes au dessus d’un épais nuage de pollution et, en débarquant, la température est glaciale et le vent violent. A presque 4000 mètres, je ressens la rareté de l’oxygène et je me sens rapidement à bout de souffle en voulant poursuivre plus loin à pieds. Après 20 minutes là haut, nous décidons de redescendre à la station intermédiaire admirer la vue, puis de regagner le point de départ. Plutôt touristique, plusieurs fast-foods et bar s'égrainent dans la zone et nous en profitons pour reprendre des forces en terrasse au soleil. Comme un avant goût de retour à la “civilisation” se fait ressentir avec une certaine nostalgie. Je repense à ma première bière à Erevan, le temps est passé si vite, j’ai croisé tant de visages et de paysages entre temps. Je ressens déjà qu’il me faudra du temps pour assimiler ce voyage.
Une famille avec qui nous avions échangé quelques mots plus tôt dans la journée et que nous recroisons par hasard nous propose de nous raccompagner en voiture jusqu’à la station de métro de Tajrish, ce que nous acceptons avec plaisir. Une fois à Tajrish, on en profite pour acheter quelques dernier souvenirs à rapporter du bazar. Mandy a rendez vous en ville avec une connaissance, et, pour ma part, je préfère profiter de la fin de la journée pour aller à la tour Azadi, dernière visite à Téhéran alors que le soleil est en train de se cacher derrière les monts Alborz.
Dans quelques heures, un taxi nous déposera à l'aéroport IKA, nous nous dirons adieu et, pour ma part, ça ne sera qu’un au revoir à l’Iran: j’ai déjà mes billets pour un retour dans trois mois à la découverte du Sud...
Tour Azadi
Samedi 7 ocotbre :
Premier petit déj iranien. Seul à une table dans la grande pièce, je suis la curiosité des locaux et des azéris de passage qui viennent me saluer, peu habitués à voir des occidentaux dans cette partie du pays. En fait, depuis que j’ai quitté Goris, je n’ai encore croisé aucun autre touriste occidental et je n’en verrai pas avant Tabriz. J’ai arrangé un taxi pour me balader dans la vallée de l’Araxe, région que je tenais à découvrir depuis longtemps, tant pour les paysages que pour la position reculée et la situation géopolitique particulière. Je suis excité par la journée qui m’attend. Nous commençons par nous mettre en route vers le monastère de Saint Stéphanos, 15 km à l’Ouest de Jolfa. La lumière du matin est douce sur la couleur ocre des pentes abruptes de la vallée. Au centre, là ou l’Araxe arrose les terres desséchées, un mince ruban vert vif contraste avec le doré et complète la palette de couleurs pastels des paysages. Tôt le matin le soleil est encore bas sur l’horizon et de larges pans de montagne sont encore à l’ombre. Là bas, l’air y est encore piquant. D’un piquant agréable qui annonce la venue de la chaleur. Au fur et à mesure, la vallée se rétrécit et devient plus étroite. Les miradors et les panneaux annonçant toutes sortes d’interdictions me rappellent qu’il suffirait de sauter de l’auto en marche pour atterrir au Nakhitchevan et je peux même admirer le mausolée de Khatun sur la rive opposée. Nous faisons un premier stop à la chapelle de Chupan avant de poursuivre vers le monastère.
Arrivés avant 9h, les lourdes portes en bois du monastère de Saint Stephanos, finement ciselées de motifs géométriques, sont toujours closes. Ce monastère est, parait-il, la première cathédrale du monde chrétien. Cette région faisait partie dans le passé de la “Grande Arménie” qui allait alors jusqu’aux rives de la mer Noire. L’Iran, pourtant république Islamique, a conservé et rénovés ces vestiges Chrétiens que la Turquie a détruit sur son territoire au motif de leurs origines Arméniennes. Le monastère est magnifiquement rénové et il est intriguant d’observer le mélange des styles arménien et musulman, traduisant les destructions et reconstructions successives au cours de l’histoire. Comme à mon habitude je m’en éloigne par un petit sentier dans la montagne afin d’avoir une vue dégagée sur le monastère et la vallée encaissée.
Nous revenons par la même route et je profite de notre passage par Jolfa pour acheter une carte sim locale. Après avoir dû donner mon passeport et mes empreintes digitales, l’autorisation arrive enfin et un numéro m’est attribué. Nous pouvons remonter en voiture et prenons la route d’hier, celle venant d’Arménie. Mais aujourd’hui pas à 140km/h et j’ai tout le temps et le loisir de découvrir la vallée à mon rythme en s'arrêtant partout ou je le souhaite. La première destination est une cascade nichée dans le flanc de la montagne, à Asiab-kharabeh. Vu la taille du parking et le nombre d’emplacements de pique-nique, je comprends que l’endroit doit être très prisé par les locaux lors des chauds mois d’été. Un petit sentier mène à un ruisseau venant directement du haut sommet enneigé au dessus et se poursuit le long de l’eau jusqu’à une cascade, qui n’est en fait qu’un ruissellement dans de la mousse du plus bel effet. Sans les détritus tout autour, cet endroit pourrait avoir des airs de jardin d’Eden.
L’étape suivante est les anciens thermes de Kordasht, utilisés à l’origine par la dynastie des Safavides au 16ème Siècle. Vu de l’extérieur, les dômes en briques accentuent d’autant plus ce cliché d’image d’Orient qui transpire de ces lieux. A l’intérieur, les peintures murales, de motifs végétaux, sont tellement belles qu’on ne sait trop si on se trouve dans des bains ou dans une mosquée. Je passerai une bonne heure dans ces lieux et dans la cour extérieure à profiter de la douceur qui se diffuse. Juste à côté, des jeunes iraniens viennent chiper en douce des grenades dans le champ adjacent, probablement pour l’offrir à leur dulcinée restée cachée sous leur hijab dans la voiture. Le retour sur Jolfa dans la fin de l’après midi me permettra d’apprécier les paysages Martiens qui s’offre à moi côté Azerbaïdjanais. Toutes les déclinaisons de couleurs, du rouge au blanc, s’offrent au regard à l’infini. Seul le bleu pur du ciel et le blanc des cimes enneigées lointaines viennent rompre l’immensité chaotique de ce désert de pierre et de roche. Les formes des pics s’érigeant dans le panorama sont tantôt rondes, tantôt ondulées, tantôt tranchantes, comme pour empêcher l’oeil de se perdre dans cette étendue mystérieuse. Pour peu on pourrait presque apercevoir Lucky-Luke ou John Wayne dans le lointain. Un de ces pics retient mon attention plus que les autres, il ressemble à un des ces monolithes de la Monument Valley aux Etats Unis. Selon la mythologie, il s’agit de la montagne sur laquelle a rebondi l’Arche de Noé avant d’aller s’échouer sur le Mont Ararat. (Le nom « Nakhitchevan » signifie littéralement en arménien « l'endroit de la descente », référence biblique à la descente de Noé depuis son arche sur le mont Ararat voisin - Wikipédia)
Les vues de la route côté iranien ne sont pas en reste pour autant. S’éloignant de la rivière, la douce ondulation de la route file tout droit à travers la plaine d’où s’érigent brusquement et sortit de nulle part quelques pics dont les contreforts sont entourés de plantations d’arbres fruitiers. De retour à Jolfa en début de soirée, je traîne en ville avant d’aller manger un...kebab, dans le lieu qui m’a été recommandé par le vendeur de carte sim de chez IranCell de ce matin et qui m'a reconnu ce soir par hasard dans la rue. Comme quoi, je ne passe pas inaperçu.
Thermes de Kordasht et montagnes Arméniennes
Cascade à Asiab-kharabeh
Monastère de Saint-Stefanos
Paysage dans la vallée de l'Araxe
Intérieur des thermes
Vues sur l'Azerbaïdjan (Nakhitchevan)Dimanche 8 octobre:
Heureusement, le vieux bus pour Tabriz a du retard. Apparemment il n’y en a pas depuis Jolfa, il faut aller à la station de Hadishahr, 10 km au Sud. Je suis content d’enfin reprendre les transports en communs, j’aime y observer la vie. Et aussi regarder le paysage s’égrainer à un rythme plus lent. Le rythme aura été dense depuis mon départ d’Erevan et ces 3 heures de bus dans un paysage inintéressant sont presque un soulagement: je vais pouvoir lire, dormir et me remémorer les moments des jours précédents sans me dire que je rate quelque chose des images qui défilent à travers la vitre sale de l’autobus poussif.
Au vu de la taille des routes, des ponts et de la densité de la circulation en approche de Tabriz, je me rend compte que la ville est vraiment importante. A la descente du bus, un homme m’aide à renseigner la localisation de mon hotel (Hotel Sahand, 30 €/nuit) aux chauffeurs de taxi qui attendent les passagers. Une heure plus tard, me voilà installé, rafraîchi et prêt à aller arpenter les rues de la Tabriz.
Cette ville grouille de vie, je déambule dans la zone piétonne et commerciale, non loin du Grand Bazar. Quel changement par rapport à Jolfa qui était complètement endormie. Ici les klaxons et les embouteillages règnent en maître parmis la foule dense de gens. Bien entendu, mes pas me mènent rapidement vers le fameux et réputé Grand Bazar de Tabriz, un des plus anciens de tout le Moyen Orient mais aussi un des plus grand au monde. Il s'agit d'un des plus beaux et des plus impressionnants exemples encore complets de bazar traditionnel du Moyen-Orient, ce qui lui a valu d'être classé en 2010 au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Le bazar de Tabriz comprend différentes sortes de bâtiments et d’espaces où, si bien que les échoppes et les commerces représentent la plus grande partie, on y trouve aussi plusieurs marchés, des timchehs (entrepôts), des auberges et surtout des caravansérails (Tabriz se trouve sur la route de la soie), mais aussi des mosquées.
Je marche pendant des heures dans les allées labyrinthiques du bazar au gré des couleurs et des odeurs qui orientent mes pas dans une direction plutôt qu’une autre. Se perdre dans les allées du Bazar de Tabriz c’est aussi remonter le temps et se prendre pour un marchand du XVème Siècle. Même si, peu à peu, les produits Chinois et les enseignes aux couleurs criardes font leurs apparition, de vastes zones semblent être telles quelles depuis des siècles. Tantôt les étals débordent de fruits secs, tantôt de les vitrines exposent des joailleries en or ou encore des moutons entiers prêts à être découpés par le boucher. Mais la plus belle et plus impressionnante partie reste celle des tapis: des milliers d’entre eux sont exposés et entreposés sous les vastes voûtes en briques du plafond, d’où des rayons de soleil se diffusent à travers les petites fenêtres en ogives. Ici, finit le brouhaha des allées principales: on regarde, on touche, on examine, on négocie un thé aux lèvres. Tous les sons sont étouffés par les tonnes de soie et de laine entreposées jusqu’à toucher la base des toits voûtés. Je me vois invité par un marchand à venir observer son travail de réfection de tapis abîmés que viennent lui apporter des familles: les tapis en Iran, presque tous fait main, sont transmis de génération en génération. L’usure faisant son œuvre, des artisans se sont spécialisés dans la réfection de ces œuvres d’art. Le travail est impressionnant: alors qu’un des ouvrier recrée les motifs sur du papier millimétré avec des feutres de couleur, le suivant s’en sert comme modèle pour le tissage des endroits endommagés. Il s’agit d’un véritable travail de minutie et d'extrapolation car il faut parfois recréer des motifs qui ont totalement disparus.
Le temps passe rapidement et je me régalerai d’un plat local dont j’ai oublié le nom dans un minuscule restaurant où l’on s’entasse les un sur les autres pour manger en essayant de ne pas renverser sur son voisin. A nouveau, les “welcome in Iran” fusent et je me retrouve le centre d’attention de tout ce petit monde. Fatigué de ma journée, je rentre dormir après avoir flâné dans les avenues du centre à présent baignées de pénombre.


Bazar de TabrizLundi 9 octobre:
A une heure de route de Tabriz se trouve Kandovan, village troglodytes creusé dans le tuf, semblable à ceux que l’on peut observer en Cappadoce. Les touristes et échoppes souvenir en moins. Le petit village est charmant, l’automne est la période de récolte des noix et tous les villageois sont affairés à les trier, à les écaler puis à les faire sécher sur les toits plats des maisons plus récentes et à même le sol dans les ruelles tortueuses du hameau. Ici la vie semble s’écouler lentement, calmement. Je m’amuse d’observer les enfants jouant au milieu des fruits secs ou se cachant derrière leur mère à mon approche. Je passerai cette douce matinée à prendre tranquillement mon temps dans le village et ses alentours. En revenant vers les centre, je m'arrête dans une échoppe de miel. Dans milliers d’abeilles tourbillonnent devant le magasin vendant son miel à la louche conservé dans d’immenses jarres.
De retour à Tabriz, je dégusterai mon premier Abgoosht, aussi appelé Dizi. Il s’agit de viande de mouton, servie dans un récipient métallique avec son jus, des haricots et des pois chiches. Savoir comment manger ce plat typiquement iranien demande à se le faire expliquer, et les serveurs, sympas, s’en feront une joie face à mon air ahuri devant le pilon qui m’est servi en guise de couvert. Je mangerai encore d’autres dizi par la suite, mais celui ci restera le meilleure de tous. Après avoir été changer de l’argent chez les marchands d’or dans le bazar, le taux y est le plus intéressant, plus intéressant même que le cours officiel, - allez comprendre comment est-ce possible ? - je poursuivrai la journée par une visite du musée d’Azerbaïdjan puis de la fameuse mosquée bleue après une pause thé dans un parc adjacent. La célèbre mosquée n’est plus en très bon état, mais les parties intactes laissent imaginer comment l’édifice devait être grandiose à son heure de gloire. Il y règne une atmosphère paisible et je décide de m’y poser un peu assis sur les confortables tapis. Un jeune garçon curieux viendra me faire une visite guidée, spontanément, sans attendre d’argent en retour, ce qui me laisse perplexe, habitué à l’insistance pour un bakchich des pays du Maghreb. Il s’en suffit de peu pour que je me fasse enfermer dans la mosquée pour la nuit. Sorti de ma torpeur par des bruits sourds, je me rend compte que le gardien est en train d’en fermer les portes à clés.
Une fois dans la rue, il me reste une heure avant de retourner à l’hôtel prendre mon sac et de me rendre à la gare pour mon train de nuit. Je décide de m’arrêter dans un bar à jus rempli d’étudiant sortant des cours. Je serai à nouveau frappé par l’hospitalité iranienne. Alors qu’il ne reste qu’une chaise dans un coin pour m’asseoir et siroter mon jus de grenade, trois jeunes filles m’invitent à les rejoindre à table afin que je ne reste pas seul. Je dois bien avouer ma surprise de me voir ainsi inviter aussi facilement à une table de femmes dans ce pays réputé conservateur. Mes clichés en prennent un coup et, face à leur insistance malgré mon taroof, je finis par les rejoindre. Lorsque que, entre deux gorgées de mon délicieux jus, je leur demande quel bus prendre pour me rendre à la gare, s’ensuit un élan de générosité où tout le monde dans ce petit bar insiste pour être celui qui me montrera, celui qui m’accompagnera dans le bus ou celui qui me donnera sa carte de bus. La même scène se reproduira plus tard dans la rue avec des passant auprès de qui je m’assure d’attendre le bus au bon endroit.
La gare de Tabriz est belle et moderne, toute illuminée la nuit tombée. Quelques Iraniens curieux viennent parler avec moi, me posent des questions sur moi, mon métier, sur l’Europe. Comme souvent, ils demandent à m’ajouter sur telegram et instagram, véritable star des réseaux sociaux en Iran (FB étant prohibé, même si très utilisé aussi). Vers 19h les passagers sont invités à se rendre sur le quai: le train de nuit pour Téhéran est en gare. 13 heure de temps à se laisser bercer par le roulis du train dans ma couchette que je partage avec un couple et un autre homme. Mais avant d’aller me coucher, je profite d’un petit repas au wagon restaurant. Un voyage en train à l’ancienne comme on n’est fait plus en Europe. J’aime ça.

KandovanMardi 10 octobre: La lumière du petit matin est déjà forte. A travers la fenêtre poussiéreuse du wagon, j’observe les nouveaux paysages qui s’offrent à moi. J’ai le sensation d’avoir changé de continent en une nuit: fini la verdure, la fraîcheur de l’automne qui s'amorce ou les sommets enneigés se détachant d’un ciel bleu pur. D’un coup, tout est ocre, aride, sec et poussiéreux. Bienvenue au Moyen Orient.
Mégapole, oppression, bruit. Ces mots résument ma première impression en sortant sur le parvis de la gare de Téhéran. Et pourtant, cette ville est pleine de ressources, de nuances et de surprises une fois apprivoisée. Après d’âpres négociation, le taxi m'emmène à mon auberge (HI Tehran hostel). Pour quelques milliers de tomans, il embarque et débarque des passagers en cours de route pour des trajets de parfois à peine 200 mètres. J’observe, étonné. Mon lit à l’auberge n’étant pas encore prêt, je pars à la recherche d’un endroit où prendre un café et un petit déjeuner dans les alentours. J’atterri au Noor Café, genre de Star Buck à l’iranienne, le côté supplément d’âme en plus. Je ne le sais pas encore, mais lors d’un prochain voyage je retournerai ici et cela bouleversera la suite.
De retour à l’auberge, et après une bonne douche, me voilà parti à la découverte de cette ville posée à flanc de montagne, cœur vibrant de ce pays à l’histoire millénaire et dont l’évocation du nom laisse tout sauf indifférent.
Ce qui frappe en premier à Téhéran, mis à part le bruit et la pollution, c’est la modernité. La capitale dispose d’un réseau de métro et de transport en commun qui n’a rien à envier à bien des capitales européennes. La modernité s’observe aussi dans les moeurs et dans le style d’habillement des femmes. Les Tchadors noirs se font moins visibles au profit de foulards négligemment posé sur l’arrière de la tête et dont les couleurs sont, évidemment, assorties au reste des vêtements. Plus qu’un accessoire de mode, il y a un derrière la manière de porter le hijab un véritable message politique. Jouer avec les limites mais sans jamais les dépasser afin de détourner jusqu’à l’absurde l’objectif premier de cette obligation décidée par les bien pensants leaders religieux.
Mes pas me mèneront au cœur de cette ville grouillante pour débuter cette première journée. Place Imam Khomeini, le bazar, Imamzadeh Zeid, le city park et tous les alentours du Golestan Palace. Epuisé par cette après midi de marche après une nuit dans le train, je décide finir la soirée au Malek café, un peu à l’écart du tumulte. Pour m’y rendre, je prendrai un moto taxi, ce qui restera une des expériences à sensation forte de mon voyage. Assis à l’arrière d’une moto, sans casque, je me tiens fermement à mon pilote qui slalome à toute allure dans les avenues débordant de voitures à la conduite frénétique. Après un raccourci via le trottoir au milieu des passants, me voilà arrivé, tremblant, dégoulinant mais vivant.
Malek, le jeune gérant du café, qui a monté ce business avec un ami pour financer ses études, est francophile. Pendant que je mange un morceau de gâteau avec un milk shake à la fraise, au calme, il décide, par pure gentillesse, de monter le volume de la sono et inonde la petite pièce avec du Céline Dion et du Lara Fabian, pour me faire plaisir. Sa gentillesse et sa bienveillance me feront presque oublier à quel point je les hais toutes les deux. Ca sera donc avec “est-ce que tu m’aimes encore” en boucle dans la tête que je rentre dormir pour un repos du guerrier.
TéhéranMercredi 11 octobre: Après une bonne nuit de sommeil, petit déjeuné sur la grande table de la cuisine de l’auberge avec une dizaine d’autres voyageurs. Pour la plupart ils s’apprêtent à descendre vers les villes du centre et du Sud ou en reviennent et attendent leur vol retour. Pour ma part, je commencerai cette journée avec la visite du palais du Golestan. La visite, bien que cher, me plaira, mais pas autant que le thé safran-rose servi dans un mug aux motifs perses, assorti d’une tige de sucre safrané et d’un petit gâteau iranien que je m’offre dans le parc du palais, à l’ombre des grands arbres. Calme et volupté au cœur de la capitale. Jusqu’à ce qu’un car de touristes bruyant vienne rompre la magie. Fuyant alors les lieux, mon estomac se rappelle à mon bon souvenir et, en guise de repas, je testerai les stands de streetfood près de la place Khomeini. Mal m’en a pris car des maux de ventre me prennent peu après alors que je m'apprêtais à rentrer dans l’ancienne ambassade américaine. Celle là même que l’on peut voir dans le film Fargo, ex fief de la CIA avant la révolution islamique. Ce sont dans ces lieux que se sont fomentés les pires complot contre le Shah d’alors. Aux alentours immédiats de l’ambassade on pourrait presque se croire à Cuba, les mojito en moins, dû aux nombreuses fresques de propagande anti-américaine.
Mon repos forcé à l’auberge m’aura permis de faire la connaissance de Mandy, une hollandaise de retour de Yazd. Elle s’apprête à aller rejoindre son ami Hassan, un ami marocain de passage en Iran, et m’invite à se joindre à eux. C’est l’occasion pour nous de discuter avec Hassan sur l'accueil qui lui est réservé en tant que marocain, et donc sunnite. Les nouvelles sont nettement plus rassurantes, même excellentes, comparé à ce que j’avais déjà lu sur internet.
Nous nous mettons en route vers le Nord de la ville, direction Tajrish. Là, se trouve un bazar plus petit, mais plus local, et une magnifique mosquée bleue (Shrine Zadeh Saleh). Mais l’objectif de notre venue se trouve encore à 10 minutes de là en bus.
Nous voici à Darband, oasis de fraîcheur, point exact de la rencontre de la ville avec la montagne. Un petit sentier de quelques centaine de mètres, bordé de restos et de bar à thé à la décoration “plus kitsch que ça tu meurs”, s’enfonce dans une gorge dans laquelle coule un petit torrent. Les lieux, illuminés de loupiotes à la nuit tombée sont incroyables et se remplissent petit à petit. Nous prendrons place sur une estrade posée au dessus du torrent et recouverte de tapis et de coussins, endroit rêvé pour un thé et un repas léger. Fin de soirée, Hassan nous quitte pour aller prendre un bus vers la Turquie et Mandy et moi rentrons dormir à l’auberge via un détour par Nature Bridge. Qu’est ce que cette ville est impressionnante vue de nuit !
Mosquée (shrine) à TajrishJeudi 12 octobre:
Dernier réveil de ce voyage dans le grand dortoir. Pour profiter de cette dernière journée, nous nous mettons rapidement en route avec Mandy. Elle aussi prend son vol retour cette nuit, à peu près à la même heure que moi. Ce matin nous allons à Tochal, station de ski de la ville dont le point culminant est à près de 4000 mètres d’altitude. Pour y accéder, un télécabine y monte en plusieurs étapes. Jour de weekend, équivalent à notre samedi, de nombreux randonneurs prennent déjà d’assaut la montagne.
Petit à petit, à travers la vitre du télécabine, la vue s’ouvre sur la capitale. La montée paraît sans fin et durer une éternité, nous montons si haut qu’à présent la mégapole ressemble au loin à une simple ville vue d’avion. Nous sommes au dessus d’un épais nuage de pollution et, en débarquant, la température est glaciale et le vent violent. A presque 4000 mètres, je ressens la rareté de l’oxygène et je me sens rapidement à bout de souffle en voulant poursuivre plus loin à pieds. Après 20 minutes là haut, nous décidons de redescendre à la station intermédiaire admirer la vue, puis de regagner le point de départ. Plutôt touristique, plusieurs fast-foods et bar s'égrainent dans la zone et nous en profitons pour reprendre des forces en terrasse au soleil. Comme un avant goût de retour à la “civilisation” se fait ressentir avec une certaine nostalgie. Je repense à ma première bière à Erevan, le temps est passé si vite, j’ai croisé tant de visages et de paysages entre temps. Je ressens déjà qu’il me faudra du temps pour assimiler ce voyage.
Une famille avec qui nous avions échangé quelques mots plus tôt dans la journée et que nous recroisons par hasard nous propose de nous raccompagner en voiture jusqu’à la station de métro de Tajrish, ce que nous acceptons avec plaisir. Une fois à Tajrish, on en profite pour acheter quelques dernier souvenirs à rapporter du bazar. Mandy a rendez vous en ville avec une connaissance, et, pour ma part, je préfère profiter de la fin de la journée pour aller à la tour Azadi, dernière visite à Téhéran alors que le soleil est en train de se cacher derrière les monts Alborz.
Dans quelques heures, un taxi nous déposera à l'aéroport IKA, nous nous dirons adieu et, pour ma part, ça ne sera qu’un au revoir à l’Iran: j’ai déjà mes billets pour un retour dans trois mois à la découverte du Sud...
Tour Azadi

D'Erevan à Téhéran: récit d'un voyage entre Caucase et Moyen-Orient
Je vous propose mon premier carnet de voyage, entre Caucase et Moyen Orient. Plutôt long, j'espère que vous aurez la patience de le lire jusqu'au bout...
Arménie - Iran : récit de voyage
Samedi 30 septembre : Vol matinal Bruxelles - Erevan avec Ukraine International. Rien à redire sur la compagnie (j’avais lu de nombreux avis catastrophiques) : courte escale à Kiev, avions récents et confortables mais aucun service gratuit à bord (ressemble à du low cost). Pour un vol payé 250 € (aller Erevan, retour depuis Téhéran), cela vaut la peine.
Longue attente à l’arrivée à Erevan, mais, ça y est, me voilà arrivé. Excité et anxieux à la fois, il s’agit de mon premier voyage entièrement seul pour une période de 2 semaines, qui plus est dans une région où l’offre touristique est faible. A moi l’inconnu... A la sortie, j’achète directement une carte sim locale et, le taxi que m’avait proposé mon logement AirBnb pour 10€ est là à m’attendre. J’aime ces premiers instant dans un nouveau pays, et ma première impression sur le trajet jusqu’en ville est ce curieux mélange d’ambiance ex-soviétique et d’Orient. Cette impression se renforcera au cours de mon séjour avec en plus, dans la capitale, le constat que ce pays se tourne aussi de plus en plus vers l’occident.
L’accueil à mon logement est formidable et ajoute de la chaleur à cet austère building dans lequel il se trouve. Voulant être au plus près de la population j’ai minutieusement choisi une chambre chez l’habitant (sur AirBnb) et cela aura été un très bon choix, bien qu’un peu plus onéreux : 20€/nuit au lieu de 10€ en hostel. Avant de partir explorer la ville, mon hôte, Shoghik, qui vit là avec sa fille Ellen et son mari, me propose de m'asseoir avec eux et de partager les fruits, l’Halva, le café arménien, les gâteaux, ... disposés sur la table pour mon arrivée.
Je sors prendre le pouls de la ville en commençant par la place de la République puis place de l’Opéra et jusqu’à Cascade. A la tombée de la nuit, tout s’anime : les gens sortent, les rues deviennent bondées, les terrasses se remplissent, les familles sortent dans les parcs et les jeunes se rassemblent. Je suis surpris par tant de vie et d’animation, il fait agréable de se promener dans les rues de la capitale au coucher du soleil. Je me mets alors en quête d’un endroit que l’on m’a conseillé pour aller souper. Cet endroit étant un peu à l’écart et je prends un taxi pour m’y rendre. Ici, personne ou presque ne parle anglais, pour communiquer c’est soit Arménien soit Russe. Comme je ne parle aucun des deux, gestes, sourires et l’aide de Google traduction feront l’affaire…ou pas : me voilà déposé dans un quartier totalement sombre et inanimé, pas le moindre resto en vue. En marchant 10 min je finis par tomber sur un snack qui propose de la délicieuse viande grillée que l’on me sert avec des légumes au goût inouï, des herbes aromatiques et… une bouteille de Vodka. Je suis seul, à l’unique grande table du « restaurant », qui sert aussi probablement de salle à manger pour la famille. En rentrant, Shoghik m’invite à prendre un bol de soupe fumante devant la télé avec elle et Elen.
Dimanche 1er octobre :
Après un petit déjeuner préparé avec beaucoup d’amour, composé de blit (petites crêpes ressemblant à des blinis), d’Afsianka (porridge), de fruits râpés, d’Halva et d’autres gâteaux locaux, je me mets en route vers le marché couvert de la ville. Sur le chemin, le long de cette avenue principale un peu plus éloignée du centre, je retrouve des similitudes avec certaines villes d’Asie à travers cette alternance de bâtiments décrépis et de nouveaux centres commerciaux modernes et ultras kitsch. Le tout, bien entendu, ponctué par le bruit des klaxons et de la circulation infernale. Ma balade dans le marché couvert n’est pas sans me rappeler celui de Kiev, mais, de nouveaux, avec cette touche asiatique en plus. Les étals sont magnifiques et éclectiques : bouquets de fleurs en fruits secs, grands pains plats, miel local et pieds de porc sont au menu.
Marché couvert de Erevan
Fasciné depuis toujours par les trains, je hèle un taxi jusqu’à la gare. L’unique train du jour au départ est à destination de Tbilissi, en Géorgie et mon taximan, persuadé que je désire m’y rendre, rentre dans un long débat en russe pour me convaincre de me conduire lui-même jusque-là. Une fois visité l’imposant bâtiment à l’architecture typiquement soviétique, je prends le métro pour retourner vers le centre-ville et monter sur une des collines de la ville, là où se situe 2 imposants monuments à la gloire du pays et de l’URSS. Une vieille fête foraine que je pensais désaffectée jouxte ces 2 édifices solennels et le contraste est plutôt amusant.
Après avoir flâné là-haut, je me dirige vers la mosquée de la ville, entièrement restaurée. Appelée la « mosquée bleue », et cachée derrière de vieux bâtiments, elle a plutôt fière allure et me donne un petit avant-goût de ce qui m’attend en Iran. Je me repose quelques minutes sur un banc dans le jardin avant d’aller prendre une bière en terrasse en profitant des derniers rayons de soleil. Je me dirigerai ensuite vers un petit resto de cuisine typique du Haut-karabagh : du pain fourré aux herbes aromatiques passé un grill.
Sur le retour, je profiterai de l’animation de la ville, et notamment du spectacle son et lumière aux fontaines de la Place de République. En rentrant le soir chez Shoghik, un souper m’attendra pour compléter mon repas frugal de ce soir. Son mari, chauffeur, et que je n’ai pas encore rencontré, rentre d’un périple avec des clients. Je m’arrange avec lui pour la journée de demain : il me déposera à mon hôtel à Eghegnazor en faisant un stop à Khor Virap, à Areni pour goûter la production de vin local et enfin à Noravank.
Gare de Erevan
Monument "Mère Arménie" à Erevan, et sa fête foraine
Lundi 2 octobre :
Je me réveille avec le bruit de la pluie sur les tôles ondulées du parking en contrebas de ma chambre. La météo s’annonce médiocre et nous nous mettons en route avec Edgar vers 10h00, direction Khor Virap. Après 1h de route et un arrêt d’une demi heure pour faire le plein de gaz liquide (interdiction de rester près du véhicule pendant ce temps), nous arrivons avec le soleil au monastère. Le lieu est majestueux mais je ne verrai rien du Mont Ararat, complètement dans le brouillard. Juste en contrebas, j’observe des paysans travaillant aux champs avec de vieux tracteurs déglingués. Un peu plus loin, s’étend une sorte de no man’s land marquant la séparation avec l’ennemi juré, la Turquie, à moins d’un kilomètre.
Monastère de Khor VIrap
Champs aux alentours de Khor Virap
On se remet en route. Petit à petit, la route alors dans la plaine, s’élève et devient une route de montagne sinueuse. Les paysages s’escarpent et le dernier virage avant un col ouvre la perspective sur un horizon steppe et de pics rocheux à couper le souffle. Quelques maisons sont blotties au creux de petites vallées, formant des hameaux ou le temps semble s’être arrêté. La conduite d’Edgar se fait plus brusque et plus rapide, et celle des autres conducteurs également, jusqu’à frôler l’accident. Nous voilà à 3 sur 2 bandes afin de laisser passer la voiture en face doublant dans un virage sans visibilité. On l’a vraiment échappé belle. Quelques jurons d’Edgar en arménien plus tard, nous arrivons à Areni en même temps que la pluie pour y goûter le vin dans une cave. Pas trop convaincu par ce qu’il m’est offert à goûter, j’achète malgré tout une bouteille pour prendre comme apéro si l’occasion se présente avant mon passage en Iran.
Arrêt sur la route entre Khor Virap et Areni
Edgar commence à s’agiter, alors que je traine un peu dans la cave, il m’attend dans la voiture et klaxonne plusieurs fois pour que je me dépêche. Nous reprenons la route vers le site de Noravank, situé à 20km, à tombeau ouvert. Par chance, la pluie a fait place à des éclaircies. Il y a du monde. Enfin, façon de parler, ça reste l’Arménie. Disons qu’il doit y avoir une trentaine de personnes sur le site, surtout des visiteurs venus à la journée depuis Erevan. Je prends beaucoup de plaisir à explorer les deux églises dans ce cadre fantastique. Ce sera l’une des plus belles visites du pays…qui sera écourtée car Edgar, qui, pressé de rentrer, crie après moi à ma recherche. Manque de chance pour lui, j’ai marché pendant 10 min sur un petit sentier qui monte dans la montagne afin d'avoir une vue de recul sur le monastère et les montagnes rouges et abruptes qui l’entourent. Je prendrai tout mon temps pour redescendre.
Edgar me dépose chez mes nouveaux hôtes, au Shushan B&B (10€/nuit) où je suis accueilli par Arumen, le fils aîné de la famille. Il joue dans le salon avec un ami au backgammon. Je reste là un peu avec eux à les regarder jouer et à essayer de comprendre les règles tout en mangeant des fruits accompagné d’un café arménien. Il est 17h, un rayon de soleil passe par la fenêtre et la pluie s’arrête dehors. Je profite de l’accalmie pour sortir et me diriger vers un vieux pont médiéval enjambant le torrent dans la vallée, un peu plus en contrebas du village. J’avais repéré les lieux dans un vieux livre en noir et blanc dans la bibliothèque de ma chambre.
C’est depuis le carrefour principal de la ville, là où croise la principale route Nord-Sud du pays, que débute le sentier. Ici, se concentrent une pompe à essence, un garagiste et un restaurant, semblant être l’unique point de ravitaillement à 100km à la ronde, conférant à cet endroit une ambiance de far ouest arménien. Après 20 minutes de marche à travers champs, j’arrive jusqu’au au pont de la photo. La vue sur celui ci avec le torrent et les nuages se déchirants sur les montagnes en arrière-plan est remarquable. De là, j’aperçois un homme en train de pêcher avec sa femme. Il me fait signe de les rejoindre à grand renfort de gestse et de mots que je ne comprends pas. Quand j’arrive à sa hauteur, son immense sourire me met de suite en confiance. Il me montre comment il pèche, avec un bout de ficelle attaché à un bâton, puis, d’un hochement de tête, me désigne le maigre produit de sa pêche dans un petit sceau. Alors que je m’apprête à retourner sur mes pas, ils m’invitent à les suivre jusqu’à leur maison, située 200 mètres plus haut à travers champs. Je refuse d’abord poliment plusieurs fois, puis face à leur insistance et leur gentillesse, je finis par accepter.
Pêcheur à Eghegnazor
Ces deux paysans, Ashat et Ushi, semblent vivre totalement coupé du monde. Leur maison consiste en une unique pièce en terre battue ou l’on y mange, dort et cuisine. Dans un coin de la pièce trône une vieille télé à écran cathodique à l’image neigeuse et diffusant un soap opéra bollywoodien sous-titré en cyrillique. Je me vois prié de m’asseoir pendant que le café chauffe. Alors que la femme d’Ashat apporte le café, voilà mon hôte de retour avec des tomates du potager. Il lui fait des gestes en me souriant pour lui montrer qu’il ne veut pas du café. Ashat me fait un clin d’œil et, caché derrière une étagère, il sort une bouteille de vodka dans laquelle il a fait macérer des baies. Ashat semble très amusé et fier de me montrer combien sa vodka est forte et comment on la boit cul-sec dans des petits verres.
Pendant ce temps Ushi apporte le repas : elle commence à sortir de grandes crêpes de pain sec, qu’elle arrose légèrement pour lui redonner sa consistance normale. Ensuite, elle découpe soigneusement en quartier les tomates rapportées par son mari ainsi que des tranches d’un fromages de leur élevage accompagné de piments, poivrons et d’herbes aromatiques : feuilles de menthe, de réglisse, d’anis et d’autres dont je suis incapable d’identifier le goût. Tout a une saveur fabuleuse, les tomates sont juteuses, sucrées et pleine de parfum, jamais avant je n’en avais mangé de telles. Le fromage aussi est extraordinaire et le goût combiné à celui de la tomate et des herbes aromatiques est juste divin. Je n’ai plus faim, mais je Ashat et Ushi m’obligent à manger encore, ils veulent faire honneur à leur invité.
Le temps passe vite, nous ne parlons aucune langue commune, mais nous parlerons tout le repas et toute la soirée. Je ressens une gentillesse et un accueil pur et authentique chez ces gens comme rarement j’en ai rencontré lors d’autres voyages. Entre temps la nuit est tombée. Mes hôtes veulent que je reste dormir là et, à contrecœur, je refuse. Ils ont peur que je me fasse attaquer par des chiens errant sur le retour dans le noir et décident de m’accompagner une partie du chemin. Ils me donnent aussi un grand bâton pour me défendre, si des chiens venaient à m’attaquer. Nous nous disons au revoir et je rentre dormir dans la pension le cœur lourd de les quitter.
Mardi 3 octobre :
Un petit déjeuner typique et du bon café m’attendent. La maman de Arumen vient me saluer, c’est elle qui est aux fourneaux. A 9h00 arrive le taxi que m’avait négocié la famille la veille pour aller visiter les alentours de Eghegnazor pour toute la journée. Mon chauffeur ne parle que Russe et Arménien, et, quand on doit communiquer, il appelle sa femme qui fait la traduction au téléphone. Le soleil est de la partie ce matin et je sais que ça ne durera pas. J’ai envie de retourner à Noravank pour revoir le site avec la lumière matinale, tout seul et sans pression comme la veille. Quand nous arrivons, nous sommes en effet presque seuls, il n’y a qu’un camping-car immatriculé en hollande qui a passé la nuit là. J’en croiserai quelques-uns de ces mobile-home immatriculés en Europe, ce qui est toujours une grande joie pour les locaux de les apercevoir. L’atmosphère matinale à Noravank est surréelle, presque divine, avec ces gros nuages noirs, qui s’accrochent aux montagnes. Ils sont percés de rayons de soleil qui illuminent uniquement les églises du site, comme un rayon divin. Initialement j’avais prévu une randonnée (trouvée sur Wikiloc) qui se termine à Noravank après avoir traversé des gorges profondes. Mais suite aux pluies d’hier et à celles annoncées cet après-midi, on me l’a déconseillé. Je parcours malgré tout les 10 premières minutes à contre sens jusqu’à une source avant de remonter en voiture, direction Eghegis, Arates et environs.

Noravank
Il faut 45 minutes de voiture sur des routes de plus en plus étroites et isolées pour rejoindre ces anciennes églises arméniennes, pour certaines très anciennes et en ruine, nichées dans des alpages à l’aspect de steppes. Je suis surpris de voir la quantité de pièces archéologiques, essentiellement des pierres dans lesquelles sont sculptées des croix et des écritures parfois presque millénaires, et qui sont à terre, sans protection et à la portée de tous qui souhaiterait les emporter.
Arates
Nous mettons ensuite cap sur le Selim Pass, après un bref arrêt plein de gaz liquide et sandwich. La route remonte une vallée, d’abord large, ensuite de plus en plus escarpée. Les paysages sont magnifiques et grandioses. Le paysage herbeux, totalement jauni après la sécheresse de l’été, sans un seul arbre, consiste en une steppe aride et immense, entourée de sommets. Juste en dessous du col se trouve un des plus ancien et des mieux préservé caravansérail (Caravansérail de Sélim) de la route de la soie, ce qui était le but premier de mon ascension. Je suis excité d’aller visiter cet ancien lieu d’accueil des marchands de l’époque et de leurs montures sur leur route vers l’Orient lointain. C’est mon intérêt pour la route de la soie qui m’a amené à vouloir découvrir ces contrées, notamment après la lecture du livre de Bernard Ollivier « la longue marche ». Le caravansérail est presque intact et orné d’écritures arméniennes et arabes. A l’intérieur on peut facilement identifier les pièces de vie des hommes et des bêtes, mais aussi des espaces de vente. Un marchand vend du miel, des alcools locaux et des herbes aromatiques. Il parle le français, ce qui est très rare par ici. Je lui achète un petit pot de miel puis prenons la route pour redescendre de l’autre côté du col, jusqu’au lac Sevan et au cimetière de Noraduz, réputé pour ses khatchkars. A présent le ciel est bas, gris et il tombe une fine pluie glaciale. Plus haut sur les sommets, une couche blanche apparaît : ce sont les premières neiges de l’année. Le lac Sevan, que j’ai vu d’un bleu éclatant sur les cartes postales à Erevan, a la même couleur que le ciel et se tient le long de la route déglinguée traversant des villages vides et sales. Le tout transpire d’une ambiance cafardeuse. Je me promène rapidement à travers les khatchkars, qui sont des stèles commémoratives de près de 2 mètres de haut et sur lesquelles sont représentées des scènes de la vie quotidienne de l’époque. Pour quelques Drams, une vieille dame m’explique la signification des représentations sculptées sur les stèles principales, ce qui donne un peu de vie à ce cimetière sous la grisaille. Nous repassons le col dans l’autre sens, là-haut le vent souffle et la température tombe à 0 degré. Je peux sentir le froid passer à travers vitres mal isolées de la vielle Lada aux pneus lisses. En perdant de l'altitude la météo se fait plus clémente et j'observe que mon chauffeur se détend. Après la visite d’une énième église et un bref passage chez un bijoutier pour changer des euros, mon taxi me dépose à ma pension. Nous nous reverrons demain pour le chemin jusqu’à Goris car il n’y a pas de marshrutka sur cet axe demain, ou alors de façon très incertaine.
Lorsque je rentre, un couple d’allemand vient juste de s’installer à la pension. Nous passons le début de soirée tous ensemble avec les enfants avant d’aller manger dans un resto que nous recommande nos hôtes, le long de la « Motorway 2 » (comprendre « la route défoncée vers le sud »). Plutôt sympas, ils m’offrent le repas et la bière. Ils m’expliquent aller eux aussi en Iran par après, mais en avion, faute d’avoir obtenu le visa à temps (obligatoire pour le passage terrestre mais délivré à l’aéroport). Nous rentrons dans le noir à la lumière de nos frontales sous la bruine glaciale et ouvrons la bouteille de vin que j’ai achetée et que nous finirons à 2 avec Micha car Hannah m’apprend qu’elle est enceinte. Je trouverai rapidement le sommeil…
Mercredi 4 octobre:
Après un petit déjeuner vite avalé et avoir fait mes adieux, je me mets en route vers Goris avec mon taxi de la veille. Les nuages de pluie de hier s’ouvrent et se déchirent à présent en lambeaux sur la pointe des sommets et des collines environnants. Il a fait froid cette nuit, et les timides éclaircies laissent entrevoir les alpages saupoudré d’une fine couche blanche de neige fraîche. Le contraste de la blancheur étincelante de la neige avec le jaune des herbes brûlées de la steppe, sur le fond de nuages s’écharpant sur les pics rocheux, est magique. A travers les minces espaces de ciel bleu fusent quelques rayons soleil réchauffant l’atmosphère et les teintes froides du paysage. La route zigzague en larges virages dans le fond de l’ample vallée, monte est descend en laissant apercevoir, au détour d’une courbe ou d’un petit col, le long ruban foncé d’asphalte s’étirant à la l’infini vers un banc de brouillard. En chemin, nous faisons halte à Jermuk, station thermale dont le nom s’étale sur toutes les bouteilles d’eau minérale du pays et dont les façades neuves des bâtiments et la signalisation existante au bord de la route lui confère un aspect chic. Jermuk, également station de ski construite par les russes à l’époque, verra sous peu ses hôtels remplis par les skieurs. L’air est piquant et, avant de rejoindre la voiture, je me réchauffe les mains avec une bouteille d’eau vide que je rempli à une source d’où jaillit de l’eau à 55 degrés.
Neige fraîche au Vorotan Pass avant Goris
La route se poursuit avec le passage du Vorotan Pass. Ici les nuages s’accrochent et la route est à présent totalement enneigée. Elle le restera jusqu’à proximité de Goris. J’avais convenu avec mon chauffeur qu’il me dépose au téléphérique pour Tatev (le “Wings of Tatev”), mais vu la neige et le brouillard je décide qu’il est inutile de monter là haut et nous poursuivons jusqu’à Goris où je me fais déposer à l’auberge de jeunesse (Eden Hostel & Guesthouse, 9€/nuit). Il fait glacial dehors et tout autant à l’intérieur lorsque je rentre dans le hall de l'auberge. Se tient là, debout et raide comme la justice, un jeune de mon âge et qui attend depuis 15 minutes que quelqu’un de la réception vienne l'accueillir. Nous trouvons un mot de la réceptionniste avec un numéro auquel appeler en cas d’absence. 5 minutes plus tard une dame sympa, mais avec qui la capacité à communiquer est limitée, nous montre notre dortoir et nous amène un radiateur électrique plus que bienvenu.
Nous ressortons presque immédiatement à la recherche d’un endroit où manger. Je fais plus ample connaissance avec Ido, il est israélien et est un ancien officier de l'armée. Il ne mange pas casher à proprement parler, mais suit malgré tout certaines règles alimentaires, comme celles de ne pas manger de porc et de ne pas mélanger les produits laitier avec de la viande. Du coup, ça restreint pas mal les possibilités des lieux ou se sustenter, surtout dans dans un pays comme l’Arménie et d’autant plus dans un bled comme Goris. Finalement, un kebab d’agneau avec du riz fera l’affaire. A cet instant, je n’ai pas encore conscience que ce menu constituera, jusqu’à l’écœurement parfois, à peu près l’essentiel, la variété de viande mise à part, de mon régime alimentaire iranien.
Alors que Ido, qui déteste déjà ce temps gris, froid et maussade qui lui est pourtant inconnu dans ses contrées septentrionales, rentre à l’auberge se reposer et se connecter au Wifi, je m’en vais explorer le vieux Goris. Le vieux Goris est en fait le pendant de Kandovan, en Iran. Des habitations troglodytes creusée dans du tuf, faisant fortement penser à la Cappadoce. Mais la tête enfouie sous ma capuche, les mains frigorifiées et les pieds mouillés, le charme opère peu et je me précipite dans le premier bistrot ouvert que je croise. Un café pour me réchauffer le corps et deux Kilika de 66cl (bière locale) pour me réchauffer le cœur.
Quand je rentre à l’auberge, Ido a fait connaissance avec une nouvelle arrivée qui partage notre chambre: Anna, qui est Moscovite. On fait passer le temps en jouant aux cartes dans la cuisine en buvant du thé bien chaud. Tous les trois, nous souhaitons aller demain visiter le monastère de Tatev et arrangeons un taxi avec l’auberge. Finalement, un invité surprise de dernière minute, un compagnon de voyage que Ido a croisé en Géorgie 1 mois auparavant et qui se trouve par hasard dans la taverne du village ou nous allons souper, s’ajoutera à nous pour l’aventure du lendemain.
Jeudi 5 octobre:
La Lada bleue clinquante édition spéciale rideau de fer nous attend fièrement devant l’hostel. Notre chauffeur, dont le sourire est aussi brillant que les enjoliveurs chromés de son ancêtre, discute du prix et de l’itinéraire en russe avec Anna et la gérante de l’auberge. Finalement, on ne va pas se contenter de Tatev, on va pousser jusqu’à Sisian, pour aller voir Karahunj, le Stone Age local, mais aussi une cascade, le monastère de Vorotnavank et un vieux pont menant au lac de Shamb. J’avais initialement l’intention de prendre la marshrutka de 13 ou 15 heures jusqu’à Kapan puis Meghri pour passer la frontière iranienne le lendemain matin tôt.Mais l'itinéraire alléchant et la joie de partager cette aventure aux allures de road trip avec mes nouveaux amis me plait plus.
Je resterai donc une nuit de plus dans ce lit dont le confort relève plus du hamac, tant il est creusé. Mais ça n’a pas la moindre importance. Je suis assis à l’arrière, écrasé contre la fenêtre. A cinq dans cette voiture, en comparaison, voyager avec Ryanair relève du luxe ultime. Je rigole intérieurement du groupe éclectique que nous formons en route vers “on ne sait pas vraiment où”. Vingt quatre heures auparavant nous étions encore de parfaits inconnus, et maintenant nous voilà tel un groupe de pote qui se connaît depuis toujours. Il n’y a qu’en voyage que ce genre de dynamique de groupe se crée.
Compagnons de voyage et taxi Lada clinquant
Le soleil brille de mille feux ce matin. Fini la grisaille et la pluie. En revanche il a neigé la nuit sur les hauteurs, et au premier col que la route franchi, il y a une petite accumulation de quelques centimètres. Le paysage blanchi est spectaculaire, et nous sommes tous ébahi devant tant de beauté. Pour les deux autres garçons, c’est presque une première de voir de la neige, ou, en tout cas, d’en voir de si près. Ils ont fait arrêter le taxi pour pouvoir toucher la neige et, tels des gamins, s’amusent à lancer des boules de neige. Ce qui fait bien poiler notre chauffeur, blasé des hivers glacials qui peuvent sévir dans la région (jusqu’à - 40 °c paraît-il). Peu après s’être remis en route, nous croisons des bergers en transhumance qui envahissent la route avec leurs vaches. Perchés sur leurs chevaux pour guider le troupeau, ils ont des airs de cow-boy du far-ouest. J’en profite pour les prendre en photo avec le paysage désolé en arrière plan.
Transhumance
Nous poursuivons ensuite jusqu’à Karahunj. Il y a plus de monde par ici, mais pour que l’endroit ait vraiment de l'intérêt, il faudrait un guide, sinon ce n’est qu’un champ où se trouvent des pierres levées sans logique apparente. J’en profite pour prendre un café dans une roulotte et nous échangeons quelques mots avec un homme accoutré comme pour aller gravir l’Everest. Soudain, choc des civilisations: l’homme demande à Ido d’où il vient. L’Israélien répond à l’homme qui lui répond à son tour “alors c’est donc toi mon ennemi juré ? Je suis Iranien”, avec un air rieur traduisant qu’il n’en pense rien. S’en suivra ensuite dans la voiture une discussion sur les problèmes entre les deux pays.
D’ailleurs, sur ces routes du grand Sud arménien, l’Iran commence à se faire plus présente: nous croisons de nombreux camions immatriculés en Iran mais aussi des pancartes de restaurants ou de garages le long de la route où la traduction n’est plus en Russe mais en Persan. Quelques dizaines de minutes plus tard, nous voilà au bord d’une belle cascade. Avec les pluies des jours précédents, il y a du débit, ce qui la rend imposante. Après les selfies de rigueur, nous nous réentassons dans la vieille Lada en route vers le monastère de Vorotnavank. Il est parfaitement bien préservé et vraiment imposant, le long d’une petite route dans une nature intacte. Avant de poursuivre vers Tatev, nous faisons un long détour par une vallée traversée par un vieux pont et menant à un joli lac entouré de hauts plateaux.
Sur la route
Monastère de Vorotnavank
Vieux pont menant au lac de Shamb, proche de Sisian
Le lieux de départ du téléphérique pour Tatev est en contraste total avec le reste du pays: moderne et blinquant. D’un coup, on se croirait téléporté en Suisse. Nous achetons nos tickets par carte de crédit pour un départ à 15h30, soit 45 minutes plus tard. En attendant, on en profite pour se restaurer un peu devant la vue sur la vallée en contrebas. On loupe notre départ et devons changer notre billet. Le monastère de Tatev est très beau, mais j’ai déjà vu tellement d’églises arméniennes et de monastères que je suis un peu blasé. Je m’éloigne un peu pour avoir une vue avec du recul avec le montagnes enneigées de l’Azerbaïdjan et du Haut-Karabagh au loin. Initialement, j’avais prévu de redescendre à pieds en passant par le pont suspendu et les sources chaudes, mais l’heure tardive et la météo des jours précédent contrediront mes projets. Nous rentrons doucement à Goris et allons souper ensemble des plats locaux à la taverne du village, à côté de l'hôtel Goris.
Tatev
Vendredi 6 octobre:
La marshrutka vers le Sud ne passera pas avant 13h et, comme j’ai déjà un hôtel réservé et payé à Jolfa, et que je veux passer la frontière iranienne le plus tôt possible dans la journée, je demande au taxi d’hier de me conduire jusqu’à Agarak, au poste frontière. Je n’ai jamais autant pris de taxi en voyage qu’en Arménie. Mais la rareté des transports publiques dans le Sud et l’isolement de certains endroits ne me laisse pas d'autre choix. Et puis, ça me donne l'occasion de m'arrêter quand je veux pour admirer les paysages ou de faire des détours par des petits villages en dehors de l’axe principal.
Je fais mes adieux à Anna et Ido. Anna remontera au Nord vers Areni, pour aller à la fête du vin, en stop avec des Argentins séjournant dans l’autre dortoir de l'auberge. Avant de se séparer elle m'apprendra quelques mots de base en russe pour communiquer avec le conducteur. Ido, quant à lui, passera quelques jours par Erevan avant d’aller prendre son vol retour à Tbilissi.
J’embarque donc dans la Lada d’hier, à l’avant cette fois ci, en route vers le Sud et l’Iran. Mon chauffeur a pris sa femme avec, j’ai cru comprendre qu’elle n'avait jamais été jusque là et qu’elle est curieuse de découvrir une autre part de son pays. Les paysages changent petit à petit, les panoramas steppiques font place à une forêt dense puis à des paysages plus alpins, avec le franchissement du col de Meghri à 2535 mètres. Au loin, on aperçoit déjà les premières montagnes d’Iran. A la descente, le décor change, tout devient plus aride et plus sec.
A l’arrière, la femme de mon chauffeur m’a gentiment préparé des sandwiches pour ne pas que je reste le ventre vide. Comme un dernier geste d’hospitalité à l’arménienne avant de rentrer dans un nouvel univers inconnu. Plus nous approchons de l’Iran et plus le thermomètre augmente drastiquement. Alors que le Meghri Pass était couvert de neige, nous croisons un panneau indiquant 25 degrés en traversant Meghri. Et soudain, nous débouchons dans une vallée. D’un seul coup, il n’y a plus d’herbe, plus d’arbre, plus de couleur. Les collines bien que plus basses se font abruptes, brisées, rocailleuses et d’une couleur aussi sombre que de la pierre de volcan. L’univers dans lequel nous entrons est radicalement différent de tout ce que j’ai vu jusqu’à maintenant: lunaire et inhospitalier. Sur la gauche de la route, l’accès est barré par des barbelés tout du long, et quelques miradors ponctuent le chemin. De l'autre côté des barbelés coule l’Araxe, et sur la rive d’en face s’étend la République Islamique l’Iran. Cette arrivée progressive sur l’Iran avec l’apparition soudaine de ces terres désertiques sonne comme une mise en garde. Je suis impressionné et ressens un mélange d’excitation, de me retrouver à ce point précis du globe, et d’anxiété quant à ce qui m’attend de l’autre côté.
En route vers l'Iran, arrivée sur Kapan
Ils me regardent affectueusement m’éloigner du taxi et, après un dernier signe de la main à mon chauffeur et sa femme, je passe le portail d’accès aux douanes arméniennes. Quelques camions sont garés là, en attente de leur passage sur l’autre rive. Nous sommes vendredi, l’équivalent de notre dimanche en Iran, et tout est plutôt calme. Quelques chauffeurs de taxi attendent le client et des enfants revendent des cartes sim prépayées. D’autres boivent du thé dans le grand hall qui fait aussi office de bar. Je suis apparemment le seul à traverser la frontière car un fonctionnaire vient ouvrir exprès pour moi le guichet. Quelques questions d’usages et un coup de tampon plus tard, me voilà officiellement sorti d’Arménie.
A la sortie du bureau des douanes, une large route mène jusqu’à un pont au dessus de l’Araxe. Il y a la possibilité d’emprunter des voiturettes de golf pour franchir ce no man’s land de 500 mètres entre les deux pays, mais l’instant est solennel et je préfère en savourer pleinement chaque seconde. L’envie de faire perdurer un peu ce moment l’emporte sur mon empressement d’entrer en Iran. L’entrée Nord du pont, côté Arménien donc, est gardée par un soldat Russe qui contrôle une dernière fois mon passeport. Les rambardes du pont sont peintes de gris jusqu’à exactement la moitié, devenant blanches, rouges et vertes ensuite pour symboliser le changement de pays. En dessous, coule le torrent boueu. De l’autre côté, un jeune soldat tout mince m'accueille d’un “Salam”, mon premier Salam, et m’indique vers où me diriger. Au pied du poste frontière, dans lequel je m’engouffre, trône fièrement un immense drapeau iranien repérable des kilomètres à la ronde.
Mon visa en poche, le passage en douane est très rapide jusqu'à ce que, avant de récupérer mon sac sortant de la machine à rayon X, un homme, apparemment haut gradé, me demande de le suivre dans son bureau. Ce doit être le chef des douanes, car il est en chaussette dans le salon adjacent à son bureau, richement décoré de tapis persans. Il me pose toute une série de questions sur mes connaissances à propos de l’Iran et de la raison de mon voyage dans ces contrées reculées, loin des zones touristiques telles que Shiraz ou Ispahan. Apparemment convaincu par mes réponses, il me remet enfin mon passeport, à deux mains, en me souhaitant la bienvenue en Iran. Je ressors de là un peu déboussolé: était-ce de simples questions d’usages ou bien ma présence ici est-elle réellement source de suspicions ? Bien que je chasse rapidement ces pensées de ma tête, un léger malaise me poursuivra pour le reste de la journée.
Tout est extrêmement calme ici. Je change les Drams arménien qu’il me reste en Rials, ainsi qu’une centaine d’euros. Me voilà à présent multi millionnaire. Il n’y a que très peu de savari dans la vallée de l’Araxe, et, de surcroît nous sommes vendredi. Je n’ai à nouveau d’autre choix que de négocier un taxi. Avant d’aller à Jolfa, 70 km plus à l’Ouest, je souhaite faire le détour par le vieux petit village d’Ushtabin, 30 km à l’Est du poste frontière. Le changement d’ambiance est radical avec l’Arménie, essentiellement dans l’attitude des gens. Ils sont tout aussi gentils et chaleureux, mais nettement plus extraverti et moins repliés sur eux-mêmes. J’avais ressenti le même décalage, à une échelle beaucoup plus forte, en passant d’Israël en Palestine il y a quelques années. Mon chauffeur s'arrêtera vingt fois entre la frontière et Ushtabin pour prendre des gens au bord de la route, parler avec des connaissances, aller acheter des fruits ou encore embarquer ou livrer des colis. A plusieurs reprises nous amènerons de jeunes soldats d’un village à l’autre.
La route longe tout du long le cours de l’Araxe. La zone est stratégique d’un point de vue géopolitique et potentiellement explosive car juste en face se trouve, en alternance, l’enclave Azerbaïdjanaise du Nakhitchevan, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, deux pays en guerre. J'aperçois de loin miradors, bases militaires et canons anti aérien. Mais aussi des villages animés, des voitures et même un train de passager. Il est étonnant de pouvoir entrevoir de si près ces mondes qui se haïssent mutuellement, et pourtant s'ils savaient comme, vu d’ici, à quel point ils se ressemblent. De mon côté de la frontière, bien que la route soit ponctuée de fortins poussiéreux et de soldats retranchés, mitraillette en bandoulière, derrière des sac de sable, l’ambiance semble plus détendue. L’Iran, pays ami des deux autres, n’a, a priori, rien à craindre.
Après un carrefour avec l’axe principal, la route se fait plus étroite et prend de la hauteur. Nous arrivons peu après au village. Il est construit sur les pentes d’une colline. Toutes les maisons aux toits plats sont construites en argile et serrées les unes contre les autres dans un labyrinthe de petites ruelles pavées. Quelques enfants jouent dans les rues et sont surpris par la présence d’un étranger. Mes quelques mots de Farsi les surprennent autant que ça les fait marrer. Plus tard, j’apprendrai que dans toute la province les habitants parlent l’Azéri et non le Farsi, parfois source de difficulté avec le gouvernement qui refuse de reconnaître la langue comme officielle.
Dans ce petit village le temps semble s’être arrêté: un homme transporte du fourrage sur son âne tandis que les femmes lavent le linge ensemble dans de grandes bassines. De retour au taxi, nous nous mettons en route à toute vitesse vers Jolfa. A 140km/h dans la vallée de l’Araxe j’ai à peine le temps d’admirer les paysages de dingues tout autour de moi. En chemin, nous nous arrêtons dans un bouiboui pour dévorer un délicieux kebab, avant de reprendre la route accompagnés de deux soldats et d’un étudiant à l’arrière.
Un homme transporte du fourrage sur son âne
Après m’être installé dans ma chambre à Jolfa pour deux nuit (Tourist Inn, 30€/nuit), je pars explorer les alentours. Jolfa est une zone franche économique, on y trouve une foule de boutiques. D’autant plus que le poste frontière Azéri se situe en plein centre ville, ce qui favorise les commerces en tous genres. D’ailleurs, beaucoup de magasins ont leurs enseignes écrites en Azéri, mais le plus surprenant est la présence d’un Domino’s Pizza, chaîne de fast-food américaine. J’avais repéré à l’entrée de la ville un pont ferroviaire situé à côté d’un mémorial ou des gens se prenaient en photo et je décide de poursuivre jusque là a pied.
C’était sans compter sur Payman, un automobiliste qui passe par là et qui tient absolument à me déposer là où je vais. Avec sa femme et son fils, il m’explique la signification du mémorial et prend des selfies de nous, sous le regard attentif des deux soldats qui gardent le pont depuis un mirador placé au dessus des rails. Ce pont, qui permet aux trains marchandises venant de Turquie d’amener leur cargaison en Iran via l’Azerbaïdjan est un lieu stratégique bien gardé. Payman insiste ensuite pour m'emmener faire du shopping, et ne me laisse pas l’occasion de refuser. Bien que j’aie appliqué la règle du Taroof, qui veut que l’on refuse plusieurs fois une offre avant de l’accepter, me voilà malgré moi dans sa voiture sur les grands axes de circulation à l’extérieur de Jolfa. Je suis surpris par la modernité: de nombreux centre commerciaux design et flambant neuf remplis grandes enseignes américaines et internationales. Apparemment, l’embargo américain ne s’est pas invité jusqu’à ce mini Dubaï Iranien. A l'extérieur les voies rapides sont bondées, entretenues et décorées pour le mois d’Achoura, rien avoir avec l’image glauque et poussiéreuse que l’on a de l’Iran en Occident. Même si, bien entendu, ce lieu n’est pas représentatif de l’Iran en général. Payman insiste pour me payer quelques chose, je refuse, il insiste, je refuse, il insiste… Je finis par prendre ce qu’il y a de moins cher dans le magasin: un tube de dentifrice. Payman est fier comme Artaban de présenter son nouveau pote européen à tout qui veut bien l’entendre aux caisses. Spontanément les “Welcome in Iran” fusent et je me vois invité à prendre leur numéro de portable “au cas où j’aurais besoin d’aide”. Finalement, Payman qui rentre ensuite sur Tabriz, me dépose à mon hôtel et je ressors immédiatement manger juste en face. De toute façon je ne comprends rien à la carte écrite uniquement de ces belles arabesques persanes et je choisis un kebab au hasard. Le ventre plein, fatigué, je rentre dormir. Ca aura été une longue et intense journée.
Suite ci dessous ->
Arménie - Iran : récit de voyage
Samedi 30 septembre : Vol matinal Bruxelles - Erevan avec Ukraine International. Rien à redire sur la compagnie (j’avais lu de nombreux avis catastrophiques) : courte escale à Kiev, avions récents et confortables mais aucun service gratuit à bord (ressemble à du low cost). Pour un vol payé 250 € (aller Erevan, retour depuis Téhéran), cela vaut la peine.
Longue attente à l’arrivée à Erevan, mais, ça y est, me voilà arrivé. Excité et anxieux à la fois, il s’agit de mon premier voyage entièrement seul pour une période de 2 semaines, qui plus est dans une région où l’offre touristique est faible. A moi l’inconnu... A la sortie, j’achète directement une carte sim locale et, le taxi que m’avait proposé mon logement AirBnb pour 10€ est là à m’attendre. J’aime ces premiers instant dans un nouveau pays, et ma première impression sur le trajet jusqu’en ville est ce curieux mélange d’ambiance ex-soviétique et d’Orient. Cette impression se renforcera au cours de mon séjour avec en plus, dans la capitale, le constat que ce pays se tourne aussi de plus en plus vers l’occident.
L’accueil à mon logement est formidable et ajoute de la chaleur à cet austère building dans lequel il se trouve. Voulant être au plus près de la population j’ai minutieusement choisi une chambre chez l’habitant (sur AirBnb) et cela aura été un très bon choix, bien qu’un peu plus onéreux : 20€/nuit au lieu de 10€ en hostel. Avant de partir explorer la ville, mon hôte, Shoghik, qui vit là avec sa fille Ellen et son mari, me propose de m'asseoir avec eux et de partager les fruits, l’Halva, le café arménien, les gâteaux, ... disposés sur la table pour mon arrivée.
Je sors prendre le pouls de la ville en commençant par la place de la République puis place de l’Opéra et jusqu’à Cascade. A la tombée de la nuit, tout s’anime : les gens sortent, les rues deviennent bondées, les terrasses se remplissent, les familles sortent dans les parcs et les jeunes se rassemblent. Je suis surpris par tant de vie et d’animation, il fait agréable de se promener dans les rues de la capitale au coucher du soleil. Je me mets alors en quête d’un endroit que l’on m’a conseillé pour aller souper. Cet endroit étant un peu à l’écart et je prends un taxi pour m’y rendre. Ici, personne ou presque ne parle anglais, pour communiquer c’est soit Arménien soit Russe. Comme je ne parle aucun des deux, gestes, sourires et l’aide de Google traduction feront l’affaire…ou pas : me voilà déposé dans un quartier totalement sombre et inanimé, pas le moindre resto en vue. En marchant 10 min je finis par tomber sur un snack qui propose de la délicieuse viande grillée que l’on me sert avec des légumes au goût inouï, des herbes aromatiques et… une bouteille de Vodka. Je suis seul, à l’unique grande table du « restaurant », qui sert aussi probablement de salle à manger pour la famille. En rentrant, Shoghik m’invite à prendre un bol de soupe fumante devant la télé avec elle et Elen.
Dimanche 1er octobre :
Après un petit déjeuner préparé avec beaucoup d’amour, composé de blit (petites crêpes ressemblant à des blinis), d’Afsianka (porridge), de fruits râpés, d’Halva et d’autres gâteaux locaux, je me mets en route vers le marché couvert de la ville. Sur le chemin, le long de cette avenue principale un peu plus éloignée du centre, je retrouve des similitudes avec certaines villes d’Asie à travers cette alternance de bâtiments décrépis et de nouveaux centres commerciaux modernes et ultras kitsch. Le tout, bien entendu, ponctué par le bruit des klaxons et de la circulation infernale. Ma balade dans le marché couvert n’est pas sans me rappeler celui de Kiev, mais, de nouveaux, avec cette touche asiatique en plus. Les étals sont magnifiques et éclectiques : bouquets de fleurs en fruits secs, grands pains plats, miel local et pieds de porc sont au menu.
Marché couvert de ErevanFasciné depuis toujours par les trains, je hèle un taxi jusqu’à la gare. L’unique train du jour au départ est à destination de Tbilissi, en Géorgie et mon taximan, persuadé que je désire m’y rendre, rentre dans un long débat en russe pour me convaincre de me conduire lui-même jusque-là. Une fois visité l’imposant bâtiment à l’architecture typiquement soviétique, je prends le métro pour retourner vers le centre-ville et monter sur une des collines de la ville, là où se situe 2 imposants monuments à la gloire du pays et de l’URSS. Une vieille fête foraine que je pensais désaffectée jouxte ces 2 édifices solennels et le contraste est plutôt amusant.
Après avoir flâné là-haut, je me dirige vers la mosquée de la ville, entièrement restaurée. Appelée la « mosquée bleue », et cachée derrière de vieux bâtiments, elle a plutôt fière allure et me donne un petit avant-goût de ce qui m’attend en Iran. Je me repose quelques minutes sur un banc dans le jardin avant d’aller prendre une bière en terrasse en profitant des derniers rayons de soleil. Je me dirigerai ensuite vers un petit resto de cuisine typique du Haut-karabagh : du pain fourré aux herbes aromatiques passé un grill.
Sur le retour, je profiterai de l’animation de la ville, et notamment du spectacle son et lumière aux fontaines de la Place de République. En rentrant le soir chez Shoghik, un souper m’attendra pour compléter mon repas frugal de ce soir. Son mari, chauffeur, et que je n’ai pas encore rencontré, rentre d’un périple avec des clients. Je m’arrange avec lui pour la journée de demain : il me déposera à mon hôtel à Eghegnazor en faisant un stop à Khor Virap, à Areni pour goûter la production de vin local et enfin à Noravank.
Gare de Erevan
Monument "Mère Arménie" à Erevan, et sa fête foraineLundi 2 octobre :
Je me réveille avec le bruit de la pluie sur les tôles ondulées du parking en contrebas de ma chambre. La météo s’annonce médiocre et nous nous mettons en route avec Edgar vers 10h00, direction Khor Virap. Après 1h de route et un arrêt d’une demi heure pour faire le plein de gaz liquide (interdiction de rester près du véhicule pendant ce temps), nous arrivons avec le soleil au monastère. Le lieu est majestueux mais je ne verrai rien du Mont Ararat, complètement dans le brouillard. Juste en contrebas, j’observe des paysans travaillant aux champs avec de vieux tracteurs déglingués. Un peu plus loin, s’étend une sorte de no man’s land marquant la séparation avec l’ennemi juré, la Turquie, à moins d’un kilomètre.
Monastère de Khor VIrap
Champs aux alentours de Khor VirapOn se remet en route. Petit à petit, la route alors dans la plaine, s’élève et devient une route de montagne sinueuse. Les paysages s’escarpent et le dernier virage avant un col ouvre la perspective sur un horizon steppe et de pics rocheux à couper le souffle. Quelques maisons sont blotties au creux de petites vallées, formant des hameaux ou le temps semble s’être arrêté. La conduite d’Edgar se fait plus brusque et plus rapide, et celle des autres conducteurs également, jusqu’à frôler l’accident. Nous voilà à 3 sur 2 bandes afin de laisser passer la voiture en face doublant dans un virage sans visibilité. On l’a vraiment échappé belle. Quelques jurons d’Edgar en arménien plus tard, nous arrivons à Areni en même temps que la pluie pour y goûter le vin dans une cave. Pas trop convaincu par ce qu’il m’est offert à goûter, j’achète malgré tout une bouteille pour prendre comme apéro si l’occasion se présente avant mon passage en Iran.
Arrêt sur la route entre Khor Virap et AreniEdgar commence à s’agiter, alors que je traine un peu dans la cave, il m’attend dans la voiture et klaxonne plusieurs fois pour que je me dépêche. Nous reprenons la route vers le site de Noravank, situé à 20km, à tombeau ouvert. Par chance, la pluie a fait place à des éclaircies. Il y a du monde. Enfin, façon de parler, ça reste l’Arménie. Disons qu’il doit y avoir une trentaine de personnes sur le site, surtout des visiteurs venus à la journée depuis Erevan. Je prends beaucoup de plaisir à explorer les deux églises dans ce cadre fantastique. Ce sera l’une des plus belles visites du pays…qui sera écourtée car Edgar, qui, pressé de rentrer, crie après moi à ma recherche. Manque de chance pour lui, j’ai marché pendant 10 min sur un petit sentier qui monte dans la montagne afin d'avoir une vue de recul sur le monastère et les montagnes rouges et abruptes qui l’entourent. Je prendrai tout mon temps pour redescendre.
Edgar me dépose chez mes nouveaux hôtes, au Shushan B&B (10€/nuit) où je suis accueilli par Arumen, le fils aîné de la famille. Il joue dans le salon avec un ami au backgammon. Je reste là un peu avec eux à les regarder jouer et à essayer de comprendre les règles tout en mangeant des fruits accompagné d’un café arménien. Il est 17h, un rayon de soleil passe par la fenêtre et la pluie s’arrête dehors. Je profite de l’accalmie pour sortir et me diriger vers un vieux pont médiéval enjambant le torrent dans la vallée, un peu plus en contrebas du village. J’avais repéré les lieux dans un vieux livre en noir et blanc dans la bibliothèque de ma chambre.
C’est depuis le carrefour principal de la ville, là où croise la principale route Nord-Sud du pays, que débute le sentier. Ici, se concentrent une pompe à essence, un garagiste et un restaurant, semblant être l’unique point de ravitaillement à 100km à la ronde, conférant à cet endroit une ambiance de far ouest arménien. Après 20 minutes de marche à travers champs, j’arrive jusqu’au au pont de la photo. La vue sur celui ci avec le torrent et les nuages se déchirants sur les montagnes en arrière-plan est remarquable. De là, j’aperçois un homme en train de pêcher avec sa femme. Il me fait signe de les rejoindre à grand renfort de gestse et de mots que je ne comprends pas. Quand j’arrive à sa hauteur, son immense sourire me met de suite en confiance. Il me montre comment il pèche, avec un bout de ficelle attaché à un bâton, puis, d’un hochement de tête, me désigne le maigre produit de sa pêche dans un petit sceau. Alors que je m’apprête à retourner sur mes pas, ils m’invitent à les suivre jusqu’à leur maison, située 200 mètres plus haut à travers champs. Je refuse d’abord poliment plusieurs fois, puis face à leur insistance et leur gentillesse, je finis par accepter.
Pêcheur à EghegnazorCes deux paysans, Ashat et Ushi, semblent vivre totalement coupé du monde. Leur maison consiste en une unique pièce en terre battue ou l’on y mange, dort et cuisine. Dans un coin de la pièce trône une vieille télé à écran cathodique à l’image neigeuse et diffusant un soap opéra bollywoodien sous-titré en cyrillique. Je me vois prié de m’asseoir pendant que le café chauffe. Alors que la femme d’Ashat apporte le café, voilà mon hôte de retour avec des tomates du potager. Il lui fait des gestes en me souriant pour lui montrer qu’il ne veut pas du café. Ashat me fait un clin d’œil et, caché derrière une étagère, il sort une bouteille de vodka dans laquelle il a fait macérer des baies. Ashat semble très amusé et fier de me montrer combien sa vodka est forte et comment on la boit cul-sec dans des petits verres.
Pendant ce temps Ushi apporte le repas : elle commence à sortir de grandes crêpes de pain sec, qu’elle arrose légèrement pour lui redonner sa consistance normale. Ensuite, elle découpe soigneusement en quartier les tomates rapportées par son mari ainsi que des tranches d’un fromages de leur élevage accompagné de piments, poivrons et d’herbes aromatiques : feuilles de menthe, de réglisse, d’anis et d’autres dont je suis incapable d’identifier le goût. Tout a une saveur fabuleuse, les tomates sont juteuses, sucrées et pleine de parfum, jamais avant je n’en avais mangé de telles. Le fromage aussi est extraordinaire et le goût combiné à celui de la tomate et des herbes aromatiques est juste divin. Je n’ai plus faim, mais je Ashat et Ushi m’obligent à manger encore, ils veulent faire honneur à leur invité.
Le temps passe vite, nous ne parlons aucune langue commune, mais nous parlerons tout le repas et toute la soirée. Je ressens une gentillesse et un accueil pur et authentique chez ces gens comme rarement j’en ai rencontré lors d’autres voyages. Entre temps la nuit est tombée. Mes hôtes veulent que je reste dormir là et, à contrecœur, je refuse. Ils ont peur que je me fasse attaquer par des chiens errant sur le retour dans le noir et décident de m’accompagner une partie du chemin. Ils me donnent aussi un grand bâton pour me défendre, si des chiens venaient à m’attaquer. Nous nous disons au revoir et je rentre dormir dans la pension le cœur lourd de les quitter.
Mardi 3 octobre :
Un petit déjeuner typique et du bon café m’attendent. La maman de Arumen vient me saluer, c’est elle qui est aux fourneaux. A 9h00 arrive le taxi que m’avait négocié la famille la veille pour aller visiter les alentours de Eghegnazor pour toute la journée. Mon chauffeur ne parle que Russe et Arménien, et, quand on doit communiquer, il appelle sa femme qui fait la traduction au téléphone. Le soleil est de la partie ce matin et je sais que ça ne durera pas. J’ai envie de retourner à Noravank pour revoir le site avec la lumière matinale, tout seul et sans pression comme la veille. Quand nous arrivons, nous sommes en effet presque seuls, il n’y a qu’un camping-car immatriculé en hollande qui a passé la nuit là. J’en croiserai quelques-uns de ces mobile-home immatriculés en Europe, ce qui est toujours une grande joie pour les locaux de les apercevoir. L’atmosphère matinale à Noravank est surréelle, presque divine, avec ces gros nuages noirs, qui s’accrochent aux montagnes. Ils sont percés de rayons de soleil qui illuminent uniquement les églises du site, comme un rayon divin. Initialement j’avais prévu une randonnée (trouvée sur Wikiloc) qui se termine à Noravank après avoir traversé des gorges profondes. Mais suite aux pluies d’hier et à celles annoncées cet après-midi, on me l’a déconseillé. Je parcours malgré tout les 10 premières minutes à contre sens jusqu’à une source avant de remonter en voiture, direction Eghegis, Arates et environs.

NoravankIl faut 45 minutes de voiture sur des routes de plus en plus étroites et isolées pour rejoindre ces anciennes églises arméniennes, pour certaines très anciennes et en ruine, nichées dans des alpages à l’aspect de steppes. Je suis surpris de voir la quantité de pièces archéologiques, essentiellement des pierres dans lesquelles sont sculptées des croix et des écritures parfois presque millénaires, et qui sont à terre, sans protection et à la portée de tous qui souhaiterait les emporter.
AratesNous mettons ensuite cap sur le Selim Pass, après un bref arrêt plein de gaz liquide et sandwich. La route remonte une vallée, d’abord large, ensuite de plus en plus escarpée. Les paysages sont magnifiques et grandioses. Le paysage herbeux, totalement jauni après la sécheresse de l’été, sans un seul arbre, consiste en une steppe aride et immense, entourée de sommets. Juste en dessous du col se trouve un des plus ancien et des mieux préservé caravansérail (Caravansérail de Sélim) de la route de la soie, ce qui était le but premier de mon ascension. Je suis excité d’aller visiter cet ancien lieu d’accueil des marchands de l’époque et de leurs montures sur leur route vers l’Orient lointain. C’est mon intérêt pour la route de la soie qui m’a amené à vouloir découvrir ces contrées, notamment après la lecture du livre de Bernard Ollivier « la longue marche ». Le caravansérail est presque intact et orné d’écritures arméniennes et arabes. A l’intérieur on peut facilement identifier les pièces de vie des hommes et des bêtes, mais aussi des espaces de vente. Un marchand vend du miel, des alcools locaux et des herbes aromatiques. Il parle le français, ce qui est très rare par ici. Je lui achète un petit pot de miel puis prenons la route pour redescendre de l’autre côté du col, jusqu’au lac Sevan et au cimetière de Noraduz, réputé pour ses khatchkars. A présent le ciel est bas, gris et il tombe une fine pluie glaciale. Plus haut sur les sommets, une couche blanche apparaît : ce sont les premières neiges de l’année. Le lac Sevan, que j’ai vu d’un bleu éclatant sur les cartes postales à Erevan, a la même couleur que le ciel et se tient le long de la route déglinguée traversant des villages vides et sales. Le tout transpire d’une ambiance cafardeuse. Je me promène rapidement à travers les khatchkars, qui sont des stèles commémoratives de près de 2 mètres de haut et sur lesquelles sont représentées des scènes de la vie quotidienne de l’époque. Pour quelques Drams, une vieille dame m’explique la signification des représentations sculptées sur les stèles principales, ce qui donne un peu de vie à ce cimetière sous la grisaille. Nous repassons le col dans l’autre sens, là-haut le vent souffle et la température tombe à 0 degré. Je peux sentir le froid passer à travers vitres mal isolées de la vielle Lada aux pneus lisses. En perdant de l'altitude la météo se fait plus clémente et j'observe que mon chauffeur se détend. Après la visite d’une énième église et un bref passage chez un bijoutier pour changer des euros, mon taxi me dépose à ma pension. Nous nous reverrons demain pour le chemin jusqu’à Goris car il n’y a pas de marshrutka sur cet axe demain, ou alors de façon très incertaine.
Lorsque je rentre, un couple d’allemand vient juste de s’installer à la pension. Nous passons le début de soirée tous ensemble avec les enfants avant d’aller manger dans un resto que nous recommande nos hôtes, le long de la « Motorway 2 » (comprendre « la route défoncée vers le sud »). Plutôt sympas, ils m’offrent le repas et la bière. Ils m’expliquent aller eux aussi en Iran par après, mais en avion, faute d’avoir obtenu le visa à temps (obligatoire pour le passage terrestre mais délivré à l’aéroport). Nous rentrons dans le noir à la lumière de nos frontales sous la bruine glaciale et ouvrons la bouteille de vin que j’ai achetée et que nous finirons à 2 avec Micha car Hannah m’apprend qu’elle est enceinte. Je trouverai rapidement le sommeil…
Mercredi 4 octobre:
Après un petit déjeuner vite avalé et avoir fait mes adieux, je me mets en route vers Goris avec mon taxi de la veille. Les nuages de pluie de hier s’ouvrent et se déchirent à présent en lambeaux sur la pointe des sommets et des collines environnants. Il a fait froid cette nuit, et les timides éclaircies laissent entrevoir les alpages saupoudré d’une fine couche blanche de neige fraîche. Le contraste de la blancheur étincelante de la neige avec le jaune des herbes brûlées de la steppe, sur le fond de nuages s’écharpant sur les pics rocheux, est magique. A travers les minces espaces de ciel bleu fusent quelques rayons soleil réchauffant l’atmosphère et les teintes froides du paysage. La route zigzague en larges virages dans le fond de l’ample vallée, monte est descend en laissant apercevoir, au détour d’une courbe ou d’un petit col, le long ruban foncé d’asphalte s’étirant à la l’infini vers un banc de brouillard. En chemin, nous faisons halte à Jermuk, station thermale dont le nom s’étale sur toutes les bouteilles d’eau minérale du pays et dont les façades neuves des bâtiments et la signalisation existante au bord de la route lui confère un aspect chic. Jermuk, également station de ski construite par les russes à l’époque, verra sous peu ses hôtels remplis par les skieurs. L’air est piquant et, avant de rejoindre la voiture, je me réchauffe les mains avec une bouteille d’eau vide que je rempli à une source d’où jaillit de l’eau à 55 degrés.
Neige fraîche au Vorotan Pass avant GorisLa route se poursuit avec le passage du Vorotan Pass. Ici les nuages s’accrochent et la route est à présent totalement enneigée. Elle le restera jusqu’à proximité de Goris. J’avais convenu avec mon chauffeur qu’il me dépose au téléphérique pour Tatev (le “Wings of Tatev”), mais vu la neige et le brouillard je décide qu’il est inutile de monter là haut et nous poursuivons jusqu’à Goris où je me fais déposer à l’auberge de jeunesse (Eden Hostel & Guesthouse, 9€/nuit). Il fait glacial dehors et tout autant à l’intérieur lorsque je rentre dans le hall de l'auberge. Se tient là, debout et raide comme la justice, un jeune de mon âge et qui attend depuis 15 minutes que quelqu’un de la réception vienne l'accueillir. Nous trouvons un mot de la réceptionniste avec un numéro auquel appeler en cas d’absence. 5 minutes plus tard une dame sympa, mais avec qui la capacité à communiquer est limitée, nous montre notre dortoir et nous amène un radiateur électrique plus que bienvenu.
Nous ressortons presque immédiatement à la recherche d’un endroit où manger. Je fais plus ample connaissance avec Ido, il est israélien et est un ancien officier de l'armée. Il ne mange pas casher à proprement parler, mais suit malgré tout certaines règles alimentaires, comme celles de ne pas manger de porc et de ne pas mélanger les produits laitier avec de la viande. Du coup, ça restreint pas mal les possibilités des lieux ou se sustenter, surtout dans dans un pays comme l’Arménie et d’autant plus dans un bled comme Goris. Finalement, un kebab d’agneau avec du riz fera l’affaire. A cet instant, je n’ai pas encore conscience que ce menu constituera, jusqu’à l’écœurement parfois, à peu près l’essentiel, la variété de viande mise à part, de mon régime alimentaire iranien.
Alors que Ido, qui déteste déjà ce temps gris, froid et maussade qui lui est pourtant inconnu dans ses contrées septentrionales, rentre à l’auberge se reposer et se connecter au Wifi, je m’en vais explorer le vieux Goris. Le vieux Goris est en fait le pendant de Kandovan, en Iran. Des habitations troglodytes creusée dans du tuf, faisant fortement penser à la Cappadoce. Mais la tête enfouie sous ma capuche, les mains frigorifiées et les pieds mouillés, le charme opère peu et je me précipite dans le premier bistrot ouvert que je croise. Un café pour me réchauffer le corps et deux Kilika de 66cl (bière locale) pour me réchauffer le cœur.
Quand je rentre à l’auberge, Ido a fait connaissance avec une nouvelle arrivée qui partage notre chambre: Anna, qui est Moscovite. On fait passer le temps en jouant aux cartes dans la cuisine en buvant du thé bien chaud. Tous les trois, nous souhaitons aller demain visiter le monastère de Tatev et arrangeons un taxi avec l’auberge. Finalement, un invité surprise de dernière minute, un compagnon de voyage que Ido a croisé en Géorgie 1 mois auparavant et qui se trouve par hasard dans la taverne du village ou nous allons souper, s’ajoutera à nous pour l’aventure du lendemain.
Jeudi 5 octobre:
La Lada bleue clinquante édition spéciale rideau de fer nous attend fièrement devant l’hostel. Notre chauffeur, dont le sourire est aussi brillant que les enjoliveurs chromés de son ancêtre, discute du prix et de l’itinéraire en russe avec Anna et la gérante de l’auberge. Finalement, on ne va pas se contenter de Tatev, on va pousser jusqu’à Sisian, pour aller voir Karahunj, le Stone Age local, mais aussi une cascade, le monastère de Vorotnavank et un vieux pont menant au lac de Shamb. J’avais initialement l’intention de prendre la marshrutka de 13 ou 15 heures jusqu’à Kapan puis Meghri pour passer la frontière iranienne le lendemain matin tôt.Mais l'itinéraire alléchant et la joie de partager cette aventure aux allures de road trip avec mes nouveaux amis me plait plus.
Je resterai donc une nuit de plus dans ce lit dont le confort relève plus du hamac, tant il est creusé. Mais ça n’a pas la moindre importance. Je suis assis à l’arrière, écrasé contre la fenêtre. A cinq dans cette voiture, en comparaison, voyager avec Ryanair relève du luxe ultime. Je rigole intérieurement du groupe éclectique que nous formons en route vers “on ne sait pas vraiment où”. Vingt quatre heures auparavant nous étions encore de parfaits inconnus, et maintenant nous voilà tel un groupe de pote qui se connaît depuis toujours. Il n’y a qu’en voyage que ce genre de dynamique de groupe se crée.
Compagnons de voyage et taxi Lada clinquantLe soleil brille de mille feux ce matin. Fini la grisaille et la pluie. En revanche il a neigé la nuit sur les hauteurs, et au premier col que la route franchi, il y a une petite accumulation de quelques centimètres. Le paysage blanchi est spectaculaire, et nous sommes tous ébahi devant tant de beauté. Pour les deux autres garçons, c’est presque une première de voir de la neige, ou, en tout cas, d’en voir de si près. Ils ont fait arrêter le taxi pour pouvoir toucher la neige et, tels des gamins, s’amusent à lancer des boules de neige. Ce qui fait bien poiler notre chauffeur, blasé des hivers glacials qui peuvent sévir dans la région (jusqu’à - 40 °c paraît-il). Peu après s’être remis en route, nous croisons des bergers en transhumance qui envahissent la route avec leurs vaches. Perchés sur leurs chevaux pour guider le troupeau, ils ont des airs de cow-boy du far-ouest. J’en profite pour les prendre en photo avec le paysage désolé en arrière plan.
TranshumanceNous poursuivons ensuite jusqu’à Karahunj. Il y a plus de monde par ici, mais pour que l’endroit ait vraiment de l'intérêt, il faudrait un guide, sinon ce n’est qu’un champ où se trouvent des pierres levées sans logique apparente. J’en profite pour prendre un café dans une roulotte et nous échangeons quelques mots avec un homme accoutré comme pour aller gravir l’Everest. Soudain, choc des civilisations: l’homme demande à Ido d’où il vient. L’Israélien répond à l’homme qui lui répond à son tour “alors c’est donc toi mon ennemi juré ? Je suis Iranien”, avec un air rieur traduisant qu’il n’en pense rien. S’en suivra ensuite dans la voiture une discussion sur les problèmes entre les deux pays.
D’ailleurs, sur ces routes du grand Sud arménien, l’Iran commence à se faire plus présente: nous croisons de nombreux camions immatriculés en Iran mais aussi des pancartes de restaurants ou de garages le long de la route où la traduction n’est plus en Russe mais en Persan. Quelques dizaines de minutes plus tard, nous voilà au bord d’une belle cascade. Avec les pluies des jours précédents, il y a du débit, ce qui la rend imposante. Après les selfies de rigueur, nous nous réentassons dans la vieille Lada en route vers le monastère de Vorotnavank. Il est parfaitement bien préservé et vraiment imposant, le long d’une petite route dans une nature intacte. Avant de poursuivre vers Tatev, nous faisons un long détour par une vallée traversée par un vieux pont et menant à un joli lac entouré de hauts plateaux.
Sur la route
Monastère de Vorotnavank
Vieux pont menant au lac de Shamb, proche de SisianLe lieux de départ du téléphérique pour Tatev est en contraste total avec le reste du pays: moderne et blinquant. D’un coup, on se croirait téléporté en Suisse. Nous achetons nos tickets par carte de crédit pour un départ à 15h30, soit 45 minutes plus tard. En attendant, on en profite pour se restaurer un peu devant la vue sur la vallée en contrebas. On loupe notre départ et devons changer notre billet. Le monastère de Tatev est très beau, mais j’ai déjà vu tellement d’églises arméniennes et de monastères que je suis un peu blasé. Je m’éloigne un peu pour avoir une vue avec du recul avec le montagnes enneigées de l’Azerbaïdjan et du Haut-Karabagh au loin. Initialement, j’avais prévu de redescendre à pieds en passant par le pont suspendu et les sources chaudes, mais l’heure tardive et la météo des jours précédent contrediront mes projets. Nous rentrons doucement à Goris et allons souper ensemble des plats locaux à la taverne du village, à côté de l'hôtel Goris.
TatevVendredi 6 octobre:
La marshrutka vers le Sud ne passera pas avant 13h et, comme j’ai déjà un hôtel réservé et payé à Jolfa, et que je veux passer la frontière iranienne le plus tôt possible dans la journée, je demande au taxi d’hier de me conduire jusqu’à Agarak, au poste frontière. Je n’ai jamais autant pris de taxi en voyage qu’en Arménie. Mais la rareté des transports publiques dans le Sud et l’isolement de certains endroits ne me laisse pas d'autre choix. Et puis, ça me donne l'occasion de m'arrêter quand je veux pour admirer les paysages ou de faire des détours par des petits villages en dehors de l’axe principal.
Je fais mes adieux à Anna et Ido. Anna remontera au Nord vers Areni, pour aller à la fête du vin, en stop avec des Argentins séjournant dans l’autre dortoir de l'auberge. Avant de se séparer elle m'apprendra quelques mots de base en russe pour communiquer avec le conducteur. Ido, quant à lui, passera quelques jours par Erevan avant d’aller prendre son vol retour à Tbilissi.
J’embarque donc dans la Lada d’hier, à l’avant cette fois ci, en route vers le Sud et l’Iran. Mon chauffeur a pris sa femme avec, j’ai cru comprendre qu’elle n'avait jamais été jusque là et qu’elle est curieuse de découvrir une autre part de son pays. Les paysages changent petit à petit, les panoramas steppiques font place à une forêt dense puis à des paysages plus alpins, avec le franchissement du col de Meghri à 2535 mètres. Au loin, on aperçoit déjà les premières montagnes d’Iran. A la descente, le décor change, tout devient plus aride et plus sec.
A l’arrière, la femme de mon chauffeur m’a gentiment préparé des sandwiches pour ne pas que je reste le ventre vide. Comme un dernier geste d’hospitalité à l’arménienne avant de rentrer dans un nouvel univers inconnu. Plus nous approchons de l’Iran et plus le thermomètre augmente drastiquement. Alors que le Meghri Pass était couvert de neige, nous croisons un panneau indiquant 25 degrés en traversant Meghri. Et soudain, nous débouchons dans une vallée. D’un seul coup, il n’y a plus d’herbe, plus d’arbre, plus de couleur. Les collines bien que plus basses se font abruptes, brisées, rocailleuses et d’une couleur aussi sombre que de la pierre de volcan. L’univers dans lequel nous entrons est radicalement différent de tout ce que j’ai vu jusqu’à maintenant: lunaire et inhospitalier. Sur la gauche de la route, l’accès est barré par des barbelés tout du long, et quelques miradors ponctuent le chemin. De l'autre côté des barbelés coule l’Araxe, et sur la rive d’en face s’étend la République Islamique l’Iran. Cette arrivée progressive sur l’Iran avec l’apparition soudaine de ces terres désertiques sonne comme une mise en garde. Je suis impressionné et ressens un mélange d’excitation, de me retrouver à ce point précis du globe, et d’anxiété quant à ce qui m’attend de l’autre côté.
En route vers l'Iran, arrivée sur KapanIls me regardent affectueusement m’éloigner du taxi et, après un dernier signe de la main à mon chauffeur et sa femme, je passe le portail d’accès aux douanes arméniennes. Quelques camions sont garés là, en attente de leur passage sur l’autre rive. Nous sommes vendredi, l’équivalent de notre dimanche en Iran, et tout est plutôt calme. Quelques chauffeurs de taxi attendent le client et des enfants revendent des cartes sim prépayées. D’autres boivent du thé dans le grand hall qui fait aussi office de bar. Je suis apparemment le seul à traverser la frontière car un fonctionnaire vient ouvrir exprès pour moi le guichet. Quelques questions d’usages et un coup de tampon plus tard, me voilà officiellement sorti d’Arménie.
A la sortie du bureau des douanes, une large route mène jusqu’à un pont au dessus de l’Araxe. Il y a la possibilité d’emprunter des voiturettes de golf pour franchir ce no man’s land de 500 mètres entre les deux pays, mais l’instant est solennel et je préfère en savourer pleinement chaque seconde. L’envie de faire perdurer un peu ce moment l’emporte sur mon empressement d’entrer en Iran. L’entrée Nord du pont, côté Arménien donc, est gardée par un soldat Russe qui contrôle une dernière fois mon passeport. Les rambardes du pont sont peintes de gris jusqu’à exactement la moitié, devenant blanches, rouges et vertes ensuite pour symboliser le changement de pays. En dessous, coule le torrent boueu. De l’autre côté, un jeune soldat tout mince m'accueille d’un “Salam”, mon premier Salam, et m’indique vers où me diriger. Au pied du poste frontière, dans lequel je m’engouffre, trône fièrement un immense drapeau iranien repérable des kilomètres à la ronde.
Mon visa en poche, le passage en douane est très rapide jusqu'à ce que, avant de récupérer mon sac sortant de la machine à rayon X, un homme, apparemment haut gradé, me demande de le suivre dans son bureau. Ce doit être le chef des douanes, car il est en chaussette dans le salon adjacent à son bureau, richement décoré de tapis persans. Il me pose toute une série de questions sur mes connaissances à propos de l’Iran et de la raison de mon voyage dans ces contrées reculées, loin des zones touristiques telles que Shiraz ou Ispahan. Apparemment convaincu par mes réponses, il me remet enfin mon passeport, à deux mains, en me souhaitant la bienvenue en Iran. Je ressors de là un peu déboussolé: était-ce de simples questions d’usages ou bien ma présence ici est-elle réellement source de suspicions ? Bien que je chasse rapidement ces pensées de ma tête, un léger malaise me poursuivra pour le reste de la journée.
Tout est extrêmement calme ici. Je change les Drams arménien qu’il me reste en Rials, ainsi qu’une centaine d’euros. Me voilà à présent multi millionnaire. Il n’y a que très peu de savari dans la vallée de l’Araxe, et, de surcroît nous sommes vendredi. Je n’ai à nouveau d’autre choix que de négocier un taxi. Avant d’aller à Jolfa, 70 km plus à l’Ouest, je souhaite faire le détour par le vieux petit village d’Ushtabin, 30 km à l’Est du poste frontière. Le changement d’ambiance est radical avec l’Arménie, essentiellement dans l’attitude des gens. Ils sont tout aussi gentils et chaleureux, mais nettement plus extraverti et moins repliés sur eux-mêmes. J’avais ressenti le même décalage, à une échelle beaucoup plus forte, en passant d’Israël en Palestine il y a quelques années. Mon chauffeur s'arrêtera vingt fois entre la frontière et Ushtabin pour prendre des gens au bord de la route, parler avec des connaissances, aller acheter des fruits ou encore embarquer ou livrer des colis. A plusieurs reprises nous amènerons de jeunes soldats d’un village à l’autre.
La route longe tout du long le cours de l’Araxe. La zone est stratégique d’un point de vue géopolitique et potentiellement explosive car juste en face se trouve, en alternance, l’enclave Azerbaïdjanaise du Nakhitchevan, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, deux pays en guerre. J'aperçois de loin miradors, bases militaires et canons anti aérien. Mais aussi des villages animés, des voitures et même un train de passager. Il est étonnant de pouvoir entrevoir de si près ces mondes qui se haïssent mutuellement, et pourtant s'ils savaient comme, vu d’ici, à quel point ils se ressemblent. De mon côté de la frontière, bien que la route soit ponctuée de fortins poussiéreux et de soldats retranchés, mitraillette en bandoulière, derrière des sac de sable, l’ambiance semble plus détendue. L’Iran, pays ami des deux autres, n’a, a priori, rien à craindre.
Après un carrefour avec l’axe principal, la route se fait plus étroite et prend de la hauteur. Nous arrivons peu après au village. Il est construit sur les pentes d’une colline. Toutes les maisons aux toits plats sont construites en argile et serrées les unes contre les autres dans un labyrinthe de petites ruelles pavées. Quelques enfants jouent dans les rues et sont surpris par la présence d’un étranger. Mes quelques mots de Farsi les surprennent autant que ça les fait marrer. Plus tard, j’apprendrai que dans toute la province les habitants parlent l’Azéri et non le Farsi, parfois source de difficulté avec le gouvernement qui refuse de reconnaître la langue comme officielle.
Dans ce petit village le temps semble s’être arrêté: un homme transporte du fourrage sur son âne tandis que les femmes lavent le linge ensemble dans de grandes bassines. De retour au taxi, nous nous mettons en route à toute vitesse vers Jolfa. A 140km/h dans la vallée de l’Araxe j’ai à peine le temps d’admirer les paysages de dingues tout autour de moi. En chemin, nous nous arrêtons dans un bouiboui pour dévorer un délicieux kebab, avant de reprendre la route accompagnés de deux soldats et d’un étudiant à l’arrière.
Un homme transporte du fourrage sur son âneAprès m’être installé dans ma chambre à Jolfa pour deux nuit (Tourist Inn, 30€/nuit), je pars explorer les alentours. Jolfa est une zone franche économique, on y trouve une foule de boutiques. D’autant plus que le poste frontière Azéri se situe en plein centre ville, ce qui favorise les commerces en tous genres. D’ailleurs, beaucoup de magasins ont leurs enseignes écrites en Azéri, mais le plus surprenant est la présence d’un Domino’s Pizza, chaîne de fast-food américaine. J’avais repéré à l’entrée de la ville un pont ferroviaire situé à côté d’un mémorial ou des gens se prenaient en photo et je décide de poursuivre jusque là a pied.
C’était sans compter sur Payman, un automobiliste qui passe par là et qui tient absolument à me déposer là où je vais. Avec sa femme et son fils, il m’explique la signification du mémorial et prend des selfies de nous, sous le regard attentif des deux soldats qui gardent le pont depuis un mirador placé au dessus des rails. Ce pont, qui permet aux trains marchandises venant de Turquie d’amener leur cargaison en Iran via l’Azerbaïdjan est un lieu stratégique bien gardé. Payman insiste ensuite pour m'emmener faire du shopping, et ne me laisse pas l’occasion de refuser. Bien que j’aie appliqué la règle du Taroof, qui veut que l’on refuse plusieurs fois une offre avant de l’accepter, me voilà malgré moi dans sa voiture sur les grands axes de circulation à l’extérieur de Jolfa. Je suis surpris par la modernité: de nombreux centre commerciaux design et flambant neuf remplis grandes enseignes américaines et internationales. Apparemment, l’embargo américain ne s’est pas invité jusqu’à ce mini Dubaï Iranien. A l'extérieur les voies rapides sont bondées, entretenues et décorées pour le mois d’Achoura, rien avoir avec l’image glauque et poussiéreuse que l’on a de l’Iran en Occident. Même si, bien entendu, ce lieu n’est pas représentatif de l’Iran en général. Payman insiste pour me payer quelques chose, je refuse, il insiste, je refuse, il insiste… Je finis par prendre ce qu’il y a de moins cher dans le magasin: un tube de dentifrice. Payman est fier comme Artaban de présenter son nouveau pote européen à tout qui veut bien l’entendre aux caisses. Spontanément les “Welcome in Iran” fusent et je me vois invité à prendre leur numéro de portable “au cas où j’aurais besoin d’aide”. Finalement, Payman qui rentre ensuite sur Tabriz, me dépose à mon hôtel et je ressors immédiatement manger juste en face. De toute façon je ne comprends rien à la carte écrite uniquement de ces belles arabesques persanes et je choisis un kebab au hasard. Le ventre plein, fatigué, je rentre dormir. Ca aura été une longue et intense journée.
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Déplacements en bus Erevan - Tatev (Arménie)
En Arménie, comme dans la plupart des pays du Caucase et Ex-soviétique, il n'y a pas, ou peu de bus pour les trajets longue distance comme on en a l'habitude ailleurs. Il s'agit de "Marshrutka" qui sont en fait des mini-bus qui partent une fois remplis.
D'une manière générale, le Sud de l'Arménie (ou se trouve Tatev) est mal desservi en Marshrutka (une par jour si je me souviens bien au départ de Erevan). Donc, soit tu tentes la Marshrutka (plus d'info sur l'endroit ou la prendre à Erevan dans les autres discussions), mais impossible de faire l'aller/retour le même jour (ce qui serait bête de toute façon vu la beauté de la région) soit tu loues un taxi à la journée depuis Erevan (prix à négocier avant), soit prend un des bus touristiques formule All-Inclusive proposent l'excursion à la journée (voir sur la Republic Square, ils sont tous là). Cependant, le plus sympa serait de faire un stop d'une nuit à Eghegnazor pour voir Noravank (plus beau que Tatev selon moi) et au moins une à Goris pour voir Tetev le matin et explorer les alentours en taxi à la journée. Bon voyage
D'une manière générale, le Sud de l'Arménie (ou se trouve Tatev) est mal desservi en Marshrutka (une par jour si je me souviens bien au départ de Erevan). Donc, soit tu tentes la Marshrutka (plus d'info sur l'endroit ou la prendre à Erevan dans les autres discussions), mais impossible de faire l'aller/retour le même jour (ce qui serait bête de toute façon vu la beauté de la région) soit tu loues un taxi à la journée depuis Erevan (prix à négocier avant), soit prend un des bus touristiques formule All-Inclusive proposent l'excursion à la journée (voir sur la Republic Square, ils sont tous là). Cependant, le plus sympa serait de faire un stop d'une nuit à Eghegnazor pour voir Noravank (plus beau que Tatev selon moi) et au moins une à Goris pour voir Tetev le matin et explorer les alentours en taxi à la journée. Bon voyage
Traveling alone for a month (Armenia - Georgia)
I think traveling alone in these countries isn't very risky—what do you all think?
No particular danger; people are really welcoming, especially in Armenia based on my experience (more of a Slavic temperament in Georgia).
Maybe I could hire a driver—what would that cost? Some places seem pretty tricky to reach by public transport. Do you have any driver recommendations?
There are marshrutkas to get almost everywhere, the only downside being the south of Armenia: while it’s easy to get to YEGHEGNADZOR from Yerevan, it’s harder to catch one on the way to another destination. The simplest option is to go from town to town and use a taxi for day trips from there (around 25/30 € for a full day, which you can split if you’re traveling with others).
I’d love to do some nice hikes—are there any guides available?
My itinerary in a few stages:
YEREVAN and surroundings: trip to Lake Sevan
YEGHEGNADZOR for Noravank: the most beautiful part of the country, in my opinion. There’s a great hike starting from Gnishik and ending at Noravank
GORIS TATEV: several hiking options in the region
DILIJAN: haven’t been there
No particular danger; people are really welcoming, especially in Armenia based on my experience (more of a Slavic temperament in Georgia).
Maybe I could hire a driver—what would that cost? Some places seem pretty tricky to reach by public transport. Do you have any driver recommendations?
There are marshrutkas to get almost everywhere, the only downside being the south of Armenia: while it’s easy to get to YEGHEGNADZOR from Yerevan, it’s harder to catch one on the way to another destination. The simplest option is to go from town to town and use a taxi for day trips from there (around 25/30 € for a full day, which you can split if you’re traveling with others).
I’d love to do some nice hikes—are there any guides available?
My itinerary in a few stages:
YEREVAN and surroundings: trip to Lake Sevan
YEGHEGNADZOR for Noravank: the most beautiful part of the country, in my opinion. There’s a great hike starting from Gnishik and ending at Noravank
GORIS TATEV: several hiking options in the region
DILIJAN: haven’t been there
État des routes entre Tbilissi et Yerevan puis Tabriz (en camping-car)
J'a recemment emprunter la route entre Yerevan et Tabriz en taxi, marshroutka et bus. Aucun problème de sécurité en particulier. Il est vrai que sur les cartes (google) la route semble slalomer entre les frontières armeniennes et azerbaidjanaises, mais en réalité il n'en est rien. La route, pour ne pas dire bonne, est praticable sans difficulté avec un véhicule classique, mais il faut faire attention aux nids de poules (eviter la nuit).
La route est magnifique tout du long avec le passage de plusieurs cols dans des paysages de steppe.
La frontière Arméno-iranienne est ouverte à Nordooz/Agarak sans difficulté via un pont sur l'Araxe. Toute la route le long de l'Araxe, côté iranien, est simplement magnifique. Les contrôles de sécurité y sont renforcés dû à la proximité de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan juste sur l'autre rive. En Iran les routes sont très bonnes.
Bon voyage dans cette magnifique région si peu connue.
Aller de Mandalay à Pekhon
Bonjour,
Nous avons fait l'itinéraire Loikaw - Phekon - Sankar - Nyang Swhe.
De Loikaw, il y a un bus vers 8h30-9h pour Phekon qui arrive (théoriquement) à l'heure pour la pirogue publique. Attention, le bus part d'une gare des bus secondaire.
A Sankar il y a un lodge. Il est vraiement magnifique mais hors de prix (entre 80 et 100€/nuit!). Nous nous sommes offert ce luxe 2 nuits car on a vraiment adoré cet endroit et on a visité le lac à partir de là. Pour reserver il faut contacter une agence locale en Birmanie, imossible autrement (en tout cas ils ne repondent pas aux mail ni au téléphone). On a repris la porigue publique de la pour Nyang Shwe après : attention: prevenir le piroguier à l'avance out bien l'hôtel de votre désir d'être repris las bas et quel jour, car il ne ne fait un stop a Sankar que a la demande. Une fois arrivé à Nyang Shwe, quel choc, on se serait bien vite retourné d'où on venait...
Photo1: pirogue publique Photo 2: vue terrasse du lodge
Photo1: pirogue publique Photo 2: vue terrasse du lodge
Aller de Mandalay à Pekhon
Bon à savoir. Moi j'ai fait le trajet Phekon - Sankar puis Sankar - Nyaung Swe avec la pirogue publique sans difficultés.
A Phekon le ticket etait vendu direct au depart du bateau (9h) et à Sankar, 2 jours plus tard, quelqun a téléphoné pour nous afin de demander a la pirogue d'y faire arrêt pour nous charger au passage.
Recherche endroit sympathique en bord de mer en Birmanie pour finir le séjour
Toute la péninsule au sud de Dawei (accessible en bus, avion et train si vous êtes très courageuse ^^) est magnifique et offre des plages désertes d'une grande beauté directement bordée par une jungle tropicale. Région reculée, mais donne accès facilement à la Thaïlande toute proche ensuite.
Aller de Mandalay à Pekhon
Une alternative plus rock'n roll serait de prendre le bus jusqu'à Nyaung Shwe et de prendre la pirogue publique jusqu'à Pekon (compter 6 -7 h de bateau).
Ainsi, vous verrez le lac en entier, y compris les coins les plus reculés car la pirogue débarque en embarque les marchandises dans plusieurs petits villages.
Programme de voyage pour la Birmanie
Bonjour Marc,
Je trouve ton itinéraire très chouette, mais personnellement je trouve que 2 jours plein à Mawlamyaine c'est trop, je pense que une journée suffit. J'ai aimé cette ville (que beaucoup n'apprécie pas) mais je trouve que 1 jour suffit, d'autant plus que tu ne reste que 1 jour à Hpa-An qui mérite 2 voire 3 jours (louer une moto/mobylette sur place pour aller visiter les différents sites parfois éloignés). Je ne l'ai pas fait, mais il parait que aller de Yangon à Mawlamyaine en train est une belle expérience (un peu éprouvante).
Au lac Inlé, n'hésite pas à aller jusqu'à Sangkar (le lac du dessous relié par un canal). Pour ma part j'y ai passé 2 nuits à l'écart de l'agitation de Nyaung Shwe et ce fut merveilleux (il y a un genre d'eco lodge un peu cher mais tres beau).
Pour ce qui est de Kentung je ne connais pas, et pour Kalaw il y a aussi d'autre chose à faire que le trek classique jusqu'au lac (trek à la journée dans les montagnes, refuge d'éléphants, ...)
Bonne préparation !
Je trouve ton itinéraire très chouette, mais personnellement je trouve que 2 jours plein à Mawlamyaine c'est trop, je pense que une journée suffit. J'ai aimé cette ville (que beaucoup n'apprécie pas) mais je trouve que 1 jour suffit, d'autant plus que tu ne reste que 1 jour à Hpa-An qui mérite 2 voire 3 jours (louer une moto/mobylette sur place pour aller visiter les différents sites parfois éloignés). Je ne l'ai pas fait, mais il parait que aller de Yangon à Mawlamyaine en train est une belle expérience (un peu éprouvante).
Au lac Inlé, n'hésite pas à aller jusqu'à Sangkar (le lac du dessous relié par un canal). Pour ma part j'y ai passé 2 nuits à l'écart de l'agitation de Nyaung Shwe et ce fut merveilleux (il y a un genre d'eco lodge un peu cher mais tres beau).
Pour ce qui est de Kentung je ne connais pas, et pour Kalaw il y a aussi d'autre chose à faire que le trek classique jusqu'au lac (trek à la journée dans les montagnes, refuge d'éléphants, ...)
Bonne préparation !
Villes à visiter en Azerbaïdjan
Vous avez raison de conseiller Tabriz et sa région...sauf que ça se situe en Iran.
En province d'Azerbaïdjan de l'Est, mais en Iran quand même.
Taroof et savoir vivre en Iran
Bonjour,
Je suis bientôt sur le départ pour l'Iran. Afin de ne pas commettre d'impairs, je souhaiterais en connaître un peu plus sur les règles du Taroof, mais aussi d'autres règles de savoir vivre propres à l'Iran.
Concernant le Taroof, s'applique-t-il à toutes offres ou proposition qui nous aest faites ? Y-a-t-il un nombre de refus "réglementaire" à appliquer ? Je comprends bien que si un chauffeur de Taxi me propose de m'offrir le trajet, je me dois d'insister jusqu'à ce qu'il accepte. Mais si, par exemple, une famille nous invite à les rejoindre lors d'un pic-nic du dimanche pour le partager avec eux : quid ?
Une autre question que je me pose: je suis barbu, et je crois comprendre qu'il peut s'agir là bas d'un symbole de religiosité. Est-il préférable de me raser la barbe avant de partir afin de favoriser les contacts ?
Je compte prendre le train de nuit entre Tabriz et Téhéran, et apparemment les compartiments couchettes sont mixtes. Y-a-t-il certaines règles particulières à suivre autres celles du respects et du bon sens ?
Merci pour vos retours
Je suis bientôt sur le départ pour l'Iran. Afin de ne pas commettre d'impairs, je souhaiterais en connaître un peu plus sur les règles du Taroof, mais aussi d'autres règles de savoir vivre propres à l'Iran.
Concernant le Taroof, s'applique-t-il à toutes offres ou proposition qui nous aest faites ? Y-a-t-il un nombre de refus "réglementaire" à appliquer ? Je comprends bien que si un chauffeur de Taxi me propose de m'offrir le trajet, je me dois d'insister jusqu'à ce qu'il accepte. Mais si, par exemple, une famille nous invite à les rejoindre lors d'un pic-nic du dimanche pour le partager avec eux : quid ?
Une autre question que je me pose: je suis barbu, et je crois comprendre qu'il peut s'agir là bas d'un symbole de religiosité. Est-il préférable de me raser la barbe avant de partir afin de favoriser les contacts ?
Je compte prendre le train de nuit entre Tabriz et Téhéran, et apparemment les compartiments couchettes sont mixtes. Y-a-t-il certaines règles particulières à suivre autres celles du respects et du bon sens ?
Merci pour vos retours
Hôtel près de l'aéroport IKA (Téhéran)
Adressez-vous peut être à une agence locale (ex: key2persia), qui pour 15 % de frais de commission vous réservera un hôtel situé dans la zone que vous souhaitez
Visa iranien possible à la frontière Arménie - Iran?
J'ai lu la même information quelque part sur ce forum, de quelqu'un qui connait quelqu'un... Bref a vérifier (Mais vu que le visa iranien est valable pour une entrée dans les 3 mois, disponible rapidement et pas plus cher que "on arrival", personnellement, je ne prendrais pas le risque d'essayer à la frontière)
Trois jours dans le Sud arménien: où aller?
Bonjour,
Je quitte Yerevan un mardi et je prévois de passer la nuit à Meghri, à la frontière iranienne, le vendredi soir afin de passer en Iran le samedi matin.
J'aimerais profiter de ce temps (3 nuits) pour découvrir le sud du pays. J'avais pensé rester 3 nuits à Goris pour rayonner depuis là. Est-ce une bonne idée ? Quelle autre option serait intéressante ? Est-il imaginable de faire une excursion dans le haut Karabagh avec un taxi à la journée ?
Merci d'avance !
Je quitte Yerevan un mardi et je prévois de passer la nuit à Meghri, à la frontière iranienne, le vendredi soir afin de passer en Iran le samedi matin.
J'aimerais profiter de ce temps (3 nuits) pour découvrir le sud du pays. J'avais pensé rester 3 nuits à Goris pour rayonner depuis là. Est-ce une bonne idée ? Quelle autre option serait intéressante ? Est-il imaginable de faire une excursion dans le haut Karabagh avec un taxi à la journée ?
Merci d'avance !
Birmanie: réservation de bus sur internet
Je confirme que pour les trajets importants et en haute saison, il est préférables de réserver à l'avance. Plusieurs fois le bus que nous souhaitions était complet et il a fallu decaler/avancer notre voyage de quelques heures.
En réservant la veille notre retour sur Yangon il a été très difficile de trouver une place (alors que nous avions notre avion retour à prendre...)
Birmanie: quel réseau mobile choisir?
Nous avions acheté une carte sim MPT (jaune blanc bleu) a notre arrivée à l'aéroport : bonne couverture et recharge facile a acheter partout. Ils vous configure votre portable sur demande.











