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J'ai voyagé en France en auto-stop, en bicyclette, à pied avec la tente, le sac de couchage, un kilogramme de riz et moins d'un euro dans le sac-à-dos pendant une période (voulue) de galère mais d'expériences passionnantes (entendre un cerf brâmer en pleine forêt, à quelques mètres de la tente... manger des chataignes grillées au feu de camp, boire l'eau cristalline d'une rivière...) J'ai posé une candidature pour la Marine, et comme j'étais sans ressources, j'ai visé le plus bas niveau pour travailler le plus tôt possible. Affecté sur la Frégate Georges Leygues, bâtiment-conserve de la Jeanne d'Arc, j'ai pu, non seulement m'intégrer au monde du travail, découvrir le travail en équipe, la confiance, la camaraderie, le plaisir du travail exécuté jusqu'au bout de soi (mes supérieurs étaient des fusilier-marins et commandos), quelques bouffées d'adrénaline ( la mer, les tempêtes, les tropiques, les fêtes débridées des marins en port étranger, les tirs du FAMAS au canon de 100 mm, encore et toujours cet océan, si intense, pour moi en tout cas, et les découvertes). Découverte de soi d'abord, la plus importante, la plus intéressante aussi; découverte du départ pour un objectif commun (étant parti du foyer familial quelques temps avant d'entrer dans la Marine), découverte de l' Étranger, si admiré dans les dictionnaires, les atlas, documentaires ou encyclopédies que, comme mes grand-pères je peux passer des heures à dévorer; découverte du monde, si vaste malgré tout, si varié si riche mais si semblable finalement, un humain reste un humain, un bout de terre reste un bout de terre, une plage, qu'elle soit à Saint-Gilles-Croix-de-vie ou à Mayotte, reste une plage! Le voyage est un luxe inabordable pour tant de gens (les agriculteurs de ma famille n'y auront jamais droit, question de temps et d'argent, mais leur bonheur et leur qualité de vie est inestimable; ma mère infirmière et mon père secrétaire en usine n'y ont eu pas droit pendant tant d'années du fait de leur emploi, qu'ils n'en ont plus vraiment envie à présent; et tous les "gens normaux" qui travaillent tout simplement pour vivre, survivre, n'ont pas besoin de voyager pour découvrir. Néammoins feu mon grand-père, à la retraite voyageait en groupe chaque année, ma tante, en pré-retraite fait tout ce que j'ai vu dans la Marine, avec ses amis. Je n'ai fait que deux missions (on les nomme "campagnes", mais il s'agit vraiment d'une mission, mission diplomatique, mission d'instruction des élèves officiers, mission de représentation pour le pays, comme n'importe quelle unité des Armées Françaises...), la première aux Amériques (New York, Fort-de-France, Saint-Domingue, Panama, Callao, Valparaiso, Ushuaïa, Montevideo, Salvador de Bahia, Dakar, Alger, Lisbonne), la seconde, asiatique, vient de s'achever il y a deux mois (Split, Djibouti, Cochin, Singapour, Hanoï, Port Kelang/ Kuala Lumpur, Île Maurice, Mayotte, Livourne, Cadix). Bien sûr, les vietnamiens portent souvent des "chapeaux chinois", la piña colada n'est excellente qu'en Amérique du Sud, tous les italiens portent des lunettes de soleil (presque tous); mais tous sont des individus dont le comportement et les pensées découlent de la culture et de l'histoire personnelle de chacun. En France, les mères seules sont aidées, les malades, les personnes âgées, les jeunes également; "là-bas" les gamins dorment sur des cartons et cirent des chaussures (les plus chanceux), les mères abandonnées se vendent pour offrir un avenir à leurs enfants ainsi que les étudiantes, les séniors travaillent jusqu'à ne plus pouvoir marcher, les mendiants, voleurs, "filles-de-joie" abondent, à côté (ou à l'intérieur) des gratte-ciels ultramodernes... Finalement, "heureux qui comme Ulysse..."