last edited Dec 11, 2019
L'édition
Pour bien démarrer
L'idée de vendre des articles à la presse ou d'éditer le récit de ses aventures est un bon moyen de financer de futurs voyages. Du moins c'est ce que pensent beaucoup. Mais attention, il est loin d'être évident de s'improviser écrivain ou d'obtenir un quelconque succès pour ses écrits.
Comme dans beaucoup d'autres domaines, rien n'est jamais sûr et les désillusions, sinon parfois les pertes financières, toujours possibles. Car au delà des difficultés financières ou propres à la commercialisation de son travail, il ne faut pas oublier non plus qu'un des éléments de la réussite réside aussi et surtout dans la qualité de ses écrits. Un voyage "extraordinaire" ne fait pas forcément un récit extraordinaire...
Règles de base
Comme toujours, avant de se lancer dans le reportage ou la réalisation d'un bouquin mieux vaut connaître les quelques règles de base en matière d'écrits de voyages. Et tout d'abord, quel est le but premier d'un récit?
Le but d'un récit
Le récit est là pour interpeller le lecteur, le faire réagir, le transporter en d'autres lieux, vers d'autres cultures et d'autres gens. Il doit lui apporter les éléments indispensables pour qu'il puisse vivre et ressentir les mêmes choses et les mêmes émotions que celles perçues par l'auteur. Auteur qui pour y arriver devra se conforter dans son rôle "d'intermédiaire" entre la réalité d'un moment vécu et l'imaginaire à vivre du lecteur. Dès lors, le moindre sujet, événement, personnage, la moindre ambiance sera fouillée afin d'en extirper au mieux un contenu et une intensité. Sans oublier toutefois de prendre le recul nécessaire en se mettant de temps à autres à la place de ses lecteurs.
Pour réussir, il faudra faire preuve d'observation et surtout d'implication. La prise de notes sur le moment devient alors nécessaire, ne serait-ce déjà que pour conserver l'état d'esprit de l'instant et préserver "l'authenticité" du récit.
Écrire simplement au retour n'autorise plus la même intensité, le même passion ou la même implication. Le temps a passé, des distances sont prises, les sensations se sont émoussées et les souvenirs s'enfouissent dans la mémoire. Seules les notes recueillies à chaud permettent de replonger dans l'ambiance et l'atmosphère; raison de plus pour ne pas trop tarder à commencer sa rédaction.
Rédaction
Au niveau de la rédaction justement certains ingrédients demeurent essentiels.
De manière plus générale, qu'il s'agisse d'un bouquin ou d'un article, prenez soin de votre style. Ainsi, si l'aventure est humaine et personnelle utilisez le "je", impliquez-vous dans le récit et interpellez vos lecteurs en prenant position, n'hésitez pas à faire des apartés, des retours en arrière sans forcément suivre l'ordre chronologique du voyage.
Inutile de tout traiter, de tout développer, ne choisissez que les moments forts quitte à les re-situer. N'abordez que les personnages les plus intéressants, faites les parler ou dialoguer. Évitez les longues descriptions plates et fastidieuses, ne mélangez pas récit et informations pratiques. Faites quelque chose de vivant en utilisant si possible des phrases courtes. Variez les rythmes, écrivez au présent dans un style direct, alternez impressions, descriptions, actions.
Choisissez un vocabulaire évocateur, pas trop technique, des mots chocs et imagés. Ne vous focalisez pas sur la construction des phrases, suivez votre objectif et utilisez au mieux les infinies possibilités de la langue française. Relisez fréquemment et ôtez tout ce qui n'apporte rien, ralentit le rythme, alourdit le style ou heurte l'oreille. Écoutez et acceptez les critiques des autres.
Enfin, choisissez des titres évocateurs, ayez une bonne accroche pour plonger d'entrée dans l'ambiance et donner l'envie de continuer la lecture. Soignez votre chute, et même si c'est la "conclusion" évitez le petit côté nostalgique habituel du type "c'est déjà fini" ou "je reviendrai" on ne peut plus pénible et scolaire. Posez plutôt une question, interpellez vos lecteurs, faites ressortir la force de l'aventure afin que le récit se prolonge dans les esprits. Bref, faites en sorte de laisser une ouverture vers l'avenir....
Éditer
L'édition "classique", à "compte d'auteur" ou "l'auto-édition", que choisir?
Avant de se lancer
Il faut d'abord savoir qu'il vaut mieux ne pas trop tarder pour faire la rédaction de son récit. Des souvenirs récents, bien présents à l'esprit, sont toujours préférables à d'autres déjà enfouis dans la mémoire. D'autre part, un voyage "extraordinaire" ne fait pas forcément un bon livre (ou un bon article) car, avant toute chose, le texte doit être bien écrit et être original tant par son sujet que par sa rédaction. Il en va de même, d'une certaine manière, en ce qui concerne les photos que l'on souhaiterait y insérer.
En cours de rédaction, ou à la fin de celle-ci, faire lire son texte par différentes personnes est plus que préférable. Cela permet d'obtenir des avis et des regards critiques qu'en tant qu'auteur on n'a pas - ou plus - forcément. Et c'est surtout des remarques négatives que l'on doit le plus tenir compte même si, à l'occasion, celles-ci peuvent parfois s'avérer déplaisantes.
Modes et tendances
Si on veut commercialiser un ouvrage à une grande échelle, il ne faut pas oublier qu'il existe des modes au niveau des sujets ou des pays racontés. Dans certains cas, si l'on arrive trop tard, cela peut fermer certaine portes, notamment au niveau des éditeurs ayant récemment publié un récit identique au vôtre. Sans parler du désintérêt du public pour des sujets déjà lus et relus.
Enfin, sachez que vivre de sa plume est loin d'être une chose évidente. Si chaque jour sortent environ une quinzaine d'ouvrages, on ne compte en France pas plus de 2 000 écrivains déclarés cotisant à la Sécu-écrivains (et très peu d'écrivains-voyageurs). Sur ce chiffre juste la moitié touche plus que le Smic, avec quand même une petite centaine qui gagnent plus de... 70 000 €/an.
Choisir son mode d'édition
La rédaction, c'est à dire la première partie du travail achevée, reste ensuite à choisir son mode d'édition. Qu'il s'agisse d'un simple fascicule, d'un récit ou d'un livre de photos, trois possibilités se présentent à vous:
L'édition "classique"
Elle est effectuée par les bons soins d'une maison d'édition qui financera l'opération et assurera la diffusion et la communication. C'est la solution à laquelle rêvent beaucoup; mais attention, avant que le rêve devienne réalité... Bref, si cela demeure toujours envisageable, les chances sont infimes (et les droits d'auteurs limités, de 3 à 15% du prix de vente). Mais il est vrai aussi que si votre aventure a bénéficié de quelque audience dans les médias, les possibilités de publications s'en trouveront bien sûr largement accrues.
Ceci dit, rien n'empêche d'envoyer des manuscrits en ayant au préalable pris soin de bien sélectionner les éditeurs intéressés par le voyage. Dans le cas de récits, sachez toutefois que les comités de lecture ne lisent bien évidemment pas l'intégralité des ouvrages; du moins dans la première phase de leur travail. Et de fait, l'on sera jugé 9 fois sur 10 sur la ou les premières pages. Donc autant dire que l'on a intérêt à soigner son style et son amorce pour susciter l'envie d'aller plus loin.
Quelques recommandations utiles
Si vous pensez que votre manuscrit peut être piraté (c'est très rare) envoyez un double à la Société des Gens de Lettres. Il vous en coûtera aux alentours de 50 € et votre texte sera ainsi protégé. Un récit de voyage n'est pas un roman, donc les critères de sélection reposent aussi sur l'aventure vécue. C'est pour cela qu'il peut être utile d'envoyer avec son texte un petit dossier de presse. Sachez qu'une fois édité vos droits se limiteront à ce qui est inscrit dans votre contrat. C'est à dire généralement à ce que souhaite votre éditeur: peut-être une exclusivité des ventes (pas de ventes personnelles autorisées), arrêt de la diffusion à sa convenance, invendus envoyés chez les soldeurs, etc. Donc, autant être vigilant sur les termes de son contrat.
L'édition "à compte d'auteur"
Elle présente beaucoup plus de possibilités, mais aussi de très gros inconvénients pour l'auteur. Dans ce cas, celui-ci paye une maison d'édition pour qu'elle l'édite (la diffusion n'est pas toujours comprise). De fait, si l'éditeur est toujours gagnant, l'auteur lui n'est jamais certain de récupérer la mise versée à celui-ci, ni même dans certains cas d'obtenir un pourcentage intéressant sur les ventes. En attendant, c'est une pratique courante dans tous les domaines de l'écriture qui permet d'ailleurs à certains éditeurs de boucler leurs fins de mois (attention aussi aux arnaqueurs).
Au niveau juridique, comme pour l'édition normale, il s'agit d'un acte commercial devant être concrétisé par un contrat auteur/éditeur.
L'auto-édition
C'est la pratique la plus courante, ne serait-ce déjà que par le nombre de refus des maisons d'édition. Dans ce cas, l'auteur est son propre éditeur et dispose donc d'une totale liberté. De fait, c'est par ce système que l'on récolte aussi le plus d'argent sur le prix de vente. Au passage, signalons que le prix public est un critère important de la vente; et très souvent un prix faible (ou du moins raisonnable) fera augmenter les ventes et le tirage, et donc bien sûr réduira le coût unitaire de fabrication.
Au niveau financier
Comme on est amené à s'auto-financer, il est conseillé de bien réfléchir et de limiter les coûts de réalisation. Donc, autant faire un maximum de choses soi-même et prévoir à l'économie. Par exemple, si l'ouvrage doit être envoyé par la poste, bien définir le nombre de pages et la mise en page afin de rester dans une certaine gamme tarifaire par rapport au poids. Les photos coûtent cher à l'impression, représentent-elles un plus pour l'ouvrage, et si oui avec un tirage couleur ou noir et blanc? Reste aussi que dans certains cas, la photocopie demeure une solution possible. Suite à ces questions, il est également nécessaire de déterminer le tirage le plus rentable, et à ce sujet 2 000 exemplaires chez un imprimeur semble être le nombre minimum. En gros, pour environ 8 000 €, on peut obtenir cette quantité pour un bouquin de 250 pages comprenant en plus une couverture et quelques photos couleurs à l'intérieur. Mais dans tous les cas, il ne faut pas oublier de multiplier les devis auprès des imprimeurs, en s'adressant si possible à ceux disposant de tout le matériel nécessaire à l'impression car la soutraitance coûte cher. Grâce à cela on peut généralement espérer obtenir d'assez bons prix.
Au niveau juridique
Sur le plan juridique, l'auto-édition est assimilée à une profession libérale (on peut bien sûr opter pour le régime auto-entrepreneur). À ce sujet l'Association des Auteurs Auto-édités peut fournir entre autres choses toute la documentation nécessaire.
À savoir aussi
Quel que soit le mode d'édition, l'ouvrage doit posséder un numéro ISBN pour l'identification (c'est gratuit), et un code-barre pour sa commercialisation en librairies (environ 30 €).
Également, la Loi oblige à des dépôts légaux auprès de la Régie du dépôt légal de la Bibliothèque Nationale et du Ministère de l'Intérieur; à voir auprès de l'AFNIL qui vous enverra une doc complète et gratuite. En tant qu'éditeur, vous avez droit également de figurer gratuitement sur les réseaux Electre qui servent de référence au monde de l'édition et aux libraires.
Enfin, sachez qu'il existe de multiples annuaires, papiers ou en ligne, d'éditeurs, diffuseurs et distributeurs avec les spécificités de chacun. Autant s'y faire référencer.
Commercialiser
Réseaux, distribution et retours financiers
Réseaux, distribution et retours financier, les clés de la commercialisation! C'est en fait la partie la plus dure du travail, surtout bien sûr dans le cas de l'auto-édition car pour les autres modes c'est l'éditeur qui en principe est en charge de la commercialisation.
Mais déjà, à la base, il est bon d'avoir déjà réfléchi sur les débouchés et les modes de distributions possibles de son ouvrage. Quel est l'objectif choisi: se faire plaisir ou au contraire assurer un nombre important de ventes?
Les différents réseaux de vente
Dans un premier temps, il faut savoir qu'au niveau commercialisation, les livres se vendent d'abord par correspondance (notamment de plus en plus sur le web), puis en supermarchés et enfin en librairies. Donc, même si l'on peut parfois laisser son ouvrage en dépôt-vente dans les librairies spécialisées, autant consacrer son énergie à autre chose.
Il y a d'abord les possibilités offertes par les salons et festivals de voyages, les circuits de conférences ou, si on dispose en plus d'une expo photos, les expositions qui s'adressent à un public ciblé et intéressé, puis les rédactionnels dans la presse écrite nationale et locale (pas toujours évident), sans oublier les revues d'associations de voyageurs.
Et puis bien sûr, il reste tous les autres moyens permettant de toucher un certain public et dont les retombées pourront s'avérer fort différentes selon ce que l'on souhaite vendre. En vrac: les comités d'entreprises, le porte à porte, la vente dans la rue, l'affichage public, les foires et marchés, le mailing, etc.
Le distributeur
D'où peut être l'intérêt pour se simplifier la tâche de passer par un réseau de distribution (à la limite plus intéressant à chercher qu'un éditeur) qui, le cas échéant, assurera une distribution nationale de l'ouvrage, de même que parfois une certaine publicité notamment via ses représentants et son catalogue des titres disponibles.
D'autre part, c'est le distributeur qui prendra à sa charge le stockage, la mise en place, les frais de transport, le réassortiment de l'ouvrage auprès des librairies. Des économies de temps et d'argent non négligeables pour l'auteur qui, même s'il peut lui aussi essayer de gérer son propre réseau de points de vente, s'apercevra vite que la distribution en librairies est fréquemment une source de problèmes et de dépenses.
Pour arriver à convaincre un distributeur la forme de l'ouvrage est (malheureusement) aussi importante, sinon plus, que le fond. En effet, celui-ci ne prendra qu'un bouquin répondant à un certain nombre de critères purement commerciaux, et donc pouvant s'avérer à court terme un produit intéressant et rentable pour lui. De la même manière qu'avec un éditeur, il est fortement conseillé de bien connaître ses droits avant de s'engager.
Retours financiers
Bien entendu, chaque mode de commercialisation implique des retours financiers différents. Si la vente directe présente bien sûr les gains les plus importants, un dépôt personnel en librairies avec faculté de retour laisse à celles-ci de 30 à 40% du prix public. Quant aux distributeurs, ils prennent généralement de 50 à 60 % selon les cas (mais payent les libraires). Pour mémoire, avec un éditeur, l'auteur peut espérer un gain moyen de 10 % du prix public.
Toutefois, il ne faut pas oublier que si certains intermédiaires coûtent cher, ils peuvent aussi permettre de faire des économies, ne serait-ce déjà que par un travail et des moyens qu'à titre personnel on aurait bien souvent du mal à développer.
Ne pas oublier non plus que le produit des ventes n'est jamais versé directement et que très souvent le paiement s'effectue à 60 ou 90 jours fin de mois; soit jusqu'à 4 mois après commande. Pour atténuer cet inconvénient, il peut être utile de fonctionner alors avec un système de traites. La somme due est alors acceptée sur votre compte à signature de la traite et le montant débité au libraire/distributeur/éditeur à une date choisie par lui sur une période maximum de 90 jours.
Bref, à la longue, tous ces moyens peuvent s'avérer payants. Mais dans tous les cas il ne faut pas perdre de vue que, plus que la rédaction de l'ouvrage, c'est surtout sa commercialisation qui restera toujours l'étape la plus difficile.