Le lac Balkhach en voie de disparition (Kazakhstan)?
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Bonjour,

Ci dessous un article de Libé sur le Lac Balkash. Quelqu'un ici y est-il allé ? Avez vous des commentaires, des opinions, etc.....

Marseil.

Environnement. Comme la mer d'Aral, ce lac kazakh souffre des barrages et de la pollution.

Le lac Balkhach en voie de disparition

Par Gérard DIEZ samedi 25 décembre 2004

Lac Balkhach (Kazakhstan) envoyé spécial

La couche de glace du lac Balkhach, au coeur du Kazakhstan, est épaisse. Valéryi, un Russe de 64 ans, rentre bredouille après de longues heures passées sur le lac. «Il y a de moins en moins de poissons», dit-il en se tournant vers les escouades de pêcheurs rassemblés autour de quelques trous percés dans la glace. Derrière lui, à l'horizon, se dessine un monstre d'acier d'une époque industrielle révolue : le complexe métallurgique de Balkhach, construit en 1937. Combinés aux ponctions excessives de la Chine voisine, les rejets de ce site menacent gravement le Balkhach. La mort de ce lac de 600 km de long et d'une superficie de 18 000 km2, au nord d'Almaty, la métropole économique, aurait de graves répercussions sociales et économiques. Un véritable drame pour la région.

Ici, les gens pêchent par besoin. Avatars de la reconstruction postsoviétique, le chômage et la misère persistent, de même que l'odeur du soufre. Le complexe métallurgique rejette une grande quantité de métaux non-ferreux dans le lac, qui pourrait disparaître comme la mer d'Aral, souligne le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement) dans un récent rapport. «Le Balkhach a déjà rétréci de 2 000 km2», raconte Zharas Takenov, qui dirige le département écologie du Pnud à Almaty. Il reçoit la plus grande partie de son eau du fleuve Ili, qui prend sa source dans le Xinjiang chinois voisin. Or, la Chine veut intensifier l'agriculture et développer l'industrie dans cette province sous-peuplée du Nord-Ouest. Selon l'organisation écologique kazakhe Tabigat («la nature»), elle projette d'y installer 150 millions d'habitants des provinces orientales.

«Il faut agir vite.» L'assèchement progressif de la mer d'Aral est dû entre autres à une utilisation excessive et incontrôlée de l'eau par plusieurs pays. C'est également le cas des eaux du bassin du fleuve Ili et du lac Balkhach, qui forme une vaste dépression géologique semi-désertique de 413 000 km2, dont un cinquième environ est situé sur le territoire chinois. Jusqu'à présent, aucun accord bilatéral sur l'eau n'a été signé avec la Chine. «Il faut agir vite, raconte Mels Aleussizov, président de Tabigat. Et trouver le moyen de forcer les Chinois à économiser l'eau du fleuve Ili. Nous risquons une catastrophe plus importante que celle de la mer d'Aral, qui entraînerait une dégradation irréversible de l'environnement, de longues périodes de sécheresse, une faillite économique et une déstabilisation de toute l'Asie Centrale.»

En amont, les Chinois veulent détourner 15 % de l'eau des fleuves Ili et Irtych pour les besoins de leur industrie pétrolière, de leur production de blé et de coton dans la province du Xinjiang. Mais le fleuve Ili fournit 80 % de l'eau du lac Balkhach. Autre obstacle au flux normal de l'eau, la construction, à la fin des années 1960, du réservoir et de la centrale hydroélectrique de Kapshagaï au Nord-Est d'Almaty, de même que les eaux usées de cette ville et les déchets de l'agriculture et de l'industrie rejetés dans le fleuve. Les fleuves Karatal, Aksu et Lepsy sont aussi touchés. L'Ayagoz, qui atteignait le lac jusqu'au début des années 1960, va désormais mourir dans les sables de la steppe. Le lac Alakol, qui est un appendice de la partie est du lac Balkhach à 50 km de la frontière chinoise, ressemble désormais à un marais avec des amas épars de sel.

D'après Mels Aleussizov, le lac Balkhach a baissé de 3 mètres en vingt ans. Le niveau critique est fixé à 341 m au-dessus du niveau de la mer. Dans les endroits peu profonds, le rivage a reculé de 100 kilomètres. Un assèchement plus important augmenterait la salinité (l'eau est déjà salée à l'Est et douce à l'Ouest), anéantirait la faune et la flore et modifierait le climat de l'Est du Kazakhstan sur une superficie de deux fois la France. Un rapport alarmant de la Banque mondiale fait état d'une fragilité croissante du milieu naturel : baisse du niveau du lac dû à une irrigation irrationnelle, répartition transfrontalière des eaux, disparition des forêts, fonte des glaciers et autres dangers.

Espèces menacées. Le delta du fleuve Ili, habitat naturel de dizaines d'espèces animales et végétales, sur la rive sud-ouest du lac, est déjà affligeant. Le fleuve, subdivisé en une infinité de canaux d'irrigation, arrive au lac épuisé. Les poissons ne peuvent plus remonter son cours pour frayer. Plusieurs conserveries ont fermé. Seuls des brèmes et des «vobla» ­ gardons de la Caspienne ­ sont encore à trouver. «La population de carpes a diminué de 95 %, et le célèbre "marinka" d'Asie Centrale a disparu. Les buses, les bécasses, les hérons et les rats musqués sont menacés à leur tour», affirme le naturaliste Sergeï Talouchak.

Activiste de toujours, Kasimkhan Akhmetov est l'ancien maire de Balkhach. Il souhaite que le gouvernement kazakh se montre plus agressif envers Pékin : «Si la Chine continue de construire des barrages et des réservoirs sur l'Ili, le lac Balkhach disparaîtra dans trois ou quatre ans. Les grandes villes comme Almaty et Astana manqueront d'eau potable. Nous avons peu de pluies en Asie Centrale. Notre eau provient des lacs et des rivières. Le lac est passé de 342 m à 339 m en vingt ans. Le niveau est remonté à un mètre au-dessous du niveau normal ces dernières années mais c'est dû à des chutes de neige et de pluie sans précédent et aussi au fait que l'agriculture kazakhe étant délabrée, moins d'eau est détournée.»

Les Chinois ont déjà construit un grand barrage sur le Kach, le principal affluent de l'Ili.Des négociations bilatérales sur le problème de l'eau ont commencé à Pékin en mai 1999 à l'initiative du Kazakhstan. La Chine a collaboré à contrecoeur. «Les choses se sont améliorées lorsque le président Nusultan Nazarbaïev a envoyé une missive Jian Zemin », raconte Sultanguli Kissikbaïev, du ministère de l'Environnement d'Astana. Mais tout porte à croire que la Chine veut différer le problème.

 http://www.liberation.fr/page.php?Article=263989

© Libération
"Rien ne développe l'intelligence comme les voyages." Emile Zola
CH Chrousseaud Globetrotter ·
Je me souviens avoir lu il y a 3 ou 4 ans dans un article que je n'ai malheureusement pas gardé qu'on avait trouvé sur une île de la mer d'Aral récemment mise à sec du fait de la baisse des eaux, une tombe vieille de 700 ans. Etonnant, si l'info s'avère vraie. Cela voudrait dire qu'il y a 700 ans, cette terre était hors de l'eau, mais aussi que l'action de l'homme, si elle joue un rôle dans cette baise actuelle des eaux, n'est pas seule en cause, et qu'il y aurait peut-être dans ce coin du monde un phénomène naturel cyclique d'assèchement. Mais encore une fois, je n'en sais pas plus. Quelqu'un aurait-il vu cet article ?
ChR
CH Chrousseaud Globetrotter ·
J'ai retrouvé l'article en question. Info ou propagande ????

http://www.regard-est.com/Breves/040329/Aral.htm
ChR
DE Desaxo ·
Bonjour,

J'ai lu l'excellent article de Gérard Diez et j'ai correspondu avec lui à plusieurs reprises avant de me rendre sur le lac Balkhach (à deux reprises : février 2006 et février 2007). Je suis allé là bas avec Daniel Lehmann, un hôtelier suisse qui prépare la traversée de ce lac en voilier sur glace. Des images se trouvent sur http://www.desaxo.bleublog.ch et une vidéo sur http://www.dailymotion.com/desaxo

J'ai également rencontré Mels Aelusisov, candidat à la présidentielle du parti Tabigat (nature). Il m'a raconté à peu près la même chose qu'à Gérard Diez. Sur place, il est très difficile de se rendre compte de quoi que ce soit. En effet, le niveau du lac est difficile à estimer, les rives étant très très plates, il est possible de trouver l'eau des kilomètres plus loin d'une année à l'autre (dans un sens comme dans l'autre). Les riverains semblent dire que le niveau monte ces dernières années, et que la hauteur d'eau, de mémoire d'habitants de Balkhach, a toujours fortement fluctué.

Les riverains ne semblent pas non plus prendre la mesure de la pollution. J'ai été fortement intoxiqué par les rejets de l'usine. Un jour je pensais ne plus pouvoir respirer, la ville étant sous le vent des émanations. Le lendemain j'ai pu visiter le combinat métalurgique (cette visite est vraiment exceptionnelle). Toute la ville dépend de cette usine et tout le monde la bénit. Mais je ne sais pas si il y a eu des études sérieuses sur l'impact du monstre sur la santé des habitants, j'en doute.

Du poisson pêché dans le lac est exporté en Europe, et à la pêcherie on nous a assuré qu'il répondait aux normes en vigueur. De celà aussi je doute: la glace est couverte des suies des cheminées et l'air doir être chargé de métaux lourds... ça fait pas beaucoup de doute.

Voilà, si vous avez d'autres questions vous pouvez me faire un message perso,

Bonne visite à Balkhach, cet endroit est unique au monde. Amitiés, Pierre-Armand
ZL ZLW ·
Bonjour, Je trouve enfin et avec grand plaisir des personnes qui connaissent le lac Balkach! Je compte m'y rendre seule cet été, dans le cadre d'une bourse Zellidja. Le but n'est pas de faire une étude scientifique, mais plutôt de rencontrer les gens qui habitent Balkhach et observer le rapport qu'ils entretiennent avec le lac, et avec la principale usine qui apparament pollue beaucoup le lac. On m'avait dit que cette usine ne pouvait être visitée, mais je vois qu'on peut la visiter apparemment. A qui s'adresser, et comment s'apelle-t-elle? Je cherche également des contacts sur place. Qu'est-ce qu'il pourrait être intéressant d'étudier pour mon étude, d'après vous qui possédez l'expérience du voyage à Balkach? Je vous remercie, Louise

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