Lu ce WE
Le personnage a la cinquantaine fatiguée. A mi-chemin du spleen d’adolescent et d’un vague à l’âme d’occidental trop bien nourri. Il croit tomber amoureux de Noï, mais vit son histoire à la petite semaine. Pas étonnant à ce compte là, qu’il « trouve ce qu’il était venu chercher à BKK : la certitude que le plaisir sexuel est inepte » (p. 71). On a la Thaïlande qu’on mérite, et les certitudes qu’on peut.
Bilan de lecture mitigé.
J’ai aimé la finesse et la sensibilité de la description de quelques situations. « Elle finit par lui lancer un regard cordial et distrait. Il lui fait signe de le rejoindre. Elle prend un air surpris, comme pour dire qu’il y a déjà deux filles a sa table. Elle ne peut pas savoir que c’est pour la rencontrer qu’il est entré ici » p. 33. Ou encore : « il lui donnera 200 euros, somme trop forte qui lui permet de penser qu’il ne l’achète pas et donc qu’elle se donne à lui. Il sent qu’elle essaie, dans sa tête tendue vers lui avec une passion glacée, de faire la conversion dans la monnaie locale ». p. 47. Mais aussi « Noï, adorable Sphinx posé sur le lit par Bouddha, observe la scène avec une sagesse antique ». p. 46. Ou enfin, p. 85 « Ils sont face à face dans leur fausse histoire d’amour : lui qui l’invente, Noï qui ne la comprend pas ». Mots choisis, qui sentent le vécu à plein nez.
Malheureusement, ces passages côtoient quelques lignes brutales, limite beaufs, qui tombent comme un cheveu sur la soupe. Exemple « Prostituées : seules femmes à être soulagées quand on tripote quelqu’un d’autre devant elles, autant de taf en moins ». p. 42.
J’ajouterai aussi les fulgurances grotesques, type « Le nombre de fois pense t’il, où le 9ème souverain de la dynastie Chakri passe de la main d’un touriste à celle d’une masseuse ou d’une ladybar » (p. 22-23). L’auteur pense aux billets à l’effigie du roi. J’ai hurlé de rire.
Pas mal de passages qui m’ont semblé saugrenus, voire peu crédibles. En vrac : le taxi « furieux » que son client ait refusé d’être emmené au salon de massage et qui le traite de « pédé », (p. 27), la fille qui tapinerait dans l’hôtel 5 étoiles (p. 59). Page 49, « sur le pas de la porte (de la chambre) il roule une pelle à l’une puis à l’autre »: pratique pas si répandue, et tout autant bar girls qu’elles soient, il n’est pas évident que les filles acceptent cela dans le couloir de l’hôtel. D’autant plus que l’auteur précise que Noï ressent une gêne à se trouver avec lui (p. 41) et qu’elle ne veut pas descendre à la piscine de crainte de passer pour une prostituée en s’affichant à ses côtés (p. 85). Faisons crédit à l’auteur en pensant que la scène se déroule plus dans la chambre que vraiment sur le pas de la porte …Mais ça sent un peu la facilité rédactionnelle
Attention, je ne dis pas que chacun de ces faits, pris isolément, ne sont pas possibles. Je dis simplement qu’intuitivement, cela sonne un peu faux.
Ça m’a fait rire d’apprendre que les Thaïs auraient des prénoms imprononçables, et qu’ils auraient des « pseudos » ! Je crois qu’il s’agit plutôt de surnoms, quant à la prononciation rien d’insurmontable, les prénoms ne font jamais 50 km, la difficulté de la langue vient des tons …Les Thaïs mangent aussi plus avec une cuillère qu’une fourchette (p. 52). D'autant plus s'il s'agit de riz, et qu'ils sont chez eux !! - ce qui est le cas dans le passage. Tout cela est à peine sauvé par le vrai et rigolo « pour les Thaïs on est tout le temps sale, sauf sous une douche » (p. 68).
L’anglais « arrangé » des filles m’a aussi un peu agacé.
A la fin, la déprime post-coïtale tourne mal : le personnage vomit dans sa chambre d’hôtel. Il quitte ensuite la Thaïlande, et nous laisse l’impression de ne pas avoir compris grand-chose ni du pays, ni de Noï et d’Aom.
Au final le livre n’est pas déplaisant, mais vite lu et aussi vite oublié qu’un film d’action US regardé dans un Paris - BKK.
Merci pour cet avis. Ça m'évitera de perdre mon temps...ca sonne aussi mauvais que ce qui a été écrit un million de fois sur le même thème.
Les bargirls fascinent incroyablement les occidentaux (sauf ceux des pays latins, faudrait-il préciser), quidams de tous milieux ou littérateurs de plus ou moins d'envergure. Et ça donne rarement de bonnes choses.
Une chose en commun en tout cas: la plupart d'entre eux n'y comprennent rien.
Petites exceptions, peut-être, Guido dans "Thaïlande autrement" et un ouvrage bien écrit, "Siam", de Sportès.
Lire un bon ouvrage sur la Thaïlande, c'est aussi fréquent qu'une relation passionnée (dans les deux sens) entre un quadragénaire occidental et une fille de bar de Buriram.