Nouvelles malgaches
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IV
Hello tous

Voila des news de Tana ou on est depuis trois jours maintenant

Deux cyclones sont passes dans le secteur de Morandave, pas de soucis, si ce ne sont les trombes d'eau qui se sont abattues sur le coin durant deux jours : on a marche 5h pour aller a Morandave, de l eau partout, pieds nus c'est mieux Deux jours avant on avait deja fait un trajet de nuit, pieds nus toujours, les tongs ne valant rien dans l'eau. On envisage tres serieusement d'acheter des « meduses », ces chaussures en plastique, speciales plage, qui au moins permettent de se deplacer sans se dechausser et sans s'abimer les pieds. A part ca, tout est magnifique en ce moment, c'est tout vert, des etangs partout, avec reflets et autres bestioles remuantes. On vient encore de developper trois films, on les a sur CD, on va en faire passer mais on a pas de lecteur cd, les claviers sont en qwerty, avec ecran en japonais. En plus ca rame.. On vient de faire un repas monstrueux, et on a accumule du gras pour les mois a venir.

On a eu un accrochage avec le Fokonol, qui est l'assemblee villageoise, du genre de celle qui pique dans la caisse, qui n'a jamais ete en ville (Morandave) et qui nous dit comment il faut faire. Non pas qu'ils aient reeellement tort, mais gerer des fonds et une structure occidentale, ca ne s'aborde pas comme un village de brousse. Mais ca ce sont nos petits problemes, et on a enfin acquis la methode malgache : un malgache, de peur de vexer, ne dira jamais non. Ensuite libre a lui de faire ou non. Nous, on fait pareil : oui oui, et puis c'est tout. C'est comme ca que ca se passe le mieux. Terrible a dire, mais c'est la maniere de faire ici, et c'est toute l'ile qui est comme ca, impregnee de cette part de culture orientale ou la franchise risque toujours de blesser l'interlocuteur.A part ca, on prend deux semaines de conges, une semaine ici afin de demarcher les ministeres, faire des courses de materiel, trouver un frigo, …

Tana est une jolie ville, posee sur des collines, melange heteroclite de toles et de briques, ou apres 6 mois de brousse, on a du mal a trouver ses reperes : circulation dense, pollution proportionnelle, plein de monde, des vendeurs de rue, des taxis, des gamins perdus. Ville de PVD en somme.

Sinon, pour changer les idees, deux situations de travail de Marsu.

Un vendredi, on revient en voiture de Morandave, piste trempee, des trous et des etangs qui ont deborde, de l'eau jusqu'aux portieres (on a un 4x4). On arrive a 19h, et a peine descendue de voiture, Marsu est abordee par deux femmes du village : une gamine de 14 ans a des contractions depuis deux jours, et rien ne vient. Chantal descend au village, et moi, sentant venir les embrouilles, je vais manger. Bingo, 15min +tard Chantal revient : il faut aller a l'hopital a Morandave. On finit quand meme de manger, le futur bb peut bien attendre 5 min encore, et ensuite on prepare le carrosse. On ouvre le haillon arriere du pick up du 4x4 et on y pose un gros matelas, 1.6x2.00m, avec une bache, histoire de ne pas tout pourrir si les eaux devaient debouler. Ensuite direction le village ou on a charge le monde necessaire : la jeune fille, sa mere, sa greand mere, une ou deux sages femmes, une autre femme, et pis une autre et encore une autre, des fois qu'on ne serait pas assez nombreux, plus Chantal et son assistante, et pour les problemes, un Homme. Moi, je compte pas, je suis wazaha, je rentre dans la categorie des chauffeurs qui ne sont pas fiables a 100%.

Et hop c'est parti, je commence a conduire ce truc avec 10 personnes et la onzieme a venir, sur une piste defoncee et innondee, persuades avec Chantal que le BB allait nous debouler en plein dans un etang. Donc conduite calme, on a eu le temps de profiter du paysage, le reflet des phares sur les flaques (genre 20m de long et 30cm d’erau), entre les arbres avec les etoiles au dessus. Super beau, malgre le sentiment de conduire un panier d’œufs. Une fois arrives a l’hopital a Morandave, on a pu constater l’interet de la presence de l’Homme malgache. Ce dernier n’a pas peur de grand chose, mais le monde de la femme reste baigne d’un grand mystere, d’autant plus que excepte sa femme et ses maitresses on ne touche pas, et on ne fait meme pas mine de toucher ou bien meme de s’interesser. Alors pour debarquer notre future mere, on a fait simple : on a tous empoigne un coin de bache. Notre homme malgache a pince son coin a lui entre deux doigts prudents, les yeux grands ouverts, un peu perdu, et a fait semblant de participer a la tache. On est arrive dans la salle de travail d’ou ils ont sorti a bras le corps une fille a peine plus agee que la notre et on a depose notre paquet. La petite a un corps de fillette, toute menue, un visage enfantin, son ventre et sa souffrance brisant l’image que nous nous faisons nous occidentaux de l’adolescence. On ne sait pas qui est le pere, et personne ne s’en inquiete, a 20 ans en brousse on a deja deux enfants, voire trois, on pratique l’acte sexuel depuis l’age de 15 ans. On ne parle pas de sexualite, c ‘est tabou, mais on pratique assidument, de facon plus ou moins libre. Certains psychologues se sont penches sur les problemes relationnels engendres par ces comportement, les consequences sur la vie sociale.

10 min plus tard, une petite fille voit le jour, ou plutot la nuit, prenommee Tania (c’est Chantal qui cherche les prenoms), alors qu’on voulait l’appeler Toyota. On est rentre a 2h du matin.

On s’est retrouves avec un ami deux semaines plus tard dans ce meme service, dans une situation moins joyeuse : une jeune malgache qu’on avait rencontree deux jours avant venait d’accoucher et une amie avec qui on etait lui rendait visite le soir. A un moment ils ont constate qui le bb respirait mal : ils l’ont emporte et on l’a entendu crier. Son cœur a lache, il n’y avait plus rien a faire. Ils l’ont enterre le soir meme dans une de leur riziere. Nous, on etait dans le couloir, livides, avec tout le monde en pleur autour de nous.

Donc des hauts et des bas p0our le moral.

Deuxieme histoire de Chantal et de ses blesses : un soir a 19h30 on vient nous dire qu’une fillette s’est mis un hamecon dans la levre inferieure.

Donc direction le dispensaire : la fillette a 6ans et attend sagement que Chantal arrive, sans meme avoir l’air angoissee. Elle a eu peur de l’anesthesie, et a verse quelques larmes quandChantal a commence l’inciser au scalpel.

Ca s’est bien passe, l’hamecon est reparti a la peche, la petite a recolte des steristrip, et tout le monde est reparti se coucher content.

C’est un peu notre quotidien, et ca n’a rien d’extraordinaire.

Avec les pluies tout est vert, on a 60cm d’herbe la ou il n'y avait rien que du sable. On court apres les bestioles, chenilles, cameleons, souris

C’est beau comme saison, quand nous sommes alles a Morandave, on a marche dans les rizieres innondees.;On vous fera voir des photos le plus tot possible. Il fait 25 a l’ombre, et a Tana on a enfin de la fraicheur.

Voilà, fin des news, amusez vous bien, ici on pense a vous.
FA Fabricia Globetrotter ·
Journées extraordinaires à Madagascar... Ce journal de nouvelles malgaches est très émouvant, Marsu et Ivo, et que votre vie là-bas est particulièrement gratifiante !

Une leçon de générosité pour ceux qui vous lisent avec émotion : vous nous faites partager une actualité parfois bien triste, mais tellement palpitante.

Merci à vous, du fond du coeur 🙂
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
AC Acer Globetrotter ·
Bonjour,

Votre récit m'emeut, je vois la description du paysage et des gens en parcourant le texte. Je hume l'odeur de cette terre rouge, detrémpée par les pluies tropicales. Içi le froid glacial s'étérnise et Madagascar me manque beaucoup et je pense à VOUS!
Project a vivid image of what you seek into the landscape of your life. What greets you on your way will be the images of your own creation
KI Kitadine ·
Misaotra pour eux et merci de nous rendre de façon si réelle le quotidien de ses habitants du "Pays du sourire" et du "Moramora". Bien sûr ils disent toujours "oui" puisque nous vivons dans un monde de possible, mais il y a des "oui" auxquels ils croient... un peu moins (peut être pas là où on les attend)....on finit par les entendre... si les cultures sont différentes les structures profondes restent semblables. De tout coeur avec vous, je reste à votre écoute...

"On ne connait que les choses que l'on apprivoise.....Comme il n'existe pas de marchnd d'amis, les hommes n'ont plus d'amis."
"Et j'aimerai le bruit du vent dans les blés..."
IV Ivo Regular ·
Merci à vous Le plus fou dans tout ça, et je pense que c'est pareil pour tous ceux qui sont ailleurs, c'est que tous les jours ils se passe des centaines de petites choses, des détails de vie qui nous percevons, et que nouis ne relatons plus parce que ça fait parti du quotidien, du notre comme le leur. Des amis à qui j'envoie des mails sont toujours surpris par ce que je leur raconte, mais par le fait de vivre ici, nus sommes tellmeent imprégnés désormais, que nous ne sommes plus surpris comme on le derait en arrivant fraichement.Je ne veux pas dire que je ne fais plus attention ou bien que je n'apprecie plus, au contraire, mais que la perception n'est pas la même. je crois que tous les jours, ou que l'on soit, il faut se lever avec un oeil nouveau pour apprecier tout ce que l'on croise, ou que l'on vive. Pour nos malgaches et le mora mora, on vous tient au courant😛

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