Un mois en Roumanie

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PO
Je suis allé en Roumanie à de nombreuses reprises depuis 1993, d’abord dans le cadre de l’aide humanitaire après la révolution et puis comme visiteur régulier . Ce carnet est un peu un constat de l’évolution de ce pays depuis cette époque.

Au début j’ai surtout fréquenté la région des Monts Apuseni, région très pittoresque de Transylvanie pour ensuite m’intéresser à d’autres régions comme les monts Fagaras dans les Carpathes Occidentales, Bucarest, la Moldavie et la Bucovine, le delta du Danube, la Mer Noire et la région des églises fortifiées saxonnes. Je parle le Roumain assez couramment et mon épouse est Roumaine.

Les différentes étapes de ce voyage ont été :

-quelques jours de repos dans les Monts Apuseni après la longue route en voiture -une semaine à Bucarest -une semaine à Botosani , en Moldavie -une semaine à Hateg , dans la région des forteresses Daces

Le voyage aller s’est déroulé sans anicroche. De Namur , en Belgique , j’ai suivi l’itinéraire dirigé Luxembourg , Heilbronn, Nüremberg, Passau, Linz, Vienne et suis arrivé en soirée à mon hôtel à Mossonmagyarovar , petite ville de frontière Hongroise un peu figée dans le temps et sans grand intérêt si ce n’est le dépaysement.

Etant fin août je pouvais observer les embouteillages en sens inverse causés par le retour de vacances en occident de tous les Roumains qui vivent et travaillent maintenant en Occident par manque de perspectives et de salaires corrects chez eux. Depuis les années 90 la population Roumaine est passée de 23 à 19 millions d’habitants du fait de cette hémorhagie. Ceci a notamment pour conséquence le dépeuplement des zones rurales et la dégradation de l’offre médicale.

Une vignette autoroutière est demandée pour l’Autriche, la Hongrie et la Roumanie. Elles peuvent être commandées en ligne mais la vignette autrichienne n’est validée qu’une semaine après la demande alors que les autres sont validées immédiatement.

Après une petite journée de route je suis arrivé à mon étape dans le village de montagne de Gîrda de Sus et j’ai fait quelques ballades dans les environs



J’ai ensuite poursuivi ma route vers Bucarest en prenant au passage à Sibiu deux passagers blablacar, un étudiant Français et un étudiant Moldave étudiant en France.

Sibiu est une très jolie ville qui mérite que l’on s’y arrête deux ou trois jours mais je l’ai déjà visitée plusieurs fois.

Le pays compte encore peu d’autoroutes et la plupart du temps il faut se contenter d’une moyenne de 50 km par heure mais de Sibiu à Bucarest on emprunte un des rares autoroutes et c’est plus rapide.

Bucarest est une ville que l’on présente souvent comme manquant de charme puisqu’elle est composée de nombreux quartiers de blocs. Pourtant si on parcourt les quartiers plus anciens on verra de nombreux bâtiments à l’architecture intéressante : anciennes églises ou monastères, maisons d’inspiration russe, bâtiments de style éclectique ou art nouveau. Il y a aussi des parcs assez vastes dont l’un abrite le musée du village Roumain où on peut voir des maisons reconstruites sur place illustrant l’architecture traditionnelle des différentes région



Petit clin d'oeil: en roumain naturiste signifie naturel, naturaliste



De Bucarest je me suis dirigé vers Botosani , en Moldavie , d’où est originaire mon épouse et nous avons eu l’occasion de revoir une partie de sa famille dont certains habitent à Iasi , ville universitaire proche, assez importante, avec de beaux monuments dans la ville et les environs immédiats (monastères).

La population de Botosani a fort augmenté depuis les années 60 ce qui a entraîné la construction de quartiers de blocs mais la ville conserve un centre ancien très joli en grande partie restauré . Il comprenait des quartiers juifs et arméniens.Dans les environs il y a aussi des lieux intéressants.





Vue du début des siècle





Les employés du bureau de tourisme très aimables nous ont renseigné une fête villageoise dans les environs et nous y sommes allés.

Il s’agissait d’un concours de bétail. Le maire de l’endroit a remis les prix aux participants et a fait un discours soulignant l’amour du cheval dans la population et déplorant que par manque de moyens les agriculteurs ne pouvaient encore recourir aux machines.



Pendant la fête des jeunes gens montant sans selle faisaient le tour de la foire au galop sur de magnifiques chevaux. Les animaux exposés étaient une illustration des races traditionnelles.





Nous avons dégusté des mititei (saucisses de viande hachée épicées) avec une bière roumaine assez correcte et avons ensuite visité dans les environs un monastère de nonnes orthodoxe respirant la sérénité et la belle forêt environnante.

Nous sommes remontés vers le nord par une route très pitoresque passant par la Bucovine où se trouvent les monastères les plus spectaculaires de Roumanie et avons rejoint par Bistrita, Cluj et Cïmpeni la région des Apuseni où nous avions réservé dans une ferme auberge dans le village de Ghetari , situé en altitude



Ce village est connu pour abriter le plus grand glacier souterrain de Roumanie. Encore difficilement accessible il y a quelques années il est maintenant relié à la vallée par une route neuve très correcte. Ceci a considérablement augmenté le flux touristique de touristes roumains principalement mais aussi de nombreux Hongrois car la frontière est proche, quelques autrichiens, quelques allemands et autres.

Le galcier situé au fond d’un effondrement karstique a considérablement régressé depuis les années 90 et n’est plus que l’ombre de ce que l’on pouvait voir à l’époque. C’est l’effet du changement climatique. La zone de visite a été très restreinte de façon à éviter une trop grosse influence des visites sur la température du bas du gouffre.

La région a cependant d’autres atouts : un réseau de sentiers de randonnée entoure le village et on atteint ainsi des hameaux très pittoresques avec des maisons traditionnelles. Du fait de l’exode rural cependant certaines sont déjà abandonnées et à moitié en ruines et d’autres sont habitées par des personnes âgées de plus de 80 ans.



Le touriste roumain n’est guère amateur de randonnées . Il préfère se déplacer d’un point à l’autre en voiture ( de préférence de gros 4X4) et on rencontre peu de randonneurs.

L’auberge servait essentiellement de la nourriture préparée avec les produits de la ferme et très savoureuse, accompagnée généreusement de palinka (alcool de prune fort)



Une des plus belles randonnées a pour point de départ une église perdue dans la montagne, sur les contreforts du parc naturel de Padis, zone magnifique aux phénomènes karstiques très spectaculaires, et rejoint un plateau occupé en été par les éleveurs avec leurs vaches, chevaux et cochons. Ils logent dans de petites cabanes qui sont abandonnées en automne et hiver. De là haut les paysages sont splendides. Quelques hameaux entourent la zone.







La zone de cabanes d'été est appelée en roumain: fundel fetei : les fesses de la fille, en référence au relief du lieu. Le roumain aime les expressions imagées.

Des monts Apuseni nous avons rejoint la ville de Hateg, située dans une dépression en contrebas du mont Retezat , un des sommets des carpathes orientales et de montagnes où sont situées les dernières forteresses occupées par les Daces au moment de la conquète romaine.

Nous avons visité la principale Sarmizegetusa Regia et avons fait une excursion sur les pentes du mont Retezat.

Le temple de la forteresse

Le mont Retezat



Au passage on peut voir le château de Colt qui a inspiré Jules Verne pour son roman : Le Chateau des Carpathes. Celui-ci aurait effectué entre 1878 et 1886 un voyage avec une certaine Luiza Teutch , d’origine Roumaine qu’il aurait connu à Amiens et qui serait son dernier amour.

Nous avons eu bien du mal à obtenir des information touristiques au centre de tourisme de Hateg . Un jour il était fermé durant les heures d’ouverture avec une affichette : « Vin immediat » (je reviens tout de suite) sans que la personne réapparaisse et le lendemain il était affiché « Centrul turistic este inchis » (le centre touristique est fermé). Heureusement nous avons trouvé des informations sur internet.

Après Hateg nous avons repris la route de la Belgique et avons fait étape à Gyor, en Hongrie, une très jolie ville baroque non loin de la frontière. Nous avons fait un repas excellent sur la place principale.



Le reste du voyage aurait dû se dérouler sans encombre puisque nous étions dans l’après-midi du dimanche 16 septembre près de Nuremberg sur l’autoroute mais nous avons du rouler au pas durant 5 heures dans un embouteillage monstre dû à quelques travaux mais surtout à la bêtise de certains conducteurs qui n’ont pas compris le principe de la tirette en cas de rétrécissement. Au lieu d’arriver à destination le soir à 19h nous sommes arrivés à 3h du matin.

Je ne recommanderais pas d’aller en voiture en Roumanie actuellement. Même en dehors des périodes touristiques on peut s’attendre à de nombreux ralentissements sur cet itinéraire à cause des zones de travaux rencontrées très fréquemment en Allemagne et de l’augmentation du trafic en général. Il est bien plus rentable et agréable de prendre l’avion et de louer une voiture sur place.

Malgré ce couac final c’était un voyage intéressant où nous avons encore découvert de nouvelles choses malgré nos nombreux séjours précédents.
GA
Bonjour, Merci pour ce récit. Mon premier séjour en Roumanie date de septembre 1973, en voiture depuis Paris , et le dernier juste avant l'entrée du pays dans l'union Européenne. Je suis quelquefois tentée d'y retourner mais j'ai des doutes en vous lisant. Je sais que les Roumains travaillent en Europe mais est-ce que cela profite au pays: les villages du Maramures, des Carpates ou de Moldavie sont-ils plus riches (plus beaux?) grâce à l'argent des expats ou sont-ils surtout plus tristes et abandonnés? Est-ce je risque d'être déçue: les superbes architectures rurales sont-elles protégées? la musique traditionnelle a t-elle disparu? Pour les mititei je suis rassurée par votre carnet, pour la palinka aussi ...
gaura
SE
Merci pour ce récit! Ça donne envie d'aller en Bucovine! [:)]
PO
Bonjour, Merci pour ce récit. Mon premier séjour en Roumanie date de septembre 1973, en voiture depuis Paris , et le dernier juste avant l'entrée du pays dans l'union Européenne. Je suis quelquefois tentée d'y retourner mais j'ai des doutes en vous lisant. Je sais que les Roumains travaillent en Europe mais est-ce que cela profite au pays: les villages du Maramures, des Carpates ou de Moldavie sont-ils plus riches (plus beaux?) grâce à l'argent des expats ou sont-ils surtout plus tristes et abandonnés? Est-ce je risque d'être déçue: les superbes architectures rurales sont-elles protégées? la musique traditionnelle a t-elle disparu? Pour les mititei je suis rassurée par votre carnet, pour la palinka aussi ...

Bonjour Gaura,

Si vous n'êtes plus allée en Roumanie depuis autant de temps vous risquez d'avoir un choc car tant de choses ont changé! Serez-vous déçue? La réponse est la même que si vous aviez connu une belle région rurale de France ou de Belgique il y a de nombreuses années et que vous y retourniez maintenant.

Les villages ont quelque peu perdu de leur homogénéïté et de leur pittoresque car comme dans nos campagnes les nouvelles constructions (financées souvent par les expatriés) sont d'un style plus banal. Vous ne verrez plus non plus de petits groupes de musiciens venir visiter les maisons lors des fêtes. On ne scie plus les arbres à la scie en long mais à la tronçonneuse. Le 4x4 a remplacé la charrette à chevaux. Même les bergers ont un téléphone portable.

Vous ne serez plus accueillie comme une extra-terrestre reçue comme un touriste parmi d'autres car le tourisme surtout interne s'est énormément développé. Les gens sont cependant toujours aussi accueillants.On peut se loger facilement dans des pensions de bonne qualité et aux prix accessibles. Vous circulerez sans difficultés sur des routes sans ces énormes trous et vers des endroits qui précédemment étaient très difficilement accessibles. il y a l'électricité et l'internet jusque dans les hameaux des villages de montagne.

Cluj et Sibiu sont des exemples de villes où à la sortie de la révolution tout était terne et décrépi et où maintenant les centres historiques ont été joliment restaurés. Dans les campagnes aussi il y a une préoccupation pour maintenir les bâtiments de valeur et même si les règles d'urbanisme ne sont pas trop précises beaucoup de propriétaires privés essaient de maintenir un style traditionnel.

Pour le reste il y a toujours beaucoup à voir même si le pays a encore quelques progrès à faire en matière de protection de la nature ou de propreté publique.

Ponor
CA
Bonjour,

Comme le dit Ponor, la Roumanie a changé, certes, mais il ne faut pas croire que tout est devenu nickel-chrome ! On trouve maintenant dans les villes des Delhaize, Carrefour et autres Lidl comme en Europe de l’Ouest mais dans les villages, surtout ceux qui ne sont pas touristiques, les changements sont plus lents.

S’il y a, de fait, des nouvelles maisons, les anciennes sont toujours là et même si tout le monde ou presque a un GSM, il y a encore des charrettes tirées par des chevaux, des vaches ou des chèvres qui broutent les bordures des chemins et des routes dans un état approximatif. Et dans chaque village, il y a toujours le bâtiment sans grâce de la primaria (mairie), l’église (généralement fort bien entrenue, depuis la chute du communisme) et l’inévitable troquet local avec ses tout aussi inévitables piliers de comptoir.

Et le gratar (barbecue), la musique à tue-tête, la palinca et la tuica font toujours partie du paysage ! [:)]

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