Echappée belle en Serbie: Belgrade et la Voïvodine

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VA
INTRODUCTION

La Serbie, pays le plus septentrional des Balkans, pays de naissance ou de coeur du savant Nicola Tesla, du dessinateur Enki Bilal et du cinéaste Emir Kusturica, n' a pourtant pas atteint le niveau de visibilité touristique de certains de ses voisins comme la Croatie par exemple ou la Slovénie ou encore le Montenegro. C' est encore pour quelque temps une destination confidentielle. C' est l'une des raisons pour laquelle nous avons décidé de partir quelques jours d'abord pour visiter Belgrade, en plein réaménagement culturel et urbanistique, et ensuite pour découvrir la partie nord du pays, appelé la Voïvodine, région culturellement riche connue pour ses villes et bourgades historiques, ses monastères et ses parcs naturels. Nous n' avons pas regretté ce voyage et avons apprécié le côté authentique qu'offre la Serbie à ceux qui veulent bien venir y passer quelques jours. Pas ou très peu de touristes européens ou américains, en revanche l'on rencontre des touristes chinois, le gouvernement serbe ayant exempté les visiteurs chinois - ou indiens - de visa. A deux heures et demie d'avion de Paris, Belgrade, la Ville Blanche ( ou ' Beo Grad ' ) ambitionne de redevenir ce qu'elle était dans les années 30, à savoir la reine des Balkans, une capitale joyeuse et ambitieuse, et l'une des destinations les plus courues d'Europe du Sud. Elle n' est pas loin de gagner son pari.

UN PEU D HISTOIRE La première principauté serbe voit le jour au milieu du 9ème siècle, alors que l' ambitieux prince Vladimir profite d'une victoire sur les Byzantins pour confédérer les principautés qui ont concouru à la victoire. Le nouvel état voulu par le prince - la Rascie - sera le siège de la principale cour de justice dans les Balkans. Ce nouvel état comporte la Serbie méridionale et occidentale, ainsi que le Montenegro et l' Herzégovine actuels. L' empereur byzantin auquel tous les princes - dont Vladimir- ont prêté allégeance va envoyer les moines Cyrille et Méthode évangéliser les Slaves. Il s'agit de rendre le christianisme accessible aux populations locales et Cyrille va mettre au point une écriture basée sur l' alphabet grec, adaptée au slavon, langue liturgique des écritures saintes. C 'est ainsi que nait l' alphabet cyrillique, toujours utilisé dans la région, et qui a ensuite migré vers la Bulgarie actuelle ainsi que vers la Russie, avec des différences mineures qui n' empêchent pas les populations de la Grande Région de se comprendre. La Serbie appartient donc depuis le 9ème siècle à un espace chrétien d'obédience byzantine , qui, après le schisme de 1054, deviendra d'obédience orthodoxe. Le Moyen-Âge est donc l' âge d'or serbe. Les princes successeurs de Vladimir n' auront de cesse d'abord d'agrandir le royaume de Rascie, englobant à la fin du 12ème siècle le littoral adriatique et la Zeta, et puis de construire des monastères à la richesse architecturale incomparable. L' empire serbe va s'effilocher puis disparaître sous la domination ottomane , qui va durer cinq siècles. Les Serbes refusent massivement de se convertir, subissent les discriminations et ne pratiquent leur religion et leur langue qu'à l' église ou à la maison. Les conflits culturels et d'autorité sont permanents, mais, paradoxalement et miraculeusement, la liberté de culte étant réglementée mais permise, les monastères orthodoxes, lieux de liberté et de développement culturel, vont prospérer. Les Turcs, quant à eux, ont une vision des Balkans très nette et organisée; ils vont construire des édifices militaires et religieux, des ponts, des forteresses, des mosquées bien sur. La création d'un état moderne date du milieu du 19ème siècle. Des soulèvements populaires ont lieu contre ' la Sublime Porte ', une démocratie de type libéral est créée en 1830, fortement influencée par l' Autriche-Hongrie. Mais la Serbie a des prétentions territoriales qui l' opposent au grand voisin, ce qui va mener aux guerres balkaniques de 1912-1913, et de fil en aiguille, à la Première Guerre Mondiale. Le prince héritier du trône d'Autriche, Louis-Ferdinand est assassiné à Sarajevo par un Serbe, Gavrilo Princip, membre actif de l' organisation étudiante de Bosnie, la Main Noire. L' alliance entre la France et la Serbie va offrir à l' état serbe en exil une position de force dans les négociations de 1918. En 1921, le royaume devient un état centralisé sur le modèle français. Mais la situation politique va se gâter, les minorités vont s'opposer et se radicaliser, l' armée allemande est accueillie à bras ouverts par les Croates alors que Belgrade la résistante est bombardée. La Serbie va, contre son gré, devenir un état collaborateur dirigé par une marionnette aux ordres de Berlin. Face aux démonstrations de haine féroce et grandissante entre frères yougoslaves, les communistes vont s'imposer comme une évidence. Tito, leur chef et habile stratège politique, décide en 1945 de créer une fédération de six républiques : les Slovènes, les Croates, les Monténégrins, les Serbes, les Macédoniens et, un peu plus tard, les Musulmans. A l' intérieur de la Serbie sont créées les provinces autonomes de Voïvodine et du Kosovo avec obtention pour chacune des 26 nationalités, de droits culturels importants. L' histoire moderne de la Serbie est tumultueuse, trouble, violente, chaotique et impitoyable. C' est en particulier celle d'une guerre de nettoyage ethnique, la guerre de Bosnie qui culminera avec le massacre de Srebrenica en 1995, sous le commandement du sinistre général Mladic, lui-même aux ordres de Slobodan Milosevic élu président de la Serbie en 1992. Autre guerre qui va suivre, celle du Kosovo, occupé par l' armée serbe. Autre massacre, celui de Racak qui déclenchera les bombardements de l' Otan visant à forcer les Serbes à se retirer du Kosovo et à cesser leurs exactions. Ces bombardements massifs contre des objectifs militaires et civils conduiront à la mise en accusation de Milosevic devant le Tribunal Pénal International, à la disparition définitive de la Yougoslavie et à l' indépendance du Kosovo en 2008, un chapitre encore douloureux pour les Serbes en 2019.

LA SERBIE ET LA FRANCE La France a sauvé la Serbie lors de la première Guerre Mondiale, en remettant sur pied son armée et en l' aidant à s'opposer aux Austro-Allemands, puis en libérant Macédoine et Serbie. En 1934, le sculpteur Mestrovic réalise un monument de style Art Déco en reconnaissance à la France qui se trouve dans le parc de la forteresse de Kalemegdan.

Cette belle amitié s' est hélas fissurée pendant les dernières guerres des Balkans, la France étant à la tête des pays d'Europe de l' Ouest ayant décidé de faire rendre gorge à l' armée serbe après les massacres de Bosnie puis ceux du Kosovo. C 'est Jacques Chirac, nouvellement élu président qui commande à l' armée française - " on tire ou on se tire ", aurait-il dit- de venger les humiliations subies par les soldats de l' OTAN interdits d'utiliser leurs armes - mais canardés à balles réelles en permanence - et de reprendre un certain nombre de positions par la force, dont le fameux pont de Mostar. Ce sont les avions de chasse américains et français qui détruiront un certain nombre d' objectifs militaires et civils dans le but de faire plier le régime. Pas toujours aux bons endroits, il faut bien le reconnaître. Exemple : Novi Sad, ville rebelle et dans l'opposition à Milosevic, qui a , malgré tout, été bombardée et perdu tous ses ponts sur le Danube. Cette période n' a pas laissé de bons souvenirs en Serbie où le patriotisme est exacerbé et le militarisme encore actif. On n' en est pas encore à vraiment reconnaître les funestes erreurs d'un passé récent, la rancoeur n' a pas disparu. Le nom de Jacques Chirac, juste décédé, a récemment été sifflé par des supporteurs serbes de l' équipe nationale avant un match.



LA SERBIE ET L EUROPE La Serbie attend aux porte de de l' Europe que l'on veuille bien la laisser entrer dans la communauté des 27. Mais les choses sont compliquées : corruption politique, presse aux ordres, système judiciaire contrôlé, népotisme, intimidation des opposants politiques, existence de groupes criminels proches du pouvoir monopolisant le commerce des armes, verrouillage du système électoral par une oligarchie directement issue de l' ancienne nomenclature communiste ( comme en Roumanie, Bulgarie, Slovaquie ou Russie... ), refus de mettre en jugement les généraux criminels de guerre, manque de volonté évidente à assainir les finances publiques. Tout est donc en suspens... Le bilan démocratique n' est pas terrible ! En attendant Novi Sad a été déclarée Ville Européenne de la Culture pour 2020, un cadeau fait aux Serbes, un signal amical aussi, et une distinction méritée. Mais il reste d'autres exigences démocratiques à satisfaire avant de pouvoir siéger à la même table que les 27.

ARGENT La monnaie officielle est le dinar serbe. Un euro s'échangera pour 117 à 119 dinars. Inutile de chercher à changer de l' argent au marché noir... qui n' existe pas. Il faut soit retirer de l' argent aux distributeurs soit partir avec de l' argent liquide et changer dans les officines de change qui pullulent à tous les coins de rue. Sans présentation de carte d'identité ou de passeport. On peut changer les dinars en sens inverse en euros avant de repartir vers la France. Coût de la vie moindre qu'en France de moitié environ. Nous avons dépensé 220 euros en nourriture, restaurants et autres en 3 jours.

FORMALITES D ENTREE Un passeport valide est requis sur lequel un tampon sera appliqué à l' entrée et à la sortie du pays. Normal puisque la Serbie n' est pas dans l' espace Schengen. Mais on peut aussi entrer en Serbie avec une simple carte d'identité si l'on est européen de l' Ouest. On repasse devant la police des frontières au retour à Paris.

NOTRE VOYAGE Nous avons voyagé au départ de Montpellier via CDG sur deux vols Air France pour un peu plus de 500 euros à deux. Vol international d'environ 2 heures et quart, en survol du sud de l' Allemagne, des Alpes autrichiennes, de la Slovénie puis de Zagreb et enfin de Belgrade. Départ à 6 heures de MPL. Vol en continuation en fin de matinée vers Belgrade et arrivée en début d'après-midi. Pas de décalage horaire par rapport à Paris. Nous avions réservé un hôtel hyper-central dans la rue piétonne principale, dite Knez Mihajlova. Un choix judicieux car nous avons pu faire nos visites et balades à pied, et à loisir, sauf quand nous sommes allés à Zemun ( en bus ). On nous avait prévenu que c'était la foire d'empoigne au niveau taxis à l' aéroport, et nous avons préféré utiliser un transport privé réservé par l' hôtel. Bonne idée aussi car nous sommes arrivés très vite en ville et avons eu largement le temps de poser nos jalons en prévision du lendemain.



CLIMAT Nous sommes allés du 10 au 13 septembre. Temps estival magnifique, belle lumière, chaleur méditerranéenne sèche. Les artères centrales de Belgrade étaient couvertes de terrasses, très animées en soirée. Il ne faut pas rater le quartier bohème et festif de Belgrade, Skadarlija qui est jumelé avec Montmartre depuis quelques années déjà. Nous y avons dîné tous les soirs avec plaisir. Bonne cuisine variée, avec musique tzigane ou traditionnelle serbe en sus, si l'on aime. A quelques minutes à pied du centre ville. C' est l' avantage de Belgrade, une ville à taille humaine où tout est à portée de main. Elle nous a rappelé Ljubliana, encore plus petite capitale de la Slovénie.

BELGRADE Le nom romain de Belgrade était Singidunum. La ville est située à un emplacement géographique de rêve, sur un promontoire rocheux surplombant le confluent du Danube et de la Save. Au sud, la forêt et au nord, une vaste plaine fertile. Comme on peut l' imaginer, le destin de Belgrade - détruite et reconstruite plusieurs fois - et de sa région fut souvent tragique au fil des siècles, attirant les convoitises de nombreux envahisseurs : Celtes, Romains, Goths, Huns, Bulgares, Magyars, Croisés marchant sur Jérusalem, Ottomans, Autrichiens... De toutes ces invasions et de toutes ces influences croisées, mélangées et exotiques, Belgrade s'est nourrie et est devenue une ville unique et accueillante. Un symbole de cette renaissance est ' Stari Grad ', la vieille ville, l' âme, le poumon et le coeur de la capitale serbe.

1er jour : 10 septembre Arrivée à Belgrade centre en début d'après-midi. Installation à l' hôtel. Ensuite, nous allons faire nos repérages, mais aussi profiter de l' après-midi dans le centre piétonnier puis à l' intérieur de la forteresse de Kalemegdan ( accès gratuit ), ancien poste militaire romain puis serbe - la construction commence au 14ème siècle - remaniée ensuite par les Autrichiens selon les systèmes Vauban, enfin occupée par les Turcs pendant un siècle - de 1730 à 1830. S'y retrouvent, en ces longues journées estivales, étudiants, joueurs d'échecs, badauds, touristes, amoureux et familles avec poussettes. Quelques échoppes et aussi des marchands ambulants, mais finalement pas trop, et surtout moins qu'ailleurs. La forteresse est immense, il faut donc quelques heures pour en faire le tour à loisir. Elle est intéressante pour ses tours et portes médiévales, en particulier la Tour carrée du Despote, la plus ancienne servant d'accès principal à la forteresse et celle de Nebojsa sur les berges au pied de la forteresse, construite au 15ème siècle pour être utilisée comme octroi et poste de garde entre le vieux port et la ville haute, mais aussi comme prison. Dans la partie haute de la forteresse se trouve le musée de l' armée où sont exposées des pièces relatives à l' histoire militaire de l' ancienne Yougoslavie. Devant le Musée, une exposition de chars yougoslaves, américains, français et soviétiques, datant de la Seconde Guerre Mondiale. Tout en haut de la forteresse, dominant le confluent des deux fleuves, se trouve le symbole de la ville de Belgrade, la statue d'un jeune soldat porteur d'un message de paix et qui rappelle les sacrifices de l' armée serbe pour la libération du pays en 1918, avec l' aide de la France.















Il fait beau, ambiance détendue au milieu des familles et des badauds. Vue imprenable sur le port et les berges du Danube. Retour à l' hôtel. Nous allons explorer Skadarlija avant et après le dîner dans un restaurant recommandé par notre guide. La cuisine serbe n' est pas fantastique, car il est difficile d'échapper aux soupes et goulash aqueux et sempiternels que l'on propose facilement dans toute l' Europe de l' Est. En lieu et place du ragoût proposé, nous allons opter pour un menu un peu plus carné. Viandes grillées avec légumes à la méditerranéenne. On aime la viande en Serbie , surtout le porc.

2ème jour : 11 septembre Nous allons sortir de la zone piétonne puis emprunter la grande avenue commerçante et touristique - Terazije - qui mène jusqu'aux hauteurs de la cathédrale Saint Sava aux bulbes dorés. On passe d'abord devant l' hôtel Art Déco Moskva, le restaurant Frans, et la fontaine qui donne son nom au quartier. Les immeubles de cette partie du centre-ville ont une étrange identité faite d'un mélange d'architecture communiste et d'architecture Art Nouveau suite aux bombardements ayant modifié l' apparence du quartier de 1941 à 1944. Dans le prolongement de Terazije, se trouve l' avenue prestigieuse Kralja Milana menant à la plus grande place de Belgrade, Slavija. On n' est plus, à ce niveau, dans Stari Grad.



Arrivée à la cathédrale de Saint Sava. Entrée gratuite. C 'est la plus grande église orthodoxe d'Europe, monumentale, élégante, très byzantine avec son plan en croix grecque ramassée et ses 18 coupoles étincelantes. Elle a une signification spirituelle très forte et il faut remonter dans le temps pour comprendre son importance aux yeux des Serbes. En 1594, le vizir Sinan Pacha ordonne le transfert des reliques du saint moine Sava d'un monastère de Serbie méridionale vers cette colline pour qu'elles y soient brûlées, un geste de défi de la part des Ottomans qui s'opposent aux velléités d'indépendance des Serbes. Les travaux débutent en 1935 sur ordre du roi Alexandre, qui, hélas, mourra en exil à Marseille quelques années plus tard sans jamais avoir vu sa cathédrale sortir de terre.. Le chantier traîne en longueur puis est interrompu en 1941. Tito refuse de payer pour une continuation de travaux ordonnés par le défunt roi et qui ne vont reprendre qu'en 1985 à la mort du dictateur, grâce à une souscription internationale et surtout à la générosité des Serbes de la diaspora. L'intérieur est toujours en chantier à ce jour, mais la crypte, magnifique avec ses dorures éblouissantes, est accessible gratuitement.











Retour par un chemin différent vers le centre en obliquant vers le Belgrade monumental, gouvernemental et culturel : la Présidence de la République, le Parlement, le Théâtre National, construit en 1869, inspiré des théâtres d'Europe centrale de la même époque et agrémenté de sculptures néo-classiques et de décors Renaissance, enfin le Musée National fondé en 1844 par un prince serbe et logé dans un palais datant de 1903 Place de la République , et dont la rénovation vient enfin de se terminer De beaux ensembles regroupant palais nationaux et maisons colorées entourés de parcs et de jardins entretenus et dotés de jeux d'eau. La rénovation du centre de la capitale est une réussite, et, pour une fois, les travaux en cours restent discrets et ne gâchent pas les perspectives. A noter également la ré-ouverture en début d'année du Musée d'Art Contemporain ( MoCAB ) à Novi Beograd à l' architecture audacieuse.







VM
TA
Bonjour,

On entre en Serbie avec une CNI française valide, et Schengen n'est pas un élément déterminant pour ce genre de chose.

J'espère que vous êtes allée au mausolée du maréchal Tito.

Michel
VA
Bonjour Michel,

Désolé. Les musées et les monastères m'intéressent davantage que les mausolées érigés à la gloire de dictateurs sanguinaires et implacables comme Staline ou Mao ou, dans une moindre mesure, Tito. Et puis quelle drôle de question ? N'y-a-til pas mieux à voir dans un pays comme la Serbie, la Russie ou la Chine ?

Moana
VM
TA
Personnellement je ne vais jamais dans les musées, ça ne m'intéresse pas. J'aime les ports, les cimetières, les gares, les ponts et les parkings. Et les mausolées... Mais je comprends bien que vous pensiez autrement. On attend la suite, alors.

Michel

Et puis quelle drôle de question ? N'y-a-til pas mieux à voir dans un pays comme la Serbie, la Russie ou la Chine ?
MI
bonjour , si les occidentaux avaient laissés les régions de Bosnie à majorité serbe rejoindre la Serbie , ce qui aurait été un droit élementaire des peuples à disposer d'eux-mêmes , il n'y aurait pas eu de guerre et de Srebenica
VA
Retour à mon carnet de voyage sur la Serbie et Belgrade où nous avons commencé nos balades et nos visites. Ce 11 septembre, après un départ matinal autour de 8 h 30 du centre ville piétonnier, il nous a fallu presque une heure pour atteindre la cathédrale Saint Sava, un peu moins pour revenir du quartier de Vraçar où se dresse cet immense monument religieux dont le dôme bleu est repérable un peu partout dans Belgrade. A l' arrière de la cathédrale, on découvre un quartier charmant et un peu désuet qui a peu changé, constitué d'innombrables petites maisons du 19ème siècle avec leurs jardins et leurs moulures qui tentent de leur donner une apparence bourgeoise. Un quartier authentique donc, comme un village dans la ville, avec ses ' kafana ' ou cafés typiques et toujours fréquentés, ne serait-ce que par les retraités qui sont nombreux à loger dans le coin. Retour donc au centre via le quartier monumental. La matinée est entamée mais pas encore terminée et nous allons visiter, dans une rue parallèle à la grande rue piétonne centrale, la résidence de la Princesse Ljubica. C' est une belle demeure de style belgradois datant de 1830, un lieu historique qui fut construit pour accueillir la princesse Ljubica, épouse du prince Milos Obrenovic. Le mélange de styles qui la caractérise est typique du début du 19ème siècle : un toit arrondi et des fenêtres entourées d'alcôves typiquement ottomanes, mais une décoration intérieure de style classique européen, mobilier bourgeois de style Europe Centrale et grands salons de réception au rez-de-chaussée, dont certains sont cependant aménagés à la turque avec des divans le long des murs et des tables basses marquetées.





En sortant de la résidence princière, nous sommes à deux pas de la cathédrale de l' Archange St Michel. Entrée gratuite, tenue correcte exigée, à savoir obligation soit de porter un pantalon, soit de se couvrir les jambes. En face du patriarcat de l' Eglise orthodoxe de Serbie. Elle offre un mélange de style byzantin et d'architecture autrichienne. L' extérieur est celui d'une église catholique classique, mais l'intérieur est décoré d'icônes et de candélabres étincelants. Cette cathédrale sert de mausolée pour de grandes figures de l' histoire serbe tels le prince Milos et son fils Michel, quelques métropolites et deux grands écrivains serbes du 19ème siècle : Dositej Obradovic et Vuk Karadzic.





Fin d'une matinée bien occupée, nous allons déjeuner tranquillement dans un restaurant en plein air tout proche. Très peu de clients, nous sommes vite servis. Le restaurant est coté, mais les plats sont décevants. Toujours cette tendance au ragoût et aux préparations de légumes trop cuits et aqueux. On ne fera pas d'excès de table gourmands dans ce pays !

Début d'après-midi

Nous commençons par la visite du Musée Zepter, fondé par une richissime bienfaitrice qui a fait don à sa ville natale de plusieurs institutions culturelles telles la galerie Zepter, l' Opéra, le théâtre Madlelianum, la librairie et Maison d' édition ' Zepter Book World ', plus une société de vente aux enchères et le musée Zepter ici concerné, premier musée d'art privé du pays, inauguré en 2010. Le bâtiment est architecturalement remarquable, situé en plein centre historique, proche d'institutions culturelles de premier plan telles les facultés de philosophie, des beaux-arts et de philologie. Les collections regroupent des oeuvres de la seconde moitié du 20ème siècle et du début 21ème. L' idée générale est de favoriser la continuité de la pratique artistique depuis les fondateurs du courant moderne d'après-guerre jusqu'aux créateurs d'aujourd'hui. C' est donc un établissement vivant, avant-gardiste, à la stratégie artistique audacieuse qui aide les jeunes artistes à se faire un nom en organisant des soirées, des débats et des présentations.



Du Musée Zepter, il faut quelques minutes pour rejoindre le Musée National, beaucoup plus imposant et dont la rénovation est enfin terminée. Il offre un panorama complet de l' archéologie ( période romaine ) et de l' art serbe ainsi qu'une collection de peintres impressionnistes riche et variée. Le musée est installé dans le palais actuel qui date de 1903. Dans un musée aussi vaste, il faut finir par faire des choix et nous avons donc survolé le premier étage consacré aux peintures religieuses du Moyen Âge. Au second étage, en revanche, se trouve une collection vraiment intéressante et dynamique d'oeuvres d'artistes yougoslaves du 20ème siècle, tels Malisa Glisic (1886-1916 ), Nadezda Petrovic (1873-1915), Kosta Milicevic ( 1877-1920 ), Milan Milovanovic ( 1876-1946 ), Beta Vukanovic ( 1872-1972 ) et beaucoup d'autres encore... Ensuite il y a les salles consacrées aux impressionnistes français ( un superbe Gauguin en particulier ) et celles - parfois les mêmes, dans une confusion voulue - qui présentent un certain nombre d'oeuvres, impressionnistes elles aussi, sorties de la collection Slomovic. Ce personnage est au coeur d'une histoire parfaitement rocambolesque dont on pourrait faire un film...Voilà un juif serbe résidant à Paris dans les années 1910 et qui se lie d'amitié avec le célèbre collectionneur Ambroise Vollard, marchand attitré des impressionnistes, ami de Picasso et de Matisse. Vollard meurt en 1939 en léguant sa collection à Slomovic qui, tout le temps que durera la guerre, dissimulera les précieux tableaux hérités dans des coffres bancaires de la Société Générale puis dans les doubles murs d'une ferme isolée de Serbie du Sud. Sur ce, Slomovic décède également et les tableaux seront récupérés par sa mère et cédés au musée en 1951. L' affaire aurait pu s'arrêter là, mais une âpre bataille juridique entre héritiers de chaque bord fait toujours rage, et le musée, par précaution, et pour ne pas trop attirer l' attention, préfère, pour le moment, garder les plus belles oeuvres au fond de ses coffres-forts ! Affaire donc à suivre....



Nous sommes en milieu d'après-midi et nous avons donc le temps d'aller à Zemun, grosse bourgade austro-hongroise rattachée à Belgrade depuis la fin de la Première Guerre Mondiale et la disparition de l' Empire austro-hongrois. Elle se trouve à environ 10 kms du centre -ville, adossée au Danube et coincée entre le fleuve et la colline du Gardos. L' histoire de Zemun est spéciale; c'est une ville différente de Belgrade malgré sa proximité, beaucoup plus Europe centrale dans son identité que Belgrade, ville déjà orientale. De ce côté de la Save et du Danube se trouvait la vraie ligne de démarcation entre Empires ottoman et austro-hongrois. Elle passera dès 1818 sous contrôle autrichien pour devenir un bastion important de l' armée impériale, un port actif et un lieu de refuge pour les populations serbe et juive fuyant les attaques turques. On appréciera de flâner le long des quais. Mini-croisières sur le Danube possibles, restaurants de poissons réputés, bars et discothèques flottants ( ou ' splavs ' ) comme à Belgrade. On se promènera aussi dans le marché si l'on vient le matin, situé au centre du bourg, entre mairie de style classique et boutiques et restaurants au rez-de-chaussée de petites maisons typiques. Malgré tout, une réhabilitation de cet ensemble s'impose, rénovation de façades et peintures un peu plus colorées, comme elles l' étaient autrefois. Dans le vieux Zemun, des rues étroites et pavées bordées de jolies maisons basses typiques, un peu baroques, qui, elles, ont été rénovées, et servent de résidences principales à des Belgradois ayant quitté la capitale pour s'installer au plus près et au calme. Accès facile à Zemun en voiture via Novi Beograd et bien sur en bus, moyen de transport que nous avons utilisé en une vingtaine de minutes , aller et retour ). Les rues pavées montent doucement vers le haut de la colline de Gardos et son monument emblématique, une tour, celle dite du Millenium, érigée en 1896, en l' honneur du 1000ème anniversaire de l' arrivée des Hongrois en Pannonie. La tour est typique avec son toit à la hongroise et ses briques rouges. Elle était en rénovation quand nous y sommes passés. Point de vue imprenable sur le Danube et sur Belgrade, également sur les toits et flèches d' églises du vieux Zemun. A côté de la tour, on a construit un hôtel moderne avec grande terrasse d'où l'on peut admirer le paysage. Excellent café et personnel stylé.







Retour en ville en début de soirée, passage à l' hôtel et dîner dans la rue Skadarska comme la veille, mais dans un restaurant différent. Beaucoup d'ambiance, musique tzigane, et les touristes, surtout chinois, qui débarquent par cars entiers sur le coup de 20 heures. Il vaut mieux aller dîner un peu plus tôt.

3ème jour : Excursion en Voïvodine

La Voïvodine occupe le nord de la Serbie. C 'est une région unique et singulière, peuplée d'environ 30 communautés linguistiques différentes ( Hongrois, Russes, ukrainiens, Roms, Slovaques, Ruthènes... ) qui vivent en bonne entente, chose qu'il convient de souligner dans une région plutôt tourmentée. C 'est en Voïvodine que se trouverait la tombe cachée d'Attila.

Nous avons réservé un tour privé en voiture avec chauffeur/guide qui vient nous chercher à 8 h 30 tapantes comme prévu. Il vient d'acheter sur le marché d'occasion un Espace Renault ancienne formule en parfait état, arrivé de Hollande, pour transporter ses clients . Il est très volubile, très professionnel, et parle 4 langues couramment ( ce qui n' est pas si rare en Europe de l' Est ) dont l' anglais et le russe, mais pas le français... Il est prévu la visite de deux monastères, celui de Krusedol et celui de Stari Hopovo, puis un arrêt prolongé dans la petite ville de Sremski Karlovci et enfin, plusieurs heures ( et le déjeuner ) à Novi Sad après un arrêt initial à la forteresse de Petrovaradin qui surplombe le fleuve et la très vieille ville ( en rénovation actuellement ). On quitte Belgrade par la 4 voies vers le nord dans ce qui est encore la plaine. Puis, on sort dans une campagne un peu plus ondulée, avec ses petits villages traditionnels. Le monastère de Krusedol se situe entre les villages de Irig et de Maradik. Il fut fondé au 16ème siècle par un prince serbe, fut incendié par les Turcs en 1716, reconstruit ensuite selon la structure d'origine qui avait été préservée. L' église s'élève typiquement sur un plan à 3 absides rayonnantes couvertes par des demi-coupoles. Les fresques d'origine ont hélas disparu, et ont été recouvertes de peintures à l' huile datant du milieu du 18ème siècle, inspirées de la peinture russe et baroque occidentale. La nef est remarquable, agrémentée de scènes de la vie du Christ et de la Passion. En levant la tête vers le dôme, on verra sur sa calotte une peinture du Christ Pantocrator. Photos interdites à l' intérieur.





On repart pour le second monastère et, là, je me rends compte qu'il y a erreur. Je n' ai pas été assez vigilant au moment de vérifier l'organisation de la journée, la visite du monastère de Stari Hopovo avait été initialement prévue, et on se retrouve à l' entrée d'un autre monastère, celui de Velka Rem, moins intéressant, et dont les fresques initiales également disparues ont été remplacées par des fresques modernes mal faites. Le lieu est calme, le bâtiment est intéressant, il reste une fresque originale externe que je m' empresse de photographier. Pas grand chose à voir. Il manque de l' argent pour entamer une vraie restauration en profondeur du monastère.







A 20 mn en voiture de là, on atteint facilement la petite ville de Sremski Karlovci, parfois nommée la ' Heidelberg serbe ', ancienne Sirmium qui fut capitale de l' Empire Romain au 3ème siècle , centre de l' Eglise orthodoxe serbe et berceau du premier lycée du pays, reconnaissable à sa couleur rouge. La bourgade est accolée au massif ( et parc national ) de la Fruska Gora et installée au bord du Danube à 10 kms environ de Novi Sad. Tous les monuments - essentiellement religieux - sont concentrés dans un périmètre restreint autour de la place centrale. Belle unité architecturale et ambiance romantique. On y visitera - ou simplement admirera de l' extérieur - la cathédrale orthodoxe Saborna Crkva aux deux clochers de style baroque surmontés d'une croix orthodoxe. Décoration intérieure luxueuse et magnifique iconostase. Ensuite il y a la Chapelle de la Paix où furent signés - pour la première fois autour d'une table ronde - les accords de paix de Karlowitz entre Turcs et Autrichiens en 1699. Egalement la Fontaine aux Lions au style baroque datant de 1799, et le lycée serbe, premier du genre - créé en 1791 dans un style architectural typiquement serbe médiéval, et de couleur jaune et rouge vif. Enfin la résidence patriarcale sur la place centrale et le séminaire orthodoxe, tout en teintes jaunes, typique de l' Europe Centrale. Notre guide nous a laissés une petite heure pour déambuler dans la ville. Ce sera suffisant pour en apprécier le charme un peu désuet, lors d'une matinée estivale.









La fin de matinée approche, on file vers Novi Sad ( ou ' Sillon Neuf ' ). Voilà une ville qui a de vrais atouts touristiques, en tant que capitale régionale baroque. Nul doute que 2020 qui la fera connaître comme capitale européenne de la culture, sera une forme d'apothéose. Proche d'une réserve naturelle et de monastères anciens, de châteaux et résidences princières de la dynastie des Dundjerski, agrémentée de vignobles réputés, Novi Sad devrait devenir une destination de choix dans les 10 années à venir. Le développement de Novi Sad est intimement lié au Danube. La ville a pris son essor économique au 18ème siècle en devenant la capitale économique de la vaste plaine céréalière de Voïvodine et le poumon agricole de la Serbie. Au 20ème siècle s'ajoute une importante activité industrielle. Novi Sad est aussi une cité multi-ethnique, ouverte et tolérante ce qui est exceptionnel dans la région. Elle est aussi depuis des siècles sourcilleuse sur son indépendance et sa singularité au sein de la république serbe actuelle. Les langues des minorités y sont respectées depuis toujours, y compris dans les journaux télévisés. Le gouvernement actuel, pour des raisons qui le concernent, tente actuellement de casser ce bel équilibre, en espérant secrètement remettre en jeu l' autonomie historique de la province à laquelle il est hostile. Novi Sad est enfin une ville culturelle, le berceau de la culture serbe. Les grands écrivains s'y sont retrouvés, à l' abri des Turcs, ont initié le rejet du totalitarisme et de l'intolérance et ont fondé des partis démocratiques. La rive droite est dominée par la forteresse de Petrovaradin aux remparts impressionnants par leur épaisseur, construite selon le système Vauban de 1692 à 1780, avec galeries souterraines sur quatre étages pouvant recevoir canons et meurtrières par centaines. Chaque été, la forteresse accueille un fameux festival de rock, EXIT. Sur la rive gauche s'étend la ville commerciale organisée autour du petit centre historique. Celui-ci comprend en particulier la place de la Liberté, bordée par la cathédrale catholique aux flèches effilées et de beaux édifices colorés. Egalement des rues piétonnes bordées de maisons à deux étages typiques du 19ème siècle aux couleurs vives.





Retour à Belgrade en fin de journée et dernier repas dans un restaurant de la rue Skadarska.

4ème jour : 13 septembre.

Nous avons une dernière matinée de liberté à Belgrade avant de rejoindre l' aéroport en milieu de journée. Retour dans les jardins de la forteresse de Kalemegdan et petit tour du côté de l' ambassade de France, l'une des plus belles d'Europe avec sa façade en marbre blanc. Elle fut construite dans le style classique monumental rappelant les immeubles parisiens de l' époque, entre 1932 et 1933, par l' architecte Roger-Henri Expert, auteur des fontaines du Trocadéro. En gage de l' amitié franco-serbe, la France a souhaité faire participer au projet un architecte yougoslave du nom de Najman, tandis que deux sculpteurs des deux nationalités apportaient au projet leur expertise et leur créativité. On notera au dessus de la rotonde centrale, trois figures féminines en bronze incarnant la devise tripartite de la république Française.

Retour sans histoire à Montpellier via Paris avec survol des Alpes de nouveau ainsi que d'une France absolument sans aucun nuage à l' horizon. Très rare sur un vol européen de 2H 30.

CODA

Je ne peux que conseiller la Serbie pour un long week-end ou pour une semaine avec voiture de location qui donnera de la liberté et de la latitude pour suivre la route des monastères de Voïvodine, tester les chambres d'hôtes à la ferme, dans les ' salas ', des auberges d'origine essentiellement hongroise, et faire des balades dans le parc de Fruska Gora, à la fois parc national et montagne, la seule d'ailleurs de la plaine pannonienne ( ou Voïvodine ). Le bureau d'information du parc vend une carte, parait-il très bien faite. Hôtels et monastères sont à portée de roue dans un rayon assez réduit, ce qui évite le temps passé sur la route. On ne peut deviner l' âme et sonder le coeur d'un pays que par l' intermédiaire de ses artistes et aussi de sa cuisine. Cette dernière n' a rien de sophistiqué et requiert un peu plus de créativité et d'imagination. En revanche, la vie culturelle serbe et spécifiquement belgradoise est particulièrement vibrante et variée. Je conseille donc aussi de consacrer quelques heures aux musées nationaux et à la musique que l'on aime beaucoup pratiquer et écouter en Serbie. Il suffit pour cela de rentrer dans les bars et restaurants des quartiers branchés autour de Stari Grad. Elle est multiforme, du jazz au blues au funk à la musique électronique. Il y en a pour tous les goûts. Les nuits de Belgrade deviennent très branchées et festives, ce qui participe évidemment de la renaissance de cette attachante capitale.

Fin du carnet
VM
XR
Merci pour ce nouveau carnet de qualité. Je redécouvre une capitale qui m'avait parue si terne et triste (en 1975, 1976 et 1985... ça date un peu !). Il est grand temps d'y remettre les pieds, me semble-t'il.
https://voyageforum.com/v.f?post=6884794;a=6884794
VA
Bonjour Michel,

Nous ne sommes ni l'un ni l' autre des experts sur la politique balkanique, mais il est facile de comprendre que cette région est un chaudron infernal et l' a toujours été. C 'est une région de grande violence et d'extrémisme, politique, religieux, ethnique. Et puis, l' histoire démontre que les Serbes - ou du moins leur armée - n' ont jamais pu s' empêcher de vouloir profiter d'une position de force, en solo ou dans le jeu d' alliances, avec la France, l' Autriche ou la Bulgarie pour avancer leurs pions et étendre leur territoire d'influence initial. Tout en n' hésitant pas à l' occasion à faire des retournement d'alliances ou à les dénoncer. Cela leur a parfois coûté très cher. Si on les avait laissé charcuter la Bosnie pour récupérer des populations d'origine serbe qui s'y trouvaient, cela aurait mis le feu aux poudres. Et puis les exactions de l' armée serbe ont paru intolérables en cette fin de 20ème siècle. On ne peut plus, dans une Europe recomposée et civilisée, accepter un tel cynisme et une telle brutalité, ceux des généraux serbes tels Mladic, soutenu par son compère Milosevic dans une tentation hégémonique et génocidaire. L'intervention militaire de l' OTAN était donc inévitable. Une partie de la population, encore aujourd'hui, a du mal à prendre du recul et à reconnaître les erreurs du passé. Le problème est que le pays est toujours dirigé par le même clan aux idées funestes, y compris sur le plan intérieur, quand il s'agit par exemple de brimer Novi Sad. La population est lasse de devoir supporter une classe politique qui ne se renouvelle pas et conserve ses privilèges. Les gens désespèrent de ne rien voir venir. Les salaires sont ridiculement bas ( 400 euros par mois pour un chauffeur de taxi privé ), la classe moyenne vit dans des banlieues à la soviétique et tristounettes comme avant, en regardant les voisins se développer et améliorer leur niveau de vie. Le patriotisme exacerbé d'avant, c'est fini sauf chez une minorité excitée. Et puis l' armée serbe n' est pas le reste du pays. Les gens - de tous âges et de toutes conditions- veulent autre chose, une meilleure vie, de l' argent, la possibilité de voyager et des dirigeants à l' écoute. Ils sont fiers mais abattus et n' ont pas encore la chance de pouvoir encore faire bouger les choses démocratiquement, ne serait-ce que par le vote. Aller en Serbie en 2019, cela aussi fait réfléchir sur notre Europe.

Moana
VM
TA
Bonsoir,

Votre analyse et votre appréciation de la Serbie me choque, je la trouve très injuste. Ceci dit, à Zemun, ce qu'il faut voir c'est le cimetière, juste quelques mètres devant la tour dont vous parlez.

Michel
MI
la bosnie n'est plus un pays indépendant depuis le XIIe siècle , une époque où plus des 3/4 de la France actuelle était composés d'états indépendants ; ses frontières actuelles sont une création de Tito ; en quoi cela déterminerait que les régions à majorité serbe soient condamnés à vivre dans cet état ? n'est-il pas paradoxal d'être pour l'autodétermination du Kossovo , région serbe à majorité albanaise , et être contre l'autodétermination des régions bosniaques à majorité serbe ?
NI
Bonsoir,

Votre analyse et votre appréciation de la Serbie me choque, je la trouve très injuste.

Bonjour ,

+1 C'est hélas l'image que nos médias et nos politiques donnent de la Serbie, surtout depuis l'éclatement de l'ex Yougoslavie. C'est un pays que je connais fort bien, mon conjoint étant ex Yougoslave de père Croate et de mère Serbe. Je vais régulièrement en Serbie et Croatie depuis 1980. Je ne veux pas entrer dans une polémique sans fin, mais la lecture du carnet de Moana m'amène à réagir. @ Moana: Très bien écrit au demeurant, comme toujours. J'adore tout particulièrement vos carnets sur la PF.

Anne-Claire
VA
Bonjour Anne-Claire,

Nous avons déjà eu l' occasion d' échanger sur ce site à propos d'autres pays visités. Je ne pensais pas revenir sur mon carnet qui a suscité une polémique que j' attendais finalement. Polémiquer, c'est bien si l'on respecte les idées des autres, ce que je fais bien volontiers. Ceci étant, je connais vraiment très bien l' histoire mouvementée des Balkans au cours des deux derniers siècles. Et le militarisme serbe a été - et est longtemps resté - une réalité. Ce n' est pas parce que l' on aime un / son pays qu'il faut être aveugle aux erreurs et aux errements du passé. Petite histoire : Dans quel autre pays laisse-t-on survoler la capitale tous les matins par des escadrilles d' avions de chasse pendant au moins 45 mn et à intervalles réguliers ? Les militaires sont un peu plus discrets ailleurs... Quant à la corruption politique, aux inégalités sociales et la marche difficile vers la démocratie, il y a en Europe d'autres pays que l'on pourrait épingler. Dans ceux que je connais, je citerais la Slovaquie, la République Tchèque, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, même la Pologne... Il se trouve que, malgré la brièveté de notre séjour, nous avons eu le temps d'échanger avec des Serbes de tous âges et de différents milieux. J' ai posé des questions, ils en ont posé d'autres ( en particulier sur l' image que projetait la Serbie à l' étranger ) et je n' ai pas eu l' impression de choquer. Les Serbes aspirent à la même chose que les autres Européens dans leur vie quotidienne, le problème est qu'ils n' attendent plus grand chose de leurs dirigeants et qu'ils sont défiants. Ils sont las d' attendre le temps d'une ou deux générations pour voir évoluer les choses à petits pas. Les grandes manifestations politiques ne sont pas loin....

J' arrête là, je ne cherche pas à convaincre. Ce que nous avons apprécié chez les Serbes, c'est leur gentillesse, leur serviabilité, leur créativité artistique aussi, et un côté moins ' coincé ' que les pays d' Europe de l' Est. Un peu la même ambiance qu'en Slovénie. Je comprends qu'il soit difficile de renoncer au rêve d' une Grande Serbie. Le passé récent est douloureux. Mais pourquoi ce qu'ont fait à terme les Mexicains et les Colombiens ( dont le territoire originel englobait le Venezuela actuel ) ne serait-il pas possible en Serbie ?

Nous avons même l' intention de retourner en Serbie, c'est tout dire ! Et donc voir dans mon carnet une critique insupportable de la Serbie est largement exagéré.

Moana
VM
NI
Bonjour Moana ,

Oui, nous avons échangé au sujet de la PF où vous résidez et je lis vos carnets régulièrement sur cette merveilleuse destination où j'adorerais me rendre un jour, (c'est prévu). Votre carnet sur la Serbie a le mérite de décrire un lieu peu touristique et c'est votre droit de relater vos impressions qui restent optimistes malgré tout. Je ne les trouve pas particulièrement choquantes et je vais tenter d'apporter un peu d'eau au moulin... Les serbes se sont toujours farouchement battus, nul doute la dessus, mais ils se sont battus sur leurs terres. Faut il rappeler que ce pays a d'abord été agressé par l'empire Ottoman, d'où la présence d'une partie musulmane de la population Bosniaque (ethniquement Serbe ou Croate faut il le préciser), qui s'était résolue à être islamisée à l'époque de l'invasion. Les croates non convertis sont restés catholiques et les serbes non convertis sont restés orthodoxes. Je le précise car à l'époque du conflit des années 90, nos médias et politiques se gardaient bien de nous informer à ce sujet, présentant les serbes comme l'agresseur, l'envahisseur et j'en passe. Dans l'esprit de la plupart des gens, Bosniaque voulait dire musulman. Serbe= envahisseur. Les crimes n'ont pas tous été commis par les serbes. Autre chose, avant le conflit des années 90, la population dans son ensemble n'accordait que peu d'importance à sa religion. Je n'ai pas eu l'impression lors de ma dernière visite en Bosnie que les choses aient beaucoup changé. Des mosquées (toutes identiques d'ailleurs) ont bien été construites par des pays du golfe depuis quelques années mais elles sont souvent presque désertées par la population. Ethniquement, les serbes représentaient environ deux tiers de la population yougoslave à l'époque de Tito ( d'origine Croate). C'est lui-même d'ailleurs qui a scindé son pays en plusieurs états et provinces pour éviter que les serbes prennent trop d'importance. Les serbes orthodoxes qui vivaient sur le territoire serbe de Bosnie, et ceux qui vivaient dans la province serbe du Kosovo l'ont ensuite payé bien cher dans l'indifférence la plus totale de l'Europe à leur égard...En clair, ils n'avaient que ce qu'ils méritaient. Donc agressée par l'Empire Ottoman sur son territoire, puis par l'Empire Austro-Hongrois , puis par l'Allemagne Nazie sans oublier les Oustachis connus pour leurs actes de cruauté pendant la 2ème guerre mondiale et enfin par l'Otan tout récemment. Le RU a d'ailleurs admis que des injustices avaient été commises à l'encontre de la population Serbe et qu'une partie de la vérité n'avait pas été révélée. La France jamais. Certes le nationalisme existe en ex Yougoslavie. Il permet de "contrôler" la population. Il est d'ailleurs plus exacerbé en Croatie qu'en Serbie à l'heure actuelle. Un bon nombre d'ex yougoslaves quand on les écoute parler regrettent la vieille Yougoslavie. La vie était plus facile, disent-ils. Sans doute aurions nous dû les aider à préserver leur état... Si vous me le permettez, il ne s'agit pas de Skadarska, mais de Skadarlja à Belgrade.[;)] Quant au roi Alexandre de Serbie, à l'origine du Royaume de Yougoslavie (nom donné en 1929 au Royaume des Serbes, Croates et Slovène créé aux lendemains de la 1ère guerre mondiale), il n’est pas mort en exil à Marseille, il a été assassiné à Marseille en 1934 par des Oustachis, le mouvement terroriste fasciste Croate et par l’Organisation révolutionnaire macédonienne, lors d’une visite officielle en France.

Bien à vous

Anne-Claire
VA
Bonjour Anne-Claire,

Votre message de retour est documenté et très clair. J' y ai appris des choses... Merci donc pour les précisions. Au plaisir d'autres échanges.

Moana
VM
ME
Bonjour Moana,

Merci pour ce carnet, simple et efficace ! Cela m'a permis d'en apprendre un peu plus sur l'histoire de la Serbie et des Balkans en général [:)]
Il faut se perdre pour trouver l’introuvable, sinon tout le monde trouverai l’introuvable.

Jack Sparrow

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