En direct de Tawau, Malaisie, Sabah, Bornéo, je m’en vais vous narrer précisément nos aventures administratives pour passer nos deux mobs, Perceval et Karadoc, achetées à Labuan, en territoire Indonésien.
Je vais le faire pour deux raisons :
1°) Parce que j’ai eu beau chercher sur la toile, personne n’a jamais rien écrit en Français ni en Anglais sur ce sujet, qui pourra servir aux générations futures. J’aurais été enchantée de lire un post comme celui que je m’apprête à écrire, ne serait-ce que pour me rassurer. Du coup, les Anglais devront apprendre le Français s’ils veulent avoir la clé du problème.
2°) Parce qu’il y a de manière récurrente sur ce forum des rabat-joie qui n’en savent pas plus que ceux qui posent la question et qui préfèrent le sarcasme aux conseils constructifs et c’est bien dommage. Je m’en vais donc les pourfendre, vu qu’on a avec nous deux chevaliers de la table ronde.
Je tiens à préciser qu’au jour d’aujourd’hui, nous ne sommes pas encore passés par la douane Indonésienne, donc nous ne crions pas encore victoire. Mais comme tout ceci s’annonce très bien et que je ne veux pas oublier de détail important, je préfère m’avancer un peu, quitte à confirmer ou infirmer plus tard ces conseils.
Donc commençons. Si vous voulez passer la frontière Malaiso-Indonésienne avec des mobs achetées en Malaisie en passant par Tawau sur Bornéo (bon, j’avoue, je comprends pourquoi personne n’a jamais écrit sur ce sujet et en même temps il y a des sujets encore moins palpitants qui traînent sur internet), voici comment procéder.
Déjà, achetez vos mobs. Il ne faut pas qu’elles soient trop grosses pour pouvoir rentrer sur le bateau qui part de Tawau et qui va à Tarakan (Indonésie) ou Nununkan (idem), qui ne sont à priori pas des bateaux habilités à transporter des véhicules. Mais tout se paye si le poids n’est pas trop important. Nous avons d’un côté Perceval qui est un 100cc, et Karadoc qui est un 125cc. Donc ça, ça va.
Mettez les mobs à vos noms comme c’est écrit sur vos passeports. Donc tous les noms. Du coup, vu que je suis mariée et que j’ai un deuxième prénom, je me suis retrouvée avec les papiers d’enregistrement de Karadoc sur lesquels il y avait 2 noms de famille et 2 prénoms. Mais mieux vaut trop que pas assez.
Pour rentrer dans le conseil encore plus précis, je vous conseille de ne pas faire comme nous et de ne pas acheter vos mobs à Labuan. Car c’est une île duty free, et même si nos mobs étaient d’occaz et qu’elles datent de 2005, les douanes risquent de vous réclamer le paiement de la taxe que vous êtes censé ne pas avoir payé en achetant vos mobs à un particulier ( ??!*µ$££¤]@^ ?? Vous payez une taxe quand vous achetez sur le bon coin à Monaco, vous ? Je trouve ça bizarre mais il y aura bien un rabat-joie pour me rappeler à l’ordre). Donc nous nous sommes retrouvés confrontés à un souci supplémentaire mais qui s’est rapidement réglé, et nous n’avons même pas eu à débourser un centime. Mais je ne vous narrerai pas cette partie de l’histoire, n’achetez pas vos mobs à Labuan, c’est tout.
Ensuite, mettez-vous en accord avec les douanes Malaisiennes : Vous voulez passer la frontière Indonésienne, voyager le temps de la durée de votre visa préalablement établi en Indonésie, puis rentrer en Malaisie. C’est logique, l’Indonésie a deux belles frontières avec la Malaisie. Il est fort probable que vous y repasserez. Il vous faut donc demander un export temporaire (temporary export, trop facile) de marchandises Malaisiennes auprès de la douane Malaisienne.
Ah oui, il vous faut du temps, aussi ! Si vous n’avez qu’une semaine de vacances, c’est même pas la peine d’y penser. L’administration Malaisienne est aussi performante que l’administration Française.
Donc allez à la douane de Tawau. Il y a 3 bureaux de douane. Un bureau principal à l’Ouest de la ville à côté du port de fret. Un tout petit bureau sur le port de pêche à gauche du fish market, et un bureau assez conséquent au port de passagers, au « Ferry terminal » comme ils l’appellent, à droite du fish market. Allez dans ce dernier bureau.
Là, vous allez tomber sur des Malaisiens affables, très sympathiques qui vous salueront énergiquement. Dites-leur que vous voulez aller en Indonésie avec des motos malaisiennes et que vous reviendrez en Malaisie plus tard. Donc vous voulez déclarer un export temporaire.
Normalement, à partir de là, vos privilèges de touriste vont commencer. Parce que oui, on se fait racketter régulièrement pour tout quand on est blanc, mais dès qu’on débarque dans une administration, on rencontre immédiatement les chefs. Donc ils vont vous conduire dans le bureau du chef de la douane, un homme très gentil également, qui va reprendre avec vous vos souhaits en examinant vos papiers. Une fois que tout est bien clair, il vous enverra dans le bureau du « custom agent », le mec qui fait les papiers pour les douanes. C’est un bureau qui est également dans le terminal, pas facile à trouver, caché derrière des comptoirs de vente de billets, donc le mieux est que quelqu’un vous y accompagne. Le custom agent va regarder également vos papiers, en faire des photocopies, vous demander de payer pour qu’il fasse son boulot (il n’est pas douanier, c’est comme ça qu’il gagne sa vie), vous faire perdre vos privilèges de touriste quelques instants en se rinçant sur votre dos (bon, on a payé RN 100 pour 2 mobs, c’est pas non plus la mer à boire), et vous dire de repasser demain pour récupérer la lettre de recommandation et le papier destiné aux douanes malaisiennes.
Ça, c’est fait. Vous avez la fin de votre journée pour glander à Tawau, c’est-à-dire vraiment glander car il n’y a pas grand-chose à faire.
Le lendemain, vous revenez à l’heure prévue pour voir l’agent. Le papier est prêt, manque plus que la signature du chef des douanes pour qu’il soit validé. Revenez dans une heure.
Une heure plus tard, vous revenez. Vous attendez encore 20 minutes et le chef des douanes se pointe, puis il vous reçoit dans son bureau, comme la veille. Il inspecte les papiers, puis y appose sa signature. Vu que vous avez été sympa comme tout et très patients, il vous donne le numéro de téléphone de son bureau avec son nom et vous dit de l’appeler si vous avez un problème avec les douanes Indonésiennes. Et ça, c’est pas du caca ! Vous vous sentez tout à coup libéré d’un poids.
Bien, vos formalités avec les douanes Malaisiennes touchent à leur fin, bravo.
Maintenant, parlons du plus important : les formalités avec les douanes Indonésiennes. Parce que finalement, c’est pour elles qu’on fait tout ça.
Munis de vos papiers de la douane Malaisienne, allez au consulat Indonésien de Tawau. Il n’est pas facile à trouver, et Google Maps vous indique un mauvais endroit. Autant dire que la chasse au trésor de France 3, c’est de la gnognotte à côté de ce qui vous attend pour trouver le consulat Indonésien. Mais tenez bon, si vous en êtes déjà là, c’est que vous êtes assez débrouillards pour trouver.
Une fois au consulat, il vous faudra quand même avoir une chance de cocu. Déjà, si vous n’avez pas fait votre visa, faîtes-le. Mais attention, il parait qu’ils demandent les billets d’avion retour pour avoir confirmation que vous allez bien sortir d’Indonésie. Et vu que vous allez sortir d’Indo en mob, vous n’aurez à priori pas de billets d’avion. Je vous conseille donc de faire établir votre visa au consulat de Kota Kinabalu, qui est moins regardant sur la question.
Je disais donc : Chance de cocu. Effectivement, lorsque nous sommes arrivés, il y avait un monde pas possible qui se battait pour avoir un visa ou autre, et nous ne voulions pas de visa. Mais que voulions-nous ??
Pour que les douanes et la police indonésienne vous lâche la grappe, il va vous falloir une lettre du consulat Indonésien. Une lettre qui dit que vous êtes en Indonésie avec vos mobs en touriste, en toute légalité, et qu’il faut vous laisser tranquille si d’aventure on croise votre route.
Donc chance de cocu, un monde fou, les guichets pris d’assaut, on voit passer un type en cravate, ni une, ni deux, je me jette sur lui et lui explique notre cas. Le type nous dit avec un grand sourire : « Mais bien sûr, sans souci, je me présente, je suis le consul d’Indonésie à Tawau. Montez dans mon bureau. »
Sur ce, vous lui expliquez un peu votre vie, il est très gentil et très amical, se marre tout le temps, appelle un de ces esclaves, lui demande de traduire tous vos papiers de douanes Malaisiennes en Indonésien (c’est globalement la même langue mais laissons-les à leur zèle) et vous dit qu’il vous concoctera une petite lettre de son acabit pour cet après-midi. Revenez à 16h.
Il est 16h, vous faîtes le pied de guerre devant le consulat. L’esclave du consul vous reçoit, vous donne la précieuse lettre écrite en Indonésien, sa carte avec toutes ses coordonnées au cas où quelque chose se passe mal à la douane, vous ressortez. Vous êtes prêts à prendre le bateau pour l’Indonésie.
Vous pouvez enfin acheter votre billet de bateau, certain qu’il n’y aura plus de contretemps.
Voilà. Nous partons demain, les poches pleines de numéros de téléphone de gens haut placés en Malaisie et en Indonésie. Autant dire que nous sommes bordés. Autant dire que j’attends de voir comment va se passer notre arrivée en Indonésie. En tout cas, nous avons été merveilleusement reçus partout, et ça, vous-même le savez, c’est loin d’être le cas avec l’administration Française.
J’espère que ce post pourra en aider au moins un, un jour, un qui aura la folle idée de se taper l’Asie du Sud Est en moto. Ensuite, il vous suffit d’adapter votre cas à ces situations. En tout cas, ça semble tout à fait faisable. Je mettrai un post de confirmation que tout s’est bien passé dès que je peux.
Et sans rancune, les rabat-joie.
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