Retour de trois semaines en Éthiopie en 4x4
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OL
Bonjour,

Voici un retour d’infos sur ce pays fascinant mais difficile qu’est l’Ethiopie. C’est le retour d’un couple qui a passé 3 semaines sur place, en 4x4 12 jours dans la vallee de l’Omo avec un chauffeur, et en solo avec les bus locaux pendant une semaine a Lalibela.

De maniere generale, les relations avec les ethiopiens ne sont pas simples comparees a beaucoup d’autres pays africains ou non. Les touristes blancs arrivant avec leur pantalon a zip, leurs sandales et leur appareil photo sont souvent vite reperes et catalogues comme ‘riche qui peut donner facilement’ sans rien attendre en retour ! C’est classique, mais la, ca frise la caricature car meme en sortant des lieux touristiques et en marchant loin et seuls, les gens qui ne nous ont rien demande se comptent sur les doigt d’une main. C’est surtout les gamins, souvent arrogants et mal polis, mais parfois aussi les femmes et les vieux. Les hommes sont en general plus dignes. La pauvrete est importante, mais visiblement pas pire qu’en guinee equatoriale, mali ou guatemala par exemple, et pourtant c’est la premiere fois qu’on en arrive a ce point d’agacement assez avancé. 15 ans de voyages en routard avec le sac à dos, c’est la premiere fois que j’arrive à ne pas rester poli et calme…

Certaines personnes nous ont confie etre conscients du probleme dans leur pays, le gouvernement semble avoir essaye de sensibiliser les enfants dans les ecoles, mais ca ne semble pas tres efficace puisque ca reste tres penible. L’integralite des touristes qu’on a rencontré avait le meme sentiment (francais, espagnols, irlandais, polonais, allemands…). Bcp semblaient decus aussi de ne pas pouvoir lier d’autres liens que financiers sur place. Tout comme l’agriculture qui ne semble pas pensee pour du long terme (on prend beaucoup a la terre sans laisser reposer et sans rendre de quoi la refertiliser, comme les dejections animales ou autre), le tourisme semble se vouloir a court terme en ethiopie : on prend tout ce qu’on peut aux touristes, tant pis pour la suite. Les prix des hotels explosent rapidement, impossible de rien faire sans un guide plus ou moins officiel et formé par le gouvernement, meme les marchés !!! Le touriste n’est la que pour son argent et il s’en rend compte rapidement. Ce n’est pas un voyage d’echange comme on a l’habitude en Afrique ou ailleurs.

pour un hotel de base pour 2, il faut compter 100-150 birrs (7-8euros max). Moins cher, faut vraiment aimer la crasse, et plus, le rapport prix-qualité devient moins interessant. Pour un repas, comptez 20-50 birrs, le double si vous montez en grade dans les hotels pour etrangers. Si vous saturez d'injera, ils ont gardé de bonnes pasta et des pizzas de l'occupation italienne.

OMO

Il s’agit d’un safari humain. Les tribus ont pu conserver un maximum leurs traditions, mais avec l’arrivee des touristes, de leurs photos et de leur « sens humanitaire » qui les pousse a donner sans meme parfois attendre une demande, par simple geste de charite, on en arrive a un assaut organisé a l’arrivee de blancs pour obtenir de l’argent, des stylos, des bonbons…. Ils sont meme parfois tres decus et presque mecontents lorsqu’ils ne recoivent rien gratuitement, comme un dû ! Ils sont prets a se barioler de facon non traditionnelle simplement parceque des touristes leur ont demandé pour la photo et ont payé (fleurs dans les trous d’oreille ou de levre, anneaux sans aucun sens ethnique, peintures a la craie de l’ecole et a l’eau…). Autant ne pas attendre d’echange interessant mais simplement un saut ahurissant au cœur des traditions restantes. Quant a savoir ce qui est fait de l’argent acquis, il n’est pas sur qu’il soit utilisé a bon escient. Les mursis et leur plateaux labiaux ont un probleme d’alcoolisme d’apres les locaux, ailleurs des enfants partent de chez leurs parents et s’organisent entre eux avec l’argent collecté, l’autorité familiale est dure a conserver.

Chaque marché, village, site se paye par une entree par tete + voiture + un guide qui le plus souvent, sert surtout a empecher les locaux d’etre trop ‘collants’ mais qui sont d’un interet limité pour permettre d’échanger avec la population. Chaque visite revient vite cher et leur deroulement ne donne pas envie de les multiplier. Seul les villages Dorze semblent organisés avec un guide efficace qui gere l’ensemble comme une association ou tout le monde semble en profiter : les locaux car l’argent est centralisé et sert a la communauté, et les touristes qui y trouvent le calme pour s’emerveiller en paix. Enfin un lieu ou on peut echanger sans parler d’argent à chaque phrase. D’autres semblent vouloir s’organiser de la meme maniere mais ce n’est encore qu’un projet. Le parc Mago ne presente que peu d'interet, a part pour voir des villages reconstitues pour les touristes, ou le gouvernement organise la vie de quelques villageois pour epargner les autres alentours. C'est un cirque qui fait peine. Merci Hans silvester et les autres...

Pour ce qui est de faire la vallee de l'Omo seul, ca devient HARD! les camions n'ont plus le droit de prendre en stop, et il est dur d'aller hors des villes relais ou les bus nous deposent. Le gouvernement s'organise pour maitriser les flux de touristes aux endroits prevus pour eux, ce qui n'est finallement pas plus mal pour les locaux. Le mieux reste donc une agence locale avec un 4x4. Je ne sais pas si un guide en plus evite de prendre les guides locaux sur place. Nous avions une agence d'addis recommandee sur pls forums : www.bellaabyssinia.com, et nous ne pouvons que la recommander. Yonas, le patron, parle tres bien francais, sa famille travaille avec lui et fera nimporte quoi pour vous, les chauffeurs parlent bien anglais. Vous pouvez reserver de france ou sur place (ils sont vers Bolé, quartier Flamingo). Nous avons egalement fait un bout de chemin avec des espagnols qui etaient avec abeba tours et qui semblaient tres bien aussi, mais on n'a pas testé.

Lalibela

Site magique, surtout au moment des ceremonies. Guide preferable mais il faut bien le choisir pour eviter de deranger et pour mieux comprendre ce qui se passe dans ces lieux. Les pretres sont eux aussi plutot des marchands que des religieux, en fixant eux-memes les prix, en vendant aussi leur photo, et en gardant jalousement certains ‘secrets’ inaccessibles aux historiens, archeologues ou autre pour eclaircir certains points historiques qui risqueraient de tarir la manne financiere que le tourisme local et etranger apporte. Il n’en reste pas moins que ce site meriterait plus de notoriete et plus de protection que les simples structures de l’unesco. on avait un guide tres interessant : abebe Kassie : 0911532650, 250birrs la journee. on peut le trouver au super resto local "l'unique" tenu par sa soeur. C'est en face de l'hotel Asheton, rerserve de touristes blancs, le proprietaire est adorable, parle bien anglais, et leurs tarifs sont vraiment bien pour lalibela (120 birrs) et c'est propre et calme. Le resto de sophie (qui a vecu en france) dans l'hotel blue lal est a recommander aussi : bons petits dej et bons repas locaux ou italiens. L'hotel est assez moyen par contre pour 150 birrs.

Si vous vous arretez a Dessie, tout pres de l'hotel ethiopia (tres sympas et bon rapport qualtie prix d'ailleurs), en face de l'administration des telecommunications, il y a un petit cafe internet 'Mars' ou Fikr, le proprietaire, est toujours ravi de parler avec des etrangers et s'echanger librement. Un sourire qui vaut la peine d'ecrire moins longtemps aux amis du pays et de passer du temps avec lui!

Le gouvernement devrait, a notre avis, se pencher sur la facon dont il veut faire durer le tourisme car si l’ethiopie est un pays qui fascinera encore de nombreuses generations (et il y a de quoi !), il est difficile de tout voir en une fois et la premiere impression ne donne pas trop envie de s’y reconfronter, ni de conseiller le voyage a quelqu’un qui ne serait pas deja bien rodé pour répondre a des situations parfois limites. De leur cote, les touristes portent la plus grande part de responsabilite avec leur besoin de photos sans demander, comme si chaque village etait un zoo, et leur manie de donner de quoi satisfaire leurs envies humanitaires qui pourrit les enfants en les habituant à demander et à etre arrogant. Le trafic d’armes est egalement bien present, surtout chez les pasteurs du sud. La rarefaction de l’eau et des terres de paturage ainsi que le projet de barrage sur la riviere Omo qui devrait diminuer l’approvisionnement pour les cultures et les herbages pourraient accroitre les tensions entre ethnies dans un futur qu’on souhaite lointain.

Voila, tout n’est pas rose dans le tourisme actuel, mais les touristes eux-memes ont une grande responsabilite. Ca reste un pays tres riche pour ce qu’on peut y decouvrir, mais y aller en sachant est preferable ! Ca reste NOS impressions. Certains semblent aller en ethiopie regulierement et etre 'piqués', ca serait bien d'avoir leurs reactions pour contre-balancer.

Axelle et Olivier
Vis comme si tu allais mourir demain, apprends comme si tu allais vivre toujours - Gandhi.
CH Chris06 Veteran ·
Bonsoir Axelle et Olivier ,

Tout d'abord bravo d'avoir eu le courage d'écrire votre compte rendu qui est sincère je n'en doute pas un instant ... Je suis un de ces habitués de l'Ethiopie et j'y suis retourné 4 fois pour diverses raisons ... Je vais donc enlever le coté sentimental puisque nous sommes en cours d'adoption de notre petit filleul amhara et ne parler que du pays du point de vue purement touristique et relationnel Beaucoup de situations que vous décrivez sont hélas vraies et je le déplore bien : le sud et ses tribus qui se monayent , l'inflation certaine pour les farenjis et les hordes de gamins délurés ... Ceci dit il faut passer "au delà" de tout ce cinéma et je peux vous garantir qu' avec quelques mots d'amharic et quelques amis sur place , tout change radicalement et ce pays vous manque ! Dans mes pérégrinations je me suis fait des amis , interressés au début par l' argent , mais d'autres aussi qui m'ont aidé dans des situations difficiles , pour me faire plaisir simplement . Un ami de mon petit filleul m'a accompagné 5 jours dans les montagnes du Simien , pour me protéger du racket , pour obtenir les meilleurs prix pour moi : il n'avait jamais quitté sa ville de Bahir Dar avant et jamais il n'a voulu un seul bir pour ces 5 jours A la gare de bus d'Addis un jeune m'a aidé à trouver mon bus pour Sodo , s'est battu avec les porteurs de bagages pour caser mon sac à dos sur le toit , m'a gardé la place dans le bus : nous avons partagé le repas et le gite à Sodo ; le lendemain quand il est parti pour son travail il m'avait fait garder la meilleure place dans le minibus pour arba minch et le tarif était celui des éthiopiens qu il avait négocié pour moi . Il faut parfois faire preuve de fermeté surtout avec les enfants et les ados - J 'en ai une fois coursé un qui a jeté une pierre pour lui mettre une rouste : je vous dis pas ce qu il a pris de son frère quand il est arrivé ! Bon il faut convenir que ce n 'est pas un pays ordinaire et que parfois la première fois il peut déconcerter le voyageur ... En ce qui me concerne je suis près à ces sacrifices car au delà il y a quelque chose qu on ne retrouve dans aucun autre pays !
chris06
MA Maesjl Regular ·
C'est bien de conclure en disant : "Ce sont NOS impressions" mais cette précaution de langage ne change rien à l'effet produit par un écrit. Votre premier paragraphe, en dehors de vos propres réactions sur lesquelles il n'y a rien à dire, correspond à ce que j'appelle une "généralisation hâtive". Dire que : "les gens qui ne nous ont rien demandé se comptent sur les doigts d'une main" est évidemment faux. Si vous avez passé 3 semaines dans le pays et n'avez rencontré que 5 personnes ne vous ayant rien demandé… Je sais bien que c'est une "façon de parler" mais cela produit des effets et parler ainsi d'un peuple (je devais dire de peuples) de plus de 70 millions d'habitants n'est pas très sympa. Dire que la visite de l'Omo est un safari humain signifie simplement que vous l'avez conçu comme tel. Je peux vous garantir qu'il y a d'autres façons de faire. Il est vrai "qu'en passant", il ne faut pas s'attendre à des échanges, le contact un peu vrai demande du temps. Quelques touristes ont pris le temps de s'asseoir un peu, de saluer, de nouer un mini contact et ont reçu une réponse différente de celles que vous semblez avoir reçues. Il n'est pas vrai que l'on doive payer une entrée pour les marchés (ni par tête, ni par voiture). Pour ce qui est des villages, n'oubliez pas que le tourisme ne leur rapporte RIEN, en dehors de cette espèce de droit de visite. Par ailleurs, je crois que je n'apprécierais pas trop que l'on vienne photographier ma maison (et moi). Comme je ne suis pas trop pauvre, je pense que je me contenterais de râler mais, si je l'étais, il est probable que je monnayerais mon "droit à l'image". En ce qui concerne les sites, c'est l'affaire du ministère de la Culture et du Tourisme et les entrées payantes ne sont pas une exclusivité éthiopienne. J'arrête là mes réactions de "piqué". Je dois quand même signaler que je vais en Ethiopie depuis une dizaine d'années au rythme de 2 séjours d'environ 2 mois par an.
Voyager c'est rencontrer plus que voir.
JN Jneraf Regular ·
Bonjour Axelle et Olivier,

Merci aussi pour ce long CR qui reflète vos impressions à chaud semble-t-il.

Un peu surpris par certains de vos propos (c'est tout frais apparemment) je tiens à nuancer certaines idées évoquées et partage totalement l'approche de mon ami chris06 dans sa réponse.

Egalement "vieil" habitué de l'Abyssinie (cette appellation évoque pour moi une époque si riche en découvertes et en histoire que je la privilégie parfois) j'ai peut-être une vision plus romantique du pays. Vous donnez un point de vue très "brut de décoffrage", un peu "éthnotouristique" si je peux me permettre l'expression pas du tout péjorative. L'Ethiopie est un pays très complexe, dont l'histoire très riche a créé des interactions multiples et compliquées entre les très nombreuses ethnies imbriquées qui le compose. Cet amalgame subtil et souvent forcé de peuples rivaux et très différents les uns des autres s'est maintenu plus ou moins bien jusqu'à la fin de l'époque impériale. Un premier grand bouleversement a eu lieu avec le régime dit du Derg entre 1974 et 1991. Dès le milieu des années 90 le choc de la mondialisation a commencé à affecter fortement ce bastion de la Corne de l'Afrique. L'explosion démographique, le besoin d'ouverture, les promesses non tenues du gouvernement actuel, la frustration populaire après le vote de 2005 et tout un tas d'autres raisons ont créé une situation terrible pour le peuple éthiopien au sens large. Le résultat le plus tangible est pour moi la baisse de dignité et de fierté d'un peuple qui n'en manquait pourtant pas! Là où autrefois personne n'aurais imaginé tendre la main, que ce soit à Addis ou dans la tribu la plus reculée du Sud Omo, aujoud'hui il est devenu commun et surtout facile d'obtenir un petit quelque chose qui va permettre à la famille de tenir jusqu'au lendemain. Et si ce petit rien, quelques birr, est généreusement distribué (contraint et forcé par les règlements ou totalement libre) par des touristes, des farenji qui gagne en un mois l'équivalent de dix ans de salaire d'un policier ou d'un instituteur de campagne, alors pourquoi se priver? Qui est responsable? Eux, le gouvernement, les touristes, leur famille? Un peu tous sans doute, avec des nuances surement.

L'Ethiopie est si complexe que je conseille de ne pas trop se focaliser sur les impressions d'un premier voyage, mais de prendre du recul, de laisser passer quelque temps et ensuite d'y retourner en ayant une approche moins terre-à-terre, peut-être moins voyage-hôtels-visites-youyou. Vous verrez que plus on pratique l'Ethiopie (et c'est valable pour beaucoup de pays africains) et plus on découvre des qualités cachées en s'attachant à d'autres valeurs. Les sourires, la gentillesse et les premières amitiés locales apparaissent alors pour aller crescendo, jusqu'à oublier la plupart des petits "inconvénients" que vous relevez avec justesse mais crûment dans votre compte-rendu.

L'Ethiopie ne se visite pas, elle se pratique. Et au fil du temps (qui ne comptait pas dans l'Abyssinie d'autrefois) ce condensé de toutes les Afriques qu'est cet immense pays vous prend à la gorge et ne vous lâche plus, vous avez le virus et ne savez plus comment vous en débarrasser. Mais est-ce bien nécessaire d'éradiquer ce virus-là dans le monde que nous vivons?

Bien amicalement.
Daniel http://farenjtours.ch/
CH Chris06 Veteran ·
🙁

oh le loup a disparu ?

ou alors il a été abbatu car dans les alpes maritimes c'est légal ... 😊 .....
chris06

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