Je suis très étonné d'une telle description idyllique d'un voyage en Russie - et précisément Petersbourg - pour des voyageurs européens. Russisant, j'y ai passé six mois, pendant l'hiver 1998, à l'époque de mes études. Je logeais chez l'habitant métro Grazdanskij Prospekt, dans le Nord-Est de la ville, bien loin de l'idyllique - et grandiose - centre ville et de la perspective Nevskij.
J'ai trouvé les autochtones tout simplement sauvages, brutaux (parfois odieux), dans les rues comme le métro (toutefois les gens que je fréquentais régulièrement étaient charmants), les infrastructures délabrées, l'ergonomie de la vile et ses distances inhumaines, et très inconfortables (à peu près 3 heures pour accéder au centre ville). Le développement du commerce dans la partie de la ville où j'habitais aurait pu être meilleur en temps de guerre.
Toutefois, je place quelques bémols, pour le contexte : on parle d'une période où l'économie en Russie touchait le fond, le bas de la courbe, la fin des années 90. Nous étions en hiver. J'étais jeune, 19 ans (malgré le fait que j'avais déjà pas mal voyagé). Et puis il y a, je conçois bien, une grande différence entre passer une ou deux semaines en Russie pour les vacances, et habiter directement là-bas.
La façon dont tu décris l'amabilité des habitants pour t'expliquer les choses quand tu ne comprends pas le cyrillique ne peut que m'étonner : moi qui avait déjà un russe presque courant, j'ai senti à tout instant une xénophobie ambiante et brutale, et le peu d'habitude qu'avaient les gens (une fois hors du centre ville) à voire et parler à des étrangers. Rarissimes étaient ceux qui parlaient anglais, je n'en ai souvenir que de deux, mon entraîneur sportif et un jeune sans doute étudiant dépressif et ivre qui s'était adressé à moi dans un bus avec une soif évidente de bavarder un peu...
Un petit exemple pour illustrer le propos plus haut : ma Maman m'a appris à tenir la porte aux gens après moi. C'est ce que j'ai fait un jour, naturellement, dans le métro, en tenant l'une de ces portières gigantesques à double battant en métal du métro pétersourgeois (servant à couper le froid), pour la personne qui passait après moi. Celle qui passait avant m'a littéralement balancé le premier battant à la figure. Ça a failli me mettre KO, je crois que j'en suis tombé par terre. La personne qui passait après, une dame d'une cinquantaine d'année, a tout simplement éclaté de rire. Quelle naïveté, ces occidentaux. Une autre fois, en prenant quelques secondes pour m'assoir dans un bus, pour ménager des personnes âgées déjà assises, je me suis fait pousser, arracher, et insulter par une femme de 50 ans assez forte, très vulgaire, et en jogging (je me souviens), qui a pris ma place immédiatement. Etant resté littéralement bouche bée, une dame à l'aspect pourtant respectable, du trottoir, me regardait en éclatant de rire, d'un rire paysan inénarrable. Fallait s'y faire. Pas exactement la cour du Tsar. Les mœurs peuvent étonner. J'en ai connu de plus charmantes.
Sans doute, les conditions de vie sont aujourd'hui bien meilleures, et quelques semaines de vacances passées, en été de préférence, à flâner, visiter des musées, les palais, aller au théâtre (éviter le NORD-OST, clin d'œil à ceux qui suivent), au restaurant et dans les clubs tout en logeant directement en centre ville doivent laisser un souvenir inoubliable. Mais ne pas s'en faire d'idées préconçues, la vie là-bas est très différente, très difficile à saisir pour un étranger, et le contraste (entre d'une part ce qu'on peut y voire en y passant comme touriste, et d'autre part en s'implantant là-bas) est un peu à l'image de celui entre le Centre Ville, une véritable corne d'abondance de produits occidentaux, de commerces, et son architecture époustouflante (inouïe), et le reste de la ville et sa province. Les russes sont maîtres dans l'art des façades. Entre ce qu'ils divulguent volontiers au profane et la réalité de leurs conditions de vie, il y a un abime, et peut-être nul part ailleurs en Russie autant qu'à Saint-Petersbourg.
Le centre ville grandiose, ou en à peine quelques kilomètres sont entassés autant de monuments et de beauté qu'on peut en voire à Venise, Paris et Rome réunis (c'est mon avis) ne consiste qu'en une partie infime de la ville de Saint-Petersbourg dans sa totalité, et la réalité des conditions de vie du russe moyen là-bas ont (ou avaient à l'époque) de quoi horrifier.
J'aimerais y revenir dans de meilleures conditions, cette fois, je n'irai pour rien au monde loger chez une Baboushka solitaire, aussi charmante qu'elle fut - et elle l'était vraiment - ça donne quand même une vision très déprimante, que Diable, il existe quand même des couples jeunes, des enfants, et de la vie dans ce passionnant et - à jamais - mystérieux pays...