Bonjour,
Je n'ai pas voulu t'inquiéter. C'est un pays où on peut voyager seul(e).
Mais il faut déjà obtenir le visa, ça met du temps et ça n'est jamais gagné. On a d'abord essayé de me dissuader puis on te pose beaucoup de questions sur le but de ton voyage (dans un bureau toutes portes fermées), on épluche ton passeport et ton activité professionnelle. Le dossier est envoyé à Asmara et il faut attendre la réponse.
C'est un voyage contraint parce qu'on ne peut pas aller partout et parce qu'on ne peut pas rester longtemps dans les rares villes autorisées (2 jours en général, 7 jours à Massawa, la durée du visa à Asmara la capitale).
Il ne faut pas photographier les bâtiments officiels évidemment ni parler politique ou droits de l'homme ( à quoi bon). De toutes façons tout va très très bien en Erythrée, tout le monde te le dira et c'est un pays très sûr (ça c'est un peu vrai d'une certaine façon). Il parait que le président se ballade à pieds en toute sécurité et tu pourras même traverser la ville à toute heure, couverte d'or, sans être inquiétée). Tu ne croiseras peut-être... que des policiers en civil...
Ca reste un beau pays et les gens sont merveilleux mais il ne faut pas les mettre dans l'embarras dans les conversations. On ne risque guère plus que l'expulsion je crois mais eux risquent la disparition pure et simple s'ils tiennent des propos déplacés et s'ils sont entendus ou juste soupçonnés. On viendrait les chercher chez eux, la nuit, et plus personne ne les reverrait. Travaux forcés à la campagne, prison dans un container métallique, bouillant le jour, glacé la nuit. Ca ne badine pas.
Quelles que soient tes opinions, je dirais qu'il vaut mieux rester discret, un regard suffit car tes intentions et opinions peuvent aussi être testées par des agents en civils ou entendues par des oreilles indiscrètes et si tu ne soutiens pas le régime ce ne serait pas bon pour tes futurs amis plus authentiques...
Il faut être un peu "paranoïaque" sauf que ce n'est pas de la parano, la persécution ou les risques de persécutions sont réels, partout, constants pour les érythréens.
Il y a sans doute des gens double faces aussi qui défendent le pays (le régime ?) par intérêt ou parce qu'ils n'ont pas le choix , ou parce qu'ils ont peur avec raison ou parce que leur famille... etc... mais qui accueilleraient bien volontiers un régime très différent. De plus la propagande fait sans doute son effet.
Ton téléphone sera coupé dès l'arrivée et Internet faut pas trop y compter mais tu pourras ouvrir tes mails (on conseille la version allégée de Gmail si elle existe encore).
On peut acheter des cartes de téléphones et appeler depuis les (la?) cabine(s) publique(s) réservées aux appels internationaux.
On mange sans difficulté, se déplacer n'est pas toujours très simple (pénurie) mais l'hôtel n'est pas un problème. Ca n'est pas très cher mais il faut parfois se faire enregistrer au commissariat (à la demande de l'hôtelier) on te pose des questions sur tes parents et grands parents, tes études etc. on t'attribue un numéro et tu peux rester les deux jours prévus sur ton autorisation (7 jours à Massawa). Il faut rester calme m'a-t-on dit mais il y a des policiers joviaux avec les étrangers. "Travel as you like" 48 heures.
J'ai le guide Bradt, je ne sais pas si je veux le vendre ?
La pays est beau, les gens sont très attachants mais je ne peux pas dire que j'ai fait un beau voyage à cause des contraintes que je viens d'énumérer. Néanmoins, je ne regrette pas d'y être allé, je voulais voir Massawa.
Massawa qui n'est plus le grand port fourmillant d'activités, non. Il n'y avait aucun bateau en mouvement quand j'y suis allé. Le pétrole est rationné pour éviter la fuite des habitants.
Il y fait vraiment très chaud.
Ton expérience sera peut-être très différente de la mienne. Je te le souhaite. J'étais sans doute embarrassé par tout ce que je savais avant de partir et les conditions d'obtention du visa sont un peu ... particulières...
Pour la remise du visa en revanche c'était complètement différent, j'ai été très bien accueilli, on m'a même offert un café et un beau livre...