Sujet: Comment « plateformiser l’État » - Gilles Babinet
De: "Gilles Babinet"
Date: 02 septembre 2026 à 03:57
Vous lisez cette newsletter sans être abonné ou vous souhaitez abonner un ami ? Comment « plateformiser l’État » Que disent les importantes fuites de données qui se sont produites à plusieurs reprises ces derniers mois, dont évidemment la dernière et la plus significative au sein de la DGFiP (l’administration centrale du ministère des Finances) ? L’explication que donne le gouvernement est évidemment des plus technique : on rentre dans le détail des causes de la défaillance - nombreuses - comme autant de points précis à traiter. Et après promis juré ça ne se produira plus. S’il faut saluer la création récente d’une administration aux responsabilités étendues – Ariane – et surtout la nomination d’un CTO de l’État chargé des « standards communs, socle technique, cohérence des investissements, réduction des dépendances technologiques », il est difficile de ne pas relever que l’État n’y avait pas vraiment consacré d’attention et de moyens ces dix dernières années. Or, il y a d’autant plus urgence qu’à l’ère de l’IA, ne pas unifier tout en plateformisant, revient à accroître l’exposition au risque cyber et à favoriser de façon presque automatique une expérience utilisateur dégradée. Quid de l’unification des clouds d’État – hétérogènes – dont certains font la fierté de leurs ministères, de l’identité numérique dont il existe plusieurs formats également promus par différents ministères, des nomenclatures de données sur lesquelles il reste beaucoup de travail ? Tout cela, en réalité, découle d’une dynamique peu évoquée : croire que l’on peut continuer à faire fonctionner la fonction publique par incréments à l’heure de l’IA est une gageure. S’imposera tôt ou tard la nécessité d’organiser les services publics autour des processus qu’induisent le numérique, la cybersécurité et l’IA, et non le contraire, tel que c’est aujourd’hui pratiqué. Il ne suffit pas de faire sauter quelques lampistes, comme ce fut un temps pratiqué, pour espérer résoudre l’enjeu. À la Direction du numérique, nous en sommes au troisième directeur à avoir successivement occupé et quitté ce poste dans un contexte de crise, ce qui fait la preuve qu’il y a un enjeu de gouvernance. Une logique d’ensemble est nécessaire, qui corresponde à un projet de long terme. En d’autres termes, c’est politique, et cet échelon politique gagnerait à plus s’impliquer dans ces sujets. De surcroît, l’administration ne peut pas s’en débrouiller seule : la pédagogie, l’explication, la médiation et surtout la capacité à arbitrer sont – plus encore que la pertinence des choix technologiques – les vrais facteurs de changement ; et l’exécutif aurait à cet égard un rôle premier à jouer. Déjà , des débats existent sur l’identité, les données, leurs mésusages. Cela ne fait que commencer. NB : la tribune ci-après est parue en mai 2026 dans le cadre des annonces faites par le Premier ministre sur la transformation numérique de l’État. Lire l’article 73 rue Saint-Honoré, Paris, France Unsubscribe
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