"La Seconde Guerre mondiale, la guerre froide ou encore la guerre de Bosnie-Herzégovine : comment se reconstruire après avoir vécu une guerre ou subi ses conséquences ? Le journaliste Raphaël Beaugrand a parcouru, seul et à vélo, 10 000 kilomètres à travers huit pays traversés par l’horreur. La Bosnie-Herzégovine, la Moldavie, l'Ukraine, la Géorgie, l'Azerbaïdjan, la Chine, la Corée du Sud et le Japon, des pays encore secoués par un conflit ou ses relents..."
Sur France 3 Paris/IDF à lundi 7 mai 23h40
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Books, films and documentaries · Bosnie-Herzégovine
Suggestions de livres, de films et de documentaires qui peuvent intéresser, faire rêver ou être utiles pour des voyageurs.
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Bonjour, je pars vers les balkans dans une quinzaine de jours, avec une etape a sarajevo et je cherche un bon bouquin sur l histoire de la ville/du pays/voire des balkans. Plutot un essai ou un roman, pas une encyclopedie😉.
Merci d avance
Sur les bords de la Drina, à Visegrad.
Une enfance dans les eaux vertes de la Drina, où les poissons ont parfois des lunettes. Une Yugo caractérielle qui refuse de porter la famille jusqu’à la maison enchantée d’arrières grands-parents sans âge. Un grand-père qui offre un chapeau de magicien et une baguette impuissants contre la mort. Carl Lewis qui enfonce le record du monde du 100 mètres (vous souvenez-vous ?). Les robes à fleurs des filles, les amours trahis des adultes, l’étranger, l’Italien venu construire le barrage, trop délicat pour ne pas être suspect, les matchs de foot des garçons, leurs rodomontades enfantines, Le Morse et la Coccinelle… une enfance ordinaire rythmée par les morts successives de Tito.
Le canon d’une arme s’introduit dans le pavillon d’une trompette, la finale du concours de pêche n’aura pas lieu à Osijek qui brûle sur les écrans de télé, les noms acceptables et ceux qui ne le sont plus, les caves, les mains des soldats sur les hanches pleines des voisines. Asija.
L’Allemagne. Essen. Le dictionnaire appris par cœur, Aas, ab, abändern …, les coups de téléphone à la grand-mère restée là, les mots de la langue maternelle qui s’effacent, les lettres sans adresse envoyées à Asija.
Le retour. Un retour qui n’en est pas un puisqu’il ne reste du lieu quitté que les nombres de pas séparant les demeures. Voyage dans l’inconnu, entre mémoire bruyante et présent extraordinairement silencieux, et Asija.
Ce roman d’un tout jeune auteur (32 ans) narre de manière non linéaire, avec une richesse stylistique remarquable (une surprenante association de légèreté et violence- les zygomatiques remontent tout seuls souvent, l'instant d'après la main qui tient le livre tremble), une dizaine d’années de la vie d’Aleksander Krsmanovic, son adolescence de 14 à 24 ans. L’écueil de la mièvrerie parfois associée au « regard de l’enfant » est ici magistralement évité. C’est une œuvre sans complaisance, sans concession, juste.
Catherine
PS à l'intention des administrateurs qui vont devoir classer ce message dans une rubrique pays : Sasa Stanisic est originaire de Bosnie-et-Herzégovine mais il écrit dans la langue de son pays d'accueil, l'Allemagne. Il me semble que cet article devrait donc être classé dans ces deux pays.🙂
Une enfance dans les eaux vertes de la Drina, où les poissons ont parfois des lunettes. Une Yugo caractérielle qui refuse de porter la famille jusqu’à la maison enchantée d’arrières grands-parents sans âge. Un grand-père qui offre un chapeau de magicien et une baguette impuissants contre la mort. Carl Lewis qui enfonce le record du monde du 100 mètres (vous souvenez-vous ?). Les robes à fleurs des filles, les amours trahis des adultes, l’étranger, l’Italien venu construire le barrage, trop délicat pour ne pas être suspect, les matchs de foot des garçons, leurs rodomontades enfantines, Le Morse et la Coccinelle… une enfance ordinaire rythmée par les morts successives de Tito.
Le canon d’une arme s’introduit dans le pavillon d’une trompette, la finale du concours de pêche n’aura pas lieu à Osijek qui brûle sur les écrans de télé, les noms acceptables et ceux qui ne le sont plus, les caves, les mains des soldats sur les hanches pleines des voisines. Asija.
L’Allemagne. Essen. Le dictionnaire appris par cœur, Aas, ab, abändern …, les coups de téléphone à la grand-mère restée là, les mots de la langue maternelle qui s’effacent, les lettres sans adresse envoyées à Asija.
Le retour. Un retour qui n’en est pas un puisqu’il ne reste du lieu quitté que les nombres de pas séparant les demeures. Voyage dans l’inconnu, entre mémoire bruyante et présent extraordinairement silencieux, et Asija.
Ce roman d’un tout jeune auteur (32 ans) narre de manière non linéaire, avec une richesse stylistique remarquable (une surprenante association de légèreté et violence- les zygomatiques remontent tout seuls souvent, l'instant d'après la main qui tient le livre tremble), une dizaine d’années de la vie d’Aleksander Krsmanovic, son adolescence de 14 à 24 ans. L’écueil de la mièvrerie parfois associée au « regard de l’enfant » est ici magistralement évité. C’est une œuvre sans complaisance, sans concession, juste.
Catherine
PS à l'intention des administrateurs qui vont devoir classer ce message dans une rubrique pays : Sasa Stanisic est originaire de Bosnie-et-Herzégovine mais il écrit dans la langue de son pays d'accueil, l'Allemagne. Il me semble que cet article devrait donc être classé dans ces deux pays.🙂
Quand un romancier commence son livre par une description qui s'etale sur plusieurs pages, je lis en diagonale pour vite arriver au coeur du sujet, sauf si, et ce des les premieres lignes, j'ai le sentiment de decouvrir un style, le style qui est la marque d'un grand ecrivain, et ce fut le cas en lisant le debut de "Le pont sur la Drina" de Ivo Andric : il nous presente, nous offre a voir, le cours de la Drina, son environnement geographique, le bourg de Visegrad, et ce pont a la beaute immuable.
C'est la premiere fois que je lis Ivo Andric, et je suis convaincu qu'il ne pouvait pas ne pas avoir le prix Nobel de litterature car, comme pour les grandes oeuvres litteraires, il nous dit l'universalite de la nature humaine, de l'Homme, son rapport avec l'histoire.
Cette chronique qui chevauche plusieurs siecles raconte la vie et le destin des habitants de Visegrad, ce bourg de Bosnie longtemps ignore du monde, et de ce pont magnifique qui, lui, defie le temps qui efface toutes vies. Elle contient de nombreuses histoires plus ou moins legendaires dont certaines, a elles seules, pourraient faire l'objet d'un roman, ainsi celle du sublime orgueuil de Fata qui se suicidera en se jetant du pont, non pas comme il est ecrit en 4 ieme de couverture pour eviter un mariage force, puiqu'elle se mariera, mais pour tenir sa parole ! ( ce qui, d'un point de vue romanesque est encore plus extraordinaire).
Des scenes baroques, et surtout celle, en particulier, ou l'on voit des gendarmes arriver au milieu d'une foule en liesse, avec une fanfare et une farandole animees par une envie folle de s'amuser, d'exprimer la joie de vivre. Les gendarmes commencent a parler a l'oreille des gens qui se sauvent aussitot, un gendarme s'approche des musiciens et s'adresse a l'un d'eux qui cesse alors de jouer tandis que les autres continuent, mais, sequences par sequences, l'ombre funeste d'un drame annonce se propage sous le soleil de ce bel ete de 1914, jusqu'a la fanrandole des jeunes gens excites qui ne comprennent pas tout de suite, bien sur, et il y en a meme qui continuent de sautiller une fois que toute la fanfare aura cesse de jouer. Ces pages sont vraiment sublimes ! Et c'est tellement bien ecrit, que l'on voit cette scene avec une acuite invraisemblable ! C'est a ce moment la que m'est apparu cette evidence : maintenant, je comprends mieux le cinema de Emir Kustorica ! Ce cineaste talentueux a certainement, j'en suis sur meme, lu Ivo Andric. ( d'autres passages m'ont fait penser a Kustorica).
Ce livre est d'une telle ampleur, de part aussi sa dimension historique - passionnant de voir ce qui adviendra grace/a cause de l'annexion de la Bosnie par l'Autriche-Hongrie-, qu'il n'est nul besoin d'en rajouter. Mais voici quelques lignes de "Le pont sur la Drina", juste pour vous faire ecouter la voix poignante d'un grand ecrivain :
....Il y avait toujours eu et il y aurait toujours des nuits etoilees au dessus de la ville, et des constellations somptueuses, et des clairs de lune, mais il n'y avait jamais eu et Dieu sait s'il y aurait encore un jour des jeunes gens comme ceux la, veillant sur la kapia a discuter de la sorte, a brasser de telles idees, de tels sentiments. Ce fut une generation d'anges revoltes, dans tout ce laps de temps tres bref ou ils ont encore toute la puissance, tous les droits des anges mais aussi l'ardente fierte des rebelles.... La vie ( ce mot revenait tres souvent dans leur conversation, de meme que dans la litterature et la politique de cette epoque, ou on l'ecrivait avec un V majuscule), la vie s'ouvrait devant eux comme un terrain de conquete, comme une arene offerte a leurs sens liberes, a leurs aventures intellectuelles et leurs exploits sentimentaux qui ne connaissaient pas de frontieres....
" Le pont sur la Drina" de Ivo Andric - editons ( trouve a a Chiang Mai)
....Il y avait toujours eu et il y aurait toujours des nuits etoilees au dessus de la ville, et des constellations somptueuses, et des clairs de lune, mais il n'y avait jamais eu et Dieu sait s'il y aurait encore un jour des jeunes gens comme ceux la, veillant sur la kapia a discuter de la sorte, a brasser de telles idees, de tels sentiments. Ce fut une generation d'anges revoltes, dans tout ce laps de temps tres bref ou ils ont encore toute la puissance, tous les droits des anges mais aussi l'ardente fierte des rebelles.... La vie ( ce mot revenait tres souvent dans leur conversation, de meme que dans la litterature et la politique de cette epoque, ou on l'ecrivait avec un V majuscule), la vie s'ouvrait devant eux comme un terrain de conquete, comme une arene offerte a leurs sens liberes, a leurs aventures intellectuelles et leurs exploits sentimentaux qui ne connaissaient pas de frontieres....
" Le pont sur la Drina" de Ivo Andric - editons ( trouve a a Chiang Mai)
Le pont Mehmet Pacha Sokovic à Visegrad vient (enfin!) d'être inscrit au patrimoine mondial.
L'occasion de lire ou relire Le pont sur la Drina d'Ivo Andric, monumental.
Bonne lecture et beaux voyages!
Bonne lecture et beaux voyages!
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