Bonjour Claudine !
Je viens de passer une bonne heure à lire toutes les réponses à ta question... et j'ai envie d'y apporter mon "grain de sel", même si mon expérience personnelle date un peu (de 1988 à 1995). Dans les grandes lignes, et bien que les conditions aient certes un peu changé depuis la légalisation du $ en 1994, le principe d'un séjour prolongé (avec résidence temporaire) à Cuba reste sensiblement le même.
Mon tout premier conseil: suis ton coeur... mais assure tes arrières ! (c'est-à-dire un billet de retour "open" valable une année, une petite réserve "intouchable" sur un compte en banque au Canada, et... si possible, un travail sur place avant de te marier).
Travail sur place:
J'ai vu que tu es graphiste, un métier qui est assez polyvalent, aux multiples débouchés. Pour travailler à Cuba, t'es-tu renseignée s'il y a éventuellement des projets de coopération du Canada/Québec avec l'EICTV (l'Ecole internationale de cinéma et de télévision), voire l'ICAIC (Institut cubain du cinéma)? Engagée et payée par le Canada, tu aurais alors, sur place, le statut de "tecnico extranjero" (technicien étranger), Ce statut, à Cuba, présente quelques avantages, notamment celui d'être "prise en charge" par ton employeur canadien pour le logement, la voiture, etc. (sinon, actuellement, c'est totalement hors de prix et toutes tes économies risquent d'y passer). Côté cubain, on reçoit une carte d'identité de tecnico extranjero, ce qui permet de faire ses achats au magasin réservé aux expatriés (tienda diplomatica, un peu moins cher que dans les autres magasins en CUC). Il y a aussi la possibilité de partir faire un stage de quelques semaines/mois, par exemple au Taller polygrafico... Pour cela, il faut te renseigner auprès de l'Ambassade de Cuba (j'ai un ami qui y a fait un stage de lithographie de 6 mois en 2002, tous les frais à sa charge bien sûr). Tu peux aussi envisager de donner des cours, il y a plusieurs écoles d'art qui ont un secteur graphisme et parfois, ils ont besoin de profs. Une Suissesse enseigne depuis plusieurs années régulièrement dans une école d'arts appliqués, elle fait des aller-retour entre Cuba et la Suisse et elle a ouvert à Zurich une galerie d'art où elle organise des expositions exclusivement avec des artistes cubains de la nouvelle génération. Il semble que cela marche assez bien pour elle... elle ne se plaint que du manque de matériel ! (et ses bagages sont donc en conséquent). Je n'ai jamais parlé avec elle de son budget et de quoi elle vit ici et là-bas... Par contre, je sais que c'est l'école qui la loge - assez sommaire - et elle circule en bicyclette ! Si elle a un salaire cubain, il ne doit pas excéder 350-400 pesos, c'est-à-dire env. 15 CUC, ce qui ne permet bien entendu pas de vivre sans problèmes, même en réduisant ses exigences au minimum ! En trouvant un travail sur place, il ne sera guère possible de gagner plus... il faut donc, financièrement, avoir de quoi tenir le coup! (Pour info: de 88 à 94, je travaillais au Parlement suisse comme interprète, 4 sessions de 3 semaines par année (= 4 allers-retours Suisse-Cuba !) avec un salaire qui me permettait de vivre modestement sur place en travaillant à Radio Havane Internationale comme traductrice(speakerinne, puis impresario de groupes de musique, etc. Une situation "privilégiée", j'en suis bien consciente. Salaire: 348, 50 pesos par mois = à l'époque, au marché noir, l'équivalent de 3 $ !!).
Vie sur place en étant mariée mais sans travail:
Je suis entièrement d'accord avec tout ce qui a été dit, en particulier en ce qui concerne une vie de (jeune) couple avec toute la famille en permanence à vos côtés. Nos habitudes sont différentes, le noyau familial est omniprésent, il est très difficile de s'y soustraire, même si la maison est grande ! Et même si cela part de bonnes intentions, les Cubains ont tendance à s'occuper de tout.. et surtout des affaires des autres ! Tout est prétexte à commentaire, une vie privée (même si on a rien à cacher) est quasi impossible... Personnellement, j'ai toujours refusé de vivre dans/avec la famille de mon mari (mais j'avais mon propre petit appartement... par bonheur). Cela n'a pas empêché de bonnes relations, de fréquentes visites, des coup de main en cas de nécessité... mais toujours la possibilité de se "retirer" dans ses quatre murs, d'y recevoir qui nous voulions, etc. Au début, cela a été difficile à "imposer", à faire comprendre... mais je ne l'ai jamais regretté. Actuellement, pour diverses raisons, nous vivons en Suisse (depuis 1995). Lorsque mon mari va seul à Cuba visiter sa famille, il loge chez eux, bien sûr. Lorsque j'y vais seule, je loge chez une amie. Et lorsque nous y allons ensemble, des amis nous prêtent leur appartement (nous payons les frais courants plus un truc dont ils ont besoin, par exemple une machine à laver !).
Soutien à la famille:
A l'époque, avant la légalisation du $, il me semble que le conjoint de l'étranger était moins sollicité ! Notre solution actuelle: nous avons fixé ensemble une limite que nous ne voulons/pouvons pas dépasser et nous l'avons communiquée sans détours. Il y a bien eu quelques tentatives, quelques grincements et larmes (il y a toujours une urgence quelque part !), mais nous avons "tenu bon"... L'important, c'est que la famille puisse compter sur la régularité des envois, et ils ont ainsi appris à prévoir, à évaluer l'utilité d'une dépense, au besoin à économiser. Nous avons aussi toujours clairement dit que nos revenus provenaient de notre travail et qu'il s'agissait de "gérer" au mieux notre budget pour pouvoir tourner en Suisse... tout en n'oubliant pas nos proches à Cuba. Le message est passé...
Livret de rationnement/Libreta:
A l'encontre de viajecuba, je ne connais aucun(e) Cubain(e) qui n'utilise pas le livret de rationnement (obtention, dans les bodegas, d'une certaine quantité de produits de base par membre du "noyau familial" inscrit sur le livret). Mais ces quantités ne permettent pas de vivre décement. Même mariée et en résidence temporaire, tu n'y aura pas droit de toute manière.
Nationalité cubaine:
A ne demander sous aucun prétexte, même si cela est parfois tentant pour faire plaisir à son mari. On est alors soumis aux mêmes conditions que les Cubains... et il n'y a aucun avantage à en tirer, ni à l'extérieur du pays, ni à l'intérieur, au contraire (obligation de demander un visa de sortie, par exemple). Je ne sais pas à quelles conditions les Cubains donnent la nationalité à un résident étranger... mais j'imagine facilement les démarches et complications que cela doit représenter (sans parler des frais...). Mais si jamais on s'y décide quand même: je ne crois pas qu'il y ait obligation de renoncer à sa nationalité et à son passeport d'origine (en Suisse, on ne pert jamais sa nationalité). Je sais aussi que les Cubains acceptent parfaitement la double nationalité, j'ai plusieurs amis Cubains (surtout des musiciens) qui vivent à Cuba et qui ont un passeport espagnol (à cause de leur père immigré d'origine ibérique), français, etc. Ils sortent de Cuba avec leur passeport et leur autorisation cubaine, puis voyagent ensuite avec leur passeport espagnol ou français... gros avantage pour eux, ils n'ont pas besoin de visa pour la majorité des pays dans le monde !
Bon, je vais m'arrêter là. Je ne sais pas si ce message te sera utile... En résumé, je te conseille de te marier sur place après avoir vécu quelques temps avec ton amoureux (si ta venue est importante pour lui, il doit aussi pouvoir se débrouiller pour trouver quelque chose où vous loger), avoir trouvé un travail (cela t'aidera aussi a rester un peu indépendante et te garantira tes propres contacts), et de bien ouvrir les yeux et observer ce qui se passe autour de toi. En cas de malaise, te fier à ton intuition...
Si tu as d'autres questions, n'hésite pas.
Amitiés
Marianne