Ce livre est mon secret
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J'ai longtemps hésité à parler de ce livre, car on a tjrs profondemment envi de garder ses illuminations pour soi. J'ai longtemps hésité à écrire ce message, mais il faut parfois aussi offrir aveuglemment.

"Le Livre des Fuites" de J.M.G Le Clézio

On connait mal cet auteur, très connu grace (à cause ?) de ces romans "Désert"ou "Gens des nuages"... Un jour j'ai acheté le Livre des Fuites et il ne m'a jamais plus quitté. Rien que le titre est somptueux, c'est un appel constant à s'échapper, à prendre un sac à dos, à laisser derrière soi sa pseudo culture et ses moeurs. C'est l'histoire d'un homme qui s'appelle Jeune Homme Hogan. Vous etes intrigués ? Je ne peux rien dire de l'histoire, mais je sais que l'on voyage beaucoup dans ce livre, de l'Afrique à l'Asie avec en toile de fond la chaleur, la sueur, les visages humains et le gout des cigarettes. Je ne peux rien vous dire d'autre. Je l'ouvre souvent au hasard, pour retrouver ce soleil, cette limpidité de l'écriture qui suit l'aridité des paysages. On vit beaucoup dans ce livre, on apprend. Le Clézio était jeune quand il a écrit ce livre, un livre plus vieux que lui parfois. Je vous offre une méditation sur l'homme sur terre, et sur l'universalité des peuples. Peut-etre que vous ne le lirez jamais. Ayez au moins en tête ce livre, son titre. Il orne ma bibliothèque, sale, plein d'encre, de trace de doigts, pleins de souvenirs, Japon, Espagne, un livre qui a vécu, voyagé, en hommage aux heures profondes, simples, qu'il m'a offertes. Ailleurs est ici conjugué avec soi
"le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard" Aragon
ZI Zitoune Globetrotter ·
Je ne connais pas cet ouvrage de Le Clézio, mais puisque tu mentionnes cet excellent auteur souvent appelé à juste titre "romancier de l'errance", souvent proche des minorités, des civilisations menacées ; marqué, entre autres, par Artaud et Michaux, j'en profite pour citer certaines de ses oeuvres relatives au Mexique, où il a vécu :

"Le rêve Mexicain ou la pensée interrompue", où il dénonce la violence dévastatrice du "choc des civilisations" encore à l'oeuvre dans notre monde contemporain (Gallimard).

"Diego et Frida", sur fond de la biographie du couple, c'est le mythe amoureux, le Mexique, l'histoire de ses individus, de ses peuples amerindiens qui est décrit (Stock mais aussi Folio chez Gallimard).

Il a aussi fait une introduction et présentation des " (Les) Prophéties du Chilam Balam" (Gallimard)

Ce dernier ouvage présente des textes écrits à l'origine en langue maya du Yucatán (retranscrits en français dans l'ouvrage cité ci-dessus), réunissant des récits historiques, des calendriers, des prophéties, des almanachs et des informations de botanique et de médecine essentiellement.

Peuple maya au sujet duquel il écrivit :

"Parce que le peuple maya avait tout reconnu, y compris sa propre fin, parce qu'il avait traversé le mince écran de la réalité pour contempler le mouvement de l'univers, il est encore présent, et nous sommes à l'intérieur de son regard".

Un petit extrait du "Magazine littéraire", n°362, février 1998 :

"Depuis "Le Procès-verbal", qui valut à son auteur le prix Renaudot, il y a de cela trente-cinq ans, Jean-Marie Gustave Le Clézio reste un écrivain sinon énigmatique du moins volontairement secret. Archiviste convaincu, nomade plus que voyageur, attiré par le désert parce qu'il en attend quelque chose d'humain, et par les Indiens parce que nous avons tant à apprendre d'eux, il est un des rares narrateurs d'aujourd'hui à savoir aborder les mythes de façon matérielle et physique. Depuis l'époque où il est allé chez les Emberas, il est à la recherche d'une cohérence, entre intellect et physique, d'un équilibre philosophique. A l'écoute des voix silencieuses, sa littérature n'est pas une littérature d'évasion mais de recherche ; celle d'un trésor caché que le lecteur attentif finit toujours par trouver : des maisons sans mur, un temps circulaire, du bonheur conquis. Mais ne nous trompons pas, Le Clézio n'est pas un rêveur, c'est un écrivain qui dénonce, qui combat, qui provoque."

J'espère que vous vous plongerez dans certains de ses ouvrages.
Es un hombre que se va, la lagrima se queda.
MY Mychkine ·
Merci du conseil, je ne connaissais pas ce livre. Le titre est alléchant, je vais tâcher de me le procurer.
OP Opai Veteran ·
Je tombe sur ce message en découvrant que l'on parle peu de Le Clezio sur ce site. Ses livres sont pour moi les plus beaux voyages littéraires... Toujours le thème du déracinement, de la recherche de soi à travers dans le mouvement. Et des personnages si doux, si sauvages, si libres.
SH Shokoufé ·
J’adore ce livre. Et je suis très contente de connaître les gens qui sont ( presque) de mon avis. En fait, je suis en train de préparer mon mémoire de maîtrise sur “ le refus de la modernité dans “ le livre des fuites” et “ les Géants “ de J.M.G. Le Clézio. Ce sujet m’intéresse bcq. Car je crois que l’homme du xx ème) siècle est un être solitaire malgré le bien- être et les divers divertissements que lui a apporté la civilization.une civilization qui a occulté toute la partie impénétrable de l’être humain, au nom du rationalisme. Alors puisque je suis une fille oriental loin de France et je n’ai pas l’accès aux magazines rédigés sur cet écrivain et particulièrement sur ces 2 livres. Je serais très reconnaissante de ceux qui pourraient m’envoyer( par mail) les articles concernant ce sujet. En plus nous pouvons avoir des débats littéraires sur ce theme si cela vous intéresse. Lilies_sh@yahoo.com

[
HE Hery Veteran ·
Bonjour,

je constate que personne n'évoque "L'Africain", petit livre d'une centaine de pages de cet écrivain. Cela m'étonne beaucoup d'autant plus que ce livre est assez intense, et qui nous fait participer aux émotions d'un enfant qui découvre son père dans un autre pays, ce qui est enfin une recherche de soi ... Livre très très recommandable pour ceux et celles qui s'intéressent pour le Continent Noir ...

Sincèrement, hgb
LU Lukasks Veteran ·
Ce livre est peut-être bien ton secret mais tu m'as bien donné envie de le lire...
Lukas
DO Dolma Globetrotter ·
Un tout nouveau voyage littéraire de cet écrivain aux mots de vents, de sables, de vagues, de nuages et de rencontres : "Raga, approche du continent invisible" .

Toujours, toujours un enchantement......

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
HE Hery Veteran ·
Merci Dolma, pour ce tuyau ... Vraiment, un tout nouveau livre (paru en novembre 06) !

Je viens de lire la "description du produit" au site Amazon ... Ce texte est prometteur car il "ouvre une réflexion et une critique de la mondialisation qui vient mettre en péril l'harmonie d'une civilisation précieuse mais fragile" ... On verra.

hgb
CU Cupda Veteran ·
Salut Hery, Du même auteur, et aussi en Afrique, tu as "Onitsha", écrit il y a déjà longtemps et entièrement inspiré par la courte expérience relatée dans "l'Africain" : cet écrivain ne s'est jamais remis de ses quelques mois d'enfant en Afrique (comme bien des gens qui ont vécu ça). Mais peut-être l'as-tu déjà lu ? A+
HE Hery Veteran ·
OUI, j'ai lu "L'Africain" ... Pas quelques mois mais quelques années en jeunesse (si je me souviens bien) ...

hgb
CU Cupda Veteran ·
J'avais compris que tu as avais lu "l'Africain", je voulais juste te signaler "Onitsha" (si tu ne l'as pas lu), roman largement inspiré du récit autobiographique "l'Africain".
HE Hery Veteran ·
Salut Cupda,

MERCI pour avoir recommandé "Onitsha", bien sûr. Je ne connais que "L'Africain" de l'auteur Le Clézio qui est superbe. Quelle découverte (pour moi ce printemps) ! Le terme "Onitsha" m'est bien connu ... Il y avait, dans les années 50 et 60, un genre de littérature au Nigéria, dit "littérature d'Onitsha", diffusée, en petits cahiers, aux marchés locaux.

Par ailleurs, son père, sujet de "L'Africain", était médecin au Nigéria, donc Le Clézio a des rapports particuliers à ce pays ... En tout cas, Le Clézio est impressionnant et un géant de ce genre de littérature (à côté de Chatwin, Bouvier etc.) !

hgb
DO Dolma Globetrotter ·
Et puis aussi "Gens des nuages"... Il se pourrait bien que tu sois ravi par ce texte ! Mais il y a en a tant d'autres encore.

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
HE Hery Veteran ·
Ceci traite de l'Afrique aussi ?! En tout cas, je le note ... Cette correspondance me donne envie de lire d'autres livres du Clézio ... Il me semble qu'il ait un peu de Rimbaud (ce qui explique beaucoup). Un candidate pour le prix Nobel ?! hgb
DO Dolma Globetrotter ·
Il s'agit là d'un voyage dans le désert marocain sur les pas des ancêtres de son épouse Jemia. Voyage de réflexion, de partage, de rencontre, d'humilité, comme toujours chez Le Clézio, et comme toujours bien sûr cette écriture qui enchante...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
MA Mandoo Regular ·
alors dis-moi vite ce que tu en penses!!! bonne lecture, un secret se partage rarement mandoo
"le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard" Aragon
CA CatherineGil Globetrotter ·
Si tu notes - Gens des nuages -, Choisis le aux éditions Stock avec des photographies de Bruno Barbey, si tu peux encore le trouver parce que l'édition date de 1997 . Il est superbe .

C'est un des préférés de Gil mon mari qui aime beaucoup Le Clézio .
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
LA Lalouve76 Regular ·
"c'était bien la même terre rouge, le même ciel, le même vent constant de la mer, et partout, sur les routes, dans les villages, les mêmes visages, les mêmes rires d'enfants, la même insouciance nonchalante. Une terre originelle, en quelque sorte, où le temps aurait fait marche arrière, aurait détricoté la trame d'erreurs et de trahisons" L'africain
HE Hery Veteran ·
MERCI, Elise, pour ce magnifique passage. Il y en a beaucoup ...

Par exemple les lignes introductives de L'Africain : "Tout être humain est le résultat d'un père et une mère. On peut ne pas les reconnaître, ne pas les aimer, on peut douter d'eux. Mais ils sont là, avec leur visage, leurs attitudes, leurs manières et leurs manies, leurs illusions, leurs espoirs, la forme de leurs mains et de leurs doigts de pied, la couleur de leurs yeux et de leurs cheveux, leur façon de parler, leurs pensées, probablement l'âge de leur mort, tout cela est passé en nous." (p.9)

"...les joueurs de tam-tam se sont assis, ils frappent, et l'appel de la musique se répercute au loin. Les femmes ont commencé à danser [...], leurs pieds battent la terre au même rythme que les tambours. Les hommes sont debout. [...] Mon père et ma mère sont couchés dans leur lit de sangles, sous la mosutiquaire, ils écoutent battre les tambours, selon un rythme continu qui tressaille à peine, comme un coeur qui s'emballe. Ils sont amoureux. L'Afrique à la fois sauvage et très humaine est leur nuit de noces. Tout le jour le soleil a brûlé leur corps, ils sont pleins d'une force électrique incomparable. J'imagine qu'ils font l'amour, cette nuit-là, au rythme des tambours qui vibrent sous la sueur, à l'intérieur de la case de terre et de branches qui n'est pas plus grande qu'un abri à poules. Puis ils s'endorment à l'aube, dans le souffle froid du matin qui fait onduler le rideau de la moustiquaire, enlacés, sans plus entendre le rythme fatigué des derniers tam-tams." (p.87/89)

Quelle description d'une nuit chaude africaine !

hgb

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