Près d'un an que je n'avais pas mis les pieds dans la capitale de l'ANDROY.
Pour ête franc, "TOLIARA tsy miroro" semble être devenue une véritable "ville fantome".
Connue depuis longtemps pour son "côté crasseux", la cité donne aujourd'hui l'impression d'être "à l'abandon le plus total".
Nos péripéties commencent à MAHABOBOKA, petit village situé à une centaine de kilomètres au nord de TOLIARA, sur la Route Nationale 7.
Un arbre tombé le matin continue d'obstruer une partie de la route. Flairant "la bonne affaire", les villageois ont fini de rassembler des branches pour barrer le reste de la chaussée et y improviser "un barrage". Tous les accès - "déviations" - pouvant permettre de contourner le barrage ont été également fermés.
Les automobilistes se retrouvent donc confrontés à un groupe d'agités imbibés d'alcool - il est 18 h 00 mn et la "plaisanterie" dure depuis le matin - qui exige un droit de passage. Aucune négociation possible devant un tel "racket". Payer ou se ranger sur le bord de la route. Pas moins de 5.000,00 Ariary pour déplacer quelques menues branches et vous laisser passer. C'est ça "un payage" à MADAGASCAR.
On s'arrête au Poste de Gendarmerie, à la sortie du village. Je m'adresse à un militaire, très affairé à lire et à répondre à ses SMS, à qui j'explique la situation. Sans même daigner lever la tête, il me déclare d'un ton péremptoire "Ah non, ça, ce n'est pas possible, je vais envoyer deux (2) hommes vérifier tout cela".
On repart rassuré. C'était "dimanche magnifique" à MAHABOBOKA !!!!!
Nous atteignons TOLIARA vers 20 h 00 mn. Mes deux (2) restaurants habituels sont fermés. Leurs patrons respectifs m'expliqueront plus tard, "on préfère fermer le week-end car le chiffre d'affaires ne couvre même pas les charges". Je n'ai pas réservé de chambre. "Pas de mal", la réceptionniste de l'hôtel où j'ai l'habitude de descendre me propose "une suite " au prix de la chambre "classique". "Il n'y a qu'une seule chambre occupée" me dit-elle, "alors on essaie de gâter les clients fidèles".
On ne peut séjourner à TOLIARA sans un petit détour par le ZAZA Club. Pas un seul "vazaha" à l'intérieur. Il n'y a pas que les restaurateurs et les hoteliers qui manquent de clientèle, les "ampela soa" également.
De jour, la ville offre un visage de "totale désolation". Des milliers d'hommes - la plupart jeunes - totalement oisifs, se prélassent, assis le long des trottoirs, histoire de "tuer le temps". Certains parmi les "plus hardis" vont même jusqu'à vous aborder pour vous demander de l'argent. Ce n'est même pas "la mendicité de rue" vue à ANTANANARIVO. Il s'agit là de jeunes adultes.
Les autorités locales mettent en avant "le développement prochain de la ville", grace au projet d'ilménite de RANOBE. Ignorent-ils vraiment que ce projet ne générera, en phase d'exploitation, que trois cents (300) emplois directs au maximum ? "Une goutte d'eau dans le désert économique" qu'est devenu TOLIARA. En tout cas, "chapeau bas" aux courageux promoteurs de ce projet. Il faut en avoir "une grosse paire" pour investir en pareil contexte.
Je ne saurais conclure mon récit sans évoquer l'épisode le plus tragique de notre voyage.
Alors que nous circulons sur une petite piste charretière à l'est de MANGILY - il est aux alentours de 18 h 00 mn -, nous sommes arrêtés par deux (2) hommes qui nous expliquent avoir été attaqués il y a quelques minutes par des "masalo" - "dahalos" - armés qui leur ont volè leurs zébus. Ils ajoutent qu'ils ont laissé leur troisième camarade, blessé par balles, sur place afin d'aller chercher des secours à leur village tout proche.
Nous reprenons notre route et arrivons rapidement sur le lieu de l'attaque. On homme git au sol près des trois (3) charettes, nous implorant.
Il est manifestement blessé à hauteur de la hanche et semble avoir déjà perdu beaucoup de sang. C'est la stupeur parmi nous. Les malgaches qui nous accompagnent sont, eux-mêmes, désemparés. Nous sommes à près de deux (2) heures de route de TOLIARA et la victime est en train d'agoniser sous nos yeux. Il mourra quelques instants plus tard, sans que nous ayons pu vraiment lui porter assistance. Une de nos voitures se contentera de ramener le corps au village du défunt.
C'est, ainsi que me l'ont expliqué "les gens du coin", "la dure réalité quotidienne de la vie dans cette zone". Nous sommes à soixante (60) kilomètres d'une des plus grandes villes de MADAGASCAR - et à moins de dix (10) kilomètres d'une des zones réputées les plus touristiques - IFATY, MANGILY, ..... -. Et pourtant, un "no man's land" et un chaos le plus total.
J'ai dit un peu plus haut que les malgaches qui nous accompagnaient nous étaient apparus totalement "désemparés" devant pareille scène. Certains se sont même interrogés sur la conduite à tenir, craignant, qu'en portant assistance à la victime, ils puissent être perçus comme "des ennemis" par les "masalo" et subir d'éventuelles représailles. Il n'y a plus guère de place pour l'humanité dans ces régions.
Je vous décris là une situation à la veille du passage du cyclone HARUNA.
Il y a aura donc certainement quelques lignes à ajouter à mon message.







