Faire l'école en voyage
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JU
LA CLASSE EN VOYAGE

Nous sommes enseignants tous les 2 depuis une dizaine d'années. Nous avons décidé d'écrire ce petit article pour éventuellement aider des parents qui se sentiraient un peu désarmés pour "faire l'école" pendant un grand voyage. Instruire ses enfants est une expérience fabuleuse à condition que l'on arrive à rendre ce moment agréable. Nous ne délivrerons pas ici de recette magique mais une liste (non exhaustive) de 6 conseils qui, nous semble-t-il, peuvent permettre d'éviter des écueils et d'aborder plus sereinement ces instants d'apprentissage.



1. Relax ! Une des faiblesses de notre système éducatif est de mettre les enfants sous pression très, trop précocement. Attention de ne pas reproduire ce qui vous semble peut-être correspondre à l'école. Sévérité, exigence extrême, intransigeance... Il faut être conscient qu'un grand voyage est très éprouvant émotionnellement pour nos petites têtes blondes. La balade est par essence très enrichissante : vivre de façon nomade, s'immerger dans des cultures très différentes, entendre des langues étrangères, voir des monuments et des paysages incroyables... Il est impossible de mesurer tout ce que le voyage apporte mais une chose est certaine, il apporte énormément ! La mémoire vive de votre enfant est déjà grandement mobilisée. Il a besoin de temps pour décoder toutes les informations de ces environnements inconnus, il va vous poser énormément de questions qui seront pour vous autant de moments éducatifs informels. Comment fonctionne un volcan ? Pourquoi il n'y a pas d'arbre en haut de la montagne ? Comment on dit "j'aime les chiens" en espagnol ? Si vous n'avez pas les réponses à ses questions, il peut être intéressant de faire une recherche le soir. Nourrissez sa curiosité. Respectez le rythme de l'enfant, ne vous dites pas "je ferai 2 heures de classe tous les jours coûte que coûte !". Ne chargez pas la mule ! Par contre, au lieu de dire on travaille tant de temps chaque jour (il risque de regarder tourner tranquillement la montre) vous pouvez fixer un objectif et lui dire en début de séance. Ex : Aujourd'hui, on va lire cette page, après on fera ces 2 exercices de grammaire et pour finir ce petit défi de mathématiques. Donner une ligne à atteindre est motivant pour l'enfant qui va vite comprendre qu'il est dans son intérêt d'être efficace et de faire de son mieux. Avec l'expérience, vous saurez de mieux en mieux doser la quantité de travail à donner. Essayer de faire en sorte que le temps de classe soit court (autour d'une heure, une heure 30 maximum pour des élèves de primaire). Dites vous bien qu'on ne peut pas comparer une heure de travail particulier à une heure de travail dans une classe de 30 élèves. Ne vous énervez pas pendant les temps d'école. Se mettre en colère, c'est perdre. Si un jour ça ne fonctionne pas, vous sentez que vous êtes en train de bouillir, ce n'est pas grave, n'insistez pas, faîtes une pause soupape (ça sert à ça les récréations) et reprenez sereinement.

2. Bienveillance. Nous aimons et chérissons tous nos enfants bien évidemment. Mais parfois, on le voit par exemple dans le retour des parents d'élève à propos des devoirs, on peut commettre des maladresses. Enseigner à ses enfants est un jeu sérieux. Si vous ne jouez pas votre rôle, ils ne joueront pas le leur. Ainsi, si votre enfant est en échec devant un exercice ou s'il fait une erreur, il faut absolument rester bienveillant ! Les petites blagues et les petits chambrages de la vie de tous les jours peuvent braquer votre enfant qui peut se sentir humilié en situation d'apprentissage. Les petites phrases du type "Tu comprends rien" sont elles aussi assassines. Répétez ces erreurs plusieurs fois et il est probable que votre enfant ne veuille plus faire la classe avec vous. Vous êtes son "professeur" et il doit pouvoir compter sur vous pendant les temps d'école. Cherchez toujours à valoriser son travail, ne donnez pas trop d'importance à une erreur. Ce n'est qu'une marche naturelle à franchir pour se rapprocher de la connaissance.

3. Un endroit calme. Essayer tant que faire ce peut d'isoler un enfant qui travaille. Même en bivouac au fin fond d'une forêt, il est impossible pour un enfant de se concentrer s'il travaille entre papa qui lance le réchaud et maman qui épluche des carottes tout en discutant du programme du lendemain.

4. Bien choisir son support. Tout est possible ! Les cours du CNED, des livres, des fichiers, les cours en ligne... Pour notre part, nous pensons qu'un manuel ou un fichier est indispensable. N'attendez pas le départ pour vous familiariser avec un manuel. Il est trop tard une fois dans l'avion pour se dire "ce livre est nul !". Dans tous les cas, le travail sur support ne peut suffire à motiver votre enfant. Il faut essayer de faire preuve d'imagination pour rendre les séances ludiques et intéressantes (beaucoup travailler à l'oral, inventer des petits jeux, lancer des défis...). Si le travail proposé n'a pas de sens pour votre enfant et si en plus il est ennuyeux, ce sera à coup sûr démotivant.

5. Autonomie. Ne pas être sur son dos pendant tout le temps de classe. Alternez des phases de travail où vous êtes à côté de lui, et des phases de travail individuel. Votre enfant a besoin de se confronter seul au savoir. Il est difficile de se concentrer si on a en permanence une paire d'yeux qui nous observe ou une bouche qui commente à chaque mot "T'as oublié un "s". Ex : vous faites la découverte d'une leçon sur le COD, vous faites un premier exercice oralement où vous vous assurez qu'il a compris et vous vous éclipsez pendant le deuxième exercice en lui disant "Appelle-moi quand tu as fini". S'il ne revient pas au bout d'un quart d'heure, vous pouvez aller le voir.

6. Que faire ? Pour savoir sur quelles notions cibler prioritairement le travail, vous pouvez vous reporter aux programmes (ils sont en ligne: http://www.education.gouv.fr/cid81/les-programmes.html). Vous pouvez également demander la programmation de l'année à son maître, sa maîtresse ou à ses professeurs. Dans tous les cas, vous pouvez profiter de votre classe à petit effectif pour individualiser le travail que vous proposez à votre enfant. Ex : s'il maîtrise parfaitement l'addition posée et que dans votre support il y a une double page d'exercices sur cette compétence, pas besoin d'y passer 2 jours, on avance à la prochaine leçon en lui expliquant qu'il est tellement fort qu'il sait déjà parfaitement le faire, autant apprendre à faire quelque chose de nouveau. Il est même probable que votre enfant, étant en grande réussite dans cette tâche, vous demande de faire ce travail en plus de son temps d'école. En procédant de la sorte, vous avancerez très efficacement. Si un jour vous êtes confronté à une leçon que vous ne maîtrisez pas du tout (même après vous être cassé la tête pour essayer de comprendre la notion), ne la faites pas. Vous pourrez expliquer à votre retour que vous avez préféré faire l'impasse sur ce point.

COMMENT SE PASSE L'ECOLE CHEZ LES JUJUGAZOU ? Evidemment, suivant l'âge des enfants on ne va pas procéder de la même manière. Notre fils fait sa Grande section et son CP sur les routes. Nos séances quotidiennes de travail dépassent rarement 45 minutes. Sur les temps de classe "banalisés", nous concentrons le travail sur des apprentissages qui nécessitent des répétitions : la date, l'écriture, les maths, la lecture et les langues étrangères.

Après, il y a toutes les activités que nous appelons "informelles" :

Carnet de voyage : Attention ! Le carnet de voyage est un écrit personnel. On ne progresse pas par magie en français par le simple fait d'écrire un carnet de voyage. Le but est avant tout que l'enfant prenne plaisir à raconter ses journées par écrit... Si vous repassez derrière lui à chaque fois, que vous soulignez en rouge ses erreurs et que vous l'appelez pour lui faire modifier, il y a des chances pour que ça ne fonctionne pas. Ne le corrigez pas ! Après, il est intéressant de s'en servir comme point de départ pour des activités décrochées. Exemple : vous remarquez qu'il ne met jamais la marque du pluriel, ça peut-être une occasion de revenir dessus en temps de classe.

Le jeu du tour du monde. Le plateau de jeu est un planisphère. Les joueurs lancent le dé à tour de rôle et tirent une carte "terre" ou une carte "mer". C'est un mélange de jeu de l'oie et de "trivial poursuit". Sur les cartes, on écrit des questions adaptées à l'âge et au niveau scolaire des enfants. Cela demande un peu de préparation, le plateau de jeu peut se construire avec votre enfant. C'est ludique, cela permet de travailler la lecture, les maths, la découverte du monde, les langues étrangères... Tout ça sans y penser ! Bien sûr, il faut rajouter des cartes régulièrement.

Conter des histoires connues ou inventées. La culture orale s'est un peu perdue dans nos sociétés. C'est dommage car elle est un excellent vecteur de connaissances. Quand on conte une histoire, à la différence de quand on lit où l'on est attaché au texte, on formule, on reformule. Quand on se prête au jeu, très vite, les enfants ont eux aussi envie de conter. En plus d'apporter une culture littéraire à votre enfant, c'est un excellent exercice de français qui donne une grande assurance aux enfants dans la maitrise de la langue... C'est un moment de partage extraordinaire avec les enfants. Devenir un papa ou une maman conteur n'est pas compliqué, il suffit de se lancer ! Quelques exemples d'histoires qui marchent bien (suivant l'âge des enfants) : les 3 petits cochons, Poule Rousse, le Petit Chaperon rouge, Hansel et Gretel, le Petit Poucet, Jacques et le Haricot magique, Merlin l'enchanteur, Cendrillon, La Belle et la Bête, Robin des bois, les Pourquoi (ex : Pourquoi le lapin se déplace en sautant, pourquoi la girafe a un long cou...), les histoires de mythologie grèque (L'Odyssée d'Ulysse, l'Iliade, Hercule, le Minautore, La boite de Pandore...)... La liste est infinie. Si vous ne vous rappelez plus très bien des histoires, il suffit de la relire une ou deux fois, et après si votre conte n'est pas identique à l'histoire véritable, ce n'est pas important (à condition bien entendu qu'elle reste cohérente). Petits exercices pour aider votre enfant à conter : - Faire le jeu des "pourquoi", remonter la "chaine causale" jusqu'au début de l'histoire. Ex avec poule rousse : Pourquoi le Renard s'est sauvé à la fin ? Parce qu'il a été ébouillanté. Pourquoi a-t-il été ébouillanté ? Parce qu'il a fait tomber une pierre dans une marmite d'huile bouillante. Pourquoi... - Donner une contrainte narrative. ex : Invente une histoire avec une princesse, un dragon et une pomme... Nos enfants sont tellement fans d'histoire (ils peuvent demander plusieurs fois de suite le même conte) que nous en profitons pour leur lancer des petits défis. Pour "débloquer" la machine à histoire, il faut accomplir 5 épreuves, généralement de francais et de calcul mental (exemple : récite l'alphabet à l'envers, trouver les réponses à 10 additions, compter de 2 en 2 jusqu'à 50, par quelle syllabe commence le mot...)

La découverte du monde. Ce domaine sera votre quotidien. Vous pouvez apporter énormément de choses juste en parlant et en expliquant ce que vous verrez. Si vous êtes assez habiles, vous pouvez même attiser leur curiosité sur des points du programme. Ex : Si vous passez en Amérique du Sud, vous aurez mille occasions d'aborder les grandes découvertes, le "nouveau monde", le commerce triangulaire avec vos enfants. Si vous allez observer des baleines dans le St Laurent. Vous pouvez faire questionner votre enfant sur pourquoi les rorquals et les bélougas remontent à la surface et embrayer sur la classification des animaux (poissons/ mammifères, ...) Une petite tourista peut-être une bonne opportunité pour aborder l'alimentation et la digestion. Et pourquoi je suis tout de suite essoufflé quand je cours sur le Salar d'Uyuni ? Leçon informelle sur la respiration... Le voyage va donner beaucoup de sens à de nombreuses connaissances.

Musique : Apprenez-leur des chansons ! Ca fait travailler la mémoire des petits et des grands, et en plus c'est agréable!

Jouer. Il y a plein de jeux de cartes amusants et éducatifs.

Vous pouvez aussi faire un stock de "C'est pas sorcier" et de "Il était une fois la vie" dans votre disque dur externe.

Une liseuse est un investissement intéressant pour des voyageurs à vélo ou à sac-à-dos. Il faut pousser vos enfants à lire, lire et encore lire, et celà, un petit peu tous les jours (ou un gros peu, il y a encore des jeunes lecteurs passionnés).

Voilà, j'espère que ces modestes conseils vous aideront à appréhender l'école sereinement.

Au plaisir.

Julien et Julie

www.jujugazou.com
JB Jblord ·
Oh! que de détails! Je vais me faire un café en je reviens le siroter en lisant tout ça. 🙂
Projet de voyage autour du monde sur un an, avec nos trois enfants. Départ prévu : juillet 2018
RO Rove Regular ·
Bonjour et merci pour votre article. J'ai besoin de conseils et je prends les vôtres avec bonheur. En effet, nous partons 11 mois en Asie avec deux enfants 6 et 11 ans qui seront en ce1 et en 5ème au moment du départ. Questionnement : pour le ce1, on a ce qu'il faut, on a déjà passé l'année du ce1 de ma fille en voyage et ça n'a été que du bonus au retour. Par contre, pour la 5eme je ne suis pas aussi sereine...même si elle est preum's de sa classe, je ne sais pas si je me "débrouille" ou si je prends le cned. Sachant que l'on bouge tous les quatre matins...et que 8 kilos de cours à porter sur notre dos vont peser trop lourd. Sans compter le timing pour l'envoi de devoirs. Je travaille comme assistante vie scolaire auprès d'enfants en diff dans un collège et j'ai accès à toutes les ressources des profs (qui sont super sympas autour de mon projet). Je numérise les bouquins , j'ai récupéré les cahiers d'exercices avec cd en anglais, allemand. Que pensez vous de tout ça ? J'ai plutôt confiance en ma fille qui est autonome, curieuse et volontaire, mais , moi, j'ai besoin qu'on me guide un peu ! Je n'ai pas envie de lui mettre la pression, mais en même temps je ne veux pas être responsable d'un "échec". En primaire, ça allait mais le collège, je stresse un petit peu 6 mois avant le départ !! Merci d'avance aux conseils et aux expériences d'école en voyage au long cours...
JU Jujugazou ·
Je pense comme vous que le cned n'est pas du tout adapté pour des familles en voyage (trop encombrant, trop contraignant). Vous avez l'air très bien préparée pour faire la classe. Si votre fille survole sa scolarité, vous n'avez vraiment aucun souci à vous faire. Vous avez un blog ou un moyen de communiquer sur votre voyage ? Quel est votre parcours ? Au plaisir www.jujugazou.com
FA Familleneau Veteran ·
Pour le collège, nous achetions seulement 1 livre (genre "cahier de vacances, se trouve dans toute librairie, avec l'éditeur de votre choix) récapitulant toutes les matières de l'année. Les cours essentiels y sont, lisibles en toute autonomie par le jeune. Des "devoirs sur table " à faire tous les 3-4 chapitres, si on veut, à noter même si cela vous branche + les corrigés parentaux.

Je l'ai dit souvent ici, d'autres familles VFistes iront dans ce sens aussi : pas de pression / l'école en voyage, même au collège et au lycée.😉 Nos enfants le gérent trés bien, il faut leur faire confiance. Et quand ils reviennent en France, ils ne sont pas perdus dans la scolarité classique pendant des lustres, loin de là !

Un partenariat avec 1 des enseignants de la classe de votre enfant est un sacré + : avec votre blog ou site, les élèves de la classe suivent, possibilité d'échange (avant, pendant, aprés le voyage) entre vos enfants et ceux-ci...

J'avais une rubrique sur mon site alecoledesandes.com à ce sujet quand mes enfants étaient plus jeunes mais je l'ai enlevée...

Alors, partez en toute tranquillité / cet aspect !😉
www.ceciletoulonneau.com
DI DimPepel ·
Bonjour, Merci pour ces conseils bien précieux.

Nous partons sous quinzaine pour une année en famille. Nos 2 grands seront en CE1 et CM2. Nous ne sommes pas vraiment inquiets, mais nous partons un peu dans l'inconnu. Passer de parents à profs, ça reste un peu nouveau pour nous. Faire faire les devoirs, lire les histoires ok, mais comment allons nous gérer les cours? Nous avons choisi de ne pas passer par le CNED, trop contraignant. Nous partons avec des méthodes conseillées par les instits de nos loulous, en se limitant aux math et français.

on vous dira plus tard comment nous nous en sortons.
http://www.parenthesenfamille.fr
CL Claire2A Regular ·
un énorme merci pour cet article bien détaillé. Cela m'aurait été bien utile pour mon "long voyage" en 2012, avec des enfants en CE2, mais l'anticipation et la débrouillardise avaient porté leurs fruits. C'est en fait plus la ré-intégration en classe au moment du retour qui n'a pas été évidente.... Votre article plein de bons conseils aidera peut être pour un prochain voyage de plusieurs mois, mais cette fois ci mes 2 garçons seront en secondaire, donc avec d'autres contraintes et particularités. Je suis plus en recherche d'une méthode d'enseignement pour ados en 5e ou 4e , sur les routes ! à bientôt
Claire2A

"en Inde, beaucoup de gens se perdent ... c'est un pays qui est fait exprès pour cela " Nocturne Indien, Antonio TABUCCHI
FA Familleneau Veteran ·
Je suis plus en recherche d'une méthode d'enseignement pour ados en 5e ou 4e , sur les routes ! Pour le collège, nous achetions seulement 1 livre (se trouve dans toute librairie, avec l'éditeur de votre choix) récapitulant toutes les matières de l'année. Les cours essentiels y sont, lisibles en toute autonomie par le jeune. Des "devoirs sur table " sont possibles à faire tous les 3-4 chapitres + les corrigés parentaux. Méthode qui fût amplement suffisante pour nous.
www.ceciletoulonneau.com

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