130 kilomètres à pied au Laos (plateau des Bolovens et Muang Moi)
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J'étais au Laos en début d'année et, selon mes habitudes de voyage, j'ai traversé à pied sur une centaine de kilomètres, le nord du plateau des Bolovens. Puis, en janvier, je me suis mis dans la tête de quitter Muang Ngoi par terre. En principe, on y arrive en pirogue à moteur et on en repart de la même manière. Pour préparer ces itinéraires - vu qu'il n'existe pas de cartes précises -, j'ai préparé mes marches à la maison en faisant des photos d'écran de Google Earth. Je prenais généralement des clichés correspondant à 5 km de marche et je les retravaillais sur Gimp en y ajoutant des notes. Tous ces clichés étaient dans la tablette que j'ai emportée avec moi. Je pouvais ainsi très bien visualiser les nombreux chemins de terre, la proximité de bâtiments, les cours d'eau. Vraiment bien ! Vraiment utile ! Au Laos, la 3G fonctionnait assez bien... et les rares fois où j'étais en panne de repère, le GPS m'a rassuré ou ramené au bon endroit.

Plateau des Bolovens Je n'ai rencontré aucun touriste. Les touristes louent des motos et font un circuit circulaire qui ne traverse pas l'intérieur des terres. Les cartes qu'ils reçoivent dans les agences de location sont peu précises et n'indiquent que les pistes que tout le monde emprunte pour voir des cascades ou visiter un village précis.

Je n'ai pas peur de vivre et mener une telle marche. Ce qui n'empêche pas que la veille ou le matin du départ, je suis un peu serré. Avant chaque nouvelle marche (j'en ai faite une longue au Togo, une seconde au Cambodge et une troisième en Thaïlande), je me dis : allez ! courage ! C'est se mettre en marche qui est difficile, l'inconfort de ne rien savoir à l'avance, ni du logement, des endroits où il faudra tourner... Mais je sais que je ne vais jamais qu'au-devant de la bienveillance d'hommes et de femmes comme moi... Je crois dans la bonté. J'essaie de me mettre le moins possible dans une relation d'argent. Apprendre à recevoir. Je sais que je suis le plus riche... mais l'argent casse une partie de la relation. Ne pas avoir dépensé 3 $ en trois jours, ce n'est pas une économie, c'est le prix de la dépendance, de la rencontre, de l'accueil...Pour ma part, je rends largement en Europe ce que je reçois là-bas. Je n'ai pas d'objectif de kilomètres. Souvent on me demande : combien de kilomètres en moyenne par jour ? En fait, le nombre de kilomètres m'indiffère complètement. Chaque occasion de m'arrêter, de rencontrer, de jouer avec un enfant, de m'asseoir dans une ferme... est prioritaire, est ce que je cherche.

Je suis parti à pied de Paksong et ai rejoint Tad Lo, en serpentant dans la campagne plus ou moins en ligne droite. Bien sûr sur des pistes en terre poussiéreuses et des chemins. Le dernier segment, de Ban Luangan à Tad Lo, était le plus difficile car j'ai suivi des très petits chemins. J'ai débouché plus au sud que je ne le pensais... mais la dérive n'était pas très difficile à rattraper. En revanche, j'ai dû un moment descendre à travers tout. C'était épuisant... avec une petite anxiété à propos des mines. C'est le seul moment où je n'ai pas été raisonnable. J'aurais dû rebrousser chemin, faire un détour de 4 ou 5 km... mais j'étais tellement fatigué ! Tad Lo est fait pour les touristes. Confortables guesthouses à 8 $. Restaurants partout. Durant les 3 jours précédents, je crois que j'avais dépensé en tout et pour tout 3 $ ! J'ai ensuite pris un bus jusque Salavan... mais si je n'avais pas été pressé par le temps (je devais rejoindre ma femme à Saïgon) , j'aurais poursuivi à pied (environ 20 km). De Salavan, en traversant la rivière qui borde cette ville tranquille, j'ai ensuite rejoint à pied un village qui s'appelle Khokeman. Paysages plats, agréables. Partout des fermes et de belles rencontres ! Les photos que je partage à propos de mon univers en Europe (ma maison, mes petits enfants, les vaches, la neige, une belle fille enceinte...) sont une excellente accroche de partage. Le village de Khokeman est au bord d'une rivière, dans un site avec des cocotiers. Là aussi beaucoup d'accueil. Bien sûr, Khokeman pas plus que les autres noms de village que je cite, n'apparaissent sur des cartes. Je connais ces noms car ils sont inscrits sur des panneaux dans les villages que je traverse ou devant l'école. J'ai photographié chacun de ces panneaux pour me refaire un fil...

C'est la quatrième fois que je me rends au Laos (premier séjour en avril 1975) puis 1994, 1998. J'observe de grands changements. D'abord, pour retrouver le Laos de 1998, il est vraiment nécessaire de s'enfoncer davantage (et c'est encore plus vrai au Vietnam). Les nouvelles maisons, bâties en pierre, disparaissent quand on s'éloigne d'une vingtaine voire d'une trentaine de kilomètres des petites villes. On retrouve alors une campagne où toutes les maisons sont sur pilotis et construites en bambou et avec des feuilles de bananiers. Dans ces villages, les femmes portent encore la jupe traditionnelle; les villageois se lavent à la rivière. Second changement : je ne me l'explique pas mais je le constate. Les visages féminins, à partir d'une trentaine d'année, sont "marqués", tâchés... comme si la vie était dure. Un certain nombre de portraits le montrent clairement. Incidence de la pollution ? des engrais ? Dans de nombreux endroits, les petits enfants avaient peur de moi. Ils n'avaient sans doute jamais vu un blanc. En revanche, beaucoup, beaucoup d'accueil, de visages souriants... Si je demandais de l'eau ou du thé, j'en recevais. Les écoliers partageaient avec moi leur pamplemousse. Dans un village où il n'y avait pas d'épicerie, des villageois m'apportèrent du riz cuit et des bananes. Si une famille mangeait sous la maison, souvent ils me faisaient comprendre que j'étais le bienvenu à leur table.

Ne parlant pas le laotien - et eux ne parlant pas l'anglais ou le français -, j'avais des phrases écrites en laotien sur un papier. Par exemple : Puis-je dormir quelque part ? Cette demande n'était pas évidente pour les hommes à qui je m'adressais. Personne ne me proposa, comme en Thaïlande, de loger dans sa maison. J'ai donc fini par me rabattre sur ce qui marche toujours : demander l'hospitalité dans les pagodes. Pour cela, on s'adresse au plus vieux bonze et on lui montre cette fameuse phrase, cette fameuse question : puis-je loger quelque part ? Une des photos montre précisément ce moment de demande. La première nuit, le bonze a téléphoné à son ami le policier qui est arrivé 5 minutes plus tard. Il m'a posé des questions en anglais et a donné son feu vert. En fait, comme au Cambodge, si la police s'en mêle, c'est simplement pour que je sois en sécurité. La seconde nuit, le vieux bonze a ri et m'a montré la terrasse où je pouvais monter ma moustiquaire. Dans cet accueil à la pagode, on ne reçoit pas à manger le soir... mais bien le matin si on va à la prière matinale. Les villageois qui assistent à cette prière, amènent de la nourriture pour les bonzes puis mangent les restes quand ils ont fini. J'étais toujours invité à cette partie du repas.

Dans le village de Ban Nasea, les bonzes m'ont fait comprendre le matin que je devais suivre les villageois qui s'enfonçaient dans la forêt. Nous sommes ainsi parvenus dans une clairière où une maison avait brûlé. Le village se réunissait pour la célébration funéraire qui commença par la recherche des os, un lavement des os, le modelage d'un corps dans la cendre... et une très belle cérémonie avec un fil blanc (un fil de vie). Je n'ai quitté le village que vers midi car une très belle cérémonie d'offrandes et de prière a succédé à celle de la clairière. Voyez sur les photos comme les femmes en prière sont profondes, belles, élancées vers le divin...

Muang Ngoi Dans le Nord du Laos, ce fut mon second séjour à Muang Ngoi. C'est un lieu tranquille, presque inchangé en 15 ans. Tout de même : les guesthouses confortables sont plus nombreux et tapissent le versant face à la rivière. De nombreux touristes, avec sacs-à-dos, arrivent ici pour 24 heures, deux jours, trois jours. On arrive dans ce village au bord de la rivière Nam Ou en venant du Nord ou du sud en pirogue à moteur. On en repart d'ailleurs de la même manière. Mon désir était de quitter le village par la terre, en faisant une grande boucle qui me ramènerait à Nong Khiaw, une petite ville au sud. Évidemment pas de cartes... mais mes ressources Google Earth préparées à l'avance et stockées dans la précieuse tablette. Avant de partir, j'ai posé des questions aux villageois sur l'existence des villages Ban Phone et Ban Don que je voulais rejoindre. Ils m'ont confirmé leur existence, qu'un chemin existait... mais m'ont appris quelque chose qu'on ne voit pas sur Google Earth : il y avait un dénivelé de 1500 mètres entre Muang Ngoi et Ban Phone. Heureusement que j'ai pu apprendre cette "donnée" avant mon départ... sinon je me serais découragé tant la pente était raide. Avec un sac-à-dos de 14 kg, je n'en pouvais plus. Le chemin en terre était raide à mourir, sans méandre, raviné... Je manquais d'eau tant je transpirais et souvent je devais compter 1, 2... 1, 2... pour soutenir l'effort. Après 5 heures de marche, je suis arrivé dans un village sans électricité. Les hommes et les femmes étaient tous devant leur maison à assembler des brosses avec de belles herbes. J'ai facilement trouvé une maison où loger car des treks passent dans ce village et des familles sont habituées à les loger. Mes hôtes étaient très accueillants. J'ai dormi avec toute la famille dans la pièce commune. Le soir, ils ont construit avec des fils et des toiles des espaces : un pour la grand-mère, un pour les parents, un pour les jeunes filles et un pour moi ! Ils ont aussi cuisiné. Les prix étaient peu élevés. De mémoire : 4 $ pour la nuit + le repas.

Le village était sans électricité. Donc pas de télévision ! Quel bonheur. J'étais au lit à 7 heures du soir et j'entendais les villageois papoter autour des feux dans les cuisines. Le lendemain, j'ai marché 3 heures jusqu'à Ban Don. Ça montait toujours mais c'était moins dur. Alors que je n'avais croisé quasi personne la veille, une dizaine de motos m'ont croisé sur la route durant la matinée . Ceux qui savaient que j'avais logé dans leur village (Ban Phone) me saluaient joyeusement.

A Ban Don, un village avec un tout petit marché, des hommes m'ont dit qu'un bus allait arriver vers midi. Et il est arrivé ! J'étais fatigué car j'avais eu un accident de moto au Vietnam. J'ai donc décidé de le prendre. Ce fut un trajet fantastique - que je referais volontiers à pied. Durant 1 h 30, ce bus, sur une piste en terre, a suivi un chemin de crête à 2000 m d'altitude. Le paysage était magnifique. De chaque côté, la vue portait à 50 km. Puis soudain le bus a amorcé la descente, rejoint une route provenant du Vietnam et rejoint Nong Khiaw.

Pascal

Lien avec les photos : Via Facebook (https://www.facebook.com/media/set/?set=a.900234870085722.1073741832.100002976530968&type=1&l=45aaeeea70),





Pascal
32 321 Veteran ·
Salut,

Personne ne me proposa, comme en Thaïlande, de loger dans sa maison.

Après près de 200 jours de marche dans les zones les plus reculées du pays, et la totalité des nuits passées chez l'habitant, voici ce que j'en ai retenu : dans ces coins on ne demande pas, ou on n'attend pas, l'hospitalité. On la prend (nan, je ne fais pas de la provocation gratuite...).

Dans ces endroits en effet (en tout cas dans les zones où l'on ne peut se rendre qu'à pied), la nécessité pour le voyageur d'être hébergé est un tel impératif, en tout cas une telle évidence, qu'il est superflu pour lui de le solliciter. Après les formalités d'usage (la présentation de soi-même et de son projet) il suffit d'annoncer, tout de go, à l'hôte désigné : « Ce soir, je dormirai chez toi ».

Et c'est plié.

Personne n'est choqué, tout le monde trouve cela normal. Au pire si l'hôte désigné, pour une raison quelconque, ne peut pas recevoir ce jour-là, il conduira tout naturellement le visiteur chez un voisin.

Par ailleurs la technique des phrases traduites sur un papier (que j'ai utilisée autrefois dans le Guizhou) n'est efficace que si les questions posées sont fermées (ici dont la réponse ne peut être que "oui" ou "non") et sans aucune ambiguïté : votre question « Puis-je loger quelque part ? », outre la qualité de la traduction, a pu être interprétée de plusieurs façons par les locaux. Il aurait fallu être beaucoup plus direct avec un « Puis-je loger chez vous cette nuit ? » (ou « Puis-je loger dans votre village cette nuit ? »).

A + 321
200 jours à pied, seul, sans guide, aux confins du Laos : CLIC
CL CLick Veteran ·
Bonjour, Je trouve votre parcours original. Je vois pas trop l’intérêt de la marche à pied pour le plateau des bolovens. (opinion personnel) Distance importante, route longue parfois sans grand intérêt.

Par contre je vous rejoins pour la deuxième partis de votre périple Muang Ngoi. La ville en soit est un repère pour touristes, mais les treks à faire avec les nombreux villages autour sont tout simplement génial.
PA Pascalderu ·
Au Cambodge, lors d'une marche semblable, nous avons utilisé la phrase plus directe : pouvons-nous loger dans votre maison ? De fait, elle appelle davantage une réponse du type oui ou non. Cette année, au Laos, avec une phrase comme "puis-je loger quelque part", j'avais choisi de permettre à celui que je rencontre d'entrer dans une réflexion sur ce qu'il est prêt à donner.

C'est mon choix, laisser à la personne le choix d'accueillir... ou non.

Par ailleurs, je comprends que s'il n'y a pas d'autre choix, on ne laisse pas quelqu'un sur le carreau et dehors.

Amitiés

Pascal
Pascal
PA Pascalderu ·
Mon but n'est plus d'aller dans les tribus... mais de croiser la vie paysanne. J'aime la campagne. Ce que j'ai marché sur le plateau des Bolovens, répondait bien à mon désir et j'ai traversé de beaux villages hors du système des treks à répétition. Il y avait donc une fraîcheur dans l'accueil des villageois, des invitations spontanée à partager un repas. Parfait pour moi...

Amitiés

Pascal
Pascal
CL CLick Veteran ·
Bonjour Pascal je vous souhaite de continuer à voyager comme cela. Bonne continuation à vous.
MA Maranto Regular ·
Bonjour Pascal, Je me permets une intrusion ici car je cherche des infos sur un voyage à pieds et vous évoquez le Togo. Pourquoi pas; Pouvez-vous m en dire plus? Ce qui m inquiète c est l eau!
Marion, www.ur-dv.com
PA Pascalderu ·
Les filtres à eau

Le problème de l'eau est réellement simple en reconnaissant qu'il est capital. On le règle en achetant un filtre à céramique ou un filtre paille. C'est sans aucun rapport avec des pastilles Micropur qu'on met dans l'eau pour désinfecter. Le vrai problème, ce sont les amibes et les protozoaires qui sont si petits qu'il est nécessaire d'avoir des "mailles" qui les arrêtent lors du filtrage.

Il existe actuellement deux systèmes qui y réussissent à quasi 100 % (99,999999999 %) : les filtres équipés d'une pierre céramique dont le plus connu en Europe s'appelle Katadyn. Ce filtre contient une pierre en céramique. L'eau est pompée dans la l'évier, la rivière, la mare: elle entre dans le filtre et une compression oblige le liquide à entrer dans les pores de la pierre. Ces pores sont de dimensions inférieures à celles des amybes et protoz. L'eau entrée dans la pierre ressort par le bas directement dans la bouteille qu'on a vissée dessus. Boue et saletés restent sur la paroi extérieure de la pierre qu'on nettoie régulièrement. Je n'ai donc jamais été infecté en 25 ans. Je conseille plutôt le modèle normal "Combi". Il existe en effet un mini katadyn "Pocket"... mais dans les pays chauds, le pompage est fatigant et finalement on boit tout ce qu'on a filtré pour apaiser l'effort. ce qui n'est pas le cas d'un filtre katadyn classique, le Combi (750 gr) : une minute pour un litre. La pierre est valable pour 30.000 litres. (Documentation sur https://www.katadyn.com/fr/fr/103-8017685-katadyn-combi_eu)

L'autre système est plus récent : ce sont des pailles filtre. elles ont l'avantage d'être hyper légère. On boit à même la source, l'évier, la rivière, la flaque. Il y a un réel effort de la bouche pour lancer l'aspiration. Ensuite c'est facile. Un système de gravité, grâce à une poche livrée avec, permet aussi de remplir une bouteille. C'est un peu plus lent que le filtre Katadyn... mais beaucoup moins cher (environ 30 euros). La protection est équivalente à celle des Katadyn. La structure de filtrage est constituée de lamelles souples et valable pour 100.000 litres !

Pour les deux systèmes, on émet une réserve pour la présence d'excréments dans l'eau. Le filtrage chimique a été résolu (engrais chimiques dans les eaux, par exemple) par l'usage d'un filtre au charbon (dans le Katadyn, il y a une place interne où il peut être ajouté). Le filtrage ne fonctionne pas avec de l'eau salée ou de l'eau de mer. Un des avantages : on ne doit pas faire bouillir et on peut ainsi boire de l'eau fraîche.

J'ai testé les deux en situation pleine (flaque dans les Alpes, eau du Mékong, rivières au Togo). Les deux fonctionnent bien. Pour une course d'un jour, certainement la paille. Pour une marche de 15 jours, j'hésite à dire ce que je ferais... car je n'ai découvert la paille qu'il y a une année. C'est sûr que le filtre est plus confortable... mais c'est du poids.

Amitiés. Pascal
Pascal
MA Maranto Regular ·
Et bien merci Pascal pour ces explications bien détaillees!! J ai entre temps trouvé votre recit sur le togo et ça nous, tente énormément mais...quand je parlais de l eau c Est surtout le fait de trouver de l eau qui m inquiète!! Si leq villages sont trop éloignés les uns des autres comment faire...nous n avons fait des voyage assea aventureux mais jamais à pieds (à part un trek de 4jrs en Papouasie) là je voudrais vraiment passer deux semaines à pieds de villages en villages, en marchant un peu ou beaucoup selon les jours et les rencontres. Mais jaimerais passer chaque jour par un.village pour les rencontres l eau la nourriture...je dois trouver le bon pays!!
Marion, www.ur-dv.com
PA Pascalderu ·
Bonjour Marion,

Sauf réserve sur certaines régions, il y a toujours de l'eau quelque part. Au Togo, dans les régions du centre, je traversais 3 à 4 villages par jour... et une village a toujours un approvisionnement en eau. Il n'existe pas de cartes avec les pistes... mais en allant dans une direction 1. la piste passait toujours par des villages (distances entre 2 et 10 km) - 2. il y a des ruisseaux et des rivières en chemin - 3. avant de quitter un village, je demandais toujours quel était le nom du prochain village et quelle était la distance (= le temps à pied).

Je pars aussi du principe que si j'ai une idée de départ (au Togo j'allais vers le Ghana), mon voyage peut changer d'objectif en chemin parce que tel ou tel événement se passe. C'est précisément parce qu'on est à pied, sans horaire, qu'on peut dire "oui" à quelque chose qui se passe (un enterrement, une fête de mariage, un moment plus long avec un homme, une femme, une famille)... et le merveilleux de ces marches est relié à ce oui qu'on a pu vivre. C'est finalement pas du tout la même chose d'être en vélo... et forcément en moto. A pied, on est pleinement dans le présent. On entend tout, on est conscient de beaucoup. On peut s'arrêter en une seconde et se rendre disponible.

C'est vrai que c'est inhabituel de partir sans guide et sans carte (faute qu'elle existe)... mais c'est parier sur la bienveillance et la bienveillance ça existe si on ne tente pas le diable en marchant dans des zones à risque comme l'Afrique du Sud, le Congo Kinshasa, etc. Au Togo et dans les pays francophones avoisinants, il y a aussi une règle d'hospitalité. En arrivant avant la tombée du jour, il faut demander à être conduit chez le chef local. Il pose des questions et indique un endroit où on peut loger. C'est gratuit. Comme c'est toujours gratuit de loger dans une pagode en Asie (s'adresser au vieux bonze). Différence entre une hospitalité en Asie et au Togo. Etre accueilli dans une famille, c'est aussi recevoir à manger. Surtout ne pas donner d'argent en échange pour que le don reste un don. Mais s'investir dans le lien, dans le jeu avec les enfants, ... En Afrique, avec "le système du chef", il y a un désinvestissement des familles à ton égard. Tu as reçu un lieu pour dormir... mais finalement personne ne s'occupe de toi. Tu dois demander une casserole à prêter, si tu peux profiter d'un feu allumé. S'il n'y a pas de magasin dans le village, il faut compter sur le kilo de riz qu'on transporte et être heureux de manger ce riz... Je voyais bien la différence avec les africain.e.s qui prenaient soin de moi en chemin (donc sans l'intermédiaire d'un chef). L'accueil était plus ample; je recevais des bananes, du riz... Les personnes étaient concernées, engagées dans leur bienveillance.

La fameuse pompe à eau que j'ai évoquée résout de nombreux problèmes d'hygiène et d'accessibilité à l'eau.

Bien sûr, au Togo, par exemple, il y a des saisons et des régions où l'eau manque ou est sale. Je pense au pays Tamberma (magnifique) où de nombreux puits sont "en panne" et il faut filtrer l'eau de mares peu attrayantes.

En Asie, nous avons toujours trouvé de l'eau (Indonésie, Cambodge, Thaïlande, Vietnam, laos, Birmanie, Chine - Yunnam.

Aujourd'hui, pour ne pas se perdre, il existe des ressources et cela vaut la peine de savoir si elles concernent la région qu'on va traverser. Je pense à osmand + (application libre) qui soit dispose de cartes précises soit en permet l'importation. Ce qui est génial, c'est que (comme sur Map.me - beaucoup moins précis car limité aux voies routières), il y a un GPS qui indique la position précise qu'on occupe (et cela sans internet)... ce qui permet de savoir où on en est par rapport à un village ou si on a dépassé une bifurcation qu'on devait prendre. Je m'en sers tout le temps en Europe. Ailleurs, ça dépênd des cartes disponibles sur Openstreetview. Un pays comme la Thaïlande, = parfait. Un pays comme le Laos ou le Togo, il y a deux ans, c'était zéro.

Donc pour le Laos, avant le départ, j'avais fait des photos d'écran dans Google earth, par tronçon de 5 km et j'avais tout stocké sur une tablette. J'ai ainsi fait 150 + 75 + 150 km... sans internet.

Vous parlez de 15 jours en immersion. C'est peut-être beaucoup. Commencez avec cinq jours. Prenez le temps de récupérer... puis repartez. Ce sont des marches fatigantes (poids du sac à dos, peu à manger, grand investissement au moment présent). De fois en fois, vous prendrez confiance en vous-mêmes et oserez sans doute plus par la suite.

De tels voyages n'ont de sens que s'ils ne sont pas des "exploits". Moi, ce que je reçois le plus... c'est précisément d'apprendre à recevoir. De permettre à l'autre de me manifester sa bonté, d'avoir le pouvoir de la bonté. Ce sont des voyages en humanité. C'est sans doute la raison pour laquelle je ne veux pas que de l'argent intervienne (même si forcément je suis le plus riche). Intérieurement, je m'engage juste à rendre à d'autres ce que je reçois dans de tels instants.

Amicalement. Pascal
Pascal
MA Maranto Regular ·
Merci Pascal, je partage votre visiondes choses et je suis ravie de voir qu il ya des possibilités pas trop "compliquées". Eneffet le voyage à pieds sera bien différent et tout prendra une nouvelle dimension, c est pour ça que j y tien. Le voyage en moto nous connaissons pour avoir passé 3 semaines en Mongolie, avec une Partie dans le Gobi qu on nous deconseillait. Là aussi les rencontres furent fantastiques er croire en l humain était indispensable! Bref, nous sommes prêts pour de nouvelles aventures!

Une dernière question : quelle région du pays me conseillez vous? Du moins quel point de depart? Ce serait probablement pour mai. Du moins si nous choisissons ce pays car nous hésitons grandement avec l'Iran!
Marion, www.ur-dv.com
MA Maranto Regular ·
(J avais aussi pensé à aller de Cotonou à Lome mais pas sur que ce soit tres intéressant)
Marion, www.ur-dv.com

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