Carnet: une maman, deux enfants, dix jours dans l'Ouest américain
Il y a déjà des centaines de carnets sur l’Ouest, mais il y en a un que je n’ai pas trouvé : celui d’une maman seule avec ses enfants. Ça change quoi ? pourrait-on se demander. Ça change que quand on est seule, on ose moins. On est plus anxieuse.
Du coup, dans mes choix, je n’ai pas pris le moins cher, mais le plus rassurant. Quitte à faire des choix bizarres, comme celui d’acheter un deuxième GPS, identique au mien, mais avec la carte USA.
Ça s’est très bien passé avec les enfants, qui ont adoré ce voyage, mais j’ai regretté qu’ils ne soient pas davantage capables de s’occuper de leur valise…
Samedi 13 avril Nous partons dormir à Bruxelles. Pour éviter le stress d'un départ matinal (l'avion décolle à 11h et nous devons être à l'aéroport à 8h), j'ai en effet décidé de prendre une chambre à l'Ibis Budget de l'aéroport. En chemin, je suis contente de moi : je ne suis même pas stressée ! J'en suis à m'auto-congratuler sur mon aisance à conduire sur les routes belges quand l'idée qu'un dépaysement plus important m'attend me traverse subitement l'esprit. Pourtant je suis toujours très satisfaite de moi en arrivant près de Brussels Airport. Malheureusement, la zone est en travaux, la route de l'hôtel coupée, mon GPS est impuissant et je suis désespérée. Je commence à me dire qu'on va dormir dans la voiture quand finalement, j'entre dans un autre hôtel où on m'indique le chemin. On est passés à cinq mètres d'un panneau provisoire pour l'Ibis sans le voir. Dommage, ça m'aurait évité pas mal d'adrénaline !
Dimanche 14 avril L'hôtel sert le petit déj à partir de 7h. Nous arrivons à 7h02, mais un groupe de japonais nous a coiffés au poteau. Du coup, il faut faire la queue pour tout, ça ne m'arrange pas... Surtout qu'après les aventures de la veille, j'ai pris la bonne résolution de partir très tôt, au cas où on se perdrait. Certes, on se perd un peu, mais on est quand même à l'heure. J'ai réservé une place au parking surveillé. On nous y réserve un accueil VIP et je gare ma Logan entre des porsche et autres. Le gardien pourra jouer à « cherchez l'intrus ». J'ai pris au sérieux les indications de l'agence de voyages où j'ai acheté les billets d'avion : nous arrivons donc avec trois heures d'avance. Nous sommes quasiment les premiers, et les formalités se déroulent en quelques minutes. La dame est plutôt sévère, mais tout se passe bien. Ensuite il ne reste qu'à attendre longuement l'embarquement. Pour l'avion, j'ai prévu des livres et des jeux pour les enfants. Je n'aurais pas dû : ils passent les huit de vol jusqu'à New York à scruter l'écran tactile devant eux. Bon, je leur donnerai une bonne éducation une autre fois. Nous débarquons à JFK. Tout va bien. Euh... c'est la queue pour l'immigration, ça ? Ah, finalement tout ne va pas si bien. Nous attendons deux heures. Je repère un panneau « Quick Connect ». Je me renseigne : les passagers qui doivent embarquer dans moins de trois heures ont le droit de prendre cette file qui est déserte. Je n'ai pas le droit, car j'ai au départ cinq heures devant moi. Quand j'arrive devant l'officier deux heures plus tard, il ne me reste en effet plus que trois heures. Ce n'est pas grave car à partir de là tout va très vite. L'officier, très gentil, ne pose pas beaucoup de questions et m'indique où me rendre ensuite. Près du carrousel des bagages, nos valises nous attendent, bien alignées. Les employés rigolent en voyant que les enfants partent à Vegas. Il faut reconnaître que ce n'est pas tellement une destination pour eux ! Nous dînons au Burger King puis nous tuons le temps avant l'embarquement en jouant avec mon Rubik's Cube La Vache Qui Rit. Un couple de voyageurs assis en face de nous suit l'affaire avec intérêt. L'honneur est sauf car je triomphe du cube diabolique. L'avion suivant ne correspond pas à ce que j'avais vu sur internet (le terminal non plus, d'ailleurs). C'est un petit machin vieillot avec deux rangées de trois sièges et pas d'écran sauf un petit truc de la taille d'une tablette, suspendu au-dessus des passagers à intervalle régulier, qui diffuse des consignes de sécurité et rien d'autre. Pas grave, il est minuit à notre horloge biologique, on va sûrement dormir. C'est sans compter sur le fait que les autres passagers pètent la forme et que l'absence d'écran pour les occuper les incite à bavarder bruyamment et à s'interpeller d'une rangée à l'autre ! Nous sommes assis devant une famille d'Américains survoltés, mais je ne veux pas leur demander de se taire : avant le décollage, j'ai déjà demandé à l'ado derrière moi de cesser de faire des percussions sur la tablette au dos de mon siège, car ça me secouait en rythme (quel abruti, entre nous). C'est une famille de musiciens, il faut croire, puisque son petit frère finira le vol en chantant à tue-tête. J'ai mis des bouchons d'oreille mais c'est une erreur : ça filtre le bruit de l'avion, et du coup je n'entends que mieux les voix. Les hôtesses vendent des repas à un prix prohibitif, et bizarrement, l'odeur est repoussante. Ce n'est donc pas avec un port de reine et un teint de princesse que je pose le pied à Las Vegas. J'appréhende un peu de prendre la voiture en étant si fatiguée, mais tout se passe bien. Chez Hertz, l'employée, charmante, essaye avec le sourire de me refiler tout ce qu'elle peut (assurance, voiture plus grande, voiture plus chic, GPS...) mais je suis en mode radin. La boîte automatique, c'est très facile à maîtriser, même quand on est un peu godiche. En revanche pour ouvrir le coffre il faut au moins un Master, et éteindre les lampes dans l'habitacle est réservé à l'élite. Enfin, après pas mal de jurons et de désespoir, j'y arrive. Coup classique, le GPS a le mal du pays, il ne trouve pas ses satellites (en plus, surprise du chef, il n'y a pas d'allume-cigare. Heureusement que j'ai emporté aussi un câble USB !). L'employé sur le parking m'a dit qu'il fallait tourner trois fois à droite pour rejoindre le Strip. Facile. Mais les panneaux des rues sont placés différemment de chez nous, et il faut croire que je rate le dernier tournant. Nous roulons, roulons, roulons. Ambroise s'étonne qu'il y ait des tracteurs sur le Strip. Euh, suis-je bien sur le Strip ? En fait non, je m'éloigne de Las Vegas. Demi-tour, pas de panique, je vais trouver... C'est le faisceau lumineux du Luxor qui me guide comme un phare. Kitsch, je t'aime. Nous rejoignons enfin le Strip, par Tropicana Avenue. Nous patientons à un feu rouge à côté de la statue de la Liberté du NYNY. Elle est constituée de blocs d'une matière bizarre. Je sais aussitôt que Vegas n'est pas pour moi, et étrangement, ça me réjouit : au moins, je n'aurai pas de regret que notre séjour y soit si court. Nous entrons au Flamingo, je me gare d'abord par erreur sur un emplacement réservé au Valet Parking, puis je trouve une place autorisée. Malédiction, il faut faire la queue au check-in ! J'ai dû faire des choses affreuses dans une vie antérieure pour mériter ça. Je prépare un billet de vingt car j'ai décidé d'employer la tactique du sandwich. Je salue le guichetier par son prénom (c'est facile, c'est écrit sur son badge et par chance, ses parents ont choisi quelque chose de facile à prononcer) et lui demande un upgrade. Il sort le billet du passeport et m'adresse un gros clin d'oeil. Bingo, chambre au vingt-huitième étage avec vue sur les fontaines du Bellagio ! C'est une Go Deluxe, elle est incroyablement confortable et agréable. Nous sommes trop surexcités pour avoir sommeil bien qu'il soit minuit ici et qu'en France on soit déjà le matin. Mais les lits sont si douillets que nous finissons par sombrer.

J'ai promis aux enfants qu'on irait au zoo du Mirage en sortant de table, mais il fait très chaud. Nous allons donc visiter le Venetian en attendant que la température s'adoucisse. C'est étrange, on se croirait à Disneyland, mais version « Mickey en Italie ». Nous entrons dans une boutique de magie. Le vendeur, un jeune homme à la moustache recourbée, nous fait une démonstration avec les différents tours en vente. Il est sympa comme tout, nous passons un très bon moment.
Un tour rapide au Caesar, qui me semble moins toc que son homologue vénitien, puis nous entrons au zoo du Mirage. Les enfants n'ont jamais vu de dauphins, ils sont enchantés. D'autres touristes ont payé pour nager avec ces charmants mammifères, c'était très cher je crois, mais ils n'ont droit qu'à un misérable plongeon d'une minute. Nous restons des heures à regarder le bassin, de l'extérieur puis du dessous. Dehors il fait chaud, et contrairement à mon habitude, j'achète des cocas. Les gobelets n'ont pas de couvercle et bien sûr je m'asperge les jambes et les pieds (et aussi un peu l'appareil photo).
Ensuite nous passons dans la partie félins, et Octave est choqué par la taille des enclos. Les félins sont beaux et semblent paisibles. C'est vraiment un zoo minuscule et le coût est prohibitif, seule la présence des dauphins justifiait pour moi de le visiter.
Deuxième tentative à la piscine : cette fois c'est la bonne, sauf que ça ferme dans vingt minutes. En même temps, la piscine réservée aux enfants est à peine plus grande que ma baignoire, alors pas de regrets. Le toboggan ne fonctionne que le week-end, et il est dans la partie réservée aux adultes*.
Nous tentons le volcan du Mirage, et nous gelons dans le vent qui souffle de plus en plus fort. Tellement fort qu'il faut se rendre à l'évidence : le show est annulé. Dommage.
Nous nous couchons ravis de cette journée à Vegas, mais je ne pleurerai pas en repartant demain.







Nous filons vers Monument Valley et arrivons à 17h, heure locale. Nous avons tout juste deux heures pour faire la Valley Drive avant le coucher du soleil. C'est magnifique. Les couleurs sont resplendissantes. Vraiment, c'était un super tuyau de le faire en fin de journée. J'achète des lance-pierres aux enfants, vingt dollars pièce ce n'est pas donné, mais c'est de l'artisanat local. Le lendemain, je verrai les mêmes à neuf dollars à la boutique du Goulding's, et la dame me dira qu'ils ne sont pas faits ici. C'est la vie...
Je m'arrête également au corral pour réserver la promenade à cheval du lendemain matin. Je suis reçue par un jeune Navajo un peu simplet. Je ne comprends rien à ce qu'il dit, je crois qu'il a un défaut de prononciation... Je veux faire une demi-heure de balade car nous ne sommes pas cavaliers. Ce qui m'intéresse, c'est juste de photographier les enfants à cheval dans MV, et de pouvoir me dire que je l'ai fait. Il me force la main pour que je prenne une heure. J'accepte à contre-coeur. Quand je regarde le ticket qu'il a rempli, je constate qu'il a écrit 810 dollars. Il ne sait peut-être pas lire : il a mis le solde dans la case de l'acompte, etc. Pas un chiffre n'est à sa place. Je lui demande combien je dois payer. Quatre-vingt dollars et dix de taxes. 810, c'était 80+10. ça me semble peu par rapport aux prix affichés. Peut-être que les enfants payent demi-tarif.
Nous continuons la Valley Drive mais la lumière décline rapidement. Je n'ai pas envie de finir dans le noir car la piste est dans un drôle d'état dans sa première portion, qu'il faudra emprunter pour rentrer. J'accélère donc un peu. Alors que je me gare au bord de la piste pour faire des photos, comme je l'ai déjà fait plein de fois, un guide navajo vient me dire que je n'ai pas le droit car je n'ai pas de guide. Je dois obligatoirement me garer aux points de vue « officiels ». N'importe quoi ! Personne ne m'a informée de cette règle lorsque j'ai payé mon droit d'entrée. Je souris poliment et fais semblant de m'exécuter mais termine la balade comme je l'ai commencée et comme tous les autres touristes l'ont faite : en me garant là où je veux (dans la mesure où ça n'est pas dangereux pour moi ou pour les autres, bien sûr).
Nous visitons le Monument Valley Museum dans l’enceinte du Goulding. C’est minuscule mais charmant pour qui aime le cinéma, surtout les westerns évidemment (c’est mon cas).


