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Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Discussion started by Douz on 2006-10-07
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Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Douz · 2006-10-07
Note à l'attention du lecteur :
Ce texte a été écrit il y a 26 ans maintenant. Déjà ! En tout cas dans sa version première. Car je l'ai modifié au fil des séjours et enrichi de mes découvertes. Cet article, dans différentes versions, a été publié dans divers journaux et magazines. Mais j'avais pris soin de modifier les noms des lieux à la demande des anciens du village qui, à l'époque, se battaient farouchement pour préserver leurs spécificités.
Sur 17 voyages en Inde, je suis retourné 12 fois dans ce village pour comprendre son fonctionnement. J'ai confié des bandes magnétiques à des linguistes qui attestent de vestiges de grec ancien dans le dialecte local. Lors de mon dernier passage en 1995 j'ai, avec un médecin, fait des pélévements sanguins à des fins d'analyses ADN, pour confirmer définitivement ma théorie selon laquelle les "Malana peoples" sont les derniers descendants des troupes d'Alexandre.
Je dois reconnaître que si certains historiens se sont ralliés à ma théorie, d'autres doutent encore malgré tout. Qu'importe. Ces recherches ethno-journalistiques ont animé une grande partie de ma vie. Et il n'en demeure pas moins que Malana aura été mon Eldorado, mon trésor, ma passion.
En 1995, Malana était déjà une étape réputée sur une piste de trek. Les jeunes villageois étaient de plus en plus attirés par la société de consommation qui pointait son nez avec l'arrivée des trekkeurs. Souvent de passage pour une seule nuit. Sans s'attarder sur les étranges sculptures gravées sur les temples et maisons. Sans s'intéresser à la population.
Selon mes dernières informations, du côté de Jari, l'un des villages par lesquels on peut rejoindre à pied Malana, la Fédération indienne construirait un barrage. Malana que les guides touristiques présentent désormais comme un lieu incontournable, ne serait plus que l'ombre d'elle-même, rattrapée par la "civilisation". Les anciens, gardiens des traditions, auraient-ils tous disparus ? Il va falloir que j'y retourne pour constater personnellement les dégâts. Mais j'ai peur de ne pas me remettre de cette nouvelle réalité.
En attendant vous pouvez, si vous le souhaitez, faire un retour dans le temps en lisant le texte qui suit, et découvrir le village tel qu'il était encore il y a à peine plus d'une décennie.
Pour les photos, il faudra attendre que je les scanne. À l'époque, le numérique n'était qu'une vue de l'esprit.
Malana, Athènes de l'Himalaya
Nichée depuis plus de 2000 ans au creux d'une vallée perdue de l'Himalaya indien, au nord de la plus grande démocratie du monde, subsiste une poignée d'hommes dont les ancêtres partis d'Athènes, virent s'établir au terme d'une fantastique épopée dans un village qui est aujourd'hui la plus petite démocratie du monde : Malana. Fabuleuse aventure que celle de ces soldats d'Alexandre-le-Grand qui réussirent à conquérir l'Asie Mineure, à maîtriser l'empire Perse, franchirent l'Indus en 326 avant Jésus-Christ et qui, après la mort de leur chef se sont éparpillés, là où il y a 4.500 ans naquit notre civilisation. Devenus peuples de légende, certains de leurs descendants vivent aujourd'hui au Pakistan. Les autres sont parvenus jusqu'ici.
À 2.600 mètres d'altitude, dans ce recoin minuscule longtemps oublié des hommes et ignoré des cartes, bloqués sept mois sur douze par la neige et uniquement desservi par un chemin qui grimpe à pic sur vingt-cinq kilomètres, ils parlent, travaillent et prient comme il y a vingt-trois siècles.
Héritiers des valeureux guerriers grecs ? Trois indices rendent plausible cette théorie : leur peau claire d'abord, qui exclut leur appartenance aux populations indiennes et tibétaines - dont la frontière n'est qu'à une centaine de kilomètres - et oblige les ethnologues à les rattacher à la race aryenne dont sont issus les indo-européens. Leur dialecte ensuite, qui n'est compris de personne aux alentours, comporterait encore quelques " vestiges " de grec ancien. Enfin, leur religion, polythéiste, où la chèvre, déesse de la fertilité, est la divinité la plus sollicitée. Ces croyances intègrent également des rites sacrificiels inconnus eux aussi des montagnards voisins.
Parias isolés dans un décor silencieux et grandiose, cernés de cimes et d'espace, les 1.400 habitants de Malana n'ont aujourd'hui encore pour patrie que des montagnes couvertes de pins, de rhododendrons et de cèdres. La plupart grandissent et meurent sans connaître Kullu, la ville la plus proche, à 60 kilomètres. Certains mêmes, n'iront jamais aux villages de Jari ou de Kasol, ultimes avant-postes de la " civilisation ", situés au pied de la montagne. C'est là, au fond de la vallée, que s'approvisionnent les randonneurs occidentaux ou indiens des hautes castes, convertis au trekking. Un bus brinquebalant conduit en quelques heures à la dernière étape carrossable avant l'ascension vers Malana : Kasol. Une grappe de maisons au milieu d'une forêt de pins, une gargote tenue par un couple de tibétains qui sert du thé bouillant, quelques minuscules échoppes vendant des biscuits, de la quinine à l'aspect douteux et de la ficelle.
Faciès occidental
"Vous montez là-haut ? Ils ne sont pas comme nous, vous savez… Ils ont une drôle d'allure " Aux petits sous-bois frais et espacés, succède un sentier de plus en plus escarpé sous un soleil de plomb. Quatre heures d'une marche éprouvante et première étape à Rashol. Premier contact avec des villageois qui n'ont déjà plus qu'une lointaine parenté avec l'Inde. Première vision du village accroché à la paroi, un temple en bois visiblement plusieurs fois centenaire, orné de mille ossements de petits animaux, dont les abords sont strictement interdits aux étrangers. Si la population - surtout les jeunes - est accueillante, elle ne se laisse pas approcher à plus d'un mètre. Les anciens, eux, ignorent purement et simplement toute présence étrangère. Seule la vue d'un appareil photo accroche leur regard. Mais pas question de le braquer sur eux, sous peine de voir les autochtones s'enfuir en bougonnant et en dressant les bras au ciel, comme pour le prendre à témoin.
Après une nuit à la belle étoile, restent une vingtaine de kilomètres. Le chemin est abrupt et il faut plus d'une heure d'effort pour voir disparaître, en contrebas, les derniers toits en tuiles de bois. Parfois un homme au faciès occidental, malgré une peau burinée par le soleil, surgit de la montagne. Vêtu d'une grosse toile, couleur de rocaille et d'un calot assorti, il a l'aisance d'un chamois entre les pierres branlantes. Plus loin, des enfants aux pieds nus frottent entre leurs paumes les feuilles qu'ils viennent d'arracher d'un buisson. Ils sourient. Mais au moindre signe d'approche, ils s'enfouissent dans les branches pour céder le passage.
Du haut du premier col, à 3.200 mètres d'altitude, apparaît sur le flanc opposé la tache sombre d'un village. Malana est encore à cinq bonnes heures de marche. Au fond de la vallée qui porte le nom du village tant convoité, un petit pont de bois se balance au-dessus de la rivière où des femmes viennent puiser de l'eau.
La passerelle franchie, l'escalade reprend. Grimper, encore et toujours… Mais cette fois ça y est : c'est Malana. Le village a beaucoup d'allure. Incliné en pente douce, il s'articule autour d'une artère principale dallée comme une voie romaine. De chaque côté, de solides maisons à trois étages - cent vingt en tout - construites sur le même modèle avec un évident souci pratique et une étonnante maîtrise. Les grosses pierres, taillées dans la roche, et les poutres ont été minutieusement intercalées en tenant compte du gonflement progressif du bois. Au premier étage, surélevée par de massives colonnes sculptées, une grande pièce, sans cloisons ni fenêtres, s'ouvre un large balcon qui encercle les quatre murs. C'est là que les artisans s'installent l'après-midi, face aux pics enneigés pour tisser ou filer. L'étage au-dessus est également réservé à la famille. Celle-ci comprend en général trois générations ; soit dix à douze personnes. Tout en haut, protégées par d'épaisses ardoises disposées sans fixation en accent circonflexe sur le toit, des réserves de fourrage garnissent les combles d'une collerette de verdure. Les chèvres au retour du pâturage, viennent dormir en bas, blotties entre les rondins, souvent en compagnie d'une vache et de quelques moutons.
Parsemés ça et là, des chantiers de construction, squelettes de poutres savamment entrecroisées, témoignent de la survivance de l'architecture ancestrale. Déjà des charpentes s'ornent de longues fresques : rosaces, svastikas, scènes de danses, de musiciens, de guerriers au combat, gravures de paons, d'éléphants, de chameaux et de lions, animaux légendaires que personne ici n'a jamais vus.
Métèques
Ces maisons que l'on élève pierre après pierre dans le respect de la tradition attestent que la population s'accroît. Une population déconcertante, dont le visage clair et triangulaire contrastent avec la rudesse du paysage. Une originalité ethnique qui apparaît surtout chez les enfants. Le regard, tantôt bleu ou vert, tantôt de braise est toujours farouche sous le calot brodé. De taille moyenne mais robuste, les hommes sont vêtus de larges chasubles de laine et de jute grossièrement rapiécé dont la couleur va du gris poussière au brun terreux, en passant par toutes les teintes de sable et de caillasse. Quant aux femmes, si de leurs lobes d'oreilles mutilés pend une douzaine de boucles d'argent, leur tenue vestimentaire reste des plus rustiques.
Le haut du village s'appelle Saraved. Le bas, Davared. Choisis très tôt, à peine adolescent, par leurs parents, les fiancés doivent chacun appartenir à l'une des deux communautés afin de prévenir les risques de consanguinité. Revêtus de leurs costumes de fête, les villageois se rassemblent le jour du mariage pour chanter et danser, comme ils le font chaque année le 15 août, pour célébrer le terrifiant Jamdagani ou Jammu, " patron " des divinités locales.
Quatre temples encerclent la place centrale du village. Aux allures de maisons hantées avec leurs toiles d'araignée scintillantes sous la lumière du soleil, ils sont consacrés aux esprits protecteurs. Mais tous n'y pénètrent pas. Car Malana, comme l'Athènes du IVe siècle avant Jésus-Christ, a ses indésirables, ses " non-citoyens ", qu'aucun membre de la cité n'a le droit de toucher et auxquels l'accès à certains lieux est interdit. Des intouchables ? En Inde, on y pense aussitôt. Mais non, les exclus ici ne font partie d'aucune sous-caste. Ce sont des métèques. Ce terme devenu péjoratif désignait dans la Grèce antique, tous les étrangers à la cité. Ceux qui vivant à Athènes depuis trop peu de temps n'y exerçaient aucun rôle politique et n'y avaient aucun droit. Vingt-trois siècles plus tard, à plus de 6.000 kilomètres de distance, à plus de 2.600 mètres d'altitude, ségrégation identique. Le chemin qu'empruntent les métèques pour traverser le village obéit à un code pointilleux : telle pierre doit être contournée, sous peine de sacrilège, telle autre peut être foulée dans encombre…
Sénat et chambre basse
Celui qui enfreint ce code, offense les dieux. Une faute impardonnable. Cherchant un promontoire pour mieux embrasser la splendeur du paysage, un trekkeur italien a posé le pied sur l'esplanade de dalles noircies qui fait face au temple. Il était loin de se douter que la terreur d'une immanente vengeance divine provoquerait chez les hommes du village, une indicible colère. Seul le sacrifice d'une chèvre - remède habituel - parvint à apaiser la fureur céleste et à rétablir un semblant de calme. L'offense était de taille : en foulant le dallage de l'imposant parvis surélevé, notre trekkeur piétinait en fait le Sénat : la Chambre haute, l'Agora d'Athènes. Dès qu'un problème surgit, c'est ici, devant ce muret que le citoyen en difficulté dépose une torche allumée. Pour les onze sénateurs de Malana - huit sont élus chaque année, les trois autres sont nommés à vie -, c'est le signal du rassemblement. Quelle que soit la position du soleil. Mais jamais la nuit. C'est ici que le cas est examiné et débattu. La partie jugée coupable est généralement condamnée à verser à l'autre une amende de quelques chèvres.
Le Sénat, organe législatif suprême, pouvoir judiciaire et religieux, joue ici le même rôle que jadis les neuf archontes de la république athénienne. Quant à l'Ecclésia, assemblée de tous les citoyens, institution la plus démocratique de la cité grecque, elle aussi a son équivalent à Malana : c'est la Chambre basse. Impressionnant de voir tous ces hommes, un représentant mâle par famille, réunis sur la place du village, assis sur l'herbe, un peu en contrebas de l'esplanade du Sénat
Gangaram, grand, sûr de lui, l'œil autoritaire et Kaula, trapu, excité, le calot de travers, s'opposent. Ils s'interpellent, se lancent des regards furibonds et vont jusqu'aux menaces… Une scène qui n'a cependant pas l'air d'inquiéter l'assistance. Bouilla, le nouveau président du village, qui vient d'être élu pour cinq ans, s'emploie à les réconcilier. Comme d'habitude, l'affaire se règlera à l'amiable. Avec son titre de " Pardan ", Bouilla préside de ce fait aux destinées de la communauté. Il partage le pouvoir exécutif avec quatre adjoints également élus. L'un d'eux s'appelle Schangatram. Il fait partie d'une des quatre famille métèques qui vivent à Malana. Son grand-père était originaire de Simla, la capitale de l'État de l'Himachal Pradesh, à 300 kilomètres. On ne sait pas trop ce qui l'a amené à Malana. Ce qui est sûr c'est qu'il n'en est jamais reparti.
Longtemps, seul homme du village à parler quelques mots d'anglais, Schangatram est naturellement devenu le guide et l'interprète des voyageurs de passage ; métèques comme lui. Tisserand l'hiver, lorsque la neige interdit l'accès au village, l'été il se reconvertit en aubergiste. C'est dans la cour de sa maison, la première du village en arrivant de Kasol, que s'échouent les randonneurs essoufflés. À tous, il offre un plat de riz et un endroit pour dormir. Et à ceux dont il reconnaît le regard brillant, il s'arrange pour fournir un peu de " bang ", une pâte hallucinogène que les enfants pétrissent à partir de feuilles de chanvre dont la vallée regorge. Jusqu'à un passé récent, cette drogue servait de monnaie d'échange pour acheter des outils ou du tissu de coton.
À partir de 1988, la Fédération indienne ayant appris l'existence de Malana, a voulu apporter un peu de civilisation dans ce recoin de l'Himalaya. Si l'État tolère la consommation de drogue chez les autochtones à des fins strictement religieuses, il a implanté une école dans le village. L'instituteur venu de Kullu y passe 6 mois de l'année. Il ne voit guère que le tiers des enfants fréquenter sa classe. Les autres restant affectés à la garde des troupeaux et à la fabrication du bang.
Avant l'arrivée de l'instituteur, tous les habitants de Malana étaient analphabètes. Du plus jeune au plus vieux. Ils ne parlaient même pas l'hindi, se contentant du dialecte local, comme ils l'avaient fait pendant des siècles. Si les villageois sont encore farouchement attachés à " la loi de Malana ", le passage de plus en plus fréquent de trekkeurs modifie les comportements et les coutumes locales Les sacrifices rituels sont de plus en plus souvent pratiqués en dehors du village. "La présence d'étrangers nuit au dialogue avec les dieux ", confie Schangatram. Alors, Bouilla, le prêtre-président, s'en va régulièrement plusieurs jours durant dans les montagnes alentour, converser avec les dieux, loin des regards impurs et des oreilles indiscrètes. Il est accompagné par des porteurs -jusqu'à quarante -, croulant sous les offrandes. Si la civilisation tente une entrée à Malana, les anciens veillent à ce que leur cité du bout du monde ne soit pas souillée. Après vingt-trois siècles, la plus vieille démocratie du monde veut rester intacte, fidèle aux principes qu'Aristote enseignant au jeune Alexandre.
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Yangguizi · 2006-10-07
C'est un récit magnifique, et une épopée historique extraordinaire que tu nous offres-là. J'ignorais totalement l'existence de cette communauté, et te remercie donc d'y avoir remédié.
On parle de descendants des soldats d'Alexandre dans certaines vallées du nord Pakistan, tu y fais allusion dans ton texte. Les as-tu rencontrés aussi?
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Dolma · 2006-10-07
Merci de nous avoir permis d'approcher Malana et ses habitants par ce magnifique témoignage.
Je voudrais bien savoir ce qu'il en est aujourd'hui de ce petit coin du monde... Je crains le pire !
Dolma
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Douz · 2006-10-07
Bonjour Yangguizi,
Tout d'abord merci pour le compliment qui me va d'autant droit au coeur que cette aventure a fait partie de ma vie pendant plus de 20 ans. Malana c'est mon Amérique à moi … (air connu)
Pour répondre à ta question qui prouve que tu connais le sujet, effectivement les Kalachs, considérés par les éthnologues et les historiens comme les descendants directs des guerriers d'Alexandre, sont repliés dans les zones tribales au nord-est du Pakistan.
J'ai pu y séjourner en 1982. Mais leurs traditions n'avaient plus rien à voir avec ce que j'ai découvert à Malana. Hormis les habitations qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau, les populations locales, elles étaient parfaitement intègrées et s'étaient converties à l'Islam depuis belles lurettes. Mais je n'y suis pas resté assez longtemps pour faire des recherches plus approfondies. En 15 jours on ne peut être que superficiel. Je me suis donc concentré photographiquement parlant sur les rares similitudes que je pouvais trouver.
Quant à la République de Malana, car c'est bien d'une république dont il s'agit, on peut penser sans risquer de se tromper qu'il s'agit des troupes avancées d'Alexandre.
Il faut se rappeler que 100 ans après la mort de leur chef, les descendants des troupes qui étaient restées en Inde, notamment au Rajasthan et au Paskistan (qui à l'époque ne faisaient qu'un), ont décidé de reprendre à leur compte le projet de leur illustre chef. Une deuxième vague d'invasion est donc repartie à la conquête du monde. Un groupe se serait dirigé vers les contreforts himalayens et un autre vers le sud est. On ne les a jamais revus.
Ceux de Malana pourraient selon moi être les descendants de cette deuxième vague partie à la conquête des cîmes himalayennes.
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Douz · 2006-10-07
Moi aussi, comme je le précise dans l'avertissement qui précède le texte. D'ailleurs, si quelqu'un est allé ces derniers temps dans la région de Kullu-Malani, qu'il n'hésite pas à me donner des infos.
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
CatherineGil · 2006-10-07
Votre texte me rappelle le splendide roman de Jean-Marc Moura : Gandara .
4° de couverture :
En 1938, une petite expédition dirigée par l'Orientaliste Pierre Mose découvre, dans le Nord-Ouest indien, la vallée perdue de Gandara et assiste aux derniers jours d'une civilisation restée deux mille ans quasi hors du monde. Les voyageurs intrus, d'abord incrédules, bientôt contraints d'admettre la réalité de ce qu'ils voient - de ce qu'ils vivent - tentent de déchiffrer le mystère de ce lieu incompréhensible .....
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Yangguizi · 2006-10-08
Je comprends donc que le Malana soit plus intéressant pour les ethnologues que le peuple kalash. Il me semblait toutefois - mais je peux me tromper car je ne connais que très mal le sujet - que les kalash désignait un ensemble de populations relativement large, et que seule une portion d'entre eux présentait toujours des liens culturels avec les descendants de l'armée d'Alexandre.
Toujours dans le même genre, ton récit me rappelle celui que j'ai lu il y a quelques années sur une communauté étrange vivant dans le Xinjiang chinois, et qui présenterait de troublantes ressemblances génétiques avec les peuples d'Europe méditerranéenne. Certains ethnologues et historiens avançaient alors une hypothèse passionnante, mais qui n'a pas je crois reçu l'adoubement de la communauté scientifique dans son ensemble.
Remontons le temps, quelques siècles après l'épopée d'Alexandre. L'Empire romain est alors en guerre sur ses marches orientales avec les parthes, puis les sassanides d'Iran. Suite à un désastre militaire, l'Empereur romain Valérien capitule devant le perse Shapur, et une partie de son armée est ainsi capturée et réduite en esclavage par les perses. Tous ces valeureux guerriers seront alors utilisés par les Sassanides pour combattre sur d'autres fronts, et notamment en Asie Centrale. En fonction de la fortune des armes, cette importante population militaire voyagera ainsi très loin jusqu'à l'Est, pour finalement s'établir dans cette partie de l'Asie Centrale aujourd'hui contrôlée par la Chine.
(j'ai comme un doute, cela a-t-il été déclenché par la défaite face à Shapur, ou bien par une défaite plus vieille de deux ou trois siècles, face aux parthes?)
Si l'hypothèse est fondée, alors ces particularités génétiques n'ont rien d'étonnant, même s'il est probable que beaucoup des soldats d'alors n'étaient pas d'authentiques romains mais plutôt des mercenaires ou auxiliaires grecs et autres.
Toutefois, à ce qu'il me semble, ces descendants des "romains" n'auraient guère réussi à préserver leurs traditions jusqu'à ce jour, et seul un lien génétique existe encore. Si certains ici ont entendu parler de cette histoire, ça m'intéresserait beaucoup d'en savoir plus.
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Lepiaf · 2006-10-08
Nous n'avons pas attendu longtemps pour te lire. C'est un plaisir et une découverte. Quand je pense que je suis passé non loin de ce village sans me douter un instant de son histoire. Rien dans mon guide, et personne pour m'en parler.
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Sch · 2006-10-08
Un très beau récit, merci Douz ! 🙂
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Guilomo · 2006-11-06
Et j'etais passe a cote d'un tel recit...honte a moi 😊
Je suis passe deux fois a Malana(2000 et 2002) et me rends tres regulierement dans la Parvathy Valley.Si j'ai pu apprecier la difference culturelle je n'ai pas eu le temps d'en connaitre les subtilites...alors merci a toi.
Le sacrifice de 27 beliers sur le toit d'un temple par un frais matin d'automne reste un grand souvenir pour moi ainsi que le retour seul par la Rashol pass ou je me suis perdu quelques heures dans le brouillard...
Malheureusement j'ai peur de devoir nuance le cadre enchanteur...
La production et le commerce a grande echelle du charras ont sensiblement changer les regles.De nombreux habitants du village sortent aujourd'hui de leur vallon et se confrontent au vaste monde...les dangers qui les guettent sont encore multiplies par l'argent facile(enormement !!!).
Si les regles de purite restent en vigueur dans l'enceinte du village, il n'en va plus de meme des le bas de la vallee !!!
Cependant la tradition reste forte.Pour combien de temps ?😕
Questions: As tu lu des demonstrations de la theorie helleniste ?Connais-tu le mythe fondateur du Dieu du village Jammu?As tu entendu parler des liens religieux et linguistiques avec un village au Lahaul(et meme peut-etre un autre au Spiti)?Quelle est la relation socio-religieuse avec Rashol?
Je devrai etre dans 3 semaines a Manikaran puis Khirganga...et la j'ai vraiment hate d'y etre !!!😉🙂
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Douz · 2006-11-07
Effectivement, plusieurs rémoignages attestent du changement de comportement des habitants de la valée. Déjà lors de mon dernier passage, il y a maintenant plusieurs années, les modifications des comportements étaient perceptibles ; surtout chez les jeunes.
Je rappelle que la base tu texte publié sur ce forum remonte à 1980. Et que mes voyages réguliers à Malana se sont étalés de cette date, à 1996. J'ai voulu le garder tel quel, comme un témoignage d'une époque aujourd'hui probablement révolue dans son intégralité. Même si tu confirme que les "règles puristes" demeurent dans le village.
Il est tout à fait évident que les descendants des guerriers d'Alexandre se sont établis dans toute la vallée de Kullu (proximité au moins phonétique des dialectes locaux avec le grec, mais nettement plus probant à MALANA selon mes recherches et notamment le travail des linguistes que j'ai contacté). De sorte qu'il est plus que probable que ces soldats de l'Antiquité, ont, pour certains, poussé l'aventure au-delà de cette vallée.
Lors de mon premier voyage avant de localiser Malana, un historien indien installé à Bombay, m'avait effectivement inddiqué que la légende évoquait la présence de descendants d'Alexandre vers le Laddak.
Effectivement, des similitudes religieuses et linguistiques avec des villages du Lahaul voire du Spiti m'ont été rapportés. Mais je n'ai malheureusement pas pu m'y rendre pour le constater personnellement, trop attaché à l'étude de Malana. Une étude qui, je dois te l'avouer n'a pas été tout de suite évidente. Au début, des similitudes me sont apparues comme une évidence. Ensuite, il a fallu se fratter sérieusement la tête pour trouver un lien avec Athènes sur tel ou tel usage local. Car bien entendu les siècles d'isolement ont brouillé les messages.
Quant à Rashol, c'est comme Malana. En plus petit. Et l'éloignement, somme toute modeste pour nous, des deux villages, a premis au fil des siècles quelques variations dans les usages. Mais la langue, reste celle de Malana, même si certaines variation apparaissent dans le vocabulaire. Et puis, les Malana people considèrent les populations de Rashol, un peu comme leurs inférieurs.
Enfin, il n'y a pas de honte à ne pas connaître l'histoire de ce village. Les guides n'en parlent pratiquement pas. Ou alors ils font d'énormes raccourcis. Il n'y a pas de livre là-dessus non plus. Et je dois avouer modestement que si certains guides ou sites indiens évoquent depuis quelques année, ce village comme la plus vieille démocratie du monde, mes recherches et mes passages répétés n'y sont peut-être pas étrangers.
Cordialement
Jean-Luc
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Guilomo · 2006-11-07
Je me suis pas mal interesse au cas de Malana egalement, mais n'ayant pas trop acroche avec les villageois je n'ai pas pousse l'experience...
Je reste cependant sceptique sur la descendance d'Alexandre(j'ai une licence d'histoire mais suis loin d'etre historien):en fait les armees quisont arrivee jusque dans la region de Taxila(pakistan) n'ont pas officiellement depasse l'Indus, ce qui reste encore fort loin de Malana...
De plus ces armees etaient principalement composees de mercenaires recrutes en chemin:donc finalement assez peu d'Hellenes...La probabilite pour que ceux-ci arrivent jusqu'a Malana me parait donc moindre.
Enfin s'il est evident que les habitants de ce village ne ressemblent pas a des indiens, je peux dire par experience qu'il en va de meme pour tous les habitants de la Parvathy Valley...quant au culte de Malana, il n'a rien a mon sens d'hellenistique mais semble bien etre rattache directement a l'Hindouisme...
En fait cette question aurait du etre mon sujet de memoire mais je n'ai trouve aucun prof pour me soutenir:d'apres eux il n'y avait aucune chance pour que cela soit possible.
J'aurai pas le temps cette annee de pousser mes recherches mais je te promet de me renseigner sur les liens avec le Lahaul car cette piste me semble la plus serieuse pour enfin comprendre le mystere des origines deMalana...
Ps:pour Rashol, qqchose de troublant, leur culte est totalement associe a ceux de Kullu(notament lors de la Dashera) ce qui n'est pas le cas pour Malana...
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Douz · 2006-11-08
Bonsoir,
Je comprends ton scepticisme, cependant, deux membres de Collège de France ne semblaient pas écarter cette théorie. Ils estiment que c'est 100 ans après la mort d'Alexandre que ses soldats - où plutôt leurs descendants - installés au Rajasthan (certes mercenaires pour l'essentiel) - et qui avaient adopté des rites et coutumes de leur chef, seraient repartis pour finir l'œuvre de leur chef. Une partie des troupes serait partie vers le Ladakh, la seconde vers le Sud ouest, mais dont même les légendes auraient définitivement perdu leurs traces.
Maintenant, les rites religieux, sont incontestablement emprunts d'une forme dévoyée de l'hindouisme. De l'avis des religieux hindouistes, on est très loin de leurs pratiques religieuses. Notamment au travers des nombreux rites sacrificiels rites sacrificiels (bélier à la tête tranchée) auxquels j'ai pu assister à de nombreuses occasions.
Mais personnellement, c'est plutôt sur l'organisation politique que j'ai travaillé toutes ces années. Et puis pour faire court, car le temps me manque ce soir (j'y reviendrai bien volontiers ultérieurement), les habitants de Malana se définissent eux-mêmes comme des rajpouts : ce qui signifie "fils de roi" (on pense immédiatement aux rois grecs du Rajasthan, d'autant que ce terme qualifie également les habitants du Rajasthan. Quant aux fresques sculptées sur les façades des temples de Malana, représentant guerriers et éléphants notamment m'interrogent singulièrement.
Il est vrai que dans toute la vallée, l'aspect des habitants est loin de rappeler l'Inde. C'est que les "guerriers" ne sont pas arrivés directement à Malana. Ce village est probablement le point ultime de leur épopée. Et puis, il y a mes enregistrements qui selon trois linguites attestent de la présence de vestiges de grec ancien dans le dialecte local. Agrémenté bien entendu de tibétain. On ne reste pas aussi longtemps dans un secteur sans en subir de multiples influences. Pour l'anecdote, en 1994 (année où j'ai receuilli ces fameux enregistrements de convesation et en faisant répèter des mots usuels comme le feu, l'eau, le ciel etc. j'ai rencontré à Malana un trekkeur grec justement. Je lui ai demandé s'il estimait que phonétiquement ce dialecte ne lui rappelait rien. Sans comprendre le sens des convesations il estimait que ce langage lui était assez familier. Dans toute la vallée de Kullu, mais à Malana cette "familiarité phonétique" lui apparaissait comme une évidence. Maintenant ma question l'a-t-elle influencé ? Les linguistes, eux, m'ont affirmé que de nombreuses racines avaient une proximité "assez troublante".
Maintenant, je ne mène aucunement une croisade. C'est la conclusion de plus de 20 ans d'intérêt pour ce village où j'ai séjourné plus de 16 fois, soit plus d'une année passée sur place. Je pense avoir réuni assez de "similitudes" avec le fonctionnement hellénique, pour faire part de ma théorie. Au début ce n'était qu'un simple reportage où il est vrai je partais d'une simple théorie, mais conforté par l'enthousiasme de plusieurs érudits indiens qui eux, se référaient à des légendes. Légendes qui n'ont jamais semblé incongrues aux historiens à qui je me suis confié. Et toute ces années je me suis plongé dans cette histoire qui me semblait des plus passionnantes. Mais je ne pense pas m'être autoconvaincu par simple conviction. Ni d'avoir convaincu les habitants de leur prestigieuse descendance, puisqu'eux-mêmes affirment être l'une des plus vieille démocratie du monde.
Bien à toi
Jean-Luc
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Guilomo · 2006-11-08
Bonsoir a toi,
j'entends bien qu'il ne s'agit pas la d'une croisade....
je suis sans doute moins objectif que toi ayant quelques mauvais souvenirs de certains habitants de Malana...et dans tous les cas moins bien informe...
Mes professeurs avaient eux-memes bien peu d'affinites avec le sous-continent et ne m'auraient guere encourage meme s'il avait s'agit d'une evidence...
N'hesites pas a faire suivre toute information supplementaire:je suis preneur!!!🙂
Je cherche desesperement les references d'un article que j'ai lu il y a plusieurs annees deja etqui parlait d'une societe matriarcale a Malana(ce qui serait l'oppose d'une cite grecque) mais dont je n'ai vu aucune trace.Pensant qu'il s'agissait la d'une fantaisie de journaliste, je me suis donc un peu persuade qu'il en etait sans doute de meme quant a la theorie helleniste...le lieu est tellement surprenant que l'esprit peut si perdre.
En tout cas ca me donne envie d'y retourner alors que je m'etais jure de ne jamais y remettre les pieds!!!Je suis vraiment trop court en temps cette annee(3 mois) car deja trops de projets(Pelerinage a Omkareshwar, Ardh Kumbh Mela a Allahabad, yoga a cote de Haridwar)mais c'est a mettre au programme pour une prochaine fois.
Par contre je connais quelques Malanais qui viennent regulierement sur Manikaran et je pense que je vais un peu les harceller 😉 Je devrais etre la-haut le 1er decembre...
Merci bien.
A plus.
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Cupda · 2006-11-09
En tous cas, c'est passionant, n'hésitez surtout pas à continuer à développer cette discussion...
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Douz · 2006-11-09
Bonsoir,
L'un de rares articles publiés sur Malana dans un magazine français (hormis le mien, même s'il a eu plus de succés en Italie et en Espagne) et dont j'ai eu connaissance ; l'a été dans Actuel vers le milieu des années 1990. À mon sens, il y avait beaucoup d'approximations pour être gentille, et évoquait justement une société matriarcale. Je ne sais pas si c'est à cet article que tu fais référence ?!
De toute façon, il est certain que Malana n'a rien d'une société matriarcale. De plus, seuls les hommes ont le droit de vote pour élire les représentants du Sénat, qui à son tour, procède à l'élection du président de la République locale, pour une période de 5 ans.
Bien à toi
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Douz · 2006-11-11
Bonjour,
Merci pour ta remarque. J'espère prochainement transmettre sur ce site quelques photos. Mais je rame un peu pour les numériser proprement, car je n'ai qu'un scanner à plat. Pour les N/B tirés d'une série d'expositions, ça génrère pas mal de poussière malgré le soin apporté ; quant aux diapos je ne parviens toujours pas à obtenir un résultat satisfaisant. Mais je vais persévérer.
Cordialement
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Parvat · 2006-11-11
Très, très interressant ce récit, cet échange...
Merci, merci tout plein! 🙂
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Guilomo · 2006-11-13
Ca doit sans doute etre cet article!!!
Comment peut on raconter autant de choses sans les verifier???
J'ai pose pas mal de question sur le role des femmes lors de mon premier passage a Malana:tout le monde m'a fait les yeux ronds, surtout lorsque j'ai evoque le passage de l'article qui decrivait le choix du futur epoux par les filles a l'interieur d'un temple dedie a cet effet...
Au final je crois que si ce "journaliste " est vraiment passe a Malana, il a vraiment du abuser des specialites locales pour en arriver a des conclusions aussi "fumeuses"😉
J'ai de belles photos moi aussi mais malheureusement en argentique, je suis tjs pas passe au numerique!!!
Faudra donc qu'on y retourne...😛 pour le plaisir des vfistes!!!
Ps:j'ai deja vu un article sur Malana dans le magazina espagnol Canamo, mais il parlait surtout du charras(normal pour ce journal specialise).
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Douz · 2006-11-13
Si c'est effectivement cet article auquel tu faisais référence, ça ne m'étonne pas qu'autant de bêtises aient pu être écrite. À une certaine époque, moi aussi j'ai collaboré à ce magazine. Il payaient plutôt bien. Mais le sensationnel primait sur l'information. Les responsables du mag voulaient systématiquement être en avance sur tout le monde pour sortir des affaires. Quitte à bidonner. Un peu, voire beaucoup. Un de mes articles, au nom du sensationnaliste a tellement été dénaturé au moment de sa publication, que je me suis résolu à ne plus travailler avec eux.
Ce dont j'ai retenu de l'article sur Malana, c'est que l'auteur était - à mon sens - largement à côté de la plaque. Selon les Malana people, ce "journaliste" ne s'est jamais présenté à eux. Seule preuve de son passage, c'est une double page couleur, sans intérêt particulier.
Comme tu le dis, il a sérieusement dû taquinner la production locale de fumette.
Côté photographie, moi aussi, je suis resté au bon vieux kodachrome 64 et à la Tri X pour le noir et blanc. Résultat, ça fait plusieurs moi que je scanne à tour de bras lors de mes rares moments de loisirs. Mais à mon sens, les résultats ne sont pas à la hauteur des originaux.
Tu sais que tu peux faire numériser tes meilleures photos argentiques et les faire graver sur un CD. La Fnac me semble la plus performante de ce point de vue. Mais comme j'en ai des milliers à numériser. Je m'en charge personnellement.
Bien à toi,
Jean-Luc
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Guilomo · 2006-11-13
Et c'etait vraiment du sensationnel son histoire, on peut dire qu'il avait au moins l'imagination feconde!!!😛
Je detaille pour ceux qui suivent la discussion:cet article presentait Malana comme un village indien tres original puisque dirige par les femmes(ce qui n'est pas une mauvaise idee en soi !!!).C'est elles qui tiendraient les bourses(ca c'est fort possible et se passe svt comme ca en Inde...et ailleurs 😉), qui fabriqueraient le charras(hash) qui est la production locale la plus lucrative, loin devant la laine, mais la partie la plus interessante de l'article detaillait avec moult details comment une fille en age de se marier choisirait son homme.Les garcons en age se reuniraient dans un temple special ou la fille entre et elimine un a un les pretendants jusqu'a ce qu'il n'en reste qu'un seul:l'elu de son coeur!!! C'est beau mais c'est du pipeau et je suis content que douz nous le confirme...
Comme quoi ce village perdu, seul a 2400m dans son vallon isole, attise toujours les curiosites...
Je ne resiste pas a vous livrer mes souvenirs:
fete de la dashera(octobre) a Kullu, toutes les divinites(leurs effigies en tous cas!!!) des valles de Kullu et Parvati se rassemblent en procession sur la rive ouest du Beas portees par les notables de leurs villages respectifs.108 selon la legende.Elles viennent se rencontrer mais surtout rendre hommage a la divinite principale, celle de Kullu ancienne capitale d'un petit royaume himalayen.Ou quand le religieux et le politique se melent inextricablement...
Seule la divinite de Malana reste sur l'autre rive et ne recoit la visite que de celle de Rashol(un village "cousin" de l'autre cote des cretes).Elle n'est la que pour observer et n'ira pas rendre hommage...une facon de marquer la singularite et l'independance de Malana qui ne peut etre rattache a aucun royaume...
Mais les choses changent vite dans notre monde moderne et peu a peu le pouvoir de l'argent rend ce village original et marginal un peu plus accessible chaque jour..."victime" culturelle du succes de la grande qualite de son charras(qui n'est semble -t-il plus que l'ombre de ce qu'il etait a cause du caractere aujourd'hui extensif et industrialise de la production pour repondre a l'explosion de la demande...)
Encore une fois il s'agit d'un exemple d'escroquerie journalistique...alors n'oubliez pas, quoi que vous lisiez:ce n'est pas parce que c'est ecrit que c'est vrai !!!🏴☠️
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Naps · 2006-11-16
tres interessant ce post...
je ne savais pas que les gens de manala avaient des similarites avec les kailash, je connaissais juste manala pour son charas et les sales histoires de disparitions d europeens, et comme je ne fume pas je m etais dit que ca ne vallait pas le coup d y aller.
tu parles des kailash du pakistan comme etant devenus musulmans mais quand j y etais il y a quelques annees ils ne l etaient pas et d ailleurs les pakistanais les appellaient les kafirs(infideles).
par contre leurs cousins du nouristan afghan(qui est de l autre cote de la frontiere qui n est pas loin de la valee de chitral)ont ete, eux convertis, un peu par l epee bien sur mais bon, chut...
aurais tu des infos sur ces nouristanis?
j ai bien envie d y aller un de ces 4, en plus il parait que la region est tre sbelle, tres boisee...
en tout les cas je le repete, tres bon post...
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Naps · 2006-11-18
ben alors les gars, pas de reponses?
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Guilomo · 2006-11-20
Non, apparemment c'est toi le specialiste du Pakistan ici...
Tes discussions(notamment avec leras) sur l'afghanistan sont tres interessantes.🙂
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Naps · 2006-11-21
mais la c etait sur les nouristanis afghans, qui sont eux aussi des descendants d alexandre.
enfin bon, je sais que ce st une region rarement visitee.
de toute facon je compte y passer d ici 1 an et demi, on verra bien...
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Guilomo · 2006-11-21
J'retournerai bien faire un saut a mon ancienne fac poser qqes questions a un ou deux profs...ces questions de descendants d'alexandre(son armee tout du moins) m'ont tjs interesse...
faudra que je te pose des questions sur l'afgha a l'occas:je compte pas y aller tant que c'est "chaud" mais c'est un pays que je visiterai...
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Naps · 2006-11-21
quand tu veux, ca sera avec plaisir.
et tiens moi au courrant si tes profs de fac t ont appris quelque chose sur les nouristanis, merci!!!
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Suisiya · 2006-11-22
Hello Fabrice,
Alors de retour sur le forum 🙂
Tu es ou ?
Siya
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Naps · 2006-11-22
salut miss!!
je suis en equateur, mais ca vaut pas l asie...
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Suisiya · 2006-11-22
Je crois que quand on a goûté à l'Asie, on a du mal avec le reste 😉
Allez je fais comme toi, pas décidée à être bavarde en ce moment
enfin j'ai surtout un taff qui m'attends dans qq heures 🙁
Tu reçois les mails ?
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Guilomo · 2006-12-18
Bonjour Douz,
ben voila, histoire de faire rebondir un peu le sujet je ramene quelques news tres fraiches de la Parvathi Valley, mais je ne suis pas monte a Malana.J`ai juste pose des questions au pandhits de Manikaran.Pour eux la population de Malana est originaire d`asie centrale avec de tres fortes relations avec le Tibet.Un article est egalement paru le mois dernier dans le Kullu News relatant les origines de Malana et parlant de la descendance du roi Sikhandar(?) et de fort elements tibetains dans le dialecte de Malana.
Les Pandhits m`ont egalement confirme les liens de parentee entre Jamuru et Hadimba Mata(Manali) et Cissu Mata(Lahaul).
Enfin un dernier point me parait primordial:l`endogamie stricte de cette communaute pourrait laisser supposer que la genetique a ete conservee.J`ai longuement observe les quelques Malanais que j`ai rencontre ces dernieres semaines:je ne vois rien de specifiquement hellene, ni meme occidental dans leur physique...
Alors voila, moi je suis pas du tout convaincu par la theorie de la descendance d`Alexandre...mais ca vaut toujours le coup de creuser, je ne demande qu`a etre convaicu par des elements irrefutables.
a bientot
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Douz · 2006-12-20
Bonjour Guillomo,
Toujours sceptique ! Tu as raison, le scepticisme fait avancer la réflexion.
Dans la vallée de Kullu, effectivement, depuis toujours, la théorie officielle sur Malana veut que ses habitants soient originaires d'Asie centrale. Je possède plusieurs dizaines de documents qui vont dans ce sens. Il suffit également de se référer aux nombreux sites sur la vallée de Kullu qui attestent cette version officielle.
Quand en 1980 j'ai mis les pieds pour la première fois à Malana, je n'avais pas d'avis arrêté sur la question, même s'il est vrai qu'à l'époque, j'étais venu en Inde à la recherche des descendants des guerriers d'Alexandre évoqués par de nombreux historiens, mais dont personne n’avait pu faire la démonstration qu'ils étaient allés beaucoup plus loin que le Rajasthan. En 2000 ans, on a le temps de " se fondre " dans le paysage.
Pour faire court, l’idée de ce qui allait devenir pour moi une véritable "quête " est partie d’une dépêche AFP dans laquelle un médecin indien originaire de Shimla, venu soigner les habitants d’un village perdu dans les contreforts de l’Himalaya indien, laissait entendre ce lien hellénique, notamment en raison de son organisation. Comme le nom de Malana n’était pas mentionné et que sa localisation restait très vague, j’avais eu un premier entretien avec un historien érudit de Bombay qui se basait sur une ancienne légende pour localiser ceux qu’il appelait " les descendants des guerriers d’Alexandre ", au Sud du Ladakh, ancienne province tibétaine annexée par l’Inde. Annexion qui s’est traduite par un conflit armé avec la Chine.
Bref, ceci induit incontestablement un lien avec le Tibet et la présence d’éléments de cette langue dans le dialecte parlé par les habitants de Malana. Mais peu de locaux, même aujourd'hui j'imagine, connaissent le Grec ancien pour en déceler la présence comme l’attestent les linguistes évoqués plus loin.
Mais à l’époque, je n'avais jamais entendu parler de Malana et la région proche de la frontière chinoise évoquée par mon historien de Bombay, était interdite et strictement réservée à l’armée. La seule route pour accéder au Ladakh partait du Cachemire. Il a fallu attendre 1989, si ma mémoire est bonne, pour que l’accès à la route Malani-Leh soit autorisé aux civils. La seule route pouvant remplacer celle qui reliait Srinagar à Leh, fermée à son tour en raison de la guerre civile au Cachemire. Pour moi, l’aventure allait s’arrêter avant même d’avoir commencé, puisque le Ministère indien de la Défense m’avait refusé catégoriquement l’autorisation de me rendre dans cette région. Autorisation refusée quelques mois auparavant à un cinéaste documentariste britannique, alors ont n’allait pas l’accorder à un français.
Un mois plus tard à Delhi, c’est par hasard que je suis tombé sur un article d’India Today qui faisait le récit d'une nouvelle piste de trek qui venait de s’ouvrir dans la " vallée de Kullu ". Quelques lignes évoquaient un village dont l’attitude des habitants et la description de ses temples (surtout de ses fresques), me rappelaient étrangement la dépêche AFP. Quinze jours plus tard, après avoir rencontré l’auteur de l’article, j’entreprenais un peu au pif car sans guide, l’ascension vers Malana qui, à l’époque, ne figurait même pas sur les cartes.
Tout ça pour dire que théorie selon laquelle les troupes d’Alexandre - je le rappelle, 100 ans après la mort de leur chef légendaire - seraient parties du Rajasthan pour parachever l’œuvre de leur chef défunt, ne s’oppose pas complètement à théorie officielle. La différence, c’est que moi, je prends en compte un espace-temps plus étendu, grâce à mon postulat de départ. Une piste de référence qui me permet de savoir où je vais et si les pièces du puzzle s’assemblent avec une certaine logique.
Dans le texte vulgarisé publié dans les carnets de voyages de ce forum, je dis bien, de façon certes très synthétique –puisque c’est un article et non une thèse universitaire-, qu’ils sont " venus s’établir ici [à Malana], au terme d’une longue et fantastique épopée ".
On est d’accord, le dialecte " malanais " est empreint de tibétains, mais helléniques également. Je ne reviens pas sur les enregistrements réalisés par mes soins et étudiés par deux linguistes, évoqués dans un précédent message. Sans parler, de façon certes plus anecdotique, du randonneur grec rencontré en 1993 sur place, qui trouvait que ce langage lui était familier, sans en comprendre pour autant le sens.
Pour moi, sans même évoquer les analyses génétiques qui peuvent être interprétées de maintes manières, ma théorie se base notamment sur les éléments linguistiques, mais aussi sur :
L’organisation démocratique et républicaine du village, établie depuis des siècles, avec notamment l’élection d’un président de la République pour une durée de 5 ans. Election réalisée par le " Sénat " local, dont les membres sont élus par les citoyens mâles représentant chacune des familles composant le village. Ce que la théorie officielle couramment admise dans la région n’évoque que de façon anecdotique sans plus de questionnement sur les origines de ces pratiques ancestrales.
Le fait que contrairement à l’Inde, les " intouchables " ne font pas partie d’une caste inférieure à proprement parlé, même si aujourd’hui les villageois se disent membres d’une caste guerrière supérieure. En tout cas pas au sens indien du terme. En effet, tout étranger est invité à traverser le village par son centre et non pas à le contourner, comme on pourrait s’y attendre. Si l’étranger réside suffisamment longtemps à Malana il peut un jour devenir citoyen de cette minuscule république et même siéger au Sénat local. Personnellement, après des années passées à venir dans ce village et à m’intéresser à leur organisation, pour avoir régulièrement apporté des kilos de médicaments sur mon pauvre dos, et que ma femme se transforme en " french doctor " ; sans pour autant devenir citoyens à part entière, nous avions les dernières années le droit de nous asseoir sur certaines stèles sacrées. Stèles d’où j’avais vu des trekkeurs non-avertis être éjectés manu militari et devoir s’acquitter du prix d’une chèvre vouée au sacrifice pour réparer l’offense.
Sur les fresques des temples (dont je vais faire des tirages des diapos originales pour les scanner et les diffuser sur ce site), dont les scènes de combats sont édifiantes par les tenues des guerriers et la présence d’animaux, comme l’éléphant ou les lions qui n’ont jamais eu l’habitude de se promener dans l’Himalaya. Pour trouver leur présence il faut s"éloigner de quelques milliers de kilomètres.
Le fait que les villageois se font appeler Rajputs (fils de roi) comme les habitants du Rajasthan où des rois " grecs " ont effectivement régné etc.
Enfin, si la physionomie des villageois ou ceux de la Vallée de Kullu, ne te semble en rien occidentale, elle n’a rien d’indienne non plus. Il ne faut pas oublier que les soldats d’Alexandre enrôlaient tous ceux qui se trouvaient sur leur route. Et en 2000 ans, ça fait un sacré brassage. Sinon, comment expliquer certains regards –assez courant à Malana - qui vont du bleu au gris en passant par le vert ?
Je voulais être bref, c’est raté ! Éléments " irréfutables " ? Pour moi, oui! Visiblement pas pour toi... Par principe, tout peut être contesté. C’est d’ailleurs ce que je fais en présentant une histoire qui ne va pas dans le sens que ce pensent les gens de la vallée. Ceux-là mêmes qui il y a encore quelques années prenaient les " Malana peoples " pour des " tarés dégénérés ", avant de réaliser, il y a une dizaine d’années, combien ce village intéressaient les occidentaux et les bénéfices financiers qu’ils pouvaient en tirer. Quitte à dénaturer le village lui-même.
Ne serait-ce que pour emprunter la piste de trek qui traverse Malana, le point de départ se fait par la vallée. L’explosion du parc hôtelier est à ce titre un élément irréfutable du développement touristique.
Je pense avoir réuni un faisceau de présomptions qui va dans le sens de ma thèse. Personnellement je suis convaincu d’avoir réuni assez d’éléments me permettant d’aller au-delà de l’intime conviction. Même si des éléments du puzzle manquent. Peut-être se sont-ils définitivement perdus au cours des 2000 dernières années ?
Mais comme je l’ai déjà dit, je ne suis ni sectaire, ni borné. Et cette mise en doute me semble particulièrement saine. Elle m’inciterait même à retourner à Malana afin de reprendre mes investigations et rapporter de nouveaux indices irréfutables. Chiche !
Bien à toi
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Sindhind · 2007-03-04
Bonjour Douz, Guillomo et à tous...
Cet après midi, je me connecte devant mon ordi.. et tape Malana sur google... je ne sais pas pourquoi mais c 'est comme ca... pas de coincidence tout de meme ... je me suis rendu dans la Parvatti valley en été 1995 et j 'avais entendu parlé de ce fameux village, Malana, aux rites et pratiques particulières à la Vallée et on m'avait déjà parlé de cette descendance avec Skander le grand (en arabe) ( Sikhandar, Guillomo...) ... bref voilà qui pourrait surement contribué à cette énigme.. je ne suis pas historien m'interroge de loin aux migrations des populations sur Terre... et j'ai une attirance toute particulière pour cette région qui va de l'hindu Kush au nord et Himachal pradesh...au sud (je souhaite réaliser un bon trek avec alpinisme si possible. l 'an prochain..)
Depuis, je ne suis pas retourné mais votre échange m'interpelle... et j 'ai pris le temps de lire chacun de vos messages...
toutefois, il y a quelques chose qui m'intrigue dans ton message Douz c 'est les tests sanguins ( y a t il eu des résultats ? ) ... cela ne confirmerait en rien dans un sens ou dans un autre, encore est elle une approche des ethnologues ?
Oui un dernier point, mais attention ce n 'est q'une interprétation) on nomme Dhul Karnaïn, ( trad: Celui avec les deux cornes ) comme étant Alexandre le Grand ( peut être à rapprocher avec le rites des capridés et bovins et toutes ces cornes accrochés dans ce village... même si l'on sait tous que les cornes des taureau, vaches, moutons sont accrochés partout de l'occident à l 'extrême orient...
A bientôt
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Sindhind · 2007-03-04
Bonjour,
Oui un dernier lien qui confirme de loin ou de prés le rapprochement avec le prénom :
http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/0/623A450563A34002C1256E15003C6A03?OpenDocumentA bientot
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Srf1 · 2012-02-08
Bonjour Douz,
Je reprends le fil de la discussion... cinq ans plus tard ! Déjà, merci pour cet article et les échanges qui ont suivis. Vraiment super intéressant! Je connais aussi (un peu) Malana et je suis totalement fascinée.
Tu m’as appris pas mal de choses que je ne savais pas, et je me permets de relancer le débat en rajoutant une petite pierre à l'édifice.
Ta théorie sur les descendants d’Alexandre est très séduisante... avant de plonger dans le vif du sujet, j’aurais quelques questions à te poser...
Cette théorie c’est celle dont j’ai tout de suite entendu parler à propos de Malana dans la presse, sur internet, et par des locaux. Cela dit, ce n’est pas une vieille tradition locale, et c’est une idée qui s’est répandue récemment par le biais des médias qui en ont beaucoup parlé... très souvent même on dit dans la presse que “les malanais prétendent être les descendants des soldats”, ce qui est faux. Ils ne savent pas qui est Alexandre et ne s’en soucient guère. Je savais que c’était pas une idée locale et je me demandais d’où elle venait.
Je supposais que cette théorie datait de la découverte de Malana par les Anglais au 19e siècle... Mais non. Les articles des spécialistes de cette époque n’envisagent pas cette option et rattachent la langue et la culture de Malana au Kinnaur et au Lahaul... Maintenant j’apprends qu’elle serait née des observations d’un médecin de Shimla dans les années 1980... et défendue par toi... et elle s’est propagée comme une traînée de poudre. C’est un des thèmes de la plupart des articles récents sur Malana. Comment ça s’est passé la diffusion de cette théorie? Elle dit quoi la légende étudiée par l’érudit de Bombay dont tu parles??
A propos de ta théorie, quelques remarques:
L’argument le plus convaincant serait l’argument linguistique. Si les linguistes dont tu parles sont d’accord pour reconnaitre des mots de grec dans cette langue de l’Himalaya, ça vaudrait le coup d’être officialisé par une publication scientifique. Il faudrait connaitre par exemple la proportion de ces mots grecs dans le langage ; les domaines de la réalité auxquels ils se rapportent ; les morphologies des mots et la période de l’évolution du grec ancien à laquelle elles correspondent.
J’ai vu qu’en 2009 l’université d’Uppsala en Suède organisait une expédition à Malana pour définir leur origine, d’un point de vue génétique et linguistique. Je sais pas quelles ont été les suites, mais je pense que les deux articles ci-dessous en sont le résultat ; c’est en tout cas les sources scientifiques les plus récentes sur ce sujet:
Giroti, R., Talwar, I. Human biology, April 2010, 82(2):123-41, The most ancient democracy in the world is a genetic isolate: An Autosomal and Y-Chromosome Study of the Hermit Village of Malana. 2010
et
Ethologue: Languages of the world, 16th ed. “Kanashi, a language of India”, 2009
Je n’ai lu que le résumé du premier, qui rattache apparemment génétiquement les Malanais aux tibétains (mais note qu’ils sont quand même un groupe génétique “isolé”). Le deuxième confirme l’analyse du 19e siècle en rapprochant le Kanashi de dialectes du Kinnaur.
Ces dernières avancées n’invalident pas à mon avis ta théorie. Par exemple, l’espagnol est une langue romane, mais cela n’empêche pas d’y trouver de nombreux mots arabes qui témoignent de l’histoire. Il pourrait en être de même pour le Kanashi.
Pareil pour l’argument génétique : si le groupe ne s’était pas beaucoup mélangé en 2300 ans, ils ne serait plus là. Donc que leur génome actuel soit avant tout asiatique n’est pas nécessairement contradictoire avec une origine antique occidentale.
Tout reste ouvert de ce point de vue, mais pour convaincre, il faudrait un peu étoffer, donner des exemples de mots, préciser qui sont ces linguistes qui ont répondu a tes questions...
Il y a une légende a Malana sur l’origine du Kanashi, l’as-tu entendue ?
Le Kanashi n’est pas la langue d’origine des fondateurs de Malana. Ceux-ci, pour avoir offensé une divinité bienfaitrice locale (devta nowkri), ont perdus leur langue d’origine et ont dû adopter la langue des raksha, les démons qui vivaient à Malana avant leur arrivée. La langue de Malana est une malédiction, de leur propre dire... de l’eau à ton moulin ??
Ton 2è argument est celui de l’organisation politique de Malana. Je ne pense pas que cela soit un argument qui fassent pencher la balance dans ton sens. Déjà dans le Mahabharata (bien plus vieux qu’Alexandre), on parle de cités états démocratiques, les janapada, dans tout ce coin de l’Himalaya occidental. Après, c’est vrai qu’on ne sait presque rien sur ces janapads. Certains argumentent que Malana est le dernier vestige de ce système local ancien. L’Anabase d’Arien nous livre un témoignage de systèmes politiques variés dans les états et les territoires qu’Alexandre traverse en Inde. Entre autres certaines cités dont l’organisation politique est proche de celle de Malana.
Ensuite, la démocratie n’est pas un système évident a choisir pour ces anciens soldats. La Macédoine est une monarchie ; aucune des cultures dans lesquelles sont pris de nouveaux soldats en chemin n’est démocratique. Parmi les européens, il y a les Macédoniens tout d’abord. Aussi des généraux et des soldats grecs. Mais en Grèce, il n’y a qu’Athènes qui soit une démocratie à cette époque. Ensuite, ce sont des soldats habitués à une structure hiérarchique. Après on pourrait penser qu’ils aient crée leur propre système à partir du système athénien dont ils devaient connaitre le concept. Mais là on va très loin dans la conjecture.
Tu dis un truc très juste : “les intouchables ne font pas partie d’une caste à proprement parler ; à moi aussi il me semble que c’est malgré elle que Malana fait partie du système des castes hindou. Eux-mêmes n’ont pas vraiment de système de caste. Ou alors juste deux : eux et tous les autres.
Là dessus Malana diverge du système athénien où la liberté des citoyens dépend de l’esclavage de non-citoyens.
Si ça ne prouve rien, ça n'invalide pas non plus ta théorie... il y a d'autre éléments culturels qui jouent dans ton sens... des légendes très très proche de l'Odyssée d'Homère...
Je m’arrête la pour l’instant, ça commence à faire long... en espérant que la conversation reprenne !
ps: Tu dis (et Guillomo confirme avec l’article qu’il cite) que “la théorie officielle sur Malana veut que ses habitants soient originaires d’Asie Centrale.” Je voudrais bien en savoir un peu plus. Je n’ai jamais entendu cette théorie. J’en demande beaucoup, c’est vrai, mais c’est Malana, quoi
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Douz · 2012-02-09
Bonjour,
Merci pour l'intérêt que vous portez à ma théorie, qui il est vrai, reste une hypothèse de travail. Je suis désolé, mais n'étant pas très disponible en ce moment, je répondrai plus précisement à vos questions dans les semaines qui viennent.
Pour l'annecdote, je peux néanmoins vous expliquer l'origine de mes recherches. J'ai rencontré ce fameux médecin en 1982. C'est lui qui m'a exposé pour la première fois cette idée. Il m'avait été présenté par le correspondant de l'AFP à New-Delhi en 1980. Le médecin connaît bien le village pour y être venu très régulièrement soigner grâcieusement les habitants. En 1983, il est devenu le gendre de Changatram (le "métèque" qui representait les étrangers auprès des Malana peoples).
Je allé à Malana 17 fois dans les années 80 et 90. Et j'ai bien peur d'être le responsable de cette "trainée de poudre". D'une part mon article (qui était moins détaillé à l'époque) a été publié dans plusieurs magazines en France et en Europe. Cet article complété, a ensuite été édité au début des années 1990, notamment par une revue de trek. Mais les malanais semblent avoir repris à leur compte ma théorie qui les séduisait visiblement. Et j'ai entendu pour la première fois le terme de "Petite grèce de l'himalaya" en 1993. Mais s'il est vrai qu'Alexandre le Grand en tant que tel est un inconnu pour eux, ils se qualifient de Rajput (Fils de roi) terme qui qualifie également des population du Rajasthan.
Après 8 années d'absence, je suis retourné à Malana en 2008. Mon ami Changatram était décédé depuis 7 ans et le village avait brûlé à 40 %, faisant plus de 60 morts. Un seul temple au centre du village a été épargné. Les autorités indiennes ont construit une centrale électrique au pied de la vallée. Elle se prépare à construire maintenant une succession de barrages de rétention a proximité du village. De sorte qu'aujourd'hui, on voit passer des camions sur les flancs de la colline opposée. Quant au béton qui sert au BTP local, il est apparu dans le village.
Pour en revenir aux origines supposées du village, je vais tenter de vous exposer les éléments concrets sur lesquels je me suis fondé. Car mon texte n'est qu'un article de presse où je raconte une histoire. Rien à voir avec une véritable communication scientifique. Mais, il va falloir que mes activités professionnelles m'en laissent le temps. Je pense pouvoir faire une pause d'ici un mois.
Cordialement,
Jean-Luc Drouin, dit Douz

Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Srf1 · 2012-02-09
Bonjour Douz!
Merci de ta réponse qui satisfait beaucoup ma curiosité! Je pense qu'on a beaucoup à échanger! Je suis allée plusieurs fois à Malana ces dernières années et je te confirme, malheureusement, que Malana a beaucoup changé: Il y a la route et les travaux dans la vallée (ils construisent nuit et jour un tunnel sous le plateau de Nerang), il n'y a presque plus d'eau dans la rivière au niveau de Nerang à cause des deux barrages qui fonctionnent déjà, et l'incendie qui a détruit beaucoup de bâtiments magnifiques, qui sont reconstruits en béton. Par contre, l'incendie n'a fait aucun mort à ma connaissance. En ce qui concerne les Rajputs, c'est une caste très répandue en Himachal. J'ai entedu pour ma part que les habitants de Malana sont de la caste des Kanet, les archers (aussi très banale en Himachal). Rajput ou Kanets, ils sont de toute façon Kshatriya, c'est à dire la caste des guerriers...
Bonne chance pour toutes tes occupations... je patienterais pour la suite de la discussion... 🙂
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Srf1 · 2012-02-09
Au fait Douz, je n'avais pas vu la photo jointe: magnifique! les temps ont bien changés depuis....
en suivant ce lien, on arrive à de belles photos des fresques de Malana...
http://ignca.nic.in/asp/all.asp?projectid=mln1🙂
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Douz · 2012-02-09
Re bonjour,
Je te confirme qu'il y a bien eu une bonne soixantaine de morts. L'information m'a été donnée par les autorités de Kullu et de nombreux amis que j'ai dans cette ville, et qui connaissent ma passion pour Malana. Informations confirmée par la femme de Changatram qui est toujours en vie. Sa guest house, dont toutes les vitres ont volé en éclats sous l'effet de la chaleur, est située à la sortie du village (sur la gauche) en venant de Jari. Depuis la mort de son mari elle est dans une situation désespérée, d'autant que son fils aîné (que j'ai connu gamin) a été condamné à 28 ans de réclusion criminelle pour trafic de drogue. Cet guide de trek n'est pourtant pas un mauvais bougre. Il a malheureusement fait ça pour tenter de sortir sa famille de la misère après la disparition de son père qui était une autorité dans le village. Si tu retournes un jours là-bas, n'hésite pas à aller chez elle. C'est une femme adorable que je connais depuis plus de 30 ans. De son côté, elle connaît mes 3 enfants que j'ai emmené à plusieurs reprises quand ils étaient jeunes, puis ados. De sorte que je suis considéré comme un membre de la famille. Et puis de temps en temps, je lui fait parvenir un peu d'argent...
Quant aux choses courantes dans la vallée de Kullu, c'est plutôt un indice qui va dans le sens de ma thèse, puisque nos amis malanais sont arrivés dans la région il y a 2000 ans maintenant. Avant d'arriver à Malana ils se sont probablement installés dans les vallées alentours. Par ailleurs, un Grec dont je dois parler dans un de mes articles, m'a confirmé que s'il ne comprenait rien au dialectes locaux, dans la vallée de Kullu, les sonorités lui semblaient familières. Mais à Malana, la similitude avec "ces sonorités", lui étaient aparues comme "évidente". Il est vrai que cette langue locale comporte du tibétain. Mais en 2000 ans il aurait été improbable que de nouvelles langues n'apparaissent pas en se nourrissant les unes des autres. Quant à la langue parlée par les Malana people, seuls les malanais de longue souche ont le droit de l'apprendre et de la parler. Une langue totalement orale.
Bon, il faut que je file…
A bientôt
Malana (Manali): Athènes de l'Himalaya
Douz · 2012-02-09
Quelques images de Malana et sa région avant de repartir... Vers de nouvelles aventures