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Petite virée dans le centre de la Mongolie

Discussion started by Leflâneur on 2017-02-08

54 replies

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Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-02-08

Voici un récit écrit à plusieurs mains d’après les notes prises par deux participantes et moi-même lors d’une virée mongole. Le début n’ayant aucun intérêt à être présenté ici, le carnet commence à l’aéroport de Pékin.

Nous y mesurons à sa juste valeur le sérieux – et peut-être aussi un peu le zèle - des services douaniers chinois qui nous autorisent enfin à franchir la zone du contrôle des bagages, non sans avoir minutieusement vidé, vérifié, retourné en tous sens nos petits sacs à dos de cabine, fait étudier longuement par l’autorité suprême les filtres de cigarettes, reniflé tabac à rouler et piqué au passage 7 briquets et un tube de Dexeril, sous l’œil médusé et noir de Véro.

Vue du ciel, Oulan-Bator se laisse approcher avec quelques yourtes puis une série de toits rouges, verts, bleus... suivent de tristes immeubles agricoles et très vite, presque en rase campagne, se dessine la piste (presque) goudronnée de Ghengis Khan, où nous sommes accueillis par deux hélicos en tenue léopard...

Les contrôles sont simplifiés au regard des tatillons voisins chinois et nous avons une pensée émue pour le petit gars au comptoir de Lyon qui a permis l’arrivée jusqu’ici et sans problème, de tous nos bagages.

Nous sommes reçus par Amgalan le responsable de l’agence et Bayna notre guide. Ils nous accompagnent jusqu’à l’hôtel. La route est plutôt défoncée mais ne semble en rien gêner Amgalan et sa conduite sportive.

L’architecture, marquée par le «protectorat russe» n’est pas vraiment sexy. C’est pas mal daté, déglingué, poussiéreux, en bref peu engageant. Le centre ne vaut guère mieux, en plus prétentieux. Bâtiments officiels lourdauds rivalisent avec quelques rares envolées contemporaines qui font un curieux mélange face aux récents hôtels de luxe et aux vestiges pompeux de l’ère soviétique mâtinée de relents chinois.

L’hôtel a l’avantage d’être central et après une douche réconfortante nous passons faire un peu de change. Alourdis de plusieurs dizaines de billets et avec le sentiment d’être riches (1000 Tugruts = 0,60€) nous allons déjeuner.

Dire que le pays est végétarien serait faire une grave insulte aux traditions d’élevage et au lobby qui s’en suit. Aussi c’est de la viande, qui bouillie, qui grillée, qui mitonnée en ragoût qui déborde de nos assiettes au grand désespoir de notre quasi-végétarienne Marie-Paule.

Notre premier repas mongol est arrosé d’un premier orage. Ça souffle de la poussière partout avant de tomber dru et serré. De la terrasse où nous dominons un carrefour, nous pouvons constater que la fameuse conduite locale et sportive a ses limites, certains passent, d’autres pas, mais les deux violents coups de freins, crissements de pneus et bruits de tôle froissée ne troubleront notre déjeuner que le temps de se marrer devant l’engueulade des deux chauffeurs se rejetant mutuellement les tords.

Bayna qui nous accompagnera durant notre périple est plutôt sympa. Son français appris par Internet nous impressionne pas mal et permet à ce journaliste musical de mettre un plus de beurre de yack dans son thé salé pendant la saison touristique.

Après une petite sieste nous nous aventurons en free lance dans la ville, quelque peu désorientés par l’écriture cyrillique qui ne facilite pas la lecture des plans.









Re-bourrasque nous en profitons pour une virée cartes postales, une excellente bière mongole et… une non moins excellente pizza (Si si c’est une italienne qui le dit !!!) dans ce qui semble être un des hauts lieux de rencontre de la jeunesse dorée d'Oulan-Bator.

La capitale by night ne nous livre guère ses secrets, juste une vue plus voilée de son manque d’harmonie. Sur la place principale, nous sommes invités à participer à un petit flash mob de danse occidentalisée avec, en clôture une lambada très chaloupée qui laissera de marbre le Ghengis local.



A nouveau l’orage menace. Retour au triple galop à l’hôtel pour une nuit rythmée par la boite de night voisine.

Sans les 20 heures de voyage et le rhum arrangé vanille et café bourbon façon José, certaines auraient, sans doute eu du mal à trouver Morphée.

Vendredi Où nous découvrons Adia, notre chauffeur et son véhicule, dont la dimension trapue nous inquiète vu le nombre de passagers et de bagages. Mais c’est fou ce que l’on arrive à caser dans une ambulance de l’armée russe réformée. Et hop en route, ma poule.

La banlieue Ouest sous la pluie est encore plus sinistre et embouteillée que la route de l’aéroport. Petite halte pour bon nombre de bidons d’eau minérale, jus de houblon et diverses provisions dans une épicerie-lingerie-quincaillerie.

Des produits français s’alignent en masse, dont de la moutarde, évidemment dijonnaise et un St Emilion bien égaré à côté des mètres linéaires de vodka.

La pluie nous accompagne toujours et nous déjeunons dans une petite maison, résidence d’hiver tristounette d’Adia notre chauffeur, à peine égayée au mur par un morin khuur, la traditionnelle viole à deux cordes ornée d’une tête de cheval. Premier contact avec les toilettes locales au bout de l’enclos, système ingénieux bien que jugé spartiate par certaines européennes habituées au luxe de l’eau courante.

La campagne se révèle beaucoup plus accueillante sous le soleil qui daigne enfin se montrer, et les premiers troupeaux de courtes pattes et de fiers chevaux en liberté nous remontent sérieusement le moral mis à mal jusque là par la météo locale.





A Lün, premier vrai centre situé à plus de 150 kms d’Oulan Bator, nous assistons à notre premier Naadam. Cette fête nationale populaire, nous offre un spectacle des plus dépaysant, encore qu’à voir l’insistance avec laquelle nous sommes dévisagés par certains autochtones on se demande ce qui est le plus remarquable.









Une concentration de Mongols en habits traditionnels, gueules burinées, deels et bottes du dimanche, aussi typiques que colorés sont réunis, en cercle.



A cheval, à moto ou en voiture ils sont là pour assister aux combats de lutte. Un sport national qui n’éveillera pas chez nous (du moins dans l’immédiat…) la même passion que chez les autochtones.









Après quelques affrontements, lesquels nous laissent … disons, assez pantois et moins admiratifs que les fins connaisseurs du cru, nous nous dirigeons vers la place d’arrivée des courses de chevaux.

L’ambiance est festive, mais le final des 2 ans montés par de tous jeunes enfants suggère la dureté de la vie des nomades. Peut-être est-ce cette rudesse qui pousse certains à fricoter de près avec la vodka ; cadeau, s’il en est, du protectorat russe.





Nous avalons encore le peu de goudron qui reste entre les énormes nids de poule, puis bifurquons dans une grande steppe ourlée à l’infini de montagnes arrondies. Ce sera l’endroit de notre premier bivouac. Nous y ferons l’amère constatation que matériel fourni par notre agence, et notamment les tentes, n’est pas à la hauteur de la qualité vantée.

Pendant que Bayna s’active aux gamelles, nous nous débattons en pestant contre Amgalan le grand responsable. Nous réussirons finalement à installer notre campement. Mais Christine et Estelle dont la tente n'est pas montable n’ont d’autre solution de couchage que la grande tente mess qu’elles partageront avec Bayna. Adia, taiseux et à l’air constamment renfrogné brique et rebrique son camion. Nous soupons attablés en plein steppe. Notre guide-cuistot est plutôt bon, quant au chauffeur nous en reparlerons.

«La connaissance est le trésor suprême. Les enfants sont le trésor du milieu. La richesse matérielle est le trésor le plus bas.» Proverbe mongol

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-02-08

Samedi.

Un troupeau de juments avec leurs poulains suivis à distance réglementaire par les mâles vient nous réveiller. Le ballet est fascinant et nous les retrouvons un peu plus tard qui se rafraîchissent autour d’un point d’eau. Pluie de photos... A ce sujet, il faut préciser, qu’au terme du voyage, notre photographe officiel rentrera complètement trempé.







Nous reprenons le bitume pour encore une paire d’heures.



Dans les pentes alentour quelques aigles et vautours semblent attendre la panne d’un véhicule de touristes, mais c'est un local qui sera dépanné grâce à la boite à outils de notre chauffeur.



Remerciements, partage d'airag, chaleureuses salutations, puis nous nous engageons sur une piste qui nous mènera au bord d’un grand lac pour notre deuxième bivouac. Les plus téméraires se trempent sans hésiter et entament une petite lessive qui mettra quand même 48 h à sécher.



En guise de sieste, pendant que Marie-Paule se préoccupe de son genou faiblard, nous nous offrons l’ascension d’une petite colline afin d'apprécier d'avantage des environs du site.



Au loin, deux jeunes cavaliers guident un troupeau de chèvres et moutons vers l’abri nocturne puis viennent nous saluer et nous faire savoir dans un anglais bien moins rudimentaire que notre mongol que nous sommes les bienvenus.





Le retour au camp est écourté grâce à Adia venu nous récupérer en camion au pied de la colline avant de s’approvisionner en lait, à une yourte voisine. Le lait est bon et le bain dans le lac, fort appréciable après notre suée, même si les plus méditerranéens d’entre nous y vont à reculons.





Bayna nous livre quelques clefs sur le chamanisme. Il y est question des choix opérés par les esprits pour incarner des médiateurs terrestres. Ces élus, généralement en fin de vie et pour lesquels la médecine traditionnelle est inopérante, ou qui ont vécu des expériences difficiles se doivent d’être aguerris pour lutter contre la rouerie des mauvais esprits.



Malgré ces explications passionnantes, et une belle fin d'après midi au bord du lac, la soirée est gâchée par une invasion d’éphémères. Adia frotte comme un cinglé les vitres du camion et nous testons pour nous protéger les enturbanements les plus sophistiqués. Mais rien y fait. La tente sera la meilleure protection. Il n’y a plus qu’à aller se coucher. La nuit sera copieusement arrosée. Encore peu habitués à ces changements permanents de météo, il faut cependant accepter l’idée d’une nuit supplémentaire sous la flotte en espérant une amélioration pour le lendemain.

A suivre ...

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Bluequark · 2017-02-09

Vraiment sympa ce début de carnet et les photos sont très chouettes. J'attends la suite avec impatience.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Mlefevre · 2017-02-09

Ah oui moi aussi! Peux-tu nous préciser José à quelle époque de l'année se passe ce voyage? Merci! Marie

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Senmout · 2017-02-09

Un excellent début ! j'attends la suite avec impatience 😛

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-02-09

Dimanche

L'orage a craqué une bonne partie de la nuit mais finalement la pluie s'est calmée avant le lever du jour et c'est une de ces magnifiques et limpides lumières qui font le bonheur des photographes qui nous accueille à la sortie des tentes. Le camp est levé prestement. La journée s'annonce sous de bons auspices.





Nous apprenons en cours de route que le pont que nous devions emprunter a été emporté par l'orage de la nuit. Changement d’itinéraire. Nous nous tapons de la piste en masse. L’habilité de notre chauffeur dépasse largement sa souplesse de conduite et nous ressortons de l’étape un peu fourbus mais finalement ravis du détour qui nous fait découvrir de plus beaux paysages que si nous avions emprunté la "route nationale" .





Arrivée à Öldzyi, village aux airs de Far West, Far Est dirait Marie-Paule.





Là encore le Naadam s’annonce avec force montures d’apparat, de vêtements des grands jours et de superbes bottes propres, voire cirées.







Le spectacle débute par une démo de gym que de petites filles, toutes plus craquantes les unes que les autres, exécutent dans un esprit très soviétique années 60. On s’y croirait, grâce aussi à une musique militaire et sino-russifiante qui rythme les numéros. Puis vient le tour des lutteurs avec leur costume très particulier dont la légende dit qu’il ne permet plus aux femmes de s’immiscer dans ce sport national très masculin. Le rituel de la danse de l’aigle et du chapeau au coach est toujours aussi spectaculaire, même si nous restons assez hermétiques aux règles des combats.



Nous faisons sensation auprès des autochtones avec une petite séance photos en tenues traditionnelles dont celle de chasseur à l’aigle. L’animation que nous quittons avec le cliché-souvenir-instantané ferait sans doute fortune en Europe et doit, certainement aussi, bien nourrir son Mongol.



Nous ne craquons pas pour une pizza au food-truck local, mais Bayna nous dégotte une petite gargote sous yourte. Une mère et ses filles s’y affairent à la fabrication de galettes de blé farcies à la viande, frites à grande huile. Notre guide dit en avaler une dizaine. Nous limiterons notre dégustation à 3 vu le pourcentage hallucinant de lipides de ce plat typique du Naadam. Mais il faut reconnaitre, même si certains avis ascétiques divergent, qu’il est plutôt plaisant accompagné d’un bol de thé au lait de yack salé !





Nous voilà calés pour de nouvelles heures de piste traversant des paysages toujours somptueux émaillés de yourtes, de troupeaux, de cavaliers sur leurs magnifiques chevaux. On sent que le progrès a tendance à remplacer leurs montures par de puissantes motos, qu’ils enfourchent toujours parés de leurs longs deels si efficaces pour les protéger de la poussière. Coté pratique, je n’en dirai pas autant de leurs chapeaux lesquels sont bien désuets en cas de chute. Ces tenues traditionnelles ont l’avantage de conserver une allure et un pittoresque sans égal. C’est notamment le cas quand ils associent, sur la selle, leur épouse avec laquelle ils encadrent un, voire deux enfants. Ces équipées sont vraiment touchantes, même si la tradition veut que les expéditions loin de la yourte soient plutôt le domaine de l’homme tandis que la femme veille sur la famille et les animaux. Ça ne vous rappelle rien ?





Nous croisons en montagne, couché sur le bord de la route, un Mongol ivre mort ou peut être tout simplement mort. Nous nous serions arrêtés, Adia pas, pas plus qu’il ne ralentit au passage du bétail ce qui désespère tout particulièrement Véro.

Quelques sommets coiffés de neige annoncent l’altitude et qui dit altitude dit yacks. Nous croiserons les premiers vers Tsetserleg chef lieu de l’Arkhangaï. Ces animaux chargés d’histoire ont été particulièrement précieux pour la vie des nomades et leur itinérance permanente avant l’arrivée du 4X4. C’est qu’on déménage parfois tous les 15 jours par ici quand on a un troupeau, alors il y a intérêt à ce que ce soit pratique et rapide.









A suivre ...

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-02-09

Merci ! Mais il faudra patienter un peu ... le téléchargement des photos étant très long je ne sais si je pourrai poster une page par jour.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-02-09

Merci Marie ! Nous y étions entre le 5 et le 23 juillet. Patience pour la suite. Comme j'ai déjà écrit, le téléchargement des photos est très long. Je ne mettrai certainement pas un post par jour.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-02-09

... ça viendra.. par petites pages... c'est long à télécharger.

Merci pour tes commentaires.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-02-12

Suite 4

Nous n’avons vu aucun arbre depuis la capitale en traversant la steppe, là nous trouvons quelques épicéas et bouleaux dont la taille en dit long sur la rigueur du climat. Après le passage d’un curieux col à péage (?) nous atteignons le site du Rocher où nous passerons notre première nuit sous la yourte. Ça sent le mouton et la bique mais vu la noirceur du ciel et l’humidité de notre linge qui attend l’étendage depuis ce matin, nous ne sommes pas mécontents d’éviter le montage des tentes. Ce couchage collectif est plutôt sympa tous en rond autour du poêle. Martine a enfin pu se rincer le nez et épargner le sommeil de toute la chambrée.

«Si tu n'es pas généreux quand tu es pauvre, alors tu ne le seras pas davantage quand tu seras riche.»

Proverbe Mongol



Lundi

Une petite flambée au matin facilite le lever et achève le séchage de notre lessive de l’avant veille. Direction le Rocher de Taikhar, où Bayna se distingue en lançant avec réussite des pierres par dessus le pic alors que nous nous vautrons tous lamentablement. La légende dit qu’il sera riche et nous pas. Vu les 16% de croissance du pays, c’est bien possible. N’en déplaise aux adeptes de la décroissance des pays sur-développés.



Retour sur Tsetserleg pour la visite du musée installé dans ce que les Russes ont épargné de l’ancien temple bouddhiste. Disons le franchement, l’occupant communiste n’y est pas allé par le dos de la cuillère. Non content d’avoir détruit dans les années 30, plus de 700 temples soit 95% de ces édifices, il a dans le même temps exterminé prés de 18 000 moines. Avant goût de nazisme qui frise la karchèrisation de cerveaux, les Chinois au Tibet feraient presque petits joueurs, à côté.

La partie d’origine du bâtiment, délavée par l’histoire et les intempéries laisse entrevoir la richesse et la place que la religion occupait au 16eme siècle.





Rouge, bleu, jaune pétants, le temple tibétain restauré récemment avec le soutien de la principauté de Monaco abrite l’image souvenir d’un géant de 2,75 mètres, fierté nationale, mort bêtement dans les années 50 d’un accident de voiture. Nous aurions volontiers vu le véhicule… L’homme chaussait quand même du 70, pas facile dans ces conditions même au pays du cuir de trouver botte à son pied. Quant à la fiancée ?





Bayna nous guide fort utilement dans le musée populaire où sont mis en scène tous les aspects de la vie quotidienne des nomades. Un passé qui, à quelques éléments près, a finalement très peu changé. Soit la yourte (ou ger, dans tous ses états), de la fabrication du feutre à son transport en passant par sa distribution rationalisée de l’espace pour des rôles bien déterminés. Les hommes, les sangles de chevaux, les étriers, les armes et l’airag (lait de jument fermenté qui s’alcoolise progressivement) à gauche, l’autel de prière au fond, les femmes, le lait avec les ustensiles de cuisine, les provisions de bouche et de combustible à droite, le fourneau au centre sous le puits de lumière, le tout dans un décor raffiné et coloré qui donne à la yourte un aspect très chaleureux.









Une riche collection d’instruments de musique de vêtements, coiffes et bijoux rappellent à ceux qui ne verraient dans les Mongols que rusticité qu’il y eut une époque glorieuse où le détail et le luxe dominaient avant que le marché chinois ne les tire vers la médiocrité (ce qui contribue au profond mépris de Bayna pour le peuple en question). Ainsi des bottes aux bouts recourbés dont la conception originale cherchait, avant tout, à épargner l’herbe précieuse pour le bétail donc pour la survie et le développement.









Une autre partie du bâtiment est consacrée aux héros de la nation avec une panoplie de généraux aux gueules et aux placards d’étoiles dignes d’un James Bond. Au passage une petite vitrine dédiée à l’art de la torture fait froid dans le dos. Ça donne une idée de l’esprit guerrier de ce peuple qui n’a cessé de composer avec les intentions impérialistes de ces deux voisins Russes et Chinois et qui ne connaitra pas vraiment la démocratie avant la chute du mur de Berlin. Vingt ans pour accéder aux tortueux arcanes de l’art du pouvoir, c’est finalement très peu.

Après cette passionnante matinée culturelle nous assistons à un ravitaillement en eau, balai étonnant de bidons, de bouilles, de bouteilles qui s’approvisionnent, de plus en plus chèrement nous dit notre guide, à un énorme camion citerne.

Puis déjeuner dans un resto local d’une viande peu alléchante qui annonce celle que nous verrons dans l’après midi sur les étals du marché. Marie-Paule et Christine sont au bord de l’écœurement de toute cette matière grasse dont nous dépensons une toute petite partie en grimpant au temple où nichent un bouddha et deux élèves auxquels Estelle rend un hommage un peu spécial comparé à celui de Bayna.





Passage au marché. L’esprit soviétique flotte avec tous ces produits laitiers et cette viande tiède, c'est-à-dire non réfrigérée, proposés par des dames en bleu maniant couteau et hachoir comme à la plus belle époque des guerriers de Genghis Khan. Les rayons sucreries sont bien mieux achalandés que les légumes ou fruits, forts peu présents dans l’alimentation nationale. L’expérience du lait de jument fermenté n’est pas du goût de tout le monde. Malgré les arguments de Bayna vantant les qualités énergisantes du breuvage, certains resteront sevrés durant tout le voyage quand d’autres préféreront les bonbons mongols, bâtonnets de fromage de chèvre au goût assez indescriptible et étonnamment sucré. On ne vous dit que ça, mais je vois à votre mine dubitative que nous n’avons pas vraiment entrepris un voyage gastronomique. Il est ici surtout question de s’alimenter avec ce que l’on produit et transforme pour affronter un climat super rude et un mode de vie pas franchement de tout repos.







Départ pour un nouveau bivouac ombragé au pied d’une rivière enjambée d’un pont de bois flambant neuf. Ces ouvrages ont une durée de vie liée à l’érosion galopante (tout galope ici) provoquée par la fonte des neiges et autres pluies d’orage.



Nous terminons la soirée autour d’un feu, plutôt efficace contre les moustiques, à écouter Bayna nous parler des rituels du mariage nomade. L’affaire est très, très alcoolisée puisqu’ils se murgent pendant 6 jours et autant de nuits, notamment du coté des parents de la mariée. Leur faut-il oublier la tristesse ou le coût de la séparation ? L’histoire ne le dit pas mais ils auront, quand même, apporté à leur fille, en guise de dot, 30 têtes de grandes pattes (chevaux, vaches, yacks ou chameaux) pendant que le réseau amical de cette partie familiale l’aura pourvue de 60 museaux (moutons, chèvres). 100 bestiaux pour d��buter ça commence à causer. De son coté le futur mari se consacre à la production d’une yourte dont les délicates décorations peintes sur la frêle charpente et la porte seront autant de preuves d’amour pour sa bien aimée. C’est à ces chères conditions que se perpétue la tradition .Quand on sait que les zud, catastrophes climatiques et fatales, qui vont de la canicule au gel persistant (-40° est fréquent) en passant par le blizzard peuvent décimer la totalité ou presque du troupeau, on comprend mieux les règles de la transmission nomade.

Première bonne nuit sans le moindre nuage.

A suivre encore ...

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Pachyderme · 2017-02-12

bonjour, les bottes au bout recourbées pour ne pas abimer l'herbe.. c'est vrai??? j'avais une question pourquoi êtes vous passé par Pékin et pas par Moscou une question de prix du billet? et merci bien sur😊

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Meridiana · 2017-02-12

pas l'herbe mais la terre on ne doit pas blesser la terre.... c'est aussi une des raisons (avec la mauvaise qualité de la terre ) pour laquelle les Mongols ne cultivent pas la terre, c'est considérer un comme déshonneur... un nomade a sa richesse dans son cheptel et non dans la culture.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Pachyderme · 2017-02-12

bonjour Meridiana, on s’était rencontré à Paris ça fait si longtemps! on ne doit pas blesser la terre: écrit comme ça on dirait bien que cela doit avoir une signification chamanique.. pas un pays pour végétarien alors! bon de toute façon les Mongols des steppes sont des nomades

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-02-13

bonjour, les bottes au bout recourbées pour ne pas abimer l'herbe.. c'est vrai??? j'avais une question pourquoi êtes vous passé par Pékin et pas par Moscou une question de prix du billet? et merci bien sur😊

Bonjour Sabine, J'allais répondre que c'était l'explication donnée par notre guide, mais Meridiana est passée avant avec une explication plus complète. C'est peut-être le français moins juste de Bayna qui lui a fait nous parler de l'herbe au lieu de la terre. Quand au voyage c'est bien-sûr le coût à l'époque qui nous a fait choisir cette ligne. Je crois qu'aujourd'hui il n'y a plus cet intérêt.

Merci de suivre ce sujet.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-02-13

pas l'herbe mais la terre on ne doit pas blesser la terre.... c'est aussi une des raisons (avec la mauvaise qualité de la terre ) pour laquelle les Mongols ne cultivent pas la terre, c'est considérer un comme déshonneur... un nomade a sa richesse dans son cheptel et non dans la culture.

Bonjour Meridiana,

merci pour la précision. Comme je l'ai écrit à Sabine, c'est peut-être le français moins juste de Bayna qui lui a fait nous parler de l'herbe au lieu de la terre.

Comme tu sembles bien au fait de la culture mongole, ne te gêne pas...je suis preneur d'autres précisions si tu notes des imperfections dans le texte.

Cordialement.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-02-15

... ça continue ...

Mardi

Réveil au soleil. Youpie !!!!! Nous partons à pied à travers une plaine bosselée au sol marécageux. Le camion nous rejoindra en route vers des bains chauds alimentés par une source qui atteint les 95°. Faute de réelle anticipation par notre agence (à moins que ce ne soit par superstition et pour éviter que les mauvais esprits ne soient avertis de notre présence et puissent nous organiser de mauvais coups, comme le pensent les nomades), nous posons nos sacs au milieu d’une collection de yourtes touristiquées. Un alignement plus militaire qu’accueillant aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur des yourtes.

Nous apprécions toutefois l’idée de pouvoir prendre une douche et dormir dans des draps. Seul José dressera son matelas par terre ; non pas qu’il ait pris un tel goût aux nuits à même le sol mongol qu’il ne puisse s’en passer, mais parce que l'agencement de la yourte n’offre que 5 couchages...









Nous sommes un peu déçus de constater au restaurant que notre menu est moins varié que celui des tables voisines. Nous en faisons la remarque à Bayna qui n’apprécie guère et nous explique qu’il dispose d’un budget particulièrement serré et ne peut, de ce fait, laisser libre cours à nos envies.

Au moins c’est dit et entendu. Véronique, qui se sent particulièrement responsable de ce voyage pour toutes les négociations qu’elle a menées en amont avec Amgalan, aura une mise au point avec lui. Il est important qu’il puisse mesurer l’écart entre le tarif global (10 000€) et les moyens (700€) mis à disposition par l’agence pour notre intendance. Bayna semble un peu surpris, mais nous ne saurons jamais vraiment ce qu’il en est, car nous n’aurons plus l’occasion de les voir, lui et son boss, en même temps.

Petite escapade à la dite source. Nous découvrons les bâtiments d’un ancien camp de vacances des Russes aujourd’hui abandonné et une serre immense qui doit produire les légumes appréciés des seuls touristes. Nous croisons quelques français passablement énervés par les taons lesquels sont nettement plus nombreux dans le bassin brûlant que les baigneurs. Ils en ont aussi après leur guide (qui se révélera, grâce à l’étonnant gyrus fusiforme de José, avoir été celle de sa fille lors de son voyage dans ce pays l’été dernier). Des espagnols sont tout aussi exaspérés par l’installation des douches incapables, à cette heure, de produire une eau tempérée. Décidément on est jamais content, mais il faut reconnaitre que 60° peuvent paraître excessifs, même pour des cheveux n’ayant pas connu le moindre shampoing depuis plusieurs jours.

Séance cartes postales à gogo sous la gloriette avec visite d’un vieux coréen (touriste sexuel dont son pays aurait ici la spécialité ?), pendant que d’autres s’absorbent dans l’observation des sousliks, des espèces de petits écureuils blonds et vifs qui pullulent partout dans la steppe et dans le camp et étonnent par leur audace.





Avant et après le dîner nettement amélioré, petits chaussons à la viande délicieux, nous nous succédons au salon de massage où les mains de fer dans des gants de velours de nos hôtesses mongoles font des merveilles. Nous sortons tous fourbus mais enchantés et détendus pour une bonne nuit.

«C'est dans la steppe qu'est la liberté, c'est dans la steppe qu'est le bonheur.»

Proverbe mongol

Mercredi

Tiens il n’a pas plu ! La nuit a été réparatrice pour tous, hormis Bayna et Adia qui semblent bien fatigués ce matin. Sans doute ont ils rencontré dans ce camp des collègues avec lesquels ils ont pu dire tout le mal ou le bien qu’ils pensaient de leur agence.

Départ. Il s’agit d’un court voyage qui doit nous conduire à d’autres sources chaudes situées à une heure de là.

Mais le voyage aujourd’hui n’est pas sous de bons augures. Adia, non content de nous planter dans les marécages, se goure aussi d’itinéraire. Avant de rebrousser chemin, c’est au col des mouches que nous piqueniquons. Moustiquaire, foulard ou chèche tout est bon pour se protéger des légions d’insectes qui nous assaillent, nous piquent, nous écœurent. José, particulièrement courtisé, est dégouté d’en avaler plusieurs en même temps qu'il enfourne ses maquereaux.





Courte halte dont nous nous serions bien dont nous nous serions bien passés, la sieste n’aura pas lieu ici, nous repartons aussi vite que possible. Les mouches n’étant pas acceptées à bord, Christine se révèlera, à la grande satisfaction de Marie- Paule, un serial killer intraitable.

Les 60 kms prévus nous paraissent interminables malgré quelques belles vues et le spectacle des sousliks détalant au passage du camion.









Nous arrivons sous un ciel chargé, à notre étape. Nouvel enlisement à l’endroit où Bayna espérait établir le bivouac. Nous préférons nous garantir au sec en haut de la colline. L’endroit genre café-épicerie-camping, au carrefour de plusieurs pistes est plutôt marrant avec son parking où deux chevaux attendent sagement leurs cavaliers qui s’envoient une bière (ou plusieurs??) à la croisée des chemins.







Ces seconds bains, dont les vapeurs se fondent aux nuages persistants, paraissent bien désuets et plus religieux que les précédents, davantage «congés payés imposés» par les Russes. La propreté relative des quelques baignoires alignées ne donne pas vraiment envie de s’y plonger notamment celles installées dans une petite cabine sans la moindre lumière et qu’une vieille dame s’obstine à frotter.





Pendant l’apéro Christine se découvre des talents de toiletteuse pour chien et offre une petite coupe au toutou de la maison lequel lui montre toute sa reconnaissance. C’est vrai qu’avant la séance il ressemblait à un pauvre beauceron avec une queue de caniche toiletté. La transformation est indiscutablement à son avantage. Dans la soirée, un petit orage nous amène à souper sous la tente mess. Pour s’excuser du dérangement, les esprits célestes nous offrent dans la foulée une très belle lumière et un double arc en ciel. Les chèvres en profitent pour se rapprocher et les plus gourmandes s’aventurent sous le camion histoire d’y grappiller quelques corn flakes échappés de notre packtage.

A peine enfouis au fond de nos duvets, deux motos-radio débarquent à l’épicerie, sono à fond les boutons sur deux stations différentes. Allons-nous vivre le versant nocturne d’un Naadam? Tant qu’à ne pas dormir, José est sur le point d'aller partager quelques toasts avec l’autochtone. Non, fort heureusement Sitôt leurs bières avalées et certainement provision faite sous leurs deels de quelques degrés d’alcool, nos DJ repartiront dans la nuit, chacun leur chemin.

La suite bientôt...

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Fufu2473 · 2017-02-26

Merci beaucoup pour la rédaction de ton long texte et les superbes photos ! Vivement la suite ! Pour ma part je pars mi août pour presque un mois en Mongolie 😎

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Yugdesb · 2017-02-27

Merci pour ce beau récit de voyage dans ce pays que j'adore et où je suis allé 3 fois (2011, 2013 et 2016) dont la première en compagnie d'Amgalan. Un nouveau voyage est prévu pour 2018, car je ne connais pas le désert de Gobi. Merci encore.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-03-05

Bonjour, Désolé d'avoir dû abandonner ce post ces dernières semaines ... d'autres impératifs m'obligent à laisser de coté mon ordi pour l'instant. Je reviens dès que possible. Merci de votre patience et les nouveaux commentaires.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-04-20

Une partie de la suite , enfin ...

Jeudi 12 juillet Au lever les tentes sont tripées mais s’assèchent le temps du breakfast. Comme chaque matin nous partons à pied, jusqu’à ce que nos accompagnateurs occupés au chargement du camion, nous rejoignent. Aujourd’hui nous sommes accompagnés de notre fidèle chien relooké par Christine. Des milliers d’edelweiss tapissent la steppe à cet endroit, nous en prélevons quelque uns avec soin et parcimonie. Au loin se dessinent des montagnes coiffées à l’iroquoise. De maigres forêts dévastées par le besoin en bois de chauffage, la rudesse du climat et maintenant le bostryche, mettent en relief leurs crêtes foncées. Nous arrivons en surplomb des sinueuses rives de l’Orkhon, qui baigne la magnifique vallée du même nom.





C’est là qu’éclate une violente dispute entre Adia et Bayna. Plus une mouche ne bouge. Le chauffeur a repiqué au truc des erreurs d’itinéraires de la veille Certainement quelque peu susceptible, il n’a pas supporté la remarque de son cadet et néanmoins supérieur dans ce genre d’équipage. L’ambiance est pas mal plombée, mais comme chacun sait que l’aventure ne fait que commencer, le dialogue reprend rapidement.

Après un déjeuner assez indigeste sur une aire d’apprentissage au vol libre de jeunes aigles débutant dans le métier, nous engageons l’ascension vers le temple abritant la grotte de Jamiyangelen. Ce moine a vécu reclus plus de 10 ans dans un minuscule habitacle où un homme ne peut se tenir debout. Les voies du seigneur sont décidément bien impénétrables pour des mécréants de notre espèce. C’est visiblement un lieu sacré et comme tous, niché dans un site qu’il faut savoir mériter. Il est très prisé des Mongols qui commencent, à l’occasion du Naadam, leur courte semaine de congés annuels. Certains courageux comme nous, et Marie-Paule ne démérite pas en faisant l’effort jusqu’à la clairière au pied des temples, grimpent à pied, d’autres à cheval et apparemment ne ménagent pas leurs montures. D’autres, plus rares et c’est tant mieux, bravent l’interdit et ne résistent pas à faire vrombir les chevaux de leurs 4x4.







Vieux temples et moulins à prière, on ne sait par quel miracle, sont épargnés par les mouches du coche qui nous ont accompagnés sans faiblir jusque là haut. Dommage pour Marie-Paule, qui a calé et n’aura pu profiter de ce moment de paix. Nous laissons les pèlerins à leurs rituels et offrandes et, nettement plus véloces au retour, nous regagnons notre véhicule.

Cap sur un nouveau bivouac. Ce soir encore le temps est menaçant. A part José, aucune d’entre nous n’est enthousiaste à l’idée de planter la tente. Cette réticence n’est pas du goût de Bayna, visiblement contrarié, qui s’allonge à l’écart en mâchonnant un brin d’herbe lequel n’aura pas les vertus apaisantes requises. Tensions à tous les étages, jusqu’au ciel qui menace, une fois de plus, de nous tomber sur la tête. Une grande toilette dans la rivière, suivie de quelques bières et d’une bonne soupe chaude remettent tout le monde d’aplomb. Ce soir Estelle se couchera avec un carré tombant défait.



Vendredi 13 juillet

Décidément nous circulons à travers la plus grande ferme au monde. Quatre fois la France pour 2,3 millions d'âmes et 45 millions d’animaux. 10 chevaux par habitant! Rapport au gros million de Mongols qui s’entassent dans la capitale on frise les 20 montures par nomade ! Ca commence à causer ! C’est toujours un plaisir d'admirer les troupeaux, même si le champ de roches volcaniques que nous traversons après avoir passé l’autre rive de l’Orkhon syncope un peu le spectacle.





Aujourd’hui Christine a la banane. Avec le temps, elle s’est acclimatée aux joies du camping. Elle maitrise de mieux en mieux son packtage et retrouve du premier coup dans les nombreuses poches de son sac à dos, ses lunettes, sa casquette ou son inséparable bouquin. Après un ravitaillement qui m’a procuré, oh joie (!) de nouvelles claquettes (accessoire indispensable dans ce genre de périple), nous reprenons la piste toujours très tortueuse jusqu’aux chutes du fameux cours d’eau qui sépare les provinces d’Arkhangai et d’Ovörkhangai. C’est la deuxième destination touristique où se pressent des Mongols essentiellement venus de la capitale pour faire trempette et s’éclater avec des bateaux pneumatiques sous les embruns de la cascade. Le spectacle tient plus des humains, que de la nature ! Le saut du Doubs leur plairait sans doute beaucoup, mais il conviendrait qu’ils se chaussassent de façon plus appropriée pour escalader les chemins escarpés qui mènent au plan d’eau.



Sortie du bain ... de foule, déjeuner sous la yourte à l’abri des mouches mais pas de la chaleur étouffante sous le feutre.

Dans l’après midi nous atteignons le campement d’éleveurs où nous devons passer 2 nuits avant de partir à pied pour une ballade de trois jours qui nous mènera au lac Chiret.

L’accueil est très chaleureux. Arichka, qui nous accompagnera avec trois de ses yacks lors de notre marche après demain, met à notre disposition sa plus belle yourte. Nous dégustons pour la première fois la crème maison, excellente de l’avis général, et les liens se nouent très vite avec la présence d’une petite fille laquelle ne lâchera pas Estelle d’une semelle.



Bayna nous initie au code ancestral qui régit la vie à l’intérieur de la yourte. Les deux poutrelles verticales qui supportent la fenêtre de toit sont particulièrement sacrées et à ce titre bien décorées. Elles symbolisent la liaison entre le ciel et la terre et sont considérés comme source de force. On ne doit ni s’y adosser ni passer entre. La circulation se fait dans le sens des aiguilles d’une montre, à l’instar de la rotation du soleil. Il faut toujours franchir la porte du pied droit sans marcher sur le seuil, signe d’offense envers l’hôte ne jamais s’assoir ou se coucher la plante les pieds en direction du feu, de quelqu’un, ou vers l’autel sacré; ne pas brûler de déchets dans le fourneau… Voilà pour l’essentiel.





Petite lessive et toilette à la rivière, ou plutôt dans un baquet en zinc à quelques mètres du rivage, dans le respect des règles locales. A savoir qu’aucune trace de savon ne doit souiller l’eau qui est vitale pour ces éleveurs et leur bétail. Cela n’empêche pas certains d’y laver leurs véhicules mais… qui n’a pas ses contradictions.

L’expédition toilettes vaut son pesant de papier biodégradable. La réelle distance entre notre yourte et le bois censé, nous accueillir rapidement et dans la plus grande discrétion, se révèle peu en phase avec nos intestins malmenés par une alimentation hyper protéinée…

Suite à ces ablutions nous assistons, avec une bien modeste participation, au montage des yourtes qui accueilleront demain une méga fête de famille à laquelle nous sommes cordialement invités. Le ballet est bien réglé chacun à sa place et son savoir faire, en moins de 2 heures trois yourtes sont déjà alignées. Demain, nous en compterons neuf et près de cent cinquante convives.













Nous les laissons à leurs préparatifs pour aller observer le parcage des troupeaux parmi lesquels les chèvres se révèlent très dissipées. En rejoignant nos pénates nous saluons cordialement le bouc qui ne se doute certainement, pas encore, de sa triste destinée. Les aboiements des chiens qui accompagnent le défilé de motos et voitures des invités résonneront tard dans la nuit. .. A demain.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-04-21

... La suite. Une journée de fête!

Samedi 14 juillet

Au lever, nous prenons le rythme de la traite des yacks. Tâche dévolue aux femmes, pendant que hommes et enfants s’occupent de séparer les mères de leurs petits et de les aligner fermement pour faciliter l’opération.

Le rendement est bien loin de celui d’une montbéliarde ! Le lait encore chaud est mis immédiatement à bouillir dans de grands culs de poule qui s’encastrent parfaitement dans le foyer du poêle lequel trône au centre de la yourte. L’épaisse crème obtenue après une première ébullition (des fois, et c’est le cas ce matin, ça déborde) puis une lente et longue cuisson à feu doux est un pur délice. Excellente sur une galette maison avec miel ou confiture et même directement à la petite cuillère.









Aujourd’hui c’est notre fête nationale, elle correspond à cette fête familiale, laquelle cependant a lieu, et c’est une immense chance pour nous, tous les 30 ans ! Pour remercier nos hôtes de leur grande hospitalité nous nous rendons au kiosque situé à un quart d’heure de notre campement. L’épicerie locale est fermée mais la yourte voisine nous dépanne. L’alternative étant plus que limitée, nous repartons avec 4 bouteilles de vodka.

A notre arrivée, les festivités ont commencé. L’ambiance qui se dégage du grand cercle formé par toutes les familles recueillies pendant les chants et mantras des moines tibétains est impressionnante. Nous restons à distance respectueuse pour ne pas briser cette communion. Très vite nous sommes intégrés et invités à gouter les offrandes de fromage, de bonbons, sucreries et de bols d’airag qui sont partagés et distribués généreusement à l’assemblée. L’argent, bien sur, ira plus discrètement aux patriarches.









Visages typés d’hommes, femmes, enfants, deels soyeux et colorés, avec ceintures de tissu ou de cuir incrusté de métal ou d’argent, bottes recyclées de l’armée russe ou plus authentiques avec des pointes recourbées, chapeaux et couvre-chefs divers et variés... nous ne savons où poser les yeux tellement il y a voir. A l’écart, quelques jeunes mâles préfèrent rouler les mécaniques dans leurs jeans made in China piètres contrefaçons de grands couturiers internationaux.











Après la cérémonie religieuse vient le moment de la présentation des branches familiales des 2 aïeuls du clan. Un frère et une sœur de 70/75 ans (impossible à savoir mais l'espérance de vie n'est jamais que de 63 ans dans ce pays), magnifiques, entourés de tous leurs descendants qui se rencontrent, pour s’identifier, se repérer, s’entre aider, s’allier et plus si affinités, en évitant les problèmes de consanguinité.









Les échanges de tabatières, autre rituel de bienvenue, vont bon train. Je parviens à priser un excellent tabac tibétain très parfumé avant que nous soyons conviés sous la yourte de l’aïeul à partager le bouc salué la veille. La bestiole découpée en morceaux a cuit dans une bouille à lait, à l’étouffée entre des couches de pierres chauffées à blanc. Nous essayons d’être à la hauteur de l’honneur et de l’accueil qui nous sont réservés. Mais il n’est pas aisé pour des européens de notre genre de manger à la main (c’est à dire sans couverts ni assiette, ni serviette) de la viande, délicieuse au demeurant, tout en buvant à la vitesse de l’éclair de la vodka, du vin blanc puis des bols de vodka mongole, le tout servi hardiment.

Tout va très vite et il recommandé, d'accueillir ce que l’on vous offre de la main droite, la main gauche soutenant le coude droit, de ne pas se lécher les doigts, de boire cul sec et de ne pas refuser avant le 4eme verre. Certains d’entre nous dépasseront allégrement cette limite. Moralité, une ½ heure plus tard, l’état d’ébriété de tous, sauf Christine qui s’est recluse avec son bouquin, est particulièrement avancé.





La palme me reviendra. Je sortirai, minable, de la yourte dans les bras de Bayna et reviendrai à la charge après une courte sieste pour un mini round de lutte mongole précédé comme il se doit d’une danse de l’aigle entreprise torse nu qui amusera beaucoup spectateurs et lutteurs en herbe.



Les autres auront joué plus petit sauf Estelle et Véro, qui seront retournées en pyjama à la fête et auront dansé avec les plus âgés et les enfants. Les jeunes, encore eux, prendront leur revanche plus tard dans la nuit et nous pourrons alors vérifier que l’international est surtout musical et que le hit est désormais planétaire. Après un autre somme je remettrai le couvert et finirai la soirée à l’insu de mon plein gré dans un slow collé serré avec l’homo de la famille.

Anesthésiée par l’alcool, notre yourte ronflera comme un seul homme, ignorant pour une fois les aboiements du chien nomade.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Pachyderme · 2017-04-21

bonjour, "pendant les chants et mantras des moines tibétains" tu veut dire bouddhistes? ou alors il y avait réellement des moines tibétains?? en tout cas merci pour ton partage, à la plage, à la fête.. y a du monde dans votre périple 🙂

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-04-22

Bonjour Sabine, "Tibétains" c'est ce que nous avait dit notre guide, mais maintenant que tu en parles tu me mets le doute et personne du groupe n'a relevé.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Bluequark · 2017-04-22

Quelle chance d'avoir pu assisté à cette fête !!! Merci beaucoup pour toutes ces superbes photos.🙂

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Pachyderme · 2017-04-22

bonjour, non ne doutes pas! si je pinaille comme ça c'est que j'imaginais déjà des moines traversant à pied je ne sais quels pays..pour rejoindre la Mongolie du Tibet.. merci et je te laisse continuer à ton rythme 🙂

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Fufu2473 · 2017-04-29

Merci beaucoup pour la suite de ton récit, que je prend grand plaisir à lire et découvrir les belles photos ! 🙂

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-05-02

Lendemain de fête ...

Dimanche 15 juillet

Gueule de bois générale, le départ pour la région des 8 lacs attendra jusqu'après le déjeuner; nous voulons assister à la construction de l'ovôo, mémoire minérale et sacrée de cette réunion familiale.

Le travail est collectif et chacun démontrera pour l’occasion sa force et sa capacité à la solidarité. En une petite heure le résultat de cette coopération est vite impressionnant. Le kern est dressé autour de son pieu de bois, l’aïeul et le petit dernier du clan y accrochent au sommet des rubans bleus et jaunes aux couleurs du Tibet. Pendant les mantras, les offrandes de lait, de riz, de fromage, et autres sucreries sont déposés sur le tas de pierres débordant de symboles chamaniques. Nous laissons les nomades à leur cérémonie et nous éloignons sur la pointe des pieds.











Début d’après midi le chargement est prêt. Estelle se fait, une fois de plus apprécier, en offrant un couteau au jeune garçon de la famille que nous quittons en laissant quelques marques de remerciements pour son hospitalité. Nous profitons d’une éclaircie pour nous mettre en route, suivis à cheval par Bayna assisté de Tortor et d’Arichka qui conduisent habilement leurs yacks du haut de leur monture.







«Quand le Mongol est séparé de son cheval, qu'a-t-il d'autre à faire que de mourir.» Proverbe mongol

Certains regrettent déjà leurs excès de la veille et Christine caracole en tête. Le dénivelé de 400 m est malgré tout supportable grâce aux petites averses qui nous rafraîchissent. Arrivée à notre campement, M. Paule est inquiète des efforts qui l’attendent car nous n’avons fait qu'un tout petit tiers des 55 km de randonnée programmés.







Le camp est vite monté avec une assistance technique à laquelle Adia ne nous avait habitués.



A peine installés Arichka signale un loup à proximité. Malgré une observation aux jumelles aucun d’entre nous n’aura le plaisir de voir la queue de cet animal aussi totem que tabou. Craint en tant que prédateur du bétail, il est aussi vénéré pour les vertus curatives de certains de ces organes. Les Mongols pouvant porter une langue de l’animal en question autour de leur cou pour stimuler une thyroïde un peu paresseuse. La pharmacopée occidentale a surement un bel avenir avec le retour de la bestiole sur le sol français.

Bayna se distingue une fois de plus par un dîner très soigné. La pluie (et oui encore!!) nous oblige à écourter la veillée et à un couchage prématuré. La nuit sera plus chaude que prévu mais agitée par de fortes bourrasques de vent et de pluie mêlés. Autant qui ne tombera pas demain! «Il est difficile de prendre un petit loup sans faire entrer tout la meute.» Proverbe mongol

Lundi 16 juillet

Notre deuxième jour de marche. La forme est revenue. Le pas se voudrait alerte, mais le terrain l’interdit. Comme hier, le chemin est plein d’embûches: marécages, pierriers volcaniques nous interdisent la ligne droite et nous empêchent de profiter pleinement du paysage. Difficile ainsi d’estimer les distances parcourues, peu importe d’ailleurs, en marche on parle plutôt d’heures et de dénivelé. Halte au 1er lac pour une rapide observation de cygnes (ou d’oies cendrées) et de mouettes. Présence des désormais habituels mais toujours attrayants troupeaux. Ici se sont les yacks qui nous offrent le spectacle de leur baignade. Un curieux combat entre une mouette et un aigle s’achèvera par abandon de ce dernier qui s’éloignera finalement, la queue basse, de l’île où la mouette a du nicher. Un peu plus tôt Véro avait été impressionnée par le piqué d’un autre aigle qu’elle avait pris, a priori et au bruit, pour un avion, lesquels sont pourtant absents du ciel depuis Oulan Bator.









Le bivouac est prévu au deuxième lac. Avant d’y arriver Marie-Paule et Estelle auront fait leur baptême de selle mongole: ça tient bien le bassin mais les cuisses souffrent. Elles ne sont visiblement pas prêtes à une longue chevauchée, fut-elle fantastique.







Petit bain bien rafraîchissant en tenue d'Ève et à l’abri des regards masculins, avant le déjeuner. Après midi farniente, sieste bouquin, trempette au lac, lavage et autres trucs de filles. Le froid arrive mais les hommes prolongent leur cueillette de fleurs de ciboulette, excellente séchée et mélangée à du sel pour aromatiser la viande. Très goûteuse aussi fraîche, mais avec modération, au risque d’irruption de gros boutons verts. Beurk! Notre guide a toujours la formule pour se faire comprendre. Ce soir Bayna, assisté d’Estelle qui n’en perdra pas une miette, nous a préparé des petits chaussons farcis, aussi excellents qu’inattendus pour des campeurs loin de toutes commodités.

A suivre ... encore.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-05-03

Avant de reprendre le fil de notre virée, je voudrais remercier Sabine, Bluequark, Marie, Sylvie, Meridiana et Yves pour leur suivi et commentaires.

Mardi 17 juillet Trombes d’eau toute la nuit suivies d’une averse de grêlons au petit matin. On dirait que le lac a débordé jusqu’à notre couchage qui flotte sur une large flaque! Un peu grognons nous nous réfugions dans la tente mess. Marie-Paule choisit de flemmarder dans son sac de couchage préservé de l’humidité. Petit déjeuner simplifié. Il tombe des cordes. L’attente d’une météo plus clémente pour envisager de lever le camp s’impose. Après quelques parties de cartes, au cours desquelles Estelle apprend les règles du 108 dans la rudesse des mauvais joueurs, et quelques chapitres plus loin pour les lecteurs assidus, la pluie cesse. Une soupe revigorante, puis nous entamons une opération séchage, enfin on fait ce qu’on peut !



A cause de ce départ tardif, ou de ces fameuses croyances liées aux mauvais esprits, (mais c'est peut-être moi qui fait du mauvais esprit), Bayna raccourcit l’itinéraire. Nous zapperons le lac Chariout où nous aurions dû pique-niquer. Dommage! Nous nous dirigeons donc directement vers le Chiret, le plus grand lac de cette région, à travers des herbages mouillés et des marécages, enjambant les ruisseaux réalimentés par les tonnes d’eau de ces dernières 24 heures.



A part pour les chaussures, la balade se fait au sec, à travers des mélèzes, renaissant d’un récent incendie, jusqu’à un magnifique plan d'eau. Le chemin en surplomb que nous poursuivons nous dévoile progressivement son étendue et sa beauté.









L’idée est de revenir au rivage pour bivouaquer et pêcher notre repas du soir. Hélas nos plans sont contrariés. Deux mongols y ont trouvé la mort hier soir et les autorités en pleine action pour retrouver l'un d'eux encore dans les eaux, nous interdisent le camping aux abords du lac. Arichka part donc à la recherche d'Adia qui nous attend au col et hésite à aventurer son camion sur la piste abrupte qui nous sépare du sommet. Mais sans autre solution notre bougon chauffeur nous rejoint pour récupérer les bagages.

Après des adieux cordiaux à nos accompagnateurs nous engageons l'ascension sans grand enthousiasme. Marie-Paule, vaillante jusque là, souffre de plus en plus et demande à profiter du véhicule. A entendre le ton et l'insistance dont doit faire preuve Bayna pour convaincre son chauffeur, l'accord est donné ... à contre cœur.

« Cheval lâché se rattrape, mot malheureux court toujours » Proverbe mongol







Est-ce l’entraînement de ces trois jours de marche ou la volonté d’en finir, nous trouvons rapidement le bon rythme et grimpons tous allégrement. Nous serons sur la ligne d’arrivée au col pour applaudir un Bayna transpirant, lequel en Mongol qui se respecte, n'est jamais meilleur que sur un cheval. A 2765 m d’altitude, et après ce dernier effort de la journée, les bulles des dernières bières que nous partageons évoqueraient presque celles d’un délicat champagne. Un dernier regard vers le lac en contrebas et nous retrouvons les sièges de notre camion comme ceux d’un confortable Pullman.





Absents depuis 2 jours, à nouveau réapparaissent les yourtes et les troupeaux. A en juger leurs flancs bien rebondis, la variété de la flore locale doit bien profiter bien au bétail de la région.







L’humidité de notre matériel de couchage et la détermination de Véro ne tardent pas à convaincre Bayna qu’il nous faudra un vrai abri pour la nuit. D’autant qu’elle s’annonce fraîche à cette altitude. Deux chiens aux poils indomptés, une maman et son jeune fils nous offrent leur hospitalité. Hormis le fait qu’il a les fesses à l’air, l’enfant a le crâne totalement rasé, seule une mèche lui tombe sur la nuque. Une tradition qui correspond à la fête de ses 3 ou 5 ans à l’occasion desquelles une touffe est donnée à chacun des membres de la famille. Celle qu’il conserve sur sa boule à Z est destinée à ceux qui n’étaient pas disponibles ce jour là.







Cette nuit nous dormirons à 2700m, en raie de chocolat sur des tapis en feutre de laine réchauffés par un feu de bouses de yacks et bercés ou agacés par les aboiements des chiens aux prises avec les loups.



A demain ...

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Fufu2473 · 2017-05-04

Merci pour cette suite, toujours un plaisir de te (vous) lire. A demain... 😉

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Pachyderme · 2017-05-04

bonjour José, merci pour ce joli récit très mélodieux à lire; ( du coup je suis partie chercher les relations entre la Mongolie et le Tibet https://fr.wikipedia.org/wiki/Relations_entre_la_Mongolie_et_le_Tibet) bonne soirée au plaisir de vous lire

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-05-10

... ça continue...

Mercredi 18 juillet

A notre réveil, les autochtones aux joues écarlates sont déjà dans leur taches d’éleveurs et fabricants de fromage. Après quelques photos nous déjeunons au soleil avec les fameuses crêpes promises par Bayna et du lait de yack en direct de la bête.









« Rouge est l'horizon du ciel froid Rouges les joues de la femme heureuse Rouge l'écorce du tamaris dans le ravin. » Triade mongole

Au moment du départ les femmes nous proposent d'acheter des dell qu'elles confectionnent pendant les longues soirées d’hiver qu’il faut bien occuper. Estelle s’en offrira un magnifique violet qui semble avoir été fait sur mesure pour elle.

Départ pour Karakorum non sans avoir badigeonné de crème apaisante les joues de nos hôtes reconnaissants. Nous dévalons à travers un immense espace vert. La lumière joue sur les flancs douillets des sommets de velours et décline des verts tendres, des ocres pâles et des bruns violacés. Au fond de la vallée un camaïeu alterne des émeraudes et des flaques de velouté de poireau où se prélassent des lacets brillants accotés ça et là de yourtes qu’on prend de loin pour des roses des prés.

A perte de vue des centaines de pointillés blancs et noirs lesquels lorsqu'on les approche, déclinent leur identité animale. Sans doute l’un des plus beaux tableaux du musée naturel qui s’offre à nous depuis le début de notre périple. Bouche bée et chapeau bas. Courte halte au rocher de la fortune où un mongol nous impressionne avec un jet, genou à terre qui franchit allégrement les 30 mètres du fameux édifice rocheux: un futur milliardaire, comme le veut la tradition locale.

On the pist again. Les mélèzes d’un vert profond ourlés du gris de leurs frères bostryschés réapparaissent; de même les chevaux et les vaches qui supplantent progressivement les yacks à mesure que l’on perd de l’altitude. Déjeuner dans une petite ville minière. Resto dancing où quelques jeunes se démontent la tête à la bière/vodka. L’endroit est un peu glauque mais inspire José qui se verrait bien finir sa semaine là pour voir à quoi ressemble un samedi soir couleur locale sous les boules à facettes et les spots qui clignotent.



La suite du parcours est moins palpitante. D’abord nous traversons une zone d’extraction d’or où apparaissent clairement les dégâts de l’exploitation tant sur le paysage bouleversé que sur la consommation d’eau qu’exige l’activité. 300 rivières et lacs asséchés en 10 ans pour étancher la soif d’or c’est cher payé ? Quand on sait que la plupart des concessions sont accordées à des chinois on comprend mieux le rejet de Bayna pour ces exploiteurs sans foi ni loi hormis le profit.

Ensuite c’est notre chauffeur qui nous rallonge le trajet. Sans compter qu’à plusieurs reprises on a l’impression d’être total paumés et ça sous une pluie battante. Bon on ne peut franchement en vouloir à Aida, ce n’est surement pas facile de se diriger essentiellement de mémoire et sans l’assistance de cartes, panneaux de signalisation et encore moins de GPS. Mais bon, 6 heures de tape cul au lieu de 4 ça commence à entamer la patience collective et marquer dos et arrières trains.

Puis dans notre compliqué périple nous croisons un groupe de motards dont un, inerte couché à coté de son cheval de fer. Nous alertons la première yourte et avons une pensée émue pour tous les nomades qui vivent à des lieues de tout système de soins et dont l’état de santé peut empirer du fait du seul transport. Lorsque nous retrouvons le goudron l’effet velours est de courte durée. Très vite la chaussée s'avère extr��mement défoncée. L’espace d’un instant un double arc en ciel nous fait oublier notre raz le bol.

Éreintés par cette journée nous arrivons enfin au camp touristique. Après avoir évité de peu le lynchage d’Adia qui s’apprêtait à jeter nos bagages hors du camion dans de grandes flaques laissées par l’orage, nous montons nos tentes pour les faire sécher mais dormirons avec plaisir dans une yourte chauffée comme il se doit à la bouse de yack.

Une bonne douche chaude apaisera tout le monde. Jeudi 19 juillet

Cette nuit il a beaucoup plu, heureusement nous avions replié nos tentes avant le coucher. Elles seront presque sèches pour le prochain bivouac ...

Nous laissons ce camp touristiqué sans regret et reprenons la route sous la flotte qui ne nous quittera pas de la journée, pour le plus haut lieu emblématique de Mongolie: le monastère Erdene Züü. Ce premier site du culte bouddhiste en Mongolie édifié au 16eme siècle entouré de 108 (chiffre symbolique) stupas, est un curieux mélange de bouddhisme passé, présent et à venir. A chacun de ces trois cycles un temple à l’architecture typiquement chinoise avec statues de Bouddha, disciples, divinités protectrices et taras ad hoc.



















Passage par la yourte de prière où des moines récitent les mantras pour des Mongols plein de tracas. Il y a toujours un peu de gêne pour nous à être témoins de ces rituels aussi étrangers qu’intimes.



Plus loin nous rejoignons le partie tibétaine où Bouddha est submergé de gâteaux multicolores fait de beurre, de farine et de sucres séchés, appétissants et surement immangeables, encore qu’un peu plus que ceux du temple du passé où dominait l’odeur de beurre plus que rance. Nous assistons à l’appel de la prière lancé par deux jeunes lamas coiffés d’un bonnet à crinières soufflant dans de gros coquillages. Transport immédiat pour Lhassa.







Bayna nous guide ensuite vers le site de la tortue, histoire de gagner un peu de longévité. L’animal serait aussi censé protéger le site des inondations la météo locale laisse à penser que la tortue en question, a encore pas mal de boulot. Au passage nous nous attardons auprès des marchands noirs du temple et laissons quelques tugriks en échange de menus souvenirs.

Déjeuner en gargote où chacun trouve sa vie sauf Marie-Paule, de plus en plus végétarienne, statut assez improbable dans ce pays.

Notre guide fait provision d'airag, vingt litres de lait de jument fermenté pour … baigner à son retour son petit garçon. Il paraît que ce liquide est bourré de vertus. L'enfant en tirera-t-il l'art de voler la chainette et l'os de loup que porte Bayna à la cheville et qu'il tient de son père auquel il l'a lui même volé quand il était adolescent. Rites de passage et voies de la transmission qui ne manquent pas de tenue. Je me demande sur quoi les filles, à part leurs règles, peuvent compter pour entrer dans l'état pré-adulte.

Et c’est reparti, direction le Petit Gobi... sous cette satanée pluie qui a décidé de ne nous laisser aucun répit. Course à la yourte. Un premier essai manque de nous fâcher, Bayna nous proposant de dormir quasi sur un tapis de crottes de biques. Nous trouvons finalement au pied des dunes avec vue sur la montagne un campement familial qui fait l’unanimité. En fin d'après midi les nuages se dispersent enfin et nous pouvons profiter de la soirée à l'air libre.



... Demain peut-être un jour sans pluie ?

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Pampl · 2017-05-11

Fantastique récit.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-05-16

Vendredi 20 juillet

Réveil ensoleillé avec les grenouilles. Bonne nuit générale malgré qu'il a encore beaucoup plu. Petit déjeuner au yaourt et crème de lait de chèvre bien meilleurs que le cambouiboui, (vache kiri locale en phonétique). José, matinal, observe la fascinante mise en place et la traite du troupeau d’une bonne centaine de biquettes. Le tout bâché en deux heures par nos hôtes qui n’ont pas le pied dans le même sabot.





















Le groupe se scinde nous partons avec Bayna à la découverte d’un nouveau temple pendant que Marie-Paule s’offre une matinée de bulle et José, boite noire en bandoulière, de quoi enrichir notre futur album photo.















Le soleil bienvenu accompagne notre escapade richement commentée grâce à l’intérêt de notre guide pour son pays et son histoire. Ce monastère fondé au 12eme siècle par Zanzabar 1er bogd (équivalent du Daïla Lama pour les Tibétains) de Mongolie a été détruit une première fois, bien avant l'œuvre néfaste des Russes, par son opposant un bouddhiste rouge allié au pouvoir du roi. Au passage ce subtil et sanguinaire combattant a émasculé tous les moines et animaux mâles du coin, histoire de mettre fin à leur race. Au delà de cette version glaçante l’endroit est assez magique. Perché comme il se doit dans des rochers, flanqués de bouleaux sectionnés par les vents de printemps, il offre une vue imprenable sur le bras du petit Gobi. Quelques cascades et un torrent flegmatique agrémentent le paysage enrichi de bouquets de lys orangés, de chardons violets ou d’ail des ours en fleurs. Nous faisons provision de rhubarbe pour notre dessert. Bayna nous fait récit de l’itinéraire de Temudjin surnommé Ghengis Khan qui voua son existence à venger l’empoissonnent de son père par les Tatars lorsqu’il avait 8 ans. Vu l’empire qu’il construisit, de la Pologne aux confins de l’Inde, on imagine qu’il aimait rudement son papa. Après une éducation aux arts de la guerre il leva une armée et s’attela à détruire le peuple assassin de son géniteur. Ainsi il n’accorda la vie sauve qu’aux Tatars soumis, vieillards ou à ceux dont la taille n’excédait pas la hauteur d’une roue de char à yacks. Les survivants auraient immigrés vers le Pakistan, l’Afghanistan, l’Ouzbékistan... autant de pays en stan où leur esprit belliqueux perdure puisqu’ils sont tous en guerre ou en dictature militaire encore aujourd’hui. Voici un point de vue d’histoire politique à prendre sans doute avec un peu de réserve.

Le déjeuner se fait attendre; normal quand on a un guide cuisinier, difficile d’être au four et au moulin. Après une soupe qui réchauffe, une fois encore c’est l’ondée.

Nous attendons l’éclaircie pour une balade dans les dunes où force grenouilles grosses comme des noisettes, nous sautent entre les pieds. Au retour apéro au camp touristique voisin. Il y apparait que Bayna a été un peu filou avec nous en nous annonçant hier des tarifs largement majorés. Bon y’a pas mort d’homme et nous préférons de toutes façons le couchage chez l'habitant.

Ce soir le ciel est de nouveau bien plombé... nous serons contents de dormir encore ce soir sous yourte.







Demain sera un autre jour ...

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-05-17

Samedi 21 juillet

Au lever notre hôte fait des offrandes de lait devant sa yourte. Une machine à laver trône dans l’herbe à coté d’elle. Remercie–t’elle les esprits de lui avoir donné les moyens de se payer l’appareil grâce à l’argent des touristes qu’elle accueille? Est-elle chamane, à en juger par les vêtements et divers accessoires qui prennent le soleil sur la yourte avant de faciliter la communication avec les ancêtres ? Serait-il permis de croire en une action bénéfique sur la météo qui ce matin semble clémente?





Nous apprendrons plus tard que ce n’est pas cette femme mais son fils de 14 ans qui est chaman. Nous les quittons un peu frustrés d’être passé si prés sans le savoir, mais respectueux de ces pouvoirs et de la discrétion qui les entourent. Le long ruban d’asphalte gris traverse en quasi ligne droite une vaste plaine aux reflets verts; de l’argenté de l’armoise, au plus soutenu des orties en passant par la tendresse des pâturages ou celui plus tranché du blé en herbe, planté pour la saison prochaine, les nuances sont infinies.







Nous quittons la beauté de ces paysages et faisons une halte ravitaillement dans un petit village particulièrement sinistre. Pistes hyper défoncées, construction délabrées ou inachevés, sacs plastiques envahissants et bouteilles de vodka fracassées ... Une journée ici et je me colle une balle. Bon on est juste venu pour les provisions du pic-nic et on repart dare-dare.





Nous avons convaincu Bayna de laisser ses casseroles pour un saucisson mongol/cornichons à la russe. Ce n’est guère du goût d’Adia qui, au-delà des rancœurs autour de l’occupant soviétique, est surtout perdu sans sa soupe.

Nous reprenons la route, notre chauffeur pour des raisons, sans doute d’économie, pratique allégrement la roue libre. Lors d’une reprise du levier de vitesse c’est la panne.



Nous nous installons sur le bas-coté pour une durée indéterminée, mais Adia et sa boite à outils (?) se révèlent efficaces. La mécanique de ces engins est robuste et la sieste écourtée.

On the road de nouveau, à travers un décor toujours aussi captivant.



Quelques rais de lumière éclairent au loin le bras du petit Gobi lequel s’étend sur 150 km jusqu’à son grand frère aux confins de la Chine.En arrivant vers Lün la boucle est bouclée. Notre fidèle camion franchit avec brio et à notre grande satisfaction une série de terrains accidentés et marécageux. Nous dégottons un magnifique endroit au bord du Tuul Gol et attendons à l'abri dans le véhicule la fin de notre énième orage du séjour pour installer notre dernier bivouac. Les esprits seraient-ils avec nous en cette fin de séjour ? Le ciel se dégage très vite. Essai de pêche infructueux. Le ciel et les couleurs magnifiés par cette lumière spéciale d'après orage nous font vite oublier les truites au bleu que nous avions eu l’audace d’espérer.













Notre cuistot tapera encore une fois ce soir sur Marmiton pour nous concocter notre dernier souper au grand air. Le feu de bouses allumé à grand renfort d’essence par Adia a bien quelques vertus pour éloigner les moustiques, beaucoup moins pour apaiser les esprits qui nous arroseront encore cette nuit.

Nous trouverons le sommeil bercés par les mélopées de quelques campeurs mongols, venus, en cette fin de semaine, renouer avec leurs racines nomades.

« Ils galopent comme le vent et leur puissance est celle de l'avalanche de la montagne. »

Ancienne chronique chinoise

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Pachyderme · 2017-05-17

tout en douceur votre récit, merci🙂

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Leflâneur · 2017-05-18

Dimanche 22 juillet

Ste Marie Madeleine donnez nous un jour sans pluie, merci. Parce que cette nuit encore, ça a bien mouillé. Mais qu’importe, c’est la dernière sous la tente et que le matériel soit remballé humide, ça obligera peut être Amgalan à s’en préoccuper. Arrêt à Lün où il s’avère plus facile de trouver de la vodka que du pain! En route pour le parc national de Hustai où plus de 250 chevaux de Prjevalski s'épanouissent en complète liberté, sur 50 000 hectares protégés.

Nouveau pic-nic imposé par la rigueur du budget bouffe qui est bouffé et arrivée en début d'après-midi au centre d'hébergement du parc. C'est le plus luxueux du séjour, et une invite au délassement. Mais la sieste sera écourtée par l’annonce du repérage des gardes du parc des précieux animaux. Départ en trombe. Très vite on les découvre au loin par petits groupes organisés autour d’un guetteur, sans doute un mâle posté en position stratégique, les petits au milieu, à proximité des mamelles maternelles.









Ils ne semblent pas effrayés de notre présence mais sauvages comme il se doit ils cherchent à garder la distance avec nous et se mettent en route très tranquillement dès que nous cherchons à les approcher.







Par le contournement d'une colline et une approche à la sioux nous parvenons à nous poster immobiles à bonne distance pour ne pas les déranger et jouir de longues minutes du charme de cette rencontre et du spectacle rare de ces quelques représentants de la lignée d’exception.









L’expérience est magique tant le site est somptueux, et les animaux en parfaite harmonie avec la montagne de granit. Un soleil bienvenu caresse l’horizon et ajoute à notre félicité.

Un peu plus loin un troupeau de biches que nous identifions aux jumelles confirme la richesse de la faune locale. Le cerf ne sera là qu’en septembre pour «faire le kiki» selon l’expression de Bayna. Nous aurions souhaité apercevoir un loup, mais c'est la course des lapins et des sulsiks, sous l'œil perçant et avide des aigles, qui animera notre retour au camp.







La balade restera gravée, tout comme le concert de Domog Folk Modern Group. Trois très talentueux musiciens, experts du morin khuur et des chants de gorge nous laisseront ébahis de tant de virtuosité dans leur créativité et leur interprétation.



Ce soir le chemin de lait (c’est à dire la voie lactée de Bayna) est au rendez vous du ciel mongol particulièrement lumineux. Encore une pierre blanche dans notre séjour.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-05-18

... En douceur... et surtout en longueur. Je sais que ça traîne un peu, mais nous arrivons au terme du voyage. Merci de ton intérêt.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Pachyderme · 2017-05-18

de rien, il y a des carnets de voyage bien plus long et c'est bien! en tout cas vive l'humeur vagabonde! bonne journée

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Fufu2473 · 2017-05-19

Ton récit est captivant et les photos superbes. Merci pour ton compte rendu ! 😎

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Dolma · 2017-05-29

Incredible 😮 ! Tu réussis à me faire préférer un carnet par les photos plutôt que par les mots ! Alors là, t'es trop fort 😉 !

On apprend la rudesse du climat, on apprend les paysages somptueux, on apprend les gens charmants, on apprend les échanges rugueux ou plaisants, on apprend les difficultés et les joies, on apprend la vie dans ce coin du monde. Puis-je te dire que j'ai beaucoup plus appris par tes photos que par le récit ? Tu n'es pas surpris n'est-ce pas ? Sourire.

Merci pour ce carnet mongol qui me conforte dans ma non-envie d'aller vagabonder par là 🙂 et à bientôt dans des Ailleurs que j'adore...

Dolma

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-06-10

... Merci pour votre patience. Voici la fin de ce carnet...Lundi 23 juillet

Lever aux aurores, une journée chargée nous attend.

Plus nous approchons d’Oulan Bator plus les troupeaux cèdent le pas aux cultures vivrières Un champ de colza d’un jaune pétant au pied d’une montagne soulignée par d’immenses espaces labourés complète le nuancier des couleurs qui dominaient jusque là. L’accès à la capitale en plein chantier nous rappelle les pistes les plus chaotiques, la poussière en sus du fait d’un trafic de plus en plus dense. 1er arrêt au monastère de Gandan dont le bouddha doré de 30 mètres veille sur l’université bouddhiste de Mongolie. Beaucoup de moines, de pèlerins, de touristes et aussi de vrais pigeons et bien sur, des petits marchands.





Nous embrayons rapidement pour libérer Adia et son camion et faisons devant l’hôtel de courts adieux à notre chauffeur dont on se demande s’il profitera longtemps de sa retraite vu le cancer qui lui mange la cuisse. Peut être avons nous été conduits par un futur chaman! Un petit saut à Air China pour confirmer le vol de retour et nous repartons pour le musée préhistorique abritant d’imposants squelettes d’animaux présents bien avant l’homme qui nous font froid dans le dos. Mais vu le rythme de la visite pas de quoi s’enrhumer. Puis c’est le tour touriste par excellence avec la case usine à cashmere. L’ambiance des ateliers est bien glauque et les ouvrier(e)s que nous croisons lors de leur pause déjeuner n’ont pas l’air de rigoler tous les jours. A raison de 12h de boulot quotidien 6 jours hebdo dans ces sous sols obscurs et humides on les comprend. Même si Bayna nous assure de leurs très bons salaires. 500€/mois ça fait pas lourd du SMIC horaire. Vu les prix du produit à la vente on voit bien qu’il y en a au moins un qui s’en met plein les poches. Nous restons très sobres dans le achats, puis engageons un petit bras de fer avec notre guide au sujet du repas de midi qu’il honore finalement dans une gargote du marché noir où nous sommes curieusement accueillis au son de « Voyages » de Desirless.

Et c’est presque encore au pas de course que nous visitons cette immense foire où l’on trouve de tout à condition de ne rien chercher en particulier. Après quelques frissons dans le carré des accessoires, pattes d'aigles, os de loup … réservés aux chamans, nous émergeons finalement deux heures plus tard avec fausses bottes de cheval, cordage, pantoufles, couteau, chapeau et cigarettes à un prix défiant tous les moyens du ministère de la santé. La sortie du parking est une énorme injure à la bonne conduite. Nous asphyxions pour trouver deux taxis au noir un peu moins pourris que celui qui nous amena, malgré tout, à bon port jusque là. L’heure du spectacle approche, la marche forcée reprend et nous avalons encore pas mal de poussière avant d’arriver au théâtre ad hoc.

La mise en scène hésite entre tradition et modernité, les décors et costumes sont très soignés. La diversité des instruments et des interprètes complète, sans toutefois égaler surtout pour les khoomi (chants de gorge) la prestation de la veille. Un numéro de contorsionniste nous laissera baba. Nous finissons nos emplettes dans les boutiques souvenirs avant d’aller souper, épuisés, dans un « indimex » où nous invitons Bayna à partager ce dernier repas. Gavés de nans et autres burritos nous rentrons à l’hôtel, non sans laisser encore quelques tugriks au hasard des marchands dont les magasins semblent ne jamais fermer. Une douche et au lit. «Heureux celui qui reçoit des hôtes, c'est une heureuse maison que celle où des chevaux sont toujours attachés devant la porte.»

Proverbe mongol

Mardi 24 juillet

Hier nous avons connu une des très rares journées sans pluie de notre séjour. Véro s'est réveillée les intestins vrillés … pas terrible pour les 30 heures de voyage qui nous attendent! J'ai avalé mon petit déjeuner à la hâte et ma tête de linotte a quitté la chambre d'hôtel en oubliant son journal de bord. Drôle d'acte manqué. Bayna, contacté avant qu’il ne quitte l’aéroport, m'arrange le coup et me l’enverra par la poste.

Décidément épatant ce garçon, même s’il n'apprécie guère les chinois, qu'il trouve trop nombreux (!), trop envahissants, trop médiocres, trop âpres au gain, même s'il pense que tous les Sud Coréens sont de dangereux obsédés sexuels et qu'il se moque des touristes japonais qui viennent pleurer leurs pères morts à la guerre. Que dira-t- il des Français quand ils seront rentrés au bercail, après une aventure si exceptionnelle. Tous ébouriffés d'un souffle de liberté, ressourcés de tant de beauté, certains d'avoir appris un peu et de savoir qu'il leur reste encore tant à découvrir en Mongolie et par le monde ?

Nous décollons, mon dernier proverbe mongol est pour lui et son magnifique pays.

«La distance qui relie la terre au ciel est celle de la pensée»

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-06-11

... Ouf j'ai enfin terminé ce carnet. Désolé pour la longueur. J'ai commencé sans savoir que je serais bien sollicité par ailleurs et n'avais nulle envie de me coller sur l'ordi le soir en rentrant. Merci à toutes et tous pour vos messages et votre patience.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Knukette · 2017-06-11

Bonjour Merci pour ce beau carnet qui me donne une idée de ce que je vais vivre cet été. Je suis toutefois étonnée que vous ayez eu autant de pluie. Est-ce la règle ?

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Pampl · 2017-06-11

Quel plaisir de te lire. Merci!

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-06-12

Bonjour Diane, merci pour le compliment.

Quand à la pluie, d'après notre guide ce n'est pas la règle. Toutefois il faut quand t'attendre à quelques belles averses 😕 et une petite laine pour le soir sera la bienvenue. Nous aurions évidemment aimé moins d'eau, surtout que le couchage durant l'itinérance était sous tente avec seulement 2 nuits chez l'habitant et 2 dans les camps de yourtes. Mais à quelque chose malheur est bon, les tentes étant trempées nous avons bénéficié de deux nuits supplémentaires chez l'habitant, ce qui n'était pas pour me déplaire. Mais si cela peut te rassurer ce n'est pas de la pluie discontinue toute la journée, ni tous les jours, enfin presque..., et quand le soleil revient après l'orage ou l'averse les lumières sont magnifiques pour le plus grand bonheur des photographes.

Bon voyage à toi cet été.

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Knukette · 2017-06-12

Merci beaucoup pour cette réponse complète. Je n'oublierai pas la petite laine.

Bonne journée

Diane

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Gugu06 · 2017-06-12

Bonjour, par quelle agence étais tu passé pour ce tour en mongolie? est ce que tu me la conseille? nous serons début aout en mongolie y a t il encore des naadam dans certains villagesmerci d'avance pour ta réponse

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Meridiana · 2017-06-12

les naadams sont fort rares en aout.. si on en trouve c'est apr hasard car hors des villes capitales des province ou le jour est fixe les autres dits petits naadams ont lieu à des dates et endroits changeants chaque années et jamais fixés longtemps en avance.

agence: mongoliatours.org du sur mesure comme on veut et aime.... contacter e comparer et voyez si cela peut être votre cas. on fera tout pour vous contenter, amis attention aout est le mois hot en mongolie donc avec des difficultés à trouver agences avec chauffeur libre pour vos dates... mieux avoir des idées avant (prix, prestations..) pour perdre moins de temps ensuite à l'arrivée ou de devoir se contenter ce qui ne correspond pas à 100% à ce que l'on aurait aimé ou pensé faire.

plus d'infos pratiques sur terramongolia.com (6 voyages en Mongolie)

bon voyage

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Mlefevre · 2017-06-15

Bonjour José Je découvre la fin de ton superbe carnet depuis notre guesthouse à oulan bator Nous reprenons l'avion demain... Nous avons fait une boucle plus au Sud que vous avec des paysages très différents, hyper minéraux J'ai adoré les belles lumières de tes photos! Merci! Marie

Petite virée dans le centre de la Mongolie

Leflâneur · 2017-06-16

Bonjour Marie. J'espère que tu as fait un bon séjour et apprécié les grands espaces de ce pays. Hâte de voir tes photos car je suis allé sur ton site, notamment les pages sur le Maroc, et j'ai bien aimé tes points de vue. Habitué aux lumières de ce pays j'ai été cependant surpris de certains contrastes... peut-être l'utilisation d'un polarisant ...? J'ai mis un petit commentaire sur la page dédiée à ce voyage sur VF. Bon vent à toi... il semble t'emmener un peu partout à travers notre belle terre.

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