Bonjour
La destination nous plait bien, elle englobe le Groenland de l'Est que nous avions envie de faire un jour et un peu du Spitzberg ou nous devions aller en juillet dernier, mais que j'ai du annuler. C'est Grands Espaces qui propose ce voyage sur l'Ortélius.
Si vous avez navigué avec eux et/ou sur ce bateau pouvez vous me donner vos impressions ainsi que celles concernant les pays mentionnés.
Merci
Liliane
Bonjour,
L'un d'entre vous aurait-il déjà voyagé à bord du Sarfaq ittuk, l'express côtier groenlandais ?
Nous souhaiterions quelques infos sur la vie à bord, les couchettes...
D'avance merci.
L'un d'entre vous aurait-il déjà voyagé à bord du Sarfaq ittuk, l'express côtier groenlandais ?
Nous souhaiterions quelques infos sur la vie à bord, les couchettes...
D'avance merci.
Bonjour,
Ça y est la destination des vacances est décidée, direction Kangerlussuaq
Je suis en pleine préparation de l'itinéraire, et recherche des personnes ayant déjà pratiqué la région pour en discuter un peu
Alors, à bientôt j'espère !
Jean
Ça y est la destination des vacances est décidée, direction Kangerlussuaq
Je suis en pleine préparation de l'itinéraire, et recherche des personnes ayant déjà pratiqué la région pour en discuter un peu
Alors, à bientôt j'espère !
Jean
Après deux expériences en kayak plutôt très pluvieuses en Alaska en fin d’été ces dernières années, nous choisissons pour cette fin août 2018, une destination un peu plus sèche : la côte Ouest du Groenland. La température y sera certes un peu plus froide, surtout à cette époque mais nous parions sur une belle fin de saison. D’après les diagrammes des températures il devrait faire autour de 5 à 10°C avec quelques gelées nocturnes. La toundra aura déjà ses couleurs d’autonome et en fin de séjour peut être aurons nous la chance de voir des aurores boréales lorsque les nuits seront plus noires.
Nous partons à trois dans deux kayaks gonflables pontés bi place (Gumotex) emmenés de France. L’idée est d’effectuer en deux semaines le tour de l’ile Arve Princess située au nord d’Ilulissat dans la baie de Disko avec si possible une dépose en bateau à l’aller à l’extrémité sud de l’île.
C’est un tour qui parait assez classique dans la région, nous trouvons plusieurs descriptifs sur internet (merci aux auteurs). Grâce à eux et à Google Earth nous identifions tous les bivouacs potentiels dont nous rentrons les coordonnées dans un GPS. La partie Ouest de l’île qui donne sur la baie semble propice à l’observation des baleines tandis que la partie Est plus encaissée permet d’approcher plusieurs murailles glaciaires. Nous connaissons un peu le coin pour y avoir effectué deux raids en hiver en ski et pulkas.
De plus l’engagement reste limité du fait de la proximité de l’île avec plusieurs petits villages notamment Qeqertaq, Oqaatsut et même Ilulissat. D’ailleurs, nous verrons des bateaux de pêcheurs presque tous les jours. La distance à parcourir nous convient bien : 200 kilomètres en 16 jours complets sur place, cela devrait laisser de la marge en cas de mauvais temps ou pour faire de la randonnée.
Nous réservons les vols en juin avec Air Greenland jusqu’à Ilulissat pour la dernière semaine d’aout et la première semaine de septembre. A l’aller comme retour nous dormons à Copenhague. Le vol France-Copenhague est effectué avec Air France.
Nous avons droit à 3 fois 20 kg en soute. Chaque kayak avec ses accessoires occupe un sac de 20 kilos; le dernier sac en soute sert pour le matériel commun : tente, réchauds, sac étanches… Nous emmenons en nourriture uniquement 1,5 kg de semoule. Au final nous avons 61 kilos de matériel, aucun excédent ne nous sera demandé.
Le matériel individuel (vêtements et sacs de couchage…) est réparti dans les bagages cabines.
Pour le transfert en bateau nous entrons en contact avec une agence : Blue Jay qui nous donne un numéro pour aviser sur place le jour de notre arrivée.
Jour 0 : Mercredi 22 août C’est le jour du départ. Après le boulot, je rejoins en voiture depuis Gap l’aéroport de Marignane à Marseille pour la première partie du voyage jusqu’à Copenhague. Je profite des températures du coin plutôt clémentes : 35 °C à l’ombre. Après une escale à Paris me voilà à Copenhague à l’hôtel, situé à deux arrêts de trains de l’aéroport avec mes compagnons déjà installés. Aucun souci tout le monde est à l’heure avec ses bagages.
Jour 1 Le vol pour le Groenland est à 9h. Nous faisons escale à Kangerlussuaq où nous changeons d’avion puis effectuons un stop à Aasiaat avant d’atteindre à 15h sous un beau soleil l’aéroport d’Ilulissat. Nous appelons Blue Jay pour le transfert en bateau : il peut nous emmener dès 18h sur l’île sinon il faudra attendre le lendemain. Cela nous laisse 3 heures pour préparer nos affaires et surtout effectuer les courses pour les deux semaines de notre périple, cela semble juste mais nous tentons. En un coup de taxi nous sommes à Pisiffik où nous trouvons facilement tout ce qu’il nous faut : pain, beurre, fromage, charcuterie, riz, pâtes, confiture, muesli… Il n’y a plus d’essence C ou d’alcool à brûler pour les réchauds mais cette fois nous connaissons l’astuce : chez Stark un peu en hauteur de la ville nous trouvons les précieux liquides. Deux petites heures plus tard nous remplissons nos sacs étanches et bidons avec nos emplettes et à 17h30 nous rejoignons en taxi Klaus le gérant de Blue Jay directement au port. Les vacances semblent commencer pour de bon lorsque nous filons en bateau au milieu des icebergs vers l’île d’Arve Princess. 45 minutes plus tard, nous repérons une plage bordée de rochers où Klaus nous dépose rapidement (il a un autre transfert à effectuer dans la foulée).
Nous voilà donc sur l’île au milieu de nulle part avec tous nos bagages et nourritures à ranger, la tente à monter et les kayaks à gonfler 10 heures à peine après avoir quitté l’hôtel à Copenhague. Nous nous activons bien gênés par les mouches. Malgré nos moustiquaires de têtes c’est à peine supportable tant elles sont nombreuses. Elles s’engouffrent par dizaines dans chaque sac que nous ouvrons. Il fait plutôt bon : 10°C.
Tout est prêt dans la soirée et c’est très contents d’avoir effectué tous ces transits (avions et bateau en une seule journée) que nous nous glissons dans nos sacs de couchage.
La nuit, le vent se lève et nous sortons plusieurs fois contrôler les ancrages de la tente et des kayaks. Nous constatons la clarté de la nuit, il fait encore largement crépusculaire même à 1h du matin.
Jour 2 5h30 au réveil, le vent du sud souffle encore fort mais puisque nous nous dirigeons vers le nord nous décidons de tenter quand même cette première étape. C’est aussi le moment où nous chargeons les kayaks : comme nous ne sommes que trois pour deux kayaks bi places nous remplissons l’hiloire d’un deux kayaks ce qui nous permet de faire tenir toutes nos vivres. Cela aurait été bien difficile si nous avions été 4 pour deux kayaks. Puis enfin, nous nous élançons vers le nord par la côte Ouest de l’île. Les conditions ne sont pas du tout optimales, la mer est bien formée et la prise au vent des kayaks est importante. Mais le principal problème vient du jupage : les affaires sur le pont affaissent ce dernier et la jupe à tendance à s’enlever régulièrement… Il faudra faire avec. A peine partis et voila déjà que des baleines crèvent la surface, c’est la première fois que nous en voyons et nous sommes très impressionnés. Dommage que le vent ne permette pas une contemplation plus longue, s’arrêter de pagayer est impossible tant il souffle fort. Nous franchissons quelques caps et hésitons même à nous arrêter devant les conditions. Pour trouver un semblant de protection, nous sommes obligés de suivre la côte au plus juste sans couper les nombreuses baies ce qui rallonge le trajet considérablement. Mais au fil de la matinée le vent s’estompe et la mer se lisse. Nous apercevons plusieurs baleines et nos premiers phoques. Il fait presque bon lors de la pause piquenique. En fin d’après midi nous atteignons la baie de Kangerup Sarqâ où nous avions identifié un bon spot de bivouac avec une très grande plage et une rivière. Mais le vent s’est inversé il vient désormais du nord, la dernière heure est rendue difficile par la fatigue et ces bourrasques qui nous prennent de face. Le bivouac est idéal et très beau, face à de nombreux icebergs échoués dans la baie.
Le GPS nous alerte d’un autre gros inconvénient des kayaks gonflables : leur lenteur. Il nous a fallu 7h30 de navigation effective (sans les pauses) pour effectuer 28 km soit 3.7 km/h de moyenne ce qui est un peu décevant. Mais nous le savions avant le départ et encore une fois il faudra aussi faire avec !
Jour 3 Surprise : à 6h au réveil, il pleut, il y a de la brume, du vent du sud et la mer moutonne même dans la baie. Il semble prudent de renoncer d’embarquer même si s’arrêter dès le 2ème jour est dur pour le moral. Nous nous rendormons d’autant qu’avec la fatigue du voyage et les dures conditions de la veille nous sommes un peu marqués. A 11h, les conditions de navigation ne sont pas meilleures, aux extrémités de la baie nous voyons d’énormes vagues s’écraser sur les rochers et renoncer pour la journée devient évident. En revanche il ne pleut plus, nous partons donc pour une rando le long du grand lac qui borde la baie. Le vent n’a pas faibli et il fait plutôt froid. La toundra commence à prendre ses couleurs d’automne et le contraste entre le blanc des lichens et le rouge de la végétation est sublime. Au lac nous sortons les cannes à pêche et rapidement, nous attrapons deux beaux ombles qui dépassent les 50 cm. La fin d’après midi approche et le soleil ne semble plus très loin. Le long de la plage nous ramassons du bois flotté (essentiellement de vieilles planches) qui nous permet de cuire au feu en papillote notre pêche du jour. Manger sa propre nourriture dans un si bel endroit à côté d’un bon feu nous réconforte après notre déconvenue du jour.

Au milieu de la nuit un renard arctique entre dans l’auvent arrière de la tente, il semble à peine intimidé lorsque nous le chassons à grands cris puis à coup de pierres.
Jour 4 Lever à 6h15 du matin 3°C, nous sommes à l’eau à 8h, le vent a bien faibli mais la mer est enveloppée de brume, il fait bien froid dans ces conditions humides.

Nous franchissons le cap de la baie : Kangea et tirons vers le village abandonné d’Agpat. L’ambiance est très austère, nous longeons des rochers noirs au milieu d’une brume qui laisse 50 mètres de visibilité et qui dévoile au fur et à mesure de gros icebergs.
Soudain la surface de l’eau s’agite devant mon kayak et un énorme dos gris surgit de la mer. La collision est inévitable mais la baleine semble avoir compris et replonge immédiatement, elle passe sous le kayak et ressort quelques mètres plus loin. Je sens le kayak tanguer dans l’écume blanche et me dépêche de pagayer pour sortir des remous crées. Quelle émotion ! Un petit vent commence à chasser la brume et le soleil fait de belles percées. Nous nous arrêtons malgré le froid pour visiter le village abandonné qui laisse une drôle d’impression. Toutes les maisons sont encore en bon état et sont grandes ouvertes certaines ont du être très spacieuses en leur temps. Nous reprenons la mer et devant la grande baie de Kaangerdluk nous hésitons le vent de face est fort et de grosses vagues fendent l’eau. La prochaine plage depuis l’île de Nua où nous nous sommes arrêtés pour réfléchir est à plus de 8km. Il est à peine 14h mais la prudence nous incite à stopper ici l’étape du jour. Nous avons effectué 12 km soit pile la distance à faire pour être dans les temps. L’après midi est consacré à la randonnée sur les collines de l’île et au ramassage de moules et du bois.

En soirée, nous cuisons au feu de bois ces grosses moules groenlandaises que nous savourons sous les beaux éclairages du soir. Il fait désormais beau mais le thermomètre affiche -5°C au soleil…
Jour 5 Grand soleil, mer d’huile et -8°C à 6h. Tout est au vert pour prendre la mer et effectuer la traversée de la baie même si enfiler les affaires humides de kayak est un peu désagréable par ce froid. C’est la première fois que nous naviguons sur une mer plate depuis le début de séjour et la moyenne kilométrique augmente légèrement.

Nous entrons dans le détroit de Smallesund qui marque la fin de la côte Ouest de l’île, nous sommes proches du grand fjord de Torssukatak dans lequel se jettent deux glaciers. La passe d’accès au fjord est très étroite et de nombreux morceaux de glace empêchent l’accès aux plages. Le vent s’est levé et il nous arrive de face (encore une fois). Juste avant d’entrée sur le fjord nous accostons sur une plage raide faite de gros galets sur lîle d’Oqaitsut. Il fait très froid avec le vent et avancer devient difficile. Nous décidons de nous arrêter pour la journée à la fois à cause des conditions mais aussi parce que le prochain bivouac est loin tant le fjord est encaissé.
Nous finissons par trouver un endroit plat pour la tente malgré la raideur de la pente.
Même si le vent est bien présent, il fait grand beau et nous partons à pied pour le cap nord est de l’île qui surplombe le fjord. La vue porte loin et est exceptionnelle en premier plan le grand fjord rempli de glace avec ses rives encaissées dans de grosses falaises de granit orangé et en arrière plan au loin la calotte et les murailles glaciaires.

Nous apercevons le village de Qeqertaq dont nous captons le réseau ce qui nous permet d’avoir la météo qui est annoncée plutôt bonne. En arrimant les kayaks le soir, je constate que le comportement étrange de ce dernier en fin d’étape provient de la perte de la dérive, impossible de savoir ou elle s’est décrochée, il faudra s’en passer.
Jour 6 Toujours ce vent de face glacial qui arrive du Nord Est. Nous prenons quand même la mer pour une grosse étape afin de gagner la grande passe qui relie les fjords de Torssukatak et d’Ata.
Nous avançons péniblement le long des grandes falaises de la rive sud du fjord. Elles sont exposées plein nord et nous masquent le soleil. Nous sentons la froideur et l’humidité du rocher. Il fait vraiment froid surtout au niveau des extrémités. Nous pique niquons sur le cap ouest de l’île de Qeqertakavasak. Le froid ne permet pas de s’arrêter plus de 20 minutes… Mais le vent faiblit et la mer est maintenant bien lisse. Elle est très encombrée par la glace entre les icebergs et les anciennes plaques de banquise. L’objectif est d’atteindre le grand promontoire rocheux d’Anapnuna coincé entre les glaciers de Kujatdleq et de Kangilerngata mais la glace complique la progression. Nous nous arrêtons pour gagner de la hauteur sur une petite île et repérer un passage d’eau libre mais nous ne voyons que du blanc, passer semble impossible. Les courants sont très complexes et des pans entiers de glace sont drainés dans un sens puis dans l’autre à une vitesse impressionnante.

Nous errons dans ce labyrinthe jusqu’à atterrir sur une plage de la petite île de Takissut où nous montons le camp bien fatigués par les 30 km parcourus et la vigilance imposée par l’abondance de glace. Le coin est sublime sous le soleil du soir nous sommes entourés de glaces et de montagnes avec au loin le glacier de Kangilerngata. Les contrastes en été sont saisissants entre l’eau, les icebergs, le ciel et la toundra flamboyante, toutes les couleurs sont représentées. Il règne un calme absolu.
L’absence d’eau à boire à cet endroit n’est pas si contraignante : nous plaçons dès notre arrivée sur la plage des récipients sous les icebergs échoués dans l’estran. Ils seront tous plein à la fin de notre installation.
Jour 7 Il faut modifier nos plans : nous n’atteindrons pas le promontoire rocheux trop bien protégé par la glace. Nous partons sous le soleil pour l’île d’Igdluluarssuit. Bien que nous ayons repéré un passage juste avant la mise à l’eau, nous nous retrouvons vite encerclés par la glace. Cette dernière est partout et trouver de l’eau pour pagayer devient compliqué. Nous essayons de forcer le passage dans tous les sens quitte à revenir sur nos pas. Tout bouge à une vitesse impressionnante, nous sommes au milieu d’un tourbillon de glace.
La tension monte et chaque embarcation a le droit à sa grosse frayeur. Je suis coincé contre des plaques de glaces qui m’entrainent contre un iceberg, la pression exercée sur le kayak est énorme, il va se retourner ou se percer ! Mais à force de coups de reins et de pagaies sur la glace je m’extirpe de ce piège. A peine 10 minutes plus tard mes compagnons sont pris en sandwich perpendiculairement contre deux icebergs qui se rapprochent. La situation est désespérée, le kayak se plie et se tord de plus en plus, mais sous les coups de pagaies il finit par se libérer. Passé ces moments particulièrement désagréables nous sommes complètement bloqués. Les plaques de glaces dérivantes se sont resserrées, les kayaks ne sont même plus dans l’eau… Une seule solution : attendre les kayaks posés sur ces plaques qui restent trop fines pour marcher dessus (même si nous n’avons pas essayé). En quelques minutes, la situation se débloque : une voie d’eau se créée, nous nous y engouffrons. Nous pagayons avec un seul but : trouver une flaque d’eau plus grande. A force d’aller et de retour notre chemin se dessine, il faut forcer le passage plusieurs fois en attaquant la glace directement avec les kayaks et enfin nous sortons du gros du labyrinthe. Nous gagnons la terre à l’ouest de l’île et nous repérons que la suite sera plus aisée. Pour gagner l’île il n’y a plus qu’à traverser le détroit d’Arsiviup ikera qui est peu encombré. Nous atteignons le cap est de l’île qui est idéal pour un bivouac même si nous n’avons pagayé que 3 heures. Nous montons le camp et nous nous mettons en marche vers le sommet de l’île qui domine toute la passe et les glaciers.
Tout est magnifique peu importe la direction. A 14h, nous sommes au sommet, la beauté du coin et le pique nique face au glacier au soleil sans vent nous font un peu oublier la catastrophe que nous avons frôlée quelques heures plus tôt.
Il sera impossible d’approcher le glacier en kayak mais sur notre sommet à pied il semble tout proche et le contempler en sécurité sur la terre ferme est un grand moment.

La passe est d’une complexité énorme, tout est en mouvement et un passage impraticable et bouché est en eau libre quelques minutes plus tard. Nous sommes ravis lorsque nous retournons au camp. Une baleine un peu perdue au milieu des glaces nous accompagne en longeant la rive. L’endroit est vraiment beau mais la température chute à nouveau sous le ciel dégagé ce qui nous empêche de manger dehors.
Jour 8 Beau et froid au réveil -9°C, la mer a gelé en de nombreux endroit. Nous hésitons quant à la suite du séjour, commencer à revenir vers Ilulissat ou s’attarder dans la passe notamment pour approcher le glacier d’Eqi. Avec les incidents de la veille nous décidons de bien réfléchir et nous gagnons en kayak le cap sud de notre île pour voir les conditions de glaces en direction d’Eqi. Le temps s’est un peu couvert entre temps et le ciel est bien gris. Au cap, nous apercevons la muraille du glacier située à encore à 15 km.

Le fjord est bien encombré mais cela semble passer. Mais rien ne dit que la vue sera vraiment plus belle à 1 km du glacier qu’à 15 km d’autant que le front est assez actif et donc dangereux. Nous décidons de tirer vers le sud sans passer par le glacier. Les températures froides rencontrées dans la passe nous motivent également pour nous éloigner des glaciers et de la calotte. Nous naviguons sous un ciel menaçant mais sans vent. Les kayaks fendent la petite couche de glace formée à la surface dans un bruit de papier froissé. Nous atteignons le campement d’Ata en fin d’après midi après 5 h à ramer sans une seule pause…
Le vent s’est levé et nous découvrons une belle surprise : un refuge avec une table et une belle banquette garnie de matelas. Face à la météo qui vire au mauvais nous nous installons confortablement. Le poêle à pétrole est d’une trop grande complexité pour nos 3 cerveaux, nous n’arrivons pas à le démarrer dommage il fait 0°C à l’intérieur. La suite de l’après midi est consacré à la pêche dans le grand lac où nous mettons au sec un bel omble bien assez grand pour trois. Bonne nuit de sommeil sans risques de renards et de bruits de tente secouée par le vent.
Jour 9 Réveil à 6h sous le bruit de la pluie qui frappe la cabane. La décision est prise en regardant la fenêtre, vent, pluie et brume masquent la mer : nous nous rendormons. Nouveau réveil et la pluie s’est arrêtée, nous allons pouvoir sortir faire le plein de poissons. Nous partons à pied en direction du lac dont longeons la rive ouest. Il fait très couvert et le vent nous incite à rester en mouvement. Nous tirons jusqu’à un lac plus petit à l’extrémité du grand dans lequel nous sortons un omble énorme. Une petite éclaircie vient égayer le piquenique et nous repartons pour notre cabane. Cette rando de 20 km nous occupe toute la journée : marcher dans les éboulis glissants et les micros reliefs des tourbières prend du temps.
Jour 10 Le ciel est dégagé mais un petit vent du sud rend le pagayage intensif. Nous partons en direction du sud est pour rejoindre la rive opposée du fjord. Il fait bien froid et il est impossible de s’arrêter de pagayer quelques instants sous peine de perdre immédiatement du terrain à cause du vent. Nous traversons le fjord de Kangerluarsuk. Je reconnais le cap atteint à ski en hiver 2017. Nous trouvons un bel endroit de bivouac sur la rive sud du fjord : Uiartag. Il n’est pas midi mais face à ce vent de face nous préférons arrêter l’étape ici plutôt que de se fatiguer pour quelques kilomètres en plus. Comme les précédents, ce bivouac est d’un grand confort : le sol est fait d’une grosse couche de lichens et de mousses très agréables lorsqu’on s’y allonge.
Nous partons en rando sur les hauteurs du cap où la météo alterne entre grosses éclaircie et giboulées de neige. Nous constatons la perte du thermomètre mal accroché au sac à dos. Au retour, dans la petite baie de notre plage une baleine nage tranquillement à 10 mètres du rivage, une belle surprise.

Le ciel se dégage complètement, la température chute alors que la nuit approche.
Jour 0 : Mercredi 22 août C’est le jour du départ. Après le boulot, je rejoins en voiture depuis Gap l’aéroport de Marignane à Marseille pour la première partie du voyage jusqu’à Copenhague. Je profite des températures du coin plutôt clémentes : 35 °C à l’ombre. Après une escale à Paris me voilà à Copenhague à l’hôtel, situé à deux arrêts de trains de l’aéroport avec mes compagnons déjà installés. Aucun souci tout le monde est à l’heure avec ses bagages.
Jour 1 Le vol pour le Groenland est à 9h. Nous faisons escale à Kangerlussuaq où nous changeons d’avion puis effectuons un stop à Aasiaat avant d’atteindre à 15h sous un beau soleil l’aéroport d’Ilulissat. Nous appelons Blue Jay pour le transfert en bateau : il peut nous emmener dès 18h sur l’île sinon il faudra attendre le lendemain. Cela nous laisse 3 heures pour préparer nos affaires et surtout effectuer les courses pour les deux semaines de notre périple, cela semble juste mais nous tentons. En un coup de taxi nous sommes à Pisiffik où nous trouvons facilement tout ce qu’il nous faut : pain, beurre, fromage, charcuterie, riz, pâtes, confiture, muesli… Il n’y a plus d’essence C ou d’alcool à brûler pour les réchauds mais cette fois nous connaissons l’astuce : chez Stark un peu en hauteur de la ville nous trouvons les précieux liquides. Deux petites heures plus tard nous remplissons nos sacs étanches et bidons avec nos emplettes et à 17h30 nous rejoignons en taxi Klaus le gérant de Blue Jay directement au port. Les vacances semblent commencer pour de bon lorsque nous filons en bateau au milieu des icebergs vers l’île d’Arve Princess. 45 minutes plus tard, nous repérons une plage bordée de rochers où Klaus nous dépose rapidement (il a un autre transfert à effectuer dans la foulée).
Nous voilà donc sur l’île au milieu de nulle part avec tous nos bagages et nourritures à ranger, la tente à monter et les kayaks à gonfler 10 heures à peine après avoir quitté l’hôtel à Copenhague. Nous nous activons bien gênés par les mouches. Malgré nos moustiquaires de têtes c’est à peine supportable tant elles sont nombreuses. Elles s’engouffrent par dizaines dans chaque sac que nous ouvrons. Il fait plutôt bon : 10°C.
Tout est prêt dans la soirée et c’est très contents d’avoir effectué tous ces transits (avions et bateau en une seule journée) que nous nous glissons dans nos sacs de couchage.
La nuit, le vent se lève et nous sortons plusieurs fois contrôler les ancrages de la tente et des kayaks. Nous constatons la clarté de la nuit, il fait encore largement crépusculaire même à 1h du matin.Jour 2 5h30 au réveil, le vent du sud souffle encore fort mais puisque nous nous dirigeons vers le nord nous décidons de tenter quand même cette première étape. C’est aussi le moment où nous chargeons les kayaks : comme nous ne sommes que trois pour deux kayaks bi places nous remplissons l’hiloire d’un deux kayaks ce qui nous permet de faire tenir toutes nos vivres. Cela aurait été bien difficile si nous avions été 4 pour deux kayaks. Puis enfin, nous nous élançons vers le nord par la côte Ouest de l’île. Les conditions ne sont pas du tout optimales, la mer est bien formée et la prise au vent des kayaks est importante. Mais le principal problème vient du jupage : les affaires sur le pont affaissent ce dernier et la jupe à tendance à s’enlever régulièrement… Il faudra faire avec. A peine partis et voila déjà que des baleines crèvent la surface, c’est la première fois que nous en voyons et nous sommes très impressionnés. Dommage que le vent ne permette pas une contemplation plus longue, s’arrêter de pagayer est impossible tant il souffle fort. Nous franchissons quelques caps et hésitons même à nous arrêter devant les conditions. Pour trouver un semblant de protection, nous sommes obligés de suivre la côte au plus juste sans couper les nombreuses baies ce qui rallonge le trajet considérablement. Mais au fil de la matinée le vent s’estompe et la mer se lisse. Nous apercevons plusieurs baleines et nos premiers phoques. Il fait presque bon lors de la pause piquenique. En fin d’après midi nous atteignons la baie de Kangerup Sarqâ où nous avions identifié un bon spot de bivouac avec une très grande plage et une rivière. Mais le vent s’est inversé il vient désormais du nord, la dernière heure est rendue difficile par la fatigue et ces bourrasques qui nous prennent de face. Le bivouac est idéal et très beau, face à de nombreux icebergs échoués dans la baie.

Le GPS nous alerte d’un autre gros inconvénient des kayaks gonflables : leur lenteur. Il nous a fallu 7h30 de navigation effective (sans les pauses) pour effectuer 28 km soit 3.7 km/h de moyenne ce qui est un peu décevant. Mais nous le savions avant le départ et encore une fois il faudra aussi faire avec !
Jour 3 Surprise : à 6h au réveil, il pleut, il y a de la brume, du vent du sud et la mer moutonne même dans la baie. Il semble prudent de renoncer d’embarquer même si s’arrêter dès le 2ème jour est dur pour le moral. Nous nous rendormons d’autant qu’avec la fatigue du voyage et les dures conditions de la veille nous sommes un peu marqués. A 11h, les conditions de navigation ne sont pas meilleures, aux extrémités de la baie nous voyons d’énormes vagues s’écraser sur les rochers et renoncer pour la journée devient évident. En revanche il ne pleut plus, nous partons donc pour une rando le long du grand lac qui borde la baie. Le vent n’a pas faibli et il fait plutôt froid. La toundra commence à prendre ses couleurs d’automne et le contraste entre le blanc des lichens et le rouge de la végétation est sublime. Au lac nous sortons les cannes à pêche et rapidement, nous attrapons deux beaux ombles qui dépassent les 50 cm. La fin d’après midi approche et le soleil ne semble plus très loin. Le long de la plage nous ramassons du bois flotté (essentiellement de vieilles planches) qui nous permet de cuire au feu en papillote notre pêche du jour. Manger sa propre nourriture dans un si bel endroit à côté d’un bon feu nous réconforte après notre déconvenue du jour.

Au milieu de la nuit un renard arctique entre dans l’auvent arrière de la tente, il semble à peine intimidé lorsque nous le chassons à grands cris puis à coup de pierres.
Jour 4 Lever à 6h15 du matin 3°C, nous sommes à l’eau à 8h, le vent a bien faibli mais la mer est enveloppée de brume, il fait bien froid dans ces conditions humides.

Nous franchissons le cap de la baie : Kangea et tirons vers le village abandonné d’Agpat. L’ambiance est très austère, nous longeons des rochers noirs au milieu d’une brume qui laisse 50 mètres de visibilité et qui dévoile au fur et à mesure de gros icebergs.

Soudain la surface de l’eau s’agite devant mon kayak et un énorme dos gris surgit de la mer. La collision est inévitable mais la baleine semble avoir compris et replonge immédiatement, elle passe sous le kayak et ressort quelques mètres plus loin. Je sens le kayak tanguer dans l’écume blanche et me dépêche de pagayer pour sortir des remous crées. Quelle émotion ! Un petit vent commence à chasser la brume et le soleil fait de belles percées. Nous nous arrêtons malgré le froid pour visiter le village abandonné qui laisse une drôle d’impression. Toutes les maisons sont encore en bon état et sont grandes ouvertes certaines ont du être très spacieuses en leur temps. Nous reprenons la mer et devant la grande baie de Kaangerdluk nous hésitons le vent de face est fort et de grosses vagues fendent l’eau. La prochaine plage depuis l’île de Nua où nous nous sommes arrêtés pour réfléchir est à plus de 8km. Il est à peine 14h mais la prudence nous incite à stopper ici l’étape du jour. Nous avons effectué 12 km soit pile la distance à faire pour être dans les temps. L’après midi est consacré à la randonnée sur les collines de l’île et au ramassage de moules et du bois.

En soirée, nous cuisons au feu de bois ces grosses moules groenlandaises que nous savourons sous les beaux éclairages du soir. Il fait désormais beau mais le thermomètre affiche -5°C au soleil…
Jour 5 Grand soleil, mer d’huile et -8°C à 6h. Tout est au vert pour prendre la mer et effectuer la traversée de la baie même si enfiler les affaires humides de kayak est un peu désagréable par ce froid. C’est la première fois que nous naviguons sur une mer plate depuis le début de séjour et la moyenne kilométrique augmente légèrement.

Nous entrons dans le détroit de Smallesund qui marque la fin de la côte Ouest de l’île, nous sommes proches du grand fjord de Torssukatak dans lequel se jettent deux glaciers. La passe d’accès au fjord est très étroite et de nombreux morceaux de glace empêchent l’accès aux plages. Le vent s’est levé et il nous arrive de face (encore une fois). Juste avant d’entrée sur le fjord nous accostons sur une plage raide faite de gros galets sur lîle d’Oqaitsut. Il fait très froid avec le vent et avancer devient difficile. Nous décidons de nous arrêter pour la journée à la fois à cause des conditions mais aussi parce que le prochain bivouac est loin tant le fjord est encaissé.
Nous finissons par trouver un endroit plat pour la tente malgré la raideur de la pente.
Même si le vent est bien présent, il fait grand beau et nous partons à pied pour le cap nord est de l’île qui surplombe le fjord. La vue porte loin et est exceptionnelle en premier plan le grand fjord rempli de glace avec ses rives encaissées dans de grosses falaises de granit orangé et en arrière plan au loin la calotte et les murailles glaciaires.

Nous apercevons le village de Qeqertaq dont nous captons le réseau ce qui nous permet d’avoir la météo qui est annoncée plutôt bonne. En arrimant les kayaks le soir, je constate que le comportement étrange de ce dernier en fin d’étape provient de la perte de la dérive, impossible de savoir ou elle s’est décrochée, il faudra s’en passer.
Jour 6 Toujours ce vent de face glacial qui arrive du Nord Est. Nous prenons quand même la mer pour une grosse étape afin de gagner la grande passe qui relie les fjords de Torssukatak et d’Ata.
Nous avançons péniblement le long des grandes falaises de la rive sud du fjord. Elles sont exposées plein nord et nous masquent le soleil. Nous sentons la froideur et l’humidité du rocher. Il fait vraiment froid surtout au niveau des extrémités. Nous pique niquons sur le cap ouest de l’île de Qeqertakavasak. Le froid ne permet pas de s’arrêter plus de 20 minutes… Mais le vent faiblit et la mer est maintenant bien lisse. Elle est très encombrée par la glace entre les icebergs et les anciennes plaques de banquise. L’objectif est d’atteindre le grand promontoire rocheux d’Anapnuna coincé entre les glaciers de Kujatdleq et de Kangilerngata mais la glace complique la progression. Nous nous arrêtons pour gagner de la hauteur sur une petite île et repérer un passage d’eau libre mais nous ne voyons que du blanc, passer semble impossible. Les courants sont très complexes et des pans entiers de glace sont drainés dans un sens puis dans l’autre à une vitesse impressionnante.
Nous errons dans ce labyrinthe jusqu’à atterrir sur une plage de la petite île de Takissut où nous montons le camp bien fatigués par les 30 km parcourus et la vigilance imposée par l’abondance de glace. Le coin est sublime sous le soleil du soir nous sommes entourés de glaces et de montagnes avec au loin le glacier de Kangilerngata. Les contrastes en été sont saisissants entre l’eau, les icebergs, le ciel et la toundra flamboyante, toutes les couleurs sont représentées. Il règne un calme absolu.

L’absence d’eau à boire à cet endroit n’est pas si contraignante : nous plaçons dès notre arrivée sur la plage des récipients sous les icebergs échoués dans l’estran. Ils seront tous plein à la fin de notre installation.
Jour 7 Il faut modifier nos plans : nous n’atteindrons pas le promontoire rocheux trop bien protégé par la glace. Nous partons sous le soleil pour l’île d’Igdluluarssuit. Bien que nous ayons repéré un passage juste avant la mise à l’eau, nous nous retrouvons vite encerclés par la glace. Cette dernière est partout et trouver de l’eau pour pagayer devient compliqué. Nous essayons de forcer le passage dans tous les sens quitte à revenir sur nos pas. Tout bouge à une vitesse impressionnante, nous sommes au milieu d’un tourbillon de glace.

La tension monte et chaque embarcation a le droit à sa grosse frayeur. Je suis coincé contre des plaques de glaces qui m’entrainent contre un iceberg, la pression exercée sur le kayak est énorme, il va se retourner ou se percer ! Mais à force de coups de reins et de pagaies sur la glace je m’extirpe de ce piège. A peine 10 minutes plus tard mes compagnons sont pris en sandwich perpendiculairement contre deux icebergs qui se rapprochent. La situation est désespérée, le kayak se plie et se tord de plus en plus, mais sous les coups de pagaies il finit par se libérer. Passé ces moments particulièrement désagréables nous sommes complètement bloqués. Les plaques de glaces dérivantes se sont resserrées, les kayaks ne sont même plus dans l’eau… Une seule solution : attendre les kayaks posés sur ces plaques qui restent trop fines pour marcher dessus (même si nous n’avons pas essayé). En quelques minutes, la situation se débloque : une voie d’eau se créée, nous nous y engouffrons. Nous pagayons avec un seul but : trouver une flaque d’eau plus grande. A force d’aller et de retour notre chemin se dessine, il faut forcer le passage plusieurs fois en attaquant la glace directement avec les kayaks et enfin nous sortons du gros du labyrinthe. Nous gagnons la terre à l’ouest de l’île et nous repérons que la suite sera plus aisée. Pour gagner l’île il n’y a plus qu’à traverser le détroit d’Arsiviup ikera qui est peu encombré. Nous atteignons le cap est de l’île qui est idéal pour un bivouac même si nous n’avons pagayé que 3 heures. Nous montons le camp et nous nous mettons en marche vers le sommet de l’île qui domine toute la passe et les glaciers.
Tout est magnifique peu importe la direction. A 14h, nous sommes au sommet, la beauté du coin et le pique nique face au glacier au soleil sans vent nous font un peu oublier la catastrophe que nous avons frôlée quelques heures plus tôt.
Il sera impossible d’approcher le glacier en kayak mais sur notre sommet à pied il semble tout proche et le contempler en sécurité sur la terre ferme est un grand moment.

La passe est d’une complexité énorme, tout est en mouvement et un passage impraticable et bouché est en eau libre quelques minutes plus tard. Nous sommes ravis lorsque nous retournons au camp. Une baleine un peu perdue au milieu des glaces nous accompagne en longeant la rive. L’endroit est vraiment beau mais la température chute à nouveau sous le ciel dégagé ce qui nous empêche de manger dehors.
Jour 8 Beau et froid au réveil -9°C, la mer a gelé en de nombreux endroit. Nous hésitons quant à la suite du séjour, commencer à revenir vers Ilulissat ou s’attarder dans la passe notamment pour approcher le glacier d’Eqi. Avec les incidents de la veille nous décidons de bien réfléchir et nous gagnons en kayak le cap sud de notre île pour voir les conditions de glaces en direction d’Eqi. Le temps s’est un peu couvert entre temps et le ciel est bien gris. Au cap, nous apercevons la muraille du glacier située à encore à 15 km.

Le fjord est bien encombré mais cela semble passer. Mais rien ne dit que la vue sera vraiment plus belle à 1 km du glacier qu’à 15 km d’autant que le front est assez actif et donc dangereux. Nous décidons de tirer vers le sud sans passer par le glacier. Les températures froides rencontrées dans la passe nous motivent également pour nous éloigner des glaciers et de la calotte. Nous naviguons sous un ciel menaçant mais sans vent. Les kayaks fendent la petite couche de glace formée à la surface dans un bruit de papier froissé. Nous atteignons le campement d’Ata en fin d’après midi après 5 h à ramer sans une seule pause…

Le vent s’est levé et nous découvrons une belle surprise : un refuge avec une table et une belle banquette garnie de matelas. Face à la météo qui vire au mauvais nous nous installons confortablement. Le poêle à pétrole est d’une trop grande complexité pour nos 3 cerveaux, nous n’arrivons pas à le démarrer dommage il fait 0°C à l’intérieur. La suite de l’après midi est consacré à la pêche dans le grand lac où nous mettons au sec un bel omble bien assez grand pour trois. Bonne nuit de sommeil sans risques de renards et de bruits de tente secouée par le vent.
Jour 9 Réveil à 6h sous le bruit de la pluie qui frappe la cabane. La décision est prise en regardant la fenêtre, vent, pluie et brume masquent la mer : nous nous rendormons. Nouveau réveil et la pluie s’est arrêtée, nous allons pouvoir sortir faire le plein de poissons. Nous partons à pied en direction du lac dont longeons la rive ouest. Il fait très couvert et le vent nous incite à rester en mouvement. Nous tirons jusqu’à un lac plus petit à l’extrémité du grand dans lequel nous sortons un omble énorme. Une petite éclaircie vient égayer le piquenique et nous repartons pour notre cabane. Cette rando de 20 km nous occupe toute la journée : marcher dans les éboulis glissants et les micros reliefs des tourbières prend du temps.
Jour 10 Le ciel est dégagé mais un petit vent du sud rend le pagayage intensif. Nous partons en direction du sud est pour rejoindre la rive opposée du fjord. Il fait bien froid et il est impossible de s’arrêter de pagayer quelques instants sous peine de perdre immédiatement du terrain à cause du vent. Nous traversons le fjord de Kangerluarsuk. Je reconnais le cap atteint à ski en hiver 2017. Nous trouvons un bel endroit de bivouac sur la rive sud du fjord : Uiartag. Il n’est pas midi mais face à ce vent de face nous préférons arrêter l’étape ici plutôt que de se fatiguer pour quelques kilomètres en plus. Comme les précédents, ce bivouac est d’un grand confort : le sol est fait d’une grosse couche de lichens et de mousses très agréables lorsqu’on s’y allonge.
Nous partons en rando sur les hauteurs du cap où la météo alterne entre grosses éclaircie et giboulées de neige. Nous constatons la perte du thermomètre mal accroché au sac à dos. Au retour, dans la petite baie de notre plage une baleine nage tranquillement à 10 mètres du rivage, une belle surprise.

Le ciel se dégage complètement, la température chute alors que la nuit approche.
Pour voir le carnet avec les photos en grand format, cliquer ici : si belle la terre
Kayak en famille au Groenland, août 2008
Marion (12 ans) : « -Eh, les grands, vous connaissez la dernière? L'été prochain, on part au Groenland!
- Brrr! » Réagissent en coeur Caroline (15 ans) et Arnaud (13 ans)....
Premier commentaire, mais pas le dernier!
Pourquoi le Groenland?
D'abord pour voir des icebergs, tout simplement!
Mais pourquoi alors ne pas aller au Spitzberg ou en Alaska? A cause des ours pardi! Après une journée de plein air, j'aime dormir sur mes 2 oreilles... Or, dans le sud Groenlandais il n'y en a pas (ou plus...) Et puis le Groenland est habité en permanence depuis qq milliers d'années par des « vrais gens » à la différence du Spitzberg qui accueille plutôt des scientifiques ou des mineurs célibataires. Quant à l'Alaska: plus loin, plus cher, moins propice m'a-t-il semblé à un voyage tranquille en autonomie.
Nous atterrirons donc à Narsarsuaq dans le sud groenlandais : c'est la région desservie par les vols les plus abordables et elle est propice à la randonnée à pied ou en kayak. Il y a plusieurs petits villages assez mignons pas trop éloignés les uns des autres. Et surtout il y a des icebergs du fait de la présence de plusieurs glaciers assez productifs.
En rose les 3 aéroports internationaux au Groenland
Restait à choisir le mode de déplacement : le kayak permettrait de transporter facilement tout le matériel de bivouac et la nourriture pour plusieurs jours d'autonomie. Certes notre expérience en kayak était plutôt limitée mais nous naviguons depuis « toujours » à la voile ou en canoë.
Mon père, 70 ans, avait « frôlé » le Groenland lors de sa traversée de l'Atlantique nord il y a une dizaine d'années : la présence des growlers étant incompatible avec une navigation en solitaire, il avait du infléchir sa route vers le sud et en gardait un vif sentiment de frustration. Je lui proposai donc de nous accompagner pour faire le « 6ème homme » : nous formerions ainsi 3 équipages dans 3 kayaks doubles : 1 adulte et 1 enfant par bateau. Je réservai donc les bateaux chez Blue Ice Explorer, géré par Jacky Simoud un français.
C'était parti pour plusieurs mois de (délicieuse) préparation sur le net, au cours de laquelle j'eus la chance de découvrir le récit des aventures de Patrick et de son épouse : http://kayakexotique.canalblog.com/...groenland/index.html Merci Patrick pour l'aide précieuse que tu m'as apportée dans la préparation du voyage! Je m'aidai aussi de Google Earth, absolument indispensable, et de guides papiers : Greenland and the Artic chez Lonely Planet et le Guide Groenland de GNGL.
Enfin, un grand merci à Gilles, le mari de Grisemote, qui nous a régulièrement renseignés sur la météo grâce au téléphone satellite que nous avions loué: merci Gilles pour ta constance même si je dois t'avouer que la météo locale n'était pas toujours fidèle aux prévisions!
12 août Le grand jour arriva enfin et après avoir aperçu les Féroés
puis l'Islande

nous survolons le Groenland sud


et c'est sous un soleil radieux que notre avion en provenance de Copenhague

atterrit le 12 août dans la matinée sur l'aéroport de Narsarsuaq, ancienne base militaire américaine très moche. On attend impatiemment les bagages...

Nous espérons bien quitter cet endroit au plus vite! Jacky Simoud, nous annonce qu'un de ses bateaux part le jour même pour Narsaq, 50 km plus au SO. Super! Il est possible de partir directement de Narsarsuaq en kayak mais cela impose de se « farcir » les 50 km de fjord souvent « animés » de vents puissants (qui bien sûr vient toujours de face) : n'étant pas des athlètes et ne disposant que de 2 semaines sur place, nous avions choisi de nous offrir ce petit luxe d'un transfert en bateau rapide jusque vers les fjords de l'ouest. Le retour sur Narsarsuaq sera de la même façon écourté entre Narsaq et Itelleq.
Voici la carte du parcours effectué

Nous chargeons les kayaks sur le petit bateau rapide
et frôlons très vite nos premiers icebergs.

2h plus tard, nous débarquons avec armes et bagages à Narsaq...

'Y a plus qu'à.... Heureusement la pompe à essence de Narsaq fonctionne avec des pièces (elle était fermée à Narsarsuaq avant que nous n'embarquions) : ce soir nous pourrons manger chaud! Comme nous partons pour 10 jours en autonomie totale, nous remplissons nos 2 bidons de 5 l (ce qui s'avérera être beaucoup trop, la moitié aurait suffit...)
Il est déjà 17h30, heure locale (soit 21h30 pour nous) et nous préférons bivouaquer directement sur le port!
L'endroit s'avère finalement potable avec vue sur les icebergs

quand un élément perturbateur vient à quai, à 50 m, laissant ronronner son moteur toute la nuit! On a l'impression de dormir dans la salle des machines... Notre trip au coeur du Groenland sauvage n'a pas encore vraiment commencé!
13 août (4, 5 miles, 1 mile marin= 1856 m)) 3 heures nous sont nécessaires avant de pouvoir donner notre premier coup de pagaie! Pas facile de caser les 50 kg de bouffe nécessaires à 10 j d'autonomie pour 6 personnes.
Nous sommes tout de suite rassurés par la stabilité de nos kayaks:
1 Prijon excursion, très « moderne » mais de faible capacité de chargement, très manœuvrant. - 2 Yoo a Kim, grands kayaks d'origine suédoise, un peu vieillots, mais très agréables -ils sont en fibre, dotés d'une petite quille et avancent très bien (bien plus facilement que le Prijon construit en polyéthylène). Ce sont de vrais gouffres dans lesquels nous trouvons à caser tout notre matos.

Nous traversons le Narsaq Sund vers le NO, entourés d'icebergs avec une brume de + en + évanescente.
Régulièrement notre pagayage est suspendu par l'observation attentive mêlée de crainte des icebergs qui éclatent : coup de fusil, feu d'artifice, craquement sec, pétarade... L'effet produit n'est pas proportionnel à l'intensité du bruit. Écroulement de quelques m3 de glace, éclatement d'un petit bourguignon, bascule lente mais inexorable et imprévisible d'un iceberg dont l'inertie entraîne un balancement fugace. Mon fantasme de grimper sur un iceberg s'évanouit illico!

Quelle ambiance! Le GPS nous permet de localiser l'entrée de Stephensen's Haven, notre premier vrai bivouac. Nous déchargeons les bateaux....
Nous ne sommes pas encore très organisés! L'été est très sec et tous les petits ruisseaux sont à sec.
Nous nous contenterons donc parfois de l'eau des mares, additionnée d'Aquatabs. Nous partons l'après-midi pour une belle balade vers des lacs repérés sur la carte.

Le terrain est très sec et c'est un plaisir de marcher au milieu des fleurs.

Je me félicite de ne pas avoir choisi l'option « bottes en caoutchouc » souvent recommandée pour randonner au Groenland! Fred aide les enfants à monter la canne à pêche (on est tous des ignares intégraux en la matière)

et après une première prise décevante, la 2ème ne l'est pas moins!

Quel peut-être cet affreux poisson? Nous avons l'agréable surprise de trouver plein de bois mort et nous terminons la journée autour d'un bon feu.

Cette nuit mon père se lèvera courageusement vers 2h, espérant voir une aurore boréale et bingo : il y en a une, pas très contrastée malheureusement et qui ne rend pas grand chose en photo. Nous n'en verrons pas d'autres, soit par manque de courage pour nous lever soit que la lune était trop présente, soit que le ciel était nuageux. Nuit paisible rythmée par les craquements des icebergs.
14/08 (6 miles) Le soleil se lève dans un ciel parfaitement pur!

Qu'il est agréable de se lever dans une tente réchauffée par ses rayons : nous essayerons d'ailleurs chaque fois que possible de choisir pour bivouac des endroits bien exposés.

Nous traversons le Bredefjord en direction du nord et approchons de la Qornoq Pass, encombrée d'icebergs.

Nous trouvons un bel endroit de bivouac juste au sud de l'île de Qeqertarssuaq, près d'un îlot. Pas de ruisseau, pas de grande mare, aussi fabriquons nous notre eau douce à partir des glaçons déposés sur le rivage.
C'est assez... sportif mais l'eau est délicieuse. Nous en mettons à fondre au soleil dans tous les récipients disponibles. Mieux vaut ne pas être trop affamé pour faire des pâtes à partir de glaçons! En attendant on se goinfre de blueberries.

Le soleil tape dur et je n'ai pas prévu d'ombrelle... Alors les filles improvisent!

Very fashion, isn't? Notre collecte de bois nous permet de découvrir quelques « arbres » profitant du moindre accident de terrain pour s'épanouir.

Au Groenland, tout est grand (sauf les arbres...)
Cherchez Arnaud sur la photo...
et il est très difficile d'apprécier les échelles et les distances.

Fin de journée autour du feu, bien agréable car plus il fait beau, plus les nuits sont fraîches!

Expérience....

On retrouve ensuite l'intérieur de la tente avec plaisir : elle est très agréable (Helsport Svalbard basecamp 6).

Spacieuse (à 5, prévue pour 6. Mon père a sa propre tente) Chaleureuse et lumineuse, elle donne bonne mine (très important au réveil...) grâce à ses couleurs vives qui donnent l'impression qu'il fait toujours beau Très solide (on le constatera plus tard) Très étanche (une gourde mal fermée y formera une belle flaque...) Un peu longue à monter (environ 5 à 10 mn à 4) Légère pour son volume : 6, 2 kg Mais pas donnée : environ 1000 euro! (investissement qu'on ne regrettera pas par la suite!)
15 août (11 miles) Toujours du beau temps, quelle chance! Cependant le vent se lève et c'est bien fatigués que nous arrivons à notre nouveau bivouac.

Chance, il y a un petit ruisseau, idéal pour figer un bon flan au chocolat.

Oui, je sais, ce n'est pas indispensable diététiquement parlant mais il faut savoir soigner le moral des troupes! Il n'y a pas que les pâtes dans la vie d'un randonneur!
Voici un aperçu de notre avitaillement : lait en poudre pour faire 30 litres de lait 2, 4 kg de chocolat 1, 5 kg de pâtes d'amande 2 kg d'amandes séchées et noix de cajou 72 barres de céréales 2 cakes aux fruits 3 quatre-quarts 3 kg de pâtes (quand même) 2 kg de riz 6 sachets de 4 assiettes de purée 40 sachets de nouilles chinoises 12 soupes en sachets 6 flans au chocolat 4, 5 kg de muesli 1 kg d'ovomaltine tisanes+ sucrettes curry, épices, huile, sel, poivre 6 saucissons secs 1, 5 kg d'emmental 1, 5 kg de comté 6X6 tranches de jambon sec 200 g de lard maigre sous blister
Nous commençons à prendre notre rythme : kayak le matin puis déjeuner et installation du camp et rando l'après-midi (quand le terrain s'y prête car souvent des falaises escarpées empêchent rapidement toute progression) ou à défaut, sieste, lecture, pêche...
En approchant en kayak, il nous a semblé voir un itinéraire possible pour approcher la calotte. Il nous faut d'abord suivre une étrange ligne noire

qui court le long de la côte sur des kilomètres (on la retrouvera d'ailleurs le lendemain dans le fjord suivant) La vue est superbe.

Au fil de la montée se découvrent

à G le fjord de Manitsup tunua par lequel nous sommes arrivés (avec l'île de Qagssit, habitée par un aigle si gros que je l'avais d'abord pris pour un cairn. Qui pourrait bien avoir eu l'idée de bâtir un cairn dans un endroit pareil?!) et à D le fjord de Quvnerssuaq que nous descendrons demain.

Malgré une ascension proche de l'escalade, nous devons renoncer, la calotte glaciaire reste inaccessible de ce côté. Nous reprenons le chemin du camp, pas trop déçus car la rando était superbe.

Le vent forcit encore....

16/08 (1, 5 miles) Le vent a soufflé fort toute la nuit et a encore de beaux restes ce matin. Heureusement l'étape prévue aujourd'hui est très courte, vent arrière et abritée.

L'étude attentive de Google Earth et de la carte nous laisse penser qu'un accès assez facile à une vue sur l'inlandsis doit être possible en partant du fond d'une petite baie située 1 mile à l'ouest de notre bivouac d'hier. Celle-ci est fermée par un goulet assez court pour pouvoir être franchi contre vent et courant (eh oui, mystérieusement le vent a tourné pour être de face...)

Nous découvrons au fond de la crique un groupe de kayakistes en train de plier le camp. Leur guide, espagnol, francophone très sympa nous confirme la possibilité d'accéder à la calotte. C'est fou la quantité d'espagnols au Groenland! Le guide rencontré nous explique que sa compagnie est basée à Qassiarsuq et qu'ils ont par ci par là des sites de campement ravitaillés par bateaux à moteur. Leurs clients ne pagaient donc qu'avec leurs affaires de la journée et toute l'intendance est assurée par ailleurs.
En bon garçon de la campagne, Fred, sitôt posé le pied à terre, s'exclame : « Des petits pois! »
Il y en a à profusion et tout le monde s'y met.
Au menu ce midi, purée/petits pois: un délice inattendu! C'est ainsi que nous baptiserons l'endroit « la baie aux petits pois »...

Détail important : il y a un ruisseau ici aussi. Repus, nous commençons par remonter une étroite gorge jusqu'à un plateau.

Ici, il faut tourner à droite jusqu'à surplomber ce lac
que l'on contourne par la droite jusqu'à un 2ème lac

qu'on laisse à droite et enfin en 1h30 environ on arrive en vue de l'inlandsis.

Nous avalons qq sucreries à l'abri du vent.

Ça décoiffe! Si nous voulons aller demain dans le fjord en contrebas (juste dans l'axe du soleil se trouve l'endroit où nous aimerions aller)

il va falloir que le temps change car la mer est balayée par des vents puissants issus de la calotte et il serait illusoire de remonter les 5 miles du fjord contre eux.
Nous sommes cependant confiants car nous commençons à comprendre la météo du Groenland : rien ne sert de réfléchir, ou de vouloir anticiper. Le temps change à une vitesse surprenante. Le baromètre n'a un intérêt que décoratif. Il faut s'adapter au jour le jour et même à l'heure, l'heure. Il ne doit pas faire bon se balader ici en hiver.

Nous regagnons tranquillement notre camp.

17/08 (11 miles) Après 5 jours de grand beau temps, voici la pluie. Il fallait bien que ça arrive et on se félicite d'avoir eu un temps clément pour « se mettre en route ». Maintenant, on est « rodé » et finalement une fois équipé pour le kayak, on est « étanche » Nous sommes vêtus d'une combinaison sèche, pourvue de manchons latex aux chevilles, poignets et au cou. Aux pieds nous portons des chaussons néoprène. Aux mains soit des mitaines, soit des gants néoprène. Sur la tête, bonnet+/- capuche ou suroît. L'appareil photo lui est moins bien protégé et je ne le sors que très peu : 3 photos ce jour-là! Nous descendons le fjord avec le courant et un poil de vent dans le dos puis après avoir contourné la pointe de Niuta, prenons un virage « en aiguille » pour embouquer le fjord suivant : Qaleragdlit ima.
Le temps est très couvert et à mesure que nous approchons des glaciers, nos regards interrogatifs se croisent : il fait moche certes mais le temps n'est pas à l'orage! Et pourtant, ce sont bien des roulements de tonnerre que l'on perçoit à intervalles réguliers. On a l'impression qu'ils résonnent dans nos cages thoraciques tellement ils sont sourds et puissants!
Rapidement nous comprenons que c'est la progression du glacier et la friction des millions de tonnes de glace sur le granit qui produit ce bruit incroyable... D'ailleurs il suffit d'observer les striures rayant le granit dans les vallées glaciaires pour percevoir l'intensité des forces qui s'exercent.
11 miles au compteur pour cette journée (1mile nautique= 1856 m), on arrive bien crevé sous une pluie battante au camp « des glaciers »

Heureusement il n'y a pas de vent et nous pouvons monter le tarp qui fait office de dressing, vestibule, cuisine, etc...

Faire à manger par ce temps-là n'est vraiment pas une sinécure, d'autant que la proximité des glaciers refroidit considérablement l'atmosphère! Hein, Fred! Eh oui, j'ai la chance d'avoir un mari qui fait la cuisine et ce dans toutes les circonstances! Il met un point d'honneur à faire un vrai repas même dans les conditions les plus acrobatiques... Dire qu'un peu plus haut il y a un campement fixe (espagnol toujours) avec tente-mess chauffée ... Mais l'aventure c'est l'aventure, hein! Les gens débarqués ici en bateau à moteur nous regardent un peu comme des bêtes curieuses...
On s'endort bien au chaud, avec le bruit de la pluie et du glacier, j'adore!
18/08 (11 miles) Il a plu toute la nuit et ça continue ce matin. Départ...


On profite de la marée descendante pour redescendre le fjord: les miles défilent vite et arrivés à la pointe de Nuk on décide de traverser le Bredefjord vers le goulet de Sarfap Nua
qui doit nous mener dans une baie intérieure au fond de laquelle un portage de 400 m doit nous permettre d'aller de l'autre côté de l'île de Tugtutoq.
Galère, galère... Je fais équipe depuis le début avec Marion et notre équipage a bien du mal à faire face au court clapot levé par un vent de face. La traversée nous semble interminable, d'autant plus que l'entrée du goulet n'est pas facile à repérer, même avec le GPS. Finalement nous sommes encore allées trop vite puisque l'étroitesse du goulet combinée à sa longueur le transforme en une véritable rivière dont le sens ne s'inversera que dans 1h30.
Le courant est impressionnant, sans doute au moins 8 ou 10 noeuds! Pour nous tenir chaud nous allons en amont reconnaître à pied la petite mer intérieure fermée par ce détroit. Avec du soleil, ça doit être magique. Nous nous gavons de blueberries, toujours aussi abondantes et faisons provision de moules.

En 5 mn le courant s'inverse et nous sommes catapultés à l'intérieur de la baie, ouf! Nous pagayons encore 1 mile jusqu'au début du portage. 11 miles encore au compteur, ça suffit pour aujourd'hui!

Nous décidons de rééquilibrer les équipes : Caroline avec Papi, Fred avec Marion et Arnaud avec moi.
19/08 (4 miles) Il pleut moins fort (soyons positifs...) En 1 heure le portage est bouclé: il faut dire que les 400 m sont ponctués de 2 petits lacs bien pratiques. Arrivés de l'autre côté, nous croisons un groupe de 12... espagnols accompagnés de leur guide.

Quelle circulation! Petite journée au programme, on se contente de sortir de la baie et on se trouve un beau bivouac avec ruisseau et bois flotté (la vraie mer ouverte est en vue directe), le grand luxe.

Pas de pluie l'après-midi : du coup on a l'impression qu'il fait beau. Lessive...

Pêche miraculeuse : 6 poissons coup sur coup, sans doute des lieux jaunes. C'est pas le tout de les attraper, après il faut les assommer...

C'est résistant ces bestioles. Fred améliore sa technique au fil des prises. Beurk!!! général quand un oeil se retrouve suspendu par son nerf optique... Mais l'appétit est là, on ne va pas s'arrêter à ce genre de détail. D'autant plus que le cuistot nous « rationne ». Il gère la cambuse avec rigueur car il nous reste encore 3 jours avant de pouvoir faire des courses à Narsaq. Ceux qui ont des ado comprendront la difficulté de l'entreprise!
Le cuistot a recruté des marmitons et tout le monde s'y met, même Arnaud (c'est dire...)

si élégant avec ses gants bleus et MES ciseaux à ongles!

20/08 (5 miles) Il fait beau, vraiment, avec du soleil et tout et tout!

En 1h30, nous sommes sur l'eau, requinqués par notre journée tranquille d'hier et surtout par une météo plus complice. Nous poursuivons tranquillement notre route vers Narsaq. Une certaine routine s'installe, ressentie un peu par certains comme de la monotonie. Heureusement, arrivés au bivouac, il y a la pêche (tjs aussi fructueuse), les moules et ... encore des petits pois! Ce soir notre repas sera entièrement basé sur le produit de notre cueillette ou pêche.
Pour changer un peu (ben oui, on n'attrape invariablement que ce que nous appelons-peut-être à tort-des lieux jaunes) Fred fait les poissons en papillote.
Ici aussi on trouve du bois flotté. Finalement on a fait des feux pratiquement tous les soirs, quand la météo le permettait. Grâce à la pluie de ces derniers jours, tous les petits ruisseaux sont requinqués, on trouve de l'eau courante facilement.

Belle lumière de fin de journée.

La suite dans une 2ème partie: https://voyageforum.com/v.f?post=1976769;#1976769
Marion (12 ans) : « -Eh, les grands, vous connaissez la dernière? L'été prochain, on part au Groenland!
- Brrr! » Réagissent en coeur Caroline (15 ans) et Arnaud (13 ans)....
Premier commentaire, mais pas le dernier!
Pourquoi le Groenland?
D'abord pour voir des icebergs, tout simplement!
Mais pourquoi alors ne pas aller au Spitzberg ou en Alaska? A cause des ours pardi! Après une journée de plein air, j'aime dormir sur mes 2 oreilles... Or, dans le sud Groenlandais il n'y en a pas (ou plus...) Et puis le Groenland est habité en permanence depuis qq milliers d'années par des « vrais gens » à la différence du Spitzberg qui accueille plutôt des scientifiques ou des mineurs célibataires. Quant à l'Alaska: plus loin, plus cher, moins propice m'a-t-il semblé à un voyage tranquille en autonomie.
Nous atterrirons donc à Narsarsuaq dans le sud groenlandais : c'est la région desservie par les vols les plus abordables et elle est propice à la randonnée à pied ou en kayak. Il y a plusieurs petits villages assez mignons pas trop éloignés les uns des autres. Et surtout il y a des icebergs du fait de la présence de plusieurs glaciers assez productifs.
En rose les 3 aéroports internationaux au Groenland
Restait à choisir le mode de déplacement : le kayak permettrait de transporter facilement tout le matériel de bivouac et la nourriture pour plusieurs jours d'autonomie. Certes notre expérience en kayak était plutôt limitée mais nous naviguons depuis « toujours » à la voile ou en canoë.
Mon père, 70 ans, avait « frôlé » le Groenland lors de sa traversée de l'Atlantique nord il y a une dizaine d'années : la présence des growlers étant incompatible avec une navigation en solitaire, il avait du infléchir sa route vers le sud et en gardait un vif sentiment de frustration. Je lui proposai donc de nous accompagner pour faire le « 6ème homme » : nous formerions ainsi 3 équipages dans 3 kayaks doubles : 1 adulte et 1 enfant par bateau. Je réservai donc les bateaux chez Blue Ice Explorer, géré par Jacky Simoud un français.
C'était parti pour plusieurs mois de (délicieuse) préparation sur le net, au cours de laquelle j'eus la chance de découvrir le récit des aventures de Patrick et de son épouse : http://kayakexotique.canalblog.com/...groenland/index.html Merci Patrick pour l'aide précieuse que tu m'as apportée dans la préparation du voyage! Je m'aidai aussi de Google Earth, absolument indispensable, et de guides papiers : Greenland and the Artic chez Lonely Planet et le Guide Groenland de GNGL.
Enfin, un grand merci à Gilles, le mari de Grisemote, qui nous a régulièrement renseignés sur la météo grâce au téléphone satellite que nous avions loué: merci Gilles pour ta constance même si je dois t'avouer que la météo locale n'était pas toujours fidèle aux prévisions!
12 août Le grand jour arriva enfin et après avoir aperçu les Féroés
puis l'Islande

nous survolons le Groenland sud


et c'est sous un soleil radieux que notre avion en provenance de Copenhague

atterrit le 12 août dans la matinée sur l'aéroport de Narsarsuaq, ancienne base militaire américaine très moche. On attend impatiemment les bagages...

Nous espérons bien quitter cet endroit au plus vite! Jacky Simoud, nous annonce qu'un de ses bateaux part le jour même pour Narsaq, 50 km plus au SO. Super! Il est possible de partir directement de Narsarsuaq en kayak mais cela impose de se « farcir » les 50 km de fjord souvent « animés » de vents puissants (qui bien sûr vient toujours de face) : n'étant pas des athlètes et ne disposant que de 2 semaines sur place, nous avions choisi de nous offrir ce petit luxe d'un transfert en bateau rapide jusque vers les fjords de l'ouest. Le retour sur Narsarsuaq sera de la même façon écourté entre Narsaq et Itelleq.
Voici la carte du parcours effectué

Nous chargeons les kayaks sur le petit bateau rapide
et frôlons très vite nos premiers icebergs.

2h plus tard, nous débarquons avec armes et bagages à Narsaq...

'Y a plus qu'à.... Heureusement la pompe à essence de Narsaq fonctionne avec des pièces (elle était fermée à Narsarsuaq avant que nous n'embarquions) : ce soir nous pourrons manger chaud! Comme nous partons pour 10 jours en autonomie totale, nous remplissons nos 2 bidons de 5 l (ce qui s'avérera être beaucoup trop, la moitié aurait suffit...)
Il est déjà 17h30, heure locale (soit 21h30 pour nous) et nous préférons bivouaquer directement sur le port!
L'endroit s'avère finalement potable avec vue sur les icebergs

quand un élément perturbateur vient à quai, à 50 m, laissant ronronner son moteur toute la nuit! On a l'impression de dormir dans la salle des machines... Notre trip au coeur du Groenland sauvage n'a pas encore vraiment commencé!
13 août (4, 5 miles, 1 mile marin= 1856 m)) 3 heures nous sont nécessaires avant de pouvoir donner notre premier coup de pagaie! Pas facile de caser les 50 kg de bouffe nécessaires à 10 j d'autonomie pour 6 personnes.
Nous sommes tout de suite rassurés par la stabilité de nos kayaks:
1 Prijon excursion, très « moderne » mais de faible capacité de chargement, très manœuvrant. - 2 Yoo a Kim, grands kayaks d'origine suédoise, un peu vieillots, mais très agréables -ils sont en fibre, dotés d'une petite quille et avancent très bien (bien plus facilement que le Prijon construit en polyéthylène). Ce sont de vrais gouffres dans lesquels nous trouvons à caser tout notre matos.

Nous traversons le Narsaq Sund vers le NO, entourés d'icebergs avec une brume de + en + évanescente.
Régulièrement notre pagayage est suspendu par l'observation attentive mêlée de crainte des icebergs qui éclatent : coup de fusil, feu d'artifice, craquement sec, pétarade... L'effet produit n'est pas proportionnel à l'intensité du bruit. Écroulement de quelques m3 de glace, éclatement d'un petit bourguignon, bascule lente mais inexorable et imprévisible d'un iceberg dont l'inertie entraîne un balancement fugace. Mon fantasme de grimper sur un iceberg s'évanouit illico!

Quelle ambiance! Le GPS nous permet de localiser l'entrée de Stephensen's Haven, notre premier vrai bivouac. Nous déchargeons les bateaux....
Nous ne sommes pas encore très organisés! L'été est très sec et tous les petits ruisseaux sont à sec.
Nous nous contenterons donc parfois de l'eau des mares, additionnée d'Aquatabs. Nous partons l'après-midi pour une belle balade vers des lacs repérés sur la carte.

Le terrain est très sec et c'est un plaisir de marcher au milieu des fleurs.

Je me félicite de ne pas avoir choisi l'option « bottes en caoutchouc » souvent recommandée pour randonner au Groenland! Fred aide les enfants à monter la canne à pêche (on est tous des ignares intégraux en la matière)

et après une première prise décevante, la 2ème ne l'est pas moins!

Quel peut-être cet affreux poisson? Nous avons l'agréable surprise de trouver plein de bois mort et nous terminons la journée autour d'un bon feu.

Cette nuit mon père se lèvera courageusement vers 2h, espérant voir une aurore boréale et bingo : il y en a une, pas très contrastée malheureusement et qui ne rend pas grand chose en photo. Nous n'en verrons pas d'autres, soit par manque de courage pour nous lever soit que la lune était trop présente, soit que le ciel était nuageux. Nuit paisible rythmée par les craquements des icebergs.
14/08 (6 miles) Le soleil se lève dans un ciel parfaitement pur!

Qu'il est agréable de se lever dans une tente réchauffée par ses rayons : nous essayerons d'ailleurs chaque fois que possible de choisir pour bivouac des endroits bien exposés.

Nous traversons le Bredefjord en direction du nord et approchons de la Qornoq Pass, encombrée d'icebergs.

Nous trouvons un bel endroit de bivouac juste au sud de l'île de Qeqertarssuaq, près d'un îlot. Pas de ruisseau, pas de grande mare, aussi fabriquons nous notre eau douce à partir des glaçons déposés sur le rivage.
C'est assez... sportif mais l'eau est délicieuse. Nous en mettons à fondre au soleil dans tous les récipients disponibles. Mieux vaut ne pas être trop affamé pour faire des pâtes à partir de glaçons! En attendant on se goinfre de blueberries.

Le soleil tape dur et je n'ai pas prévu d'ombrelle... Alors les filles improvisent!

Very fashion, isn't? Notre collecte de bois nous permet de découvrir quelques « arbres » profitant du moindre accident de terrain pour s'épanouir.

Au Groenland, tout est grand (sauf les arbres...)
Cherchez Arnaud sur la photo...et il est très difficile d'apprécier les échelles et les distances.

Fin de journée autour du feu, bien agréable car plus il fait beau, plus les nuits sont fraîches!

Expérience....

On retrouve ensuite l'intérieur de la tente avec plaisir : elle est très agréable (Helsport Svalbard basecamp 6).

Spacieuse (à 5, prévue pour 6. Mon père a sa propre tente) Chaleureuse et lumineuse, elle donne bonne mine (très important au réveil...) grâce à ses couleurs vives qui donnent l'impression qu'il fait toujours beau Très solide (on le constatera plus tard) Très étanche (une gourde mal fermée y formera une belle flaque...) Un peu longue à monter (environ 5 à 10 mn à 4) Légère pour son volume : 6, 2 kg Mais pas donnée : environ 1000 euro! (investissement qu'on ne regrettera pas par la suite!)
15 août (11 miles) Toujours du beau temps, quelle chance! Cependant le vent se lève et c'est bien fatigués que nous arrivons à notre nouveau bivouac.

Chance, il y a un petit ruisseau, idéal pour figer un bon flan au chocolat.

Oui, je sais, ce n'est pas indispensable diététiquement parlant mais il faut savoir soigner le moral des troupes! Il n'y a pas que les pâtes dans la vie d'un randonneur!
Voici un aperçu de notre avitaillement : lait en poudre pour faire 30 litres de lait 2, 4 kg de chocolat 1, 5 kg de pâtes d'amande 2 kg d'amandes séchées et noix de cajou 72 barres de céréales 2 cakes aux fruits 3 quatre-quarts 3 kg de pâtes (quand même) 2 kg de riz 6 sachets de 4 assiettes de purée 40 sachets de nouilles chinoises 12 soupes en sachets 6 flans au chocolat 4, 5 kg de muesli 1 kg d'ovomaltine tisanes+ sucrettes curry, épices, huile, sel, poivre 6 saucissons secs 1, 5 kg d'emmental 1, 5 kg de comté 6X6 tranches de jambon sec 200 g de lard maigre sous blister
Nous commençons à prendre notre rythme : kayak le matin puis déjeuner et installation du camp et rando l'après-midi (quand le terrain s'y prête car souvent des falaises escarpées empêchent rapidement toute progression) ou à défaut, sieste, lecture, pêche...
En approchant en kayak, il nous a semblé voir un itinéraire possible pour approcher la calotte. Il nous faut d'abord suivre une étrange ligne noire

qui court le long de la côte sur des kilomètres (on la retrouvera d'ailleurs le lendemain dans le fjord suivant) La vue est superbe.

Au fil de la montée se découvrent

à G le fjord de Manitsup tunua par lequel nous sommes arrivés (avec l'île de Qagssit, habitée par un aigle si gros que je l'avais d'abord pris pour un cairn. Qui pourrait bien avoir eu l'idée de bâtir un cairn dans un endroit pareil?!) et à D le fjord de Quvnerssuaq que nous descendrons demain.

Malgré une ascension proche de l'escalade, nous devons renoncer, la calotte glaciaire reste inaccessible de ce côté. Nous reprenons le chemin du camp, pas trop déçus car la rando était superbe.

Le vent forcit encore....

16/08 (1, 5 miles) Le vent a soufflé fort toute la nuit et a encore de beaux restes ce matin. Heureusement l'étape prévue aujourd'hui est très courte, vent arrière et abritée.

L'étude attentive de Google Earth et de la carte nous laisse penser qu'un accès assez facile à une vue sur l'inlandsis doit être possible en partant du fond d'une petite baie située 1 mile à l'ouest de notre bivouac d'hier. Celle-ci est fermée par un goulet assez court pour pouvoir être franchi contre vent et courant (eh oui, mystérieusement le vent a tourné pour être de face...)

Nous découvrons au fond de la crique un groupe de kayakistes en train de plier le camp. Leur guide, espagnol, francophone très sympa nous confirme la possibilité d'accéder à la calotte. C'est fou la quantité d'espagnols au Groenland! Le guide rencontré nous explique que sa compagnie est basée à Qassiarsuq et qu'ils ont par ci par là des sites de campement ravitaillés par bateaux à moteur. Leurs clients ne pagaient donc qu'avec leurs affaires de la journée et toute l'intendance est assurée par ailleurs.
En bon garçon de la campagne, Fred, sitôt posé le pied à terre, s'exclame : « Des petits pois! »
Il y en a à profusion et tout le monde s'y met.
Au menu ce midi, purée/petits pois: un délice inattendu! C'est ainsi que nous baptiserons l'endroit « la baie aux petits pois »...

Détail important : il y a un ruisseau ici aussi. Repus, nous commençons par remonter une étroite gorge jusqu'à un plateau.

Ici, il faut tourner à droite jusqu'à surplomber ce lac
que l'on contourne par la droite jusqu'à un 2ème lac

qu'on laisse à droite et enfin en 1h30 environ on arrive en vue de l'inlandsis.

Nous avalons qq sucreries à l'abri du vent.

Ça décoiffe! Si nous voulons aller demain dans le fjord en contrebas (juste dans l'axe du soleil se trouve l'endroit où nous aimerions aller)

il va falloir que le temps change car la mer est balayée par des vents puissants issus de la calotte et il serait illusoire de remonter les 5 miles du fjord contre eux.
Nous sommes cependant confiants car nous commençons à comprendre la météo du Groenland : rien ne sert de réfléchir, ou de vouloir anticiper. Le temps change à une vitesse surprenante. Le baromètre n'a un intérêt que décoratif. Il faut s'adapter au jour le jour et même à l'heure, l'heure. Il ne doit pas faire bon se balader ici en hiver.

Nous regagnons tranquillement notre camp.

17/08 (11 miles) Après 5 jours de grand beau temps, voici la pluie. Il fallait bien que ça arrive et on se félicite d'avoir eu un temps clément pour « se mettre en route ». Maintenant, on est « rodé » et finalement une fois équipé pour le kayak, on est « étanche » Nous sommes vêtus d'une combinaison sèche, pourvue de manchons latex aux chevilles, poignets et au cou. Aux pieds nous portons des chaussons néoprène. Aux mains soit des mitaines, soit des gants néoprène. Sur la tête, bonnet+/- capuche ou suroît. L'appareil photo lui est moins bien protégé et je ne le sors que très peu : 3 photos ce jour-là! Nous descendons le fjord avec le courant et un poil de vent dans le dos puis après avoir contourné la pointe de Niuta, prenons un virage « en aiguille » pour embouquer le fjord suivant : Qaleragdlit ima.
Le temps est très couvert et à mesure que nous approchons des glaciers, nos regards interrogatifs se croisent : il fait moche certes mais le temps n'est pas à l'orage! Et pourtant, ce sont bien des roulements de tonnerre que l'on perçoit à intervalles réguliers. On a l'impression qu'ils résonnent dans nos cages thoraciques tellement ils sont sourds et puissants!
Rapidement nous comprenons que c'est la progression du glacier et la friction des millions de tonnes de glace sur le granit qui produit ce bruit incroyable... D'ailleurs il suffit d'observer les striures rayant le granit dans les vallées glaciaires pour percevoir l'intensité des forces qui s'exercent.
11 miles au compteur pour cette journée (1mile nautique= 1856 m), on arrive bien crevé sous une pluie battante au camp « des glaciers »

Heureusement il n'y a pas de vent et nous pouvons monter le tarp qui fait office de dressing, vestibule, cuisine, etc...

Faire à manger par ce temps-là n'est vraiment pas une sinécure, d'autant que la proximité des glaciers refroidit considérablement l'atmosphère! Hein, Fred! Eh oui, j'ai la chance d'avoir un mari qui fait la cuisine et ce dans toutes les circonstances! Il met un point d'honneur à faire un vrai repas même dans les conditions les plus acrobatiques... Dire qu'un peu plus haut il y a un campement fixe (espagnol toujours) avec tente-mess chauffée ... Mais l'aventure c'est l'aventure, hein! Les gens débarqués ici en bateau à moteur nous regardent un peu comme des bêtes curieuses...
On s'endort bien au chaud, avec le bruit de la pluie et du glacier, j'adore!
18/08 (11 miles) Il a plu toute la nuit et ça continue ce matin. Départ...


On profite de la marée descendante pour redescendre le fjord: les miles défilent vite et arrivés à la pointe de Nuk on décide de traverser le Bredefjord vers le goulet de Sarfap Nua
qui doit nous mener dans une baie intérieure au fond de laquelle un portage de 400 m doit nous permettre d'aller de l'autre côté de l'île de Tugtutoq.
Galère, galère... Je fais équipe depuis le début avec Marion et notre équipage a bien du mal à faire face au court clapot levé par un vent de face. La traversée nous semble interminable, d'autant plus que l'entrée du goulet n'est pas facile à repérer, même avec le GPS. Finalement nous sommes encore allées trop vite puisque l'étroitesse du goulet combinée à sa longueur le transforme en une véritable rivière dont le sens ne s'inversera que dans 1h30.
Le courant est impressionnant, sans doute au moins 8 ou 10 noeuds! Pour nous tenir chaud nous allons en amont reconnaître à pied la petite mer intérieure fermée par ce détroit. Avec du soleil, ça doit être magique. Nous nous gavons de blueberries, toujours aussi abondantes et faisons provision de moules.

En 5 mn le courant s'inverse et nous sommes catapultés à l'intérieur de la baie, ouf! Nous pagayons encore 1 mile jusqu'au début du portage. 11 miles encore au compteur, ça suffit pour aujourd'hui!

Nous décidons de rééquilibrer les équipes : Caroline avec Papi, Fred avec Marion et Arnaud avec moi.
19/08 (4 miles) Il pleut moins fort (soyons positifs...) En 1 heure le portage est bouclé: il faut dire que les 400 m sont ponctués de 2 petits lacs bien pratiques. Arrivés de l'autre côté, nous croisons un groupe de 12... espagnols accompagnés de leur guide.

Quelle circulation! Petite journée au programme, on se contente de sortir de la baie et on se trouve un beau bivouac avec ruisseau et bois flotté (la vraie mer ouverte est en vue directe), le grand luxe.

Pas de pluie l'après-midi : du coup on a l'impression qu'il fait beau. Lessive...

Pêche miraculeuse : 6 poissons coup sur coup, sans doute des lieux jaunes. C'est pas le tout de les attraper, après il faut les assommer...

C'est résistant ces bestioles. Fred améliore sa technique au fil des prises. Beurk!!! général quand un oeil se retrouve suspendu par son nerf optique... Mais l'appétit est là, on ne va pas s'arrêter à ce genre de détail. D'autant plus que le cuistot nous « rationne ». Il gère la cambuse avec rigueur car il nous reste encore 3 jours avant de pouvoir faire des courses à Narsaq. Ceux qui ont des ado comprendront la difficulté de l'entreprise!
Le cuistot a recruté des marmitons et tout le monde s'y met, même Arnaud (c'est dire...)
si élégant avec ses gants bleus et MES ciseaux à ongles!

20/08 (5 miles) Il fait beau, vraiment, avec du soleil et tout et tout!

En 1h30, nous sommes sur l'eau, requinqués par notre journée tranquille d'hier et surtout par une météo plus complice. Nous poursuivons tranquillement notre route vers Narsaq. Une certaine routine s'installe, ressentie un peu par certains comme de la monotonie. Heureusement, arrivés au bivouac, il y a la pêche (tjs aussi fructueuse), les moules et ... encore des petits pois! Ce soir notre repas sera entièrement basé sur le produit de notre cueillette ou pêche.
Pour changer un peu (ben oui, on n'attrape invariablement que ce que nous appelons-peut-être à tort-des lieux jaunes) Fred fait les poissons en papillote.
Ici aussi on trouve du bois flotté. Finalement on a fait des feux pratiquement tous les soirs, quand la météo le permettait. Grâce à la pluie de ces derniers jours, tous les petits ruisseaux sont requinqués, on trouve de l'eau courante facilement.

Belle lumière de fin de journée.

La suite dans une 2ème partie: https://voyageforum.com/v.f?post=1976769;#1976769










