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Dates officielles de la fête des roses 2010 à M'gouna? (Maroc) English translation pending
by Murzyl · 2010-04-21 · 25 replies
Bonjour à tous, connus et inconnus

C'est toujorus murzyl del Jadida qui attend vos conseils très éclairés, surtout ceux des natifs de l région

Nous projetons un petit circuit de quelques jours à l'occasion du moussem de la fête des roses, et suivant les infos, on me parle du 1er , 2 et 3 mai 2010 ou du week end suivant : les 7, 8 9 mai 2010 !! et je ne sais où trouver l'information et les dates officielles, qeulqu'un de m'gouna, pourrait il m'en dire un peu plus ??

j'ai djéà raté l'an passé la fête du Safran car elle avait été décalé en fonction du climat : qu'en sera-t-il de la fête des roses ??

Pouvez vous aussi me donner une bonne adresse à m'gouna pour séjourner 1 ou 2 nuits et de même à Aït Benhaddou, sans tomber dans des ryads ou des hotels trop luxueux

Merci encore de votre aide qui est toujorus précieuse à bientot de vous lire et en revanche si je peux vous aider pour des questions concernant notre région doukkala, à votre disposition murzyl la djidi
Carnet de voyage en Birmanie du 13 janvier au 5 février 2010: 5e partie English translation pending
by Lubie · 2010-02-12 · 0 replies
J'ai fait un agréable voyage en Birmanie avec mon mari; voici les photos => ICI Les birmans sont des gens très gentils, toujours ponctuels, calmes, accueillants et fiables; nous avons voyagé totalement en individuel, tout en ayant réservé les vols intérieurs avec White Lotus. Nous avons visité successivement Yangon, Mandalay, Bagan, Inlé et de nouveau Yangon et Bago - première partie : Yangon : du 13 Janvier au 15 Janvier 2010 => ICI - deuxième partie : Mandalay et ses environs : du 16 Janvier au 21 Janvier 2010 => ICI - troisième partie : Monywa : du 22 Janvier au 23 Janvier 2010 => ICI - quatrième partie: Bagan (Nyaung U) : du 24 Janvier au 27 Janvier 2010 => ICI - cinquième partie: Inlé (Nyaungshwe) : du 28 Janvier au 31 Janvier 2010 - sixième partie : Yangon : du 1 Février au 4 Février 2010 => ICI

Nyaung U - Nyaungshwe : 28 Janvier

Lever à 5h1/2. Le petit déjeuner promis à 6h n'est pas prêt; nous aurons donc seulement des toasts, fruits, thé/café. Nous partons à 6h1/2, 10 minutes de trajet, et nous devons attendre jusqu'à 7h50. Tous les passagers de tous les vols de Bagan semblent être présents ici ! Arrivée à 9h10. Le vol s'est bien passé, nous sommes passés par Mandalay. Le fils de l'hôtel Aquarius vient nous chercher avec son « espace » qui secoue beaucoup (15 000k). Il paraît très sympathique et nous arrête pour nous permettre de visiter le monastère en bois où l'on voit les têtes des bonzillons à-travers les fenêtres ovales « shwe Yan Pyay» En arrivant, notre chauffeur nous arrête pour payer la taxe d'entrée de 3doll/p. et noter les numéros de passeport et visa(comme dans les hôtels). En fait nos déplacements sont suivis à la trace : d'où venons nous, où allons nous...il paraît que les hôtels doivent remettre chaque jour les entrées dans leur hôtel. Nous arrivons à l'hôtel, Aquarius Inn (12doll)les chambres sont en bambou, au centre, un patio agréable où l'on nous sert du thé, des fruits, des grains de soja grillés et des grains frits. Super accueil ! Nous discutons avec le fils (le père est plus âgé) de la possibilité de faire le surlendemain un circuit en bateau sur le lac Inlé et nous prenons rendez-vous le lendemain à 8h pour discuter du parcours avec le batelier. Noua allons faire le tour de la ville, du marché, changé de l'argent et visiter des monastères. Nous rencontrons des Suisse qui pensent partager avec nous une journée à bateau sur le lac , mais je les rebute en leur disant qu'il faut partir à 6h ! nous voyons en passant l'agence Golden Bowl, et nous nous renseignons pour un tour en canoë, qui se terminerait en voyant le coucher du soleil; le parcours proposé est incohérent ainsi que les horaires. Des camions transportent d'énormes quantité de vase qu'ils sèment involontairement sur la route, ils la déposent au coin des arbres, juste devant les maisons; beurk, mais peut-être cela va-t-il leur servir d'engrais . Nous sommes même accueillis par un bonze, à prendre le thé dans sa chambre, il ouvre pour nous un paquet de crackers. Nous essayons de lui faire comprendre que le lendemain, c'est le jour de la pleine lune, mais il ne comprend pas le mot lune. Heureusement il a un dictionnaire anglais-birman, et il nous montre son cahier d'anglais bien rempli, mais qu'il n'a pas, à notre avis assez étudié ! Nous sommes bien, assis sur nos nattes ! Il possède un lit, une belle chaise, et même un ordinateur, une imprimante et des livres, Il est le chef d'un des trois monastères de la pagode. Nous lui écrivons une carte postale de paris, et nous lui expliquons les monuments. Il s'appelle U Ka Lya Na , il est très gentil et nous invite à venir le lendemain matin dans sa pagode. Nous croisons quelques touristes, mais pas énormément. Nous repassons par l'hôtel puis allons au restaurant Unique, où nous avions été nous désaltérer et discuter des menus. Surprise ! il fallait commander la veille; nous commandons pour le lendemain un menu shan et nous nous rabattons sur le fameux Golden Kite, favori du forum et dînons dans la grande salle en bois décorée d'inscriptions qui avaient été écrites à l'occasion d'un mariage qui a eu lieu dans l'après-midi. Nous avions déjà photographié une belle voiture de mariée fleurie. Nous partageons une pizza Hawaïan un peu chère pour le pays(6000k), puisqu'ils ne servent plus que des mets italiens, contrairement à ce que dit le Lonely Planet (les autres menus sont servis dans le Golden Kite qui est installé sur le lac). Les pancakes caramélisées recouvertes de petites fraises étaient délicieuses (1200k), mais le jus d'ananas épais et sans goût.(1000k)

Le début de la nuit a été un peu difficile, d'abord on a eu le droit au bruit énorme du générateur, puis à la musique du voisin; les cloisons sont fines; il faut encore mettre les boules quies ! A l'hôtel, le change est à 950k , si vous changez 100doll. Et sinon 930k, nous l'avons eu à 980k au marché; Le couvre-feu est à 9h, après, il n'y a plus d'électricité

Nyaungshwe : 29 Janvier

Nous prenons le petit déjeuner à 7h dans la salle de restaurant de la maison principale. Le service est attentionné. Nous avons rendez-vous avec le boatman qui parle bien anglais, il paraît bien comprendre le trajet que nous voulons faire (en évitant trop de boutiques d'artisanat)et adapte un peu le sens. Il demande 19 000k pour aller jusqu'à Kyaing Kan, au bout du lac d'Inlé. Je crois que la visite du lac va être agréable ! Sa soeur fait des promenades en canoë, mais notre batelier nous dit que c'est impossible en ce moment, car il n'y a pas assez d'eau. Il est 9h, nous partons avec nos vélos loués au voisin (600k la demi-journée) vers le stupa des sources d'eau chaude de Kaung Daing, où nous avons appris qu'il se déroulait aujourd'hui un festival, aujourd'hui, c'est un jour férié (jour de pleine lune, il n'y a pas de marché tournant). Il y a beaucoup de poussière sur la route, et des motos, vélos, quelques voitures et des motoculteurs qui tirent des charrettes remplies de gens, des femmes à pied. Tout ce petit monte est en route pour la pwe ! Le trajet est assez facile, avec quelques petites montées que je préfère faire à pied et quelques ponts étroits à traverser. Je ne veux pas prendre de risques (vu les soins de santé dans ce pays!!) Et je sors d'une fêlure du bassin l'été dernier. Il y a déjà du monde quand nous arrivons, un peu avant 10h; des stands de nourriture et de vente (genre jouets pour les enfants) sont installés. Un match se prépare. Un homme vient engager la conversation avec nous et nous montre l'endroit d'où part la source d'eau chaude. A proximité, se trouve un bassin où des femmes se lavent et lavent leur linge. Il voudrait que nous allions au restaurant, mais nous lui répondons que nous n'avons pas faim; peut-être y a-t-il eu méprise et qu'il voulait juste nous inviter à prendre un pot ou un thé avec lui ! Nous passons devant l'établissement des bains, quand une jeune femme propose de nous le faire visiter gentiment; C'est ça, l'accueil birman !! Les deux parties homme et femme sont séparées. J'ai le droit de visiter celle des femmes qui se baignent avec leurs bébés et mon homme, celle des hommes ! Il y a aussi le bassin pour les étrangers. Puis, nous montons l'escalier qui mène au stupa ( avec les chaussures)accompagnés de jeunes femmes qui portent de beaux longyi aujourd'hui et se sont même, pour certaines, maquillées. Les femmes portent de gros sacs d'offrande pour les moines, une soixantaine, je crois, qui doivent venir les recevoir à 13h, il y a du riz, du savon et du sucre de canne A l'intérieur du stupa, des petits groupes de birmans prennent le thé, installés sur des nattes. Il y a beaucoup de brume ce matin, et nous ne voyons pas bien le lac depuis le haut du stupa. Des gamins font marcher des toupies à l'aide d'une ficelle Sur le chemin de la descente, nous rencontrons un jeune birman habillé en jean, et blouson de cuir «US army», nous le mettons en boîte et lui demandons s'il est dans l'armée et ça le fait rire !. C'est un ancien membre du Gold Star et il est maintenant fermier dans un village voisin. Il se fait photographier avec plaisir avec ses amis ! En bas, se jouent des paris, un peu plus loin, mais la foule devient dense, des camions arrivent ainsi que de nombreuses motos et je préfère rentrer plutôt que de continuer jusqu'au village voisin. Je pense à ce qu'a dit la française de Bagan, et j'ai un peu la trouille! Et je sors d'une fêlure du bassin l'été dernier Il est très difficile de se frayer un chemin, les gaz noirs d'échappement des camions sont irrespirables ! Puis la circulation s'améliore à partir de la jonction. Le trajet est plaisant, nous apercevons des enfants dans une école (eux, ils travaillent bien que le jour soit férié !), nous assistons au bain du buffle, voyons les rizières... Nous retournons à l'hôtel vers 13h, la pwe doit battre son plein, là-bas. Il y avait tellement de poussière rouge sur la route que j'ai la moitié de la jambe colorée et fais rire la serveuse ! Nous prenons un star cola (300k). Vous pouvez acheter l'eau à l'hôtel (300k comme au supermarché local) A 15h, nous allons au Inle Pancake Kingdom, où nous mangerons une délicieuse crêpe tomate/fromage/champignon pour 1300k, bien meilleure que la pizza du Golden kite, accompagnée d'un délicieux jus d'ananas, ce coup-ci. C'est tranquille ici, et nous prenons plaisir à voir passer les gens dans la rue, trishaws chargés, femmes à vélo, sortie d'école, retour de lessive et séchage sur différentes parties de la maison. Nous retournons à 4h à l'hôtel où l'on nous sert du thé chinois, mais refusons la banane au miel ! Puis je m'installe pour écrire mon journal, surveillée par le gérant, toujours présent; Les locataires arrivent et discutent avec lui. Il est 5h-1/4, la température baisse. La musique assourdissante de la pagode voisine s'est mise en marche parce que c'est un jour bouddhiste, mais c'est seulement pour une heure, paraît-il ! Je vais profiter de l'électricité actuelle pour prendre une bonne douche. Comme ils ne font pas la chambre ici, maintenant, je ferai mon lit le matin ! Nous allons dîner au restaurant Unique goûter notre menu shan (6500k) que nous partageons (avec une bière Myanmar à 2500k)dans ce menu, on a la possibilité de prendre deux plats principaux au lieu d'un, (sinon c'est moins cher) on a pris du poisson dans une feuille de bananier et du tofu.(bon) La soupe et tous les plats sont arrivés en même temps, sans sourire, dès que nous avons pénétré dans le restaurant; la cuisine était grasse et ne valait pas celle de Peacock Lodge à Mandalay. Je ne le conseille pas.

Nyaungshwe : 30 Janvier

Aujourd'hui débute notre grande journée sur le lac Inlé. On se réveille comme d'habitude avant l'heure, on se lève toujours tôt en voyage ! Il n'y a pas de lumière, Michel doit se raser avec sa lampe frontale ! Nous arrivons à 6h pour prendre notre petit déjeuner, mais le personnel ne paraît pas au courant. Il est néanmoins rapidement préparé, omelette pour Michel, toasts, assiette de fruits (banane, papaye, pomme) et bonne confiture de citron; thé noir et café. Nous sommes prêts, pour notre départ à 6h1/2, mais en fait notre boatman attendait depuis 6h devant la grille qui était fermée. Je me suis bien couverte (tshirt, plus damart plus deux polaires, foulard); il fait nuit quand nous partons, il fait très froid, il y a bien une couverture sur le bateau, mais cela ne suffit pas ! Il y a beaucoup de brume sur le lac. Nous mettons 3/4h pour arriver à Inthein; sur la route, nous croisons des pêcheurs Intha immobiles sur leur bateau en train de pêcher; l'un d'eux tape sur les poissons et je ne comprends pas bien ce qu'il fait ! Un autre fait avancer son bateau, à l'aide d'une seule pagaie qu'il enserre d'une jambe, cette technique est propre aux Inthas. A l'entrée du canal, des écolières rament vers Indein, elles ont prévu leur panier repas; des femmes dans des bateaux plus larges rament avec de lourds chargements, on passe devant des ponts en bambou, des ponts couverts; des femmes vont au marché, le long de la berge et certaines portent leur bébé dans leur dos. Nous débarquons près du marché, des femmes Pao et Danu font leurs emplettes, un combat de coqs débute, nous allons boire un thé au lait concentré sucré offert par notre batelier qui n'a pas pris son petit déjeuner, il l'accompagne d'un long beignet chinois. Notre batelier évite l'escalier couvert d'accès à la pagode d'Inthein et monte à gauche au milieu des vieux stupas, avec quelques bas-reliefs en stuc; certains sont neufs, peints en or ou blancs, en ciment, ils ont été offerts par différentes nationalités ou bien collectivement par des groupes. Nous allons vers les chutes qui viennent de la montagne. L'eau est claire et verte, des hommes se baignent; on traverse la bambouseraie. Une ligne électrique alimentée par le torrent de la montagne est utilisée pour la pagode. Nous redescendons par l'escalier couvert; les étals s'organisent pour l'arrivée des touristes. Je vois des petites crèches dans des poissons en bois; il est vrai qu'il y a aussi des catholiques, par ex. les karens . Quelques touristes arrivent. Notre guide voulait les éviter. Nous allons voir le travail des argentiers chez Mya Hin Tha, ils font des petits poissons articulés en argent. Nous reprenons le bateau jusqu'au bout du lac Inlé à Kyauk Taung (après, un long canal rejoint le lac Sankar, mais, c'est beaucoup plus loin, il faut une permission spéciale et un guide spécial); le paysage change dans cette région. On aperçoit un groupe de stupas blancs sur la colline. Nous visitons les tissages en fibre de lotus de Kyaing Kan, cette fibre ressemble à un bout de ficelle beige fragile et grossier. La femme mouille son métier avant de passer le peigne; cela ne m'inspire vraiment pas; Il paraît que cet atelier a été en partie transféré à In Phaw Khone. Notre batelier nous emmène déjeuner au Nice Rt (Nampan), il a très faim(nous l'invitons) Nous partageons un poisson grillé avec du riz.(total : 9200k) Nous voyons des villages sur pilotis, une 2° fabrique de tissage : soie, coton et lotus mélangés; un petit groupe de femmes travaille pendant que les hommes musardent sur la terrasse en buvant du thé et en jouant du karom (genre de billard indien, je ne sais pas le nom local) avec notre guide qui s'amuse beaucoup. Les filaments de lotus sont extraits des tiges de lotus puis étirés en un fil à plusieurs brins. La qualité de ces tissages ne vaut pas celle que nous avons vu à Amarapura; On longe de nouveau des villages de maisons sur pilotis pour arriver à la fabrique de cheerots (cigares)de Nampan. Des touristes sont déjà assis et nous les rejoignons; thé, crackers et cheerot nous sont offerts. Des femmes confectionnent des cheerots : un filtre en bambou, la feuille d'un arbre et du tabac parfumé d'anis et de deux autres plantes( ils font aussi du tabac parfumé), la feuille est fermée à l'aide de colle faite à partir de riz gluant; deux hommes, dans la même salle fabriquent aussi des boîtes à cigares, laquées sommairement, certaines sont décorées de palme, de cuivre ou de bambou; elles sont jolies( 4500k, pour une boîte contenant l'équivalent d'un paquet de cigarettes) et les cheerots sont offerts; de là, nous partons visiter le monastère thalay où nous dérangeons un bonze qui regarde l'open d'un match de tennis, pas de thé pour nous ce jour-là ! Dans ce monastère sont alignés de beaux bouddhas offerts pat travel services, on voit une image du monastère autrefois. Un sentier longeant le canal rejoint la pagode Phaung Daw U. des ponts couverts traversent le canal. Nous évitons les frais d'appareil à photo(300k) en passant par une autre entrée. Notre batelier garde nos chaussures, mais il voulait aussi nous faire enlever nos chaussettes, il suffit de dire non, et on n'a jamais eu de problèmes. Des petites boules de bouddhas formant des tas informes sont très vénérées et encore surchargées d'or par les fidèles;Le plafond est richement décoré. Des hangars abritent les deux énormes bateaux dorés en forme de hintha (cygne doré de la légende birmane)sortis à l'occasion du festival annuel de la pagode, ainsi que les boules de bouddhas; A cette occasion, se déroulent des courses nautiques sur les canaux. Un grand bazar de tshirts, longyi, couteaux délestera mon porte-monnaie de 2 tshirts Inlé pour 4800k, après négociation; Nous traînons un peu pour retarder l'heure de retour et voir le coucher du soleil. On traverse les jardins flottants au milieu de petits canaux, des petites barques sont conduites au pied par des femmes, des hommes pêchent sur leur barque. Nous prenons plaisir à voir ces activités. De nombreuses tomates, courges, et fleurs poussent sur de long treillis en bois soutenus par des tapis flottants fixés par de longues perches en bambou. La promenade est agréable et il fait moins chaud ! Nous rejoignons le monastère des chas sauteurs. Les moines qui sont assis sur des bancs ont délégué « le spectacle » à un jeune homme qui arrive à faire sauter un à trois chats au travers d'un cerceau, moyennant deux petites croquettes à chaque saut. Ce spectacle se passe dans la grande salle où sont abrités de nombreux bouddhas antiques mal éclairés, trônant sur des socles en bois et mosaïque. Au fond de la salle, un couloir d'échoppes de souvenirs; Nous repartons vers Nyaungshwe, surveillant le coucher de soleil guère impressionnant. Les montagnes du côté est sont éclairées et rosissent. Le froid tombe, nous arrivons quand il fait nuit. Je propose d'aller dîner au Star Flower, nous prenons des tagliatelles tomates/champignons(3000k) et une pancake tomate/fromage/oignon/champignon (2300k) moins bonne que celle d'Inlé Pancake Kingdom, accompagnés d'une myanmar beer (2000k) Le chef est fier de nous proposer en fin de repas, de bonnes bananes de son jardin qui est proche de l'Aquarius; il se soucie en permanence de savoir si nous apprécions la cuisine de son restaurant, mais on ne va pas dire le contraire; à vous, si, cela n'est pas extraordinaire ! Le patron dont le portrait en costume de fin d'études figure dans la salle nous intrigue : en fait, c'est un ancien étudiant de maths de l'université de Taungyi (trois d'ans d'étude), la profession d'enseignant ne lui rapportant pas assez, il s'est installé comme restaurateur; Dans la salle, sa femme s'occupe de son bébé malade, pauvre chou ! Un petit tour au supermarché pour acheter de l'eau, du dentifrice et des cigarettes Red Ruby. Nous nous couchons à 9h, l'extinction des feux étant prévue pour 9h1/2 !

Nyaungshwe : 31 Janvier

Cette nuit, nous avons eu le droit à des psalmodies incessantes ! Je me suis enrhumée, il faisait tellement froid sur le lac, , c'est mon premier rhume de l'hiver et je le ramènerai en France; Nous allons prendre notre petit déjeuner. Les toilettes n'ont pas été nettoyées, et comme la chasse d'eau tire mal, cela n'est pas la joie. Et il n'y a pas de balayette. Nous utiliserons souvent les toilettes extérieures qui ont un autre avantage : celle de ne pas se mouiller les pieds à chaque fois, la paire de tongs proposé étant trop petite; Un taxi devant l'hôtel propose de nous emmener à yangon (en passant par Bago) sur deux jours pour 12o dollars, il avait accompagné des gens ici et se trouve maintenant coincé ! Ce matin, a lieu le marché tournant à Nyaungshwe, il est très actif et vivant, il nous plaira plus que celui d'Indein; De nombreuses femmes vont au marché avec leur panier tressé de couleur, à pied ou en trishaw. A l'entrée du marché, quelques femmes vendent des fleurs, probablement celles cultivées sur le lac. Un camelot propose des ballons en forme de personnages ou animaux et souffle dans un sifflet pour attirer l'attention; A l'intérieur, sous des bâches, un peu trop basse pour notre taille, c'est un canevas d'étals de légumes, poissons séchés, graines, tofu, ;sur le pourtour, des échoppes de bouchers, volaillers ainsi qu'une grande partie dédiée aux chou-fleurs; Une autre petite allée est spécialisée dans les vêtements. A l'arrière, on vend des grands panneaux de bambou tressés. Dans une petite allée extérieure, des carrioles à cheval sont alignées. Il y a aussi quelques gargottes à l'intérieur du marché et des commerces divers (coiffeurs, pharmaciens...) Nous quittons le marché en nous dirigeant vers l'embarcadère; sur le chemin, des femmes continuent d'arriver avec leur cabs ou repartent lourdement chargées de leurs achats; A l'embarcadère, il y a de grands paniers de légumes, principalement des petites tomates cultivées sur le lac; Des hommes chargent ces grands paniers sur un camion déjà bien rempli; Nous revenons vers l'hôtel où je rédige ce compte-rendu; comme d'habitude, on nous apporte du thé chinois tiède, avec des grains de soja grillés ou frits; Je suis un peu fatiguée, sans doute à cause du rhume, et ne me sens pas d'attaque pour faire du vélo aujourd'hui ! Les toilettes ont été enfin nettoyées, comme le fait remarquer le personnel ! Nous nous préparons pour aller déjeuner au Inlé pancake Kingdom et nous nous mettons à la terrasse pour manger notre pancake /tomate/oignon/champignon, avec notre délicieux jus d'ananas, le meilleur de ce pays, et une bonne salade de tomates/avocat. Nous finissons par un mauvais nescafé, il fallait bien essayer !, amélioré par du lait concentré. Nous restons un bon moment à regarder les gens passés. Un homme âgé tire péniblement une charrette très chargée, des trishaws conduisent des femmes qui reviennent du marché. En face notre terrasse, un énorme tas de vase venant du canal devant une belle maison, à quoi va-t-elle servir ? Nous sommes Dimanche et il n'y a pas d'école aujourd'hui. Nous quittons le restaurant. J'achète trois cartes postales pour 500k. Je me sens un peu mieux, Michel veut faire un peu de marche vers les grottes Htut Aung(indiquée sur le plan donné par l'hôtel), la route est droite et interminable, sans intérêt, et nous ne sommes pas encore arrivés au départ de la piste indiquée sur le plan; je regrette de ne pas avoir pris de vélo, pour l'instant c'est facile. Ouf ! Nous croisons un horsecart qui vient en sens inverse, il accepte de nous emmener aux grottes pour 4000k A-R. La carriole secoue pas mal, mais la piste est difficile, elle monte de façon abrupte et le cheval peine. J 'ai peur que la carriole bascule, heureusement , finalement, nous ne le faisons pas en vélo !

Nous arrivons à un village de tribus. Un escalier monte à une grotte où vit un vieux bonze âgé de 73 ans qui insiste pour nous servir du thé, du sucre et des grains de soja frits. Comme il fume, nous lui proposons une cigarette, mais il va la fumer dans son coin, drôle de bonhomme ! Comment peut-il vivre dans cette grotte où sont installés son lit et ses affaires , Nous lui donnons une carte postale de Paris qu'il range dans un livre; Il nous indique le chemin d'une grande grotte à cinq minutes d'ici, nous croisons de jeunes bonzes qui se lavent avec plaisir. Un autre moine âgé, lui aussi, nous fait visiter la grande grotte, elle est très haute et alvéolée. Un escalier descend plus profondément et mène à une grande chambre. Michel la visite à l'aide des deux torches électriques prêtées par le moine. Nous repassons devant les bonzillons que nous prenons en photo et retournons en carriole à l'hôtel où on nous propose du thé vert, et deux morceaux de pastèque, pour une fois, pas de banane, chic! Je reste me reposer dans la chaise longue de la véranda, située entre les chambres : beaucoup d'objets anciens y sont entreposés, ainsi que des bibliothèques et des albums de photos données par les touristes. Le patron arrose abondamment le jardin, en fin d'après-midi. Des clients vont et viennent; Pas de dîner ce soir, je n'ai vraiment pas faim, j'écris maintenant dans la chambre, pour ne pas oublier, la lumière est faible, après m'être lavée les pieds dans le lavabo de la chambre, avec un peu d'exercice ! Il est 20h et je vais essayer de dormir, cela va être difficile, la musique est assourdissante. Demain, nous prenons l'avion pour Yangon. Ici, on était bien, Nyaungshwe est une ville calme, on ne rencontre pas d'enfants qui mendient, et ils paraissent être bien entretenus. Les ressources des jardins flottants doivent enrichir les habitants. Nous ne sommes pas importunés, parfois, un batelier nous propose ses services, mais il reste toujours souriant.
À partir de Salt Lake City: du Grand Canyon à Yellowstone via le Colorado (1ère partie) English translation pending
by Kashtin · 2010-02-01 · 94 replies
Du 8 mai au 8 juin 2009, nous avons fait une boucle à partir de Salt Lake City, en grande partie hors des sentiers battus, qui nous a menés de l'Utah à l'Arizona, au Nouveau-Mexique, au Colorado et au Wyoming.

La version avec photos se trouve ici : carnetsdameriquesetdailleurs.fr/crbst_8.html

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Première partie

Départ De Salt Lake City à Escalante via Cathedral Valley Nipple Bench et Alstrom Point via la Cottonwood Canyon Road Toroweap Grand Canyon: South Kaibab Trail Coal Mine Canyon, le petit Bryce Canyon Mule Canyon, Road Canyon De Natural Bridges à Chaco Canyon (N-M) Bisti Badlands (N-M) Canyonlands, Les Needles, Devil's Kitchen Canyonlands, Island in the Sky, Upheaval Dome, False Kiva Canyonlands, Island in the Sky, Aztec Butte, Dead Horse Point Les pétroglyphes de la Kane Creek Road Arches De Moab à Ouray et Silverton (CO), via la Paradox Valley De Red Mountain à Crested butte (CO)

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Vendredi 8 mai

Subitement, dans la nuit qui précède notre départ, un doute survient : il y a longtemps que je n’ai pas vu les vouchers d’Autoescape… C’est étonnant comme dans certains cas une petite alarme s’allume dans le cerveau ; effectivement, au matin, nous nous apercevons qu’ils ne sont plus là. Panique à bord ! Le taxi arrive à 9 h 15 et Autoescape est apparemment fermé pour cause de jour férié. Finalement, à 9 heures, j’ai quelqu’un au bout du fil, à 9 h 20 un mail arrive tandis qu’Alain fait patienter le taxi. Lorsque nous partons le compteur affiche déjà dix-sept euros… Arrivés à Roissy, j’ai la bonne idée de vouloir téléphoner avec la carte France Télécom, et je m’aperçois que je n’ai pas de mot de passe pour la nouvelle carte. Dix euros de plus partent en fumée d’une cabine de l’aéroport.

Vol assez long sur Northwest, le 767 ayant un équipement minimaliste – quatre navets passeront sur les mini-écrans de télévision suspendus de loin en loin. A l’enregistrement nous avons fait changer les places et nous nous sommes retrouvés à l’avant (dans le 767, les meilleures places sont les 16 A, B, C, D, E, F, G ou 15 F, G). Nous avions réservé pour la première fois sur Internet par l’intermédiaire d’Opodo. Les vols directs Air France étaient à plus de 900 € et nous économisions près de 300 € par billet en faisant une escale à Minneapolis. Ça valait le coup de mettre ma peur de l’avion de côté et d’accepter un décollage et un atterrissage supplémentaires à l’aller et au retour. Malgré cinq ou six modifications de vol dans les mois qui ont précédé le départ, dans l’ensemble tout s’est bien passé. Une correspondance expresse à Minneapolis, faite en quarante minutes, alors que nous avions une heure vingt devant nous, ce qui est donc amplement suffisant. Un regret quand même : sur le conseil de Jadorry, un mois avant le départ, nous avions regardé directement sur le site de Delta (qui a fusionné avec Northwest) et nous nous étions aperçus qu’à 5 € près (en moins) nous pouvions avoir un vol direct pour Salt Lake !

Au comptoir Alamo, nous avons un TrailBlazer et nous prenons une assurance pneus et bris de glace : 200 € de plus… puis direction La Quinta Airport, à trois miles, dans la verdure. Très bon hôtel. Réveils constants au cours de la nuit dès 3 heures du matin.

Samedi 9 mai

Excellent petit déjeuner avec entre autres des gaufres. Nous faisons annuler le Super 8 Airport du retour et réservons une chambre pour 67 $ au lieu du double sur Internet. Passage au Walmart pour acheter une glacière, des cartouches de gaz (puisque nous avons rapporté le réchaud acheté l’an passé à Los Angeles), plus une foule de choses pour 87 $ (dont un joli sweat ocre jaune, 3 $, et un T-shirt, 2 $, pour Alain). Route assez agréable en direction du sud, bien qu’au départ la Hwy 15 soit surchargée. Puis Hwy 28, et enfin 24 East jusqu’à Torrey. Elle commence à être très belle à Bicknell, avec des falaises de grès rouge. A leur pied, de gros blocs volcaniques noirs parsèment l’herbe dorée. Capitol Reef Inn & Cafe. Agréable chambre sur l’arrière dans une partie tout en bois ; 59 $. Belle lumière du soir.

Dimanche 10 mai

J’expérimente la carte de téléphone ATM à 5 $ pour 72 minutes et elle marche ! On passe donc en prendre une seconde avant de rejoindre le Visitor Center pour savoir si le Ford est passable. Arrêt sur la route et petite balade vers les Goosenecks et un point de vue à 1 mile de la route, sur la vallée. Le ciel est bleu mais la lumière blanche aplatit les reliefs, gomme les contrastes, fond la terre et le ciel dans une même brume laiteuse. Une curieuse tête de pierre observe, placide, le fond du canyon. A Fremont Oasis, nous achetons de la sauce de tomates vertes piquante et des chips de haricots noirs, le tout délicieux. Ensuite direction Cathedral Valley. Le Ford n’est pas si grand que je le pensais et se traverse très bien, à angle droit, c’est-à-dire en longeant la berge sur la droite puis en obliquant à 90° sur la gauche. La piste est à notre avis beaucoup moins belle que par l’entrée de Caineville et ne vaut pas les cinquante-quatre miles aller-retour que nous avons faits pour la voir, d’autant que la luminosité est encore blafarde et crue. Nous traversons les Bentonite Hills, assez belles mais sans plus, elles ont dans l’Ouest des concurrentes de taille… Par contre la fin de la piste, là où elle rejoint à peu près le primitive campground, est très belle, notamment à Upper Desert overlook, et lorsqu’on redescend de l’autre côté, à Grand View overlook. En 2007, après être entrés par Caineville, nous étions repartis par le nord et les Thousand Lakes. Nous faisons les soixante-trois miles qui séparent Torrey d’Escalante sous une lumière splendide de fin de journée. Dans la Dixie National Forest, c’est encore l’hiver, les aspens sont tous serrés les uns contre les autres, leurs troncs argentés dans le soleil qui décline. Escalante, pour la première fois nous allons au Prospector Inn, le B&B de Catherine Barney, par ailleurs excellent, ayant des contraintes horaires avec le petit déjeuner à 8 heures. Motel correct, sans plus, et sans machine à café dans la chambre, donc nous ne pouvons nous faire du thé. Alain regrette le « Circle D », presque en face, au-dessus du camping.

Lundi 11 mai

Cette fois-ci la belle Cottonwood Canyon Road est plutôt mauvaise, mais avec le TrailBlazer ça passe bien. Lorsque nous arrivons au niveau de l’embranchement pour les Wahweap Hoodoos, sur la 89, il est trop tard pour faire les quatre miles en voiture, plus les quatre miles à pied. De plus la lumière est encore livide. Au petit Visitor Center de Big Water, le ranger, très aimable, nous donne des plans détaillés des Wahweap hoodoos, Toadstools Hoodoos et Alstrom Point, en nous disant, à propos de Nipple Bench, qu’il ne s’y est jamais aventuré tellement c’est mauvais… Nous sommes dubitatifs vu que dans les deux Photographing the Southwest cette destination semble ne poser aucun problème. Nous aurons la réponse au Grand Dam Visitor Center : Nipple Bench couvre toute une région et en empruntant la piste d’Alstrom Point, on les longe simplement. Page. Lulu n’est pas là à 13 heures alors qu’elle a mis un mot sur la porte du motel : « Retour à 13 heures », non plus qu’à 14 heures, 14 h 30, 15 heures, 15 h 30. On patiente autour d’une table, à l’ombre, avec un couple de Français, mais on commence sérieusement à en avoir assez d��autant que de demi-heure en demi-heure l’après-midi est en train de nous filer sous le nez. Elle arrive vers 15 h 45, toujours aussi relax, souriante et… bavarde !! Ce qui fait que nous partons finalement beaucoup trop tard pour Alstrom Point. On se donne 19 heures comme limite pour faire demi-tour. La piste longe un temps les dunes noires et les falaises de Nipple Bench. Elle est sableuse sur une grande partie puis devient subitement très rocheuse. Il est près de 19 heures et on ne voit toujours pas le lac, par contre la luminosité commence sérieusement à baisser. Nous continuons encore un peu, il serait dommage d’avoir fait tous ces miles pour ne même pas apercevoir le plus petit coin d’eau bleue. Soudain il est là, dans un écrin de grès bicolore rouge et blanc. C’est superbe, mais il est déjà 19 heures 20, la nuit va tomber, et comme nous n’avons pas prévu de dormir sur place nous faisons demi-tour et rentrons à tombeau ouvert. Le vent s’est levé et soulève des nuages de sable gris qui masquent totalement la piste par endroits.

Mardi 12 mai

En partant nous comptions faire la balade de Cathedral Wash, à Lees Ferry, mais une fois sur place nous décidons d’aller directement à Toroweap (nous faisons bien, car le temps d’arriver, de déposer un gallon sur la table de l’emplacement n° 3 et de filer en 4 x 4 vers la rive, le soleil décline déjà) et d’emprunter tranquillement, en s’arrêtant souvent, « la piste où l’on crève », d’une centaine de kilomètres. Dans la dernière partie, deux passages bien sableux et bien mous, que nous passons sans encombre en cisaillant le volant, puis sur les cinq derniers miles une zone très rocheuse après la Ranger station. Je fais de nombreuses photos des falaises à pic sur le Colorado tout au fond, dans la lumière qui baisse peu à peu. Retour au camping où trois jeunes, à côté de nous, font eux un feu d’enfer juste sous un genévrier. Je verrai longtemps des myriades de lucioles s’envoler dans la nuit, pas très tranquille car tout est très sec alentour. Les Therm-a-Rest sont un peu grands pour le TrailBlazer et je me réveille avec mal au milieu du dos. Repas gâché par une floppée de moucherons.

Mercredi 13 mai

Réveil à 5 heures, nous partons à pied, la piste étant à un mile. Le soleil n’est pas encore levé et l’horizon est brumeux.

Retour cette fois en moins de deux heures au lieu de trois à l’aller, nos bonnes résolutions de prudence pour ne pas crever se sont envolées. Après un passage au car wash de Freedonia, nous prenons l’interminable route jusqu’à Grand Canyon alors que nous en étions tout près à vol d’oiseau. Je m’achète une barrette à Cameron, 80 $. Au Maswick lodge, nous faisons changer notre chambre downstairs pour une upstairs. Très bien, encore une fois. En arrivant douches, lavage de linge, lecture, repas à la cafétéria. Grand beau temps.

Jeudi 14 mai

Ce matin, je me réveille encore une fois à 4 heures… Au programme South Kaibab Trail jusqu’à Skeleton point. Le chemin est très casse-pattes, c’est presque entièrement des marches, en plus il fait très chaud. Mais le ligament de mon genou tient le coup, on ne dirait pas que trois semaines plus tôt j’étais encore si handicapée. Cedar Ridge, w.c., pas d’eau. Belle vue tout le long du chemin et sur une petite partie du Colorado à Skeleton et Tipoff Point. Vu un colibri. Le soir repas assez bon à la cafétéria.

Vendredi 15 mai

Temps toujours magnifique. La route est longue jusqu’à Coal Mine Canyon, en passant par Cameron puis Tuba City, sur la 264. Paysage plat et poussiéreux de tous les côtés et puis subitement, après avoir tourné sur une petite piste à gauche, passé la borne 337, la faille de Coal Mine Canyon s’ouvre devant nous, des flèches cuivrées qui s’élancent tout droit des profondeurs, des hoodoos blancs, des dômes anthracite. Des Indiens, sans doute hopis, vivent tout à côté, deux chevaux broutent l’herbe rase près de l’éolienne voisine de la maison. Sur la route, Moenkopi, village hopi, maisons d’adobe cubiques serrées les unes contre les autres. A l’entré, l’habituel panneau aux visiteurs : ne pas enregistrer, dessiner, photographier, filmer, ramasser quoi que ce soit… Kayenta, où nous prenons une carte de supermarché, puis Bluff et le Recapture Lodge, très bien, au milieu de la verdure des acacias (71, 54 $). Finalement, nous n’aurons pas été à White and Red Canyon. Trop loin et lumière trop crue. Nous dînons dans la chambre.

Samedi 16 mai

Mauvaise nuit. Temps magnifique. Dans la salle de petit déjeuner on peut acheter des muffins en mettant 75 cents dans une boîte. Après avoir fait le plein nous partons par le sud puis la 261 qui longe Valley of the Gods, très belle aussi dans la lumière du matin. Moky Dugway, vue extraordinaire sur le désert au-dessous. La route est étroite et traverse ensuite un paysage de genévriers piqués dans le sable rose. Il n’y a pas âme qui vive… Silence. Soudain, un troupeau de vaches avec leurs petits veaux et trois cavaliers : un père et ses deux filles, la plus jeune ne devant pas avoir plus de cinq ans. Ses jambes sont à l’horizontale de chaque côté de la croupe du cheval sur lequel elle paraît minuscule. Nous allons réserver le camping de Natural Bridges. Nous avons de la chance, ça doit être la meilleure place (la 4, 10$), avec pas loin d’un hectare de bosquets sur l’arrière, vue imprenable ! Nous posons des gallons sur la table, mettons le papillon sur le piquet à l’entrée du site, et partons pour Mule Canyon et son étonnante House on Fire. Très joli et très calme petit canyon, le ciel est d’un bleu intense, un wash serpent au fond et nous le suivons jusqu’aux ruines. Il est étonnant de voir à quel point les strates de grès verticales imitent à la perfection un feu d’enfer. L’après-midi changement de direction, nous refaisons une partie de la route empruntée le matin pour rejoindre Road Canyon et d’autres ruines. Le sentier est un poil paumatoire, peu ou pas d’indications, aussi, comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, nous nous transformons en Petit Poucet et balisons tout le chemin de cairns qui nous seront bien utiles au retour, ainsi qu’à un groupe de quatre randonneurs. D’habitude nous prenons des photos mais je me demande bien pourquoi on n’a jamais pensé à ce système infaillible. Les ruines sont légèrement en hauteur, et je ne sais pas à quoi je pense mais je ne les photographie pas du bon endroit, je n’ai jamais en entier le fameux toit qui s’émiette. Philippe me dira qu’il fallait aller sur la droit. Bon, ça donnera l’occasion d’y retourner. Le soir, au camping, les moucherons qui ont certainement senti la cuisine française s’invitent une fois encore à table. Surexcités, ils se bousculent pour goûter à tout, y compris à nous ! Quelle plaie !

Dimanche 17 mai

Aujourd’hui nous quittons l'Utah pour le Nouveau-Mexique et plus particulièrement Chaco Canyon. Le 17 mai c’est aussi ma fête et ça me rappelle que l’an dernier, à Dinosaur NM, la balade de Sound of Silence avait été rude… Laissant à regret derrière nous le camping de Natural Bridges, nous empruntons la loop road qui passe par Sipapu (diminutif de sipapuni, du nom du petit trou pratiqué au centre de chaque kiva, symbole de l'émergence des Hopis dans la réalité physique des Quatre Mondes). Nous descendons jusqu’au point de vue en face du pont. Kachina (là encore, nous prenons le trail pour photographier le pont), la chaleur est déjà très forte !, puis Owachomo. Le sentier est court et nous descendrons sous le pont, immense ! Il y a le long de la boucle de très jolis arbustes en fleur. Je demande leur nom à un jeune ranger qui a un trou demémoire et paraît horriblement gêné. On le revoit un peu plus tard et il nous annonce fièrement : Ce sont des Cliff Roses (Purshia stansburiana) ! Ouf ! l’honneur des rangers est sauf !

Route 162 pour rejoindre Farmington, au Nouveau-Mexique. Montezuma Creek, puis Aneth. Paysages bruns et désolés, picorés çà et là par de gros criquets de métal à la recherche de quelques larmes d’or noir. Farmington s’étire, s’étire, s’étire… Bloomfield, sa banlieue est, aussi. Route 550 sud interminable avant la bifurcation pour Chaco Canyon. Les vingt miles de piste pour Chaco comportent de nombreux passages de tôle ondulée ; de chaque côté, un désert poussiéreux parsemé de sauge. Nous roulons vite, car il est assez tard dans l’après-midi, par peur que le camping ne soit complet, mais en arrivant il est aux trois quarts vide, et lui aussi poussiéreux et totalement dépourvu d’ombre et de charme. Par contre les deer flies, eux, sont bien là et nous assaillent ! Nous prenons une place au pied des rochers. Dans les toilettes, on peut lire un avertissement concernant les ravens et leur grande intelligence qui leur permet d’éventrer les tentes à la recherche de nourriture. Heureusement, nous dormons dans le 4 x 4 avec le garde-manger, nos tubes de mayonnaise Amora made in France seront donc à l’abri ! Mais de retour de balade, nous nous apercevrons qu’ils éventrent aussi les gallons d’eau. Nous retrouvons celui que nous avions laissé sur la table vide et troué en de nombreux endroits… Un tour au Visitor Center pour faire enregistrer le pass puis nous voilà partis pour Pueblo Bonito, centre du monde chacoan. Le canyon est peu profond et assez large et comprend en son centre un autre début de canyon, une faille qui ondule d’un bout à l’autre. Le soleil commence à baisser et la lumière est dorée. La maçonnerie de Pueblo Bonito est remarquable. Les pierres, plates et minuscules, sont empilées les unes sur les autres, formant un véritable tissage minéral qui tient encore, mille ans plus tard. Murs épais et angles parfaitement droits. Les petites pièces en enfilade ont de très belles et curieuses fenêtres d’angle. Ces « grandes maisons », comme « Una vida » près du Visitor Center et Peñasco Blanco, comprenaient plusieurs centaines de chambres sur trois ou quatre étages et sont typiques de l’architecture des Chacoan. Belles et nombreuses kivas. Rencontre avec un Américain de Salt Lake City (Park City) très sympa. Nous parlons jusqu'au coucher du soleil, soit près de deux heures. Il invite Loïc à venir skier dans son resort de Park City. Nous échangeons nos coordonnées et nous partons chacun de notre côté. Un peu plus loin, alors que je m’arrête pour photographier des wapitis femelles aux allures de biquettes plutôt décaties malgré leur collier de cuir, il se gare derrière nous et nous invite chez lui à notre retour à SLC : Bon repas, bon lit, etc. Mais nous n’abuserons pas de son hospitalité car le 8 juin nous devrons être à l’aéroport très tôt le matin, notre avion décollant à 8 heures. Il fait presque nuit quand nous rejoignons le camping. Nous mangeons en vitesse du pain avec du Philadelphia et des bananes. On a vu mieux… Nuit blanche pour moi, qui colle de partout et qui ai bu du thé trop tard.

Lundi 18 mai

8 heures. Il fait déjà très chaud. Une heure plus tard, nous laissons sans regret ce camping tristounet, du moins en cette saison, et partons pour Pueblo Alto. Le sentier débute au pied de la falaise dans laquelle un étroit passage, une mince faille dans le roc permet d’escalader les gros blocs et de se retrouver sur la mesa sous un soleil de feu. Belle vue au-dessous. Le chemin traverse une étendue aride, c’est très plat et sans beaucoup d’intérêt. Pueblo Alto, pourtant construit postérieurement, est décevant comparé à Pueblo Bonito. Il ne subsiste que des murets d’à peine cinquante centimètres de haut. Nous renonçons à faire le tour par Chacoan Stairway, ce qui allongerait le chemin du retour de 2, 5 miles sur le plateau désertique, sans ombre aucune, et revenons sur nos pas. Le ciel est noir et chargé d’orages du côté de Bisti, ce qui nous fait abandonner l’idée de traverser par la piste et d’aller dormir sur le parking, de même qu’il est hors de question de faire le grand tour en repassant par Farmington et en redescendant par la Hwy. C’est décidé, nous rentrons au motel par la 550 vers 16 h 30 en louchant du côté d’Angel Peak, mais finalement sans y aller, prenons une douche et un thé, puis partons faire quelques courses. En rentrant, j’en profite pour écrire et me détendre. Le Comfort Inn est très bien. Accueil très aimable, ordinateur à disposition, et le King Size est divin après le TrailBlazer… Bonne nuit.

Mardi 19 mai

Déjeuner de muffins et de gaufres. Scott Avenue et Pinon Street puis Hwy 371, déserte, plein sud. Très vite en quittant Farmington, la route s’élève dans les badlands avant de rejoindre un immense plateau irrigué en partie par les Navajos (NAPI, Navajo Agriculture Products Industry). Le contraste de l’herbe verte et drue et de la terre poussiéreuse est saisissant. Cinquante kilomètres plus loin, la piste de Bisti Nord part sur la gauche. A deux miles, un petit parking, quatre 4 x 4 sont déjà là. D’après Photographing the Southwest, il faut prendre plein est et ne jamais perdre de vue la barrière métallique de la réserve, plantée sur les badlands, ce que nous nous appliquons à faire durant un certain temps. Puis nos repères changent et nous mémorisons les sommets alentour et la ligne électrique à l’horizon, du côté de la 371. Le petit Garmin ne veut rien savoir, accroché à la bretelle du sac à dos (c’est décidé, en rentrant nous achèterons un GPS digne de ce nom – ce sera l’Oregon 400t). Un pâle soleil brille dans le ciel bleu clair. Les quelques personnes qui étaient sur le parking sont parties dans une autre direction et nous les apercevons longtemps sur la crête qui surplombe les hoodoos les plus à l’est. Nous déambulons au hasard des rencontres minérales, toutes plus belles ou étranges les unes que les autres, en gardant un œil nos « petits cailloux blancs ». Très beaux hoodoos crème et orange brûlée. Dans le grès sont incrustés de minuscules morceaux d’une pierre noire et brillante. De fil en aiguille nous tombons soudain sur Eggs Factory que nous pensions dans un tout autre coin de Bisti. Quelle surprise ! C’est justement ce que j’avais le plus envie de voir et sans GPS j’en avais abandonné l’idée. Au nord, le ciel anthracite est parcouru de cumulus puis le soleil se voile définitivement, rendant bien ternes ces formations rocheuses si étonnantes, éparpillées sur le sol, saisies en pleine marche pour ces scarabées d’un autre temps, ou en plein retour au nid pour les oiseaux. Sans doute, comme la femme de Loth, désobéissant à l’ordre divin, ont-ils regardé en arrière… Nous recevons quelques gouttes en même temps qu’un vent violent de sable nous mitraille la peau, s’infiltrant partout, nous obligeant à rejoindre le parking, à trois bons quarts d’heure de là. Vue à 360°. Le long de la piste, un petit troupeau de chevaux s’est rassemblé, ils se pressent en cercle pour offrir le moins de prise au vent. Retour sur Farmington, dès l’entrée à gauche, la 64 West puis Main Street. La tempête se lève, il pleut des trombes dans tous les coins de l’horizon. Ship Rock est magnifique, noyé dans les brumes d’après la pluie. Route longue et chargée jusqu’à Monticello via Cortez. Nous nous arrêtons comme il y a de nombreuses années au National 9 Inn, toujours aussi bien, et nous sommes chanceux car nous avons la dernière chambre.

Mercredi 20 mai

Canyonlands, les Needles. La route est belle, bordés de monolithes cousins de ceux de Monument Valley et Valley of the Gods. Arrêt au Visitor Center où nous achetons une belle carte des Needles au 1/35000e et une autre Indian Country nouvelle mouture mais beaucoup moins claire que celle de Philippe. La ranger en profite pour nous prédire un fort risque d’orage et en même temps douche un peu notre envie de faire le Joint Trail à Chesler Park. Parking d’Elephant Hill, 11 heures. Nous prenons un gallon d’eau chacun, des K-way, quelques tomates et barres et nous voilà partis pour Chesler Park mais pas par le Joint Trail, premièrement à cause des risques d’orage, car ce n’est jamais très agréable de se balader sous les éclairs et la pluie battante, et deuxièmement parce que ça nous obligerait à faire pour la quatrième fois le trajet Chesler Park-parking. Nous décidons de passer par Devil’s Kitchen, qui rejoint la piste d’Elephant Hill (8, 4 miles round trip). Au départ le petit sentier, tapissé de sable rose (mais qui ne semble pas attirer le randonneur si l’on en juge par l’unique trace de pas), se glisse ensuite entre rochers et falaises en d’étroits passages, monte, redescend, contourne et débouche dans une espèce de clairière où nous attend une large dalle de grès ombragée par un vénérable juniper. Ombre bienvenue car il fait très chaud! Pique-nique. Nous n’avons croisé personne en venant, et il n’y a personne non plus sur l’Elephant Hill. Le chemin est plus large, mi-sable rose mi-roc d’apparence impossible à franchir en voiture, mais finalement plus monotone. Au bout d’un certain temps, une bifurcation sans indication, mais d’après la carte c’est à droite. Quelques kilomètres plus loin un doute nous assaille soudain : nous entendons un bruit de 4 x 4, mais derrière nous et non en face! Pourtant cette partie est one-way – du moins est-ce que je crois. Nous arrêtons la jeep qui escalade comme si de rien n’était un chaos rocheux et… ouf ! le passager nous dit que la voie est à double sens. Je me demande bien comment lorsqu’on connaît le départ du parking ! Il fait de plus en plus chaud et tandis qu’ils repartent aussi tranquillement que sur une nationale (d’ailleurs ils ont tellement aimé l’aller qu’ils font le retour « juste pour le fun »…), nous reprenons nos sacs et nous remettons en route. Arrêt à l’ombre d’un maigre juniper. Visite insistante, curieuse et intriguée d’un petit lézard qui nous observe sous toutes les coutures, n’hésitant pas à se déplacer pour mieux nous détailler devant, derrière et de profil.

Les nuages d’orage s’amoncellent sur la route de Moab, au loin. Il pleut à l’est et à l’ouest. La 211 débouche juste sur Church Rock, qui a un frère jumeau sur la droite, mal sorti de sa gangue. Nous ne l’avions jamais remarqué. Au Rustic Inn nous prenons possession de la chambre, la 110. J’avais demandé une quiet room et on nous attribué la seule sur le côté du motel, devant une pelouse fleurie ; malheureusement elle est petite et a une fenêtre minuscule, à l’angle de deux murs, c’est noir comme dans un four… Réfrigérateur, micro-ondes.

Jeudi 21 mai

Nuit constamment réveillée, les voisins ne sont pas discrets. En fait de chambre calme… Nous demandons à changer pour la nuit suivante à cause du manque de lumière et on nous en donne une superbe, immense, avec un réfrigérateur-congélateur pour famille nombreuse, une petite cuisine équipée (les éviers remplacent le lavabo…). A l’extérieur, piscine, laverie. Le tout pour le prix de la veille (exceptionnellement) soit 52 $ au lieu de 90. La matinée se passe à Moab, linge, Internet, courses, etc. En début d’après-midi nous partons pour Island in the Sky. Il pleut par intermittence, le ciel transporte de gros nuages noirs et nous sommes dubitatifs en ce qui concerne la suite de la journée. Au bout de la route, un étrange et beau cratère de soixante millions d’années et de cinq kilomètres de diamètre, Upheaval Dome, qu’on ne s’attend pas du tout à trouver là. Vu du ciel c’est une concentration d’anneaux de plus en plus petits ressemblant étrangement au bassin Orientale de la Lune, dont l’hypothèse la plus probable serait un impact de météorite. Nous prenons la route en sens inverse et garons le 4 x 4 sur le pull out d’Alcove Springs, environ 250 mètres avant l’embranchement du sentier de False Kiva. Il n’y a pas un chat, les premières gouttes ne sont pas loin et nous pressons le pas au milieu de la sauge odorante. Les cairns se font rares lorsque nous amorçons la descente le long d’une pente rocheuse qui mène à un chaos de gros blocs, et nous en ajoutons quelques-uns. Sur la gauche la vue est très belle ; sur la droite une falaise nous surplombe et même si nous savons qu’on ne voit False Kiva qu’au dernier moment, nous ne comprenons pas où elle peut bien se nicher, ce qui fait que nous dépassons l’endroit où il faut bifurquer pour monter au pied de la paroi. Alain domine son vertige d’une façon étonnante ! C’est le moment que choisit le vent pour se lever, alors que le ciel est complètement bouché et que les premières gouttes se mettent à tomber. Nous nous abritons dans l’alcôve, seuls au monde dans notre nid d’aigle, en espérant qu’un puma que nous avons cru sentir alentour n’aura pas la même idée. Après avoir enfilé nos K-way, nous repartons sous une pluie drue, ce qui n’est pas des plus agréables sur les roches toutes plus glissantes les unes que les autres et le sol qui ripe sous nos pas. A Moab, courses au City Market qui ferme très tard.

Vendredi 22 mai

Adieu le lever de soleil sur Mesa Arch, la descente de la Shafer Trail, etc. Il pleut, il pleut, il pleut… Nous quittons Moab en début d’après-midi pour Grand View Point, mais c’est tout juste si nous pouvons sortir de la voiture et prendre quelques photos. Nous profitons d’une accalmie pour aller voir les granaries de la belle Aztec Butte, à laquelle on accède par une montée un peu raide sur le slick rock où Alain domine encore une fois son vertige. Le ciel est noir de charbon, c’est à la fois magnifique et impressionnant, surtout que des éclairs bleus commencent à le zébrer de tous côtés. La vue au-dessous est magnifique, au-dessus aussi d’ailleurs, si bien que nous finissons de faire le tour de la Butte et descendons en courant sous un vent à décorner les bœufs, tandis que d’énormes gouttes s’écrasent autour de nous, rejoignant la voiture en moins d’un quart d’heure. Il était temps ! A peine à l’intérieur, c’est un déluge qui s’abat sur nous. Au bout d’un moment, le 4 x 4 étant particulièrement sableux, je décide de le faire nettoyer de l’autre côté par la douche gratuite. Mais un voyant rouge s’allume au tableau de bord : c’est la batterie ! Je mets la clef de contact, rien !... Depuis Moab j’avais rechargé la batterie du Canon sur le petit transfo branché sur l’allume-cigare. Ça ne peut quand même pas être ça !... J’attends un peu, essaie de nouveau et après un hoquet ou deux elle démarre ! Ouf ! Nous filons vers Dead Horse Point sans plus nous préoccuper de savoir si le 4 x 4 aura bien reçu l’orage de tous les côtés ! Sur la route de Dead Horse Point il tombe des torrents d’eau et nous passons des flash floods d’eau rougeâtre. La vue est totalement bouchée, l’horizon noyé de tous les côtés. A l’abri de l’immense auvent près du parking nous apercevons en contrebas les bassins de potasse ; curieusement, l’atmosphère est vraiment délicieuse, éclairs incessants, pluie violente… Passage au City Market. Inca Inn, toujours très bien.

Samedi 23 mai

Ce matin, nous faisons un tour au Farmers’ Market qui n’a de fermier que le nom, puisque les deux seuls stands qui pourraient se rapprocher de cette appellation sont l’un de pâtisserie, l’autre de plantes aromatiques… C’est plus un marché d’artisanat où nous rencontrons Patrick Paul René, un Français de Grenoble, photographe installé à Moab depuis 2005 et… nous l’apprendrons par hasard, devenu copain de Philippe après avoir vu ses photos sur Internet ! Ses tableaux à partir de photos sont vraiment très réussis. Achat d’un « K-way » Mountain Hard Wear au centre de Moab, 100 $ en solde. Le temps est encore et toujours gris, aussi nous décidons de rester dans le coin et d’aller dénicher les pétroglyphes de la Kane Creek Road. La jolie route qui longe le Colorado devient bientôt piste et s’enfonce sur les hauteurs de la vallée encaissée creusée par le fleuve. Seul bémol et de taille, nous sommes le week-end du Memorial Day, et c’est la balade obligée pour tous les gens des alentours : 4 x 4, quads, vélos, ça n’arrête pas… Nombreux campings à la française, c’est-à-dire tout le monde les uns sur les autres, bourrés à craquer. Après l’un d’eux, tout au fond de la vallée, nous faisons demi-tour. Alors que nous sommes arrêtés sur le bas-côté à la recherche du « fameux hibou », nous demandons à des Américains très sympa, un grand-père, son fils et ses petits-enfants, qui ont l’air de connaître les lieux, de nous indiquer les localisations. Aux jumelles, loin en face sur une paroi verticale, nous arrivons à identifier l’oiseau aux oreilles de chat. Ils en profitent pour nous indiquer tout près une faille transversale le long de laquelle on peut en apercevoir vingt-sept autres. Certains ont fait l’objet de tentatives de vol, on discerne très bien les essais de découpes des plaques de grès. Nous enchaînons par Arches sous l’orage. Le ciel est d’un gris-bleu foncé, mais le soleil fait par moments de timides tentatives pour s’imposer, ce qui donne des couleurs contrastées magnifiques ! Plus nous avançons plus le ciel s’assombrit. Il n’est même plus noir, à l’horizon proche c’est carrément une éclipse de soleil, nous n’avons jamais vu une chose pareille ! Un passage au City Market pour acheter des plats bio surgelés que l’on passe ensuite au micro-ondes de l’office. On est bien à l’abri dans la chambre douillette tandis que l’eau ruisselle derrière les vitres.

Dimanche 24 mai

C’est encore une fois à regret que nous quittons Moab et nous nous promettons d’y revenir une bonne semaine la prochaine fois pour mieux en profiter. La route a été inondée en de nombreux endroits jusqu’à la bifurcation de La Sal Junction. Sur des kilomètres, les orages ont totalement raviné les bas-côtés, creusant des fossés de plus de un mètre de profondeur, et ont repeint le bitume en rouge. Nous ne reconnaissons pas la Paradox Valley, empruntée en été 2005, sans doute à cause de la différence de saison, de plus, pour changer, il… pleut ! Les habitants de cette petite vallée à l’écart font preuve d’une certaine imagination. On aperçoit des animaux bizarres dans les champs attenants, des gardiens taciturnes et des girouettes endiablées…

Colorado. Nous n’avions pas réservé à Ouray, joli petit village niché au pied des montagnes que nous tenions à revoir, et nous prenons une chambre au Chalet Inn pour 80 $, vraiment très bien, avec même une musique d’ambiance – un peu trop sirupeuse à notre goût. La gérante espérait faire l’impasse sur le coupon de 10 % qu’ils avaient mis sur Internet mais avec nous elle n’a pas eu de chance… Comme l’après-midi n’est pas encore trop avancé nous partons à Silverton toujours dans l’eau jusqu’au cou qui bientôt, en prenant de l’altitude, se transforme en neige. Il ne manquait plus que ça ! Les pentes rouge sang de Red Mountain sont dissimulées dans les brumes, on ne sait où commence et finit le ciel. Le village que nous avions vu très animé et bourré de touristes est triste et vide, ses rues transversales sont boueuses, il fait froid. Seules les touches de couleur des maisons réchauffent un peu les lieux. En repartant, estomaqués par le prix de l’essence à la station, nous prenons par erreur la route du sud, donc celle de Durango, sans remplir le réservoir, comptant bien que ce qu’il reste sera suffisant pour rejoindre Ouray. Quinze miles plus loin et après avoir franchi deux cols (Molas Lake – 10910 pieds – et Coal Bank – 10640 –), le jour se fait plus sombre et nous commençons à trouver qu’il y a quelque chose de bizarre, que le paysage ne nous dit rien, et tout à coup on se rend compte qu’on est dans le mauvais sens ! Mince de mince ! Il ne manquait plus que ça ! La neige fondue vient se coller au pare-brise, la nuit tombe sur cette belle route glissante et parfois vertigineuse, bordée de pins ténébreux, sur laquelle il n’y a pas un chat ni même une marmotte. Mais la chance est ce soir de notre côté car nous réussissons à rentrer sans problème. Repas dans la chambre.

Lundi 25 mai

Bonne nuit. Nous profitons de ce qu’il ne pleut pas pour retourner faire quelques photos de Red Mountain, à 13 miles de là. Malheureusement, une fois arrivés sur place, il neige à plein temps et les montagnes de fer ont la tête dans les nuages, nous obligeant à patienter sur le petit parking au-dessus de la mine.

Ridgeway, dans la plaine, puis Montrose, encore une ville qui n’en finit pas mais néanmoins agréable, où nous obliquons sur la 50 East en direction de Gunnison. C’est le printemps, les arbres qui bordent les rues de ce gros bourg sont tous en fleurs, les trottoirs couverts d’une neige de pétales et le soleil qui perce ravive tous ces blancs, ces roses, ces verts, sans néanmoins réchauffer l’atmosphère. Il fait un froid glacial !… La 135 East qui mène à Crested Butte, sur l’ancien territoire des Utes où l’on trouva du charbon et de l’argent et à présent station de ski, s’élève à travers un paysage désertique fait de montagnes pelées et austères à l’herbe rase et terne. Soudain nous découvrons le village aux maisons pastel en contrebas, niché au creux d’une ancienne vallée glaciaire dominée par des sommets enneigés. Ça me rappelle un peu certaines photos de Suède. Le Cristiana Guesthaus, qui assure « une atmosphère européenne », est une grande maison à l’intérieur superbe, tout en bois sombre, avec un grand feu dans la cheminée. Notre chambre, très jolie, est minuscule – apparemment nous avons eu la plus petite – mais ce n’est pas désagréable, au contraire il y règne une atmosphère douillette qui s’accorde bien avec l’extérieur, à peine sorti de l’hiver. Un gros chat blanc et roux nous attend, il doit sentir que nous allons bien nous entendre. Nous partons faire un tour en voiture sur la scenic road, une piste en fait, en passant par la « petite Venise » (c'est nous qui la nommons comme ça) de Crested Butte. La pluie qui s’est mise à tomber nous fait rebrousser chemin. Quelques photos dans le village puis nous rentrons au chaud envoyer des messages sur l’ordinateur maison.

Mardi 26 mai

Le petit déjeuner est excellent, déposé sur une table d’angle, mais il n’y a rien pour s’asseoir. Nous le prenons sur une des tables du premier étage où cinq Américains installés dans des canapés près de nous, sans doute des universitaires, ont une réunion de travail. En partant nous faisons un nouveau tour du village pour prendre d’autres photos des si jolies maisons pastel, de l’église qui date de 1883, et aussi d’un kitschissime « Saint George terrassant le dragon », pour le moins surprenant dans le décor.

Deuxième partie: voyageforum.com/..._2e_partie_D3279364/
Excursions de croisière à Lisbonne et Málaga English translation pending
by Magika · 2009-10-09 · 21 replies
Bonjour à tous,

Je ferais ma première croisière (depuis le temps que j'en revé) le 26 Octobre2009 à bord du Costa Magica avec mon mari et un couple d'ami et je voudrais connaitre votre avis sur les excursions pour lisbonne et malaga. Est ce qu'il vaut mieux les réserver sur Costa ou se débrouiller soi même, et si quelqu'un a déjà fait ces visites, quelles sont les sites à privilégier. Merci de vos avis et commentaires !!!!!🙂 et si vous avez d'autres tyuaux je suis preneuse étant novice sur ce type de voyage. Merci
Retour d'un périple de cinq semaines à Madagascar: bons plans! English translation pending
by Karryn · 2009-09-17 · 13 replies
bonjour à tous!!!

de retour d'un périple extraordinaire de 5 semaines à madagascar cet été, je souhaite vous faire partager mes coups de coeur bons plans!!!

en vrac: * un guide adorable, compétent et très professionnel: c'est Colbert, vous pouvez le trouver à Antsirabé "l'Arche" (bon resto en passsant!!)ou le joindre au +261324046597 ou +0324046597 ou par mail: colbertmada@yahoo.fr il peut vous emmenner faire la descente de la tsirbihna, les tsingy, l'allée des baobabs, la RN7, le grand sud , pangalane...

* une guesthouse confortable , accueillante, gouteuse, et familiale: le kintana à Anakao :le mail: nieljm@gmail.com

* un snack pour petit déjeuner, déjeuner et diner tout récent et tenu par 2 jeunes vazha extrêmement sympatiques: petits déjs les meilleurs de mada, de la mousse au chocolat à tomber par terre...tout est exellent!!! "c'est au rayon de soleil" chez jessica à Tuléar...il setrouve juste en face "le port d'embarquement" pour Anakao!!pratique!!

un hotel avec un accueil adorable et un bon resto à ambalavao, c'est mon coup de coeur hotel bon marché, c'est le "tsienimparity" , en plus il font salon de thé avec d'exellents pains au chocolat!!! conseil :éviter le "bougainvillées"

j'ai aussi bien aimé:pour dormir "chez billy" à Antsirabé, chez "alice" à rahonira (isalo) et pour manger l'ancre d'or à fiana!!

voili voilou!! si vous voulez plus d'infos , n'hésitez pas à me contacter!
Improvisation Nomade (9) Pakistan English translation pending
by Nicodilo · 2009-07-30 · 3 replies
Mauvais présage

Une brise légère inclinait les jeunes pousses de blé dans la plaine. Le printemps rendait son vert à la végétation et le soleil resplendissait sur la route que nous parcourions en vélo pour rallier la frontière pakistanaise distante maintenant de quelques kilomètres seulement. Devant les bureaux de la douane, peu de personnes attendaient. Quelques familles, séparées depuis cinquante ans, comme par le mur de Berlin, et qui, depuis peu, avaient le droit de se rendre visite… La région du Pendjab fut partagée en deux pour créer le Pakistan, un nouvel état regroupant les musulmans de l’Inde, lors de l’indépendance en 1947. Cela ne se fit pas tout seul. En effet, sur cette route, dix à quinze millions de réfugiés traversèrent la frontière, juste tracée sur les cartes d’un manuscrit des bureaux de la Royal British Compagnie, en Angleterre, dans les cris d��assassinats et de brûlés vifs. Cinq cent mille morts. Hindous et musulmans. Tous Indiens pourtant mais qui se déchiraient alors entre eux, malgré les discours de réconciliation du Mahatma Gandhi. Dans les bureaux de la douane, le fonctionnaire inspecta nos passeports et nos visas qui prenaient fin le jour même, puis leur donna un coup de tampon avant de nous laisser libres. Mais, en sortant, le vent enragé s’engouffra par la porte ouverte. Dehors, un ciel nébuleux s’écrasait sur l’horizon violet bourdonnant de tension. Un tourbillon de sable et de pluie balayait l’espace et envolait les tôles arrachées aux toits. Le vent pleurait comme un nouveau-né. Nous n’osâmes pas sortir. L’ouragan nous tenait enfermés dans les bâtiments administratifs de la frontière comme un mauvais présage. La nuit avant la nuit, l’impossibilité de sortir, l’atmosphère d’une frontière militaire colorée d’uniformes, les portes qui s’ouvraient toutes seules et laissaient rugir le vent dans le hall, rendaient nos âmes méfiantes quant à l’avenir et répandaient sur nous l’angoisse et la tristesse de partir… Sans doute avions-nous oublié quelque chose. Peut-être de leur dire adieu. Alors adieu, peuple indien, enfant peureux et sage qui nous a toujours respectés, appris, entraînés dans ses rires et ses joies de tous les jours, quelles que soient les circonstances. Nous reviendrons un jour, mais aujourd’hui, malgré la peur, nous ne pouvons pas faire demi-tour. Devant nous, la tempête s’apprête à nous emporter et derrière, la porte s’est refermée... Si ce temps, arrêté ici, nous est alloué pour, une dernière fois, te rendre hommage, je m’assois dans le coin de ce mur, sur mon sac, et, en attendant que la colère du ciel s’estompe, je pense à toi… Combien de fois m’as-tu fait pleurer de rire, au réveil, avec tes enfantillages, ton insouciance et ta simplicité ? Je te revois chaque journée me parler, négocier et mentir toujours sans sérieux, sans gravité, tout en te méprenant et feignant de ne pas t’en rendre compte. Peuple de l’Inde, heureux tous les jours, sous le soleil, sous la pluie, dans l’opulence comme dans la misère, nous t’avons laissé un peu de nous-mêmes, gisant dans la poussière, contre tout ce que tu nous as donné, appris : à savoir qu’on a tout et qu’il ne tient qu’à nous d’être heureux. Encore merci et adieu. Le cœur chargé de ces émotions qui nous ont secoués et marqués à jamais, nous avons repris la route avec Daoud, mon ami, mon frère, mon compagnon. D’un bond, nous avons franchi la porte et couru sous la pluie et le vent, dans la zone de no man’s land avant d’atteindre les bureaux de la douane pakistanaise. Un autre monde se dessinait déjà à travers les visages que nous ne reconnaissions pas. Puis, le compte à rebours s’enclencha de nouveau, au moment ou le tampon d’entrée s’écrasait sur nos passeports. Un bus grillagé nous emmenait déjà autre part pour nous abandonner dans une ville rendue grise et sale par la pluie, sans chaleur, une pluie dans les rues comme dans notre cœur. Pieds nus, courbés sous la capuche de nos sacs, pataugeant dans la boue, on devait trouver un refuge, un lieu où on serait accueilli et où on pourrait reprendre haleine et confiance. Enfin posés et calmes, nous apercevoir que ce n’était pas plus un mauvais présage qu’un orage. Nous étions au Pakistan.

Apprendre de l’infini en accord avec le temps Pendant cinq jours, nous ne sommes pas sortis de l’hôtel. Ou si peu. Nos rapides passages dans les rues nous ont refroidis. En effet, ce n’est pas l’atmosphère bon enfant de l’Inde. Le sourire est remplacé par la grimace sévère et le mépris. Mais j’espère que nous nous trompons. Il faut apprendre ce nouveau pays, cette atmosphère différente avant de s’y sentir bien. Le choc des civilisations est sensible. Tout le monde nous souriait en Inde pour une raison ou une autre. Personne ne sourit ici. Du moins, personne ne m’a encore souri. Pas de flatterie naïve, de politesse anticipée et de phrase puérile, inutile ou intempestive. Nous sommes revenus chez les hommes fiers et durs. La péninsule est si large qu’il est difficile, en Inde, d’imaginer que cette terre rouge puisse cesser quelque part, pour laisser place à d’autres pays. Les principales frontières sont formées par deux océans immenses de chaque côté et l’Himalaya infranchissable au nord. L’Inde est un monde isolé qui se suffit à lui-même. D’ailleurs, il est difficile de discuter avec la plupart des Indiens qui n’ont en général que très peu d’idée de notre civilisation. Les problèmes internationaux leur échappent le plus souvent. De cinématographie ; ils ne connaissent que la leur. Enfin, poser des questions sur leur culture relève du défit tant elle est confuse et incomparable. À l’inverse, les Pakistanais sont sur la même planète que nous, ils s’intéressent aux même choses, ils ont les mêmes préoccupations et une vision sur le monde entier que les Indiens n’ont pas. Ils ont, par ailleurs, des origines perses en plus d’être ouverts au nord sur les peuples d’Asie centrale et de Chine grâces aux anciennes routes commerciales comme celle de la soie. Enfin, les rapports privilégiés qu’ils entretiennent aujourd’hui avec les Américains, les font pénétrer directement dans le champ international, vers la globalisation. Malick Internet Inn

L’hôtel est situé au carrefour de l’avenue Jinnah et du Régal cinéma. Un petit écriteau au-dessus d’une porte située au fond d’une impasse indique son entrée. D’un côté, le parfum des chapatis brûlants du boulanger. De l’autre, un magasin de type occidental où l’on trouve les choses de chez nous que nous n’avions pas vues depuis longtemps, comme la mayonnaise et le chocolat. En face, les excellentes glaces à la fraise attirent toute la ville dans un magasin spacieux mais toujours bondé. Et qui aurait dit qu’au Pakistan, les barbus, avec leurs turbans sur la tête, aiment à se délecter d’un sorbet ? C’est une image qui, pour moi, semblait contradictoire... Enfin, l’escalier de l’hôtel monte au deuxième étage et vous sort de toute cette agitation. Dans cet hôtel, il n’y que des étrangers et des voyageurs. Une vingtaine de lits. C’est le point de rassemblement de Lahore. La journée, chacun vaque à ses occupations, organise la prochaine étape de son voyage et visite la ville. Le soir, ils préparent de quoi manger et souvent restent ensemble pour bavarder, échanger des renseignements et se donner mutuellement des conseils. L’ambiance est sympa. Venus de tous les horizons, voyageurs acharnés, back packers, globe trotters, travellers, appelez-les comme vous voulez, ils ont tous une expérience de voyage au moins comparable à la nôtre. David, un Suisse que nous avions déjà rencontré à Delhi, a été le premier à brandir les drapeaux lors de la manifestation anti-américaine de Quetta dans le Baloutchistan, avant de se dire finalement, sous les regards menaçants de la population, ce n’est peut être pas ma place… Armand, un Français, aussi grand voyageur que fainéant, barbu et chevelu à l’extrême, musicien passionné, cultivé, beau gosse, est sur la route depuis 4 ans. Julie, son amie, le rejoignait au Pakistan quand nous les avons rencontrés… Michel arrive en vélo de Genève… Bénédicte s’est mis dans la tête, en l’écoutant, de traverser le Karakorum - versant nord-ouest de l’Himalaya avec le 2ème sommet le plus haut du monde - en vélo, pour rejoindre la Chine. Je n’ai jamais eu de nouvelles quant à la réussite de son entreprise mais cette petite blonde est partie pour une sacrée aventure, sans avoir jamais fait de vélo de sa vie sur des distances aussi longues que pentues. Voilà pour les francophones. Ensuite, il y a Tess, la jolie Suédoise qui vient de traverser l’Inde en moto, seule, en 2 ans… Chen, dans son business de pierres précieuses avec Taiwan… Siren, une Norvégienne éprise de langues étrangères… Un couple d’architectes sur les traces des plus anciennes civilisations... Un pigiste danois, avec qui je serais bien parti quelques semaines pour me rendre compte de son travail. Il nous explique par ailleurs que ses articles ne se vendent pas bien, si ils ne décrivent pas uniquement la haine, le scandale et la misère ; Cette infime partie de la réalité qui, une fois répandue par les médias, devient une généralité… Enfin, d’autres encore, comme nous, sans véritable but, si ce n’est de parcourir le monde et de glaner, ici et là, les pièces du puzzle universel. Ensemble, nous échangeons nos expériences, nos idées et nos grandes théories dans des discussions parfois animées. Nous croisons les chemins, les aventures, les pays, les cultures et les anecdotes dans une cohabitation fructueuse. Certes, chacun a son point de vue sur toutes les choses du monde, hélas, personne n’a la science infuse. Les voyageurs se la racontent. Le peu de savoir acquis doit être dit plus haut et plus fort que les autres comme une vérité établie… En m’écartant un peu du groupe, en montant sur le muret qui domine la ville et en sentant le brouhaha sourd qui monte jusqu’ici, je me demande quand même ce que, tous, nous faisons au Pakistan à nous imaginer tout savoir parce qu’on a pris un peu la route… La plupart d’entre nous, comme moi, ne savent même pas quel est le régime politique du pays, ni même le nom du président ou militaire dictateur. Le risque est pourtant réel. La population ne soutient pas, en majorité, le gouvernement imposé par l’armée et sous tutelle américaine. Les talibans, dont les responsables sortent d’écoles théologiques pakistanaises, ont déjà su unifier les différentes ethnies sous les drapeaux d’un islam radical dans le pays voisin. Leurs militants, formés par Al Qaïda, s’assemblent toujours dans les zones tribales incontrôlées par l’état, pour préparer la guerre sainte. Avec nos petits sacs de voyage sur le dos, notre idéalisme sous le bras, nous n’avons pas pleinement conscience des dangers qui nous menacent ici. Nous n’avons jamais connu ni la haine, ni la guerre, ni même la misère. Dans une ambiance désinvolte, ce soir, nous préparons des crêpes… Un journaliste anglais d’origine pakistanaise nous donne sa vision des choses quant à l’histoire et la politique pakistanaise actuelles. Cela nous éclaire un peu. Nous l’écoutons tous religieusement mais bientôt les rigolades reprennent. En bons Gaulois qui se retrouvent, les blagues idiotes fusent et me font rire. Je suis bientôt, moi aussi, décontracté, heureux de retrouver l’esprit français, son humour sarcastique et un peu méprisant. Il ne nous arrivera rien, voilà tout. Et ce n’est pas le moment d’y penser. Quand on se retrouve une bonne tablée de franchouillards aussi loin de son pays, il faut se rappeler d’où l’on vient, revenir aux sources, aux bonnes blagues qui ne font rire que nous. Armand prépare les crêpes mais ses souvenirs se sont dissipés car je ne crois pas qu’en France, elles soient si épicées. Il ne manque que l’apéro pour se sentir chez soi mais l’alcool ne se trouve pas dans les épiceries pakistanaises. Alors que le shit, si. Des joints tournent et me tournent la tête, si bien que je n’ai bientôt plus rien à dire. J’écoute ces gens parler, je les regarde s’agiter, se convaincre. Quand j’ai fumé, les mots sont si légers qu’ils n’ont plus de sens et seules les attitudes me fascinent. Marco est le plus drôle, il parle avec les mains, les bras et tout son corps. Il rejoint la réputation de dragueur qu’ont les Italiens et la petite Coréenne devant lui garde les yeux ronds, fait des « Oh ! » et des « Ah ! » à la façon asiatique si singulière et passe de la fascination au désintérêt sans détourner le regard et sans savoir qu’il peut la tenir ainsi toute la nuit. Sten regarde sa guitare comme si elle avait les cheveux longs, et parfois nous joue quelques accords de ses propres chansons. Je m’aperçois alors que je ne comprends rien à l’anglais des Anglais. J’utilise la langue, parle avec tout le monde mais lui, qui utilise beaucoup d’expressions, j’ai des difficultés à le comprendre… Sauf quand il imite les Français avec ses : « Putain, enculé » et son accent de bourgeois pédant. C’est assez difficile mais passionnant de comparer une personnalité, une idée, un état d’esprit par rapport à une origine. Dire par exemple que les Français se retrouvent dans tel comportement, les Anglais dans tel autre. Un ensemble de généralités qui pourrait caractériser un peuple mais je sens que je vais dire des conneries… Un Japonais vient nous rejoindre. Ils sont discrets les Japonais mais dans un village perdu d’Afrique, vous en trouverez toujours un, car ce sont, et de loin, les plus grands voyageurs de notre époque. Celui-ci, avec son air niais, son sourire figé et ses mouvements de tête pour toujours dire oui, nous fait une démonstration de danse entre acrobatie et lévitation qui me laisse sur le cul. Good night petit Japonais. Good night tout le monde.

Dans la rue

Quelques promenades dans la ville me permettent peu à peu de me familiariser avec son ambiance. Après cette sensation de froid et de méfiance, du fait d’un certain honneur qu’il ne faut pas défier, les Pakistanais se comportent à notre égard avec discrétion et respect, avant d’exprimer intérêt et cordialité. Les discussions s’animent rapidement puisqu’ils sont encore plus curieux et plus intéressés que nous-mêmes. Ce que je prenais pour du mépris, le fait de nous ignorer, était en réalité de la considération. Ils ont moins de préjugés sur nous que nous sur eux. Ils ne nous ignorent pas mais nous matent moins que les Indiens. On ne regarde pas les gens comme des bêtes sauvages, ce que faisaient certains Indiens totalement fascinés par notre présence. Contrairement à ce que j’imaginais d’une ville pakistanaise, Lahore est beaucoup plus occidentalisée que tout ce qu’on a pu voir de l’Inde. Pas de vache dans les rues, pas de mendiant, pas de sans abri, pas de manifestation religieuse tous les jours, d’exubérance à tous les coins de rues. La vie y est plus monotone dans les petites voitures japonaises qui mènent au travail dans les industries à la périphérie de la ville. J’ai aussi entendu des jeunes écouter du rap américain, et de la musique occidentale se diffuse dans les rues commerçantes. Les femmes ne portent pas de bourka ici, à Lahore, et pour certaines jeunes, pas même de voile. Elles conduisent, se promènent entre elles, travaillent dans les administrations et nous retrouvent parfois chez le glacier. Je les sens beaucoup plus épanouies, plus vivantes, plus respectées, plus humaines qu’en Inde où le système les avilit dix fois plus encore. Ici, les femmes croisent notre regard. Pas en Inde ! Par contre, les bus, les restaurants, les mosquées, les salles publiques et tout ce que l’on peut imaginer de lieux sont partagés en deux : un côté pour les hommes seuls et l’autre pour les femmes et les familles. Lahore est la ville moderne et culturelle du pays et donc plus libre que les autres villes visitées où les femmes dans la rue sont encore moins nombreuses. Non mais alors ! Dans les villes plus isolées ou conservatrices comme Quetta, il n’y a pratiquement pas de femme visible. Et si elles sortent, personne ne s’adressera à elles dans la rue. Les hommes n’ont pas le droit de parler aux femmes, m’a-t-on dit, si elles ne sont leur mère ou leur sœur. Et les femmes n’adressent pas la parole aux hommes, si ce n’est, avec respect, à leur mari. Tête basse, elles partent au marché, plus discrètes que les chats. Julie, avec ses longs cheveux blonds dont une mèche s’échappe gracieusement du voile, s’est fait siffler par des jeunes dans la rue, à Quetta justement. Une promenade à ses côtés devient plus menaçante. Les hommes la regardent tous, parfois avec dédain, avec mépris et d’autres fois avec fougue. Pour se rassurer, on pense qu’ils respectent d’une autre manière les femmes et qu’ils n’oseront jamais, ni lui parler, ni la toucher. Aller savoir… Au retour, Armand prend l’un d’eux par la chemise et le secoue jusqu’à ce qu’il s’excuse. « Est-ce que je siffle ta femme dans la rue ? » il crie au gars accroché au bout de ses bras…

Au marché de Landa Bazar, spécialisé dans les affaires d’occasion, nous achetons avec Daoud l’équipement traditionnel complet : la shawar kamiz. Une longue chemise unie, ouverte sur un col brodé, qui tombe sur les genoux d’un pantalon très large où on peut tenir à plusieurs dans les plis et qui se referme aux chevilles comme celui des clowns, sans les couleurs. Ainsi vêtus, nous partons à pied vers le centre de la ville. Les ruelles sont en soie entremêlées d’architecture musulmane des siècles passés. Minuscules et sinueuses, elles nous emmènent sous des arcades de voûtes en céramique, dans les cours dissimulées de mosquées calmes et magnifiques, comme celle de Wazir Khan… Enfin, la porte nord de la vieille ville s’ouvre sur l’étendue qu’entoure le fort, de la même couleur de grès rouge que l’immense mosquée Badshahi, en face, l’une des plus grandes du monde. En direction de la gare, le trafic s’intensifie dans la poussière. Les commerces des rues alternent entre roulements à billes, pneus et tout ce que l’on peut imaginer de pièces de camions. En sortant de l’agitation, dans une petite rue, un canal s’est perdu et tari dans l’huile et les ordures ménagères. Un peu plus loin, la place fleurie devant la pelouse verdoyante d’un monument datant de l’ère britannique contraste avec l’ensemble. Enfin, le petit bureau solitaire et sans bousculade de la extension visa registration nous ouvre ses portes et nous délivre sans palabre une prolongation de visa d’un mois. Nous n’aurons pas fait le déplacement pour rien. L’administration pakistanaise est moins pointilleuse que celle des ses voisins indiens qui, pour la même demande, nous a fait revenir trois fois.

Sur le chemin du retour, dans une rue encombrée, un cheval me mord à l’épaule. La surprise est plus grande que le mal. Nombreux au Pakistan, ces pauvres bêtes ne sont pas ménagées. On les fait travailler avec acharnement. Sans prêter le moindre intérêt à eux avant l’incident, je ne pouvais pas les voir, cachés sous leurs œillères, porter de lourds fardeaux sur leur charrette, se frayer un chemin dans les carrefours pollués, se faire klaxonner par les camions, baver dans l’effort et souffrir sous les coups de fouet… Vivement que les Pakistanais se mettent au nucléaire… Ce soir, notre hôte si généreux, dit-il, et prouvant encore sa notoriété, organise un concert sur la terrasse de l’hôtel. Un chanteur pakistanais reconnu, avec son groupe, nous fait l’honneur de sa présence toute la soirée. Les musiciens excellent et nous offrent un grand moment musical bien que je ne puisse malheureusement pas décrire les nombreuses influences que contiennent ces airs. Le pays commence à me plaire, ses coutumes… comme, le moment tant attendu de jeter les billets sur la vedette jusqu’à la recouvrir. Il a été déçu : les voyageurs que nous sommes comptent les sous comme des diamants… Juste le temps d’arriver à l’heure pour mon rendez-vous, dans une petite rue derrière l’hôtel, avec Meriem… sur Internet. Elle me montre sa frimousse dans la webcam et j’ai envie d’embrasser l’écran. C’est terrible les moyens qu’on a aujourd’hui pour se faire mal. Dans ce sous-sol, où ça pue la sueur d’homme qui a passé trop de temps à s’émouvoir devant l’écran, je m’évade à des milliers de kilomètres pour la retrouver dans un petit village… de l’Himalaya. Elle me raconte ses balades avec un certain Dalaï-lama. Elle essaie de me rendre jaloux, sans doute… Mais plus elles sont chiantes, plus on les aime.

Toutes les femmes n’ont pas cette prestance que tu as, même pas les hommes bien sûr. C’est la vie qui nous fait, notre naissance, notre éducation, notre destin. Le tien déjà a été grand, parfois périlleux, incertain et puis heureux finalement. Il t’a fait toi. Meriem. L’aînée, la voyageuse, l’opiniâtre. Toi qui ne te ménages pas, qui n’offres pas la charité de ton âme, pas même à moi. Que dis-je, surtout pas à moi ! Montrer une larme serait un châtiment. Ne serait-ce qu’un sentiment effleurant ton visage et tu serais blessée à mort dans ton orgueil. Pas de sentiment, ni pour toi-même, ni pour les autres. Un exemple pour moi, dont les traits me trahissent chaque fois. Et d’autres exemples encore qui me laissent émerveillés. Tout cet orgueil sans pourtant de mépris, juste un peu d’arrogance, de cynisme mais surtout d’humour pour justifier les défaillances de notre chair faible, à nous les hommes, à nous qui sommes sensibles. Pourquoi m’as-tu choisi moi qui suis le plus faible de tous les hommes ? Un homme fort tu voulais, tu m’as initié à cela. Montré comme on devient un homme. Un homme fier et sûr de lui, de son mérite. Son mérite juste d’être un homme. Un peu honnête, un peu sage. Juste de quoi être respectable, digne d’estime. Quelqu’un qui peut se regarder dans la glace sans baisser les yeux parce qu’il sait qu’il a fait ce qu’il devait faire et ce qu’il a dit, il n’y avait rien d’autre à dire. Quelqu’un qui se respecte, je le répète. Qui ne passe pas son temps à avoir des remords, des regrets de choses du passé auxquelles il pense. C’est fini le passé, il faut regarder l’avenir. Le regarder avec les yeux de celui qui va escalader une montagne et qui va y arriver parce qu’il en a la détermination. Il le sait. Un pas devant l’autre. Tranquillement mais sûrement. C’est bien ça ce que tu m’as dit. Arrête de penser, arrête de creuser, de dépecer, de remémorer les choses faites. Elles sont faites. On ne reviendra plus dessus, jamais. Relève la tête, avance. Sois fier car cela va t’aider. Un homme doit être fort et ensuite fier. Je veux que tu sois cet homme. Merci, Meriem. Merci de ta confiance. On a tous besoin d’être fort pour quelqu’un, et c’est toujours cette personne qui fait qu’on l’est. Qu’on retrouve l’assurance, la sérénité et la confiance en soi ! Le bonheur est dans la certitude. Pourtant, je ne ressemblerai jamais à ton père…

Pour reprendre mes esprits, dans l’agitation et le bruit des pays de l’Orient, j’ai pris l’habitude de me diriger vers les lieux de culte, quels qu’ils soient, et de me poser dans le silence. C’est toujours un moment utile et agréable où je me retrouve, comme si je sortais la tête de l’eau et que les choses m’apparaissaient, pour un instant, sans trouble. Je me dirige donc vers le premier lieu venu. Une église. Je m’en réjouis en pensant qu’au Pakistan, j’allais être le seul à l’intérieur. Mais ma surprise est grande en entrant. L’église, que dis-je, la cathédrale, souvenir de la reine Victoria, est pleine à craquer, et la musique et les chants à la gloire de Jésus, en latin et en ourdou, montent jusqu’au ciel, avec une ferveur que je n’ai jamais trouvée en France, ni même en Europe… En effet, le Pakistan contient une communauté de chrétiens, évangélisés pendant la colonisation britannique. Ils ne se sont pas tous donné rendez-vous aujourd’hui dans cette église, mais sont présents dans tout le Pakistan, en minorité. Pas plus menacés à Lahore que dans d’autres villes, nous trouverons parfois tout un quartier chrétien avec l’église, le plus souvent récente, en son centre. Et puis, au Pakistan, comme vous allez le voir, il y a toute une panoplie de minorités. Et je dirais même plus : le Pakistan est un regroupement de minorités. Festival soufi

Un bus, un rickshaw et nous voilà de l’autre côté de la ville. Une banlieue au bout d’une grande avenue où les maisons commencent à avoir la couleur du sable et où l’électricité fait défaut. Ici, se déroule un festival en souvenir de prestigieux soufis, philosophes mystiques de l’islam, sur leur propre tombe. Musiciens, danseurs et spectateurs se sont installés à travers le cimetière de la ville, sur les dalles et les tombeaux mortuaires, à la clarté sinistre de la pleine lune. Au fond, une fête foraine avec des manèges artisanaux dans lesquels je ne monterais pour rien au monde. Un tonneau de plusieurs mètres de haut, en tôle, renferme une quantité de fausses blondes et de travestis. En avant pour le spectacle qui consiste à admirer une moto tourner et monter avec la force centrifuge, à l’extrémité du tonneau, au-dessus des strip-teaseuses qui n’en sont pas car elles n’enlèvent rien. Ce ne sont que des potiches. Applaudissements avant de continuer la balade dans la foule à travers les feux de joie et les affiches en ourdou que je ne comprends pas. Je m’installe dans un enclos du cimetière, envahi par la foule, devant un spectacle de percussions où les danseurs entrent progressivement en transe. Je suis seul, Daoud doit être quelque part, ici ou ailleurs, nous nous retrouverons demain, mais j’aurais bien voulu qu’il soit avec moi ce soir. Tout le monde ici roule des joints. Ça fume énormément. Les Pakistanais prennent deux cigarettes, les vident, font le mix et les emplissent ensuite avec dextérité. J’ai beau essayer, je n’y arrive pas. Assis par terre, l’homme âgé à mes côtés m’en offre une. Ils en roulent toujours deux en même temps : une pour eux et une pour le voisin... Derrière moi, quelques gros pachas sont installés sur des coussins. En anglais, ils commencent à me poser des questions, puis pleins de questions sans que je puisse moi-même leur demander quoi que ce soit. Qui suis-je, d’où viens-je et pourquoi t’es là ? Finalement ils me proposent des filles... Comme je ne suis pas intéressé, leur propre intérêt s’atténue et j’en profite pour bouger… Inopinément, je retrouve David, le Suisse. Un coup de chance dans cette cohue. Plusieurs milliers de personnes réunies. On ne peut pas le manquer, remarque. Il est bien grand et bien blanc. Une bonne tête d’occidental avec une guirlande de fleurs autour du cou. On sort. À l’écart de la foule, nous pouvons parler. Incroyable de se retrouver ici, dans les chemins de ce cimetière qui s’étant à perte de vue. Partout, ça grouille. De plus en plus de monde. Ça s’agite, ça se bouscule, ça se bat. On avance en essayant de ne pas se perdre. Là, un bon concert. J’aimerais regarder plus longuement et, pour ne pas être emporté par la foule, je m’accroupis et me tiens le long d’un poteau. Vraiment, un bon concert. En levant la tête, je remarque à côté de moi, au bord du flot houleux formé par la foule, le squat de quelques marginaux. Peut-être des soufis. Ils portent des vêtements comparables aux sâdhus indiens mais ont des têtes et des attitudes de Tsiganes. L’un d’entre eux tient un bâton levé et écarte la foule qui menace, en se bousculant, de tomber sur leurs tapis et leur feu. Me voyant là, tout près de lui, tentant d’échapper au mouvement, il m’invite à m’installer derrière le feu avec eux et me trouve une place entre un soufi travesti et une bande de morveux. Ok pour moi. Je suis avec un ami. Le voici. Il prend place, lui aussi, près du feu. Pendant ce temps, la foule s’épaissit encore dans ce couloir qui se rétrécit juste où les musiciens ont choisi de se placer. Trois ou quatre Tsiganes sont debout avec des bâtons pour les écarter. Tous les gens nous regardent en passant puisque nous sommes en vitrine et parfois avec des regards douteux. A ce moment-là, je sens que le travesti derrière moi est bien près. Je ne veux pas être parano mais il me fait les poches. Un regard pour le tenir tranquille. Cet air flegmatique... Si tu crois que je ne t’ai pas vu venir avec tes grosses mains pleines de doigts… Les gens dans la foule nous regardent parfois avec haine. Je n’en ai plus de doute... Aucun contact, du moins oral, avec les Tsiganes. Ils ne sourient pas. Ils semblent nous protéger. Contre quoi ? Contre qui ? Contre eux ! Sans sourire, sans parole échangée, ils nous offrent l’hospitalité. Déjà quelques joints. Et puis, comme David ne fume pas de tabac mais aimerait bien fumer quand même le bon shiras, le shit afghan et pakistanais. L’un d’eux retourne une tasse, met dessus une braise, roule une paille avec un bout de papier. Puis, il place un morceau de shiras pur sur la braise qui se consume comme de l’encens et on fait tourner la paille. Puis voici les chapatis avec les dals (lentilles) et le curry, puis enfin le tchaï, le même qu’en Inde. À côté le concert continue, terrible, à coup de clarinettes, de tablas et de cuivres. Les gens sont agglutinés, bousculés, écrasés à trois pas de nous, derrière les bâtons des Tsiganes pendant que nous sommes vautrés sur des coussins à manger et fumer gratis ! C’est dommage, au lieu d’être apaisé et profiter pleinement, je stresse. Je n’aime pas le regard que portent certaines personnes sur nous, dans la foule. Peut-être n’aiment-ils pas les Tsiganes. Peut-être ne nous aiment-ils pas nous. Peut-être qu’ils ne nous aiment pas en compagnie des soi-disant soufis. En tout cas, je ne me trouve pas bien brave. Alors parfois, je les fixe moi aussi, durement, et ils baissent le regard. Mais quel regard ! Je n’aime pas ce regard. Je le sens, il faut qu’on se casse ! J’ai un moment de panique, le sentiment d’angoisse se diffuse dans mon corps et une sueur froide parcourt mon dos. Qui, des Tsiganes ou de la foule si fervente à ce festival islamique où nous n’avons rien à foutre, sont les plus dangereux pour deux petits Européens naïfs ? Allez, on bouge. Je tape dans le coude de notre ami suisse qui lui, se trouve très bien, évidemment. Sans doute suis-je peureux ? Enfin, une fois dans la foule, je me sens mieux. Le contact des corps qui se bousculent, même si parfois des poings partent, me rassure. Il n’y a ici, que des hommes. QUE DES HOMMES ! Nous refaisons un tour. Ça va vraiment mieux. Bien content de voir ça. Allez, on retourne dans la furie des percussions, des gens en transe qui tournent toujours plus vite, des feux brûlants où sont balancées des idoles, dans tous les chemins bordés de tombes de cet affreux cimetière. Bientôt minuit. Que va-t-il se passer alors ? Rien, la fête continue, les joints scintillent au-dessus des tombeaux. La foule de plus en plus dense est au comble de l’agitation. Les gens sont surexcités. Jamais vu une foule pareille ! Sur une estrade, un jeune garçon bouge son cul dans un jean serré. Il danse en bougeant ses fesses comme seule le ferait une femme, pour vous dans l’intimité, aguichant les hommes qui le sifflent à ne plus pouvoir. L’homosexualité n’est pas un mythe dans les pays de l’islam. Les femmes sont surveillées et les hommes proches. Perso, j’aime pas trop beaucoup ça. Et pendant que David danse comme un forcené, je me dis qu’il serait raisonnable de rentrer. Trop tard, derrière nous, un énorme bonhomme nous prend un bras à chacun. My friend ! Il gueule. Et ne veut plus nous lâcher. Il rentre dans la foule, qu’il pousse de son gros corps, en nous tirant par les bras, nous fait sauter et danser devant les percussions et nous fait crier Pakistan Zindabad ! Longue vie au Pakistan. Putain, on est tombés sur une bande de lourds. Moi qui voulais passer inaperçu et qui serais bien rentré peinard, sans encombre. Nous voilà accompagnés de ce gros lourdaud avec ses potes qui ont des gueules que je n’aime pas. Ils sont surexcités et me pelotent le cul dans la foule. J’aimerais bien me barrer mais David est encore accroché au gros qui lui tient fermement la main. Il ne peut lui échapper et je sens bien que lui aussi s’agace de se faire peloter le cul… Enfin, comme on grogne fort et qu’on veut partir, ces messieurs décident de nous raccompagner. Super. Putain, ce n’est pas que je n’aie pas confiance mais là, vraiment, je n’ai pas confiance ! Retour dans leur voiture pourrie, avec deux hippopotames et trois espèces de Tsiganes édentés. Évidemment, sur la route, ces cons roulent vite et vont bientôt s’emplafonner dans un dos d’âne qu’ils n’avaient pas vu. Ce n’était pas prévu. Ça calme. Ils sont plus dangereux que des mecs bourrés… Assis entre deux des gars, je sens la pression monter. Au moins 25 ans, sans être mariés et donc puceaux, du moins avec les femmes, ils ont envie de baiser. Me le font comprendre en me montrant leur doigt avant de se le mettre dans le cul. Et, bavant et ricanant de façon cynique, ils me demandent si j’aime ça, les doigts dans le cul. Faut voir leur tête. Ces gars-là sont archi frustrés. Ils vont nous attraper ! Quelle galère, putain, je vais me faire enculer par des gros porcs dans ce putain de pays ! Non, il faut trouver une solution… Que faire… Où mène cette route ? Où nous emmènent-ils ? Ça vous dit une glace, j’demande… silence… Eh ! Ça vous dit une glace ?… deux fois… Et puis c’est un oui général ! On va bouffer une glace avant de baiser, ça c’est cool !

Siren

Je ne sais pas comment s’écrit son nom, exactement. C’est la Norvégienne… Nous sommes restés tous les deux après que tout le monde s’est couché. On fume des clopes en discutant. Elle a trente-deux ans, parle français correctement et dit qu’en Norvège, on est plus libre et plus ouvert. C’est vrai, sans doute. Mais là. Elle a surtout envie de moi. Elle se caresse les épaules, ouvre sa chemise chaque fois d’un bouton de plus et me laisse entrevoir ses seins. On est tous les deux bien près. Qu’est-ce que je fais ? C’est incroyable, je n’ai pas envie de la baiser ! Enfin, si, j’ai envie, on pourrait aller là, juste derrière, sur une couverture avec une petite bougie. Je n’ai qu’à me lever, la prendre par les épaules et lui caresser délicatement les seins. Même pas besoin de l’embrasser. Elle est fine, plutôt jolie fille… Hier, les gros porcs m’ont dégoûté. J’aime pas les mecs parfois. J’aime pas leur esprit basique. J’aime pas baiser les filles. J’aime pas. Elle veut. Je pense à toi, Meriem. Je vois ta gueule dans la webcam. Je pense à demain. À chaque fois que je passe la nuit avec des filles, comme ça, vite fait, j’ai des remords. Surtout quand je bois. Je me sens dégueulasse. Pourtant, c’est ce qu’elles veulent. C’est ça, le pire. Une autre clope… de quoi on pourrait parler ? Elle croit que je n’ose pas. Si je reste là. Près d’elle. Elle va me sauter dessus. Je me lève et articule : « Salut, je vais me coucher. Bonne nuit. »

Balade enturbannée Route d’Islamabad

Des choses que je n’explique pas… Sur la belle autoroute, dans le bus, on nous a passé un film indien dans un genre que je n’avais pas encore vu. Et surtout pas en Inde. Ou alors en privé… Le film peut se résumer ainsi : dernière Audi, Porsche, rencontre, plage et baise ! C’est là le hic. Dans le bus, les barbus rouspètent. Alors on a avancé la scène. Mais les barbus n’ont plus regardé le film. Ils ont prié. Qui regardait alors ? Qui sont les barbus plus barbus que les autres ? Qui aime ces films ? Deux mondes… Ceux qui veulent que ça change. Ceux qui ne veulent surtout pas que ça dégénère. Qui gagnera ? Ça va changer ou pas ? À côté de ça, les Pakistanais ont tellement la foi ! Même s’ils ne sont pas tous pratiquants, ils respectent les règles du Coran qui organisent leur vie de tous les jours. À côté, en Afghanistan, il y a les talibans, Au Pakistan, des groupes islamistes puissants, À Lahore, partout, il y a l’Amérique. On aime l’Amérique à Lahore. Alors, ça va changer ou pas ? Moi, perso, on ne me demande pas mon avis. D’ailleurs, je ne suis pas d’ici et pas musulman mais si on me le demandait, je dirais que j’aime bien les barbus. Ils ont raison. Il y a des choses indécentes. Suis-je extrémiste ? Les gens aiment les films de merde. Ils aiment les films de cul. Mais là, il y a des enfants dans le bus. N’y a-t-il pas de compromis possible entre libéralisme et fondamentalisme ? Être libre sans extrême, ça n’existe pas ? Trouver des limites morales à l’indécence… On a besoin d’eux, de leur sagesse, Que nous nous bornons à dissimuler.

Pakistan Zindabad !

Islamabad

Quartier G7. Ciel bleu clair puis teinte orange de la nuit. Lumières blanches des lampadaires. Pas un souffle de vent. Vastes étendues de jeux, saules et peupliers, enchevêtrés. Pieds de cannabis sauvages, poilus comme des orties. Fontaines, ruisseaux, vallées silencieuses. Chemins recouverts de feuilles. Maisons sans étage. Sans fenêtre. Places comme patio, dissimulées entre les murs, autour d’un eucalyptus. Vendeurs ambulants. Glaces à l’eau. Poussettes. Femmes et filles dans les ruelles. Vieillards silencieux, ridés au coin d’un mur. Tout est tranquille. Atmosphère paisible. Il fait doux, de cette douceur d’un soir printanier. Les enfants courent, crient, chahutent. Les hommes, dans la plaine, jouent au criquet. Sueur, cris, formes discordantes de robes blanches. Glissement de babouches. Ombres de la nuit. Sommeil tranquille. Sérénité. Apaisement… Gronde. Vibre. Là-bas. La montagne. Dieu qui rendra fou la terre, tuera, démolira la vie, fera pleurer les hommes sur les corps meurtris de leurs enfants…

Tremblement de terre au Pakistan

De retour en France, j’apprenais les tristes nouvelles du Pakistan. Aux informations, défilaient les images d’Islamabad ravagée avec des blessés encore enfouis sous les décombres et des morts par dizaines de milliers. Il faut les aider. Le Pakistan connaît aujourd’hui une transformation idéologique qui sort le pays de l’arriération sociale et économique et le mène vers des valeurs que nous prônons, celles de la démocratie, de l’éducation, du respect des droits de l’homme et de l’émancipation des femmes. Si nous sommes solidaires aujourd’hui, plutôt nous que certaines institutions mal venues, ils croiront définitivement en notre sollicitude, en nos valeurs, qui sont celles de l’entraide internationale pour un développement économique à l’échelle mondiale. La balance est prête à basculer en notre faveur. À l’inverse, si nous les laissons tomber, ils se tourneront une nouvelle fois vers Dieu, avec les conséquences que cela implique dans le contexte actuel… Islamabad a été construite dans les cinquante dernières années, à partir de la création du nouvel Etat. Elle n’est heureusement pas une ville très peuplée, ni culturelle, ni historique mais une capitale qui n’existait pas et qu’on a placé volontairement au centre du pays. 500 mille habitants vivaient à Islamabad. Rawalpindi, à 20 km seulement, est une mégapole de plusieurs millions d’habitants qui n’a heureusement pas été touchée. Au moment où j’écris ces lignes, je ne peux pas m’empêcher de revoir la vie tranquille qui se déroulait là-bas. Dans un espace compris entre les rivières et les forêts attelées aux montagnes, Islamabad était une bien jolie ville. Calme, moderne, climat agréable, végétation luxuriante, on y trouvait les plus belles voitures du pays et des hommes d’affaires ayant échangé le costume traditionnel contre la chemise et la cravate. Les différentes zones professionnelles et commerciales, les quartiers résidentiels et présidentiels, les grands hôtels internationaux se partageaient les quartiers, séparés par de vastes boulevards fleuris. Islamabad est détruite aujourd’hui. C’est la deuxième catastrophe au Pakistan depuis que j’ai quitté le pays. La première fut une collision de train qui fit plus de cinq cents morts au mois de juillet. Chaque fois, je suis touché bien plus que si je ne m’y étais jamais rendu. J’ai beaucoup aimé ce pays et ses merveilleux habitants. En France, pendant la catastrophe, j’entendais les gens marmonner qu’ils n’enverraient jamais d’argent là-bas malgré leur compassion car ils craignaient qu’il soit détourné et enrichisse le terrorisme. C’est peut-être encore ce que je penserais si je ne m’y étais pas rendu. Heureusement, les terroristes sont bien peu nombreux par rapport à l’ensemble d’une population dénuée d’ambition guerrière, généreuse comme aucune autre et acharnée au travail pour, comme partout dans le monde, donner à ses enfants une vie décente. Tous ces sourires, cette sincérité, cette générosité m’ont, pour toujours, prouvé que les Pakistanais ne méritaient pas leur triste réputation. Bien sûr, il faut les soutenir ; la population est faite d’hommes, de femmes et d’enfants comme nous, et il n’y aura jamais assez d’argent pour tout reconstruire, organiser et multiplier les infrastructures. La pauvreté, la peur et l’ignorance sont les véritables responsables de la haine. Le gouvernement pakistanais est surveillé de près par la communauté internationale, et l’argent de la banque mondiale leur parvient sous certaines conditions, comme notamment : la chasse aux terroristes, poursuivis, dénoncés et arrêtés tous les jours. Le Pakistan n’est pas un pays conquérant mais un pays en voie de développement. Il faut l’aider.

Peshawar

Notre arrivée à la station de bus est fracassante avec nos visages effarés et perdus sous nos gros sacs, au milieu de tous ces pachtounes enturbannés. Un petit groupe se forme bientôt autour de nous, avec sourires de bienvenue, et nous aide en expliquant au conducteur du rickshaw comment nous emmener à l’hôtel où nous avons rendez-vous avec des voyageurs déjà croisés à Lahore. Le rickshaw traverse la ville puis nous dépose dans la rue indiquée. Un chemin, une cour derrière une boulangerie après un étroit passage où des jeunes jouent au criquet. Une arcade sur l’entrée d’un patio fleuri, des jeans et des tee-shirts qui sèchent sur un bout de nylon : c’est bien là. Nos amis sont installés sur une table en bois brut, gravée de noms, de dates et entourée de fauteuils, sous une pergola de vigne, en cette journée ensoleillée du 1er avril. Derrière, une porte à battants ouvre sur un dortoir où s’enfonce une quinzaine de lits dans la fraîcheur et la pénombre, clairsemée de minuscules fenêtres. Le proprio, un vieux monsieur à la barbe blanche, a des yeux de loup qui nous traversent en silence quand il circule en dandinant son corps bien portant, les mains croisées derrière son dos. Cette personne, à l’allure si sage, vend un peu d’opium et d’héroïne. Juste pour arranger. C’est pourquoi, les deux jeunes Danois qui sont là depuis une semaine n’ont pas décollé de leur lit. Ensuite, ils prendront un avion pour se déchirer avec de la coke en Colombie ou avec du crack en Thaïlande. Chacun son voyage. C’est vrai que le prix de l’héroïne incite à consommer, surtout qu’elle est pure. Et je sais bien que c’est bon, cette merde là. Certains diront que c’est dommage, mais je n’en prendrai pas. Quelques pipes d’opium, déjà, me gardent au lit jusqu’à des heures sans nom… Pour me bouger, je dois faire appel à la gourmandise, attisée par le parfum de spécialités délicieuses que je ne sens pourtant pas, mais que j’imagine tant je sais qu’elles m’attendent. Alors, c’est seulement en sortant de la boulangerie, le menton dans la crème, que j’aperçois la rue, la ville et me dis qu’il est temps de faire autre chose que de rêver… Nous sommes à Peshawar. La première ville en venant de Kaboul, en Afghanistan, par le seul passage praticable : la passe de Kyber dans les montagnes de l’Indu Kuch. Tous les envahisseurs, ainsi que les explorateurs, sont venus de par-là, puis par Peshawar. Des choses incroyables se voient encore ici aujourd’hui, dans cet espace multiculturel : fief des Pathans ou Pachtounes qui sont majoritaires dans la région, Peshawar est une ville d’affluence. Des Penjâbis viennent de la vallée de l’Indus, des Sindhis remontent du port de Karachi au sud, sur la côte de l’océan indien et quelques nomades Baloutches descendent des montagnes arides et désertiques de l’ouest, en direction de l’Iran. Voilà pour les Pakistanais. Ensuite, viennent les ethnies afghanes tout aussi nombreuses. On trouve des Tadjiks aux yeux bridés qui descendent des régions proches de la Chine. Des Hazaras, des Nouristanis et des Ismaéliens du Centre et du Nord-Est de l’Afghanistan. Enfin venus des plaines du nord, les Turkmènes, Kirghizes et Ouzbeks se promènent, eux aussi, dans la ville marchande. Des peuples hétérogènes s’organisent donc ici, largement identifiables grâce à leurs traits et leur costume caractéristique mais aussi, quoique de façon moins visible, par leur langue et leur alphabet. L’ourdou est le langage officiel du Pakistan mais les Baloutches et les Afghans, pour ne citer qu’eux, utilisent l’alphabet arabe et écrivent en farsi. Le Pakistan et l’Afghanistan sont peuplés de minorités ethniques et confessionnelles. Leur Etat ne parvient pas à les cimenter en une unité nationale car toutes luttent encore entre elles, soit pour le pouvoir, soit pour l’indépendance ou encore, même, quelquefois pour la simple légitimité d’exister. Et cela contribue, comme on l’a vu, à renforcer les organisations islamiques, puisque l’islam est le seul drapeau qui puisse les rassembler. Le général Mousharaf, maître actuel du pays, s’est lancé, aux côtés des Etats Unis, dans la guerre contre les talibans et Al Qaïda. Son pouvoir est contesté par une partie de la population, ainsi que l’appui des Etats-Unis, mais il est maintenu au pouvoir grâce à une force armée imposante. Cela lui permet de recevoir l’aide de la communauté internationale et ainsi, de persévérer dans la démocratie, la lutte contre le grand banditisme, le terrorisme et la corruption tout en favorisant le développement économique. Le Pakistan a une croissance annuelle d’environ 6%. La France, en comparaison, a aujourd’hui une croissance de 0, 2%, autant dire nulle. L’Afghanistan, quant à lui, a une croissance en augmentation, mais l’argent provient pour un tiers des dérivés du pavot, sans réelle culture de substitution rentable… Les tirs de mitraillettes qu’on entend la nuit ne nous rassurent pas, même si notre hôte reste tranquille et dit qu’il n’y a pas de danger. Forcément, lui se remplit les poches. Dans le journal, assassinats, règlements de comptes et prises d’otages sont quotidiens. Le grand banditisme, comme partout, n’a pas intérêt à ce que le gouvernement s’impose. Il tente de créer la discorde pour continuer tranquillement ses affaires. Aujourd’hui, c’est la grève. Une nouvelle grève pour protester contre des réformes institutionnelles. Nous préférons ne pas sortir. Ambiance décontracte. Pression diffuse. Pakistan, le 02 avril 2005.

Petite promenade ce matin dans le vieux bazar de Peshawar. Il fait chaud, les ruelles étroites s'effilochent comme des brins de soie de toutes les couleurs. Pour passer plus inaperçu, j'ai mis le déguisement complet avec le chapeau pachtoune et je me promène au hasard du centre ville... Je vois les femmes en bourka choisir leurs strings et leurs petites tenues coquines… Elles ne doivent pas avoir grand chose dessous et puis, on ne voit que leurs yeux, mais quels yeux ! Voici, cachée, l'entrée d'un joli jardin qu’entoure un temple chrétien orthodoxe du XIIIème siècle. Je montre mon passeport. La kalache se baisse. Le sourire du gardien : – Christian ? – Yes, I'm French. – Ok come. Me voilà sur les bancs de ce petit temple dans un silence apaisant, avec un garde du corps, kalachnikov en bandoulière. Mais ici, même les magasins sont parfois protégés par des gardes armés. Et non pas seulement les temples. Ce garde règle seulement l’entrée du lieu. Chrétiens, en effet, nous sommes à l’honneur chez les Pakistanais puisque nous sommes des gens du Livre et Jésus est pour eux, lui aussi, un prophète… Cet après-midi, je vais pousser jusqu’au Smuggler Bazar dans la zone tribale, là où se vend, au kilo, le fameux haschich appelé shiras et, là aussi, où se fabriquent les armes. Alors, j’organiserai leur acheminement, par le réseau de contrebande libanaise, jusqu'en France où je ferai, cet été, mon coup d'Etat. Mais en attendant, je m'achète, au kilo, des fraises délicieuses, les trempe dans la crème et après ça les dévore délicatement une à une. Puis, je sirote une tasse de kawa, le thé vert de Chine aromatisé de cardamomes que j’accompagne d’un de leurs petits pétards tout frais qui rendent si léger et gai. Le tout, de la terrasse qui surplombe la petite place de Saddar Bazar. Pour le coup d'Etat, on verra demain...

La zone tribale

À quelques kilomètres de la ville, une semi-frontière indique le passage dans la zone tribale non administrée par le Pakistan. Elle s’étend jusqu’à la véritable frontière, sur la passe de Kyber, où sont regroupés les réfugiés afghans qui ont fui les talibans aussi bien que les bombardements américains. C’est dans cette zone que sont recrutés les terroristes et organisés des camps d’entraînement. C’est là aussi, tout près, qu’on a encore dernièrement bombardé un village, faisant une vingtaine de morts civils, pour atteindre, d’après un communiqué de presse américain, un des organisateurs des attentats du 11 septembre, qui se cachait là. C’est ici enfin, que sont fabriquées les drogues à base d’opium et les armes, dans des entreprises, et c’est le comble, que nous pouvons visiter… Un petit magasin, tout ce qui il y a de commun, avec en rayons, différents produits. Le patron, chauve et rasé, a une tête de Russe ou au moins de Kazakh. Il est habillé à l’occidental et ne quitte pas son téléphone portable. Pour faire le malin, il me met un kilo de haschich dans une main et un autre d’opium dans l’autre, pour que je goûte, avant de me demander, tout sourire, combien de kilos j’en veux. Après avoir choisi quelques grammes de chaque, que je paye une misère, et bien défoncé par tous les joints que ses acolytes roulent là dedans, le gentil monsieur m’annonce de faire extrêmement attention en sortant, et plus encore à la frontière, si je ne veux pas me retrouver en prison. Des policiers du gouvernement, en civil, se promènent partout et évidemment, choisissent les petits rigolos comme moi, pour leur faire cracher des tunes. Merci du conseil, mec, ça me rassure. Et en plus, vu que j’ai fumé, je n’ai pas du tout tendance à être parano... Il aurait mieux valu ne rien me dire et que j’avise, confronté à la situation, plutôt que d’y penser sans cesse et qu’en fait il n’arrive rien. Je sors du magasin par la porte de derrière, comme on m’indique, et je pars tête basse à travers le marché pour arrêter le premier bus en partance. Je ne fais pas le malin, cela va sans dire, mais enfin me voilà dans le bus et bientôt la frontière est passée. Le gars à côté de moi, un jeune aux yeux bleus avec une grande barbe blonde, me fixe depuis un moment entre consternation et émerveillement, pour finalement me marmonner du fond de la gorge : I’am al Qaïda ! Le pauvre gars n’avait certainement jamais vu d’occidentaux et ne s’attendait pas à en trouver un, assis à côté de lui dans ce bus. Il me sourit maintenant qu’il a craché son morceau, bien que d’une façon un peu troublante… Un espion américain en train de se foutre de ma gueule ?! Comme j’essaie d’entamer la discussion, je me rends compte qu’il ne sait rien dire d’autre en anglais. Mais mes questions attirent l’attention d’un autre gars debout qui, lui, parle parfaitement anglais. Je veux qu’il fasse l’interprète, enthousiasmé que je suis de rencontrer un membre supposé de la fameuse organisation, mais ils s’embrouillent très vite et le jeune étudiant debout a bien trop de questions à me poser pour perdre son temps avec l’autre qui paraît finalement peu intéressant. Je ne sais pas, d’ailleurs, s’il m’apprendrait quelque chose que les médias n’aient pas déjà raconté, amplifié. Je ne sais pas si je n’en sais pas sur Al Quaïda plus que lui-même car la presse ne parle que de ça depuis les attentats. Terrorisme par-ci, islam par-là ! Enfin, il n’a pas de haine puisqu’il me regarde avec un sourire ravi, heureux de me rencontrer, comme si nous devions bientôt disputer une partie de criquet et que nous appartenions chacun au camp opposé. Soit il se fout de ma gueule, soit je ne comprends rien et on nous raconte des conneries. Mais je pense surtout que nous prenons ça trop au sérieux. Ce gars-là n’ira pas poser des bombes dans nos pays. La pression monte à force d’en parler tout le temps, la pression monte comme si on voulait d’autres bombes, comme si on cherchait des ennemis pour nous faire la guerre. Oui, c’est exactement ce que nous faisons car, partout dans le monde, on suit les mêmes informations, qui en rajoutent tout le temps, qui montrent le pire et je me demande si ce n’est pas ça qui nous excite tous… Afghan de Kaboul, l’autre jeune ainsi rencontré, étudie l’informatique dans l’université de Peshawar, avec une petite bourse de l’Etat qui lui permet de louer un appartement où il m’emmène boire le thé. Nous passons la soirée à discuter vivement de tout ce que je viens de vous raconter, si bien qu’il veut m’emmener le lendemain dans sa famille à Kaboul, me promettant qu’il n’y a rien à craindre, que son magnifique pays, encore sous perfusion financière internationale, va sortir du sous-développement grâce à la motivation des jeunes universitaires et surtout, s’ils ne sont pas abandonnés aux mains des extrémistes. J’étais d’accord évidemment pour me rendre à Kaboul avec lui, mais nous avons oublié une chose importante : le visa ! Il n’y a pas moyen de passer la frontière en disant simplement, je vais faire un tour et reviens dans quelques jours. Il faut un tas de paperasses, plusieurs jours d’attente et aussi, une bonne vieille prise de sang !? Quelle idée détestable ces frontières politiques qui séparent des peuples communs et réunissent des ennemis irréconciliables…

À Peshawar, comme partout au Pakistan, on ne peut pas demander un renseignement sans être immédiatement conduits où on veut aller, sans être invité à boire le thé et, toujours, sans possibilité aucune de rendre quoi que ce soit. Hospitalité, solidarité, personne ne vous laissera tomber. Au contraire, chacun prendra un peu de son temps pour vous faciliter les choses, vous aider du mieux qu’il peut… Je cherchais un magasin de chapeau. En voulais un pachtoune, depuis que les médias français ont fait des documentaires sur le commandant Massoud - toujours avec son chapeau - que nous avons financé pour la lutte contre les Soviétiques et ensuite contre les talibans, avant qu’il ne se fasse exécuter la veille des attentats du 11 septembre. Il était l’idole de la résistance afghane, candidat de la démocratie et surtout le plus grand opposant aux talibans contre qui il tentait de rassembler une nouvelle fois le peuple. L’attentat qui l’a tué, le 10 septembre 2001, est une coïncidence qui n’en est pas une… Bref, je voulais ce chapeau, que beaucoup portent ici mais je ne trouvais pas, dans les ruelles commerçantes du centre ville, de magasins qui en vendaient. C’est ainsi que nous avons rencontré un grand monsieur, homme de prestance, dignitaire de la région, qui est venu avec nous à travers la ville, s’est engagé dans les négociations sur le prix du chapeau - je ne sais même plus qui, de nous ou de lui, a payé - puis il nous a emmenés dans une tchaïkhane prendre le thé et discuter paisiblement. Enfin, il voulait nous raccompagner jusqu’à notre hôtel en bus, même si, discrètement, il regardait sa montre. Tout ce temps pris pour nous servir, alors qu’il devait avoir tant de choses importantes à faire, montre à quel point les Pakistanais ne sont pas des barbares comme veut bien le dire la presse, et comme ils sont passés maîtres de l’hospitalité. Nous avons eu bien du mal à lui refuser de nous raccompagner et il nous a serré chaleureusement la main avant de disparaître dans la foule. C’est ainsi chaque fois que vous demandez un renseignement et c’est avec un énorme plaisir qu’on vous répond et vous aide. C’est un devoir pour eux de pratiquer l’hospitalité, c’est exact, mais c’est tellement rentré dans les mœurs qu’ils y prennent un plaisir immense et en obtiennent une satisfaction profonde.

Notre temps à Peshawar est écoulé. Demain matin, nous reprenons la route d’Islamabad pendant que d’autres poursuivent leurs démarches pour se rendre en Afghanistan. Un Argentin, notamment, qui profite de l’hospitalité des mosquées où il dort le plus souvent, pour continuer son apprentissage théologique de l’Islam. J’ai beaucoup de regret de ne pas me rendre en Afghanistan après nous être tant attachés aux Pakistanais. Le voyage promettait d’être exceptionnel car les Afghans que nous voyons et que nous rencontrons semblent eux aussi très chaleureux. Enfin, ce sera pour un autre voyage. Nous ne verrons pas Kaboul, non plus Mazâr-E Charif, Kandahar… Mais, nous verrons Quetta, ensuite les villes légendaires de Chiraz, d’Ispahan en Iran, si demain nous avons notre visa. Et puis on ne peut pas tout voir. Apprendre à se satisfaire ! Apprendre à se satisfaire ! Ça ne rentrera pas !

Retour à Islamabad.

Notre passage dans la capitale, à l’aller, a été rapide. Le temps de déposer notre demande de visa à l’ambassade d’Iran et nous repartions sur la route de Peshawar. Une amie d’une amie d’une amie iranienne a proposé de nous donner ses coordonnées à Téhéran. L’ultime chance de rentrer dans ce pays qui n’accepte pas facilement de donner un visa touristique à des occidentaux, tout en promouvant le tourisme dans les pays arabes davantage susceptibles d’apprécier à sa juste valeur l’art perse… Nous verrons bien et sinon, nous trouverons une autre solution... La prise de sang pour l’Afghanistan… Ou bien, le visa de transit qu’on ne peut normalement pas nous refuser une fois arrivés à la frontière iranienne. Mais ce visa ne nous laissera que sept jours pour traverser le pays, ce qui serait regrettable. Le minibus nous dépose à Rawalpindi sur une vaste plaine où les véhicules motorisés ont remplacé définitivement les caravanes de dromadaires qui y ont pourtant séjourné durant des siècles. Les temps changent. Aujourd’hui, ils changent très vite. Ainsi, tous les voyageurs qui sont passés ici ont vécu une histoire différente, bien que cet itinéraire ait été parcouru et raconté des centaines de fois. En voilà une de plus… Visa iranien obtenu. 5 .000 roupies pour un bout de papier collé sur notre passeport. On s’offre le plus prestigieux restaurant de la ville. Arrivés en taxi devant l’hôtel Palace, nous empruntons l’allée illuminée jusqu’à l’entrée du grand hall où une nuée de pétasses nous ouvrent les portes du luxueux salon. Derrière des fontaines et des lumières tamisées, des hommes traitent leurs affaires. Ces barbus en cravate et lunettes teintées me font penser aux mafieux bulgares affichant sans crainte leurs magouilles et leur fortune. Prière de nous asseoir autour d’une table dignement dressée. Le repas est frugal. Une gorgée d’eau avalée est immédiatement remplacée. Dommage qu’ils ne servent pas de vin. 600 roupies chacun, environ 10 euros pour pas grand-chose. Les kilos égarés le long de ce voyage ne seront pas repris ici. Il faudra attendre de rentrer chez maman…

Retour sur mon lit. Tombent en s’émiettant, virevoltant, les morceaux de peinture du plafond, sur mes mains comme des mots. Sur mes yeux fermés. Mes rêves sont agités. Islamabad est un carrefour. Au nord, en s’enfonçant dans les montagnes, on rejoint Gilgit puis la Chine. Deux semaines, tout au moins. Arrêtés parfois par des éboulements. Des ponts écroulés dans l’écume de la fonte des neiges. Par l’armée. La montagne. Le froid et l’hiver. La boue et la misère. Je ne veux pas aller au nord. J’abandonne Daoud et prends la route de l’ouest. Te rejoindre. Nos chemins ne se croiseront pas, m’as-tu écrit. « Je ne t’attendrai pas. Je n’aime pas attendre. Je suis impatiente... » Et moi, tu me saoules. Je ne vais pas te courir après. Je ne vais pas te rejoindre sur un coup de tête. Nous sommes maintenant séparés depuis un mois. Et encore deux mois minimum de terre inconnue restent à franchir pour tes beaux yeux. Des yeux que je verrai dans les céramiques de Mechhed, dans les eaux pures des oasis, dans les mirages du désert. Ça me suffira. Où sont les belles promesses d’une relation qui devait être libre dans l’espace et dans le temps. Nos chemins ne se croiseront pas, alors. Va te faire foutre si tu n’es pas capable de poireauter sur une chaise longue de la Méditerranée, que je te retrouve nue et bronzée un soir de printemps turc ou grec. Va ton chemin et ne m’écris plus pour me dire que tu t’ennuies de moi, que tu te morfonds de solitude, que tu as envie de me voir maintenant et peut-être plus, bientôt. Crois-tu que je serais assez con pour traverser l’Iran, sans la voir, pour une femme qui m’abandonnera dès qu’elle sera lasse... Oui, je suis assez con. Oui, je prends la route de l’ouest. Le train traverse la moitié du pays, les palmeraies des confluents de l’Indus, le blé vert du printemps dans les plaines, les champs de coton de Faisalabad, les marchés de Sukkur, l’entrée dans les roches dorées du Baloutchistan, les précipices de Sibi, les tunnels, les check points, les barbes et les kalachnikovs. Autant de paysages qui défilent comme les sentiments de mon cœur. Rien de meilleur qu’une ouverture dans un compartiment de train pour les jeter un à un dans l’oubli. En arrivant à Quetta. J’ai changé d’avis. Tu feras bien ce que tu veux. Et moi aussi.

Baloutchistan Quetta.

Daoud est finalement resté avec moi. Armand et Julie, partis quelques jours avant nous, nous accueillent à la gare de cette ville qui nous effrayait tant, dans l’ordonnancement de notre voyage. Depuis Istanbul, nous parlions de la ville des talibans au Pakistan. La ville anti-occidentale… Et puis… Nous y sommes. Quelles gueules ils ont, c’est impressionnant ! Ces regards, ces visages, ce style ! Longs turbans qui tombent, barbes superbement taillées, yeux clairs sur peau tannée, cisaillée, couleur de cendres. Dignes comme des boucs, balafrés, sévères… et puis souriants, une paille dans la bouche sirotant un coca cola ! Une image incrustée dans ma mémoire mais que j’aurais bien voulu montrer au monde qui m’entoure. Ces vieux bougres, taillés dans le roc de la montagne, dont les mains sont plus larges que des pelles, la barbe mouillée par des bulles de coca cola ! Il faut traverser des paysages lunaires, des champs de rocs et de sable, des montagnes hirsutes, déchirées sous un ciel bleu piqué de vautours, pour boire ça ! Du coca cola ! Une terre inhospitalière dans un monde séparé du monde à l’infini des montagnes et du désert. Un canal ensablé et vibrant de moustiques, l’ombre de quelques arbres et le terminus d’une gare suffisent, dans ces lieux, pour établir une ville plus légère qu’un songe dans un cirque de montagnes absolument nues et disproportionnées. Une ville éparse, légère, pleine de répit, où d’innombrables pacotilles arrivées là à mesure des années s’accumulent comme dans un grenier poussiéreux. L’échine de la ville, Jinnah Road, l’avenue principale, semble appartenir à un décor de western avec ses bâtiments sans étage et ses vitrines en bois vernis. Des vieillards enturbannés, de grande prestance, flottent sur des vélos silencieux*. De vieilles roulottes en bois, séchées à craquer par le soleil, promènent des épaisseurs de tissus en forme de femmes dont les yeux sont les fenêtres des prisons. Quetta : 1.800 mètres d’altitude, 200.000 âmes, et quelques chameaux. La Perse dort dans son manteau de sable à 800 km à l’ouest d’un désert hostile. Au nord, une petite route militaire traverse la zone des cultures, s’engage dans une plaine aride puis s’élève jusqu’au col de Kodjak et aux massifs de la frontière afghane. Au nord-est, un embranchement de la voie ferrée gagne Fort Sandeman au pied des Monts du Waziristân. Quelques clans Pathans les habitent avec leurs troupeaux de chèvres et de chameaux qui, la transhumance venue, gagnent la passe de Bolan sur la route du sud et descendent dans les prairies douces de l’automne. Voilà pour les points cardinaux. Rien ne pèse sur la ville solitaire, distante de plusieurs centaines de kilomètres de tout autre rassemblement humain*. Elle vit donc à l’écart du monde, dans une échelle de temps étendue comme le désert, et dont la quiétude est seulement bouleversée lors de tremblements de terre…

À l’heure dite, une douzaine de croyants, tout en barbe et en prière, s’agenouillent sur un carré de pelouse, dans la cour de l’hôtel. Le thé servi, on reprendra la discussion où on l’avait laissée. Daoud et Armand chatouillent la guitare dans la chambre et je l’entends rire. Julie s’est attelée aux Cavaliers de Kessel. J’essaie de faire des ronds de fumée, sans pour autant y parvenir, accoudé à la rambarde de l’étage, tantôt plongé dans l’observation de la montagne, derrière lesquelles le soleil disparaît dans les champs de prières, tantôt dans le théâtre de la rue où quelques bergers nomades, droits sur leur monture et suivis de leurs chèvres, défilent en soulevant la poussière. Poussière aussitôt déposée sur les fruits et légumes de l’épicier iranien, aussitôt soufflée par son boy de dix ans qui ressemble à mon petit frère. Quand je descends prendre le thé, il s’assoit en face de moi, tout sourire, pour partager ses bonbons, partager son plaisir… Il me ramène à des milliers de kilomètres, là où j’ai laissé mon enfance, dans cette petite chambre qui n’aura pas changé, loin derrière ces montagnes où, déjà, la nuit est tombée. Alors, je revois la maison, les rivières, les champs, les forêts qui m’ont vu grandir et qu’il me tarde de redécouvrir. Le voyage m’a montré finalement à quoi ressemblait chez moi, de quoi était faite ma vie et quels étaient les gens qui comptaient pour moi. Par comparaison, avec la distance, on s’éloigne seulement pour mieux voir, pour apprécier davantage ce que nous avions trop vu et trop entendu.

Voyager. Être nomade. Chaque semaine entrer dans une nouvelle atmosphère, découvrir un autre monde. Si longtemps. Tant de fois. Perdus dans les paysages, dans les villes. Survoler les hommes, leur environnement, leurs motivations et leurs âmes. Vivre de leurs illusions. Partager leurs univers. Au moins quelques instants. Mais rien de tout cela ne t’appartient. Ce n’est que la vie des autres. La tienne ne peut être faite de tous ces morceaux qui, ensemble, n’ont aucun sens. Tout s’agite et tu restes là, à contempler. Indifférent. Inutile. L’eau reflète sans même se troubler. Miroir, voleur d’images et d’émotions. Le décor te prête un instant ses couleurs…Devenir invisible. S’oublier. Apprendre de l’infini en accord avec le temps. Et puis rentrer. Rentrer avec tout ce désordre. Avec toutes ces idées. Ces rêves qui seront comme ceux d’un autre…Ce n’est pas un retour, seulement un autre lieu du voyage où l’on est déjà passé. La vie est un voyage. Ce n’est pas un retour mais une nouvelle arrivée. La vie, là-bas, aura changé à jamais. Ce qu’on a connu ne se matérialisera plus. Il n’y a plus rien de stable. Rien, depuis si longtemps, à quoi s’accrocher. Tout se ressemble. Rien ne s’assemble. Tout s’est écroulé. Quelque chose renaîtra derrière. Une nouvelle personne est née…

À qui sait attendre.

Les têtes d’agneaux sont entassées sur une table, tirant la langue aux passants, les yeux clos. À côté, quelques marchands de maigres légumes, d’épices essentielles et de vieilles étoffes dans un marché oublié au fond d’un quartier. Puis des armes, lasses de faire la guerre, qui se reposent allongées les unes contre les autres. Nous sommes au marché du quartier des réfugiés afghans qui sont nombreux dans la ville de Quetta proche de celle de Kandahar. Avec ces armes, autres déserteurs d’une guerre qui n’en finit pas : ceintures, casques, chaussures, drapeaux américains. Puis encore, ici et là, babouches retapées, chemises défraîchies, rapiécés et… broderies, dentelles sur étoffes raffinées, mêlées aux chiffons… Mes yeux ne lâchent plus ce bout de tissu camouflé sous les nippes. Je l’en sors, l’admire, telle une fragile princesse oubliée dans un monde de guerriers. Broderies vraiment fines. Long travail sur un tissu de qualité qui, si nous n’étions pas dans ce taudis, passerait aisément pour de la soie. En fouillant bien, nous dégotons quelques robes uniques au monde. Combien pour celle-ci ? Oh, pas grand-chose. Ce bazar ne vend que les biens de démunis qui ne désirent plus que manger. Le commerçant voisin, avisé des singuliers visiteurs, vient dire bonjour. Assis sur les tapis devant la devanture de planches, nous buvons le thé ensemble en bavardant car ici, le commerce est avant tout une relation sociale. Puis, chacun des commerçants vient nous présenter ce qu’il a de plus beau en robes. Souvent, ce qui leur semble beau ne nous plaît pas et ce que nous choisissons leur paraît dénué de valeur. Finalement, nous achetons cinq robes dentelées, brodées et colorées. Les Afghans sont contents, ils ne pensaient jamais les vendre. Aujourd’hui, à Kandahar, on ne porte plus ce style car il laisse la nuque nue... En France, nous n’en sommes pas là. Elles seront portées avec fierté. Leur prix est moins élevé que celui du nettoyage. Au pressing, l’homme nous dévisage de toute sa moustache. Combien pour nettoyer cette robe ? Il déplie, regarde, réfléchit : « 100 roupies. » « Non, non, c’est plus cher que le prix d’achat, nous en avons cinq alors combien pour le lot ? » « 500 roupies. » Le bougre ne veut rien lâcher. Il est froid et intransigeant. Sur son visage semble marqué, si vous n’êtes pas contents, allez voir ailleurs. Il n’y pas d’ailleurs. On essaie de négocier encore mais il n’y a rien à faire. Ok alors, pour 500 roupies. Mais tachez que ce soit bien fait. « Quand pourrons-nous venir les chercher ? » « Demain. » Le lendemain, nous achetons cinq nouvelles robes en retournant au marché afghan. Les marchands nous les avaient mises de côté après les avoir retrouvées dans leur souk. Discussion, thé, nous retournons ensuite à ce que l’on pourrait appeler le pressing. Le monsieur nous reçoit toujours sans sourire. Les robes ne sont pas prêtes. Combien pour les cinq nouvelles ? 500 roupies de plus, il dit comme si on était vraiment des cons. Pas moyen de négocier à nouveau. Heureusement qu’on ne les a pas payées cher. Nous devons revenir le lendemain. Elles seront prêtes. Nous repoussons donc notre départ. Déjà plus d’une semaine que nous sommes dans cette ville. En attendant, les jeunes du café Internet me font écouter de la musique dans la journée et, le soir, on parle ensemble de tout et de rien mais aussi de politique, de religion alors que ces sujets sont assez tabous. Celui qui tient le café a fait ses études à Karachi, la plus grande ville du pays sur la côte de l’océan indien, qu’il compare à une ville américaine. Puis il est revenu dans sa ville natale où il tente aujourd’hui d’organiser de petites manifestations culturelles autres que religieuses. Une nouvelle personne qui aimerait que ça change mais il sait devoir laisser le temps au temps. Les anciens demeurent ceux qu’on doit avant tout respecter. On ne bouscule pas des mœurs millénaires en une journée. À la fin de sa vie, il énumérera les choses qui auront changé. Et lui-même devra alors être à son tour respecté. Ainsi, rien ne doit aller trop vite, plus vite que le cycle des générations… Pourtant, chez nous, les anciens disent souvent être dépassés. Il est minuit passé quand je le quitte. Le lendemain, nous nous rendons au pressing, nous attendant à trouver les mêmes visages fermés et méprisants. Mais c’est tout le contraire qui arrive. Les robes sont prêtes, emballées très proprement. Nous sommes priés de passer derrière le comptoir du magasin. Alors, on nous paie le thé, l’incontournable joint de haschich et on s’ouvre enfin, jusqu’à nous traduire les messages des infos régionales de la télévision qui se divulguent au moment même. Avant de partir, gênés, nous recevons en cadeau deux shawar kamiz neuves qui valent, chacune d’elle, plus que le prix des robes et des nettoyages réunis… Dernier jour à Quetta

À l’étage enfumé d’une tchaïkhane, dans le brouhaha de voix d’hommes, quelques jeunes chrétiens entreprennent de monopoliser notre attention. Rien ne permet de les différencier des autres personnes avec qui nous bavardons car tous portent la barbe. Ce n’est qu’une fois sortis du bar, alors qu’ils insistent pour nous emmener dans leur quartier, qu’ils nous montrent une petite croix sur leur torse, accrochée au bout d’une chaînette. Nous sommes en effet, nous aussi, chrétiens de culture mais rien ne permet d’affirmer que nous le sommes encore aujourd’hui… Ce serait long de leur expliquer. Nous les suivons donc à travers les rues et allons visiter en premier la petite église qui n’est rien d’autre qu’une salle de classe avec un tas d’ornements peints et dessinés par la population jusqu’au tableau de Jésus qui arbore, ce qui est rare, un grand sourire. Dans la rue, nous partageons une partie de baby-foot avec les gamins du quartier. Il est assez rare en Inde et au Pakistan de trouver des adeptes du football. Il y en avait à Goa seulement, sans doute après la longue présence portugaise. Les footballeurs se ressemblent malgré tout de par le monde. Très vite, la partie se transforme en un match capital de world cup entre la France et le Pakistan. Les jeunes supporters sont au comble de l’agitation et une bagarre de petits poings éclate bientôt entre les enfants, nombreux autour du jeu. Les acclamations pour Zidane résonnent mais trop tard. C’est l’échec ; la France perd. Et il n’y aura pas de match retour cette année. Le calme revient et le championnat de rue pakistanais peut reprendre… L’étage d’une maison de la même rue sert de salle de musique. On nous fait visiter puis nous asseoir, avant de nous servir le thé pour patienter, le temps que des enfants courent chercher des musiciens pour improviser un concert. Toute la rue est au courant de notre présence et les enfants, surtout, se montrent derrière la petite fenêtre pour nous regarder. Le concert est vraiment sympathique. Mélange de musique traditionnelle pakistanaise, de chansons d’églises et…la musique du film Titanic. Original. Original aussi de se trouver ici, adoptés, invités à manger, à dormir et à rester indéfiniment. Un autre regard sur la religion chrétienne laissée à l’abandon dans ce coin du monde. Dans la nuit avancée, nous traversons une dernière fois cette ville pour rejoindre l’hôtel. J’ai le sentiment de les avoir abandonnés. En marchant dans la rue, les images de nos journées se superposent à celles de cette nuit. La ville est nue sous les étoiles, les rues balayées par le vent piquant, le quartier chrétien sans les enfants, le marché afghan sans couleur et sans vie, le boulevard des banques et des hôtels sous la lumière fade des néons. Abandonnés à jamais, puisque demain nous partons.

Khuda hafiz Pakistan.

En quittant Quetta en fin d’après-midi, le soleil effleurait déjà l’horizon et rendait aux roches pourpres la couleur des cendres rougeoyantes. La route s’élançait tel un rail de fête foraine entre les crêtes monumentales, s’ouvrant et se refermant, montait aux cols et dévalait les plaines sans fin. Je regrettais déjà de traverser le désert du Baloutchistan de nuit... Que n’avais-je pas vu : assurément montait aux astres, la Lune, d’une rondeur et d’une clarté qui, du fait de notre altitude, m’hypnotisait comme une prodigieuse illusion. J’ai su alors que ma nuit serait blanche. Plaines de sable, de cendres, roches striées, acérées, géantes, villages confondus, troupeaux dispersés, ombres enturbannées, barbes dessinées. Le tout d’un gris léger et doux sous l’œil fascinant de notre corps céleste. Paysages époustouflants ! Notre bus filait à travers les ornières. Les heures s’écoulaient sans qu’un bâillement ne fasse cligner mes paupières. Mes pensées de clair de Lune emplissaient mon esprit d’une sérénité à toute épreuve. Une nuit d’amour ! Le bleu sombre de la nuit s’éclaircissait déjà en rose humide du matin. Les bras écartés au vent, le visage rafraîchi par les ablutions, je n’étais que béatitude et ma prière à moi n’en était que plus profonde. Un matin de voyage où, plus prompt que le soleil lui-même, j’embrassais cette journée née devant moi. Mon désir de la vivre me brûlait plus encore que les premiers rayons aveuglants du soleil blanc des déserts. Nous rentrions triomphants, ivres de nouvelles connaissances, dans cet énigmatique pays qu’est l’Iran ! Rien ne pouvait me rendre plus vivant et plus libre qu’une telle nuit. Un souvenir me revint alors, une question, une seule, qui fit s’effondrer en moi l’espoir, ce jour-là, avec celle que je souffrais d’aimer : Que vas-tu chercher là-bas que tu n’as pas ici ? Sans rien dire, je suis parti. Les mots ne pourront jamais décrire ne serait-ce que le parfum du vent et son corps remplacer les sensations que j’éprouve en voyageant.

* Nicolas Bouvier
Ile de Sulawesi: visites, guide chauffeur nécessaire? English translation pending
by Celinette26 · 2009-06-08 · 29 replies
Salut à tous !

Je pars 3 semaine à Bali en septembre et au fil de mes recherches j'ai été pas mal intéressée par l'île de Sulawesi qui a l'air assez incroyable... Alors je pose la question à ceux qui y sont déjà allés : y a t il besoin d'un guide-chauffeur ou pas (je suis seule pour l'instant) ? Quels sont les endroits à ne pas manquer (visite et snorkelling) ? Une semaine est-ce trop long ou trop court ? (sachant que je combine avec évidemment la visite de Bali sur ces 3 semaines)

Merci d'avance !
Partir vivre en France pour un Tunisien: démarches nécessaires? English translation pending
by Mimie51 · 2009-05-17 · 53 replies
bonjour a tous! je viens a vous car j ai besoin d'aide! je suis partis en vacances en tunisie le mois dernier en plus d'etre tombé amoureuse du pays je suis tombée amoureuse d'un homme la haut! nous sommes tjs ensemblent mais seulement par correspondance! je souhaiterais savoir s'il est facile et quelles demarches sont necessaire pour vivre en france? faut-il réellement se marier?? beaucoups de gens me disent cela?
Arrêt surprise à Lima, quoi organiser en quelques jours? English translation pending
by Hibiscus6998 · 2009-05-01 · 9 replies
Voilà, je n'avais pas prévu l'heureuse surprise, il est possible de passer par Lima et non Santiago pour aller à rapa nui avant Papeete.

J'aime ce secteur au point d'avoir fait une initiation au Quetchua il y a bien longtemps ! Donc je pense m'arrêter 1 semaine / 10 jours pas plus (je pars quand même 3 mois en tout).

C'est une surprise, donc pas prévu au départ ! J'ai tant à faire par ailleurs ! Qui peut me faire des suggestions afin de ne pas faire trop de km (je ne veux pas tout voir!) mais de bien cibler, avec le minimum de transport intérieurs par exemple.
Circuit de vingt jours dans l'Ouest américain English translation pending
by TTh · 2009-04-02 · 12 replies
Hello,

Alors voila, je me prépare à un faire un voyage d'un mois aux USA avec ma compagne, et j'aimerais savoir si le circuit suivant est réaliste. A noter que bien qu'on parte 30 jours, le circuit des parcs fera effectivement 20 jour car nous avons prévu de rester un peu à San Francisco chez un ami.

J2dim. 14/juinArrivée à San Francisco J3lun. 15/juinSan Francisco J4mar. 16/juinSan Francisco J5mer. 17/juinLocation voiture – Trajet San Francisco --> Yosemite (camping à Soquel) J6jeu. 18/juinYosemite (Yosemite Village) J7ven. 19/juinYosemite / Trajet Yosemite --> San Francisco J8sam. 20/juinSan Francisco J9dim. 21/juinSan Francisco J10lun. 22/juinTrajet San Francisco --> Los Angeles J11mar. 23/juinLos Angeles J12mer. 24/juinTrajet Los Angeles --> Las Vegas J13jeu. 25/juinLas Vegas J14ven. 26/juinLas Vegas --> Zion NP (Springdale) J15sam. 27/juinZion NP --> Bryce Canyon (en fin de journée) J16dim. 28/juinBryce Canyon (Tropic) J17lun. 29/juinBryce Canyon (Tropic) J18mar. 30/juinBryce Canyon --> Petrified Forest --> Capitol Reef NP (Torrey) J19mer. 01/juil.Capitol Reef J20jeu. 02/juil.Capitol Reef --> Monument Valley (Mexican Hat) J21ven. 03/juil.Monument Valley (matin) --> Lake Powell (après-midi) J22sam. 04/juil.Lake Powell (Page) J23dim. 05/juil.Lake Powell --> Grand Canyon J24lun. 06/juil.Grand Canyon J25mar. 07/juil.Flagstaff J26mer. 08/juil.Flagstaff --> Las Vegas J27jeu. 09/juil.Las Vegas --> San Francisco (Vallée de la mort??) J28ven. 10/juil.Las Vegas --> San Francisco J29sam. 11/juil.San Francisco J30dim. 12/juil.Avion

En dehors des grandes villes (L.A., Vegas, San Francisco), on pense faire principalement du camping.

Parmi les questions qu'on se pose: Le circuit est-il réaliste? Le temps passé dans chacun des parcs semble-t-il bien choisi? (peut-etre peut-on passer une journée de plus à Zion et une de moins à Bryce?) On hésite entre Capitol Reef NP et Chelly NP, si vous avez des conseils.. Faut-il réserver les campings et hotels/motels à l'avance? (Pour les campings dans les parcs, ça semble déjà trop tard pour le mois de juillet...) Est-ce qu'on peut compter d'avoir de la place dans les campings sans reservation? Idem pour les motels? Et est-ce que si il n'y pas de place dans les campings des parcs, on en trouve facilement dans des campings alentours, éventuellement privés?

Toutes vos remarques sont bienvenues! Thomas
Voyage en Afrique Australe: du 15 juillet au 23 août 2008 English translation pending
by Timlulu · 2009-03-26 · 1 reply
je n'avais pas eu le temps jusque là d'envoyer notre récit mais peut-être cela pourra en aider certains ... 39 jours en Afrique australe du 15 juillet au 23 août 2008

On a adoré lire tous les posts et récits sur la Namibie et AFS avant de partir, alors on a envie de renvoyer l’ascenseur …. Je ne suis pas une pro des carnets de voyage, c’est mon premier, et je mettrai plutôt l’accent sur les anecdotes, les bons plans logements et restaurants, et les spécificités pour enfants

Les protagonistes : Annie, l’organisatrice à 100 % depuis des mois (100 % pour l’AFS, et en partenariat avec chaméléon pour la Namibie) François, le public relation et l’anglophone parfait Lucas et Timothé nos 2 derniers petits baroudeurs

39 jours en Afrique, le rêve, nos plus longues vacances à ce jour … En fait, on devait partir moins longtemps, une durée plus classique de 3 à 4 semaines, mais à force de lire tous ces fabuleux récits sur voyage forum, on rallonge, on rallonge !!! En novembre on a acheté nos vols internationaux, Toulouse francfort le cap pour l’aller, et Johannesburg francfort Toulouse pour le retour. Nous étions super emballés par le circuit de nobody, en 24 jours, départ le cap, puis toute la Namibie, victoria falls, Botswana et retour sur JNB. Après réflexion (et achat des billets) on s’est rendu à l’évidence que c’était vraiment très ambitieux même avec beaucoup plus de temps … On partait avec 2 jeunes enfants (5 ans et demi et 6 ans et demi) : allaient ils supporter tous ces km ?? De plus, une recherche plus approfondie sur le botswana nous a permis de réaliser que les jeunes enfants n’y étaient pas bienvenus (du moins dans les activités) et que les tarifs des hôtels et prestations étaient vraiment très onéreux. On a donc réaménagé le circuit en introduisant 2 vols intérieurs entre le cap et windhoek et entre windhoek et JNB (finalement pas si cher le surcoût, vu le gain de temps et de fatigue)

Le vol international a été acheté en novembre par la lufthansa (sous-traité à south african airways à l’aller). ‘3600 euros pour nous 4) Il y avait moins cher par quatar airlines mais ça nous obligeait à changer d’avion à Dubaï à 1 h du matin ….

On aurait dû faire moins de km en voiture que nobody (8500 km, je crois) et au final on en a fait 9000 km malgré nos 2 vols intérieurs (parce qu’on a rajouté le kaololand, inoubliable et le Kruger et le Swaziland à la fin)

Quant à l’éternel dilemme entre 4*4 avec tentes sur le toit ou lodge, françois a tranché : une bonne douche chaude dans une chambre confortable et un bon petit repas au resto, c’est le top pour clôturer une journée de baroudeur ; les lodges sont souvent très calmes (plus que certains camping remplis de chars à bestiaux) et on voit très bien les étoiles des terrasses romantiques ….

Mon récit sera donc scindé en trois parties : notre première semaine dans la région du cap puis nos 3 semaines en Namibie et enfin les 11 derniers jours dans le nord de l’Afrique du sud (pilanesberg, Kruger et swaziland). J’ai fait un tableau récapitulatif des hébergements et des restos à la fin.

Première partie : Région du Cap, du 16 au 22 Juillet

Mercredi 16 Juillet Le Cap, Hout Bay, Constancia Ca y est, ce voyage tant attendu, tant préparé depuis des mois démarre … Le voyage avec lufthansa au départ de toulouse via francfort s’est super bien passé, avion à l’heure, pas de bagages fouillés ou perdus (on craignait un peu vu que le francfort le cap était sous traité avec south africa airways : en fait avion super confort, bon service et repas) On arrive la tête dans le sac au cap à 5h du matin sans être complètement sûr que le gars d’aroundaboutcar soit là, si tôt, avec notre voiture (vu qu’ils n’ont pas de stand à l’aéroport) … et bien oui, bonne surprise, un panneau avec notre nom à la sortie, que ça fait du bien d’être attendu !!!! Au lieu d’une voiture moyenne (groupe B demandé) on récupère une fiat multipla, super pour caser tous nos bagages ; Les avis étaient partagés sur le forum, le notre est très favorable, on a été upgradé avec un tarif très avantageux (les pneus étaient néanmoins usés, pas très grave dans notre cas, vu qu’on ne l’a utilisé que dans le coin du cap ) A 6h nous voilà sortis de l’aéroport.. Que faire à cette heure matinale, sachant qu’il fait encore nuit (le jour se lève à 7h30) et que c’est un peu tôt pour débarquer dans notre guest house qui nous avait autorisé à déposer tous nos bagages. Comme on est crevé nous prenons quand même la route du B and B, Brenwin guest house, à green point . On nous accueille gentiment à 7 h et on patiente jusqu’à l’ouverture des bureaux à 8 h. On nous attribue un petit appart très correct (juste un peu vieillot) et on dort tous jusqu’à midi ; Assez perdu de temps : on part pour la côte ouest de la péninsule : Clifton, Camp bay, Hout bay où nous nous arrêtons manger au mariner wharf : très typique. L’AM démarre par une sortie en bateau pour aller voir les phoques sur duiker island ; L’océan remue sérieusement le fish and chips du repas ! (120 ZAR, sympa pour les enfants, s’ils n’ont pas le mal de mer !) On tente ensuite de prendre la Chapman drive mais manque de bol, après les pluies des jours précédents, elle est coupée au milieu ; On en fait quand même un petit bout et les points de vue sont magnifiques ( en plus aujourd’hui c’est gratuit !) On revient par Constancia et on fait le détour par le domaine viticole de Groot Constancia pour découvrir les belles maisons de style hollandais ; on zappe la dégustation car ça ne passionnerait pas les enfants mais la ballade dans ce cadre champêtre au coucher du soleil est sympa. On revient vers Cape town et le victoria waterfront pour découvrir ce bel ensemble de commerces : de nuit on découvre surtout l’intérieur car il fait plutot frais dehors (les restos ont quand même plein de tables dehors, seuls quelques courageux y mangent) . On trouve un resto sympa avec plutot des locaux, le willoughby and co : ambiance sympa, bon repas et suffisamment décontracté pour les enfants. Si vous regardez les guides d’AFS à la rubrique renseignements pratiques, pour le choix du resto, il y a une colonne « enfants bienvenus » ou non … ça surprend….

Jeudi 17 Juillet. Le Cap, Table mountain, signal Hill Réveil 8h30 ; la fatigue de l’avion se fait encore sentir et on ne parvient pas à émerger aux aurores ; Il fait grand beau temps alors on s’active un peu pour faire la table mountain ; Arrivés à la lower station on découvre que le téléphérique est en réparation jusqu’au 4 août ; c’est bien de visiter hors saison, mais il faut accepter que le service ne soit pas optimal … Seule alternative : monter à pied par la platterklip gorge ;620 m de dénivellé 2h30 de grimpette à forte pente (des marches taillées par et pour des hollandais) en plein soleil. Les enfants sont très courageux et tiennent le coup ; Arrivés en haut du dernier raidillon, on découvre ce super plateau et le paysage à 360 °.Super soleil, pas de vent, temps exceptionnel pour ce site en hiver..On avait prévu les polaires et les pulls (même les bonnets et les gants pour les enfants) et on a sué sang et eau en T_shirt ! Après les 620 m de descente, départ (en voiture) pour le coucher de soleil à Signal Hill. Soleil magnifique qui tombe dans l’océan Atlantique… Notre premier coucher de soleil mais pas le dernier !!! Ambiance conviviale du site, certains attendent le coucher en sirotant un petit verre On rentre se doucher et chercher un petit resto pour ce soir : on se dirige vers sea_point car on n’a pas le courage de découvrir le centre ville de nuit sans y être déjà aller de jour ; on découvre un petit italien sympa : Albany Mews

Vendredi 18 Juillet Le Cap, péninsule du Cap Lever 8h45 ; je râle un peu mais pas moyen d’émerger plus tot ! On part pour la découverte du cap péninsule ; première étape touristique, le bord de mer de Kalk bay puis les pingouins de simon’s town ; Ne pas rater la boulder’s beach (au bout du chemin d’environ 1km après le site qui se visite), la plage est idéale pour un pique nique au milieu des pingouins ;Il est déjà 14 h, il faut vite aller à la pointe. Arrivés à Cape point avec les traditionnels babouins, super avec leurs petits sur le dos). Montée à pied au phare, inutile de prendre le funiculaire, une peccadille après la montée de la veille puis un AR jusqu’à l’extrême pointe où l’on découvre notre première baleine. A peine 45 mn AR au lieu des 1h30 annoncés ! Le temps passe très vite et on fonce au cap de bonne espérance pour la classique photo sous le panneau puis grimpette jusqu’au point de vue. Déjà 17h30, l’heure de sortir du parc national (sunset) ; On rentre sur cape town en croisant les bouchons des banlieusards qui sortent de la ville …On se choisit un resto au waterfront conseillé par le routard : l’Ocean basket, super

Samedi 19 Juillet Le Cap centre ville Lever 8h ; Arriverait_on enfin à se caler sur un rythme d’Afrique australe ? Aujourd’hui départ pour la vieille ville qu’on n’a pas encore visitée ; on sillonne les rues de Bo_Kaap en voiture : on préfère car le récit de certains forumeurs à Bo_kaap nous ont un peu freinés pour le faire à pied. C’est vrai que le matin à certains coins de rue, on trouve des groupes de personnes qui cherchent désespérément à se faire embaucher. Un blanc passe en pick up et ramasse un ou deux candidats au travail : pas d’ANPE, Pas d’intermédiaire en AFS … On trouve quelques touristes en train de photographier mais bien encadrés par un guide local … Le reste du centre ville est particulièrement agréable et paisible. Je craignais que ce soit davantage oppressant et au contraire l’ambiance est très décontractée. Ce qui m’étonne le plus, aucun problème pour se garer, même au centre ville et toujours quelqu’un pour surveiller pour quelques rands. On se dirige vers le waterfront car on a envie d’aller à robben island cette AM ; grosse déception : pas de place avant le lendemain 15 h et aujourd’hui c’est notre dernière AM au cap. Avis aux intéressés : réserver votre ticket dès votre arrivée au cap pour avoir une chance de faire l’excursion en mer ( réservation et départ au nelson mandela quai, près de la clock tower) ; on découvre ensuite que le 19 juillet est le jour d’anniversaire de mandela et que tout le monde veut aller à robben island ce jour là car ça porte chance !!! On ne le savait pas ! Du coup on a le reste de l’AM pour flaner et profiter des groupes de musique et de danse ; Après une bonne bière au quai four, on prend la voiture pour un coucher de soleil à Bloubersband. Magnifique vue sur la table mountain et les enfants se régalent sur la plage (malgré la fraîcheur) On revient sur le cap pour trouver un resto ; attention le samedi toutes les adresses cotées et sur les guides sont complètes. On atterrit dans un petit thai sans prétention mais délicieux et peu onéreux : simple asia thai food and noodle bar Demain on quitte la ville du cap, 4 jours c’est trop court tellement c’est bon et beau. Il faut dire que le soleil a beaucoup contribué au plaisir

Dimanche 20 juillet . Le Cap, Strand, Hermanus Aujourd’hui on quiite le cap pour le prétexte qui nous a fait y venir : rencontrer Oma et Corrie, la famille d’accueil pendant 1 an de notre grande fille Alyssia dans la ville de strand. On sort non sans mal du cap car à 2 reprises il y a des travaux, la N 2 est coupée et on est dévié (sans fléchage évidemment). Le long de la N2 on découvre tous les bidonvilles dont l’immense Kalistera ; 2, 5 millions d’habitants. Des hectares de toits en tôle, organisés puisqu’on voit les fils électriques partout, c’est choquant après le luxe que nous avons visité pendant 4 jours. On découvre la réalité des 40 % de noirs qui sont au chômage et qui vivent avec une indemnité de l’état de 80 euros par mois. Pas de logements sociaux décents ici et pas de classe moyenne ; on est riche ou pauvre. Quand on parvient à trouver la maison de Corrie, on trouve un jardinier noir, ça nous étonne ; Corrie nous explique qu’il le fait travailler le dimanche pour qu’il puisse avoir un peu d’argent pour nourrir sa famille ; On découvre la maison, le lycée, la famille d’Alyssia pendant un an : plein d’émotions ! il nous faut continuer la route car on a réservé la nuit à Hermanus ; on a dû faire toute la route de nuit ( 1h30) et la conduite des sud_africains est un peu stressante : il faut être vigilant tout le temps car quand ils doublent ils attendent de la voiture d’en face qu’elle se pousse et quand derrière quelqu’un veut doubler il faut se pousser sue le bas coté où il y a très souvent des piétons …La chambre d’hôtes ( anchor rest ) est très confortable, un régal !

Lundi 21 Juillet. Hermanus, Franschoek, Stellenbosch Il fait toujours aussi beau. Quelle chance de découvrir cette belle région sous le soleil. Le patron de l’hôtel nous annonce que son fils a vu des baleines ; On fonce sur le chemin de bord de mer qui va du nouveau fort à grotto beach à l’est (12 km). La promenade est super et on aperçoit très vite 2 baleines au loin. Après le petit déj, on se gare au centre ville d’hermanus au vieux port. Là aussi, on admire à gearing point des baleines beaucoup plus près. Le spectacle est magnifique depuis le sentier cotier et on décide d’y pique_niquer.Ensuite, avec la voiture on poussera jusqu’à « die gang » : là encore des baleines et elles sautent ! Le temps passe, toujours trop vite ; toutes ces vacances j’ai eu l’impression chaque jour que le coucher de soleil et donc l’arrêt des activités arrivait toujours trop rapidement dans la journée ! Après un détour par la Rotary way (4 km à droite en sortant d’hermanus en direction de cape town, joli point de vue sur la False bay), on prend la R 230 vers Caledon où l’on découvre des paysages très bucoliques. La route devient gravel road, ça nous met dans l’ambiance des pistes namibiennes ! Caledon est un bourg rural, loin des villes touristiques. La montée vers le col de franschoek est magnifique (R 45). Petite ballade dans la Huguenot Road de Franschoek et on poursuit vers Stellenbosch. On réserve tout de suite le resto : Fishmonger( conseillé par le routard !) Parillade de poisons excellente et peu onéreuse. Notre hébergement en SC (self catering), est en fait l’appartement d’un particulier, vraiment très confortable.

Mardi 22 Juillet Stellenbosch Le Cap Ce matin, visite du centre ville. Les arbres de dorp street ont le tronc entouré de tissu rouge : c’est original et gai. Les maisons sont très belles avec leur pignon hollandais, toutes blanches. On visite les édifices du broak, Burgher house, une jolie église. On remonte kerk street qui possède de jolies boutiques, on visite la vieille boutique de brocante Oom samie se winkel (84 dorp st) Il nous reste 1h avant d’aller prendre l’avion pour la Namibie, on décide de visiter un domaine viticole et on choisit Morgenhof. Dégustation de 5 bons vins dans un cadre fastueux pour 1€ : le bonheur ! On prend la route de l’aéroport, on a RV avec le gars d’aroundaboutcar à la station essence … il est bien là, pas de pb avec eux, simplement, heureusement qu’on a pas crevé, on n’avait pas de roue de secours, seulement un récipient sous pression !!! On embarque sans problème pour la Namibie avec air namibia et on arrive à 17h (on recule d’une heure par rapport à l’AFS). On récupère la voiture à budget sans problème (cette fois avec 2 roues de secours !) et on charge le nissan X_trail 2*4 Aucun problème pour rejoindre le centre ville de Windhoek, il n’y a personne car il fait déjà nuit ! Nous trouvons chaméléon backpackers et rentrons la voiture dans l’enclos sécurisé (sinon voiture broken out…) On se retrouve dans l’ambiance backpackers ; il est 7h30 le cuisto est parti et on n’a pas envie de ressortir pour manger et on se fait livrer des pizzas.

Deuxième partie : Namibie, du 22 Juillet au 12 aout

Mercredi 23 Juillet Windhoek Mariental Anib lodge Kalahari (environ 3h sans les pauses) B1 et C20 Réveil matinal : normal, le trafic de la capitale nous rappelle qu’on n’est pas dans le bush. Après le petit déj, Claire de l’agence chaméléon (sur place) nous reçoit et nous explique clairement notre trip avec plans et explications que nous avons mis au point ensemble en décembre. On laisse les bagages à chaméléon le temps de faire les courses au pick’n pay et nous voilà partis pour Mariental. Le long des nationales, il y a régulièrement une table de pique_nique avec un peu d’ombre (tous les 10 km). L’accueil est sympathique à Anib lodge mais déception plus de place pour le game drive du sunset (maudits allemands !). Je confirme, c’est une usine à touristes allemands, (10 4*4 pour le game drive du soir, on n’a pas regretté de ne pas le faire) mais l’accueil, les prestations et surtout le repas sont tout à fait à la hauteur. On part vers 15h30 pour le plus grand walking trail (9, 5 km), tous seuls, et on est obligé de courir au retour pour éviter la nuit ! Les garçons ont bien assuré ; on a vu nos premiers spingboks . On s’inscrit pour le sunrise demain matin, lever prévu 5h30 !

Jeudi 24 Juillet Anib lodge kalahari, Zebra river lodge Tsaris mountains 3h30 C20, C 19, C14, D850 Lever 5h30, on s’habille chaudement. Un petit café au bar et on se dirige vers nos 4*4 : seulement 2 4*4, c’est cool ! Il fait froid et on ne regrette pas le bonnet et les gants ; heureusement qu’on nous a donné des couvertures ! Notre premier safari nous comble car nous découvrons crescendo, spingboks, antilopes, oryx, gnous et zèbres. Le périple se termine par un chocolat chaud dans les dunes rouges du Kalahari, ce n’est pas de refus vu la température ! Retour vers 9h et nous petit-déjeunons. Départ vers notre prochaine étape : zebra river lodge ; 110 km de route jusqu’à Maltahohe puis 85 km de piste : il fallait bien commencer ! au bout de 5 km de gravel et 2 voitures croisées, on a déjà un impact sur le pare-brise . On roulait pourtant prudemment et on s’est serré bien à gauche lors du croisement. On ne regrette vraiment pas les 30 N$ par jour d’assurance pour le pare brise qu’on avait hésité à prendre (630 N$ pour le windscreen et autant pour les pneus pour les 3 semaines), ça peut vraiment arriver n’importe où et à n’importe quel moment … Le lodge est paumé au milieu des tsaris mountains. Ambiance très intimiste : 9 chambres, table d’hôtes, soirée aux bougies. Très sympa et accueillant. L’AM a été plutôt cool : on est simplement monté à la grotte (1h30 AR)

Vendredi 25 Juillet Zebra river lodge Tsaris mountains, sesriem 2 h, D850, D854, C19, C27 Après une nuit reposante dans ce cadre très «out of africa» on profite d’un bon breakfast avec des produits maison. On emprunte une carte et nous voilà partis pour 3 h de rando : Quivertree trail. On découvre l’arbre à carquois perché au sommet d’une butte. Nous sommes contents car on n’était pas sûrs d’en voir vu qu’on n’allait pas jusqu’à la kokerboom forest de keetmanchop. Il est midi et on bulle au bord de la piscine pendant que les enfants font trempette dans la petite piscine … glacée. Ici, dans aucun hôtel ils n’ont l’idée de bâcher pour garder la chaleur la nuit … On reste pour le lunch vu que la formule obligatoire ici est full board, mais c’est bien de flâner, on n’a qu’1h30 de route cet AM pour Sesriem. On en gardera un bon souvenir : juste un bémol, le prix du vin facturé, on a fait confiance à leur sélection sans prendre la précaution de demander le prix : 190 N£ c’est très cher dans ce pays !!! Mais ça reste une super étape. On arrive à sesriem après une mini frayeur sur la D850 : un gué à traverser avec de l’eau. On se déchausse pour tester la hauteur, on enlève quelques cailloux et ça passe ! On laisse les bagages au desert camp (super tentes aménagées pour 4 avec salle de bain en dur, à 3 km de la porte de sesriem, tentes toutes neuves) pour filer au canyon de sesriem. Petite ballade de fin d’AM sympa on y voit même un serpent dans la paroi. A y repenser on aurait peut-être pu se speeder pour rentrer dans le parc dès la première après-midi et voir ainsi un coucher de soleil (et un lever le lendemain). Pas toujours évident de faire les meilleurs choix, c’était bien aussi les tsaris mountains et avec beaucoup moins de monde ! On essaie de prendre les billets pour l’entrée du parc le lendemain, mais on nous le refuse : est-ce la règle, ou à la tête du client, ou est-il tout simplement trop tard (5h45) ? On ne pourra les prendre que demain à 6h45. Pas d’essence à la pompe (courant apparemment) on verra demain AM à notre retour du désert. Repas aux chandelles au sossuvlei lodge ; il vaut mieux réserver. Cadre super, terrasse chauffée avec vue sur savane éclairée : on regarde les springboks en mangeant des grillades de … springboks ou d’autre chose.. Le bonheur. C’est un peu touristique, pas donné, 180 N$ pp, mais c’est mieux qu’une boite de raviolis en SC !

Samedi 26 Juillet Sesriem, Sossuvlei, sesriem, solitaire, camp gecko 2 h, C27, C19, D1275 Lever 6h pour être devant les portes de sesriem à 6h45. 5 à 6 voitures devant nous, ceux du camping sont déjà partis depuis 1h. Finalement ça va assez vite de prendre les tickets au bureau (près de l’épicerie) (se souvenir de son immatriculation) et on file sur la route goudronnée. Comme beaucoup, on s’arrête à la dune 45 et on la grimpe : on en a très envie car c’est la première et c’est l’heure d’affluence. Avec le recul il vaut mieux filer au bout et grimper des dunes là bas. On est arrivé vers 8h30 au parking 2*4, avons eu sans problème une navette ( 110 N$ par adulte, ça n’arrête pas d’augmenter) et avons commencé par sossluvlei, pensant garder le meilleur pour la fin (deadvlei). On a grimpé 2 dunes ( big mama et une autre) et à 11 h les enfants étaient crevés par la fatigue et la chaleur ; de plus pas de navette pour nous ramener de sossluvlei à deadvlei : toutes réservées par des maudits groupes d’allemands ( c’était pourtant normalement compris dans le prix de passer d’un site à l’autre). On le fait donc à pied, ce n’est pas loin mais la fatigue augmente. On se dirige enfin vers deadvlei, il est 11h30. Il fait très chaud alors qu’on s’est gelé à 7h. Le seul avantage de faire deadvlei à midi c’est qu’on a le site pour nous tous seuls, pas un touriste entre les arbres pour les photos. On est reparti parmi les derniers visiteurs du matin vers 12h30, épuisés mais contents ; franchement il vaut mieux commencer par deadvlei. Après un pique-nique sous l’arbre central de sesriem, toujours pas d’essence à la pompe et pas assez dans le réservoir pour aller jusqu’à solitaire. On décide, après hésitation de mettre 10 l de super à la place du sans plomb. Juste quand on part le camion citerne arrive mais on ne veut pas attendre 1h pour partir, tant pis on prend le risque de ne pas en trouver non plus à solitaire ! Arrivés vers 15h30 à solitaire on se soumet au rituel : apfelstrudel au bar et achat du pain moose à l’épicerie, et le plein de sans plomb ! On repart jusqu’à notre étape du jour : le camp gecko. Ferme d’agri_tourisme, l’accueil est sympathique, pas du tout commercial comme à Anib lodge. On se dirige vers notre tente : au bout de 2 km de piste après la réception, on arrive au milieu du bush et on découvre 6 tentes aménagées. La notre la dernière est en 3 parties : 2 petits rondavels pour dormir et une partie en dur à ciel ouvert, la salle de bain et la cuisine. Se doucher en plein air avec vue imprenable sur le coucher de soleil sur le bush, le summum ! Nous étions en plus les seuls occupants ce soir là. Comme on n’a pas l’intention de cuisiner on partage la table d’hôtes et on communique enfin avec des habitants de ce pays. On y apprend combien la terre est chère, l’éducation des enfants difficiles : les enfants sont pensionnaires dès 6 ou 7 ans à swakopmund ou windhoek et ne rentre que toutes les 4 semaines. C’est vraiment un choix de vie cet isolement. Soirée très agréable dans un cadre super.

Dimanche 27 Juillet Camp gecko, swakopmund, 4h30 D1275, C14, B2 Lever tranquille : on ne va pas se lever à 5h30 tous les matins …On profite de ce paysage grandiose de savane avant d’attaquer la longue piste C14 jusqu’à Walvis Bay. Elle est en état très moyen car tous les touristes l’empruntent et les bus dégradent fortement la chaussée. Elle est assez monotone à part les 2 pass plutôt agréable comme coupure visuelle du désert : Gaub pass et Kuiseb pass. L’heure du pique-nique arrive et impossible de trouver un coin à l’ombre et ça cogne ! On continue jusqu’à vogelfederberg et là on découvre un relief très spécial : sous une dalle de granit, des tables de pique-nique sont installées, à 100 m de la C14, donc loin de la poussière. On termine la route pour walvis bay où on arrive à 15h un dimanche après-midi, tout est fermé. On tente d’aller à la lagune voir les flamands qu’on aperçoit au loin mais vraiment au loin, c’est un peu décevant. On essaie de repérer le départ pour le bateau demain matin avec mola mola mais le port est vide un dimanche AM. On continue et on s’installe dans notre B and B à swakopmund et on profite de la dernière heure de soleil pour emmener les enfants jouer dans les dunes. (en traversant le gué de la swakop river, ne pas aller trop loin en voiture pour ne pas s’ensabler, sans 4*4) . Il est 6h on tente de trouver un resto : toutes les bonnes adresses sont fully booked : le lighthouse, le tug (accueil désagréable et ils sont plein les 3 soirs où nous sommes à swako). On choisit au hasard et on tombe sur une adresse très sympa : le beach house restaurant. Bon repas, très bon accueil, jolie déco, calme. On réserve néanmoins le lighthouse pour le lendemain.

Lundi 28 Juillet Swako, Walvis Bay, Swako Le grand jour de notre sortie avec mola mola est arrive. On se prépare pour arriver à 8h45 comme convenu au port de Walvis Bay. Et là les ennuis commencent. Au portail du port, on ne peut pas rentrer sans permis qu’il faut acheter avant. François cavale de bureau en bureau sans comprendre pourquoi on ne nous avait pas expliqué toute cette démarche avant. L’heure tourne et on stresse de rater le départ : cette sortie tant attendue réservée depuis 7 mois ! Enfin quelqu’un conseille François d’aller se renseigner au bureau de mola mola à l’autre bout de la ville. On fonce et on finit par trouver le yacht club où sont les bureaux ; il est 9h05. La dame du bureau nous dit de courir et on arrive à bout de souffle sur le ponton pour sauter dans notre bateau. Il nous a fallu un bon moment pour nous remettre de nos émotions. Conclusion : il ne faut pas, aller au port industriel (panneau : harbour) mais bien suivre toutes les pancartes marrons marquées mola mola tours. Chaméléon ne nous avait pas précisé ce détail, ni donné un plan ; ce sera leur seule bourde. On déstresse vite à la vue des phoques qui montent sur le bateau, des pélicans, des cormorans qui volent autour de nous. Les enfants (surtout Lucas) adorent la vitesse du hors-bord. D’ailleurs le capitaine lui confie la barre quelques instants mémorables ! On arrive sur le site des dauphins et ils sautent partout autour de nous. Puis le site des otaries où elles sont des milliers sur la plage .On voit aussi des énormes méduses. La ballade en bateau dure presque 3 h et on nous débarque sur une plage déserte pour le lunch ; une jolie tente est installée, les huîtres, le champagne et le lunch nous attend : c’est le luxe. On fait connaissance avec 2 couples de français qui terminent leur périple : on échange les infos, on se reconnaît du forum, super ! On monte dans les 4*4 et on en a un rien que pour nous. Notre chauffeur est très habile, on fonce sur la piste puis dans les dunes. Sensations impressionnantes. Des dunes à perte de vue et on les monte et descend à toute vitesse. C’est génial et les enfants adorent. On descend des dunes très pentues, on en descend même en marche arrière. On s’arrête de temps en temps pour jouer dans les dunes. La prestation est très au point, les chauffeurs très professionnels et sympathiques. Le prix est cher mais la prestation est à la hauteur. On a eu une chance inouïe. Le temps était exceptionnel aujourd’hui, super soleil, pas de brume et à peine frais. On termine la journée au lighthouse que nous avions réservé à 7h30. Nous attendons 1h10 pour obtenir notre plat (tiède), les enfants craquent … C’est la rançon de la gloire : ils sont sur tous les guides, ils ne désemplissent pas et ils n’arrivent pas suivre en cuisine. Je ne conseillerai pas cette adresse.

Mardi 29 Juillet swako Aujourd’hui ce sera plus cool. On hésite à faire l’AR à cape cross (115 km fois 2) pour voir et sentir les phoques : en effet on en a déjà vu beaucoup lors de notre sortie en bateau. On décide d’acheter plutôt le permis à la NWR de swako pour faire la welwishia drive. On part vers 11h et il fait bien chaud dès qu’on quitte la côte. La route du circuit n’est pas entretenue et c’est une horrible tôle ondulée. Seul le point de vue sur la moonlandscape et les derniers km où l’on aperçoit les welwishias sont sympas. C’est beaucoup de temps et de mal de dos pour ce qu’il y a à voir. Pour moi, il y a plus intéressant à faire surtout avec des enfants. Au retour on s’est arrêté sur la C34 à l’endroit marqué sandboarding et on a roulé jusqu’aux dunes. Les enfants ont adoré les escalader et les descendre jusqu’à la fin de l’AM. On a fait un tour au marché artisanal où il y avait surtout des sculptures. On réserve au grapewine dont j’avais entendu parler sur le forum. Resto qui se veut class (pas de menu enfant, ça veut souvent dire qu’ils ne sont pas bienvenus) avec l’originalité du winetasting. On déguste 4 ou 5 vins au bar, évidemment on en choisit un, et évidemment la bouteille est chère… on connaît le prix une fois avoir choisi le vin !

Mercredi 30 juillet Swakopmund, spitzkoppe, (1h30), Ai Aiba lodge erongo mountains (1h30) B2 D1918 D3716, D1930, D1927, D2306, D2315 routes OK Depart pour ls spitzkoppe après avoir fait des courses de frais pour le pique-nique. Au spitzkoppe, il faut entrer dans le camping, s’acquitter du droit d’entrée (35N$ par adulte) et le bushman paradise est à l’extrême droite du site. Ne pas hésiter à demander un plan à l’accueil. Au départ on avait laissé la voiture à l’entrée, on était parti sous la chaleur à pied pensant trouver facilement ; François est revenu chercher la voiture de l’eau et un plan car on ne trouvait pas. On a beaucoup aimé la petite grimpette le long de la chaîne (30 mn AR) On reprend la route vers les erongo mountains ; on commence à voir davantage de villages et de villageois sur leurs charrettes tirées par des ânes. On découvre notre lodge : Ai Aiba rockpainting lodge : luxueux, tranquille, des petits pavillons au toit de chaume, tout neufs. On a fait la promenade des rocks painting au coucher du soleil : magnifiques couleurs de ces rochers insolites et quelques belles peintures. Ce soir seulement 3 pavillons sur 2 sont occupés, on a un service ultra personnalisé. Timothé continue d’intriguer et d’amuser le personnel noir. Les réactions sont nombreuses : étonnement, amusement, incompréhension mais jamais indifférence ! Notre petit black et notre rouquin ne passent pas inaperçus. Super repas et pas cher pour la qualité du service et du repas

Jeudi 31 Juillet Ai Aiba lodge, Uis ( 1h30), twylfontein (2h30) D2315, D2306, C36, D2612 (état moyen) C39 Lever avec super vue sur le bush ensoleillé. Troisième lodge que nous rencontrons avec une piste d’atterrissage, pour ceux qui ne veulent pas se casser le dos sur les gravel roads. Après un super breakfast, toujours aussi soigné, les garçons se baignent. Piscine un peu fraîche mais soleil déjà chaud à 10h. Nous quittons le lieu avec regret car c’était vraiment une halte sympa et paisible. Route vers Uis où nous faisons des courses et de l’essence. Vers 13 h, on cherche un lieu de pique-nique : les nationales sont loin et les tables ombragées aussi ! On s’arrête quand même au bord de la route et on descend au fond d’un lit asséché de rivière sous un acacia. Le lieu est bourré de mouches agaçantes mais on n’a pas le choix ! Les sandwichs sont vite avalés. On continue sur twylfontein qu’on atteint vers 15h30. La lumière de fin d’AM commence à rendre les couleurs jolies. Il fait chaud mais la ballade lion’s man ne dure que 45 mn ; apparemment pas évident de faire les 2 circuits. La visite est un peu rapide ; site intéressant ; vers 16h30 on file vers les organ pipes, très jolies roches en forme d’orgues (visite rapide, sympa) et juste un coup d’œil sur la burnt mountain juste à côté. On reprend la route pour arriver au camp xaragu avant la nuit. On nous attribue une grande tente avec salle de bain en plein air : beaucoup moins luxe que la veille mais très sympa ! Le repas se prend en commun sous le grand toit de chaume avec une cheminée centrale. Pas d’électricité, lampes à pétroles obligatoires, ça crée une ambiance ! Repas sympa ; Il ne fait vraiment pas froid la nuit, nulle part. Il paraît que cet hiver est particulièrement doux.

Vendredi 1er Aout Camp xaragu, palmwag C39, C43( route correcte avec cailloux) 1h45 Les paysages sont très sympas sur cette route, c’est montagneux, avec plein de montées et de descentes. Les montagnes ont la forme de la table mountain. On commence à voir plein d’animaux alors on s’arrête souvent ! Au barrage sanitaire, on nous fait garer, j’imagine qu’ils veulent contrôler nos papiers mais pas du tout ; ils nous demandent nos prénoms et voilà qu’ils les gravent dans des noix de palmier avant qu’on aie le temps de rien dire. Ils voulaient nous les vendre 90 N$ pièce, l’attrape touriste ! Finalement on en prend 6 pour 120 N$ …On fait le plein à la mini station de palmwag et on se présente au Lodge. Accueil professionnel dans cette assez grande structure. On s’inscrit à la river trail pour l’AM. On bulle au bord de la piscine en attendant notre chambre ; à 1 h on emménage dans nos 60 m2, toit de chaume et mini piscine particulière. Les enfants se baignent une deuxième fois à l’heure chaude avant de partir en ballade. On part à 11 en ballade avec une autre famille de français et 3 jeunes hollandais qu’on va retrouver tout le long de notre circuit. Le paysage est joli mais on ne voit pas grand-chose comme animaux à part des fourmis… après 2h30 de rando on aperçoit Sébastien, l’éléphant dans la rivière ; c’est notre premier éléphant alors on est content, surtout qu’on est à pied (à environ 50m) . On va boire un coup avec les français avec qui j’ai communiqué aussi sur le forum. Salut Nathalie ! Le resto de palmwag est très sympa, ce n’est pas du tout l’usine. Il est 21 h et à la sortie du resto on nous raccompagne jusqu’à notre chambre (100 m) de peur qu’on se trouve nez à nez avec l’éléphant. Folklore ? Paranoïa ? En tout cas c’était rigolo .Pendant qu’on prenait l’apéro au bar, les enfants se sont vus interdire de sortir sur le parking jusqu’à l chambre au cas où ils feraient une mauvaise rencontre … animale !

Samedi 2 aout Palmwag, Sesfontein (2h30)(route OK, attention aux gués), opuwo (3h) (route mauvaise dans la première partie) C43 Réveil matinal, on a une longue route aujourd’hui. On prend le petit déj sur la terrasse avec vue sur le bush. La route pour sesfontein est bonne, la lame vient de passer. Elle monte et descend avec des gués prononcés mais pas de problème. A la sortie de palmwag on voit plein de springboks et de zèbres, on s’arrête souvent car le paysage est varié. Au milieu de nulle part, on voit un minibus arrêté avec 4 ou 5 gars qui nous arrêtent et nous disent qu’ils sont en panne d’essence. Ils nous demandent si on peut les aider ; nous n’avons pas de bidon ; on accepte qu’ils essaient de siphonner un peu de notre réservoir. On est moyennement rassuré mais que faire ? Les laisser en rade et repartir avec notre voiture neuve et pleine d’essence ??? 8 ou 10 mecs sortent du bush et viennent rejoindre les premiers. On ne veut pas faire de paranoïa mais ils pourraient faire ce qu’ils veulent de nous. Finalement ils ne parviennent pas à siphonner à cause de l’anti-reflux et on repart. Plus loin un stoppeur nous arrête mais la voiture est pleine. Jackie de oreness camp nous dira plus tard qu’il vaut mieux éviter de s’arrêter en rase campagne car on est à leur merci. En (petite) ville on ne risque rien car ils ont peur de la police (qui peut être très violente) s’ils touchent à un touriste. On sera donc plus prudent car ça fait 2 jours d’affile qu’on s’arrête seuls dans le bush pour pique-niquer. On renonce à faire l’AR pour warmquelle vu qu’on n’y dort pas et qu’on va se taper la mauvaise piste pour très peu de temps sur place. On continue donc sur opuwo en évitant sesfontein et on entame la montée du joubert pass et c’est assez sportif ; il y a beaucoup de cailloux et certaines montées sont très pentues. La deuxième moitié est meilleure mais on ne dépasse pas les 60 -70 km/h. On voit de plus en plus d’enfants, de hameaux et on commence à distribuer les petits jouets et les vêtements pour enfants qu’on a amené. Ca fait des heureux. On voit des stands Héreros avec des enfants en guenilles, on achète une poupée pour les faire travailler. On voit aussi des stands Himbas et les enfants ont l’air plus éclaté, plus souriant. On arrive à opuwo et on découvre notre bungalow très rustique à oreness camp. Bungalow rond, toit de chaume rustique, lit en 120 pour 2 ! Mais patron marseillais très sympa qui nous tape déjà la causette ½ h à l’arrivée. On part sillonner l’unique rue d’opuwo avant la nuit et on découvre la diversité, la pauvreté et le désoeuvrement. Ils nous regardent autant qu’on les regarde …. On assiste même à une bagarre entre un gars et une femme himba, on ne traîne pas. Jackie nous explique qu’ils sont passés du moyen âge à la société de consommation en 3 à 4 ans sans transition. Il y a donc un malaise car l’évolution n’a pas été assez progressive. Ils sont surendettés, mal organisés, Nous sommes les seuls clients aujourd’hui alors Jackie se lâche et nous raconte plein d’anecdotes sur le pays. C’est intéressant de comprendre le fonctionnement de cette petite société du kaololand. A ceux qui se sentiraient culpabilisés (comme nous) de venir dans le kaololand par peur de contribuer à la destruction des cultures locales par l’apport de nos modes occidentaux, je les rassure partiellement. Certes le tourisme a des impacts négatifs (mais aussi positifs, on y laisse beaucoup de sous) ; mais cette évolution spectaculaire en si peu de temps, arrivée de la télé en 2004, du tél en 2003, tél portable, supermarché hyper récent … est une volonté politique de faire évoluer ces populations. Côté éducation c’est encore limité, seulement 40% des enfants d’opuwo vont à l’école alors dans les villages … A ce niveau l’état n’a pas trop envie qu’ils soient trop instruits, sinon il faudra partager le gâteau du pouvoir avec toutes les minorités et les Ovambos (tribu au pouvoir) ne le souhaitent pas.

Dimanche 3 août Opuwo, Epembe (route excellente), Ogongkwaki (route OK), Epupa (route mauvaise) (3h30) Nous nous levons tôt car on sait que la route d’epupa est difficile. Après le plein d’esence, on cherche un ATM : les 3 de la ville sont vides : il vaut mieux éviter le week end à Opuwo ! On repart sans faire le plein de cash, on fait les courses au supermarché qui lui est ouvert le dimanche. Comme en AFS pas moyen d’acheter une goutte d’alcool, même une bière le dimanche : c’est la loi ! Seuls les 75 derniers km sont mauvais, avec que des cailloux ; On s’installe à l’omarunga camp, il fait très chaud ( le plus chaud qu’on est connu en Namibie). A 20 m de nous, au milieu de la rivière se prélasse un crocodile de 4m sur un rocher. Vers 16h on part faire la ballade d’1km5 vers l’ouest, le long de la rivière, après les chutes. Les couleurs sont belles, des vrais paysages de carte postale avec cette eau et ces palmiers. On atteint une jolie plage où les enfants jouent au sable. Retour avant la nuit, repas au camping et soirée courte.

Lundi 4 août Epupa Ce matin, on part faire la sortie himba, on a beaucoup hésité mais maintenant qu’on est là … Pas besoin de faire des km en 4*4, il y en a partout autour d’ici. Nous sommes 9 (on retrouve nos 3 jeunes hollandais en camping car qu’on avait vu à palmwag et qu’on avait doublé sur la route) accompagnés d’un guide qui nous autorise à prendre des photos. Il nous explique le fonctionnement des familles, les tenues vestimentaires, le coin des femmes et des enfants où elles préparent la bouillie de maïs, le coin des hommes où ils terminent de manger une vache morte la veille. Les femmes n’ont pas droit à la viande ou rarement. Eux aussi ont beaucoup de mal à comprendre pourquoi nous avons un petit noir avec nous. Timothé doit d’ailleurs être le seul noir qui ait un jour fréquenté tous ces lodges en tant que client… On se lie avec un petit garçon, pas sauvage du tout qui adore les photos et veut les voir ! La visite est sympa mais je reste un peu sur ma faim ; j’aurais souhaité plus d’explications de la part du guide, notamment sur la toilette. On visite ensuite un cimetière, les femmes avec une décoration d’un crâne de vache avec 2 cornes vers le bas, et les hommes les cornes vers le haut. Le guide laisse un sac de maïs et quelques épices. Les himbas ne vendent plus de chèvres depuis qu’ils font du troc avec le camping : visite contre nourriture.. Jackie d’opuwo nous a raconté qu’en général, les naissances chez les himbas n’étaient enregistrées qu’à partir de 6 ans tellement il y avait de mortalité infantile … Je ne regrette pas cette visite mais peut-être est-elle mieux et moins chère au départ d’un autre lodge (350N$ par adulte, c’est cher, on a vu beaucoup moins cher ailleurs notamment au Kunene). En fin de matinée on tente de régler un problème d’organisation : deuxième stress du voyage après celui de mola mola à walvis bay ! On s’aperçoit qu’on a oublié de payer avant de partir le solde de notre réservation au kruger en AFS. Il fallait le faire un mois avant et je n’ai pas eu de rappel … on a 2 semaines de retard et il est écrit que la résa tombe.. je stresse car j’ai eu beaucoup de mal à mettre au point nos 4 jours au kruger (nuits et game drives ) : 7 mois avant, beaucoup de choses étaient déjà complètes … Pas d’internet à Epupa, le bout de la Namibie, mais heureusement un relais tél de l’armée (on est à la frontière de l’angola) . On appelle Prétoria et en 10 mn tout est réglé (juste une grosse note de portable au retour !) Ouf, notre réservation avait été maintenue.. On fête la bonne nouvelle avec une bonne bière au bar du camping. Ce midi on refait la ballade au bord de la rivière (en plein soleil !) car on a promis aux enfants de retourner pique-niquer à la petite plage. On passe tranquillement l’AM à la plage. Au retour, plus d’eau à la douche du camping, on va devoir rester ensablés !

Mardi 5 aout Epupa Epembe (2h30) Kunene river (1h15) (route mauvaise) Départ par kunene en faisant le détour par epembe car la piste en bord de rivière est impraticable (en 2*4). Nous poussons les bagages dans la voiture car une employée nous demande de l’emmener car elle va à opuwo. On la dépose à epembe où elle va faire du stop. Elle est enceinte ; les routes namibiennes sont terribles …En France jamais une femme enceinte ne prendrait une route pareille ! Les repères sont différents ! A Epembe, on s’arrête à la mobile school sur les conseils de jackie. On visite les 3 classes dont une sous tente, on discute avec un prof en cravate, on montre sur une carte d’où on vient, d’où vient Timothé ; C’est sympa. On leur laisse quelques jouets et fournitures. On continue vers Kunene et on rattrape notre camping car d’hollandais. A 100 m du lodge ils éclatent un pneu ; pour l’instant, en étant prudent, ça tient chez nous ! On leur prête notre planchette en bois amenée de Perpignan pour éviter que leur véhicule s’enfonce dans le sable. On s’installe dans notre bungalow confortable et on loue deux canoes gonflables pour descendre le fleuve. Le fleuve nous appartient, il n’y a personne, descente tranquille dans un cadre sauvage .On pourrait croiser des crocos, nous a dit le patron. On n’en voit pas sur le moment mais une fois débarqués on en voit un passer à 5 m du bord …. On avait aussi la consigne de ne pas débarquer sur la rive angolaise … rétrospectivement on s’est dit que le choix de cette activité n’avait pas été très prudent tant pour les crocos que pour les rebelles angolais ! Ballade de fin d’AM pour le coucher de soleil et dîner super en terrasse au dessus du kunene, 2 tables seulement, féérique, un de mes meilleurs souvenirs.

Mercredi 6 Aout kunene, rucuana, hobatere C35 On quitte à regret ce lodge très agréable tenu par peter et hilary un kenyan et une anglaise tombés amoureux du lieu ; Endroit plein de sérénité. On prend la route pour Rucuana ; on la sait difficile, le terrain le confirme. Route étroite avec beaucoup de passages à gué dont au moins 3 ou 4 plein d’eau. François parvient à faire les 47 km sans crevaison et sans enlisement dans la boue (voiture rehaussée indispensable) c’était la route la plus dure qu’on aie eue mais super pour son côté sauvage, ses beaux paysages, ses rencontres avec les himbas. Il y a assez peu de passage de voitures et le contact avec les himbas est très facile : on offre ou on échange des jouets, des vêtements, 2 couvertures qu’on avait amenées contre leur production artisanale. Les femmes himbas sont ravies et sautent de joie ; même une bouteille d’eau fraîche les ravit. On prend des photos de ces gens si enthousiastes. On parvient à rucuana, minuscule village avec quand même une station, un ATM et un magasin .On fait quelques courses et on continue sur hobatere. Les quelques km de bitume laissent rapidement la place à un long cordon blanc de gravel road. Au bout de 80 km il y a des travaux et on circule sur une piste parallèle en admirant la belle route goudronnée pas encore ouverte ! Enfin on récupère la route et les 80 derniers km se font sur un super tronçon bitumé. Il reste quand même 16 km de piste jusqu’au lodge. Passé la porte, on voit rapidement une girafe, et 3 élans du cap. On guette d’autres animaux mais il est 14h30, c’est l’heure de la sieste ! Le lodge est somptueux, j’ai presque honte de tout ce luxe. Après le tea-time on se joint au game drive de l’AM à 16h. Tout de suite on voit une troupe de 25 éléphants, fabuleux ! Puis une multitude de zèbres, oryx, springbox, chacals, renards … mais pas de lions. Je suis frustrée car j’avais choisi hobatere pour ça (plutôt que de pousser jusqu’à la cheetah farm pour les guépards). L’autre 4*4 a vu un lion croqué un zèbre, zut ! On ne commande pas la nature et il y a une part de chance ! Repas très sympa aux bougies, en terrasse, Irish coffee au bar, en mezzanine, raffinement complet !

Jeudi 7 Aout Hobatere Etosha 4h 6h debout, au cas où les animaux seraient lève-tôt. On se ballade tout le long de la promenade sur passerelle (protégée par une barrière en bois) installée au lodge, mais rien à l’horizon. On prend la route d’Etosha. Trop contente de retrouver une route goudronnée, je roule vite, trop vite et j’évite de peu un phacochère qui traverse. Je venais juste de dire que leurs panneaux routiers annonciateurs de gibier étaient aussi inutiles qu’en France ….On passe à Kamantjab, intéressant que pour les courses, et on poursuit sur la piste qui coupe le long d’Etosha ;Piste longue et monotone pour la deuxième partie. La première est coupée par beaucoup de passages canadiens et de barrières ce qui fait baisser la moyenne. On dépose les bagages à toshari lodge et on file tout de suite à Etosha. Au plan d’eau d’Okakuejo, 2 éléphants et des zèbres nous attendent. On pique-nique tardivement en les admirant au point d’eau. Puis on fait le circuit Gembokvlakte olifantsbad Aus ; 1 éléphant à gembok, 2 éléphants et plein de girafes se désaltèrent à olifantsbad, pas grand-chose à aus ; Beaucoup d’éléphants ce soir en rentrant sur okakuejo et vers l’anderson gate. On sort pile à l’heure limite : 17h40. Même 8 mois à l’avance on n’avait pas réussi à avoir notre première nuit dans le parc, on loge donc à Toshari à 25 km de l’anderson gate. Les chambres sont simples mais très bien et le resto est vraiment magnifique : grande salle au toit de chaume mais surtout déco super originale, contemporain africain, j’adore …Repas buffet très bien (gratuit pour les moins de 11 ans). Au dessert les serveurs nous font un petit spectacle : très réussi, une façon intelligente de gagner le pourboire. Ce lodge doit récupérer toutes les personnes qui n’ont pas pu loger à l’intérieur du parc, il mérite d’être connu.

Vendredi 8 aout Etosha Lever 5h30, pdj 6h, c’est un peu tôt pour avoir de l’appétit mais on veut arriver tôt à etosha pour les belles lumières du matin. On commence par la partie à l’ouest d’Okakuejo car on espère voir des lions à onduma ? . On fait chou blanc ; rien et rien le long de la route. Pas trop d’animaux dans cette partie. On repasse à Okakuejo et on regarde le cahier : 4 lions viennent d’être repéré sur la route de Nebrownii juste à coté : on fonce. Plusieurs voitures arrêtées, 2 lions et 2 lionnes sont allongées à environ 100m. On arrête, on admire. Tout à coup, un à un ils se lèvent et viennent vers nous. L’appareil photo crépite. Ils marchent doucement et traversent juste derrière notre voiture. Magnifique, ça rattrape le coup des lions ratés à hobatere !!! On va jusqu’à Nebrownii car les lions avient l’air de prendre cette direction ; on attend 30 mn mais ils avaient sans doute un autre plan ! On fait successivement Sueda où on voit des centaines de springboks puis Salvadora (très joli). Passage à Rietfontein : des zèbres et des gnous. Il est 12h15, on se dirige vers Halali car on est fatigué d’être en voiture. On nous donne les clés de la chambre et quelle surprise : on a l’une des 2 maisonnettes réservées aux VIP, on n’avait pas demandé ce luxe mais on s’y fait vite ! Je suppose qu’il n’y avait plus que ça de libre quand chaméléon a réservé pour nous il y a 7 mois. On mange sur notre terrasse ombragée avant de faire un plouf à la piscine (froide !). Il est 15 h, on repart en chasse. On part sur la route de namutoni avec premier arrêt à goas : joli point d’eau mais à cette heure-ci (15h45) il n’y a que des zèbres. Très peu d’animaux sur cette route, on retrouve la C38 et les 2 points d’eau : springbokfontein et batia. Toujours rien, l’heure tourne : il est déjà 16h50 et les portes ferment dans 35 mn. On est obligé de speeder pour le retour pour ne pas être trop en retard. Dommage de ne pas profiter davantage de cette belle lumière. On arrive avec seulement 5 mn de retard, ouf pas de problème mais on s’est bien promis d’être plus vigilant dorénavant. A 1h on passe au point d’eau d’halali, rien ; par contre, après le repas (au buffet, repas OK) grand moment de recueillement de tous les spectateurs devant 2 rhinos et 7 hyènes.

Samedi 9 aout Etosha Lever 6h pour une escapade avant le petit déjeuner. Rien à halali, on prend la voiture pour goas et là bingo : 2 lions finissent de manger une proie et 4 hyènes tournent autour près de nous ; Tout à coup les lions se lèvent et vont vers le point d’eau et les hyènes se précipitent pour récupérer les restes. Elles partent précipitamment mais reviennent pour chercher les miettes. Super spectacle d’une tranche de vie africaine. On revient vers halali, ça nous a mis en appétit. Après la fraicheur matinale, il fait bon et on remet les tenues légères et on part pour la journée vers okakuejo, on fera les points d’eau vers namutoni demain matin lors de notre départ, hier on a été un peu déçu de la partie est d’halali. Premier stop : Rietfontein : plein de zèbres mais un peu loin. Puis salvatora : des centaines de zèbres vont et viennent, des dizaines de gnous jouent se disputent, courent. On continue sur Aus : pleins d’élans et des phacochères. Pas grand-chose à olifanbtbad cette fois-ci. On file sur okakuejo pour pique-niquer au point d’eau et on assiste à l’arrivée d’un vieil éléphant qui vient boire et qui s’ébroue dans la boue. Ensuite piscine : les enfants ont besoin de décompresser car les parcs sont assez éprouvants pour eux, car ce sont des h et des h de voiture. On prend la route du retour vers halali, juste quelques girafes le long de la C38. En sortant de rietfontein, on aperçoit une forme marron clair avec des tâches : un léopard. Quelle chance ! 2mn de spectacle et de photos et le voilà déjà disparu dans les broussailles. Ce sera le seul que l’on verra de tout notre séjour. On fait la rhino drive pour rentrer sur halali : on aperçoit 10 girafes et des dik-diks au début puis plus rien pendant 40 km. La route est étroite et jolie en cette fin de journée. Il y a des bouses d’éléphants tous les 100 m mais pas d’éléphants !

Dimanche 10 Aout Etosha Otjiwarongo Lever 6h. On quitte halali ce matin ; après le petit-déj on passe à goas et on a de nouveau la chance de voir 3 lions ; j’ai vraiment beaucoup aimé ce point d’eau. On n’attend 30 mn mais les lions n’ont pas l’intention de bouger. On continue vers namutoni. Des girafes, des élans, beaucoup de gnous à tous les points d’eau. On pique-nique à namutoni et au point d’eau un lion crée le stress auprès des élans et des springboks. On espère qu’il va attaquer mais il roupille ! Dernière baignade avant d’attaquer la route d’otjiwarongo . Quel plaisir de retrouver l’asphalte : du velours après ces milliers de km sur piste. On arrive à Tsumeb, une vraie ville fleurie, mais ville morte puisqu’on est dimanche AM. On cherche un ATM et on se fait tout de suite aborder. Le dimanche il n’y a que des désoeuvrés en ville. Après le plein, on file sur la nationale : arrivée à 17h30 au frans indigo lodge. Très joli lodge, très soigné. Repas soigné, servi à table, près du feu car on a retrouvé la fraîcheur des montagnes.

Lundi 11 aout Otjiwarongo, windhoek Ce matin on fait le détour (44 km aller puis retour) par la cheetah Conservation Fund car on veut voir des guépards avant de partir. On y arrive vers 9h30, nous sommes les premiers clients. On nous annonce le programme : soit la visite simple du centre éducatif, soit la totale avec game drive parmi les guépards. On choisit la deuxième option car je suis déçue de ne pas avoir finalement inclus la cheetah farm dans notre programme. On visite le centre (plutôt intéressant : DVD plus panneaux explicatifs) puis on part en game drive avec 3 italiens qu’on avait vu à l’hôtel. On fait 100 m dans un enclos et on tombe sur 3 guépards allongés. Le chauffeur les nourrit, ils s’approchent très près de la voiture et je fais plein de photos. On fait 100M de plus et on voit une quatrième femelle. 35 mn d’observation et c’est fini, tout ça pour 253 N§ pp, ça fait cher la mn ; même si on est content d’avoir vu les guépards, ça laisse une impression d’attrape touriste. On avait prévu de pique-niquer là, mais il est à peine midi, on préfère prendre la route. A 4h on arrive à windhoek, à Londiningi, charmant B and B, avec charmante française à l’accueil, très disponible et serviable. On part faire un tour sur independance avenue avant la fermeture. Ca fait tout drôle de retrouver une vraie ville après 3 semaines de brousse. En rentrant on fait les bagages, car demain on reprend l’avion pour johannesbourg pour la troisième partie de notre périple. Repas au Joe’s beerhouse qui est à la hauteur de sa réputation : Super ambiance, super repas, pour un prix modéré. Anecdocte : tout le long du trip nous n’avons pas arrêté de rencontrer 3 jeunes hollandais : à palmwag, à opuwo, à epupa, à kunene, à etosha (plusieurs fois) et le comble à la même station essence à windhoek et voilà qu’on les retrouve au resto en soirée : on leur a laissé notre adresse car c’est obligatoire qu’on se retrouve !

Mardi 12 Aout Windhoek, johannesbourg, pilanesberg On prend la route de l’aéroport où l’on rend la voiture sans problème. On n’a pas crevé pendant les 4800 km de notre périple namibien : une prouesse ! On avait juste la trace d’impact sur le pare-brise mais on avait pris l’assurance. On enregistre et nous voilà partis pour de nouvelles aventures. Vol sans problème pour JNB avec même un petit repas avec air namibia (pour 1h45 de vol) On récupère la voiture chez first (réservée avec elocationdevoitures). C’est une petite nissan tida, ça nous change de l’X-trail pour ranger tous les bagages. Heureusement qu’on s’est délesté des jouets et d’un bon nombre de vêtements, ça fait un sac en moins. 14h30, on quitte l’aéroport pour le pilanesberg, fini la brousse, on a retrouvé la civilisation. Ici c’est populeux : des km d’habitation vers le nord (Pretoria) puis vers l’ouest (rustenberg). On s’arrête dans cette ville pour quelques courses : elle est immense ! On traverse le marché aux pneus et autres occases. La ville est quasiment peuplée que de noirs. On est dans une ville sud-africaine non touristique et c’est intéressant de la voir fonctionner. On continue vers authentique french guest house. Les faubourgs ne sont pas terribles. Après photong, on trouve la piste (en état moyen) du B and B et on découvre notre chambre familiale chez Alain et Françoise, des français ! On est un peu crevés, alors on choisit le resto le plus près : Kedar country lodge (à 100 m à gauche sur la route principale). L’entrée relève plus du palace que du petit resto de campagne. Super éléphant en bronze, filtrage à l’entrée, joli carrosse en bois et multes sculptures. On craint un peu de dénoter avec nos deux loupiots, on arrive dans une grande salle de resto quasi vide. Le décor avec les fusils au mur et les peintures classiques, fait très pavillon de chasse versaillais ! Finalement le buffet est OK, le service très agréable et la note pas du tout salée : les enfants n’ont même pas payé ! Finalement adresse originale, près de Authentique Guesthouse.

Mercredi 13 aout pilanesberg Lever 6h30, petit déj à 7h car on part au pilanesberg. Comme j’ai oublié de ravancer d’1h le portable, on est presque en retard. Plein de maisons type bidonville sur l’accès de la babatung gate. On redécouvre (comme au cap) cette disparité de richesses. On commence par la partie ouest du parc. On découvre rapidement des hippopotames . Sur la mokoto road, on ne voit pas grand-chose. On en verra ensuite très régulièrement un peu partout dans le parc. On désespère de ne pas voir léopards, lions ni même éléphants et là enfin dans le dernier quart d’heure avant de sortir à la Kwa maritane gate, un troupeau d’éléphants avec des petits nous coupe la route. Génial : on attend qu’ils bougent pour passer, ça prend du temps alors on photographie un max ! Belle rencontre ! Il est 18 h, on se dirige vers le kwa maritane lodge pour goûter ce buffet délicieux tant vanté sur internet. A l’arrivée, on voit afficher « no pets ». A l’accueil, après hésitation des 4 personnes présentes, on se fait refouler avec une excuse bidon de problème de travaux pour accepter des non-résidents au restaurant, mais on a bien compris que c’était à cause des enfants. J’ai failli rajouté « no kids » en dessous de « no pets » tellement j’étais furieuse et déçue de cette discrimination ; Peut-être le buffet est bon et le hide sympa mais l’accueil est exécrable ! On se rabat donc sur la route du retour sur le sundown lion ranch. Très peu de tables encore une fois, simple mais OK.

Jeudi 14 Août Sun city Ce matin, lever 5h20 car on a décidé de faire la folie d’un baptême en ULM. Les tarifs étant très intéressants par rapport à la France, on s’est dit pourquoi pas et nous voilà partis pour l’aérodrome de rustenberg pour un baptême l’un après l’autre, on ne sait jamais, qu’il reste au moins un parent à ces 2 bambinos ! A 7 moins le quart, me voilà couverte d’un masque et d’écouteurs, dans le frimas du matin sur une frêle embarcation de 50 ch. Me voilà dans les airs après un décollage comme un oiseau…Paradoxe d’une sensation super agréable du trip et du malaise de survoles les townships de rustenberg… 30 mn à profiter d’être un oiseau au lever du soleil et déjà la magie s’arrête avec l’atterrissage après quelques virages à sensation ! C’est le tour de François de vivre la même expérience. Les garçons sont sympas, on les a levé à 5h30 pour se geler dans le froid à attendre le plaisir de leurs parents ! On rentre petit-déjeuner à Authentique et ensuite, route vers la ferme aux lions où l’on découvre toutes les générations. Les garçons adorent caresser les bébés de 3 mois qui sont déjà beaucoup plus agressifs que des chatons !!! En sortant on pue le fauve ! On assiste ensuite au ramassage des os après le repas des lions, sportif pour le personnel !!! On part ensuite à sun city. Il y a si peu de monde que l’on peut rentrer en voiture, le monorail ne fonctionne pas. On visite le kwena gardens, la ferme aux crocodiles : 7000 crocodiles dans la ferme et toutes les générations du bébé à l’ancêtre de 120 ans. Visite guidée pour nous seul, vraiment intéressant et sympa de voir les vieux mâles titillés avec un bâton réagir violemment. On a réservé le high tea au crystal court du palace au welcome center comme nous l’a conseillé Alain d’authentique. Ca nous coûte 120 ZAR par adulte. On y va vers 16h après quelques visites d’hôtels et jeux pour les enfants. C’est très formel et conventionnel mais c’est à faire. Ca nous permet de rentrer dans le palace, sans visite guidée, et les petits fours salés et sucrés, accompagnés du pianiste in live sont exquis ! Moment de plaisir suivi d’une visite du lieu et des jardins où nous sommes complètement seuls. Il y a vraiment très peu de monde hors saison et hors WE. On se mange un petit truc à l’entertainement center et on rentre vers 20 h la journée a été longue et chargée ! Nous ne sommes pas allés à la vallée des vagues, il parait que l’eau était à 13° !

Vendredi 15 Août Pilanesberg Magdebaskloof Après 3 nuits à authentique, départ pour le limpopo. On prend la N1 et la N4, via Pretoria, c’est monotone la highway mais c’est rapide. Après une rapide pause déjeuner à Mookgophong, on passe dans la banlieue de polkowane sur le lieu de la première université noire (1970) et on continue pour Magdebaskloof gateway où on arrive vers 15h. On est les seuls clients à cette saison, on a le lieu pour nous tout seuls, on en profite pour se promener. Lieu très bucolique au bout du monde comme l’indique le nom : gateway. Repas au magdebaskloof lodge, très agréable repas dans un cadre sympa.

Samedi 16 aout Magdebaskloof, Tzaneen, phalarbowa Réveil sous le soleil dans une végétation luxuriante. Aujourd’hui départ pour le Kruger. On termine la descente du Magdebaskloof pass jusqu’à Tzaneen. La végétation est très différente d’ailleurs : beaucoup d’arbres fruitiers, bananes, avocats, orangers … Tzaneen est une petite ville mais qui semble très prospère avec un centre commercial new look très bien achalandé. Quasiment que des noirs mais super bien intégrés. On continue vers Phalarbowa, ville minière où l’on passe l’entrée du parc. Nous revoilà partis pour 4 jours de safari. Il fait super chaud (32-35°), il est déjà 11h, les animaux doivent déjà faire la sieste ! On découvre tout de même des girafes, des éléphants, et surtout des hippopotames en traversant la rivière : c’est super car il n’y en avait pas à etosha. A quelques km de Mopani on découvre nos premiers buffles, au moins une centaine, en train de paître au bord du chemin. Impressionnant leurs cornes et leur nombre. A Mopani, nous découvrons notre beau rondavel et on pique-nique en terrasse. Il fait si chaud qu’on décide d’aller à la piscine : en fait seul Lucas car ici aussi l’eau est super froide ! On repart vers 15h vers l’est faire le tropic of capricorn loop. On traverse pour la troisième fois le tropique ! On voit une grande quantité d’éléphants aux points d’eau, sur la route, même des éléphanteaux faisant des câlins à leur mère ! On se dépêche de manger au resto car à 7h45 RV pour le night drive. On mange sur la terrasse du resto, très agréable, aux lumières tamisées. Durant le night drive le vent se lève et le chauffeur nous annonce l’arrivée de nuages … On a du mal à voir des animaux malgré les 4 lampes qui éclairent bien ; On voit des yeux dans la nuit, ce sont des chats sauvages ; on voit aussi une genette, un serpent, un scorpion de près que le chauffeur attrape avec des pinces … Nous qui nous baladons tranquille dans la savane, ça refroidit ! On voit enfin 2 lions, nos premiers dans le Kruger, heureusement sinon, on aurait été déçu par le nightdrive, c’est qu’on devient exigeant au troisième parc animalier ! Gros dodo car demain départ tôt, comme d’hab !

Dimanche 17 aout Mopani tamboti On se lève à 6h, il fait gris et humide, notre premier ciel gris depuis plus d’un mois. On descend vers le sud avec une étape à Letaba où on fait une pause : joli camp. On repart en longeant la letaba river par la S46 et sur l’autre rive on voit un immense troupeau de buffles (au moins 500) débouler pour boire dans la rivière … Tout le long on observera des éléphants et leurs dégâts sur les arbres arrachés et des hippopotames, mais toujours pas de lions. On s’arrête au joli point de vue sur l’Olifants river puis au joli camp d’olifants (où je n’avais pas pu avoir un rondavel pour 4, 8 mois à l’avance !) . On continue vers balule où on espère pique-niquer mais c’est raté, seuls les résidents ont le droit de rentrer dans le camping. On continue sur Satara, où finalement on mangera à 4h. Après une pause salutaire (au parc de jeux pour les enfants) on repart par la sweni road. Route super tranquille et jolie le long de la rivière. On aperçoit 3 voitures arrêtées : un impala a été tué par un léopard (vu par la première voiture), il est au pied d’un arbre, le coup ensanglanté, et le léopard serait parti chercher ses petits. On attend un peu mais l’heure tourne et on peut attendre longtemps. La route est de la vraie tôle ondulée. On rejoint la route goudronnée qui mène à orpen. On voit 2 voitures, il est 5 h40, il fait presque nuit et 3 lions font la sieste : enfin nos lions de la journée. On se dépèche vers tamboti tent. Evidemment comme c’est un satellite d’orpen, il fallait passer à orpen avant. On se dépêche : le gardien nous dit qu’il nous attend. Ouf on récupère notre safari tent, super grande avec 4 lits, un frigo, une terrasse sympa. Dommage que le temps soit si frais, on est obligé de rentrer la table à l’intérieur pour manger. Lundi 18 aout Tamboti Lower sabie On entend la pluie sur le toit de notre tente. Il parait qu’il ne pleut jamais en juin, juillet, aout ! On part sous la pluie, la visibilité des animaux est limitée. On voit quand même des cobs et des buffles. Après une pause déjà satara on descend vers le sud et on voit 2 attroupements successifs : deux fois, une lionne est allongée, une dans l’herbe, l’autre carrément au bord de la route. On fait le détour par orpen dam où l’on voit plein de crocodiles. L’avantage des routes goudronnées c’est que dès qu’il y a des animaux il y a un attroupement et ça permet de voir des animaux … Certes, les pistes sont plus sauvages et on y fait du « vrai » safari, au risque d’être complètement bredouille à la fin ! Route vers lower sabie : on voit notre premier rhino blanc ; on arrive assez tôt, on a peur de rater le départ du sunset drive. En fait c’est à 16h45, on a le temps de s’installer et de faire un peu de lessive (à la laundry). Bientôt 5 semaines en Afrique, le linge commence à manquer. On part pour le sunset sans sun. Il fait gris, dommage ! Ca ne nous empêche pas de voir un rhino et des éléphants, des hippos pendant la première heure, ensuite quand il fait noir c’est beaucoup plus aléatoire ; Timothé est fatigué et s’endort tout de suite ; Lucas trouve le temps long ; normal : il fait froid et on ne voit pas grand-chose. Le sunset drive se termine à 20h30 (3h30). On n’en peut plus de fatigue et de froid ; on se précipite au resto, mais on ne se régale pas, tellement on est speedé (ils veulent fermer). Franchement j’ai préféré de loin les game drives de jour (sunrise ou afternoon).

Mardi 19 aout Lower sabie graskop Dernier jour dans le kruger ; on se réveille au bruit des autres voitures qui partent. On est fatigué de se lever tôt ! A 6h30 on émerge quand même pour partir à 7h30. Entre lower sabie et skukuza on voit encore beaucoup d’hippos, d’implalas, de babouins et de grivets. On sort du parc vers 11h30 et en route pour le high veld ! Courses à hazyview, très bien achalandé et R536 pour Sabie. Route très jolie ; A Sabie on fait successivement la horseshoe fall et lonecreek fall. De l’eau, enfin de l’eau. On achète 4 masques pas chers à une mémé et un autre grand masque qui nous encombre tout un sac. on part dans 2 j il est temps d’acheter quelques souvenirs ! On n’a pas le temps de faire toutes les cascades de cette route des cascades, on continuera demain ! On assiste au coucher de soleil sur le bel escarpement du Panorama rest camp. Bungalow correct, un peu froid. Accueil correct mais pas très chaleureux ; très belle vue.

Mercredi 20 Août Graskop blyde river canyon, waterfall boden Le soleil donne dans notre chambre plein est et sonne l’heure du réveil. Départ 8h après avoir perdu du temps à récupérer les 100 ZAR de caution : vraiment l’accueil est pas terrible. On décide de faire pilgrim rest en premier. A 8h30 il n’y a quasiment personne, c’est super comme ça. On visite les 4 petits musées prévus dans le billet ( 10 ZAR) ainsi que le vieux cimetière avec la tombe du voleur et de beaucoup d’enfants morts jeunes de dysenterie ou de malaria. Dure vie des chercheurs d’or …10H30 on revient à Graskop pour la route des panoramas : première fois qu’on voit vraiment des touristes depuis longtemps. Escale à tous le points de vue : pinnacle, god window, berlin fall, bourke pothole (super) 3 rondavels : très joli paysage. On essaie de négocier une jolie statue moderne ; on est trop dur en affaires et ça ne marche pas. Dommage car on ne retrouvera plus la même. On a encore de la route (2h) avant d’arriver à notre hôtel à waterfall boden, normalement notre dernière étape avant JNB. Mais comme lufthansa nous a retardé le voyage d’un jour (prévenus 2 mois avant le départ), on va faire le détour par le Swaziland demain. On parvient à l’hotel juste avant la nuit et l’accueil est vraiment chaleureux ; chambre très confortable, bon repas, excellent accueil.

Jeudi 21 aout Waterfall boden Malkerns (Swaziland) Comme notre voyage a été rallongé d’un jour à la dernière minute (la Lufthansa nous a décallé le retour de 24 h) on a decide de descendre jusqu’au Swaziland; On était bien tenté de passé par le nord (barbeton) mais comme on n’avait pas trop de temps, on a préféré rentrer par la route principale (R 541, puis N17 pour mbabane) . La capitale est une petite ville bien achalandée : on tombe sur une manifestation de personnes qui réclament plus de moyens pour la santé : normal tout le budget de la santé part à payer des avions et des rolls au roi qui gaspille l’argent du pays. La route de la vallée royale est très bonne (on est étonné après ce qu’on a lu) : c’est sans doute qu’on est très proche du palais royal ! On pensait acheter nos derniers cadeaux au swaziland et bien c’est raté : pas moyen de marchande sur le marché artisanal d’ézulwini et les prix sont plus chers que ce qu’on a trouvé en AFS ; les swazi candles sont une vraie attrape touriste aussi . On a beaucoup aimé s’arrêter dormir et manger à malkerns au gone rural ; le B and B est sympathique et le lieu original

Vendredi 22 aout Malkerns johannesburg Notre dernier jour est arrivé ; après quelques derniers achats au gone rural on reprend la route de l’AFS par la R65 par amsterdam puis la N17 jusqu’à JNB En dehors des routes à péage ( N1 et N4) les nationales traversent toutes les villes sont régulièrement en travaux, on n’avance pas : on a vu 2 accidents en 4 h dont un gros poids lourd qui avait fait des tonneaux : la conduite en AFS est vraiment super dangereuse . On met toujours plus de tems que prévu et on a failli rater l’avion ! Comme on a enregistré tardivement et qu’en plus i y avit un problème sur nos billets (vu qu’on nous avait rajouté sur ce vol tardivement) nous étions éclaté tous les 4 dans l’avion ; on a dû faire le forcing pour être quand même 2 par 2 pour les jeunes enfants

HEBERGEMENTS

VILLE NOM AVIS ET PRIX (pour 2adultes et 2 enfants) Le cap (Green point) Brenwin guest house

620 ZAR par nuit pour 4 en SC (gratuit pour les 2 enfants de moins de 7 ans, ce qui a motivé notre choix) (pas très cher pour le cap) Bien situé à green point dans une rue calme et sécuritaire ; A 5mn en voiture du waterfront, et du centre ville ; Chambres un peu anciennes, mais très correctes et joli cadre. Hermanus Anchor rest Grande chambre avec cuisine et salle de bains et terrasse, tout neuf 575 ZAR en SC Stellenbosch Squirre land wine 400 ZAR ; appartement de 60 m2, pour 3 personnes ; très confortable et bien placé dans stellenbosch Windhoek Chaméléon backpackers Chambre familiale simple mais sympa ; Ambiance backpackers ; pas loin du centre ville et du supermarché Mariental kalahari Anib lodge Grand lodge qui accueille des particuliers mais aussi des groupes ; accueil et prestations satisfaisantes, bon repas Tsaris mountains Zebra river lodge Petit lodge très sympa et convivial confortable, randos sympas, bon repas Sesriem Desert camp Camp de toiles tout neuf à 3 km de sesriem ; un bon choix pour dormir en dur près de sesriem Solitaire Camp Gecko Ferme d’agritourisme très sympathique, des tentes rondavels au milieu du bush, merveilleuse vue, accueil super Swakopmund Dunedin star B and B très correct. Possibilité de faire le linge pour 50 N$ (moins cher qu’ailleurs car souvent c’est à la pièce !) Erongo mountains Ai Aiba rockpainting lodge luxueux, tranquille, des petits pavillons au toit de chaume, tout neufs. Super repas et pas cher pour la qualité du service et du repas Twylfontein Camp xaragu Camp sympa avec des grandes tentes avec salle de bain ; repas en commun à coté de la cheminée Palmvag Palmvag lodge Lodge confortable, très grande chambre avec petite piscine privée, bon repas Opuwo Oreness camp Bungalow très sommaire, dans camping. Patron sympa, très bavard, ! Epupa Omarunga camp Grandes tentes très sympas en bord de rivière avec salle de bain en plein air. Activités proposées chères. Accueil un peu commercial Kunene ( rucuana) Kunene river lodge Lodge super bien placé au bord de la rivière ; bungalow classique mais très confortable Accueil chaleureux ; bon repas sur une super terrasse au dessus de la rivière Hobatere Hobatere lodge Lodge somptueux, chambre très confortable ; demi_pension obligatoire ; repas buffet sympa Game drive intéressant Etosha Toshari lodge A 25 km de l’anderson gate Chambres classiques mais confortables Bon resto avec déco très originale, contemporain Accueil chaleureux Pilanesberg Authentique french guest house 790 ZAR Accueil sympathique dans ce B and B coquet (bien que l’environnement proche ne soit pas terrible) ; patron serviable qui aide à organiser les activités Magdebaskloof Magdebaskloof gateway Petite maison un peu vieillotte mais sympa dans un camping perdu au bout d’une piste forestière ; 600 ZAR Kruger Mopani Rondavel charmant et confortable 651 ZAR Kruger Tamboti camp Grande tente sympa avec jolie terrasse en bois, sanitaires communs ; petit camp très calme, satellite d’orpen ( passer à l’accueil d’orpen avant pour récupérer le numéro) 330 ZAR Kruger Lower sabie Rondavel en dur ; sanitaires communs ; camp en rénovation ; 305 ZAR Graskop Panorama rest camp. Bungalow correct, un peu froid. Accueil correct mais pas très chaleureux ; très belle vue. 500 ZAR Waterval baden bergwaterlodge Lodge très sympa, accueil très chaleureux 1100 ZAR repas plus nuit et pdj Malkerns swaziland Malendela B and B B and B sympa, juste à coté du gone rural 540 ZAR la nuit et pdj

REPAS VILLE NOM AVIS ET PRIX (pour 2adultes et 2 enfants repas et boissons, en général du vin sud af !) Le cap (waterfront) willoughby and co 400 ZAR ambiance sympa, bon repas et suffisamment décontracté pour les enfants Le Cap (sea point) Albany Mews Au milieu de main street Resto italien, super ambiance, bonne bouffe et petits prix 280 ZAR Le Cap (waterfront) Ocean Basket Génial pour la qualité du poisson et de l’accueil ; un monde fou Le Cap (centre ville) Short market road simple asia thai food and noodle bar Simple, délicieux, pas cher 340 ZAR Stellenbosch Fishmonger 300 ZAR Très bonne adresse, très bon poisson, réservation conseillée Sesriem Sossuvlei lodge 624 N$ Cadre super, terrasse chauffée avec vue sur savane éclairée. Buffet copieux, réservation conseillée Swakopmund le beach house restaurant . 500 ZAR Bon repas, très bon accueil, jolie déco, calme Swakopmund Lighthouse 440 ZAR de l’ambiance mais un monde fou ; longue attente, service moyen, bof Swakopmund Grapewine 684 ZAR resto assez class, moyennement adapté avec des jeunes enfants, assez cher, surtout pou le vin Mais repas et service impeccable windhoek Joe’s beerhouse à la hauteur de sa réputation : Super ambiance, super repas, pour un prix modéré. Il vaut mieux réserver

Pilanesberg Kedar country lodge fait très pavillon de chasse versaillais ! le buffet est OK, le service très agréable et la note pas du tout salée : les enfants n’ont même pas payés ! Finalement adresse originale Pilanesberg Sundown lion ranch Assez classique mais très correct Magdebaskloof Magdebaskloof lodge Resto agréable, bon repas 450 ZAR Graskop Resto portugais et mozambique Bon repaS avec spécialités du mozambique ; bonne ambiance Malberns Malandela retaurant Bonne ambiance, bon repas

En Namibie

Ce qu’on a préféré (dans l’ordre)

Les animaux à Etosha La ballade en 4*4 dans l’immensité des dunes de walvis bay Le sourire des himbas et le contact au hasard des rencontres en bord de route dans le kaololand (et le damaraland) Deadlei et l’immensité des dunes rouges La kunene river, à epupa falls et tout le long jusqu’à rucuana Les couchers de soleil partout dans le bush Le coté sauvage des tsaris mountains La beauté des roches rouges des erongo mountains

On a vraiment apprécié le confort, la beauté, la sérénité des lodges, le côté sauvage des campings, les bonnes grillades de viande locale et les bons vins sud-africains.

Ce qu’on a moins aimé (et donc qu’on ne referait pas) La welwishia drive à swakopmund La cheetah Conservation Fund près d’otjiwarango pour voir les guépards (attrape touriste, visite dans l’enclos très chère pour la prestation) ; je regrette de ne pas avoir plutôt fait la cheetah farm près de kamantjab

Ce qu’on n’a pas aimé du tout : une arnaque à la carte bancaire de 2500 euros dont on ne s’est rendu compte qu’un mois après le retour ( à cause des paiements différés ) que l’assurance devrait rembourser mais dans plusieurs mois ….

En Afrique du sud

Ce qu’on a préféré (dans l’ordre)

Les animaux dans le kruger La montée à pied à table mountain Le cap de bonne espérance Les baleines à hermanus Le blyde river canyon Le pilanesberg La région de tzaneen et le magdebaskloof (dans le limpopo)

Ce qu’on a moins aimé (et donc qu’on ne referait pas) Rien ! Enfin si, l’accueil exécrable du kwa maritane Lodge dans le pilanesberg

Bilan financier :en rands

CAP (7j) NAMIBIE(21j) AFS(11j) total taux Pour 39 jours quotidien 6855 54457 16947 78259

loc voiture 1832 19260 3000 24092

avion 42032 11000 53032

TOTAL

155383 11, 5 13508

RANDS

EUROS
Maison d'hôte à Casablanca, Maroc? English translation pending
by Ahlan · 2009-02-16 · 12 replies
Bonjour, Je cherche une maison d´Hôte à Casablanca . Je serai au Maroc, à Casa à partir de ce Vendredi, pour 5- 6 jours. Des conseils, des endroits, des restos, ... à visiter dans cette ville ! Des activitées culturelles à ne pas rater !!! Je cherche aussi un centre de langue arabe pour étrangers à Casa !!!! Merci
Circuit d'une vingtaine de jours sur les plateaux d'Abyssinie en Éthiopie English translation pending
by Aclanne · 2009-01-22 · 25 replies
nous sommes deux habituées du sac à dos et après avoir pris contact avec une agence locale (bella abyssinia) nous souhaiterions compléter un vehicule pour un circuit d'une vingtaine de jours sur les plateaux d'abyssinie + une autre semaine lieu encore non défini ... dates encore non fixées entre juillet et aout 2009. Pour les connaisseurs, merci de partager vos bons plans.
Jeu des photos 2009 (01) English translation pending
by Kelessuf · 2009-01-01 · 497 replies
Bon, comme personne ne prend la responsabilité de relancer le jeu et de mettre la première photo de l'année...

"Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux" (pas sur nos plaines, non)

Où est-ce ?
Voyage d'un mois en Californie et à New York (août 2009) English translation pending
by Jessie123 · 2008-11-15 · 19 replies
bonjour à tous,

mon amie et moi même voudrions aller en californie et new york en aout 2009 pour une durée de 1 mois. Mais nous avons besoin de conseils surtout pour savoir les sites à ne pas manquer et voir si la repartition des jours selon les villes est bonne !

questions : tout d'abord je voulais savoir si nous pouvions louer une voiture si nous n'avons que 7-8 mois de permis ? nous vondrions voir un match de NHL, basseball ou football est ce possible l'été ? où nous renseigner ?

le voyage :

nous allons d'abord aller à san francisco : quelles sont les choses à ne pas manquer ? total de jours là bas = 5 jours est ce assez ??

puis si on ne peut pas avoir de voiture on prend l'avion pour los angeles : nous voulons y rester une bonne semaine. Nous pensons visiter disney, universal studios, les plages, hollywood et le centre ville. coins à ne pas manquer ?

puis direction las vegas : 4-5 jours nous hesitons entre le car et l'avion qu'en pensez vous ? puis un petit tour sur le grand canyon avec le bus je pense !

ensuite avion las vegas san diego : on y reste à peu pres 1 semaine avec au programme le sea word, le zoo de san diego et les plages. avez vous d'autres endroit à ne pas manquer ??

et enfin nous reprennons l'avion pour New york : 1 semaine conseils leix ????

comme vous pouvez le voir on pense faire à peu pres ca mais il faut nous renseigner un peu plus sur ce que nous y ferons une fois arrivé ;)

nous pensons depenser à peu pres 3000 - 3500 € en comptant les billets d'avion : 1000 €

est ce assez ? quel est le budget nourriture selon vous ?

MERCI DE VOTRE AIDE ELLE EST PLUS QUE BIENVENUE ;)
Où aller à Cuba en début novembre avec l'impact des ouragans? English translation pending
by DenisP · 2008-10-03 · 22 replies
Bonjour,

J'ai besoin de vos conseils.

Où devrais-je aller en début novembre à Cuba pour ne pas être déçu avec l'impact des ouragans ?

Merci ! 😎😎😎
Programme pour visiter New York en trois jours et demi English translation pending
by NSCvoyager · 2008-07-09 · 32 replies
Bonjour à tous,

Voilà, je pars en famille à New York sur une durée de 3 jours et demi. Notre hôtel se situe à Times Square.

Après avoir épluché de nombreux conseils sur les endoits à visiter (notemment sur un délai de séjour assez court), je nous ai élaboré un programme (en grandes lignes pour laisser cours à l'improvisation) :

Vendredi : - Arrivée à JFK à 12 heures - Arrivée à Times Square vers 14 heures - L'après-midi, promenade dans Midtown (Times Square, Broadway, Madison Square Garden...)

Samedi : - Le matin, visite de l'Empire State Building - L'après-midi, visite de Greenwich Village & Soho puis descente à Ground Zero - Puis passage dans Chinatown et profiter pour y manger - Le soir, se promener dans Times Square

Dimanche : - Le matin, messe Gospel à Harlem. Question :Quelle est la meilleure heure pour s'y rendre ? - Le midi, manger un repas à emporter dans Central Park pour se détendre... - L'après-midi, direction Brooklyn (peut-être en métro) pour ensuite traverser Brooklyn Bridge à pied - En fin de journée, aller/retour sur le Staten Island Ferry pour voir la Statue de la Liberté et la vue sur Manhattan (j'espère le retour à la tombée de la nuit) Question : quelqu'un sait vers quelle heure se couche le soleil à New York vers fin Août / début Septembre ? - Au retour, passer par Seaport pour voir le Brooklyn Bridge de nuit

Lundi : - Le matin, promenade au Rockfeller Center (sans y monter), Cathedral St Patrick's (parait-il la plus grande des USA). - L'après-midi, un peu de shopping sur la 5th avenue... 😉 - En fin d'après-midi, retour à JFK... pour décoller à 01h00 du matin

Voilà, voilà,

Pouvez-vous me dire ce que vous pensez de ce programme ? Vous parait-il jouable point de vue timing ? Certaines choses mérite-t-elle d'être vue plus que d'autres ? (même non citées... ormis les musées qui ne nous attirent pas plus que ça)

J'attend vos critiques !!! 😉
Hôtel Magda à Gouves en Crète English translation pending
by Faussette · 2008-05-22 · 11 replies
bonjour a tous!

je ne suis certainement pas dans la bonne rubrique mais c'est rien on fera avec!😄

J'ai quelque question concernant la crète, j'y part au mois de juin a l'hotel Magda a Gouves( si qlq y a déja été?) Nous envisageons également de louer une voiture et je me demandais si c'était préférable de louer a l'avance via le net ou si on peut en toute confiance le faire sur place? j'aimerais aussi avoir votre avis si vous avez été sur santorin au départ de la crète en prenant le ferry. bref toutes vos sugestion sont les bienvenues! merci.
Une tournée en Colombie English translation pending
by Marionachard · 2008-05-02 · 5 replies
Je ne sais pas si ce recit peut vous intéresser. Entre voyage, métier, découverte. C'est la tournée de "nouveau cirque" que nous avons faite en Colombie. Une première pour tous. Première fois en Colombie pour la compagnie composée de 4 artistes et d'un technicien, première aussi pour la Colombie où le "nouveau cirque" n'était jamais venu... Marion

Prêts au départ ! Nous sommes tous les 5 presque prêts au départ... Saïlen et Ben aux portées acrobatiques, Hélène à la régie son, Farid et moi à la jongle... Le spectacle "De bals en balles" part demain. Direction Baranquilla, via Bogota, via Madrid, via Paris, via Valence, via Crest. 13 spectacles, quelques ateliers, une tournée éclair comme nous avons l'habitude à l'étranger. Pas le temps de se poser, pas le temps de réfléchir. Monter, démonter, rencontrer à toute allure en mettant toute notre énergie pour que le courant passe en un regard. Jouer, repartir et recommencer.

Spectacles : : • 12 et 13 avril : Baranquilla • 15 et 16 avril : Bogota • 18 et 19 avril : Medellin • 20 et 21 avril : Bucaramanga • 22 avril : Cali • 23 avril : Popayan • 24 avril : Arménia • 25 avril : Manizales • 26 avril : Pereira

Ma cheville est en vrac suite à mon entorse d'il y a deux semaines. Un peu d'angoisse pour le numéro de portés à trois. Je teste tout : l'argile, la kiné, l'électrothérapie, je la masse et lui lis des histoires. J'ai même droit -avantage suprème- à rester allongée pendant que le monde s'agite autour de moi ! Bref départ demain, les malles de matériel sont pesées, les costumes lavés, les enfants casés. Normalement, on n'a rien oublié !

Marion

Notre première en Colombie - Baranquilla Par tourdecirque, dimanche 13 avril 2008



La première journée du périple, c'est 20 heures de vols et transferts, un dîner chez le directeur de l'alliance et un morceau de nuit dans un superbe petit hôtel. On a tenu 24 heures éveillés. On y est ! Et puis hier, les choses sérieuses ont commencé. Un nouvel avion nous pose à Baranquilla. Nous sommes accueillis par Pascal, le directeur de l'alliance. Tout de suite, son dynamisme et son enthousiasme nous scotchent. Il nous parle beaucoup, avec chaleur et passion de son metier et de la Colombie. Nous partons en repérage pour les deux lieux où nous allons jouer. Le premier est loin, loin... dans un quartier, un village, qui n'a jamais accueilli de spectacle. Pascal qualifie cet événement d'improbable et le mot se prête bien au lieu ! Le deuxième lieu, c'est celui ou nous allons jouer tout à l'heure. Un scène a été installée devant un parterre de bois qui monte doucement offrant au spectateur un gradinage très esthétique. La scène n'est pas totalement montée et le matériel demandé n'est pas encore là. On nous promet le tout pour 16 h, le spectacle commençant deux heures plus tard.

On rentre donc à l'hôtel. Pour se poser... mais non, pour vérifier les malles, manger un coup, refaire le passing pour se le mettre dans les mains, donner les costumes à repasser... et nous voilà dans le bain, c'est déjà l'heure d'y aller. Le véhicule de l'alliance nous pose avec tout notre barda au pied de la scène... et là... c'est la déconfiture. Le matériel n'est pas encore là, mais le vent, lui, s'est levé. Et pas un petit mistral comme on en a dans le sud... un vrai vent, avec plein de bourrasques. Les jongleurs se décomposent. Sailen et Ben commencent leur échauffement. Hélène installe la régie son, deux techniciens installent des lumières que nous ne pourrons pas tester... La pression monte. On nous amène les éléments qu'on a demandé : des bouteilles vides, du jus de raisin, un table qui ne correspond pas. Ah bon, on n'aura pas de moquette... Une autre table ronde arrive mais une seule. Et toujours ce vent ! Dans ma tête c est le début de la panique. J'ai mal au pied, le décor n'est pas en place, toute la jongle va tomber sous les bourrasques, le décor va s'envoler et nous on va être misérables.

Et puis le public arrive, avec près d'une heure d'avance. 5 h. 5h 30. On court après le temps. Maquillage dans les toilettes. Quand on en sort, la table n'est pas là. La foule grandit. La première chose que je vois ce sont les cheveux des gens qui jouent avec le vent. Pascal fait son possible, il demande a ce que des grandes toiles de tissus soient tendues sur le côté de la scène pour parer les éléments. Ça marche un peu. La sono change de côté pour qu'Hélène puisse nous voir. 6h. 6h15. Pascal et une responsable montent sur scène. Les discours commencent. Farid fulmine. ¨Je ne commence pas si on n'a pas cette table¨.

6h30, la table arrive. On scotche notre nappe dessus, quelqu'un la pose sur scène, la musique commence, on entre dans l'arène... Bon, la suite, c'est quelques instants de panique et des grands moments de bonheur. Devant nous, 2000 personnes sont assises. Elles réagissent à tout. Nous soutenant à chaque moment. 2000 personnes qui murmurent, qui frémissent, qui applaudissent, qui encouragent, ça fait du bruit... ça porte. Et 2000 personnes qui se taisent quand il faut être à l'écoute, ça fait un sacré silence qui tord le ventre ! Le spectacle glisse sous les rires, même le vent sait se faire discret par moment. Et on retrouve l'universalité de nos propos ici aussi. Comme en Inde, en Espagne, en Tunisie... les gens rient quand Sailen baffe Ben 7 fois de suite, poussent un grand Oh ! quand je m'éclate la tête sur la table ou quand Farid joue avec le gramophone. S'attendrissent. Le temps fort c'est l'aller-retour. Par la force de réaction et des rires que ce numéro déclenche. Et quand le vent emporte un chapeau ou une massue hors de portée de nos mains et qu'ils s'écrasent par terre, les applaudissements fusent de partout.



Voila donc notre spectacle plein des premières émotions. Il y a 9 ans, au Maroc, on signait des dizaines d'autographe, en Colombie, on s'est fait prendre des dizaines de fois en photos avec les téléphones portables. On nous colle les enfants dans les bras et les petits oiseaux sortent ! On se fait prendre en photo avec conjoint ou petite copine, bras dessus bras dessous. Démontage, chargement. Retour à l'hôtel, sur les rotules. Ca me fait tout drôle de me dire qu'on est arrivé en Colombie hier après-midi. Le temps parfois nous joue des tours.

Marion



Comme un air de mexique Par tourdecirque, lundi 14 avril 2008 Matinée off ce qui fait du bien, même si le décalage horaire fait que je me réveille encore à cinq heures. On se fait une petite orgie de fruits tropicaux au bord de la piscine... A peine le temps de se poser vraiment, nous reprenons le véhicule qui nous amène au fin fond de Baranquilla pour le spectacle du jour. Quand on arrive, je me dis une nouvelle fois que tout ne va pas se passer comme prévu. Au premier coup d'oeil je vois que la scène est trop petite. Et le camion garé derrière n'est pas de bon augure. Des techniciens déchargent encore le matériel son. Rien n'est prêt et nous jouons dans deux heures ! Le soleil brûle. Pascal nous explique que les monteurs ont pris du retard à cause d'un contrôle de police. Pas la peine de paniquer... De toutes façons, il fait trop chaud. Nous allons nous asseoir devant des petits bouibouis gris où les enfants nous observent.



J'ai le sentiment d'être au Mexique. La végétation, les gens, la chaleur, cette attente paisible... La scène finit de se monter tranquillement. De toutes façons, on ne peut pas décharger nos affaires, le chauffeur a enfermé les clefs dans le mini van. Sous son sombrero, il blêmit. Le véhicule ronronne, toutes portes fermées. Ben fabrique un crochet et s'acharne sur la serrure. Certaines scènes sont surréalistes. Un électricien, équipé de deux cordes avec une pièce en cuir, monte en haut d'un poteau électrique pour raccorder un gros câble qui servira à alimenter la sono.



Nous nous installons sur scène, l'espace est a re-imaginer car nous n'avons pas de place. La scène est branlante et les planches se chevauchent mal, créant des trous et des pièges. Je me prends un coup de speed, propose de jouer par terre, m'énerve sur les conditions techniques. Petite crise inutile... D'autant plus que tout le charme de jouer à l'autre bout du monde tient aussi à ces imprévus. Mais ça, on s'en rend compte après coup ! Sur le moment, c'est juste l'angoisse de ne pas être assez bon !

petite répétition

Les loges sont les toilettes de la police, nous traversons une salle dortoir où un homme se repose en slip sur un lit superposé. Ambiance. Costume à la main, on ne sait plus où se mettre. Spectacle. Du vent. Sailen beugue, absorbée par les réactions du public. Elle en oublie même de demander du vin à Farid. Le drame, ou comment le mettre en rogne pour le restant du spectacle. Hélène stresse. Le technicien son qui est là pour l'aider s'appelle Edison... Il ne devrait donc pas y avoir de problème ! Les réactions du public sont moins convenues qu'hier. En même temps, c'est la première fois qu'un spectacle se joue ici. Nouvelle séance photo. Ici, le mot qui semble nous caractériser est : "romantica". Un groupe vient parler avec Sailen car c'est la région du Vallenato -un accordéon local- et l'accordéon diatonique qu'elle joue pendant le spectacle intrigue les gens du coin. Pascal, le directeur est content car 400 personnes se sont déplacées pour ce premier événement ici. Il nous emmène passer la fin de soirée dans un restaurant à Salsa, et déjà on se quitte. Il repart sur un autre projet, avec son enthousiasme et sa foi. Adieu Barranquilla. Cette après-midi d'attente paisible à observer la place du village m'a beaucoup émue.

Bogota Par tourdecirque, mardi 15 avril 2008 Nouvel avion, retour à Bogota.

On prend nos marques. Hôtel, poste internet, visite des lieux où l'on va jouer... A croire que notre passage en Colombie se limitera à cela. Juste devant l'hôtel, les écoliers et les étudiants se pressent dès sept heures du matin avec leurs uniformes et leur parapluie. A Bogota, il pleut. La ville est immense. Neufs millions d'habitants. Et les taxis conduisent comme des fous.

Mardi 15 avril. Nous nous levons à 6 heures 30 pour aller jouer dans le centre communautaire de Servita. C'est l'un des spectacles sociaux que nous offrons et il se déroule dans un vieux théatre.



Le directeur de l'alliance, Mikael a tout prévu : Tapis de danse, grande scène, loge, lumières, son, coulisses... on a même des tables, de la bonne taille deux heures avant le spectacle. Un vrai bonheur. Et puis jongler sans vent, quel pied ! Même si les spectacles "tous terrains" sont agréables pour le coeur, les spectacles en théâtre dans un milieu protégé sont agréables pour le moral ! Ca fait du bien de retrouver ses marques... Le spectacle glisse. Le public est composé d'enfants des écoles défavorisées, d'un groupe d'handicapés trisomiques, de pré-ados et d'une vingtaine de personnes âgées abonnés au théâtre. Un public hétéroclite qui réagit bien. Bref, tout roule. Je sens qu'on va bientôt entrer dans notre rythme de croisière ! Et l'après midi, qu'est ce qu'on fait ? Shopping ? non. Repos ? Oh non. Balade... ? rien du tout. Rendez-vous à l'alliance pour deux rencontres télévisées... Interview, passes de jonglage, petit air d'accordéon... traduction simultanée... On va finir par avoir mal à la tête ! Farid détend l'ambiance. Les deux journalistes finissent par partir après une franche rigolade en nous remerciant. On apprend dans le même temps qu'on a fait la première page à Barranquilla et que dans deux jours, la télé nous passera en direct à Medellin... Va falloir assurer !!!

Comment s'organise une tournée comme celle-là ? Par tourdecirque, vendredi 18 avril 2008 Il y a un an, la Compagnie a pris contact avec Mikaël de La Fuente, délégué à la culture de l'alliance française de Bogota. Mikaël parle de nous à ses collègues des autres alliances qui adhèrent au projet proposé : un spectacle Alliance + un spectacle offert pour un public dit "sensible" dans chaque ville. Comme nous ne sommes pas aidés par Culture-France pour le transport, nous recherchons de notre côté des partenaires financiers. Neuf alliances confirment l'organisation des dates dans leur ville après réponse de leurs partenariats. Nous obtenons de notre côté la réponse des fondations sollicitées qui prennent en charge une partie du financement des billets d'avion.

Les Alliances Françaises à l'étranger sont des associations de droit local. Elles financent leurs activités avec les cours de français qu'elles donnent et la recherche de fonds privés et publics. Certaines alliances sont très grandes (20000 étudiants à Lima). D'autres sont plus petites, et créées par des dirigeants amoureux de la langue française. Comme dans toute association, le bureau est composé de bénévoles locaux. Ils salarient directeurs, attachés culturels, enseignants... qui mettent en place des activités.

Le financement de nos spectacles est donc un engagement de chaque alliance qui tisse l'organisation des projets, parfois avec des bouts de ficelle. L'accueil des directeurs est partout chaleureux. Notre venue est pour eux un challenge. Le spectacle va plaire ? Le public va se déplacer ? L'impact sera-t-il celui espéré ? En gros, les alliances jouent une partie de leur réputation sur chaque événement. Artistes comme organisateur, on relève donc le défi ensemble !

Le public colombien Par tourdecirque, vendredi 18 avril 2008 Mercredi 16 avril - Bogota - 4ème spectacle

° Le spectacle ? Un truc de fou. 500 personnes prennent d'assaut le théâtre. Que d'émotions, que de réactions. Le public est avec nous comme jamais. L'ambiance monte tout doucement, pour au final aboutir sur certaines scènes par des applaudissements accompagnés de cris. C'est tellement fort, qu'au passing final, j'ai la boule au ventre et les mains moites. Et des mains moites sur des massues, c'est pas terrible ! Je me dis : "Allez, oublie-les et concentre-toi !" Peu d'erreurs et beaucoup de jeu. Les mots me manquent. On finit par saluer sous les acclamations. La salle entière se lève. Un truc de fou.

Pas facile de redescendre après ca ! On finit la soirée chez Mikaël et Ingrid. La fatigue nous surprend après une grosse assiette de pâtes. Un petit tour de magie aux cartes et retour à l'hôtel. Demain, c'est lever à 6h et départ pour Medellin !

Medellin, la ville de l'eternel printemps Par tourdecirque, samedi 19 avril 2008 à 13:03:: General Nous voici a Medellin. Tout le monde nous parlait du Cartel de Medellin. Ici, on nous parle de la ville de l'éternel printemps. Deux points de vue différents. Deux époques aussi. Si le danger existe encore à Medellin, il est apparement ciblé, sous forme de "nettoyage". Le reste du temps, pour le commun des mortels, le touriste... la ville reste sûre. Et nous partons nous promener sur la place Botero.





Il y a foule. Ambiance du sud. La ville est fleurie, les gens décontractés. Des vendeurs partout... vendeurs de tickets de tombola, de brosses à dents, de jus, de bulles. Les filles et les femmes arborent leur décolleté et leur poitrine avantageuse. Medellin est la première ville de chirurgie esthétique de la poitrine. Il va falloir que je m achète des wonderbras ! Deux nouveaux spectacles. Le premier au théâtre Lido. Un des plus grand théâtre de la ville, 1000 places, une scène démesurée et une hauteur de plafond à donner le vertige ! On assure, malgré une bonne dose de dispersion juste avant d'entrer en scène. Le théâtre est plein. Toutes les places sont gratuites et nous avons comme spectateurs aussi bien les PDG qui financent l'action, que les jongleurs de la rue du coin, des familles ou des huiles de la mairie. Très chouette, beaucoup de chaleur dans les réactions encore. Deuxième spectacle dans l'auditorium de l'alliance pour les étudiants en langue française. Petite scène, petite jauge, ambiance plus intimiste. Des réactions plus "à la française".

Autant a Bogota il semblait dur de sortir le soir, autant ici, on ne fait que ça. On nous trimballe dans un resto où un groupe joue du tango. On nous installe des tables dehors sur des places de parking pour le repas. Puis on part avec le directeur de l'alliance, ses assistantes et leurs amis Colombiens dans un bar à Salsa. On entre comme dans une maison, on monte a l'étage. Une petite piste de danse de 2 mètres sur 4 est accollée à un mur vieillot tout coloré. Et ça danse. Ça danse. Ça boit de l'aquardiente. Le directeur me dit : "On est dans un pays en guerre, et être heureux, pour les colombiens, c'est un acte de volonté de tous les jours." Deux heures du matin, retour à l'hotel.

THE jour off - Medellin

TEXTE DE SAÏLEN

Samedi 19 avril

Pour notre jour off, nous avons été invités dans la colocation des deux stagiaires de l'alliance. Là-bas, on fait donc connaissance avec un groupe de jeunes artistes. Xavier commence direct par nous montrer des vidéos de jongle et de portés sur son ordinateur, puis, un gars aux cheveux noirs bouclés et des tatouages nous appelle pour manger.



Dehors, dans la petite cuisine ouverte sur la cour intérieure, plein de mets délicieux nous attendent. Nous avons droit à la présentation exacte de chaque plat (en espagnol et avec un gigantesque sourire !). La présentation finit par des applaudissements. Puis, une fois servis, nous allons bavarder tous ensemble.



Je parle longuement avec Xavier, et lui pose plein de questions. Apparemment, ils forment un petit groupe de cirque. Lui est jongleur, Angelica est danseuse et fait également de l'aérien et ils sont à peu près une dizaine au total. Ils arrivent à vivre de ce qu'ils gagnent, en faisant des économies lorsqu'ils ont des cachets pour les jours où ils n'en ont pas. Il s'agit souvent d'animations (boîtes de nuit, meetings, etc) et parfois aussi de spectacles de rue. Les spectacles de cirque au théâtre n'existent pas du tout. C'était pour eux une première de nous voir sur scène faire du jonglage et des portés !

Du salon nous parvient de la musique salsa à fond. Angelica commence à danser, et nous fait une démonstration avec un autre garçon. Puis chacun d'entre eux nous fait danser, et la petite cour intérieure se transforme en piste de salsa. Avec Ben, nous leur montrons quelques petits portés danse, puis eux nous en montrent aussi, puis cela dérive sur des portés au sol, puis encore la salsa, puis encore des portés... Le plaisir de l'échange est là et la barrière de la langue s'amenuise ! Angelica bouge magnifiquement bien et c'est beau de la regarder. Tous, les gars comme les filles, semblent avoir baigné dans cette ambiance et il paraît tout naturel pour eux de bouger si bien en rythme avec la musique et avec cette aisance ! Nous repartons avec le sourire aux lèvres et retournons à l'hôtel où nous avons RDV avec Pascal, un ami Suisse de Pablo (le frère de Marion).

Nous partons donc tous les six manger dans le restaurant de l'hôtel en dessous du nôtre, car le nôtre est décidément trop grande classe, trop guindé ! Après quelques mots pour faire connaissance, Pascal nous explique un peu ce pour quoi il est ici. Il travaille pour le PBI : peace brigades international, ONG qui s'est créée en parallèle à l'ONU. Son boulot -si on a bien compris car ça ne semble pas si simple !- consiste en un accompagnement politique pour donner une visibilité aux associations locales qui se battent pour les droits de l'homme. Nous en profitons pour lui poser quelques questions sur la sécurité en Colombie et sur l'actualité politique. Pour faire un rapide résumé de ce que j'ai compris : on peut distinguer comme acteurs du conflit et de l'insécurité : les guérilleros, les narco-trafiquants et les para-militaires. Parmi les guérilleros, on trouve les FARC, mais aussi d'autres groupes tels que l'ELN, qui sont des groupes politiques d'extrême gauche qui veulent renverser le pouvoir en place. Les narco-trafiquants sont ceux qui trafiquent la drogue (ça, c'était facile à trouver !). Culture de la cannabis au départ (pour répondre aux besoins des Etats-Unis, chez qui la production est interdite), puis de la coke, car les trafiquants ont rapidement trouvé ça plus juteux ! Les para-militaires sont des militaires qui à la base étaient attachés au gouvernement et qui ont ensuite pris leur indépendance. C'est très compliqué de tout comprendre, car les narco par exemple, peuvent aussi se mélanger aux guérilleros ou aux para-militaires... etc. Juste pour raconter une des histoires horribles que Pascal nous a racontées : De nombreux paysans se font assassiner pour qu'ils abandonnent leurs terres et que soit plantée de la palme africaine qui sert à la fabrication du bio-carburant. Ce commerce est tellement juteux que pour cela sont assassinés des gens, et détruites des forêts. J'ai les dents qui grincent quand j'entends ca... Je ne peux pas tout retranscrire ce qu'il nous a raconté, mais c'était vraiment enrichissant de commencer, même qu'un tout petit peu, à comprendre tout ça.

Bucaramanga

Départ à 6 heures pour l aéroport. Nous avons deux avions a prendre. Je les redoute un peu car pour venir à Medellin, nous avons eu un vol éprouvant, avec beaucoup de turbulences et pour la première fois de ma vie deux trous d'air coup sur coup. Nos voisins Colombiens se sont retrouvé arrosés de café, leur costume-cravate imprésentable ! La seule touche amusante de l épisode était le café collé au plafond qui, goutte à goutte coulait sur les sièges ! Un peu d´appréhension donc, mais les deux vols se déroulent très bien, de quoi nous réconcillier avec les transports aériens. Seule précaution, aucun de nous n'a pris de café ! !



Nous arrivons à Bucaramanga à 10 heures et sommes accueillis par Amparo, la directrice de l'alliance. Elle est venue nous chercher avec le bibliobus de la ville. Nous nous installons dans le véhicule tout coloré et partons pour l'hôtel. Amparo nous parle beaucoup, avec chaleur et gentillesse. Le spectacle a lieu à 16 heures, sur une place de la ville. Au début (c'est un spectacle que nous offrons) elle a voulu nous faire jouer dans un quartier ou sont les classes 1 et 2. Mais elle a eu peur pour notre sécurité, elle même osant à peine y aller. Elle a donc trouvé un parc, au milieu d'habitations qu'elle compare à nos HLM français. Les Colombiens se divisent en 6 classes sociales. La classe 1 étant la plus pauvre, la classe 6 la plus aisée. Contrairement aux castes indiennes, les Colombiens peuvent changer de classe sociale, celles-ci dépendant des ressources. L'"avantage" de ce système réside entre autre dans les factures. Ainsi une classe 1 paiera 10 000 pesos d électricité tandis qu'une classe 6 en paiera 80 000. Les étudiants de l'alliance sont des classes 5 et 6. Le quartiers où nous sommes pour le spectacle, des classes 3 et certains spectateurs des classes 1 et 2. Vocabulaire un peu dur à digérer pour nous. Les écoles sont gratuites mais les classes les plus élevées mettent leurs enfants dans des écoles privées. A la fin du secondaire, tous les lycéens effectuent un service civil obligatoire qui consiste (par exemple) à aider dans les écoles des quartiers.

Sur la place, c'est une mini fête foraine qui se prépare. Vendeurs de peluches, tir à la carabine, maïs grillé, voiturettes... Un fond de scène de 4 mètres de haut a été installé, mais pas de scène. Nous nous installons par terre en dépliant de grands tapis de danse. Dès l'échauffement, le public se rassemble.



C est un spectacle très populaire. Près de 800 personnes forment un cercle autour de nous. Nous nous fondons dans les décors des festivités de la place. Pendant le passing final, j'ai un petit coup de barre. Les bras chauffent, je me dis que quand même, il est a peine 17 heures et on a pris deux avions et fait un spectacle. A peine le temps d y penser, je me reconcentre. J'ai l impression que la foule entière s est donné le mot pour venir nous serrer la main et nous embrasser !



Ps : Ça y est, on s est acheté des wonderbras, on ressemble à des Colombiennes !

Cali - Une journée électrique Par tourdecirque, mercredi 23 avril 2008 Nous nous levons à 4 heures du matin. Dur, dur, après le spectacle d'hier soir ! Nous sommes tout frippés, encore émus de la soirée dans le théâtre de Bucaramanga. Amparo nous a réservé un accueil si chaleureux... elle était tellement touchée de notre présence chez elle, elle disait : "je n'arrive pas a y croire, les artistes du cirque français sont là...". 1100 spectateurs. C'est notre meilleur spectacle. Standing Ovation à la fin...

Ce matin c est un peu plus dur. 4H30 : minibus 5H30 : premier avion 7H00 : deuxième avion 8H00 : minibus 9H00 : hôtel de Cali La, on n'a pas de chance, l'hôtel est très chouette, mais il refont la rue à coup de marteau piqueur. Pour la sieste avant de jouer, c'est raté ! Farid boit des bières en attendant de s'en remettre, je vais me balader dans le quartier pour appeler les enfants.

14H00 : atelier dans le théâtre. C est Farid et Ben qui s y mettent et 22 petits Colombiens des quartiers déboulent sur scène... 15H00 : on se retrouve sur le plateau. Tout le monde est fatigué, tendu, énervé. On se prend légèrement la tête sur les lumières, l'échauffement... Apres le succès d hier, ça va être difficile, c'est sûr... 18h00 : les spectateurs entrent, je me pose pour me concentrer et suis à deux doigts de m'endormir ! Le spectacle est une véritable catastrophe interne. Plein de petits riens qui empêchent son déroulement paisible. La pomme qui tombe par terre, l'espace qui est mal géré, ma valisette qui s'ouvre et toutes mes balles qui roulent sur scène. Je crois qu'on a tout fait en une seule représentation, comme ça au moins... Pendant les portés à 3, je monte sur les épaules de Ben. J'entends un bruit et me dis : "tiens on dirait que mon bouton pression s est défait...", puis en même temps que je me penche vers Sailen pour la hisser vers moi, je me dis aussi : "Mais, je n ai pas de bouton pression !". Je pousse un cri et me relève vivement. C'est en fait la ficelle de mon corset qui s'est cassée et celui-ci me glisse sur les bras. Je suis dos nue et plaque avec mes mains le morceau de tissu contre ma poitrine pour ne pas être complètement à poil. Debout sur Ben, je gratifie le public d'un sourire idiot et cherche un moyen de descendre. Précipitation dans les coulisses, Farid rafistole. Sans autre grand souci, le spectacle se termine... Le public est malgré tout avec nous. Mais on sait bien que ce qu'on a donné ce soir n'est pas le mieux que l'on puisse faire ! Trop de spectacles, trop de fatigue, celui-ci restera dans les annales ! Et quand on s'en sera remis, on fera comme Hélène en régie : On rigolera pendant une demi-heure en pensant à ce traître de costume !

Popayan, la ville sainte de l'Amérique du sud Par tourdecirque, vendredi 25 avril 2008 Nous jouons à Popayan. Vieille ville coloniale blanche avec ses oprtes, ses fenetres en fers forgés noirs. On nous emmène dans le théâtre. C'est un théâtre à l'italienne, magnifique.



J'ai l'impression de jouer dans un lieu mythique ! Nos techniciens s'appellent Jésus (rezus de prononciation) et Jules César. Partout dans la ville, dans l'hôtel, dans les cafes, il y a des reliques religieuses de la vierge, des saints, des anges, des croix métalliques. A Popayan se déroule un festival de musique sacrée et huit clochers au centre-ville carillonnent tous les jours. A la fin du spectacle Farid, prend le micro et termine son discours : "gracias à Hélène pour la musica et à Rezus pour le Luz !" "Merci à Hélène pour la musique et à Jésus pour la lumière !" Dans une ville sainte, ca valait le coup d'être noté !



Une journée "pas pareille" Jeudi 24 avril Multiples contrôles pour réussir à prendre l'avion. A l'entrée de l'aéroport, à l'entrée de la salle d'attente, à l'entrée de l'avion... Le gouverneur de la région prend le même vol que nous, alors les vérifications se multiplient. Il faut dire que sont prédécesseur est mort dans un attentat... A l'enregistrement, nous apprenons que les conditions atmosphériques ne permettent pas à l'avion venant de Bogota de décoller... De quoi me rassurer ! Nous avons deux vols à prendre pour atteindre Armenia où nous jouons ce soir à 20 heures. Ce n est pas très loin de Popayan, mais la route est en zone rouge et le ministère ne veut donc pas que nous la prenions. Pendant que nous méditons les choix qui s'offrent à nous, le gouverneur, un tendre vieil homme barbu vient nous féliciter pour notre prestation d'hier. Et en français, s'il vous plaît ! !! Finalement, l'avion est annoncé, mais nous avons déjà raté notre correspondance. Le réseau des téléphones portables des alliances françaises se met en route : on annule l'atelier prévu à Armania avant le show et Vanessa viendra nous chercher à l'aéroport, pour nous faire patienter pendant les 5 heures d'attente. Les calculs commencent. On devrait avoir le temps de monter le décor et de s'échauffer correctement avant que ça commence... pour la fatigue... on verra bien, même si on la redoute. Premier vol enfin. Attente. Impossible d'obtenir des nouveaux billets. Tout le monde en réclame. Vanessa met le paquet : artistes, spectacle ce soir, les français, leur travail, les enfants qui ne nous verront pas... Ça finit par marcher ! Nouvel embarquement à 16 heures. Au moment où l'avion met en route ses héices, Hélène tapote, sceptique, le hublot : " Eh, les copains, je ne voudrais pas vous inquiéter, mais notre malle bleue n'a pas été chargée !" On se précipite pour regarder. C'est bien la nôtre, là, juste par terre ! On s'excite, le steewart nous dit qu'un autre vol l'emmènera à 19 heures. J'appelle Mikaël, le discours change. La malle suivra dans 15 minutes. On décolle en la laissant sur le tarmac. Armania. On apprend enfin la vérité Notre bagage sera là à 19h30. Le spectacle commence à 20 heures. Ca turbine dans nos cerveaux ! Heureusement, l'équipe de l'alliance est très chaleureuse. On nous embarque dans des voitures pour rejoindre la ville. En route, notre conducteur écrase un chiot déjà esquinté par un précédent véhicule. Les jappements s'arrêtent net. C'est glauque. Notre conducteur blêmit et moi j'ai l 'impression que cette sale journée n'est pas finie ! Nous arrivons au théâtre Azul, tenu par un comédien. Un groupe de jeunes jongleurs est là. Ambiance MJC, théâtre sans prétention, mais avec une très belle énergie. Pour parer à l éventualité que le décor n'arrive pas, on dresse une liste de tout ce qui nous manque pour pouvoir jouer. Et là, le miracle s accomplit. En 30 minutes, l'équipe nous récupère : des nappes vertes, un poste radio pour remplacer le gramophone, des bougies, des verres, des bouteilles, des objets insolites, des tables, des chaises, des moquettes, des couvercles de marmites pour les cymbales, du jus pour le vin, un ananas, des diabolos et leurs baguettes... Même si la scène ne ressemble plus trop à un bal populaire français... on a de quoi jouer. Et leur énergie nous a remis du baume au cœur. Ils ont été incroyables ! Manque aussi mon costume, je prends une robe de Sailen. J'ai l'air ridicule, c est parfait ! La malle n'arrive pas, mais l'équipe du théâtre a tellement donné que nous ne pouvons que nous adapter avec plaisir et tenter de tout faire pour leur offrir un spectacle motivé et généreux. Dans les loges avant de commencer, on se serre un petit coup dans les bras pour s'encourager. Ben me presse. Je sens une côte douloureuse dans mon dos et crac ! j'ai une vertèbre qui se déplace. Il n'a pas senti sa force, le chameau ! J'entre sur scène avec une vive douleur dans la poitrine. Non, décidément, c'est une journée pas pareille !

La route du cafe Armenia, Manizales, Pereira... trois villes sur la route du café. Trois spectacles en trois jours. Cette fois, c'est par la route que nous relions ces différents lieux. Autour de nous, le paysage n'a rien de commun : des caféiers à perte de vue, des bananiers qui leur donnent l'ombre nécessaire, des bambous et des cannes à sucre. Nous sommes sur une terre volcanique qui tremble parfois, se réveille rarement. Le paysage est magnifique, des collines dans la montagne et ce vert foncé partout. Du café, encore du café. La Colombie est le 3ème exportateur mondial de café... derrière... derrière... ? Allez, je vous laisse chercher ! Interdit de se renseigner sur google ! La différence c'est que le café colombien est le meilleur... et le meilleur du meilleur part à l'exportation. Ceux qui veulent goûter du bon café Colombien peuvent aller à "Champion" !



Ca sent la fin. Hélène continue de comptabiliser les entrées au spectacle. On en est a 9560. Allez ! Un petit passing dans l aéroport et on devrait atteindre la dizaine de milliers ! Demain, nos trois derniers avions ! Ben m'a replace ma vertèbre après le spectacle d Armenia. Une petite manipulation, un décontractant musculaire, un bon dodo, et hop, c est comme s'il ne s'était rien passé ! Ma cheville est toujours gonflée, mais elle a tenu le coup !

Spectacle à Pereira :





Un petit merci s'impose !



Allez, merci à Ben qui a attendu deux heures, appareil photo en main pour pouvoir récupérer nos reportages à la télé, et a pollué la moitié des ordinateurs Colombien en téléchargeant des programmes pour les mettre en ligne ! Merci à Hélène pour les photos, à Saïlen, à Farid, à ma mère pour l'orthographe, à tous pour vos commentaires ! Une pensée spécialement émue pour nos enfants qui nous ont attendus en France en nous souhaitant de bons spectacles au téléphone, à l'autre bout du monde. Un énorme coup de chapeau à tous les directeurs d'alliances, attachés culturels et techniciens qui tout au long de notre parcours se sont mobilisés pour que nos spectacles soient une réussite ! A Eve et Julie pour les relais en France Bref, une belle histoire d'équipe ! 13 spectacles. 14 avions. 9 villes. 18 jours. 30 heures de voyage retour... Nous allons mettre quelques jours à digérer tout cela (un "gloups" pour Saïlen et Ben qui jouent aujourd'hui à Lyon, pas de repos pour les acrobates). Déjà de nouveaux projets de tournées fleurissent dans nos caboches... alors à bientôt !

Marion
Voyage romancé à Hué (Vietnam) English translation pending
by Elfia · 2008-01-03 · 5 replies
Bonjour, En 2004, je suis allée au Vietnam. A mon retour, j’ai écrit ce texte qui reprend la partie du voyage qui s’est déroulée à Hué pendant le Festival franco-vietnamien. J’y reprends mon vécu mais de façon romancée, c’est-à-dire que l’histoire est complètement fictive mais basée sur l’existant : les lieux, les personnes (dont j’ai changé les noms …), du ressenti. Le texte s’intitule « My », un prénom qui signifie beauté. Il raconte l’histoire d’une femme, Clélia Rivière qui se trouve à Hué pour écrire un guide touristique sur la ville. Comme c’est l’époque du festival franco-vietnamien de Hué, elle rencontre deux artistes, l’un Français, l’autre vietnamien qui rivalisent à tous les niveaux (art, civilisation, amour). Le récit est entrelardé d’extraits du guide touristique que la femme est en train d’écrire, ce qui permet au lecteur d’apprendre en même temps l’Histoire du lieu dans lequel se situe l’action.

Voici dans son intégralité ce texte que j'ai voulu être une approche originale du Vietnam d'aujourd'hui.

Elle s'appelle Clélia Rivière. Rivière, c'est son nom de jeune fille qu'elle a repris après son divorce. Divorcée sans enfants, voilà ce qu'elle est selon l'Etat Civil français. Sans enfant vivant. Leur fils aurait eu vingt-deux ans. Elle en a quarante-huit et elle est encore belle. La chambre qui est autour d'elle est une chambre d'hôtel du premier étage de l'Hué Majestic Hotel. Clélia Rivière est à Hué, au Vietnam, dans le centre de ce pays qui s'étire le long de la Mer de Chine méridionale comme une échine de dragon. Au Nord, Hanoi et la baie d'Halong. Au Sud, Saigon et les mangroves du Mékong. Elle est à Hué pour écrire un livre sur la ville. Un coopérant de l'Alliance française de Hanoi lui a conseillé de s'adresser à Buu Y, le traducteur attitré de Sartre et de Camus, historien et grand érudit de la ville.

Elle est à Hué depuis six semaines et elle s'y plaît. Elle aime la ville, la rencontre avec Buu Y et l'écriture qui en découle. Buu Y est un homme charmant, cultivé, raffiné. Ils se voient trois fois par semaine. Clélia enregistre l'interview, la réécoute et agence les informations en un texte cohérent.

A sa table de travail, le nez contre le mur, la femme travaille sur l'une des premières interviews de l’historien, celui où il décrit la ville. Elle s'en est imprégnée et a rendu un texte qu'elle relit à voix haute dans le ronronnement domestique de la climatisation et du ventilateur fixé au plafond. Dehors, la température atteint 40°C. Le taux d'humidité s'approche de 90%. Il pleut. Il y a trois jours, un terrible typhon s'est abattu sur la mer de Chine, s'y rattachant en un nombril dont le cordon ombilical serait une colonne d'eau reliant la terre et le ciel.

Extrait de "Hué la belle", de Clélia Rivière, chapitre : La Citadelle. La ville de Hué fut bâtie sur le modèle du Pékin de l'empire Ming, c'est-à-dire dans une période comprise entre 1368 et 1644. Elle comportait trois villes gigognes : la ville capitale (Khin Thàn), la ville impériale (Hoàng Than) et la Cité pourpre interdite (Tu-Câm-Thânh). Conformément à la géomancie et à la cosmogonie chinoise, l'entité architecturale a été inscrite dans un espace protégé par de multiples sites et divinités propitiatoires, par exemple la Dame céleste, dont la pagode se dresse sur un tertre à deux kilomètres de la ville. Ce tertre est la Montagne magique qui abrite les dieux protecteurs du sol. A deux kilomètres au Sud, le tertre du district méridional (Nam Giao) est le tertre du sacrifice du Ciel. Il est calqué sur le modèle de l'esplanade du temple du Ciel à Pékin, avec ses quatre terrasses symbolisant le monde souterrain, la Terre et le Ciel. A trois kilomètres au Sud-Ouest, la colline Ngu-Binh (Ecran du roi) et ses cinq terrasses concentriques seraient plutôt un paravent naturel et cosmologique protégeant le palais contre les forces et les courants néfastes. La ville capitale était la citadelle, le siège du Pouvoir, un Pouvoir héréditaire mais mâtiné de méritocratie. C'était le siège de la pensée et de la culture. La cité impériale était le siège de la famille régnante, des commis de l'Etat et des médecins. La Cité pourpre interdite abritait le souverain et sa maison, au sens féodal du terme, ainsi que les eunuques. Toujours selon la tradition chinoise, la citadelle était traversée par un axe Nord-Sud symbolique. La partie Est, aînée, supérieure, masculine et civile, regroupait les activités culturelles avec les bibliothèques, les jardins, le théâtre et le mandarinat civil. La partie Ouest, cadette, inférieure, féminine et militaire, abritait les princesses et les concubines ainsi que le mandarinat militaire. C'était un lieu dont la conception fut dès le départ magique et mystique, flottant entre la terre et le ciel, comme le lotus qui s'enracine dans la vase et se dresse vers le ciel.

Clélia Rivière maudit cette pluie assommante qui tabasse de l'autre côté de la vitre et l'empêche à la fois de travailler et de sortir. Toutes les eaux du ciel dévalent en cascades des toits sur le balcon, sur la fontaine en bas dans la cour de l'hôtel. Eaux chaudes et touffues, chevelure liquide tombant sur les épaules nues de la ville. Pour se consoler, elle appelle le bar, commande un jus de fruit. Un vrai jus de fruit, fait avec des fruits frais et qui glisse dans la gorge avec le coulé glacé d'un reptile. Le plaisir lui chavire les yeux. Elle allume le téléviseur. Des images défilent en boucle. Des images de Hué et de son festival dont c'est aujourd'hui l'ouverture. Des cérémonies doivent se dérouler à la Citadelle et Buu Y doit monter à la tribune pour faire un exposé. Les images télévisées montrent que le festival est au point mort. En ville, c'est la désolation. Les fragiles décors de papier et de bambou qui habillaient l'esplanade pendouillent tristement. Les calligraphes et les peintres ont plié boutique. Le kiosque est désert et aussi la terrasse du Paradise Garden. Repliés au dessus des tables, les parasols ressemblent à des flamants roses dormant sur une patte. La fresque murale des étudiants des Beaux-Arts de Hué parade devant les bancs vides. C'est un désastre. Et à la Citadelle, c'est l'attente. Certains pontes ne sont pas encore arrivés car l'activité de Phu Bai, l'aéroport de Hué, a été suspendue en raison des conditions météorologiques. Les voitures policières attendent en bout de piste tous gyrophares éteints.

Attendre, c'est tout ce qu'il y a à faire. Attendre que l'inspiration vienne ou que la pluie cesse permettant une sortie. Les dieux asiatiques choisissent de faire une éclaircie. Ils relèvent leurs bras gonflés de pluie et s'ébrouent. Quelques gouttes attardées restent pendues à l'arrondi des tuiles puis se détachent une à une pour tomber avec un bruit mat sur le béton et le bois. Clélia s'habille en hâte. Un pantalon, un tee shirt, des sandalettes. Pas très protocolaire mais tant pis. En dernière couche, elle se chape d'un imperméable bleu à capuche qui couvre tout son corps comme une toile de tente. Pour les Vietnamiens, c'est même un abri familial sous lequel les cyclistes ou les motobykers abritent leur femme et leurs enfants embarqués avec eux. Dehors, Clélia aspire goulûment les senteurs concentrées par la pluie. Odeurs des végétaux : arbres, mousses, pelouses, bambous, plantes de toutes sortes, amalgamées dans un magma olfactif indistinct. Les sucs en pleine effervescence ont une épaisseur de miel. Ils débordent et ruissellent. Le ruissellement est la quintessence du Vietnam, sa substance. Ruissellement des pluies, des fleuves, de la mer, de l'eau des rizières. Ruissellement des hommes qui évoluent comme des bancs de poissons. Dans les rues, les gens se pressent, confluent vers le centre de la ville où il doit se passer quelque chose, enfin. Il fait sombre. Le Vietnam étant situé presque sur l'Equateur, le soir tombe tôt en cette saison. Le pylône de la radio qui fait face à l'Hué Majestic Hôtel a déjà allumé ses lampes. On dirait un sapin de Noël. La femme a troqué les taxis et xe om (moto-taxis) contre une bicyclette de location. Pour écrire la ville, elle a besoin de la lire. Elle la lit à vélo, traçant des sillons qui sont comme les pliures d'une lettre d'amour cent et cent fois relues. Son vélo se trouve à l'abri sous l'auvent de l'hôtel. Elle l'enfourche. Roule. L'embiellage fiévreux de ses jambes l'enfonce comme une racine dans le ventre bouillant de la ville. Elle rejoint la foule en route vers la cité impériale où les cérémonies d'ouverture doivent se dérouler. Elle suit la rue Lé Loî qui longe la Rivière des Parfums, passe devant le QG français du Festival, franchit le pont vers la Citadelle. Les bannières de la Tour du Drapeau claquent au vent. Dans les douves qui cernent la forteresse, les lotus ont refermé sur leur coeur jaune leur ventre rose pastel acidulé.

La cérémonie d'ouverture a bien lieu mais elle est écourtée. Sans quitter sa chaise longue sous son parasol devenu parapluie, le gardien du parking fait signe à la femme de continuer sa route car il n'y a plus de place sur l'emplacement qui est de son ressort. Une Petite Bleue lui désigne les arbres qui jalonnent la route vers le parc Thin Tam. Elle adosse son vélo au tronc d'un arbre et l'attache avec une chaîne cadenassée. Les Petits Bleus sont des jeunes, filles ou garçons, employés par la ville pendant toute la durée du Festival. Nombre d'entre eux sont étudiants. Certains fréquentent le Cercle francophone ou le Centre français. Clélia trouve qu'ils font jolis dans le paysage. Elle les appelle tendrement «mes Libellules bleues». A la tribune, les discours se succèdent. C'est long et ennuyeux comme toutes les interventions officielles du monde. Bruyant aussi. Les haut-parleurs, la musique, la circulation, les gens ... Et à nouveau la pluie.

C'est la débandade. Les gens courent de partout en poussant des cris d'enfants. Avec leurs imperméables, ils ressemblent à des fantômes de couleurs vives. Ce bain d'eau et de foule est terriblement excitant. De nouveau, c'est la course folle. A nouveau, Clélia Rivière intègre et s'agglomère à la foule qui coule comme une lave en fusion vers le centre de la ville. Elle dépasse les jeunes filles du défilé en Ao Dai blanc qui courent à la marge de la rue. Il fait nuit noire. Leur silhouette se découpe dans le faisceau lumineux des phares. La robe relevée jusqu'aux genoux, le non-la (chapeau conique en feuilles de latanier) baissé jusqu'au nez, elles ont perdu de leur superbe. On dirait des Cendrillon transformées en citrouilles. La circulation enfle au fur et à mesure que s'agglutine le flot humain, à pied, en vélo, en motocyclette, en pousse-pousse, en automobile. Elle file, file, emportant chacun dans son flux.

Aveuglée par les éclats de lumière que jettent les phares, Clélia ne voit plus rien, elle ne sait plus où elle est. C'est comme si elle avait changé de dimension, comme si elle avait été lancée sur orbite, façon E.T. dans le film de Spielberg. Une sensation de plénitude l'envahit. La masse en mouvement arrive à pleine vitesse au pont Tran Tien, ce superbe mécano de l'école Eiffel, avec ses arches tendues comme des arcs. La pluie redouble. La femme file. L'eau ruisselle sur son dos de tortue bleue, ses chaussures sont gorgées d'eau. Si ce mauvais temps persiste, bientôt viendra la moisissure et son lent processus de digestion, de dissolution, qui travaille comme un levain les tissus et les chairs. Le pont est là. D'abord passer dans l'entonnoir du rétrécissement de la route, négocier le passage, en douceur, suivant le rythme de la vague. C'est comme une plongée en apnée. Dans un vrombissement de sang battant dans les tempes, la foule franchit le pont. Des projecteurs et des lasers inondent de couleurs fluo le squelette métallique. L'acier des poutrelles étincelle de mille étoiles acérées. Le temps est comme suspendu au-dessus de la rivière. Il y a quelques années, il y a eu de terribles inondations et, au niveau du pont, on a repêché une dizaine de noyés. Au moment où Clélia pense à ces gens, le pont l'éjecte. Elle prend une grande goulée d'air. Dans l'élargissement de la route retrouvée, elle récupère sa respiration. L'allure de la vague ralentit car elle se rapproche du centre de la ville et la grande route se divise en de multiples rues. Clélia ne veut pas rentrer à l'Hué Majestic Hôtel par la grande artère et son rond-point centrifugeur alors elle prend la rue qui offre dans sa perspective le pylône lumineux dressé près de l'hôtel. En avant toute vers ce phare qui brille dans la nuit.

Les véhicules se sont raréfiés. La femme est pratiquement seule à défiler entre les vitrines aveugles des échoppes qui flanquent les deux côtés de la rue. La vie s'arrête tôt au Vietnam, sauf dans quelques lieux nocturnes où se retrouvent les classes privilégiées et les adolescentes qui vendent la Tiger Beer. Il ne pleut plus. Le ciel est d'une profondeur océane. La femme rentre en musardant le nez en l'air. Elle a quitté la ville et roule entre des rangées d'arbres. Dans l'obscurité, elle voit trop tard la branche qui empiète sur la voie. L'écart qu'elle fait pour l'éviter la désarçonne et la flanque par terre complètement sonnée. - «Tu t'es fait mal ? »

Elle lève les yeux, les dirige vers l'endroit d'où est venue la voix. Ses yeux voient l'homme. Les pieds de l'homme chaussés de bottines orthopédiques. Ses yeux remontent les jambes torses jusqu'au visage. L'homme a des cheveux noir corbeau, reliés en queue de cheval dans la nuque. Il a les dents jaunes des fumeurs. Il est assis sur l'un de ces tabourets de couleurs criardes qui s'épanouissent sur les trottoirs des pays du Sud. Derrière lui, appuyées contre le mur, des béquilles. Il dit son nom : Long.

* ** Le magnétophone mange le disque comme s'il en avait faim. La voix de Buu Y se déroule dans la chambre, enroule ses spirales dans les tentures que la femme a fermées pour que reste dehors les rumeurs de la ville. Buu Y raconte Hué, Hué la Française, belle comme une buée sur du verre, dont le nom dérivé de Hoa signifie harmonie. Il raconte la Rivière des Parfums, cette rivière qui porte la ville sur sa hanche comme une femme son enfant :

«La légende dit que la rivière s'appelle la Rivière des Parfums parce que les princesses de Hué se baignaient dans ses eaux avec des huiles parfumées mais je crois qu'on lui a donné ce nom à cause de la plante odorante que l'on trouve à sa source. C'est une plante médicinale mais j'ai oublié son nom. »

Le magnétophone crachouille. Feuillettement de papiers, murmures, pas qui s'éloignent emmenant la voix dans leur sillage. La femme entend à peine : «Excusez-moi, je reviens». Au-dessus de sa tête, Buu Y foule le plancher. Il cherche dans ses livres le nom de la plante qui a baptisé la Rivière des Parfums. Elle l'entend chantonner. Pendant tout ce temps que Buu Y cherche le nom de la plante dans ses livres, Clélia passe en revue la pièce dans laquelle elle se trouve. C'est une grande pièce, confortable et bien éclairée. La bibliothèque est copieusement garnie. On y trouve des livres de Marguerite Yourcenar, Michel Tournier, Marguerite Duras, Jacques Lacarrière, Pierre Loti. Tous les auteurs qu'elle aime. Buu Y apprécie que la femme apprécie. Il n'a pas trouvé le nom de la plante mais elle doit pouvoir trouver dans les documents qu'il lui prête. C'est à ce moment-là que Clélia Rivière décide de connaître la ville en creux, en visitant les lieux qui la cernent et donc la dessinent. La ligne claire se trace en remontant par bateau le cours de la rivière vers les Tombeaux des Rois et la Pagode de la Dame céleste.

L'embarcadère se trouve au-delà du Pont Tran Tien. Les bateaux touristiques sont à quai, tout près du guichet où l'on achète les billets. Les visites de groupe se font sur des bateaux genre Bateaux Mouche. Ils sont familiers dans le paysage, avec leur proue cannelée en forme de dragon et l'oeil peint sur chaque côté de l'étrave qui leur donne l'air de loucher. Ils portent les couleurs du Vietnam qui sont le jaune et le bleu.

Clélia Rivière veut être seule alors elle négocie une excursion individuelle sur une petite embarcation, visiblement un sampan reconverti. Une femme la fait monter à bord en la tirant par la main. Il faut se déchausser puis s'asseoir à même le fond du sampan. Un homme s'active aux machines. Le bruit du moteur et le glissement de l'eau contre la coque emplissent le corps de Clélia. Le sampan longe la berge. Des petits sentiers de terre remontent du fleuve vers l'arrière des maisons. Dans la pénombre des patios, la femme devine une table, quelques poteries, du linge. Plantées dans l'eau, des femmes épluchent des légumes. Les détritus vont directement dans la rivière. Quelques poules, quelques canards, des enfants qui jouent, qui font signe au bateau qui passe, qui s'en va. C'est une vie grouillante, humide et chaude qui s'épanouit au derrière de la ville, au bout de ses boyaux. La femme laisse sa main glisser dans l'eau, les doigts écartés en éventail. Le vent qui tourbillonne dans l'habitacle ouvert est agréable même si par moment il rabat les odeurs grasses du moteur. La batelière entre dans sa deuxième phase de travail : vendre à la touriste les articles qu'elle transporte dans son panier. Des cartes postales, des calligraphies, des porte-clés. Ostensiblement, Clélia détourne les yeux, les laisse flotter sur le paysage qui défile. Elle refuse de se laisser divertir, de se gaspiller en relations mercantiles. L'embarcation dépasse des sampans à l'ancre au milieu du fleuve pour remonter du sable et des graviers. La femme constate qu'il y a seulement quelques semaines, les villages sampaniers étaient plus proches de la ville. Elle se dit qu'ils ont du être refoulés à cause du festival et que les gens du Peuple de l'eau, plus encore que les ethnies des montagnes, sont les Manouches du Vietnam.

La Rivière des Parfums va vers le Sud de la ville où se trouvent les Tombeaux des Rois. Il y en a sept, éparpillés dans les campagnes, tous bâtis selon les même plans et comprenant cinq éléments : une cours peuplée de statues, un pavillon abritant une stèle sur laquelle un panégyrique du défunt a été gravé par son fils héritier, un temple, un pavillon des plaisirs et enfin la tombe proprement dite. Le site a été choisi dans la stricte observance de la géomancie chinoise : parce qu'il est baigné par un cours d'eau et barré à l'horizon par un massif montagneux. Plusieurs tombeaux sont des copies d'édifices chinois mais certains témoignent d'une influence européenne. Tous ont été construits du vivant de leur futurs occupants, mandarins, rois ou empereurs. Le document de Buu Y égrenne la litanie des noms : Gia Long, Minh Mang, Tu Duc, Duc Duc, Dong Khanh, Thieu Tri et Khai Dinh.

L'accostage à l'embarcadère de la Pagode de la Dame céleste est assez sportif. Le sampan accosté dérive et s'écarte de la rive avant que la femme ait sauté à quai. Les bateliers rient. Ils se vengent gentiment de la touriste qui a refusé d'entrer dans leur dialectique. La pagode a été construite en 1601 par le Seigneur Nguyen Hoang, en hommage au héro d'une légende dans lequel il s'identifiait. Cette légende dit qu'une fée en habits rouges et verts a prédit qu'un roi érigerait une pagode en cet endroit.

Un sentier grimpe du débarcadère aux marches qui mènent à la tour. La configuration des lieux fait penser à une tortue. Au Vietnam, la tortue est un animal sacré au même titre que la licorne, le dragon et le phénix. Le dragon représente le masculin et le phénix, le féminin. La tortue est symbole de longévité et la licorne, symbole de bonté et gage de paix. Des animaux secondaires les rejoignent dans la mythologie comme la grue, le lion, la chauve-souris et le poisson. Erigée sur la colline, la tour compte sept étages. Comme dans tous les édifices religieux, on trouve des autels, une cloche et des statues. Les matériaux utilisés sont la pierre, la brique et le bois. Le site est un chantier de l'Unesco. Des ouvriers s'activent à restaurer les tomettes et les balustrades. Parmi eux, plusieurs femmes. Il y en a beaucoup sur les chantiers. Elles sont en charge du mortier, qu'elles gâchent dans des brouettes et montent dans des seaux à l'aide de poulies. L'activité prosaïque et profane ne fait pas oublier qu'il s'agit d'un monastère. Par la porte discrète qu'a emprunté un jardinier, la femme sort de l'enceinte de la pagode et, marchant entre le mur et le champ qui le longe, elle se dirige vers la tête du domaine. Des voix lui parviennent. Celles de bonzes en prière qu'elle ne verra pas. Dans un Vietnam reconverti au stalinisme, les persécutions religieuses s'amplifient. Des prêtres et des bonzes disparaissent. Dans un passage de la pagode, deux statues se font face. L'une est le général rouge qui personnifie la colère.

* **

Clélia Rivière revoit régulièrement Long. Comme un vieux cheval retourne à son étable, elle retrouve pratiquement chaque soir la galerie d'art que tient l'infirme dans le quartier artistique de Hué. Il expose quelques jeunes élèves de l'école des Beaux-Arts qu'il a pris sous son aile. Le métier d'artiste est difficile partout mais dans ce pays qui louvoie entre le dollar et l'art officiel, l'artiste devient carrément schizophrène. A moins de s'abîmer dans la peau de l'artiste maudit, beaucoup d'entre eux font naufrage et disparaissent corps et âme dans des professions de subsistance. Pratiquant la maïeutique comme M Jourdain faisait de la prose, Long aide les jeunes artistes à maintenir le cap en mettant à leur disposition un atelier et un espace d'exposition. Il y a bien quelques rivalités - les artistes ont un ego sur-gonflé et les décisions cristallisent les jalousies - mais dans l'ensemble ça se passe bien. On voit même se dessiner de véritables mouvements artistiques autour de techniques ancestrales comme l'estampe, la laque ou la calligraphie. Les puristes et les nostalgiques crient au scandale mais les artistes persistent et signent. Long tient sa galerie de main de maître et, du haut de ses jambes torses, règne sur la vie artistique de Hué.

La femme le voit le soir, quand la galerie baigne dans la clarté électrique et que les toiles reflètent une lumière magique, mystérieuse, comme venue d'ailleurs, de l'envers de la vie, là où les choses changent de visage et de sens. Clélia et Long s'asseyent sur les tabourets colorés placés sur le trottoir et ils parlent. Long est francophone. Ca devient rare au Vietnam où l'Anglais taille des croupières au Français depuis des décennies. Les personnes d'un certain âge comme Long le parle encore mais les jeunes, de moins en moins. Ils ont adopté l'Anglais, la langue des affaires. Surtout les garçons. Les jeunes filles sont restées fidèles au Français, la langue du coeur, du romantisme, du Prince Charmant. En fait, les Vietnamiens apprécient à son juste prix leur indépendance mais ils constatent qu'ils préfèrent les Français aux Américains. Comme disent nombre d'entre eux : « Les Américains, ils viennent, ils prennent et ils partent. Les Français, ils construisent des hôpitaux et des écoles.» Long est francophone et aussi francophile. Il aime la littérature française. Il fait l'éducation - culturelle et sentimentale - de ses jeunes avec des romans. Des romans d'amour, surtout mais dont le sexe est absent. On ne parle pas de sexe au Vietnam. Il aime surtout la chanson française, Ferré, Brel et Brassens. Ecouter "gare au gorille" dans la nuit vietnamienne en sirotant un verre d'alcool de riz et en dégustant une poignée de riz gluant acheté à une échoppe ambulante …

Quand ses amis sont là, il y a toujours quelqu’un qui propose de jouer au petit train. Le jeu consiste à boire de l'alcool de riz dans un verre commun à toute la tablée. Lorsqu'un participant met trop de temps à vider le verre qui lui a été rempli, les autres le pressent de faire passer le train. A ce petit jeu, il n'y a rien à gagner, seulement à perdre. Son temps, ses moyens, son quant-à-soi, sa réputation. Les Vietnamiens aiment saouler le Blanc. Comme le rire, l'ivresse destitue le dominant. Lorsque la femme commence à chavirer sur son tabouret, ils rient, avec tendresse, sans méchanceté. Ca lui fait plaisir à la femme de leur donner ce qu'ils attendent : la proximité avec une femme, qui plus est européenne et qui leur est totalement exotique.

Un soir, un de ces soirs de grandes agitations où l'on refait le monde à ras de terre dans les effluves de l'alcool et du fleuve, un jeune homme débarque à la galerie. Long fait les présentations. Clélia, Olivier. C'est une sorte de scène biblique où le Christ fait les présentations entre Jean et sa mère, les offrant l'un à l'autre. Olivier est grand, brun, séduisant. Il porte la barbe soigneusement négligée des baroudeurs. Les premiers mots qu’elle entend de lui : - «Il n'est pas là Tao ?»

Long lui répond qu'il ne l'a pas vu de la journée. En repartant, Olivier jette :

- «Tu diras à Tao que je suis passé et que je suis au Phuong Nam.»

Long répond mais le jeune homme est déjà trop loin pour entendre : - « Je ne pense pas qu'il repasse à la galerie aujourd'hui mais demain il sera à la citadelle.»

A la femme, il dit : «Il prépare le Festival. Tao et Olivier, c’est comme deux frères. Ils se connaissent depuis longtemps. Nicolas était étudiant à Lyon. Il est venu à Hué pour étudier la peinture monumentale communiste mais il a découvert la BD vietnamienne. Tao est peintre, graphiste, laqueur et, calligraphe. Ils se sont rencontrés et ils travaillent ensemble à une BD franco-vietnamienne ou vietnamo-française, je ne sais pas. L’écrivain français dit : ils ne feront plus qu’un, oui, mais lequel ?»

C'est ainsi que Clélia rencontre Olivier. Ce n'est pas encore vraiment une rencontre, plutôt la chevelure d'une comète qui passe dans la lumière cendrée de la lune. Une improbable rencontre entre, d’une part, un jeune artiste qui crèche dans une modeste pension de famille, bouffe le pho (soupe), dans les restaurants de poussière ainsi appelé parce qu'on y mange quasiment par terre et côtoie les Vietnamiens les moins installés. Et d’autre part, une femme d’âge mûre qui loge dans un hôtel de luxe, mange dans les restaurants français et qui dans la solitude de l'écrivain, ne rencontrant qu'un membre de l'élite vietnamienne. D'habitude, Clélia mange à la Carambole, un restaurant où l’on sert de la cuisine française. La carambole, c’est cette plante contre poison de la laque, une substance extraite du laquier et qui a la particularité d'être allergisante. Ce soir-là, la femme choisit de manger dans l'un de ces restaurants vietnamiens où l'on sert des mets typiques comme les fruits de mer, les rouleaux de printemps et le potage au nid d'hirondelle. La cuisine vietnamienne amalgame différentes influences culinaires : française, chinoise, cambodgienne, laotienne, thaïlandaise ... Elle utilise le Nuoc Nam, qui est la sauce traditionnelle faite à partir d'anchois frais mais aussi les piments et les fines herbes, l'aneth, le coriandre, la menthe et le basilic. La femme connaît cette spécialité chinoise qu'est le potage de nid d'hirondelle. Elle sait que c'est une soupe concoctée à partir des nids minuscules de la salangane, un martinet encore appelé hirondelle de mer. Ces nids sont constitués par les filaments de salive des oiseaux et, lorsqu'ils sont dans un bouillon, ils se dissolvent en fines nouilles. Elle connaît mais elle n'a jamais goûté.

A partir de ce moment où elle a rencontré Olivier et goûté au potage de nid d'hirondelles, son esprit s'ouvre comme une mangue mûre pour accueillir les ingrédients de la vie vietnamienne et les amalgamer à son esprit occidental. Finis les rendez-vous alignés sur les aiguilles d'une montre. Elle y va à l'instinct quand elle sent que c'est le moment, que la personne qu'elle veut voir sera là à son arrivée, que les évènements n'auront pas lieu sans elle, que les choses se feront naturellement, inéluctablement, comme un enfant se fait dans le sein de sa mère et vient à la lumière.

Lorsque elle entre dans la Cité pourpre interdite, Olivier est là, arpentant à grands pas la cour qui s'étend entre les bâtiments. Ici aussi, c'est le règne du bois, de la tomette et de la brique, des couleurs rouges et or, matériaux chauds de l'intimité. La Cité pourpre est la partie de la citadelle qui était réservée aux mandarins et à leur famille. Pendant toute la durée du Festival, elle abrite deux expositions, une de photographies et une de Bande Dessinée.

L'expo de photographies s'appelle "Avoir vingt ans au Vietnam." C'est une exposition collective qui présente les oeuvres réalisées par les étudiants de l'Ecole Supérieure des Arts et de la Culture d'Ho Chi Minh Ville dans le cadre d'une collaboration avec l'Ecole Supérieure de la Photographie d'Arles. Les photos sont suspendues sous l'auvent du palais comme des oriflammes. La femme les regarde, une à une, aspirée par elles. L'expression est riche, il y a de l'idée, du talent. L'une d'elle retient particulièrement son attention. Un portrait de vieille femme vietnamienne. Derrière elle, il y a un trou dans le mur de briques. Au-delà d'elle, on voit la campagne, un pré planté d'un arbre. Clélia Rivière se dit que chaque être humain est une brique d'un mur qui enclôt un ravissant jardin. La vieille femme sourit de toute sa bouche édentée. Un delta de rides se dessine autour de ses yeux. Les yeux rivés vers l'horizon, elle semble incarner tous les espoirs d'un Peuple tendu vers l'avenir. L'exposition de BD s'intitule "Kémoï". Elle est le fruit d'une master class avec des auteurs français autour d'une démarche artistique qui consiste à utiliser les techniques traditionnelles asiatiques pour raconter des histoires. Le Vietnam connaît peu la BD, à part les mangas japonais et quelques Comics américains que les jeunes lisent, assis devant les librairies ambulantes. Les bulles vietnamiennes n'en sont donc encore qu'à leurs premiers balbutiements. L'expo présente les oeuvres d'une trentaine d'étudiants, dont celles de Tao, l'ami de Olivier, le protégé de Long. Il expose un superbe dessin représentant des petits personnages qui marchent sur la ligne d'horizon. Il y a coulé le Vietnam quotidien : un porteur de paniers à balancier, un cyclopousse, un chien qui suit un gamin qui court le nez levé vers un nuage d'où tombe la pluie. Le sol est noir, comme courbé sous le ciel qui occupe presque tout le tableau, un ciel jaune, gorgé de toutes ces eaux de l'Asie, de ces ruissellements qui font les Peuples si fertiles, si drus. Et si dangereux lorsque viennent les crues.

Clélia rejoint Olivier sur les escaliers de pierre de la cour intérieure. Il a déballé ses cartons à dessins et étalés les dessins sur le sol. Des sanguines, des fusains, des pastels, aussi des caricatures et des croquis de toutes sortes. Sur une planche, il a croqué les jardiniers du parc : une femme arrosant les parterres, son foulard remonté jusqu'aux yeux. Deux hommes accroupis, repiquant des touffes d'herbe dans les lacunes des pelouses, avec des gestes qui sont les mêmes que ceux du repiquage du riz dans les rizières. En quelques coups de crayon nerveux, Olivier a cueilli les corps en mouvement dans un ballet virevoltant d'une rapidité folle. Il voudrait en faire un dessin animé.

- «Il te plaît celui-là? Garde-le, je te le donne», dit-il à Clélia en lui tendant un dessin de buffle.

* **

Le magasin n'est pas une échoppe classique mais une supérette qui fait penser à ces drugstores-garages qui jalonnent la Route Sixty Six aux Etats-Unis. Comme les bateaux qui sillonnent la Rivière des Parfums, elle est peinte en bleu et en jaune. Son étrave arrondie s'avance à l'intersection de deux artères importantes. Il y a une ouverture de chaque côté mais c'est encore fermé. Il n'est pas sept heures. Assis sur le trottoir, les marchands de journaux sont encore en train de se répartir les journaux à distribuer par secteur. Clélia Rivière aurait voulu de l'eau en bouteille. Question de sécurité alimentaire. Dans la rue Lé Loï, le QG du festival ne propose qu'une cuve en inox avec un seul gobelet pour tous. Attaché à la cuve par une ficelle, le gobelet ressemble à un appât. La supérette est peut-être le Tati ou la Samaritaine de demain. On y trouve de tout et les produits achetés par les Occidentaux ont des prix fixes et étiquetés, ce qui est appréciable pour ceux comme Clélia qui ne savent pas marchander.

Le marché où elle se rend si tôt matin se trouve de l'autre côté du pont, sur les rives du fleuve. Il est déjà bondé et la femme doit fendre la foule comme un coin fend une bûche pour y pénétrer. Chargés de caisses et d'objets hétéroclites, les cyclopousses se fraient un chemin dans les allées. Les hommes prennent garde de ne pas bousculer les étals aménagés à même le sol. Sinon les imprécations des femmes jaillissent et les suivent comme des malédictions.

Dans des hamacs suspendus au-dessus des étals dorment des enfants nus. L'arrière du marché, sa partie cachée est un lieu de vie. Des familles entières y vivent, installées sur des lits de fer comme sur des radeaux. Tout au fond, relié à la rivière par une plage sale, c'est le marché aux poissons. Une barque vient d'y accoster. Le poisson est débarqué en vrac et conditionné dans des caisses en polystyrène sur un lit de glace. La glace est vendue à un étal proche. Elle provient d'une petite unité de fabrication sous la forme d’un bloc oblong que le vendeur débite et concasse à la demande. Le poisson est d'une appétissante fraîcheur. Une eau rosâtre suinte des corps vif-argent et se distille goutte-à-goutte dans la rigole qui longe le trottoir, baignant d'innombrables pieds nus. Les odeurs sautent à la gorge, vives et coupantes comme la lame des couteaux qui écaille, éviscère. L'oeil de Clélia cueille au vol les éclats luisants des écailles, des couteaux et de la glace aux multiples facettes de diamant.

On trouve aussi des crevettes, des crustacés, des poulpes. Encore vivants, les poulpes. L'un d'eux tente de s'évader en escaladant la paroi de la caisse, arc-bouté sur ses tentacules. Quand il est sur le sol, il s'échappe en se traînant. C'est peine perdue. La petite fille qui tient l'étal le récupère et le remet dans sa caisse, sous les rires des spectateurs. Devant cette scène de cruauté tranquille, Clélia a le coeur qui se serre. Elle est pourtant venue au devant de cette cruauté, enfin prête à mettre en danger ses sentiments et son bel agencement du monde. Elle savait en pénétrant sur le marché qu'elle risquait la rencontre avec des images qui la brusqueraient. C'est pour cela qu'elle s'est amenée là, cherchant en détournant les yeux le marché à la viande. Et sur ce marché, les chiens de race à viande. Le marché à la viande se trouve un peu plus loin. Têtes de porcs, charpies de chairs sanguinolentes, ossements de nacre bleue s'épanouissent sur les étals ou à même le sol. C'est toute la beauté de la mort au travail avec ses outils de prédilection : le temps, la chaleur et les mouches. Le système de réfrigération par glace utilisé pour le poisson n'est pas utilisé pour la viande. Clélia Rivière voit les échoppes du marché se mettre à tourner devant elle. Son estomac retourné la rappelle à l'ordre. Elle ne doit pas aller plus loin dans l'insupportable. A coups de talon nerveux, elle remonte à la surface du marché, reprend pied devant les étals qui flottent sur ses rives. En vrac, des chapeaux coniques, du tissu, des ustensiles ménagers, des plantes médicinales, des légumes et des fruits.

Tous les fruits du jardin d'Eden vietnamien. Ceux que la femme connaît : les mangues, les bananes, les noix de coco, les oranges, les ananas, les papayes ... Ceux qu'elle a découvert et qui viennent grossir ses connaissances sensorielles et botaniques. La pomme cannelle, encore appelée anone ou carossol, gros fruit de la famille des ananas, recouvert d'une peau verte à écailles et dont la chair est onctueuse et sucrée. Le ramboutan, fruit à l'écorce rouge et à la chair un peu caoutchouteuse qui rappelle celle du litchi. On l’appelle d'ailleurs le litchi chevelu à cause des longs filaments que présente son écorce. Le salak, petit fruit en forme de poire dont l'écorce est épaisse et écailleuse et la chair, pâle et croquante. Le tamarin, aussi nommé datte indienne, fruit à forte teneur en acide tartrique, ce qui en fait un produit domestique à double usage : pour cuisiner et pour astiquer les cuivres. Les Anglais en raffolent sous forme de confiture, de gelée et de chutney tandis qu'ils sont très appréciés sous forme de boulettes par … les éléphants. Et toute cette macédoine : le salk, le logan, le mangoustan, petit fruit violet recouvert d'une écorce dure et dont la chair blanche et douce est légèrement acidulée et délicieusement parfumée. Et le durian, fruit à chair jaune très apprécié sous forme de chewing-gum, de glace, de crème ou de confiture mais dont l'odeur est si nauséabonde qu'à Singapour il est interdit de séjour dans les transports en commun. Un peu semblable mais avec moins d'épines : le jaque. Et semblable au pamplemousse mais en moins acide : le pomelo.

Le riz aussi est d'une diversité infinie. En quelques années, le Vietnam est devenu l'un des plus importants producteurs et exportateurs de riz au monde. Les problématiques liées à l'utilisation des pesticides ont d'ailleurs fait leur apparition. Ironie de l'Histoire : on parle à nouveau de dioxine, ce composant de l'agent orange, utilisé comme défoliant par les Américains pendant la guerre.

Tous sens en éveil, Clélia se laisse griser par la luxuriance du marché de Hué. Elle s'assied à une échoppe ambulante de boissons. Elle sait qu'elle n'aime pas le jus de canne pressé à la grande roue manuelle mais comment choisir parmi toutes les boissons possibles à base de fruits et de lait de coco, parfois coulé sur des haricots ou un triangle de fromage "La vache qui rit" ? Des boissons colorées qui font de l’œil mais dont le goût n’est pas toujours bon. La femme choisit au hasard et le hasard lui fait une fleur. Elle sirote à petits coups satisfaits le jus laiteux filandreux de téguments vert menthe. Elle n'a pas vu arriver la petite fille. Elle ne l’a pas vu venir mais elle est là, devant elle, les cuisses appuyées contre la table basse. Elle comprend que l'enfant veut lui vendre quelque chose. Une babiole, un colifichet, une verroterie quelconque. Elle se dit qu'elle ne prend aucun risque à traiter avec la petite. Pas comme avec cette marchande du Col des Nuages, passage obligé sur la route vers la cité balnéaire de Hoi Han et Da-Nang, qui a littéralement dépecé son pécule. Elle sort quelques dongs de sa poche. Le visage de la fillette se fend d'un grand sourire puis disparaît sous la table. Comme un diable sortant d'une boîte, l'enfant ressurgit, déployant devant elle un éventail mauve et rose. Clélia a vu l'éventail mais surtout les mains qui le tenaient. Ou plutôt l'absence de mains pour le tenir. Les bras de la petite fille ne sont que des moignons. Ils s'arrêtent un peu après le coude. D'où vient cette mutilation ? D'une malformation de naissance, d'un accident, de la guerre, de l'agriculture intensive ? Clélia Rivière achète l'éventail à la petite. Pas par pitié mais parce que l'objet est beau et qu'il lui parle.

Extrait de "Hué la belle", de Clélia Rivière, chapitre : La colonisation. La Cité s'appela Phu Xuan . Il fallut la défendre, d'abord dans des guerres contre les Chams, les Khmers et le clan Thrin. Puis vinrent des jacqueries menées par les paysans pauvres, les Chams, les minorités ethniques et les marchands chinois. Ce qu'on appela la révolte des Tây-Son. Le tout jeune prince Nguyen Anh en appela au Siam et à la France. Il obtint l'appui de Monseigneur Pigneau de Behaine qui engagea des mercenaires français. Hué entrait dans la stratégie prosélyte de l'Eglise et dans la stratégie coloniale de la France. En gages, il envoya Canh, son fils de quatre ans à la cours de France. La dynastie des Nguyen récupéra son fief qui devint la capitale du Vietnam sous le nom de Hué. En France, c'était la Révolution. On oublia de renvoyer le petit Prince Canh dans sa famille. Il mourut en exil à la cours, de langueur ou de maladie Occidentale.

Les festivaliers ont établi leurs quartiers au Phuong Nam, un restaurant populaire qui fait aussi location de cycles. Les vélos s'alignent devant l'établissement comme des chevaux à l'attache devant un saloon. Clélia, Olivier et Tao dînent ensemble en refaisant le monde. Olivier s'abstient de pancakes à la banane car il a fait une jolie allergie. Il avait des boutons partout. Cette allergie lui vaut d'être interdit de séjour dans l'atelier que Long met à la disposition des artistes dans le sous-sol de la galerie. Car, s'il est allergique à la banane, sans doute l'est-il aussi à la laque. Autour d'eux, les autres attablés font partie du décor, simples silhouettes d'un théâtre d'ombre qui se joue dans les coulisses du festival. Les conversations barattent les sujets actuels : la mode, la musique, l'art, les éternelles guerres américaines. Chacun fait son beurre des dialectiques qui s'établissent entre vainqueurs et perdants des guerres, colonisés et colonisateurs, autochtones et étrangers. My sert à table. My est la jeune serveuse du Phuong Nam. Elle parle Anglais et Français. Tous les étrangers qui ont convergé vers Hué pour le Festival viennent à elle, phalènes aux ailes blanches éperdus de lumière. My signifie belle. Et elle est belle, My, comme une eau vive, une vouivre.

Désignant Olivier, My demande à Clélia : - «C'est ton fils ? »

La table est secouée de rires. Tao lance la boutade : - «Oui, c'est sa mère, sa maman du Vietnam.»

Le surnom lui reste : la maman du Vietnam. Elle ramène son "fils" à l'Hué Majestic Hôtel. Pour qu'il mette ses vêtements au pressing, prenne un bain dans la baignoire étincelante et pique une tête dans la piscine. La piscine est sur le toit, ouverte, offerte sur le ciel. La femme y va la nuit pour habiter ses insomnies. Elle s'allonge sur le dos, se laisse flotter sous le ciel étoilé qui courbe vers elle ses larges épaules de nègre en amour. Par l'esprit, elle plane sur la ville endormie. Elle sait les gens dormant dans les maisons, dans les monastères et sur les sampans amarrés aux rives de la Rivière des Parfums, cerfs volants aquatiques. En bas, dans le hall d'accueil, le gardien dort en pointillé sur sa natte, la tête posée sur son oreiller en osier, une moustiquaire tombant en pluie sur son dos nu. Les bruits des trains montent jusqu'à elle, venus de la gare toute proche. La ville est longée par la grande ligne Hanoi-Ho-Chi-Minh-Ville. Depuis quelques années, le train de la Réunification recoud inlassablement les deux Vietnam déchirés par la paix qui a suivi la guerre. Les bruits lui parviennent assourdis par l'éloignement et par l'eau qui emplit ses oreilles.

Au fils du temps, Clélia et Olivier nourrissent une relation étrange, en marge de tous liens naturels. Ils échangent leurs histoires, leurs goûts, leurs lieux. La Carambole s'acoquine avec le Phuong Nam, les nids d'hirondelle, avec le pho. Clélia devient une habituée de l'hôtel Loan où loge Olivier. Dès qu'elle quitte Buu Y, elle s'y rend. La maison est au fond d'une impasse. Pour l'atteindre, il faut d'abord passer devant la femme qui habite dans un renfoncement du mur, sorte de guetteur embusqué dans sa guérite et qui réclame un droit de passage. Clélia l'appelle "ma pirate de la mer de Chine". Elle met longtemps à comprendre pourquoi la clocharde est tolérée dans l'impasse. En fait, elle fait office de signal d'alarme. Elle prévient les familles qui habitent l'impasse que l'ogresse arrive et qu'il faut récupérer les enfants. L'hôtel Loan est une pension de famille à la Française. Sa clientèle est constituée de couples français venus pour adopter un enfant de l'orphelinat tout proche. Les mères de l'impasse fantasment sur l'enlèvement de leurs enfants.

Une fois dans l'hôtel, Clélia rejoint la salle commune. Elle s'assied dans le fauteuil qui tourne le dos à la télévision et fait face à l'aquarium. Elle pose ses rêves sur le dos des poissons et se laisse porter. A pas glissés, l'hôtesse dépose sur un coin de la table basse la théière de l'accueil, remplie d'un thé parfumé et fumant. La femme se sert, boit à petites gorgées comme l'on marche à petits pas dans une allée fleurie. D'une main distraite, elle feuillette le Courrier du Vietnam. Le journal francophone de Hanoi parle du festival, des spectacles, du dîner impérial balayé par la pluie. Olivier vient ou ne vient pas. C'est sans importance. Ils n'ont pas vraiment besoin de se voir. Les liens qui les unissent se tissent sans eux, à leur insu.

Qui a décidé d'aller faire un tour à la mer ? Clélia a beau retourner la question en tous sens dans sa mémoire, elle ne se souvient plus. Est-ce Olivier ? Est-ce Tao ? Et si c'était My ? Ce n'est pas elle en tous, cas, de cela elle est sûre. Elle n'aime pas la mer. Ils y vont en motocyclettes. Olivier prend My en croupe. Clélia monte derrière Tao. Il faut sortir de la ville pour atteindre la plage. Les deux motos filent sur la route. Des camions les dépassent en klaxonnant. Les deux passagères font de grands signes aux chauffeurs qui éclatent de rire. My porte l'équipement que portent les Vietnamiennes pour se protéger du soleil : un masque en tissus et des gants qui montent jusqu'aux coudes. Le temps est superbe. Avec la vitesse qui sèche les aisselles, une agréable sensation de froid s'insinue sous les chemises. Le vent effiloche les cheveux. C'est pur plaisir que cette course en équilibre sur la force libérée d'une moto. My se cramponne des deux mains au porte-bagages, le corps rejeté loin en arrière pour ne pas toucher le dos de l'homme qui conduit. Clélia a noué ses bras autour de la taille de Tao. Elle la serre comme si elle voulait se souder à l'homme, ne plus faire qu'un avec lui. L'intérieur transpirant de ses cuisses collent à l'étoffe de son jean et la brûle. Sous un pont, un vieil homme les salue, leur indique le chemin avec son bâton. Il sait que tous les gens à peau blanche cherchent la mer, le soleil à l'aplomb de la mer comme un ballon de lave.

La plage est presque à l'embouchure de la Rivière des Parfums, rivière qui en fait est un fleuve puisqu'elle se jette dans la mer. La mer est la mer de Chine méridionale. Une paillote accueille les baigneurs. Les deux couples s'avancent, longent la mer, passent devant des barques retournées coques au ciel devant lesquelles des pêcheurs recousent leurs filets. Un enfant joue avec un cerf volant. Clélia sort sa caméra, s'attarde près des hommes. Gros plan sur les crabes et les coquillages qui affleurent à la surface grisée du sable. Olivier, Tao et My sont déjà loin, glissant tous les trois vers la mer. D'autres jeunes hommes nagent déjà au large, atteignant presque une barque de pêcheurs. Olivier et Tao se mettent à courir en larguant derrière eux leurs vêtements. My s'est assise sur le sable, à quelques mètres d'une maison coloniale désaffectée. Elle ne se baigne pas. Elle ne sait pas si elle aime ou si elle n'aime pas. Elle ne l'a jamais fait. Au Vietnam, les femmes ne se baignent pas. Clélia rejoint My sur le sable. Elles sont ensemble, seules. Deux femmes devant une maison rose, attendant le retour des hommes et des enfants. Elles parlent.

My commence : - «Je viens d'un tout petit village. Mon père est pêcheur. On n'a pas beaucoup d'argent à la maison alors je travaille au Phuong Nam. Mais ce n’est pas pour toujours. Je voudrais être guide. Je voudrais aller à l'Université du Tourisme de Hué.»

Elle n'exige rien, My, elle demande gentiment, comme en s'excusant. Elle ne veut pas, elle voudrait. S'il vous plaît. Elle fait des politesses à la vie qui en fait rarement.

Clélia continue : - «J'écris des livres touristiques. Ca me fait voyager, voir des gens. Mais parfois, je me demande où je suis. Les aéroports, les villes, tout se ressemble. J'ai parfois l'impression d'être un somnambule en équilibre sur un toit. J'ai peur de me réveiller et de tomber.»

My : - «Tu vis seule ?»

Clélia raconte les années qui sédimentent dans sa mémoire, avec son compagnon et l'enfant qui est venu, qui est reparti. La vie qui sépare ce que la mort n'a pas séparé. Les deux femmes versent l'une contre l'autre, leur tête se touchant. On dirait qu'un voile les recouvre, les isole du monde extérieur, de la plage, de Tao et d’Olivier qui leur font des grands signes, loin, loin dans la mer, voyant la maison si petite.

My : - «Moi aussi, je veux me marier, avoir des enfants, une maison.» Clélia, riant : - «Tu attends le Prince Charmant, ma belle.»

Tout bas, elle ajoute : - «Et si c'est un étranger, tu partiras avec lui ? »

My ne répond pas.

Les deux femmes se taisent. Elles regardent les deux hommes qui s'ébattent dans la mer comme des enfants. Derrière eux, marchant en équilibre sur la ligne de l'horizon, un paquebot découpe sur le ciel sa silhouette sombre. Clélia s'est avancée dans l'eau et filme. Olivier et Tao viennent vers elle en s'éclaboussant. Leurs piaillements cristallins ensemencent la mer.

- «Elle est bonne, tu aurais du venir», lui lance Olivier.

Ils sortent de l'eau. La baignade est finie. Clélia filme Olivier, Tao et My qui prennent le chemin du retour. Ils dansent, virevoltent. Clélia a l'impression de tenir entre ces doigts une fragile bougie. Instants magiques. Ecrivaine, elle tente de distiller, d'extraire le suc de ce temps d'éternité fugace mais elle se dit qu'il faudrait le talent d'un Rimbaud pour en rendre toute l'incandescence.

Extrait de "Hué la belle", de Clélia Rivière, chapitre : Le Champa. Au IIIème siècle de l'ère chrétienne, le Vietnam était le fief du Royaume de Champa et du Peuple Cham qui s'était formé à partir de populations austroasiatiques et d'Austronésiens indianisés. Les villes principales du Royaume étaient Shinapura, Indrapura, Vijaya et Kandarpupura. Le Royaume était en effet sous influence indienne pour la vie spirituelle et sous influence chinoise pour la vie matérielle. Son principal rival était l'empire Khmer. Le Champa connut son apogée au Xème siècle. A ce moment-là, l'ethnie Viet qui se libérait du joug chinois millénaire se tourna vers la péninsule indochinoise qu'elle entreprit de conquérir au détriment des Chams. Vivant sur une économie d'invasions et de pillages, les Chams n'avaient développé ni agriculture ni d'Etat intérieur, c'est en partie à cause de cela qu'ils n'ont pas pu à résister aux menées vietnamiennes. En 1306, le roi Jaya Shimhavraman III tenta d'instaurer une alliance avec les Viets en épousant une princesse vietnamienne. Dans la corbeille de mariage, il mit deux districts, dont celui de Kandarpupura. La paix obtenue par cette alliance ne tint pas mais la cité resta aux mains des Vietnamiens. Elle devint Hué. Le dernier roi fut tué en 1692 et le Champa fut vassalisé. En 1822, le pouvoir honorifique des derniers rois fut aboli et ce fut la fin du Royaume de Champa. Aujourd'hui, il ne reste plus que quelques milliers de Chams. Ils sont complètement métissés et aculturés.

Appuyé sur ses béquilles, Long donne des charges de buffle dans les meubles de la galerie. D'un coup de béquille, il balaye à travers la pièce la théière de l'accueil posée sur la table. L'infirme est furieux. Il invective un homme qui s'éloigne à grands pas, la tête rentrée dans les épaules, les poings serrés au fond de ses poches. Aux premiers mots de la dispute, les jeunes peintres se sont réfugiés au fond de l'atelier, en bas de l'escalier. Habitués aux éclats du maître, ils n'ont pas eu peur. Ils se sont simplement retirés comme on se met à l'abri de la pluie en attendant qu'elle cesse. Clélia les a suivis, maudissant le hasard qui l'a fait passer chez Long à ce moment-là. Elle passait juste pour récupérer son éventail qu'elle avait oublié et maintenant, elle est bloquée dans l'atelier, sans oser traverser la galerie pour se retrouver dehors.

Les peintres sont des étudiants de l'Ecole des Beaux-Arts de Hué. Tao est leur professeur à l'école et leur donne des cours particuliers dans son atelier privé. Ca lui permet de vivre et de continuer son travail de Bande dessinée et de laque artistique. La laque, c'est allergisant mais c'est aussi salissant, façon huile de vidange, se dit la femme en voyant les taches sur les chiffons qui traînent autour des bacs posés par terre le long des murs.

Elle a débarqué en pleine séance de dessin avec un modèle qui pose devant les chevalets. Le modèle est un adolescent. Il pose assis sur un tabouret de bar, seulement vêtu d'un short, c'est-à-dire aussi nu que le permet la morale vietnamienne. Seul Tao a franchi le tabou, avec sa « masseuse aux seins nus », un tableau en laque qui n'est encore jamais sorti de l'atelier et qui semble puni, le nez contre le mur. Les tableaux des étudiants sont encore à l'état d'esquisse. On voit les grands traits au crayon qui déterminent la masse des corps, la rattachent à la ligne du squelette. Tao et les élèves discutent âprement. Clélia ne comprend pas mais elle devine que c'est en rapport avec la dispute qui s'est déroulée en haut entre Long et l'homme qui est parti.

Dans la galerie, Long grommelle encore des gouttelettes d’injures mais le gros de la tempête est passé. Clélia remonte à la surface de la galerie.

- «Tu es encore là, toi ?», dit-il en la voyant émerger. - « Ben oui, j'attendais que tu te calmes avant de sortir.»

Elle ramasse les éclats de la théière explosée sur le carrelage. - «Qu'est-ce qui s'est passé ?»

Long explique : - «Cet homme, un Anglais ou un Allemand, je ne sais pas, c'est tous pareils, voulait acheter des tableaux. Il donnait de l'argent mais pour encore d'autres tableaux, faits très vite parce qu'il part bientôt. J'ai dit : les peintres de ma galerie, c'est pas des machines. C'est des artistes. Le business c'est pas ici.»

Clélia approuve l'esprit de Long mais elle comprend que cet esprit ne soit pas partagé par tous. Ce devait être le sujet de la dispute dont elle a été témoin dans l'atelier. Peut-être les cyniques ont-ils raison : il faut vendre son âme au diable tant qu'il est preneur sinon après, on ne la vend plus, on la donne.

Dans cette bataille qui oppose les purs et les opportunistes, elle ne sait pas qui a raison. Ce qu'elle sait, c'est qu'il lui a fait peur, ce Long pur, coulé dans l'or incorruptible de l'idéal le plus haut et qui a pris le pas sur le Long ivrogne, pétri de faiblesse et d'indulgence. Elle se dit qu'il y a des enjeux qu'elle ignore. Ce qu'elle sait aussi, c'est qu'elle n'est pas allergique à la laque. La substance l'imprègne avec une telle force qu'elle en tomberait évanouie.

Attablé au Paradise Garden, Tao raconte à Olivier la colère de Long. Le jeune Français rit mais pas Tao : - «Il trouve qu'on travaille trop ensemble. Pour le concours, il voudrait qu'on fasse chacun notre dessin, pas un dessin ensemble.»

Le concours de peinture sur le sol se déroule le long de la Rivière des Parfums, dans la rue qui longe la rivière jusqu'au Paradise Garden. Ouvert à tous, il fait partie des animations gratuites proposées à la population huéenne dont une grande partie est trop pauvre pour s'offrir le dîner impérial ou les spectacles qui se déroulent dans la Citadelle. Il y a des animations intéressantes comme le concours de cerf-volant, les concerts en plein air, le défilé de mode de Minh Hanh, les joutes nautiques, le Tour Vert en cyclopousse et la fête de Nam Giao. C'est presque un festival off. Olivier et Tao participent au concours de peinture sur le sol.

Olivier ne rit plus. Il interroge : - «Qu'est-ce que ça veut dire, ça, qu'on travaille trop ensemble. Qu'est-ce qui lui prend à Long ? C'est lui-même qui nous a inscrits tous les deux. Ca fait des semaines qu'on travaille sur ce projet. Parle. Tu veux quoi, toi ? Dessiner seul ou faire notre projet ?»

Olivier et Tao dessinent ensemble. Ils n'ont pas vraiment de modèle mais ils disposent de quelques ébauches étalées devant eux, au pied des gens qui les regardent. Plusieurs peintres sont à l'ouvrage, chacun occupant l'espace qui lui a été dévolu lors de son inscription. Ils se passent les pots de peinture et s'échangent les pinceaux. L'ambiance est bonne. Il fait beau. Les parasols du Paradise Garden sont déployés au dessus des tables, toutes occupées. Sous le regard des badeaux, la route se couvre de couleurs et de formes. Clélia est venue se poster devant les deux jeunes gens mais ils l'ont chassée, la menaçant de leurs pinceaux comme d'une tapette à mouche. Va-t-en, la mouche du coche. Elle est partie, poussée dans le dos par les rires comme une barque qui a pris le vent dans sa voile.

- «Je reviendrai tout à l'heure», lance-t-elle par dessus son épaule. - «C'est ça, maman du Vietnam, reviens tout à l'heure».

La femme se sent légère, libre comme une sauvagine sur les bords d'un chemin ou dans une jachère. Elle en a terminé avec Buu Y. Toutes les interviews sont en boîte et la rédaction de son livre est bien avancée. Pour se récompenser, ils se sont offerts le repas impérial. Pendant toute la nuit, ils ont goûté en cascade aux mets qui étaient servis autrefois à la cours de l’empereur. Des jeunes filles en Ao daï faisaient le service et le repas était ponctué de spectacles pyrotechniques. C'était il y a trois jours. A l'heure où elle s'éloigne de Olivier et de Tao peignant sur le sol, Clélia se sent comme une mère de famille dont les enfants sont à l'école et qui peut disposer de sa journée à sa guise, avec un temps que ne canalise aucun horaire et qui s'étend en nappe jusque aux plages de la nuit.

Comme un oiseau de passage, elle se pose à une table de la terrasse du Paradise Garden. Musardant dans la carte, elle commande une bière de Hué. Le breuvage ambré dévale dans sa gorge. La bière de Hué est sa bière préférée mais c'est surtout l'instant qu'elle sirote, cet instant qui est encore une disponibilité mais qui bientôt sera une attente. Le cyclo qui pose sur l'affiche du Tour Vert vient de lui faire de l'oeil. Elle a décidé de le suivre. Le Tour Vert est une animation gratuite mise sur pied par une association d'étudiants et la Région Nord Pas-de-Calais, très impliquée au Vietnam. Il propose aux festivaliers de visiter la Citadelle en cyclo-pousse. Le départ se fait juste là, devant le café, en prenant d'abord un bateau touristique.

Clélia embarque avec une dizaine de passagers, Français pour la plupart. Les chaussures s'accouplent sur le pont. Ici aussi l'ambiance est bonne. La journée du Tour Vert et la journée de la peinture sur le sol devraient se dérouler en parallèle avant de converger vers le point des retrouvailles : le dessin terminé. Le bateau s'est mis dans le fil du fleuve et glisse lentement. Les passagers font connaissance. Le voyage sur cette arche de Noé vietnamienne n'est pas très long. Bientôt, le bateau rejoint les cyclopousses qui attendent. Il y a plusieurs corporations de cyclo-pousses, chacune affectée à la désserte d'un lieu donné : la gare, le marché ... et portant ses propres couleurs. Les chauffeurs ne sont pas propriétaires de leur véhicule mais ils le louent à la corporation à laquelle ils sont affiliés. En cas d'arrêt de travail, leur corporation leur verse une indemnité mais une indemnité toujours moins élevée que ce qu'ils toucheraient en travaillant. Rude sagesse qui donne des leçons à l'Etat Providence. Les cyclos ont chargé leur touriste dans la nacelle qu'ils vont pousser devant eux en pédalant pendant plusieurs kilomètres. Ils se sont mis en route en file indienne, menés par les coups de klaxons du cyclo de tête. Clélia a un peu honte de se laisser porter ainsi comme un paquet, un cadavre par un homme qu'elle trouve frêle. Dans les côtes, les hommes pédalent en danseuse. La femme voit leur dos s'incurver, la sueur assombrir leur tee-shirt entre les omoplates. Le long du trajet, les enfants saluent les équipages par des hello tonitruants. Saluts sincères ou relevant d'une consigne nationale, comment savoir ?

La procession des cyclos du Tour Vert longe les remparts de la Citadelle, faisant haltes à des points touristiques où les cyclistes peuvent se reposer pendant que leur passager se dégourdit les jambes en se mirant dans le visage souriant du Vietnam : l'étang où l'on peut regarder les pêcheurs et pêcher soi-même, le lac Thin Tam où les empereurs venaient se reposer et où se donne le spectacle des marionnettes sur l'eau, les remparts épineux de tours, le potager qui s'épanouit au pied de l'une d'elles. Dans ce potager, tous les légumes des repas quotidiens : oignons, coriandre, bettes ... Des hommes et des femmes y évoluent, tout à leur tâches : récolter des légumes frais, en remplir un panier, semer, sarcler, désherber ... Un vieil homme est debout, appuyé sur le manche de sa pioche, mâchonnant un brin d'herbe. C'est un paysan comme il en pousse partout sur la Terre. Au centre du potager se trouve une citerne. On peut y puiser au seau mais elle est équipée d'un système à pédales pour remonter l'eau dans une gouttière aqueduc qui l'achemine dans les rigoles d'irrigation. Dans la pénombre de la citerne, on voit un serpent qui ondule à la surface de l'eau. Instants de paix, de sérénité, d'harmonie. L'harmonie de Hué la belle. C'est là, en cet instant, que Clélia Rivière trouve le titre de son livre : Hué la belle.

* **

Le soir tombe sur la Rivière des Parfums. Sur la route, les artistes ont fini leurs oeuvres, sauf Tao et Olivier qui sont toujours penchés sur leur fresque. Les mouvements qu'ils font enroulent leurs membres autour de leur tronc en une chorégraphie élégante et tonique. On dirait des danseurs de tango, dont les corps tour à tour s'épousent et se repoussent. Gestes larges, amoureux. My les regarde en souriant, les yeux brillant dans la lumière mourante. Derrière eux, dans le flou de l'éloignement, des vieux et des vieilles font leur Taï chi, semblables à des arbres qui se balancent dans la brise du soir. Clélia s'est mêlée à eux qui ont élargi leur cercle pour la recevoir. C'est dans cette clairière humaine qu'elle se prépare à voir le tableau que les deux jeunes hommes ont peint pendant qu'elle faisait le Tour Vert.

My et Clélia ont convergé vers le tableau. Courbées vers le sol, les deux femmes ont poussé un cri d'étonnement et d'admiration. Le tableau représente une tour de verre et d'acier dressée vers un ciel flambant de soleil. La lumière argentée qui tombe sur les vitrages donne une impression de noblesse et de force. L'effet est obtenu par le jeu de la lumière qui tombe d'un lampadaire sur la peinture qui contient des paillettes argentées. La tour émerge d'une colline de terre brute complètement noire et mate qui semble vouloir l'absorber, la résorber dans sa masse. L'artiste vietnamien et l'artiste français ont marié des matériaux et des effets contraires : le brillant et le mat, le plein et le vide, l'horizontal et le vertical, l'apparu à la lumière et le disparu dans l'ombre. Ils ont incarné la dialectique entre le primitif et le moderne, le féminin et le masculin. Ces deux parties sont contraires mais aussi complémentaires. Elles agissent à la manière des ogives dans les cathédrales gothiques : c'est leur antagonisme même qui, créant l'équilibre des forces, permet à l'édifice d'exister. Planté dans la terre noire, un lotus pousse sa tige à l'intérieur de la tour transparente jusqu'en son sommet d'où elle émerge par une fenêtre ouverte. La fleur éclose laisse voir son coeur blanc et jaune, fragile comme un oeuf, symbole de naissance et de renouveau. Le tableau est d'une grande beauté et les avis sont unanimes : il a ses chances pour le concours.

La bande prolonge la magie à la galerie de Long. Long a installé sa natte derrière son bureau et somnole. Tao et Olivier font une bataille d'experts autour des concepts de modernité et de tradition. La conversation se fait en français et en anglais, pour arriver à dire en substance :

- Olivier : «Je ne dis pas qu'on copie, je dis qu'on a des influences, qu'on s'enracine dans les arts passés et dans l'époque à laquelle on vit. On est des passants, des passeurs.»

- Tao : «Ce n'est pas vrai, la création est jaillissement, spontanéité. Elle vient d'ailleurs. Il ne faut pas rester prisonnier des anciennes techniques, des anciennes façon de penser.»

- Olivier : «C’est ça : du passé faisons table rase. Mais, vous n’en avez pas marre de la révolution, vous n’avez pas assez donné ? Tu n’as pas compris que les révolutionnaires sont des fous qui poussent les gens dans le mur.» - Clélia : «Foi, feu, folie, ils ont tout compris, ces petits.» My ne dit rien.

- Tao : «Le communisme, ce n'est pas fou. C'est le progrès. Les choses bougent au Vietnam. L'art et la culture sont très vivants.»

- Olivier : «Mais de quoi tu parles, il n'y a plus que l'argent qui compte. Tu as vu, il y a des magasins, on n' y vend que des coffres-forts. Et dans les rues, il y a de plus en plus de 4X4.»

- Tao : «Oh, shit, Olivier. On veut pas rester pauvres. On veut vivre, être heureux, écouter de la musique. On est jeune.»

S'adressant à My : «Toi aussi, My, tu veux une autre vie. Etre riche. Etre libre.»

My nage entre deux eaux : - «Je veux tout ça mais pour ma famille, mon village. Le plus important, c'est l'amour. Je voudrais un homme que j'aime et qui m'aime. Beau et gentil. Comme vous deux.»

Tao fait le geste de jouer de violon. Clélia l'arrête. Elle ne veut pas que l'on abîme les rêves de My. Ce ne sont pas des rêves superficiels, ce sont les sentiments les plus profonds et les plus universels, le noyau dur de l'Humanité. Et elle est l'éternel féminin : entre les deux son coeur balance.

- Tao s'enflammant : «On ne parle pas de politique et de sentiments, on parle d'art, d'architecture, de construction, de techniques, de matières. Moi, j'aime le béton, le verre, le métal. Le pont Tran Tien, la gare de Dalat, c'est magnifique. J'aime les buildings comme on a dessiné sur la route. La transparence, la lumière. On vient d'inventer le béton translucide, on va pouvoir faire beaucoup de choses.»

- Olivier : «Je n'aime pas ces matériaux de la transparence, la transparence, c’est totalitaire. Je préfère les matériaux de l'intimité. La pierre et le bois. C'est des matières naturelles, primitives. Quand tu les travailles, que tu les tailles, que tu les sculptes, tu as du vivant devant toi. Tu dois en tenir compte. Si tu donnes un mauvais coup de ciseau dans la pierre ou le bois, la matière éclate. Le fer, le béton, le verre sont des matériaux qui se coulent. Tu imposes la forme et si elle ne te plaît pas, tu refonds la matière et tu la recoules à nouveau. C'est de l'abus de pouvoir, de la dictature. Tu fais ça avec la matière et tu fais ça avec les gens.» - My : « Je pense comme toi Olivier. Le bois et la pierre, c'est plus joli. On est plus heureux dedans.»

Olivier se penche vers la jeune fille, prend sa tête entre ses mains et dépose sur son front un baiser très tendre. Dans la salle d'exposition, Long tousse et se retourne sur sa natte. D'une voix ensommeillée, il fredonne une chansonnette. Une chansonnette française que Clélia connaît mais ne reconnaît pas tout de suite. Prenant l'air au vol, elle rappelle les mots de sa mémoire à sa bouche. Ca lui revient. Elle chantonne à son tour : «On s'était connu, on s'est reconnu ...» La chanson de Jules et Jim.

* **

Extrait de "Hué la belle", de Clélia Rivière, chapitre : La DMZ (Demilitarized Zone). La zone démilitarisée s'étend le long de la rivière Ben Hai et du 17ème parallèle. Elle a été créée en 1954 par les accords de Genève et divise le pays en deux zones d'influence : au Nord, la zone communiste et au Sud, la zone capitaliste américaine, occidentale. C'est un peu ce qui a été fait en Allemagne après la guerre 40-45 avec le camp Occidental et le camp soviétique séparé par le mur de Berlin. Mais contrairement à ce qui s’est passé en Allemagne, cette stratégie n'a pas favorisé la paix. Le camp communiste s'est trouvé conforté et il y a eu la guerre. Deux armées étaient en présence : l'ARVN (Armée de la République du Vietnam) pour le Sud allié aux Américains et l'APVN (Armée Populaire du Vietnam) pour le Nord communiste gouverné par le Viet-Minh encore appelé Viet Cong. A partir de 1967, les Nord-Vietnamiens ont mis en place toute une logistique pour approvisionner les maquis du Sud Vietnam en matériel de guerre. Pour ne pas être repérés par les armées du Sud et leurs alliés américains, ils évoluaient sur un itinéraire parfaitement invisible : la piste Ho-Chi Minh. Dans la plus grande discrétion, ils ont acheminé munitions, explosifs, armes ... Pendant plusieurs mois, les bombardements américains furent impuissants à couper le cordon ombilical constitué entre le Nord et le Sud par la colonne de fourmis humaines. Situé au centre du Vietnam, Hué fut une pièce importante du dispositif. Au nord de la ville, Khé San en était même le centre. C'est là que les Américains et leurs alliés Sud-Vietnamien, voulant éviter leur Diên Biên Phu, précipitèrent leur fin. C'était en février 1968, lors de l'offensive du Têt.

Clélia veut prendre quelques photos du Festival pour illustrer le chapitre de son livre sur l'Hué actuel. Il lui faudrait des vues des joutes nautiques et du jeu d'échecs humain. Pour savoir lequel de ces spectacles elle va voir en premier, elle sacrifie à la passion des Vietnamiens pour les jeux de hasard : elle joue à pile ou face. Le jeu d'échecs rafle la mise. Le spectacle a lieu dans la Citadelle. Il fait très chaud. Une fois de plus, la femme regrette de ne pas avoir son éventail qui est toujours chez Long.

L'échiquier est disposé sur la place, un homme-pièce dressé sur chaque case. Le jeu d'échecs vietnamien est différent du jeu occidental. Il y a par exemple moins de cases. Les deux joueurs se font face, perchés au sommet de chaises en bambou hautes comme des sièges de maître-nageur. Les hommes-pièces portent les couleurs de leur joueur respectif. A leur ordre, ils se déplacent sur l'échiquier, chacun interprétant un pas selon la pièce qu'il représente : la tour, le pion, le cavalier ... Traçant son cercle autour du carré, Clélia photographie le jeu des hommes dans la lumière compacte. C'est très spectaculaire mais, les deux joueurs étant de force égale, la partie est très longue, si longue que l'un des hommes-pièces finit par s'évanouir au milieu de sa danse des sabres. Clélia suit le groupe qui emmène l'homme inerte à l'ombre d'un bosquet d'arbres, là où un poste de secours a été installé. L'endroit est frais, sombre, vif. Des rochers gris se dressent, retombant en rocaille hérissée d'épineux. La tente du poste de secours partage les lieux avec l'échoppe d'un marchand d'oiseaux. Dans les cages alignées, des dizaines d'oiseaux qui pépient, confiants. Ont-ils conscience qu'ils sont des oiseaux à souhaits et qu'en tant que tels ils ne sont pas vraiment prisonniers? Celui qui les achète les relâche en effet après les avoir investis d'un voeu, d'une prière. En fait, ces oiseaux sont des messagers qui font la navette entre la terre et le ciel, simple retour aux origines des anges. Le marchand est entrain de prendre un oiseau dans une cage et de le placer dans une cage plus petite, tenue par une main de femme. C'est en zoomant pour saisir la scène que Clélia reconnaît My.

D'instinct, elle se jette en arrière, se dissimule sous l'auvent de la tente. Elle ne sait pas pourquoi, mais elle pense que la rencontre qui s'amorce entre elle et My ne doit pas avoir lieu, que la scène n'est pas écrite. Elle laisse My s'éloigner, portant dans une main la cage avec l'oiseau et dans l'autre, un éventail déployé qu'elle reconnaît être le sien. Pourquoi Long a-t-il donné son éventail à My. Il savait bien que c'était à elle. Elle se dit qu'elle tirera cette affaire au clair plus tard. Pour remplir ses mains vides, elle achète au marchand un Non bai ton, un de ces chapeaux coniques en bambou et en feuilles de palmier, ornés de poèmes d'amour, de chansons, de proverbes ou de dessins seulement visibles de l'intérieur quand on regarde le chapeau à contre-jour.

Direction les berges de la Rivière des Parfums où se déroulent les joutes nautiques. Douze équipes sont en lice, toutes sponsorisées par le plus bel hôtel de la ville. Chaque pirogue compte un barreur et sept rameurs. A l'ombre des grands arbres, l'eau est moins jaune, plus orangée, safranée, plutôt, comme la robe des bonzes. Une course va commencer. Les embarcations piaffent sur la ligne ondulante du départ. Le départ va être donné par un agent de police, commissaire de course avec quelques-uns de ses collègues. Le départ est donné. Les pirogues s'élancent. Sous les encouragements de la foule, les rameurs se désarticulent autour de leurs rames. Les frêles embarcations filent, étirant le peloton. Les hurlements de la foule les soulèvent comme une houle. Tous les coups semblent permis : se percuter, s'agripper aux bouées pour gagner du temps dans les virages, même changer de rameur en cours de route. Un jeune homme s'est jeté à l'eau. Il nage comme un forcené vers une embarcation, la rejoint, monte à bord et prend la place d'un rameur épuisé. Peine perdue. L'embarcation se laisse distancer. L'issue de la course commence à se dessiner. Trois pirogues sont en tête et se battent pour la victoire. Le spectacle est époustouflant. Lorsque la première pirogue atteint la bouée d'arrivée, la foule explose. C'était une première manche. Pour conserver les faveurs divines, les gagnants retournent au milieu de la rivière où ils larguent des offrandes aux dieux.

A l'intérieur des terres, la liesse populaire est à son comble. Debout sur un banc, des vieux tapent de leurs pieds nus en cadence, arrimés l'un à l'autre par leurs bras. Un peu plus loin, des adolescents perchés sur un arbre hèlent les rameurs en riant. Clélia pense immédiatement au Bandar Log, le Peuple Singe du Livre de la Jungle, si gais, si jeunes. Et qui font des proies si faciles pour le prédateur hypnotique. La vase des berges de la rivière a laissé place à une prairie d'herbe courte sous laquelle la terre, broyée par d'innombrables pieds nus, affleure par plaques. Deux fillettes conversent sur un rocher. L'autre moitié du monde, l'autre moitié du ciel. Elles ne regardent pas les joutes. Qu'en verraient-elles d'ailleurs avec le mur d'adultes qui leur bouche la vue ? Leurs regards sont tournés de l'autre côté, vers la colline qui s'éloigne par vague vers la ville. Elles regardent les deux garçons qui viennent vers elles. Deux petits Mowgli qui évoluent loin de la fête, au rythme de leur temps propre. D'un pas glissé, ils avancent vers les fillettes, ralentissent quand ils arrivent à leur hauteur et accélèrent le pas quand ils les ont dépassées. Il n'y a eu aucunes paroles échangées, aucuns regards. C'est si comme les filles et les garçons s'étaient reconnus à des substances chimiques invisibles, sortes de phéromones qui régiraient les relations enfantines. Les deux garçons portent une casquette et un short rouge gansé d'un galon blanc qui galbe l'arrondi des hanches. Ils marchent côte à côte en se tenant par la main. L'un des deux est très jeune, six ans, peut-être. L'autre est déjà un pré adolescent. Clélia leur emboîte le pas et les suit sur un chemin bordé de flamboyants. Le chemin mène à une fontaine. La fontaine est une de ces pompes à bras qu'il faut actionner pour faire s'écouler l'eau. Les deux enfants s'y arrêtent. Le plus grand des garçons empoigne le bras de la pompe et fait couler un flot d'eau bulleuse. Le petit y glisse les jambes et se met à les frotter. Maladroit, trop petit, il ne parvient pas à nettoyer la crasse qui séchait en cuirasse sur ses cuisses et que l'eau draine en de magnifiques lettres calligraphiées. Le plus grand tente de l'aider mais il est handicapé par la nécessité de pomper. Clélia a posé les mains à côté des mains de l'enfant. Pendant un instant, ils sont un couple de rameurs unis dans un même effort. Le garçon lâche le bras de la pompe et va rejoindre l'autre garçon dans le fil de l'eau qui coule sans discontinuer. Avec des gestes qui sont de vraies caresses, le grand frotte les jambes du petit, doucement, tendrement. Sont-ils frères ou simples camarades de jeux, futurs amis, amants, peut-être ? La grâce évanescente qui émane des corps mouillés nimbe Clélia d'un bonheur tremblant. Elle se dit que ces deux elfes feux follets qui s'ébattent à quelques pas de la Rivière des Parfums ramènent au paganisme le plus échevelé.

Extrait de "Hué la belle", de Clélia Rivière, chapitre : Le Caodaïsme. La religion caodaïe ou Caodaisme est née en 1919 sur l'île de Phu Quoc lorsque l'être suprême nommé Cao Daï est apparu à Ngô Van Chieû, un fonctionnaire de l'Administration française. Elle s'est propagée dans le Sud du Vietnam à partir de 1920 autour d'une pensée syncrétique du Bouddhisme, du Christianisme, du Taoïsme, du Confucianisme et de l'Islam. Symbolisé par un oeil géant, le dieu est secondé par des Saints étonnants parmi lesquels Jeanne d'Arc, Victor Hugo, Winston Churchill, Sun Yat Se, Moïse et Brahma. Elle est assise sur cinq commandements : tu ne tueras aucune créature vivante, tu ne convoiteras pas, tu ne vivras pas dans le luxe, tu ne succomberas pas à la tentation et tu ne prononceras pas de calomnie. Dès ses origines, la religion caodaïe s'adressa aux pauvres, surtout les paysans dépossédés et devint un mouvement nationaliste, anticolonialiste et subversif. Elle évolua dans les conflits en faisant des alliances opportunistes : avec les Japonais contre les Français, avec les Américains contre le Viet Minh, avec le Viet-Minh, contre le Vietnam du Sud. Après la réunification en 1975, la Religion fut déconsidérée. Les dirigeants, les fidèles et les prêtres furent persécutés. Les terres des paysans caodaïstes furent confisquées. Aujourd'hui, la religion caodaïe compte deux millions d'adeptes et un million de temples. Elle est surtout implantée dans le delta du Mékong, dans le Sud du Vietnam. La cathédrale ou grand temple se trouve à Tay Ninh.

L'aube est à peine levée sur la colline de Nam Giao. Une légère brume s'évapore du sol comme l'haleine d'un dragon endormi. L'aube est à peine levée et pourtant, la foule est déjà dense, tassée sur les trottoirs par les policiers en chemises vertes. Personne ne voudrait rater l'évènement qui se prépare : la procession de Nam Giao. C'est un évènement pour les touristes mais surtout pour le peuple vietnamien. C'est en effet la première fois que la procession a lieu depuis sa suppression en 1945, date à laquelle Ho Chi Minh a jeté à bas de l’Histoire la monarchie des Nguyen que les Français d'Indochine avait conservé pour préserver la cohésion nationale. Clélia Rivière connaît l'histoire. Buu Y lui a expliqué. Lui-même est descendant des Nguyen. La procession se déroulait une fois par an entre la Cité pourpre interdite et la colline de Nam Giao. C'était une procession comme toutes les processions : rituelle et sensée attirer les bénédictions du ciel sur la ville. L'empereur se rendait en grande pompe sur la colline de Nam Giao. A cette occasion, les concubines du souverain, vêtues de robes bleues, dansaient sur des chants traditionnels et toute l'armée défilait : les fantassins, les archers, la cavalerie. Des combats de tigres et d'éléphants étaient organisés. Symbole de puissance, le pachyderme représentait le roi. Il ne perdait donc jamais. Au besoin, on attachait le tigre à un poteau enfoncé dans le sol. Massée sur le passage de la procession, la foule rendait un culte à l'empereur.

Aujourd'hui, après des années sans procession, la foule de Hué est toujours là, fidèle au rendez-vous. Avec raison car la procession est magnifique même si ce n’est plus un rite mais une simple parade. Plus de cent cinquante figurants défilent en costume, accompagnés d'une dizaine de chevaux et de cinq éléphants. Le régime communiste veut reprendre toute cette symbolique de la puissance à son compte et pour le pays en pleine expansion mais il ne veut pas que soient attisés les tisons mal éteints de la royauté sur lequel souffle déjà le vent de la démocratie. La procession doit se garder d’ouvrir la voie à une sorte de restauration de l'ancien régime. Elle est et doit rester une simple fête folklorique. Pour bien marquer la procession au sceau du communisme, en tête du cortège défilent des jeunes porteurs de drapeaux portant le drapeau rouge à étoile jaune de la République Socialiste. Pour éviter l'apologie de la royauté, la procession ne suit que le trajet du retour de la colline de Nam Gio vers la Cité interdite. Il est de notoriété en effet que parfois le souverain ne retournait pas à la Cité interdite avec la procession mais qu'il restait quelques jours sur ses terres. Ce tour de passe-passe permet de faire l'impasse sur l'empereur qui n'est même pas incarné par un comédien et dont la chaise à porteur rouge et or défile vide.

Clélia Rivière a suivi la parade depuis la colline jusque la cité interdite en prenant beaucoup de photos. La parade s'est terminée sur la place de la Tour du Drapeau, sous le regard de l'oncle Ho dont l'affiche trône au-dessus de la porte monumentale. Sitôt le cortège disloqué, la foule s'est décomprimée, distendue, élargie comme un fleuve quand un barrage cède. Dans les tourbillons de la fête, Clélia se retrouve seule devant la chaise à porteurs. Elle la regarde, fixement, longuement. Il lui semble que la chaise vide a les bras ballants d'une mère quand l'enfant est parti. Elle ressent un curieux malaise. Des images se bousculent devant ses yeux. Le dernier roi Nguyen, la chaise vide, le petit prince Canh, son enfant à elle, mort depuis si longtemps. Peu à peu, ces visages s'effacent derrière un autre visage, flou, comme flottant sur un miroir d'eau. Le visage d’Olivier.

Hué Majestic Hotel, la nuit. Clélia est étendue sur son lit, les yeux grands ouverts fixés sur le ventilateur de plafond dont la rotation des pales l'hypnotisent. D'un mouvement lent, régulier, lancinant comme l'écoulement du sable dans un sablier, les pales du ventilateur brassent la pâte molle d'un air alourdi de produit insecticide. Des sensations bizarres se diffusent dans le corps de la femme comme un poison mortel. Bien qu’elle ne soit pas malade, ses chairs sont chevillées au lit par la fièvre. Si elle était superstitieuse, elle dirait qu'on lui a jeté un sort. Un gecko de delirium tremens asiatique s'incruste près de l'interrupteur, juste derrière sa tête, immobile comme une idée fixe. La femme le regarde, le salue familièrement. La vie reflue en elle et tout son corps s'ébranle pour accueillir la superbe vision. C'est ainsi que son oeil accroche les images qui défilent dans le téléviseur dont elle a comme d'habitude coupé le son.

Le téléviseur montre en rediffusion des images du Festival de Hué. Des images de la peinture sur la route près du Paradise Garden. Gros plan sur le tableau d’Olivier et de Tao. Le spectateur reçoit comme un coup de poing la tour vitrée, éblouissante, avec son lotus qui vrille à l'intérieur, cherchant la lumière. Le tableau a remporté le premier prix du concours. Dans la citadelle, c'est la remise des prix. Le prix est remis par Buu Y. Les images montrent Tao s'avançant vers Buu Y, recevant un objet que la femme ne prend pas la peine d'identifier tant elle est sidérée. Tao est seul. Olivier n'est pas là. Elle se dit que peut-être il n'était pas libre à ce moment-là, qu'il était appelé ailleurs. En même temps qu'elle énonce ces mots, sa conscience la plus profonde lui crie que ce n'est pas possible. Le téléviseur vient régler son conflit intérieur : en bas de l'écran s'est inscrit le nom du vainqueur : Tao Ngô Quâc.

Voir My. Elle doit voir My. La jeune fille doit savoir ce qui s'est passé pendant qu'elle était sur la colline de Nam Giao. My est au Phuong Nam, attablée avec des festivaliers qui l'ont invitée à dîner. L'ambiance n'est pas à la fête. Les convives sont abattus, les mines sont défaites. - «Je peux te parler, My ?», dit Clélia.

La femme prend la jeune fille par les épaules et l'entraîne dehors marcher sous les grands arbres. My raconte : - «Le jury a donné le prix à Tao. Pas à Olivier. Le président du jury a dit que c'est seulement Tao qui était inscrit pour participer. Olivier n'est pas inscrit. Le prix c'est seulement pour Tao. Ce n'est pas juste. J'ai dit à Tao. Il a dit qu'il est pas sa faute. C'est Long qui a inscrit. Olivier n'était pas content. Je disais la consolation mais il était grande colère. Tao et Olivier ont disputé dans la citadelle près les expositions. Ils criaient. Olivier a cassé la belle Bande Dessinée de Tao.»

- «Celle avec le petit bonhomme et le chien qui courent sous la pluie ?»

- «Oui, celle-là. J'avais peur qu'ils cassent d'autres aussi mais des gens les ont chassés. On a couru, c'était la folie. On est venu sur l'esplanade du symposium, tu sais les sculptures des artistes internationaux. Tao et Oliviers se sont battus.»

- «Ils se sont battus !»

- «Des coups de poings, des coups de pied. Ils ont roulé par terre. Les visages étaient pleins de sang. Je ne savais pas faire quoi. J'étais toute seule. Je me suis sauvée.»

My pleure. Clélia la console : - «Tu as bien fait, My, on ne peut rien faire quand les hommes se battent. Il faut attendre qu'ils soient fatigués et qu'ils s'arrêtent tout seuls. C'est comme ça.»

Tout en marchant, My et Clélia sont arrivées devant l'arbre qui, à l'intersection de ses branches maîtresse, abrite un autel bouddhique. Une bougie se consume lentement devant la divinité, allumée par quelque pieuse âme. Les deux femmes se font face et se tiennent enlacées.

My : - «Maman du Vietnam, je suis tellement désolée. J'avais lâché un oiseau pour un voeu. Mon voeu c'était...»

Clélia a mis la main sur la bouche de My : - «Chuut, on ne dit pas un voeu ...»

Elle essuie le visage mouillé de la jeune fille qui glisse dans un sourire : - «Long m'a donné ton éventail, je l'ai donné à Olivier pour qu'il te le rende.»

- «C'est gentil, ma belle. Je lui demanderai quand je le verrai. Maintenant, tu vas retourner chez toi, te reposer. Moi, je vais m'occuper de nos deux lascars. Si déjà je les retrouve parce que va savoir où ils sont.»

- «Tao est parti chez Long mais Olivier, je ne sais pas.»

Tao est chez Long, en effet. Ils sont assis face à face à la table basse du petit train des jours heureux. Long a les mains posées à plat sur la table. Appuyé contre le mur, le dos bien redressé, il a ramené sous lui ses jambes torses. Dans cette stature, son handicap s'efface. On ne s'étonnerait pas de le voir se lever et s'en aller. Tao, au contraire, est tassé, recroquevillé sur son siège. On dirait que son corps s'est vidé de ses os. Clélia s'approche des deux hommes qui se poussent pour lui faire de la place. Pendant un long moment, ils se regardent sans mots dire. C'est la femme qui rompt le silence :

- «Te voilà bien arrangé, Tao !»

Tao a le nez tuméfié, une croûte de sang séché s'accroche à son sourcil gauche. Il tente un sourire prudent mais Long le foudroie du regard. Clélia comprend que Tao n'est pas le maître du jeu, qu'il n'a pas voix au chapitre. Elle se tourne alors franchement vers Long : - «Olivier et Tao ont travaillé ensemble. Tu le sais bien. Pourquoi il n'y a que Tao qui a eu le prix ?»

Long répond : - «Je ne sais pas. C'est une erreur. C'est la vie. Il ne faut pas se disputer pour cela. Il y a toujours des moyens de s'arranger. Tu diras à Olivier que Tao n'a rien fait, qu'il peut s'en aller tranquille.»

Extrait de "Hué la belle", de Clélia Rivière, chapitre : L'offensive du Têt. En février 1968, pendant la fête du Têt, le nouvel an vietnamien, des milliers de communistes menés par un éminent stratège, le général Giap, attaquent simultanément des cibles dans cent cinq centres urbains. Ils infiltrent Saigon où ils prennent l'ambassade et le QG américains. Les troupes sud-vietnamiennes sont surprises car elles pensaient que la bataille allait avoir lieu à Khé Sanh, près de Hué. Une bataille s'y déroule en effet et aussi à Hué. Les Nord-vietnamiens ont pris la ville et se sont retranchés dans la citadelle. Pendant vingt cinq jours, sous les bombardements assidus des B 52, ils maintiennent leurs positions. Ils en profitent aussi pour régler quelques comptes. Ils abattent, décapitent et brûlent vives trois mille personnes dont des fonctionnaires, des policiers et toute personne soupçonnée d'avoir des sympathies pour le gouvernement de Saigon ou leur allié américain. Ces atrocités n'émeuvent pas l'opinion publique car à ce moment-là les regards sont braqués sur les massacres de My Shon (My Lai), au Sud de Da-Nang. Le 16 mars, des unités de l’armée américaine ont débarqué à My Lai pour une expédition punitive suite à la morts de GI’s. Ils ont massacré tout le village, jusqu'aux animaux dont ils ont jeté les corps dans les puits pour empoisonner l'eau. Des soldats se sont interposés comme Thomson, Colburn et Andreotta qui ont posé leur hélicoptère entre les soldats et les villageois. Aujourd'hui, les Etats-Unis ont reconnu qu'il n'y avait pas d'ennemis ce jour-là à My Lai et qu'en fait de bataille c'était bel et bien un massacre. Thomson et Colburn ont reçu la plus haute médaille militaire du courage pour un acte commis hors affrontement avec l'ennemi. Andreotta est mort au combat. L'offensive du Têt fut le début de la fin pour le camp du Sud. Si les Sud-Vietnamiens gagnèrent de toute évidence la guerre sur le terrain en écrasant le Nord communiste, ils la perdirent sur le terrain politique. L'offensive du Têt avait en effet révélé que sans les Américains le Sud ne pouvait sortir vainqueur de la guerre civile. Cette révélation démobilisatrice renforcée par le retournement de l'opinion publique mondiale amena le retrait des troupes américaines. Ces faits viennent comme en écho des massacres qui eurent lieu en 1883 lors de la prise de Hué par les troupes de la colonisation française. Dénoncés dans la presse par Pierre Loti, écrivain et journaliste, ces massacres ont induit la décolonisation de l’Indochine et de l’Algérie.

" Tu diras à Olivier qu'il peut s'en aller tranquille. " " Tu diras à Olivier qu'il peut s'en aller tranquille. "

Les mots de Long résonnent dans la tête de Clélia, ses pensées se bousculent tandis qu'elle traverse à grands coups de pédales la ville assoupie. Olivier peut s'en aller tranquille ... Ainsi donc Olivier veut partir. Peu à peu la question se formule : Olivier veut-il partir ? Puis se décline en plusieurs autres questions : pourquoi Olivier voudrait-il partir ? Pourquoi Olivier devrait-il partir ? Sans s'en rendre compte, Clélia a pris le chemin qui mène à la pension Loan. La route lui parait si longue et elle a si mal au genou qu'elle finit par larguer son vélo pour héler un taxi. L'homme qui baragouine un anglais approximatif ne comprend pas sa demande. Elle la reformule dans tous les sens mais rien n'y fait. En désespoir de cause, elle fait ce par quoi elle aurait dû commencer : noter l'adresse sur un bout de papier et le mettre sous les yeux de l'homme. L'anglais écrit met généralement tout le monde d'accord. En effet, l'homme comprend, aquièse et démarre. Il roule mais pas longtemps. Au rond-point extérieur de la ville, une ambulance bloque la circulation. Des véhicules immobiles, un attroupement, des policiers ... Les décors et les acteurs de l'urgence sont en scène. Pour quel drame, quelle tragédie ??? En tous cas, Clélia ne sera pas au rang des spectateurs. Apercevant un motobyker, elle demande au chauffeur du taxi de la déposer. Le chauffeur tente de la retenir mais elle jette sur son siège un billet de cinq euros et sort de la voiture. Le motobyker l'emmène. Se faufilant dans les encombrements, il va à une allure raisonnable mais il lui prend de faire un détour à travers la ville. La femme a beau lui tirer la manche pour le diriger ainsi qu'elle le ferait avec la bride d'un cheval, il continue, arguant :

- " Hué, by night, it's beautiful".

C'est vrai que c'est beau Hué la nuit mais Clélia a un but et elle est pressée de l'atteindre. Elle pense que le motobyker veut seulement rallonger la course pour se faire plus de money. C'est de bonne guerre, OK, bénies soient les leçons de marchandage prises avec Olivier sur le petit marché des bords de la rivière. C'est ce qu'elle se dit tandis que la moto mène son interminable digression. A l'arrivée devant l'hôtel Loan, le motobyker passe à l'offensive, réclamant pour sa divagation une somme extravagante que Claire refuse de payer. Elle sort de sa poche une liasse de billets de dongs qu’elle tend à l’homme. L'homme repousse sa main et mouline sa colère avec ses bras de cuir. Se surprenant elle-même, la femme ne se laisse pas impressionner. Elle invective l'homme en anglais et menace d'appeler la police. Instantanément, l'homme se calme, prend la liasse de billets qui flotte à sa portée. L'affaire conclue, chacun va son chemin. Clélia se dirige vers la pension de famille qu'elle voit au bout de l'impasse. Son pas se fait ample, apaisé, comme la respiration dans le sommeil. L'entrée se rapproche. Marchant sur un nuage, Clélia est presque joyeuse.

Soudain, la femme est là, devant elle, allongeant son ombre sur elle. La pirate de la mer de Chine. Comme une pieuvre, elle prend Clélia dans les tentacules de ses bras et l'entraîne au fond de son antre. C'est une sorte d’appentis, avec une paillasse nue au-dessus de laquelle pend une de ces lanternes de papier que fabriquent les handicapés de Ho Ian, le village balnéaire très fréquenté des environs de Da-Nang. Des bruits montent d'une caisse rangée tout au fond du réduit. La femme fait signe à l'autre femme d'aller voir. Clélia s'avance, courbée en deux pour ne pas se cogner la tête au plafond. Elle se méfie autant de la caisse qui est devant elle que de la pirate qui la suit. Si c'est traquenard, elle est perdue car qui va savoir qu'elle est là. Parvenue à la caisse, la surplombant, elle voit. Il y a un chien. Pas un de ces petits chiens asiatiques qui vivent au Vietnam, totalement libres, sans laisse, sans autre niche que la maison de leurs maîtres. Non, un chien de grande race, de ceux qui sont élevés comme animaux à viande. Il dort. A son cou, un collier en ficelle et une médaille marquée au nom de "babi". La pirate est radieuse. Elle dit des mots que Clélia ne comprend pas mais qui contiennent toute la joie, toute la fierté de d’une mère. Car babi est bien son enfant, adopté dans la solitude et la marginalité de l'impasse. C'est pour Clélia un moment de terrible acuité que ce moment où elle prend conscience qu'il faut traverser le miroir des apparences pour se retrouver soi. Elle s'incline devant la femme et lui tend la photo de son fils qui, depuis des années l'accompagne partout. Elle lui tend la photo « à la vietnamienne », c'est-à-dire en la tenant à deux mains, signe de révérence envers une personne respectable.

Les deux femmes sont assises l’une à côté de l’autre sur le bord du trottoir lorsque arrive l'ambulance. C'est l'ambulance rattachée au QG du festival. Ensemble, elles suivent des yeux le véhicule jusqu'à l'endroit où il s'arrête. Juste devant elles. D'un bond, elles sont debout. Les infirmiers passent devant elles en trombe, poussant une civière. Ils vont jusqu'au bout de l'impasse, s'engouffrent dans l'hôtel, reviennent avec la civière chargée d'un corps. Dès qu'elle a identifié Olivier, Clélia Rivière se met à la remorque de l'équipage. Une angoisse sourde lui ligote les membres. A l'ambulancier qui lui demande si elle est de la famille, elle dit : - «Oui, je suis sa mère.»

Elle embarque dans l'ambulance. Olivier gît sur la civière. Il a le visage rouge, gonflé. La femme se précipite : - «Mon pauvre petit, il t'a massacré, Tao, le petit fumier. Le salaud». L'infirmier : - «Mais, qu'est-ce que vous dites, vous êtes folle ? Ce ne sont pas des traces de coups, il fait une allergie. Sûrement une allergie à la laque : regardez les cloques et les vésicules qui sont en train de se former. Et ses mains, elles sont couvertes d’eczéma ».

Se penchant sur lui : - «Tiens … qu’est-ce qu’il a dans la main ?»

L’infirmier desserre les doigts du garçon et voit : un objet racorni, comme rongé … un bout de carambole.

Comme Clélia lui prend les mains, Olivier ouvre les yeux, la reconnaît, lui dit en hachant ses mots comme une radio qui perd son signal par intermittence : - «Maman ... çà brûle ... ton éventail, My me l'a donné.»

L'infirmier, lui mettant le masque à oxygène : - « Je trouve qu'il respire mal. Je ne sais pas comment il a fait son compte mais il s'en est pris jusque dans les poumons.»

Dans la salle d'attente de l'hôpital, Clélia feuillette le document que lui a laissé l'infirmier pour la faire patienter utile - pour lui comme pour elle car il la sent investie, investigatrice. Le document est une brochure technique.

Dans la collection « Les techniques traditionnelles asiatiques » : « La laque ». Le terme laque provient du sanscrit "Lakh" qui signifie brillant, lumineux. Il a donné le mot arabe Lakk qui est devenu laque en Occident quand les premiers objets laqués y sont arrivés au retour des croisades. Le terme sanscrit définit une certaine qualité de lumière, donc de clarté. Les initiés disent qu’un laque - le mot laque est féminin quand il désigne la matière mais il est masculin quant il désigne l’objet laqué - Les initiés disent qu’un laque est comme le ciel durant la nuit, qu’il peut être de couleur très sombre mais cependant très clair dans son éclat, comme s’il avait une lumière intérieure. Ils emploient des expressions telles que « confus comme l’eau boueuse », « mêlé comme un étang boueux », « sans plus de transparence que l’opacité même », « obscurs comme l’eau trouble ». La technique traditionnelle de la laque est donc presque une mystique, une initiation qui demande minutie et patience, vertus existentielles de la culture asiatique. Elle se fait à partir de la laque. La laque est un suc laiteux qui provient du laquier, un arbre de la famille des toxidendrons qui ressemble au figuier. Ce lait est l'équivalent du latex pour le caoutchouc. Avec l'ajout de quelques autres produits, il devient une résine que l'on utilise crue ou cuite dans la technique de la laque. Cette technique se fait au départ d’un support de bois, soit une plaque, soit un objet et comprend une opération plusieurs fois répétée. Cette opération consiste à apposer une couche de laque sur le support, à la polir pour obtenir un lissé parfait et à le mettre sécher dans une sorte de chaudière à vapeur. Une laque de bonne qualité peut compter une trentaine de couches. La dernière est constituée d’une laque très fine soigneusement poncée pour recevoir le décor final. Les décorations principales sont les feuilles d’or et d’argent, les pierres taillées semi-précieuses, la nacre, la coquille d’oeuf ou les écailles de tortues (aujourd’hui interdites car la tortue est une espèce protégée). Mise en garde : la laque contient de l'urushiol, une substance allergisante qui provoque démangeaisons, dermatites, eczéma, érythème, cloques et vésicules, avec risques d'infections secondaires par grattage. Il arrive aussi parfois que les poumons soient touchés lorsqu'il y a inhalation mais c'est rare, le plus souvent la contamination se fait par contact. La substance étant très prégnante, sa toxicité est persistante, c'est pourquoi il est impératif de laver les objets contaminés.

Olivier a des lésions aux poumons. Il doit être rapatrié. Clélia lui a ramené ses affaires qu'elle a ramassées dans tous les lieux qui jalonnaient sa vie vietnamienne: la pension Loan, le Phuong Nam, la galerie de Long, le QG du festival ... Ils se reverront en France, ils se le sont promis. En attendant, la femme se sent seule, vide. Elle a perdu le fil de sa présence à Hué. Qu'est-ce qu'elle fait là, en pleine nuit, sur les gradins du parc Thin Tam, à regarder un spectacle de marionnettes sur l'eau. Un homme vient s'asseoir à côté d'elle. Un vieil homme, petit, osseux, sec comme un bout de bois. Il ramasse ses jambes sous lui, s'entoure de ses bras, s'y amenuise, se réduit tellement qu'il finit par n'être pas plus grand qu'un enfant. Le spectacle se déroule, racontant des histoires de paysans vivant dans les marécages et les rizières, des histoires peuplées de dragons et de buffles, de pêcheurs et de musiciens. Des histoires universelles. Clélia ne voit rien, n'entend rien. Elle se dit qu'elle va partir aussi. Rassembler ses affaires, son ordinateur, ses livres ... Déjà, elle a récupéré son éventail. Il est dans sa main, déployé. Il n'est plus très propre. A passer ainsi de main en main, il s'est sali. Une traînée noirâtre, un peu grasse, court le long d'une pliure. Ce sera difficile à ravoir, se dit-elle, et si je le lave, il perdra les souvenirs qui s’y rattachent ... My qui le tient devant le marchand d’oiseau, qui le donne à Olivier, comme un gage qui les lient tous les trois … Des images tombent dans ses yeux ... des objets qui flottent sur l'eau, des hommes troncs dont les jambes disparaissent dans l'eau, des hommes qui manipulent des marionnettes. FIN Cette histoire a été écrite à partir de mon voyage au Vietnam avec l’association « La rencontre de l’autre », de Donzy-le-National, en Bourgogne. Elle est librement inspirée de personnes et de lieux existants qui ont été utilisés comme support de mon imaginaire. Les prénoms ont été choisis en fonction de leur signification :

Tao signifie Création Long Dragon My Belle Clélia la femme du silence Olivier l’homme inquiet
Attention: arnaque d'une Française de 40 ans à Bangkok et Pattaya! English translation pending
by Undertone436 · 2007-12-23 · 395 replies
ATTENTION A CETTE FRANCAISE QUI DEPOUILLE LES FRANCAIS A BANGKOK ET PATTAYA AVEC SES BESOINS D'EMPRUNTER DE L'ARGENT DANS L'URGENCE POUR SA SITUATION DESEPERE DE RENTRER EN FRANCE, MARI EN PRISON, S'EST FAIT VOLER TOUS SES PAPIERS.OU AUTRES..ETC...ET J'EN PASSE !!!! et oui, encore un de plus comme moi qui viens de se faire avoir par cette francaise de 40ans, brune, cheveux court, d'apparence tout a fait classique et banal au bord des larmes..."are you french???avec son accent pourri, je lui ai dit oui, et c'etait parti avec son histoire que son mari s'est fait aggresse a pattaya, qu'il est en prison, qu'elle doit payer la caution pour le faire sortir, , , etc 10.000 bahts...que l'ambassade ne peux pas l'aider...etc bla bla bla...tout cela a l'air ridicule avec le recul mais sur le coup elle etait tres plausible dans les moindre details, a bord de craque, que ses vacanses sont finis...retour force, elle avait tout tout de credible. tres maline et intelligente je dois dire, manipulatrice a souhait, la pauvre on ne va pas la laisser dans cette situation comme ca, bref je lui ai donne 12.000 bahts soit 275 euros !!!! en pensant faire qq chose de bien pour qq'un dans l'urgence....elle m'a donne une adresse, avec un faux numero ... faux email..que j'ai decouvert apres bien sur - je me suis dit que ca sentait pas bon ???? apres qq recherche, j'ai vu sur le site de l'ambassade qui avertissait les francais de cette fameuse arnaqueuse... bref si vous la rencontrer, ne commencer pas avoir pitie et appeller direct la police pour touriste, efficace et serieuse !!! ou l'ambassade de france directement, ca fait apparement des annees qu'elle sevit...et il est temps que ca s'arrete... c'etait notre dernier apres un mois magnifique en thailande, je suis bien degoute de m'avoir fait avoir comme un couillon!!! et surtout par une francaise.....🙁
Croisière sur le Millenium Celebrity dans les Caraïbes English translation pending
by Isanana · 2007-11-17 · 26 replies
coucou quelqu'un fait-il le voyage sur le millenium celebrity cruise le 6 janvier 2008 départ fort lauderdale merci à bientot
Casa particulares à Santiago de Cuba? English translation pending
by Shimano66 · 2007-10-17 · 13 replies
Bonjour, j'aimerais visiter la région de Santiago de Cuba l'an prochain. Est-ce que vous avez de bonnes adresses de casa particulares, avec comfort, air climatisé, salle de bain etc? Est-ce que les plages sont loin du centre-ville?

Merci et bonne journée 😎
Avis sur itinéraire dans les grands parcs américains English translation pending
by CAT31 · 2007-09-11 · 26 replies
Bonjour!

Je suis en train d'organiser mon voyage de noces🙂🙂 (cela va être dur d'attendre!!) pour l'été prochain (mi août 2008-mi sept 2008) dans l'ouest des Etats-Unis. J'ai essayé de m'inspirer des messages et conseils que l'on peut trouver dans ce forum...et je vous sollicite maintenant directement pour avoir vos avis sur la faisabilité, l'interêt et tout autre remarques que vous voudrez bien me faire relatifs à ce voyage!

Etapes S-16/08 : Voyage aller : arrivée à Jackson Hole D-17/08 :Grand Teton park L-18/08 :Yellowstone Old Faithful M-19/08 :Yellowstone Canyon: – Mammoth hot springs M-20/08 :Yellowstone Canyon J-21/08 :Journée de transition : Yellowstone à moab V-22/08 : Moab: Canyonlands – survol avion + island in the sky randonnée S-23/08 :Moab: Arches national Park D-24/08 :Moab: Canyonlands: the needles (chesler park loop) L-25/08 : Transition: Monticello à Hanksville à Capital reef canyon M-26/08 :Capital reef canyon: Cathedral Valley M-27/08 : Bryce canyon J-28/08: Kodachrome bassinstate park/ Calf Creek Recreation Area/ Lower calf creek/old paria & Yellow rock V-29/08 : Combinaison Wire Pass, courte incursion dans Buckskin Gulch (4/5h de rando) et visite de Coyote Buttes North S-30/08 : Upper Antelope Canyon - Horseshoe bend - Lake powell D-31/09: Grand canyon south rim L-01/09: Grand canyon south rim M-02/09: Havasupai M-03/09: Havasupai à Las Vegas J-04/09: Las Vegas V-05/09: Death Valley national park S- 06/09:Yosemite D-07/09: Yosemite L 08/09: Yosemite M-09/09: San Francisco M-10/09: San Francisco Jeudi 11/09:Départ

Nous avons volontairement choisi de ne pas aller à LA et nous avons dû faire des choix : sacrifier Monument Valley, Zion Park...notamment parce que nous souhaitions aller à Yellowstone! Voilà, voilà, j'attends vos conseils avec impatience!

Merci d'avance et à bientôt!🙂
Voyage en Afrique du Sud en février/mars 2008 English translation pending
by Kdick · 2007-07-28 · 21 replies
Bonjour,

Nous pensons aller en AFS entre 15 jours (ou 3 semaines max) et nous nous demandons bien vers quel TO nous diriger ?

D'habitude nous voyageons seuls. Là nous partirions en groupe car je ne me vois pas faire les balades tout seul au milieu de la brousse. Il faut bien un guide !

Mais quitte à payer le prix je cherche un voyage de qualité avec un petit groupe (ça c'est important), de bons rangers et un hébergment de qualité ! Est ce possible à votre avis ?

Quels parcs privilégier ? J'ai entendu dire qu'il valait mieux aller dans des parcs privés qu'à Kruger ? Si vrai pourquoi ?

A tou ceux qui connaissent et qui aurait la gentillesse de me répondre, d'avance Merci.
Acheter un appartement au Maroc English translation pending
by Bridom · 2007-06-22 · 39 replies
LES JARDINS DE TAMESNA Qui connait cet ambitieux projet? www.marinador.com Entre Casa et Rabat, une ville nouvelle va se construire. Des investisseurs Marocains et étrangers, de la construction espagnole... du haut standing de 100 m2 à 80 000 E. Ca semble interressant, mais j'ai peur que cette "ville nouvelle" ne concentre trop de vacanciers! Dominique
Logement chez l'habitant à Santiago de Cuba English translation pending
by Flashy · 2007-06-22 · 8 replies
Mon fils de 19 ans se rend seul pendant 3 semaines à Santiago. C'est son deuxième voyage pour Cuba.Il part de Paris début Aout.Nous sommes à la recherche de personnes effectuant le même séjour. Il compte louer chez l'habitant, mais pour l'instant il n'a pas encore réservé . Toute information à ce sujet nous intéresse.J'espère avoir au moins une réponse car je lis surtout des messages pour la Havane et rien sur Santiago. Merci d'avance.
Bluebird et Loopkin se sont mariés! English translation pending
by Loopkin · 2007-06-12 · 58 replies
Nous ne sommes pas les premiers, il y en a eu au moins un, il y en a eu sûrement quelques autres, et il y en aura encore... C'est l'histoire de deux voyageurs qui se rencontrent sur VF, et qui tombent amoureux. A peine deux ans après, ils se marient. En découvrant VF, nous n'aurions jamais cru faire un pareil voyage. La vie réserve de ces surprises !

C'était ce week end, au pied de notre montagne, la Meije. "Elle" était là. Sa façe Sud majestueuse d'Aigle aux ailes déployées nous regardait. Et nous la regardions. Et elle nous disait "venez, je vous attends". Et nous lui avons dit: "Chiche! Nous prévoyons de venir rendre visite à ton Grand Pic l'an prochain".

Nous avions voulu nous marier à la Bérarde, dans une ambiance "refuge" avec amis et famille tout éberlués par ce contexte alpin si dépaysant. Chamois et choucas étaient au rendez-vous pour la cérémonie. Le soleil aussi, et ça c'était inespéré !

C'était un moment unique et merveilleux qui nous a mis des étoiles plein les yeux pour tout le reste de la vie. Nous sommes heureux de partager cette joie avec vous, nos amis de VF. Le Grand Voyage commence pour nous, le plus beau, le plus long, le plus épanouissant.

Nos envies de voyages sont toujours là, plus fortes que jamais. On a hate de repartir ensemble. A croire que le virus ne lache jamais ? On sent que ce mariage a changé beaucoup de choses en nous, plus qu'on aurait pu l'imaginer à priori. On est émerveillés. On se demande comment ça s'est passé pour d'autres couples de voyageurs.

Est-ce que le mariage a changé quelque chose dans votre façon de voyager ? De vivre ? De rêver ?

Nous serions contents d'échanger sur ce sujet avec vous. Et merci encore à VF pour cet immense bonheur.

Lara (Bluebird) et Serge (Loopkin)

PS: Nous habitons désormais à Lyon depuis deux mois, d'ailleurs, nous allons venir à la prochaine rencontre VF à Lyon vendredi 23 juin. SFIO: photos à suivre bientôt.
Coups de coeur au Vietnam English translation pending
by Ottlnpac · 2007-06-08 · 125 replies
Suite à une question de Nerwiss et pour ne pas squatter son post, je vous propose une nouvelle discussion imagée "culture et paysages" : A vos archives : postez votre "coup de coeur" au Vietnam. Je vous livre un des miens, car j'en ai eu quelques uns.

La petite mamy qui s'occupe bénévolement du musée de la vie des campagnes (je ne connais pas le nom du village, c'est situé le long de la rivière des parfums près de Hue)

Le guide explique et elle se fait une joie de refaire les gestes d'autrefois pour qu'on puisse la prendre en photo. Elle est adorable !!!



Une petite vie en Namibie English translation pending
by Mimi785nono · 2007-06-01 · 25 replies
EDIT : Voila, vous avez le lien en bas de lon post, le site est fini (enfin, il reste quelques details à revoir et surtout à corriger les fautes de frappes 😠)

@ votre service 🙂

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