Pagaljavab · 15 août 2026 à 0:15 · 28 photos 18 messages · 4 participants · 241 affichages | | | | 15 août 2026 à 0:15 · Modifié le 17 août 2026 à 16:09 16 jours en famille à La Gomera (Îles Canaries) Message 1 de 18 · 241 affichages · Partager Préambule : pourquoi La Gomera?
Quand nous avons commencé à chercher une destination pour l'été il y a quelques mois, notre premier critère a été d'éviter les fortes chaleurs et les canicules. Nous sommes déjà allés en Norvège il y a deux ans et envisageons d'y retourner dans le futur pour d'autres occasions. Suivant... Alors nous nous sommes amusés à demander à ChatGPT quelles étaient les destinations qui bénéficiaient d'un climat clément en période estivale sans partir trop loin. Dans la liste fournie par l’intelligence artificielle figuraient les Îles Canaries... L’idée d’un endroit auquel nous n’aurions pas pensé en premier lieu, à la fois pas trop éloigné et suffisamment exotique nous a séduite : « Ah tiens, pourquoi pas ? ».
Cette destination ne m’avait jamais vraiment attiré, Magali un peu plus. Cinq ans auparavant, le covid avait causé une courte interruption dans mon activité professionnelle et j’y avais projeté un voyage, parce que le prix du vol était attractif et que je cherchais une destination différente de ce qui m’attire habituellement, plus que par attrait profond. Vu de loin et avec un jugement social que j'assume (c’est pas bien mais c’est pas complètement faux), j’avais l’image d’une destination de beaufs venus faire la fête au soleil sans le moindre intérêt pour la culture locale, de littoraux bétonnés et de paysages dénaturés : soit tout ce que j’abhorre au plus haut point. J’avais quand même fait des recherches rapides sur les différentes îles et repéré Lanzarote pour ses beaux paysages volcaniques, ses sentiers de randonnées, ses plages, et l’impression d’un bon compromis entre animation et fréquentation moindre que Tenerife ou Gran Canaria. Puis j’ai abandonné le projet de partir, sans jamais avoir repensé à voyager aux Canaries...
Enfin jusque-là! Car nous avons commencé à faire des recherches sur les différentes îles de l’archipel pour juger lesquelles pourraient nous plaire le plus. C’est La Gomera, troisième plus petite île de l’archipel, plus plébiscitée pour ses circuits de randonnées et sa nature préservée que pour ses plages, à l’écart du tourisme de masse (cinquante fois moins de touristes que Tenerife) mais toutefois un peu plus aménagée que sa sauvage voisine El Hierro, qui a attiré notre attention. Contrairement à ce que pourrait laisser penser la suite, je ne suis pas du tout addict à l’intelligence artificielle mais je l’utilise de temps à autres pour synthétiser des recherches rapides ou simplement à titre expérimental. Comme ChatGPT se prenait d’intérêt pour anticiper mes goûts depuis quelques temps comme s'il était devenu mon pote (assez souvent avec réussite, parfois à côté de la plaque), j’ai demandé quelle île des Canaries me conviendrait le mieux pour un voyage avec ma famille. L’outil m’a répondu en premier lieu... La Gomera. Alors je l’ai testé et titillé un peu pour tenter de vérifier si cette proposition était solidement fondée, car la méthode parvient parfois à le faire se contredire. Mais rien à faire : « Tu apprécierais la nature sauvage d’ El Hierro mais en famille, tu y trouveras peu d’activité pour les enfants. Tu n’aimeras pas l’ambiance touristique des grandes îles comme Tenerife, Gran Canaria, Lanzarote et Fuerteventura. Tu pourrais envisager La Palma, mais c’est vraiment la Gomera qui vous conviendra le mieux, d'après tes centre d’intérêt et les critères donnés. Alors nous avons approfondi nos recherches et avons été convaincus sans l’ombre d’un doute que cette île était entre toutes celle qui nous attendait.
Sans le savoir, nous avions des Canariens dans notre entourage qui ont révélé leur origine en apprenant notre projet de voyage. L’une originaire de Tenerife affirmait que nous ferions mieux de choisir Tenerife (évidemment...) car elle comporte aussi des endroits préservés et que La Gomera, « on en a fait le tour en deux ou trois jours, vous allez vite vous ennuyer... ». L’autre, une collègue originaire de Gran Canaria qui n’avait jamais visité La Gomera nous la recommendait tout de même sans hésiter car il se trouvait que ses parents venaient justement d’y aller en vacances : ils avaient adoré et y avaient croisé peu de touristes. Elle aussi avait tendance à penser que cette destination était le plus souvent l’objet de courts séjours, mais d’après ce que lui avaient dit ses parents, y prendre son temps était aussi une très bonne idée. Cependant, dans nos recherches, l’idée que La Gomera est une île dont on a fait le tour en trois ou quatre jours maximum revenait quand même fréquemment. Alors nous avons envisagé de coupler sa visite avec celle de La Palma ou El Hierro, les deux autres qui nous faisaient le plus de l'œil. Mais papillonner en ferry dans les Canaries représente un budget conséquent pour les non Canariens, encore plus à quatre. Puis en scrutant Google Maps, il nous a paru évident que deux semaines étaient trop courtes pour découvrir deux îles comme elles le mériteraient et qu’il semblait y avoir beaucoup de choses à voir à La Gomera, en raison de sa culture très singulière. Après tout, nous avons lu que certains y passent plusieurs mois de l’année, d’autres n’en sont même jamais partis... Enfin ces paysages et cette atmosphère qui nous paraissait a priori un mélange d'Europe, d' Afrique du Nord et d'Amérique latine nous tentaient bien. Alors ce serait deux semaines à la Gomera, adjugé !
La Gomera est donc la deuxième... enfin la troisième plus petite île des Canaries depuis que La Graciosa a été récemment reconnue comme une île habitée à part entière. Elle a la forme d’un rond grossier de 20 à 25 kilomètres de diamètre et compte à peine plus de 20.000 habitants, dont la moitié dans sa capitale San Sebastián de la Gomera, la seule ville à proprement parler. Comme ses consœurs canariennes, La Gomera est une formation volcanique qui s’est érigée il y a environ 10 millions d’années. L’île est très montagneuse et accidentée, couverte de paysages rocailleux rouges et noirs. L’activité géologique a façonné entre les massifs tentaculaires qui finissent dans l’océan en d’abruptes falaises, six vallées littorales à la végétation tropicale qui ont favorisé l’émergence de l’activité humaine. Elle partage l'île comme les parts d'un gâteau ; depuis le nord dans le sens des aiguilles d’une montre : l’agricole Vallehermoso, la rustique Agulo, la verte, humide et fertile Hermigua, l'ensoleillée capitale San Sebastián de la Gomera, la méridionale et isolée Alajeró-Santiago et la balnéaire Valle Gran Rey. Elles constituent les six communes (plutôt des sortes de cantons à notre sens français) du territoire.
Les grands massifs de magma solidifié qui dessinent le cœur de l’île ont fondé une grande dépression plus protégée du soleil en son centre, qui a permis l’éclosion d’une vaste laurisylve, ensemble de forêts principalement composées de lauriers, aujourd’hui regroupées au sein du parc naturel national de Garajonay, poumon vert de La Gomera qui lui a gagné le statut de réserve de biosphère mondiale. Son aspect complètement européen contraste fortement avec les paysages rocailleux et tropicaux du reste de l’île. Ainsi, le climat varie fortement d’un point à l'autre de l'île : en été, on peut passer assez vite d’une vallée sèche et ensoleillée à 35°C à une zone forestière humide en altitude à 18°C.
La Gomera s’est peuplée tardivement. Comme pour le reste des Canaries, la présence humaine aurait commencé il y a environ 2000 ans. De groupes berbères animistes fuyant probablement des persécutions ont progressivement peuplé l’archipel, surtout les îles de l’ouest et La Gomera, devenant sa petite population aborigène : les Guanches (ou plus tard Gomeros). La civilisation animiste et pastorale des Guanches a prospéré jusqu’à la prise de l’île par les Espagnols au XVème qui après une courte période d’harmonie et de mélange avec les indigènes, y ont soudainement mis fin dans le sang... La Gomera est devenue peu après « l’île colombine » après le passage de Christophe Colomb, accentuant le brassage des populations. Au XXème siècle, beaucoup de Gomériens ont émigré vers Cuba et d’autres pays d’Amérique latine à la recherche d'une vie meilleure, en ramenant du métissage et des traits culturels tout à fait palpables dans la cilture gomérienne actuelle. C’est toutefois à La Gomera que les vestiges de la culture guanche semble avoir laissé le plus de traces, dans la langue, la gastronomie, les pratiques sociales... D'ailleurs, la plupart des Gomeros surtout dans les villages reculés, ont un type particulier bien identifiable et revendiquent avec fierté leurs racines ancestrales, rendant même La Gomera un peu exotique aux yeux des autres Canariens.
C’est peut-être pour ça qu’elle n’a jamais vraiment voulu trop développer ses infrastructures touristiques. Si l’on met de côté les touristes qui la visitent à la journée en bus ou en bateau depuis Tenerife sur un itinéraire balisé, et que l’on croise finalement peu, La Gomera est restée confidentielle, destination centrée sur la découverte de la nature qui attire les randonneurs, amoureux de la nature plongeurs et scientifiques pour se faune et sa flore, et à moindre mesure balnéaire pour ceux qui ne recherchent pas des littoraux trop aménagés. L’activité touristique y est donc limitée. On y trouve à la louche une majorité d’Espagnols, dont un nombre substantiel de résidents des autres îles des Canaries, beaucoup d’Allemands qui ont une affectation particulière pour La Gomera et y font de longs séjours ou y possèdent des résidences secondaires, au point que l’empreinte culturelle allemande se fait nettement sentir à certains endroits (ce serait le lieu de séjour de prédilection d’Angela Merkel), et tout de même pas mal de Français. La présence d’autres nationalités nous a paru négligeable. La majorité des voyageurs viennent surtout pour la randonnées, mais c’est aussi un lieu d’observation privilégié des cétacés. En outre, les stations balnéaires de La Gomera, San Sebastián, Santiago et surtout Valle Gran Rey, sont des destinations notoirement prisée des hippies, surtout allemands bien sûr, allant du hippie bobo chic au vieux baba-cool vagabond échoué depuis des décennies, tout à fait semblable à celui que l’on croise en Inde à Goa, Rishikesh ou Paharganj. Ainsi, des pratiques comme le naturisme, le végétarisme et la production bio et locales y sont assez bien implantées par endroits.
Quelques infos pratiques : - le vol aller-retour Paris- Tenerife nous a coûté 365€ par personne (aller avec Transavia, retour avec Easyjet) en ajoutant une valise en soute et trois sièges réservés côté à côte. - Nous avons choisi deux bases pour rayonner sur l'île : une semaine à Valle Gran Rey, réputée la plus agréable des trois stations balnéaires, et une semaine à Hermigua plus montagnarde et proche du parc naturel. Nous avons réservé deux maisons avec balcon et vue : le premier à 120€ la nuit, le second à 99€. - L’aller-retour en ferry entre Tenerife et La Gomera nous a coûté 270€ avec la compagnie Baleària Canarias, incluant des réductions pour les enfants de 4 et 12 ans, mais je n'ai pas le détail exact. C'était un peu moins cher qu'avec l'autre compagnie Fred Olsen. - Enfin, nous avons loué une voiture par l’intermédiaire de l’agence Cicar à 360€ pour 16 jours, soit 22,50€ la journée. - À part cela, nous n’avons rien planifié et avons décidé la veille voire le matin même ce que nous voulions faire. Nous n'avons investi dans aucun guide papier sur Les Canaries, les informations sur La Gomera y étant peu nombreuses, mais nous avons beaucoup utilisé le très complet site La Gomera Travel, guide de voyage publié par le Conseil du tourisme des Îles Canaries , véritable mine d'or quasi-exhaustive sur l'île.
Voilà, c’est parti pour 16 jours d’aventure à la découverte de La Gomera !
Et on commence le voyage en musique!
| | | Hello Pagal
Après Gran Canaria, je m'étais dit "plus de Canaries!...sauf peut-être La Palma ou la Gomera si on n'a pas mieux comme idée de destination en tout début de printemps".
J'embarque donc pour la Goméra! | | | Et c'est parti pour une découverte exhaustive de La Gomera ! | | | Montez, montez, vous dont j'ai suivi les dernières expériences mitigées dans l'archipel canarien! Ici c'est La Gomera, où peu de monde vient, donc il reste beaucoup de place.
Attila, on ne peut rien te cacher, ce sera en effet une découverte exhaustive, et sûrement un peu exhaustive dans son sens anglais, tout comme La Gomera : rugueuse, escarpée, sauvage mais qui vaut largement l'effort 😁 | | | Jour 1, mardi 28 juillet : de Paris à Valle Gran Rey
Après une courte nuit, voilà enfin arrivé le jour tant attendu! Nous sommes debout très tôt car notre vol Paris- Tenerife décolle à 10h. Nous avions prévu de partir en métro, pratique depuis que récemment, il dessert notre ville de banlieue parisienne et que la ligne 14 a été étendue jusqu’à l’aéroport d’Orly. Mais nous avons la bonne surprise de découvrir la veille au soir que nos cartes de transport ne nous donnent plus droit à une réduction sur les tarifications majorées vers les aéroports : c'est donc 14€ par personne, ce que nous jugeons prohibitif ! Alors le calcul est vite fait, un Uber coûte 32€ pour tous les quatre et en plus, pas besoin de marcher avec les bagages. À Orly, tout se passe assez vite, la compagnie Transavia est très carrée et nous nous envolons à l’heure. C’est parti pour 4 heures de vol pour atteindre le célèbre archipel de l’Atlantique.
Je voyage séparément de Magali et des enfants pour éviter un autre supplément pour le choix du siège. Le temps très clair et ensoleillé me permet d’admirer depuis le hublot la côte nantaise, Ré et Oléron, un plus tard après l’intermède du golfe de Gascogne, les terres desséchés de Galice, le Portugal et Lisbonne, avant de regagner l’océan Atlantique à distance des côtes marocaines. Et sans crier gare apparaît comme un mirage maritime embrumé le majestueux Teide encerclé de nuages et de son littoral ciselé dans la roche. L’atterrissage sur l’île de Tenerife fait son petit effet !
Nous sommes à l’heure et si notre valise ne met pas trop de temps à arriver, nous pourrons avoir le bus 40 de 14h qui dessert Los Cristianos, où se trouve le port des ferrys vers les îles de l’ouest. Fin du suspense, elle arrive assez rapidement sur le tapis roulant. Nous sommes franchement satisfaits de Transavia qui, sur ce vol néanmoins, coche toutes les cases : prix abordables, bonne organisation, horaires respectés et personnel agréable mais intransigeant sur la sécurité. Nous sortons en vitesse du petit aéroport de Tenerife-Sud. Les arrêts de bus se trouvent juste en face de la sortie et quasiment sans attente, nous montons dans le 40 (3,20€ par personne et gratuit pour le petit de 4 ans). Une petite demi-heure plus tard à regarder défiler le long de la côte bâtiments en béton, paysages rouges et rocailleux, bananiers, cactus, panneaux publicitaires, et toujours, le Teide en toile de fond, le bus nous dépose à un rond-point dans un quartier moderne un peu carton-pâte. Il nous reste une petite vingtaine de minutes de marche tranquille sous un soleil radieux et doux à travers les résidences de vacances, le petit centre rempli de restaurants et de boutiques à touristes, la plage de Los Cristianos couverte de transats et bondée à craquer, avant d’arriver près de l’embarcadère du port. Notre ferry part à 15h30 et comme nous avons une demi-heure d’avance, nous nous arrêtons à la Casa Playa Tenerife, un grand bar-restaurant attenant à la plage où défilent touristes internationaux (surtout Allemands) et autres filles en maillots string avec marchandise apparente : ici, il est clair qu’on accorde une importance particulière au facing pour bien mettre en valeur le produit. Le spectacle de cette plage industrielle au cœur d’un environnement naturel aussi magnifique nous donne le sentiment d’un beau gâchis... et nous conforte bien dans notre choix de la Gomera.
Nous pressons un peu les sympathiques serveurs car la commande tarde à arriver et l’heure se rapproche. Nous avons tout juste le temps de déguster une bonne Dorada blonde bien fraîche (l’incontournable marque de bière principale des Canaries), et un jus de pêche pour les enfants, que nous devons déjà nous mettre en route vers l’embarcadère tout proche. Nous faisons flasher nos billets électroniques et montons dans la Pepita Castellvi, imposant ferry de la Baleària Canarias (qui vient de racheter Naviera Armas), l’une des deux compagnies historiques avec Fred Olsen qui relient entre elles les huit îles de l’archipel des Canaries. Nous n’attendons pas un tel mastodonte ! Et pourtant, il y a bien peu de monde, laissant bien 80% des sièges vides. Ce n’est probablement pas son heure d’affluence maximale : beaucoup de touristes visitent La Gomera à la journée depuis Tenerife et remplissent peut-être plutôt les ferrys du matin. L’intérieur est très confortable avec un bar-restaurant abordable, une aire de jeu pour les enfants ou encore la possibilité de passer le voyage sur le pont. Quelques minutes après le départ nous apercevons des dauphins sauter tout près de notre fenêtre ! J’avais lu qu’on pouvait en observer facilement sur cette portion entre Tenerife et La Gomera, ainsi que des baleines, mais nous n’aurions pas imaginé en voir aussi vite. Pour nous qui prévoyons une excursion d’observation des baleines et animaux marins, ça promet déjà beaucoup. Nous passons finalement une bonne partie du voyage sur le pont, où la force du vent et les puissantes trombes d’eau que le bateau projette derrière lui atteste de sa vitesse : une attraction parfaite pour les enfants. L'estompé Teide désormais dans notre dos, la rive gomérienne commence à se dessiner au loin, puis enfin le port de San Sebastián de la Gomera, capitale de l’île, sur laquelle veille une petite statue de Christ Rédempteur au sommet d’une des falaises qui la surplombe.
Le navire accoste et nous descendons avec hâte rejoindre l’agence Cicar, manifestement la plus plébiscitée des Canaries (merci Attila et Muriel18 !), sûrement parce que la moins chère et aux meilleures conditions. Les formalités faites en cinq minutes, une caution de 40€ versée, on nous attribue une Opel Corsa rouge que nous allons récupérer sur le parking. Bonne surprise, on nous annoncé que le réservoir était aux trois-quarts mais en fait, nous avons le plein intégral : c’est toujours ça de gagné ! Magali prend le volant car en plus d’être une conductrice aguerrie, ne déclarer qu’un seul conducteur nous revient moins cher. Et c’est parti pour Valle Gran Rey, tout à l’autre bout de l’île à l’ouest, où nous attend notre logement Airbnb. La destination est à 25 kilomètres à vol d’oiseau et donne l’impression que nous pourrions arriver en une demi-heure. Mais ici c’est la Gomera, ça fait donc 50 kilomètres de route en lacet qui évitent la partie la plus montagneuse, donc 1 heure 15 de trajet. Il y a deux itinéraires sensiblement équivalents en temps. Évidemment, nous nous trompons un peu en manquant une bifurcation peu visible dans une épingle qui nous suivre l’itinéraire par la côte nord. Ça n’a pas trop d’importance car cela ne nous rallonge que d’une vingtaine de minutes et nous procure notre première découverte de la grande variété des paysages de La Gomera.
Nous serpentons d’abord en phase ascendante entre les grands massifs et sommes instantanément frappés par la beauté de ces paysages secs et rocailleux aux tons terracotta, résultat d’une longue et antédiluvienne activité volcanique. Ils sont recouverts de champs en terrasses et truffés de palmiers, bananiers, aloe vera, figuiers de barbarie et bien d’autres, qui nous entourent de toute part. Vers le nord de l’île, les routes se font plus étroites et sinueuses, parfois vertigineuses, dans une succession d’épingles bien serrées. Il faut avoir le bide plutôt bien accroché. Les enfants commencent à avoir le tournis et l’estomac qui se noue, et ils ne sont pas les seuls... Mais la splendeur des paysages aident à faire passer la pilule, notamment ces miradors qui bordent régulièrement la chaussée et offre des vues à couper le souffle sur les profondes vallées. Nous sommes déjà estomaqués par ce véritable résumé de La Gomera à l’abris de l’habitacle de notre Opel Corsa, que Magali trouve bien adaptée à ce genre de route. Nous avons enfin un aperçu de ces lieux que nous avons imaginés lors de la préparation de ce voyage et que nous visiterons dans quelques jours : la verte vallée d’ Hermigua et sa vue plongeante sur la mer, le village d’ Agulo entre falaises et océan, et même une petite partie du parc naturel de Garajonay. Nous y restons bloqués quelques minutes, car nous avons notre premier contact avec d’authentiques Gomeros, occupés à déblayer les branches de la voie. Ce signe de civilisation nous surprend car cela fait un petit moment que nous roulons seuls et ne croisons quasiment personne. Nous percevons quelque chose de très accueillant dans l’attitude de ces cantonniers petits et trapus à la peau si singulièrement tannée, qui nous font signe de patienter et nous salue au passage. Puis la route se met enfin à descendre et nous finissons par apercevoir depuis un haut mirador une vallée encaissée entre deux gigantesques flancs montagneux laissant apparaître une large bande d’océan à l’horizon : notre destination, Valle Gran Rey. La vue d’en haut n’est pas moins époustouflante que celle d’ Hermigua.
Nous sommes maintenant à la recherche de notre logement dans le petit village de La Calera, qui plus en aval, surplombe tout de même bien le littoral. En fait, la municipalité de Valle Gran Rey n’est pas une ville, mais un ensemble de villages ou de hameaux côtiers et montagnards regroupés dans la vallée. La Calera est l’un de ces villages. Il nous paraît tout de suite idéalement situé car ni trop enfoncé dans les montagnes, ni trop au bord de l’océan, disposant d’une vue magnifique tout en étant à une vingtaine de minutes à pied du littoral. Valle Gran Rey est avec San Sebastián de la Gomera l’endroit le plus touristique de l’île, ce qui est à relativiser car La Gomera demeure encore une perle assez rare. La Calera a d’ailleurs l’air d’un village authentique, principalement peuplé par des Gomeros pure souche, mais tout de même bien colonisé par les Allemands. Ceux-ci sont des inconditionnels de La Gomera et particulièrement de Valle Gran Rey, au point que beaucoup y ont investi dans des propriétés ou des maisons de vacances et que l’allemand est devenu la deuxième langue officieuse de l’île. Justement, c’est à un propriétaire allemand qu’appartient le logement Airbnb que nous galérons à trouver malgré la localisation précise fournie par Airbnb. Magali gare la voiture dans la rue principale du village car le logement se trouve dans l’une des nombreuses callejónes agrippés à flanc de montagne, ici plus des chemins escarpés accessible seulement à pied que des ruelles.
C’est finalement un homme sirotant une canette de bière sur un muret que nous prenons pour un Gomero car il a le même type que les cantonniers rencontrés sur la route. Il nous entend parler et nous aborde dans un français parfait. Il s’avère être Belge mais donne l’impression de connaître le village comme s’il y avait passé sa vie. Il n’a pas de mal à nous indiquer oú se trouve notre logement, la bien nommée Buena Vista qui est encore plus en hauteur que nous le pensions. Nous avions cherché en vain dans le chemin voisin, mais c’était en fait le suivant qui porte le même nom, sûrement parce qu’ils se rejoignent sur les hauteurs : il fallait le savoir ! Le sentier de marches en pierre irrégulière traverse figuiers de barbarie, manguiers et autres bananiers qui poussent ici comme de la mauvaise herbe, et maisons qui se chevauchent en terrasse à la manière des champs environnants. L’ascension est tout de même assez éprouvante, surtout après un si long et avec une valise de 20 kilos. Nous aboutissons à une passerelle en métal sans quoi une crevasse empêcherait d’accéder à la maison... et nous y voilà. Nous ne pensions pas réaliser notre première randonnée aussi tôt : La Gomera, c’est l’immersion directe !
La voisine allemande de notre propriétaire allemand nous accueille de manière douce et discrète. C’est une belle maison de vacances équipée de tout ce qu’il faut : un grand salon-cuisine, une terrasse avec une vue merveilleuse sur les montagnes et la mer, deux chambres à l’étage, une salle de bain et un balcon au-dessus de la terrasse. Nous y resterons sept jours avant de rejoindre Hermigua pour la deuxième semaine.
Les affaires posées et les salvatrices douches prises, nous descendons à l’épicerie du village, à deux ou trois minutes à pied, pour faire quelques réserves et avoir de quoi nous nourrir ce soir. L’épicerie El Chorro semble être le principal lieu d’activité sociale de La Calera, les habitants la fréquentant comme un bar avec leur cannette de Dorada à la main, discutant avec le patron sur le pas de la porte. Nous avons la surprise d’y retrouver notre Belge rigolant et conversant en espagnol avec quelques villageois. Cet homme semble s’être littéralement implanté dans le décor et d’avoir terminé sa mutation physique et culturelle en pur Gomero ! Nous choisissons dans les rayons étroits des produits espagnols ou locaux pour nous mettre dans l’ambiance. Les prix sont un peu chers mais le propriétaire très accueillant et nous avons ce qu’il faut pour ce soir et le début du séjour.
Je me mets au fourneau et cuisine une bonne garbanza canarienne maison avec les produits du cru, que nous dégustons à la terrasse avec des pâtes et quelques tapas improvisés, chorizo ou calamars en sauce et l'obligatoire Dorada bien fraîche, le soleil dispensant ses dernières lueurs sur la vallée en s’effaçant lentement derrière l’océan. Tout est calme, le climat est doux, il n’y a quasiment pas de bruit, si ce n’est de temps en temps la rumeur d’un véhicule qui passe sur la route principale qui coupe la vallée tout en bas. Nous n’aurions pu faire meilleur choix.
Le soir, je commence à me prendre d’intérêt pour ce colossal flanc de montagne qui fait face à celui sur lequel se trouve notre logement, conférant tous deux à la vallée cette dimension de vastitude. Cette monumentale formation volcanique aux nuances mêlées de rouge brique, d’anthracite et du vert de la végétation clairsemée se dresse devant notre terrasse et dessine comme une ombre immense qui s’étire de l’arrière-pays montagneux jusqu’au littoral. Elle me semble comme une vague qui se serait brusquement figée alors qu’elle était sur le point de submerger le village.
La nuit tombe, la transformant en grande masse noire menaçante, décuplant cette impression d’immensité et de submersion imminente. Au même, des bruits étranges ressemblant un peu à des chats qui se battent résonnent dans la vallée... Cela m’interpelle un instant mais qu’importe : entre le Uber, l’avion, le bus, le ferry et la voiture qui se sont enchaînés pendant 13 heures presque sans temps mort, l’heure est venue d’un repos plus que mérité pour entamer demain notre exploration des environs. | | | Bonjour, Super! Le peu que je viens de lire m'a donné l'envie d'y aller fin septembre  Les vols avec easyJet sont pratiques et pas chers..il y a plein de logements libres.le nord n'a pas l'air trop aride et on aime bien la végétation... Peux tu me confirmer qu'on peut randonner librement sans besoin de payer des entrées sur des sentiers aménagés où tout le monde va? | | | Salut Djalma,
Je ne peux que te conseiller d'aller à La Gomera, je suis sûr que tu aimeras. Je te confirme qu'énormément de logements de vacances sont vacants, que le nord et le centre sont très verts, plus frais et humides (tout particulièrement la vallée d' Hermigua et le parc naturel de Garajonay), et que l'on circule absolument librement et souvent seuls sur les 600 kilomètres de sentiers de l'île.
Contrairement à d'autres Canaries, La Gomera est une île où on ne paye pas la nature, la culture et le parking. Même les petits musées ou ateliers d'explication sont souvent gratuits ou au pire à des prix ridicules.
Je t'encourage à suivre ce carnet très exhaustif comme l'a deviné Attila, après quoi tu sauras tout! | | | Contrairement à d'autres Canaries, La Gomera est une île où on ne paye pas la nature, la culture et le parking. Même les petits musées ou ateliers d'explication sont souvent gratuits ou au pire à des prix ridicules.
Merci pour les infos. En fait ce n'est pas pour un pb de budget mais pour d'autres raisons.. Les parkings et les musées pas de pb. La nature plus ou moins aménagée les parcs avec barrière et ticket d'entrée comme à Ténérife ou ailleurs je dis non. Je vais de ce pas faire ma réservation de vol. Encore merci. | | | Jour 2, mercredi 29 juillet : Valle Gran Rey/La Calera : charco del Conde, plage de la Calera, El Guro, sentiers des cascades d’Arure
Après une bonne nuit de récupération, le radieu soleil qui se lève nous invite à prendre le petit-déjeuner sur la terrasse. Sur le balcon des chambres au-dessus de la terrasse, je fixe encore cette montagne tout aussi intrigante en plein jour. Sa paroi est tellement abrupte que le soleil ne la dépasse pour se montrer entièrement que vers 10h.
Avec son grand plateau arrondi au sommet et ses flanc qui finissent en tentacules de lave figée, son air de pieuvre géante me fait penser à une divinité lovecratienne. Oui c’est ça, un Cthulhu de pierre volcanique ! Pour bien commencer ce séjour, nous descendons à pied La Calera en direction de l’une des plages de Valle Gran Rey. Nous ne savons pas trop laquelle choisir alors nous prenons une route un peu hasard. Il faut de toute façon traverser le village, et après avoir passé la rue principale qui passe au-dessus de cultures en terrasse, l’épicerie de la veille et de la grande route d’accès à la vallée, nous nous perdons un peu dans ses jolies ruelles.
Si nous ne croisons encore quasiment personne (les Canariens sont dans l’ensemble des lève-tard), nous observons que le village est bien vivant avec son école, de petites administrations, des cours de langues, ses jolies maisons colorées et parfois un peu décatie aux jardins exotiques ou nichées dans la roche, parfois décorées d’étranges créations contemporaines.
Le bas de La Calera près de la grande route est un peu plus animé, comme ce bar où les hommes du village (parfois les femmes aussi) fument et tournent déjà de bon matin à la Dorada accompagnée de bocadillos pour éponger le tout, dans l’insouciance de ce climat doux et paisible. La pura vida ! Il y a bien quelques maisons de vacances ça et là, mais le village demeure globalement authentique. De grandes bananeraies, champs de manguiers et autres arbres fruitiers s’étendent en sortant du cœur de village, tout près du front de mer.
Les Canaries sont réputées pour leurs charcos (littéralement « flaques »), appelés « piscines naturelles », ces bassins formés par les rochers retiennant l’eau à marée haute et plus ou moins protégés des courants. La Gomera n’est pas la panacée en matière de piscine naturelle mais en compte tout de même quelques-unes, dont le charco del Conde qui est apparemment tout près. Nous sommes curieux de voir à quoi cela ressemble, même si nous avons appris que certaines étaient dangereuses et avaient été fermées par les autorités. Nous longeons d’abord la plage de La Calera et son étroite bande de sable noir, puis une petite allée au bord de la mer à l’ombre des palmiers aux airs de Cuba (où je ne suis jamais allé, c’est juste un cliché a priori), où se trouvent la seule zone hôtelière de la station balnéaire, assez discrète, et quelques agences de d’excursions en bateaux pas encore ouvertes, ou définitivement fermées... Toutes les informations sont écrites en espagnol et en allemand. Au bout de l’allée, sur un petit bout de plage de sable noir sur laquelle sont installés quelques parasols apparaît enfin le charco del Conde. C’est une petite marre d’eau stagnante séparée de l’océan par une mince bande de rochers. Il n’a pas l’air bien dangereux... Tiens, il y a très peu de monde, mais que des Français. Nous nous empressons d’aller y tremper les pieds. Le fond est caillouteux et la profondeur ne dépasse pas mes genoux. C’est marrant pour Théo avec ses brassards et le cadre est original, mais au bout de 10 minutes, on a fait le tour de la question... Je me demande si ces histoires de piscines naturelles ne sont pas un truc un peu surcoté... Et si on trouvait une vraie plage ? Il y en a une juste à côté du charco, faites de cailloux et de rochers sur lesquels s’écrasent de gros rouleaux. Il n’y a personne et un panneau déconseille la baignade... Alors nous reprenons la direction de la plage de La Calera qui avait l’air très bien. En repassant, nous arrêtons un instant devant cette intrigante statue d’homme musclé en petit pagne devant l’océan que nous avions vue en venant. Le site La Gomera Travel, notre bible durant tout le voyage, nous apprend qu’il s’agit d’Hautacuperche (« Béni des Dieux » en berbère guanche), le héros emblématique des Guanches qui a pris en 1488 la tête de la révolte des Gomeros, soulèvement des aborigènes contre les colons espagnols, après que le gouverneur Hernán Peraza le Jeune avait trahi les traités de paix et de cohabitation signés par son père plus tolérant. Cette belle effigie en bronze de 4 mètres représente le guerrier tenant dans sa main gauche une lance, symbole de la rébellion armé, et dans sa main droite le gánigo brisé, en signe de rupture du Pacte de Colactation avec les Espagnols, car c’est le récipient d’argile dans lequel Hernán Peraza le Vieux et le chef des Guanches ont partagé le lait en signe de fraternité. Hautacuperche est dos à la mer et tourné vers la Vallée du Grand Roi, toponyme donné en référence au roi et chef spirituel des quatre tribus guanches, Hupalupo... d’où le nom de Valle Gran Rey. Il semblerait que les Gomériens fonde une grande partie de leur identité distincte sur cette figure héroïque qui fait aussi la fierté de leurs confrères canariens. Nous en apprendrons plus de cette passionnante histoire plus tard...
Au niveau de la statue commence la belle et étroite étendue de sable noir de la plage La Calera, où il y a encore très peu de monde à 11h, majoritairement des retraités allemands très « mens sana in corpore sano » et yoga. C’est l’avantage que le décalage temporel avec les Espagnols nous donnera durant tout notre périple : vivre trois heures plus tôt nous procurera parfois la sensation d’avoir presque privatisé l’île ! Les secouristes viennent à peine d’arriver et ont installé le drapeau vert. Cette plage familiale est la principale de Valle Gran Rey. Elle est très agréable, l’eau est à la perfection pour la baignade, calme grâce à la crique qui l’enserre ce qui permet de nager loin, mais laissant quand même filtrer des vagues pas dangereuses sur le rivage, et pour clore le tout une température idéale (dans les 23°C à la louche). Les enfants l’adore déjà et nous aussi. À proximité, il y a une petite zone urbanisée avec quelques restaurants, commerces et maisons de vacances. C'est décidé, ce sera notre plage, et nous n’en trouverons pas de meilleure dans toute La Gomera. Vers midi, les Espagnols commencent à arriver progressivement avec leurs parasols et transats, mais on ne peut pas parler de plage bondée. Elle devient alors un lieu de distinction et de cohabitation sociale par l’accoutrement féminin, les Allemandes souvent en posture semi-naturiste et les Espagnoles souvent en string-monokini : une configuration vestimentaire, deux états d’esprit en harmonie !
Rinçage de pieds et de maillots au petit et unique robinet de la plage puis nous remontons vers le village perché, dans ce paysage de bananeraies en abondance (qui donne envie de chiper quelques fruits de ces régimes bien garnis) et d’escarpements où notre petit village de La Calera est agrippé.
Kelyandre nous a devancé et nous le voyons 50 mètres devant nous en train de porter des sacs à côté d'une vieille dame. Nous les rejoignons et celle-ci nous explique en espagnol qu'elle ne comprenait pas pourquoi cet enfant n'avait pas répondu à ses demandes et lui avait donc mis ses sacs de commissions dans la main! Maintenant, elle comprend que nous sommes français, nous remercie chaleureusement et nous donne même des conseils de visite sur l'île, avant de repartir sur un mignon chemin de plantations fruitieres. Les Gomeros sont extrêmement gentils et accueillants, c'est un fait.
Notre ami belge est toujours scotché à l’entrée de l’ épicerie El Chorro et nous salue la bière à la main avec les habitués du village : nous remarquerons qu’il y a toujours dans les villages de La Gomera des locaux un peu marginaux, souvent avec des handicaps, toutefois toujours avenants. Ce n’est nullement un jugement mais un constat. L’île est isolée et peu peuplée...
Nous faisons juste un arrêt douche et redescendons fissa en voiture à la plage de La Calera où nous avons repéré un restaurant très bien noté, le Mango, qui propose une cuisine canarienne et quelques spécialités exotiques. Il se situe sur une petite place face à la mer où se croisent touristes et quelques hippies SDF qui vendent des colliers de coquillage et autres créations manuelles. Magali est aux anges avec sa salade mixte à la mangue et Kelyandre avec son escalope de poulet grillée, moi un peu moins de mon riz curry au gambas (très bon en fait mais j’attendais une sorte de paella) et nous nous partageons la gargantuesque assiette de calamar à la romaine-frites bien trop copieuse pour Théo. Les prix sont un peu moins chers qu'en France, d’autant plus que les portions sont plus copieuses et que le restaurant face à la plage présente bien. Comme la grande majorité des restaurants canariens, la serveuse nous apporte dès le début le fameux pan y mojo, du pain avec ces deux sauces verte et rouge légèrement piquante, presque toujours servis d’office (on peut refuser) et généralement facturé 1,5 ou 2€. Une bonne adresse en tout cas.
Après une bonne siesta indispensable, nous continuons notre exploration culturelle avec la découverte du Spar. C’est la chaîne de supermarché la plus répandue et la moins chère à La Gomera. Il y en a deux à Valle Gran Rey et comme celui de la plage de La Calera est fermé pour inventaire, nous allons à celui de la plage Las Vueltas, l’autre côté de la station balnéaire qui semble d’un peu niveau touristique un poil plus huppé, même si l’on croise des hippies vagabonds un peu flingués dans leur tête faire les poubelles. Les prix du Spar sont quand même plus doux que ceux de l’épicerie et il y a beaucoup plus de choix. Nous complétons nos emplettes avec des produits locaux : patates douces, papaye ou ces petites bananes bien d’ici dont on dirait que les régimes ont été arraché dans la bananeraies d’en face. Et bien sûr, un sachet de gofio, cette farine au mélange de céréales torréfiées qu’on utilise pour un peu tout aux Canaries. Un Français au regard fixe un peu halluciné et aux chakras visiblement pas trop bien alignés mais très aimable nous saute dessus pour nous expliquer en entrecoupant ses phrases de mots espagnols comme ceux qui cherchent les mots de leur langue maternelle après un long séjour à l’étranger, que nous ferions mieux de les acheter aux jardins biologiques tout près de "l a estación de bus". Merci mec, c'est cooool ! | | | En début de soirée, nous n’avons pas encore faim du tout et Magali a bien envie de faire une petite randonnée tant qu’il fait jour. Elle en a repéré une du côté du hameau voisin juste à un kilomètre au-dessus de La Calera, El Guro. Le site L a Gomera Travel m’y apprend aussi l’existence d’une petite balade dans les jardins en terrasses qui tapissent le milieu de la vallée. Nous prenons donc la voiture, nous garons à El Guro 5 minutes plus tard et cherchons le sentier. Ils sont généralement bien indiqués à La Gomera et Magali en trouve un que nous entamons bien que je ne sois pas convaincu que ce soit celui que nous cherchons. Il commence sur un petit chemin montant vers la falaise nord. Nous traversons un étrange petit quartier en pleine nature, semblant complètement déserté au moment où nous passons, fait de maisons et d’œuvres d’art surréalistes façonnées en partie avec des éléments naturels de La Gomera. Les noms sur les boîtes aux lettres et les pancartes de naturothérapie ne laissent aucun doute : c’est une enclave de hippies allemands ! Tout à fait inattendu dans ce lieu un peu sauvage...
Le chemin est discrètement balisé et continue au-dessus de champs en terrasses, le long du pied de la falaise sur laquelle figuiers de barbarie, aloe vera, des légions de palmiers et nombreuses plantes que je ne saurais identifier poussent comme la mauvaise herbe sur de prodigieuses parois rocheuse en orgues.
Les couleurs de cette végétation et cet environnement minéral composent une harmonie vraiment particulière dans cette lumière de fin de journée.
Le sentier bifurque ensuite dans ce qui semble être un lit de rivière asséché, ce qui me donne une intuition, confirmée par Google Maps. S’il était devenu évident que nous n’étions pas sur le chemin des jardins de los Reyes, nous sommes en réalité sur la grande randonnée du barranco d’Arure, cette rivière en pente raide que nous sommes en prendre en sens inverse car les randonneurs la démarre en générald'en haut ! Or, j’avais lu qu’elle est réputée assez difficile et déconseillé à des enfants... et nous avons déjà accompli plus de la moitié de la marche. Elle nous paraît pourtant plutôt facile, mais peut-être est-ce dû au fait qu’en cette saison, il n’y a ni rivière, ni cascade... Peu importe, la nature y est magnifique et nous poursuivons jusqu'à ce que la lumière commence à baisser et rebroussons chemin.
Le coucher de soleil nous en met plein la vue en éclairant d’une lueur dorée un pic à la pointe comme une pyramide au-dessus du village plus en altitude d ’Arure, apparemment sur l'impressionnante ligne de crêtes du lomo del Carretón.
Plus loin, nous retraversons la loufoque enclave hippie et arrivons à la voiture après une grosse heure de marche en tout, ce qui est pas mal pour un petit de 4 ans.
Le soir, c’est reparti pour une soirée régalade sur la terrasse avec tapas et une variation de ma garbanza avec des haricots blancs. Une chose très appréciable à La Gomera est qu'il n'y a pas un moustique (pas en cette saison en tout cas) et on peut utiliser les extérieurs à loisir ou dormir sans se soucier de se frapper la tête et de surveiller les bourdonnements vicieux. La nuit est tombée et par une belle pleine lune, je contemple encore depuis le balcon la montagne qui m’attire depuis notre arrivée hier. À un moment, j’entends à nouveau ce bruit que j’avais pris la veille pour des chats qui se battaient, mais il n’est pas furtif cette fois : il y en a plein et ce ne sont pas des chats. Je n’ai jamais entendu pareil cri, comme un lutin au comble de l’hystérie qui aurait consommé des champignons hallucinogènes et crierait des insultes avec une voix accélérée et suraigüe qui se démultiplie ! J’essaie de comprendre ce que cette chose peut être et d’où cela peut venir... C’est tellement inhumain que je pense d’abord que cela vient d’une fenêtre plus bas, quelqu’un qui joue à un jeu vidéo fantastique ou mixe des sons électroniques... Cela fait bêler et aboyer tous les caprins et chiens de la vallée dans un concert tonitruant. Est-ce que cette chose est normale ? Puis ça s’arrête peu à peu. Je rentre pour en parler à Magali. Elle aussi entendu ces cris qu’elle a trouvé pour le moins étranges, mais plus étouffés et moins impressionnant de l’intérieur. Nous tombons d’accord sur le fait que cela pourrait possiblement être des oiseaux, mais ce serait de sacrément drôles d’oiseaux ! Je tape dans la barre Google quelque chose comme « oiseaux cris effrayants La Gomera ». Le nom d'un suspect se dessine... je lis une description, clique sur une photo... une courte vidéo... c’est lui : le calonectris diomedea. Derrière cette taxonomie scientifique se cache... le puffin cendré. Mon dieu, quel genre d’oiseau pousse un cri aussi abominable !
Bonne nuit... | | | En fait ce n'est pas pour un pb de budget mais pour d'autres raisons.. Les parkings et les musées pas de pb. La nature plus ou moins aménagée les parcs avec barrière et ticket d'entrée comme à Ténérife ou ailleurs je dis non.
Je partage entièrement ton point de vue et c'est pour cette même raison que nous avons abandonné l'idée de passer une journée à Tenerife en passant.
C'était plutôt pour te donner l'état d'esprit de cet île loin du mercantilisme. Tu fais bien de réserver, tu le regretteras pas. Mais ne fiffuse pas trop le secret 😉 | | | Je partage entièrement ton point de vue et c'est pour cette même raison que nous avons abandonné l'idée de passer une journée à Tenerife en passant.
Nous on sera obligés car l'avion d'Easyjet est censé atterrir à 18h20 et le dernier ferry est à 20h. On prendra celui du lendemain matin. C'est super chargé fin septembre niveau hébergements du coté du port! | | | Je n'ai pas bien compris pourquoi tu n'es pas allé au Teide.
C'est gratuit et il n'y a aucune barrière.
Seuls quelques rares sentiers sont à autorisation préalable et c'est encore gratuit sauf pour deux d'entre eux.
Ce n' est pas par esprit mercantile mais pour protéger la nature.
Ça devient la norme un peu partout dans le monde puisque les randonneurs se sont multipliés.
Même en Auvergne, certains sentiers sont désormais très balisés !
En France comme aux Canaries, ce sont les impôts des locaux qui paient la plupart des aménagements pour les randonneurs.
À Madère, aux Îles Féroé, ce sont les randonneurs qui paient quasi partout pour leur loisir.
Il n'y a personne sur bien des sentiers du Teide, les gens vont tous au même endroit. Le coucher de soleil sur La Palma est extraordinaire et sans un chat ou presque.
C'est l'endroit qui m'a le plus subjugué de toutes les îles Canaries.
Tenerife, c'est comme le Puy de Dôme, il y a des endroits où il ne faut pas aller si on n'aime pas la foule et les vendeurs de souvenirs et d'autres où ça reste très tranquille.
Si tu veux essayer que La Gomera reste très confidentielle, il ne faut pas en faire la publicité... 
À mon avis, c'est peine perdue. | | | Le Teide non seulement c'est payant mais j'ai lu que maintenant il.y avait des créneaux où des restrictions enfin un truc de ce genre. Faut vraiment avoir envie ! Je viens de lire que c'est réglementé et payant. | | | Je n'ai pas bien compris pourquoi tu n'es pas allé au Teide. C'est gratuit et il n'y a aucune barrière. Seuls quelques rares sentiers sont à autorisation préalable et c'est encore gratuit.
Il m'a semblé comme Djalma et je crois que c'est très récent mais je me trompe peut-être. L'autre raison est aussi que nous voulions passer le plus de temps possible à La Gomera.
Ce n' est pas par esprit mercantile mais pour protéger la nature.
Oui, à cause du surtourisme...
Il n'y a personne sur bien des sentiers du Teide, les gens vont tous au même endroit. Le coucher de soleil sur La Palma est extraordinaire et sans un chat ou presque.
Comme souvent, les gens sont tous "groupir" au même spot. Et je sais que comme toutes les destinations touristiques, Tenerife a ses endroits préservés.
Si tu veux essayer que La Gomera reste très confidentielle, il ne faut pas en faire la publicité...
Mon carnet est encore bien plus confidentiel que La Gomera et destiné à quelques personnes de VF. Ce ne sont pas les trois pelés qui suivent ce carnet et qui compte y aller de toute façon qui risquent d'y créer du surtourisme.
À mon avis, c'est peine perdue.
Pas si sûr, j'y reviendrai dans le carnet. | | | Je n'ai rien payé en mars 2026 et la seule barrière fut la tempête.
Les deux sentiers payants le sont depuis janvier 2026.
Personnellement, je trouve ça logique de payer. Le principe du pollueur payeur en quelque sorte...
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Le surtourisme est quasi partout...
Même aux îles Féroé, il faut protéger les sols.
Alors qu'il n'y a qu'une poignée de randonneurs. Moins qu'à El Hierro, je pense
C'est dommage mais à moins d'éliminer 95% de la population mondiale ou de faire chuter drastiquement le niveau de vie des gens, je ne vois pas comment cela peut s'améliorer.
Tu sous-estimes, je pense, le pouvoir des carnets de voyage. Le nombre des intervenants n'est rien. Il suffit qu'une personne lise ton récit et s'en inspire pour son propre voyage pour que l'effet boule de neige commence.
Cette personne pourrait être un acteur du tourisme en quête de nouvelles idées, un instagrammeur à la communauté développée etc
Tous les lieux pourris par le tourisme furent auparavant des paradis. Il suffit de lire les mémoires de jeunesse de Djalma.
Même l' Everest est devenu un enfer...  (Malgré la barrière du droit d'usage très coûteux et celle de la forme physique)
Mais bon, toute cette discussion mériterait un topic à elle seule. | | | Même l' Everest est devenu un enfer...  (Malgré la barrière du droit d'usage très coûteux et celle de la forme physique)
Oui c'est vrai et c'est valable pour tous les sommets dit mythiques Le mont Blanc en fait partie. Et ceux qui ne gravissent pas les sommets veulent s'en approcher donc beaucoup de monde à 30 km à la ronde. J'imagine le sommet du Teide en été! Personne ou presque au Kangchenjungha et (30 km autour) pourtant 3 ieme sommet de la planète. Pas énormément de monde dans certains coins des Ecrins tout aussi beaux que le secteur de Chamonix pour les non alpinistes. Pour le reste j'ai remarqué que tout ce qui est plus ou moins aménagé (routes, hotels etc..) avec des secteurs ou parcs payants attire les foules. Le Vercors, le plus grand espace naturel de France est vide dans sa partie sud (En plein mois d'Août il m'arrive de ne croiser quasiment personne) car aucun aménagements, pas de village ni logements, exceptés des cabanes rustiques qui ne sont pas accessibles en véhicules motorisés. Et rien n'est payant si ce n'est les remonte pentes des 3 stations de ski du Vercors nord. | | | le calonectris diomedea.
Par curiosité, je suis allée écouter. C'est effectivement plus qu'étrange pour un oiseau 
Sinon je n'ai pas souvenir d'avoir payé pour randonner ou que ce soit sur Tenerife et la seule réservation que j'ai faite était pour l'accès au sommet du Teide (et je comprends tout à fait que l'accès en soit régulé). Cela aurait-il changé récemment? | Carnets similaires sur les îles Canaries: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 5 116 visiteurs en ligne depuis une heure! |