Bords de la Laïta (GR34 et environs)

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JP
Bonjour,

Dix kilomètres, tout juste. Et encore...C'est la distance que j'ai parcourue à pied le long d'un bout de GR34 en plusieurs fois sur trois jours.

C'est en lisant la carte topographique de Quimperlé que l'idée m'est venue de parcourir une partie de ce GR, un bien modeste tronçon, celui là même qui longe la Laïta (fleuve) et traverse la forêt domaniale de Carnoët dans le département du Finistère.

Non, je n'étais pas à la recherche d'un druide, ni de sources d'eau, mais plutôt à la recherche de l'inspiration pour quelques essais de photos dans le domaine du vivant.

A la base, ce parcours m'apparaissait suffisant pour quelques essais, l'objectif n'étant pas d'avaler les kilomètres et d'user outre mesure mes souliers ; sans compter que plus on marche, moins on fait des photos... A cet égard, je crois avoir obtenu ce que j'étais venu chercher.

La Laïta coule du nord vers le sud depuis Quimperlé avant de se jeter dans l'anse du Pouldu. La Laïta représente également la limite administrative entre les deux départements du Morbihan (56) et du Finistère (29).

Le GR34 dans la zone géographique considérée, permet d'atteindre Quimperlé depuis le Pont de Saint-Maurice après 16 km de marche. A l'opposé (vers le sud), on prend la direction du Pouldu qu'on atteint après environ 4 km de marche.

Pour être tout à fait honnête, je me suis en partie écarté du strict tracé du GR, véritable autoroute des randonneurs, déjà par curiosité et ensuite pour y trouver une certaine sérénité/sécurité nécessaire avant un déballage de matériel de prise de vue.

- Ballade 1 : sentier parallèle au GR34 depuis le Pont de Saint-Maurice vers le NNE

Le point de départ se trouve au sud du pont où un parking véhicules est aménagé (en bordure de D.162). Cette première ballade emprunte un ensemble de sentiers situés sur la rive gauche de la Laïta (parallèles au GR34) et qui aboutissent au village de Kervardel. Les milieux traversés sont d'une grande diversité, représentés par des espaces forestiers, les rives de la Laïta et des milieux cultivés.

En ce début de mois de mai, il est impossible d'échapper au jaune soufre du colza et à ses nombreux pollinisateurs. Les abeilles en particulier, très courtisées, hyperactives et mobiles, travaillent sans répit.

1 : fougère et colza

Et puis il y a les papillons, mouches et moucherons, bourdons et autres cétoines. La parcelle est étendue et le gisement considérable. Quelle ambiance.

2 : piéride sur colza

3 : cétoine sur colza

Non loin, après avoir honoré le jaune, voici qu'apparaît le pourpre du trèfle lui aussi en pleine floraison.

4 : trèfle cultivé, de jachère ou de fourrage

Ces parcelles cultivées jouxtent une forêt mixte où dominent le pin maritime, le pin de Douglas et le châtaigner. L'ajonc et le houx sont eux aussi en fleurs et très présents à mi pente, sur les bords creusés par le fleuve.

5 : pin de Douglas sur les hauteurs de la Laïta

Dans le sous-bois, on sent ses pieds comprimer un épais tapis constitué par l'accumulation de feuilles mortes, de rameaux, de bogues et de mousses que la fougère épiscopale est parvenue une fois de plus à transpercer verticalement pour accéder au peu de lumière que les grands arbres ont bien voulu lui concéder.

6 : fougère à la lisière d'un bois

En contrebas, la Laïta avec ses berges et ses bancs de sable, apparaît comme un paradis pour les amateurs de sports d'eau (kayak, canoë, voile, paddle, ...)

7 : la Laïta (fleuve)

Le dénivelé n'a rien d'himalayen (50 m) et le parcours, bien que jalonné de cailloux et de racines qui dépassent, est à la portée de tous.

Après le jaune, le pourpre et les verts plus ou moins soutenus, le brun rugueux des troncs de résineux, un bleu surgit : celui d'une printanière typique de sous-bois, la jacinthe sauvage. J'arrive au bon moment pour pouvoir scruter ce bleu indéfinissable situé quelque part entre mauve et indigo.

8 : jacinthes sauvages sous un jeune châtaigner

9 : détail sur jacinthe sauvage

10 : fougère et jacinthes

Le soleil en fonction de sa course, joue avec elles au chat et à la souris, les sortant de l'ombre ici, puis là, sous un pinceau de lumière. Une araignée d'une taille ridicule, y tend un piège et semble bien inspirée car les visiteurs de ce sous-bois et de ces fleurs odorantes, proies potentielles, sont nombreux.

11 : araignée (Thiridiidae) ayant élu domicile dans une station de jacinthes sauvages

12 : arum et gaillet dans le sous-bois humide

Cette demi-journée aura été riche en découvertes, et j'ai pensé que si on emprunte ces sentiers pour la marche pure et dure parfois, on peut aussi le faire avec plus de pondération pour profiter de la vue et des ambiances.

Ballades suivantes à suivre (quand j'aurai le temps de les écrire).
HA Hannahannah Globetrotter ·
Bonjour ,

C'est un vrai plaisir cette balade photo . Pas de record de marche, mais question photos , observations , explications j'ai trouvé mon bonheur . Merci , Hannah
Que se vuelva la tortilla
CH Choucarde Globetrotter ·
Livioù a-nevez, livioù an Nevezañv, Livioù splann ha brav, Livioù ar vro, Gant joa em eus gavet anezho en-dro.

Merci pour ce joli retour de promenade, vous avez eu raison de bifurquer et de suivre le sentier. C'est un réel plaisir en cette saison. J'attends la suite [:)]
Choucarde
VO Voyajou Globetrotter ·
Small is beautiful. [:)]
KO Kola Globetrotter ·
En ce début de mois de mai, il est impossible...

Au milieu de ce mois de mai, il fut impossible d'échapper au soleil qui le jour s'affichait insolemment dans un ciel uniformément bleu... et s'attardait le soir en caresses mordorées, en reflets nonchalants, sur l'eau, sur l'herbe, sur la cime des arbres et sur les rochers.

Lumières sur la Laïta... En face, on devine le parc et l'abbaye (fermée) de Saint Maurice.







Clohars Carnoët, dans un parc incroyable où les pins de Douglas

cohabitent avec des iris des marais, des arbres de contes de fées, et des faisans dorés...



(si je gêne, tu me dis... )
BR BretagneTour Regular ·
Bonjour

Très bel article et joliment illustré , ça donne envie d'éteindre son ordinateur et de filer dans la nature Bonne journée
JP Jparpour2bon Regular ·
Bonjour à tous,

Je fais réponse commune à ceux qui ont déposé un message. Hannah, Anne, Jean-Luc, Kola et Eric, merci de vous intéresser au sujet bien que beaucoup ait déjà été dit sur le GR34, ici-même.

Pour Kola, il n'y a pas de gêne. Votre message m'a fait sourire car j'ai pu deviner par rapport à certaines images (pas toutes), les lieux probables de prise de vue, lieux par lesquels je suis passé aussi avant vous, ...ou après.

Je comprends que certains soient perturbés par des intrusions dans leurs carnets de voyage. Ce n'est pas un problème pour moi.

A très bientôt pour la suite.
JP Jparpour2bon Regular ·
Bonjour,

- Ballade 2 : sentier du GR34E depuis le Pont de Saint-Maurice vers le sud.

Le point de départ se situe au nord du pont où un parking véhicules est aménagé (distinct de celui évoqué en préambule de Ballade 1). Le fait que soit créé le GR34E, subdivision du GR34 pour en désigner un tronçon qui longe la Laïta m'échappe un peu d'autant que le balisage sur place m'a paru déroutant. Alors GR34 ? GR34E ? Heureusement, on ne risque pas de se perdre, le sentier est large et bien entretenu.

13 : repérage

Pour rebondir sur une image insérée par Kola, je dirais que sur la rive opposée, des pans entiers de socle sont localement visibles sans susciter une curiosité débordante. Il faut dire que la patine de cette formation géologique massive n'a rien de spécialement attirant.

En caricaturant, il s'agit d'une roche très ancienne (un gneiss en l'occurrence), née d'une autre roche bien plus ancienne encore (un granite en l'occurrence). La présentation de cet ensemble massif en pseudo couches successives donne l'illusion d'une roche sédimentaire. Il n'en est rien. C'est une roche métamorphique qui résulte de la transformation d'une roche magmatique à l'origine.

14 : affleurement gneissique sur la rive gauche de la Laïta

Du fait de l'importante couverture végétale dans la région, cette formation géologique n'affleure de façon significative qu'en deux endroits : sur les rives de la Laïta au niveau du Pont de Saint-Maurice, et en bordure de voie express (RN165) au sud-ouest de Quimperlé.

Ce gneiss contient des zircons qui ont pu être datés par la méthode classique uranium-thorium-plomb. Ils permettent d'attribuer à ce gneiss, 481,7 millions d'années, avec une incertitude de 7,8 millions d'années (source : InfoTerre).

Je ne pensais pas que le GR34E allait déclencher une telle digression. La singularité du lieu le vaut bien, je crois. Au-delà, le regard que l'on peut porter sur un pan rocheux à travers ce qu'il est convenu d'appeler un "trou de serrure", conduit à s'interroger sur l'histoire longue et étonnamment complexe de ce qui est aujourd'hui le massif armoricain.

Le sentier suit une succession de méandres formés par la Laïta en traversant une bande boisée et en épousant assez fidèlement les courbes de niveaux.

Il amène le promeneur tantôt en haut de pente, tantôt en fond de vallée, rendant la marche agréable. Il est entrecoupé de ravines qui sont autant de réservoirs d'humidité, où même parfois un filet d'eau permanent s'y écoule entretenant de belles fougères scolopendre en touffes. Tandis que là où les bords suintent, des mousses prospèrent.

La Laïta n'est jamais loin. En jetant un coup d'oeil sur sa gauche, on la voit à la faveur de trouées dans la végétation.

J'aime beaucoup ici le feuillage encore clair et souple du chêne, du hêtre et du châtaigner en ce mois de mai ; il joue avec la lumière et le vent si bien qu'on y voit toujours quelque chose au loin entre les feuilles. ici, c'est la rive opposée du fleuve qui défile. En mode statique, l'horizon se bouche. En mode dynamique, on voit tout par effets de contraste et ici, c'est un kayakiste, des cormorans, des bancs d'élevage de coquillages, ... que je vois surgir dans mon champ de vision.

En sortie de corridor boisé, le paysage s'ouvre et j'utilise un arbuste calciné en guise de premier plan, le trouvant très graphique. A mes pieds, quelques patchs de queue-de-lièvre remuent au vent.

15 : La Laïta dans presque toute sa largeur

Je poursuis le sentier. En contrebas d'un talus, un massif de houx hybride est en fleurs. Je m'avance pour le voir de plus près. Le sol finement sableux est mou et jonché de fragments de goémon desséchés qui craquent sous mes pieds. Mellifère, ce houx hybride, il l'est assurément. On entend les abeilles avant de les avoir vues tellement elles sont nombreuses à brasser de l'air.

16 : abeille sur un houx hybride

Ce houx hybride haut d'environ trois mètres m'a l'air bien cachotier. Il abrite à ses pieds, dans l'ombre, flanqué contre le talus, un petit-houx haut d'environ un mètre. Appelé aussi faux houx, cet arbrisseau rhizomateux est ici pour moi une réelle surprise vu l'exiguïté de l'endroit. Mais il est dans l'ombre, ce que le petit-houx recherche en général, et adore.

17 : petit-houx. Rive droite de la Laïta

Les feuilles en as de pique ne sont pas des feuilles mais des rameaux secondaires qui se développent aplatis. Certains de ces rameaux plats peuvent porter une minuscule fleur au milieu, qui donnera plus tard un fruit globuleux rouge vif de la dimension d'une petite cerise.

Sur cet individu comme sur beaucoup d'autres que j'ai pu voir en ce mois de mai (entre autres, une station très étendue en sous-bois dans le Bois de Saint-Maurice), je n'ai jamais vu plus que deux baies par pied. Mais ici, avec une seule baie, c'est la consécration ! Elle justifie que je sorte mon trépied photo de sa housse et que j'accepte pour m'en approcher, quelques égratignures aux avant-bras et à la figure.

Je poursuis le sentier. A l'extrado d'un large méandre, le sentier offre un panorama très éclairant sur la configuration des lieux. On y voit la Laïta et ses bancs de sable dans le prolongement de son lit, à droite : des pentes boisées à essences multiples de résineux et de feuillus à contrastes de verts saisissants, à gauche : un alignement de chênes sur talus, aux allures de ripisylve.

18 : panorama sur la Laïta en regardant vers le nord

En cette fin d'après-midi - il est très précisément 17h36 - la lumière rend à merveille les nuances dans les couleurs et les structures, et les plus fins détails tel qu'il a été possible de les voir en vrai.

Le retour dans le creux du paysage donne l'occasion d'une incursion sur la "plage" pour y tester la consistance de la couche de sable et y voir de plus près, à découvert, quelques dignes représentants sédentaires de l'avifaune locale. Ici, un héron cendré me nargue. Je m'en rapproche d'un pas supplémentaire. Un pas de trop. Méfiant, le volatile, par quelques battements d'ailes très enveloppés, a changé de rive.

19 : rives droite (au premier plan) et gauche de la Laïta

Mon parcours n'ira pas au-delà de l'embarcadère de Porsmoric. A ce moment là, il est tard et malgré quelques belles découvertes ou rencontres, je n'ai pas trouvé ici une matière photographique aussi exaltante qu'au premier jour de cette escapade par étapes. Peut-être n'ai-je pas su explorer ces lieux comme il convient. Peut-être devrai-je y revenir en changeant de regard, d'échelle de lecture ou de saison.

Néanmoins et il faut le reconnaître, j'ai bien aimé certaines petites choses, comme cette station très fournie de cerfeuil des bois bercée par le vent, des pommiers sauvages, l'asphodèle d'Arrondeau quasi endémique à la Bretagne, une araignée crabe à l'affût sur une ombelle d'angélique, les magnifiques inflorescences du houx commun garnies de boutons rose et de fleurs blanches, et puis surtout une frêle violette émergée d'un tapis d'aiguilles de pin, entre ajonc et bruyère, fragile et discrète, à laquelle il manquait un morceau à un pétale.

"...Plus timide, la Violette Dérobe aux regards son trésor : Vers Dieu, du fond de sa retraite, Son chaste arôme prend l'essor." Julie Fertiault

Ballade suivante à suivre (quand j'aurai le temps de l'écrire).
VO Voyajou Globetrotter ·
Peut-être devrai-je y revenir...

Oui, reviens pour de bon. Tu pourras boucler ta promenade jusqu'au port du Pouldu (et t'émerveiller en contournant l'Anse de Stervilin qui, peut-être, donna à Gauguin un avant-goût de Polynésie) puis revenir à ton point de départ par la rive gauche. Et après la botanique et la géologie, tu nous entretiendras de la riche histoire des lieux. (Dont celle de l'ancien moulin à marée de ta photo n°19 )
HA Hannahannah Globetrotter ·
Bonjour ,

Toujours le même plaisir à vous suivre Jacques , j'ai bien aimé lä n°15 et la dernière , celle ou l'on voit le héron . Ces petites bêtes ont une nette tendance à s'envoler au moindre bruit . Grâce à votre reportage , moi qui fait toujours une croix sur les voyages au nord de la Loire , j'aie envie d'aller faire un tour vers lä haut
Que se vuelva la tortilla
CH Choucarde Globetrotter ·
Oui, ça donne envie d'aller s'y balader. Quand vous avez publié votre première partie, j'ai pensé à une corneille un peu particulière que j'ai rencontré petite et qui venait de Toulfoen (autre nom de la forêt de Carnoët). Votre carnet vous l'avez publié au moment où se déroulait une fête qui fut l'une des plus grande de la région et qui mourut en 1991. Le pardon des oiseaux . Mais c'est aussi bien de les écouter chanter dans la nature. A bientôt pour la suite alors . http://ablogjeanfloch.over-blog.com/2017/08/les-pardons-des-oiseaux.html

www.youtube.com/watch?v=6dZF49gzqMo
Choucarde
JP Jparpour2bon Regular ·
Bonjour,

Merci d'ajouter ces impressions et ces indications. Pour le moulin à marée, sans vouloir faire de jeux de mots, je n'étais pas au courant. Selon toute vraisemblance, je retournerai dans ce coin, comme dans d'autres d'ailleurs, de Bretagne. A bientôt.
JP Jparpour2bon Regular ·
Bonjour,

Effectivement, les hérons sont particulièrement farouches, tous confondus, d'ailleurs. C'est de famille. Surtout lorsqu'on est à pied. Bizarrement, on s'en approche parfois de très près en voiture.

Pour la Bretagne, filez-y sans vous poser de questions ; vous saurez que vous y êtes lorsque les toitures seront en ardoise. Tant qu'elles sont en tuile, c'est que vous n'êtes pas encore arrivée.

De mémoire, une fois passé le pont de St Nazaire, c'est flagrant. Bon voyage, donc...

Et à bientôt ici, pour relater....
JP Jparpour2bon Regular ·
Bonjour,

Et merci pour ce petit film ainsi que pour le lien. Très émouvants tous ces visages. Vous semblez maîtriser fort bien la langue bretonne. Auriez-vous prêté main forte à une quelconque école Diwan ?
JP Jparpour2bon Regular ·
- Ballade n°3 : depuis le pont de Saint-Maurice vers le nord, en longeant la Laïta rive droite

Le point de départ est une nouvelle fois un parking aménagé sauf qu'ici, le sentier passe sous le pont.

Il suit pendant un court moment les berges sableuses de la Laïta et offre une belle vue sur un de ses versants boisés.

J'aperçois entre deux fûts, une voile et un équipage qu'un vent nul désenchante. Fort heureusement, un courant complice compense. Cap est mis sur Le Pouldu j'imagine, sinon sur Guidel-Plage, l'un comme l'autre port s'étant adapté pour accompagner l'essor de la plaisance.

20 : la Laïta dans toute sa largeur

Dans la continuité d'une rangée de jeunes chênes pédonculés, parmi la broussaille, une colonie d'asphodèles semble avoir trouvé le lieu idéal. Elles profitent d'un substrat sableux humide, de la luminosité et cerise sur le gâteau, de la visite régulière de la tribu des bourdons. L'espèce présente - l'asphodèle d'Arrondeau - est une espèce protégée par un arrêté du 20 janvier 1982. Photo jointe en médaillon.

Puis l'ambiance change tout à coup. On rentre dans le Bois de Saint-Maurice, et ça grimpe ! La lande sèche s'efface, remplacée par une strate monospécifique à houx commun, très présent en sous-bois et parfois aussi haut qu'un arbre malgré son port buissonnant.

21 : ambiance de sous-bois (hêtraie - chênaie à houx) typique du Bois de Saint-Maurice

On peut suivre l'itinéraire tracé comme on peut rayonner et déambuler entre de beaux sujets à haut fût de résineux, de chênes et surtout de hêtres dont la parure est si développée qu'elle accapare la moindre parcelle de lumière. En bas, il fait tellement sombre qu'à la mi-journée, on se croirait au crépuscule.

Au plus profond de ce bout de forêt à l'écart, loin des routes, loin des villes, c'est le silence qui prévaut, bien que parfois rompu par la vocalise d'un passereau ou par le "toc toc toc " d'un pic. L'isolement du lieu invite au recueillement.

Depuis un rocher qui fait office de promontoire, la vue sur la Laïta est dégagée et on distingue au loin, l'ensemble abbatial de Saint-Maurice dans son écrin de verdure.

22 : La Laïta et le site abbatial de Saint-Maurice

Propriété du Conservatoire du Littoral, il s'étend sur environ 120 hectares. Son histoire remonte au XII ième siècle et à la fondation de l'abbaye de cisterciens Notre-Dame par le Duc de Bretagne. Elle changera de nom plus tard pour s'appeler abbaye de Saint-Maurice.

Une communauté monastique s'y établit et y vit en autarcie pendant environ six siècles avant que les vicissitudes de l'histoire et du temps finissent par affecter de façon irréversible la plupart des éléments bâtis de cette ancienne abbaye.

Il reste aujourd'hui la salle capitulaire datée du XIII ième siècle, une façade de style renaissance bretonne, le logis abbatial restauré et aménagé en musée, et les jardins en terrasses.

23 : Vue sur la Laïta depuis le logis abbatial

L'ensemble du site a été inscrit le 8 août 1995 à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques. Il est ouvert au public à certaines périodes de l'année.

C'est une fois parvenu au niveau du site abbatial et de la partie boisée qui la jouxte que je prends soudain conscience de la somptuosité du Bois de Saint-Maurice. L'après-midi est déjà bien entamé et pour la plupart, les promeneurs s'en sont allés. Peut-être ont-ils rendez-vous avec un thé ou un café accompagné d'une part de kouign amann, sinon d'une crêpe de froment nappée de miel de châtaigner, une crêperie se trouvant non loin, à quelques pas d'un vieux chêne tortueux.

Qu'importe, j'ai à présent le GR34 pour moi tout seul. Je jubile tout en évitant de le manifester extérieurement. Il ne faut pas troubler l'esprit de la forêt. Puis une lilliputienne silhouette de coureur de fond s'invite dans mon champ de vision. Je l'immortalise puis elle disparaît dans une courbe. Bon, on se contentera d'un bout de GR34 pour deux...

24 : Bois de Saint-Maurice

Le tracé du GR devient rectiligne jusqu'à la limite sud de la forêt de Carnoët, montrant une flore herbacée et arbustive diversifiée, adaptée à cette zone de transition de lisière de bois qui s'étire selon un axe nord-sud, et à l'ouest de laquelle les parcelles sont cultivées. Le sentier du GR se confond d'ailleurs avec un chemin d'exploitation agricole.

Différents milieux apparaissent, en particulier de charmantes clairières forestières tapissées de jacinthes des bois, des pieds de talus colonisés par le petit-houx en pleine période de fructification, le tout ponctué par le jaune vif du genêt à balais.

Le Bois de Saint-Maurice est fréquenté par un large public, adepte de randonnées, de courses à pied, et de vélo.

--ooo§oo--

En médaillon : asphodèle d'Arrondeau photographiée en contexte de plaine sur le site de la chapelle Sainte-Barbe (Le Faouët), au fond à gauche en arrivant au parking. Il s'agit de la plus belle population d'asphodèles que je connaisse. Sinon, j'ai découvert au cours d'une de mes autres petites ballades champêtres, une station d'asphodèles assez importante dans une lande au Courégant (56), quasiment face au Mur de l'Atlantique.
JP Jparpour2bon Regular ·
- Ballade n°4 : forêt domaniale de Carnoët depuis le village de Lothéa

J'ai choisi comme point de départ le lieu marqué "Route forestière de la Véchêne" et situé à une encablure du hameau de Lothéa où repose une charmante chapelle restaurée.

Son édification remonte au XV ième siècle. On se trouve sur la bordure septentrionale de la forêt domaniale de Carnoët connue aussi sous le nom de forêt de Toulfoën et qui s'étend sur environ 750 hectares.

25 : chapelle de Lothéa

Pour traduire l'ambiance qui règne à l'endroit de cet édifice et de ses abords, j'ai placé l'appareil photo assez bas, disons au ras des pâquerettes. Le flou sur l'édifice est un parti pris que j'assume complètement même si celui-ci pourrait ne pas être conforme à la politique éditoriale du carnet type en matière d'éditing.[:P]

Encore en ruine à la fin des années 40, la chapelle est l'objet de lourds travaux de restauration en 1985 sous l'impulsion du général de la Villemarqué. Le placître, le four à pain, le lavoir et la fontaine ont également été restaurés.

26 : le four à pain

27 : lavoir et fontaine

Bien qu'on se trouve dans une zone d'habitat, cet endroit calme, pittoresque, jouxte des prairies pâturées dans un paysage de bocage typique.

Revenons à la forêt de Carnoët. Pour ne rien cacher et être parfaitement transparent, j'y ai randonné deux demi-journées se suivant, l'une par temps sec et couvert - ce fut une pure coïncidence - la seconde sous une pluie fine de courte durée, également par pure coïncidence, et non par calcul. Sans hésiter, il convient de randonner dans cette forêt par un temps sec par défaut. Et idéalement sous un crachin car là, objectivement, l'ambiance est tout autre.

Le parcours a été celui du GR34 jusqu'au château de Carnoët. Dans le détail, il existe en fait bien des variantes d'itinéraires dans cette forêt en raison de son recoupement par de nombreux sentiers longitudinaux et transversaux.

Le but est ici d'évoquer à nouveau les ambiances, en premier lieu l'ambiance forestière de chênaie - hêtraie dans laquelle s'insère le châtaigner et où ont été intégrés plus récemment les résineux (épicéas, sapins). La strate inférieure très diverse, très fleurie aussi sur les bords des sentiers dégagés. Mais ce qui m'a marqué le plus, c'est cet envahissement par des mousses qui colonisent les sols, les talus et les arbres jusqu'en haut. Les souches et bois morts ainsi habillés évoquent les végétations qu'on rencontre en altitude en milieu tropical.

28 : le long du GR34 vers la Véchêne

Dans certains endroits de cette forêt, je me suis cru dans un décor de film fantastique. Il ne manquait plus que quelques personnages et un scénario. Ailleurs, j'ai cru entendre une harpe... 29 : sillon vu en long, les mousses sont partout

30 : après la règle des trois tiers, voici la règle du un cinquième !



31 & 32 : effets visuels sur des fougères après la pluie

33 : jeune chêne pédonculé

Le mode de reproduction des mousses est très différent de celui des plantes à fleurs. Les conditions de température et d'humidité rendent visible ici, l'émergence des sporophytes d'une mousse. Les capsules portées par un pédoncule filiforme s'ouvriront bientôt, libérant du même coup, une grande quantité de spores. Les spores essaimeront à la faveur du vent, permettant à la mousse de coloniser d'autres territoires, d'autres supports.

34 : sporophytes de mousse avec leur capsule coiffée, remplie de spores.

Pour fixer les idées, une capsule ici mesure de l'ordre d'un centimètre de long.

A suivre...
CH Choucarde Globetrotter ·
Brav eo. C'est beau, je n'ai pas d'autres mots.

Ces bois, ces mousses, cette ambiance...j'aime. Et décidément, il va falloir que je me rachète un appareil photo, le mien étant foutu. Votre carnet est en plus intéressant sur la partie botanique, il nous en apprend. Je vous mets en lien un article au sujet d'un livre qui serait susceptible vous intéresser...

https://actu.fr/bretagne/loguivy-plougras_22131/thierry-chatel-la-botanique-en-breton_8116481.html

Pour ma part je ne maîtrise pas fort bien le breton hélas, mais je m'y emploie et ça va de mieux en mieux, gwelloc'h diwezhat eget gwech ebet (mieux vaut tard que jamais), la langue m'était familière déjà un peu et c'est un grand plaisir que j'ai de la retrouver et de découvrir au fur et à mesure sa richesse. Mais je connais un peu les écoles Diwan, et clairement oui je soutiens tout comme les filières bilingues.

Vous parlez de la chapelle rénovée sous l'impulsion du descendant de La Villemarqué, son château de Keransquer dans les parages a-t-il été vendu à un quelconque acquéreur ?

Bien, je continue de suivre vos traces ici dans le sillon du bois, ken ur wech all. [:)]
Choucarde
KO Kola Globetrotter ·
Selon toute vraisemblance, je retournerai dans ce coin, comme dans d'autres d'ailleurs, de Bretagne.

Est-ce pour la Laïta et ses petites sœurs du coin, est-ce pour la lumière ? Est-ce pour la flore que tu décryptes si bien, les arbres, les chemins qu'il reste à suivre ? Pour voir si l'éveil de l'été tiendra les promesses de cette lumineuse semaine de printemps, j'y retourne, ton joli carnet sous le bras et sa suite à venir... balader, par moments, mes pieds sur tes sentiers.
JP Jparpour2bon Regular ·
Bonjour Anne,

Je vous remercie pour votre message. J'ai noté séparément le lien transmis, je le lirai lorsque j'aurai un peu plus de temps. Je n'ai hélas pas d'information sur ce que le château de Keransquer a pu devenir. A très bientôt.
JP Jparpour2bon Regular ·
Bonjour Kola,

Merci pour cette touche de poésie. Oui, je retournerai dans ces endroits, pour y rechercher entre autres, les orchidées sauvages que je n'ai pas trouvées, et ce n'est pourtant pas faute d'avoir cherché. Juste un pied méconnaissable d'une dizaine de centimètres. Là fut ma seule petite déception car je souhaitais intégrer les orchidées dans mes essais de photos. J'ai toujours trouvé ces fleurs difficiles à photographier. On ne sait pas comment se placer. Question d'inflorescence aussi peut-être. Il me semble m'y être trouvé un peu tôt dans la saison. Ce n'est qu'une supposition. A très bientôt.
JP Jparpour2bon Regular ·
(...)

A présent, le chemin mène à une zone humide et finit en T, laissant au promeneur un choix binaire. Mais la curiosité est le propre de l'homme et elle transcende la logique. C'est tout droit que je décide de poursuivre mon chemin, promptement.

La transition est franche et des plus sommaires : un talus, rien qu'un talus coiffé de quelques arbres, avec une large entaille à un endroit, sorte d'invitation implicite à un changement de décor. Un talus qui sépare deux mondes à la fois si proches et si différents. Car ici, il n'est plus question de parterres à lamiers jaunes. On peut y voir une belle concentration de roseaux à massette - végétal au doux nom évocateur de quenouille chez les canadiens - parfaitement à leur aise, les pieds dans l'eau.

Droit, du haut de ses 2,5 m ou plus, c'est lui qui domine le marais. Je me sers du feuillage de l'un d'eux en guise de premier plan pour illustrer ce lieu insolite.

35 : marais bordant la Laïta. GR34.

Après l'ambiance forestière, fermée sans oppresser pour autant, voici donc cette ambiance de zone humide, plus ouverte, et paradoxalement plus confidentielle, avec ses propres règles, ses codes et ses locataires, un univers qu'il faudra revenir explorer. Tout y est si différent et tellement plein de promesses de leçons de choses.

36 : épis mâles, grêles, pointus, desséchés, et juste en-dessous, épis femelles, fusiformes à nombreuses fleurs soyeuses. Roseaux à massette. GR34.

Aux côtés de la massette à larges feuilles, noyé dans un fond uniformément vert glauque, l'iris se montre plus discret. On le repère de loin, mais il faut ouvrir l'oeil. Et ce repérage est bien évidemment facilité par la période de floraison.

37 : iris des marais dans son biotope

Il évoque la mythologie selon laquelle les manifestations de l'arc-en-ciel dévoilent l'écharpe de la déesse Iris qui établissait ainsi la communication entre le ciel et la terre, il est aussi le symbole du Royaume de France. Et ce, depuis l'an 507 et la bataille de Vouillé près de Châtellerault, qui a vu l'offensive des Francs sous le règne de Clovis, contre les Wisigoths. Un champ d'iris traversé à gué aurait permis au roi de semer l'ennemi.

Loin du livre d'histoire, loin du recueil de contes et légendes, il ne faut pas avoir ici une autre ambition que celle de fureter pour débusquer le moindre sujet qui, en temps ordinaire, indiffère, mais qu'une belle lumière pourrait sublimer.

38 : araignée des marais (Dolomedes sp) à l'affût

39 : punaise sur le tranchant d'une feuille d'iris

40 : bourdon très occupé

41 : escargot sur iris

Pour accéder à un pied d'iris en fleurs et espérer pouvoir en tirer un cliché présentable, il faudra peut-être s'aventurer dans cette vaste zone de marais à ses risques et périls. Le sol s'y présente comme un matelas instable, spongieux, gorgé d'eau, fétide, et qui dégage des gaz quand on s'y enfonce.

Mais s'il peut s'armer d'un peu de patience, de perspicacité et d'une pince à linge, le promeneur parviendra à s'en rapprocher pour le voir de plus près dans toute la complexité de son arrangement d'où l'on peine à distinguer la corolle du calice.

Retour sur les hauteurs. De derrière un rideau de chênes, ou à peine plus loin depuis le Rocher Royal, on a une vue imprenable sur le château de Bothané qui fut occupé par des allemands sous l'Occupation, et qui est aujourd'hui transformé en maison d'hôte.

42 : château de Bothané, vu depuis un point haut en forêt de Carnoët.

Un second cliché laisse imaginer à quel point le paysage doit être splendide, vu à travers l'oculus d'une des tours.

43 : château de Bothané vu depuis le Rocher Royal

Depuis l'un des nombreux sillons qui recoupent le bois en long et en large, on aperçoit une butte. Il s'agit d'un tumulus. Sur la carte topographique, celui-ci se situe au nord-ouest du Rocher Royal, au niveau d'un point coté +57mNGF.

44 : tumulus en forêt de Carnoët

Il est recensé à l'intérieur de la forêt de Carnoët, plusieurs vestiges ou traces de présence humaine datant de la préhistoire (dolmen de Toulfoën, menhir, d'autres tumulus).

Selon les explications affichées sur place à l'attention du public, le tumulus présenté en image mesurait environ 30 m de diamètre et 3 m de hauteur, et il date de l'âge de bronze, soit 2200 à 1800 ans avant JC.

Lors des fouilles archéologiques de ce tumulus en 1843, il y a été découvert dans la chambre funéraire, des bijoux en or et en argent ainsi que des armes.

Ceux-ci sont répartis entre le musée de Cluny à Paris et le musée d'archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye.

La forêt de Carnoët est fréquentée par un large public, adepte de randonnée à pied ou équestre, de course à pied et de vélo.

Synthèse :

L'ensemble formé par le Bois de Saint-Maurice et la forêt domaniale de Carnoët, traversé par la Laïta et qui s'étend sur environ 930 hectares est à découvrir absolument si l'on séjourne dans ce secteur géographique . Je pense qu'il conserve tous ses atouts en pleine période estivale et qu'il constitue à ce titre, un excellent contrepoint à l'option "plage/farniente" pour l'estivant qui aurait choisi de se poser à Guidel-Plage ou au Pouldu.

Le parcours, envisagé seul ou en famille ou en groupe, hors période estivale comme cela fut mon cas, je parle au présent, est plus que parfait.

Il ne faut pas hésiter à s'affranchir parfois du strict tracé du GR prêt à l'emploi, dans le respect de la réglementation bien sûr.

Je devrai compléter (ou quelqu'un le fera) ce qui n'est qu'un bref aperçu, en pensant à orienter celui-ci vers des milieux que j'ai honteusement occultés : tourbières à sphaigne et Drosera, forêt alluviale de bas de pente à aulne et frêne, ruisseaux forestiers, et pourquoi pas les abords des zones cultivées et adventices, sans compter, ...les moulins à marée, avant de venir à nouveau proposer ici quelques images.
HA Hannahannah Globetrotter ·
Bonjour Jacques ,

Un réel plaisir de vous accompagner sur les bords de la Laiïta . Ces sporophites de mousse En Aquitaine nous avons eu pléthore d'orchidées sauvages en Avril /mai , elles ont fleuries dans mon pre je n'en avais jamais vu autant . Peut être l'effet d un hiver pluvieux ?
Que se vuelva la tortilla
JP Jparpour2bon Regular ·
Bonjour,

Je suis ravi que vous ayez cette chance d'avoir un pré avec un peuplement d'orchidées. Je ne saurais pas me prononcer sur les éléments naturels déterminants qui peuvent expliquer leur apparition plus tôt ou plus tard dans la saison. En tout cas avril/mai ne me surprend pas. J'espère en croiser très prochainement, en lisière de bois sur sols calcaires, ou bien sur pelouses calcicoles pâturées ou non pâturées. Les pelouses calcicoles sont des végétations rases à graminées (entre autres) qui se développent sur des sols crayeux, issus de l'altération de roches mère de type calcaire ou bien marne. A plus.
HA Hannahannah Globetrotter ·
Les orchidées poussent sur un terrain de prairie non pâturée au milieu des vignes , sol argilo calcaire en Gironde . Pourtant chaque année nous avons passé la tondeuse et cette annee c'était impressionnant . Pas de photos elles sont sur mon autre ordi . En attendant photo de pivoine sauvage dans lä sierra de Jaen , ici c'est lä premiere fois qu'ils en voient autant . J'en avais vu une seule fois et cette annee il y en a partout entre 1200 et 2000 mètres .



Et pour faire couleur locale Andalouse , fleurs d' olivier.

Que se vuelva la tortilla
TO Tonybzh56 ·
Bonjours, très bien fait votre article, j'ai également fait une partie du gr 34 en juin de pimpol à brignogan plage , [:)] une très belle partie à faire pour vous qui êtes photographe, prochainement je repart pour faire lorient Brest , quand le sentier sera un peu plus calme, je vous souhaite bonne continuation, et félicitations pour ces belles photos,

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