Je t ai retrouvé l'article sous Google
" Courrier international sous le soleil du Nordeste "
Nous avons dû faire au total un détour de 140 kilomètres dans l'intérieur des terres. La plage de Porto do Mangue est plate et grise, et pour la première fois nous voyons des morros de couleur rose comme ceux de Canoa Quebrada, au Ceará. On dirait un désert gris où de petits coquillages blancs brillent au milieu des ailes noires des nuées de vautours. La plage de Ponta do Mel est une oasis de cocotiers où nous mangeons des crevettes à l'ail au son de Jovem Guarda, la célèbre chanson de Roberto Carlos. Il commence à pleuvoir et notre "buggiste" doit installer les capotes qui nous protégeront. Des gouttes molles s'écrasent sur les morros et les ensanglantent. Sur la plage de Baixa Grande, le buggiste hésite à traverser un fleuve. "Aujourd'hui, il n'y a pas beaucoup d'eau. La dernière fois que je suis passé par ici, c'était plus difficile." Nous passons. Dans le bourg d'Areia Branca, tous les hôtels sont complets, et nous allons passer la nuit à Mossoró, la deuxième ville du Rio Grande do Norte. Nous atterrissons à l'Hotel das Termas, un petit paradis avec ses piscines d'eau naturelle à différentes températures. La dernière, à 50 °C, est réservée aux plus téméraires. Troisième jour. L'accordéon du groupe de forró Mastruz com Leite nous accompagne dans le désert de sable qui nous mène à travers le Ceará. Sur la plage de Tibau, à la frontière entre les deux Etats, les privilégiés de Mossoró se prélassent, les uns à l'ombre des cabanes de plage, d'autres dans leurs résidences secondaires. On laisse la voiture sur la plage, on écoute de la musique - du forró évidemment - pendant que les enfants s'amusent dans les piscines formées dans le sable par la marée. Des rochers, au milieu de la plage, nous ouvrent les portes du Ceará. La côte de cet Etat n'est pas une suite de criques, comme dans le Rio Grande do Norte ; il est formé de grandes étendues de sable dominées de collines brunes, blanches, jaunes ou rouges qui offrent au regard un feu d'artifice coloré. Les collines plongent presque dans la mer, laissant ainsi peu de place aux palmeraies. A partir de maintenant, tout est formes et couleurs. Sur la plage de Retiro Grande, les morros sont tricolores : jaune foncé sur la partie supérieure, blanc au milieu et brun à la base. Les plages se succèdent : Som das Aguas, Fontainha, Majorlândia, Canoa Quebrada. Et partout émergent des sculptures naturelles qui se dressent tels des doigts ou des mains sortant des vastes étendues de sable. Nous nous arrêtons à l'hôtel Das Fontes, halte préférée du chanteur Raimundo Fagner. On comprend pourquoi. Nous ignorons le parc aquatique pour aller nous asseoir dans l'herbe, en haut de la colline, et boire une bière en contemplant la mer du Nordeste. Quatrième jour. Après Canoa Quebrada, les collines disparaissent et les dunes se font plus rares. Les plages servent de terrain de football, les familles se baignent dans les sources d'eau douce. A Morro Branco, la marée haute nous oblige à longer le littoral par la crête rocheuse sur 2 kilomètres. Le buggy penche de gauche à droite, au bord du précipice. Nous traversons Fortaleza et ses embouteillages avec pour seule idée d'en sortir le plus rapidement possible et de regagner les plages. Cumbuco, un peu trop touristique et déjà terriblement bétonné, se trouve à 40 kilomètres au nord de Fortaleza. Dans la lagune de Parnamirim et de Banana, les possibilités de promenades ne manquent pas. On nous en propose en jangada, en ski nautique, à dos d'âne ou en buggy. Nous fuyons vers Pecém et Taíba, de longues plages plus paisibles. A Pecém, il nous faut traverser le fleuve Suipé, entre les dunes et les marécages. Taíba, un village construit autour d'une seule rue, regorge de cocotiers et de riches demeures. Plus loin, à proximité de la ville animée de Paracuru, nous traversons plusieurs plages : Pericoara, Barra, Carnaubinha, Pedra do Melo. Mais nous avons réservé des chambres sur l'une des plus belles plages, à Lagoinha. Sous un soleil de fin d'après-midi, des jeunes jouent au foot sur fond de dunes et de cocotiers, là où la plage forme une demi-lune avant de se terminer par des récifs. La paix y est absolue. Nous nous rendons à l'hôtel, et en un clin d'oeil nous revoici sur la plage dans un des plus beaux paysages jamais rencontrés. Le dernier jour, celui de l'arrivée à Jericoacoara, nous réserve encore des surprises inoubliables : Fleixeiras, un village de pêcheurs paradisiaque, pratiquement désert, avec cocotiers, lagunes, récifs, piscines naturelles remplies de petits poissons ; Mundaú, où le fleuve du même nom débouche dans l'océan en dessinant un 8 dans le sable ; Praia da Baleia, refuge du célèbre Júlio, le propriétaire portugais du bar Pirata. Après Itatipoca, une ville coincée entre le sertão et la côte, on rêve déjà de l'arrivée à Jericoacoara, "l'une des dix plus belles plages au monde". Pour y accéder, il faut bien traverser 10 kilomètres de dunes. Entourée d'un paysage irréel de dunes et de cocotiers, "Jeri" n'est plus ce village de pêcheurs édénique d'il y a quinze ans, mais demeure une étape incontournable. Il faut la découvrir avant 17 heures, quand tous les baigneurs escaladent la grande dune pour contempler le coucher du soleil.