Dernière communication à la société proustienne de Barcelone (Mathias Enard en zone franche)
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Beyrouth notre étoile, Beyrouth notre dernière demeure Et aussi la première A Beyrouth j’ai entrevu la guerre Elle portait une étoile rouge comme une croix Des éclairs furieux Elle commandait au tonnerre A la mer Et je me souviens qu’il fallait lutter Pour ne pas trouver de beauté à ce concert Là-haut à Hazmieh Quand le feu s’abattait sur la ville Et l’apocalypse sur nos cœurs adolescents : Tu me prenais la main en cachette Pour me rassurer Tu savais que j’avais peur La trouille est une infection pulmonaire qui me prend aussi le bide Et l’âme Dans ton uniforme rouge et blanc tu me tenais la main entre deux roquettes et deux grondements Sans rien dire (tu ne pouvais rien dire je crois) L’abri de tes doigts était solide J’étais rassuré jusqu’à la prochaine salve (Beyrouth)

Ces vers sont extraits d’un des poèmes qui composent la première partie Faire concurrence à la mort du recueil Dernière communication à la société proustienne de Barcelone paru cet été chez Inculte. De Damas à Beyrouth, de Jablanika à Mostar, Mathias Enard nous fait entendre les hurlements d’une sirène, le calme en baie de Jounieh, le silence d’un musée polonais avec, en toile de fond, les déchirements, les conflits, les désespoirs, mais aussi la passion d’un collectionneur pour les armes… et les papillons.

La préface, signée par Olivier Rolin, est un petit bijou de décontraction, d’humour et un chouette hommage au « petit frère » Mathias Enard. J’arrive tout à fait imaginer les deux gaillards faire la fermeture du wagon bar du Transsibérien ou arroser copieusement leurs nuits blanches d’arak ou de vodka, accoudés au zinc d’un hôtel miteux, peu importe lequel puisque l’hôtel Apchéron de Bakou n’existe plus.

« On croyait tout inclure dans l’éternité d’une phrase » écrit-il dans la deuxième partie du recueil Matière de la steppe, où le spleen affleure parfois, comme une humeur rêche, poncée à l’émeri…

La dernière partie Dernière communication à la société proustienne de Barcelone est déjà plus légère, et surtout plus licencieuse que son titre ne le laisse supposer. J’en veux pour preuve cette version… disons crue de Fenêtre sur cour :

La rue étroite moins de trois mètres Séparent mon visage de son cul Le client vient de la mettre Se lève aussi il est repu Il a une moustache de soudard Un air de Turc ou de Malouin Un pirate bien doté du dard Un dur à cuire de loin en loin Le tapin remet sa nuisette L’artilleur range son attirail Vire le plastique de sa quéquette Jette la capote s’enfile un rail Elle s’en va se faire un café Elle m’aperçoit me lève un doigt La baguette de cette fée Je disparais le jour blondoie (Stances de la rue des Voleurs)

Il est difficile de coller une étiquette à Mathias Enard, qui ne revendique pas celle de voyageur. Il dit d’ailleurs qu’il n’aime pas tant voyager qu’être là où il ne devrait pas être. A travers ces récit poétiques, il nous fait partager « sa curiosité du vaste monde » comme l’écrit Rolin, son érudition des langues, son goût pour l’altérité, son hypersensibilité pour l’Orient, les Balkans et d’autres thèmes qui lui sont chers et qu’on retrouve dans ses livres. Beyrouth en l’occurrence renvoie à son premier roman La Perfection du tir, et Stances de la rue des Voleurs… à Rue des Voleurs.
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
VO Voyajou Globetrotter ·
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Merci pour cette communication. C'est un peu court, je sais, mais qu'ajouter à Enard préfacé par Rolin et présenté par toi?
IN Intrankil Regular ·
C'est un peu court, je sais, mais qu'ajouter à Enard préfacé par Rolin et présenté par toi?

Oui, imagine, c’est comme si elle s’payait le culot, avant même de l’avoir lu (avant même que le gaillard n’ait franchi le contrôle de sécurité du vol Paris-Le Cap) de louer GRATUITEMENT l’excellente facture stylistique, la profondeur, l’hypersensibilité toute olivier-rolienne et l’essence philosophique nelson-mandélienne du prochain carnet de Voyajou… Non mais où va-t-on, hein !

PS. De toute façon, dans l’absolu, si un écrivain pareil existait, elle en crèverait ! PS2. Partout où elle va, il y a un homme qui danse avec les mots...
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)

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