Bombay vu par Joseph Kessel
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DO
- Bombay, disent les uns, est le seuil de l'Inde. Bombay, disent les autres, n'a rien a voir avec l'Inde.

Qu'importe ! Bombay est une ville prodigieuse, sans forme ni fin, ou la mer étincelle, ou le soleil foudroie, ou hurlent les couleurs, ou, tantôt vêtues de vêtements flottants et tantôt le torse ascétique et nu, coiffées de calots, de bonnets d'astrakan, de turbans somptueux, et de chiffons sordides, ruissellent, ruissellent, ruissellent inépuisablement, inexorablement, les foules indiennes magnifiques et terrifiantes par leur masse, leur densité, leurs haillons éclatants, leurs yeux de feu noir, leurs fronts marques des signes religieux; […]

Bombay, c'est la ville ou les édifices publics ressemblent a des palais et a des cathédrales; ou, dans les gares immenses, les parcs, les rues, dorment des centaines de milliers d'hommes qui n'ont jamais et n'auront jamais d'autre logis, ou fument les usines, ou trottent les rickshaws ; ou s'épanouissent les fleurs violentes, ou grouillent, grouillent, grouillent les places, les marches, les bazars, les ruelles, les avenues et les temples ; ou, dans le quartier réservé, sous un éclairage féerique, en clair-obscur, venu de l'intérieur, se tiennent toute la nuit, aux portes et aux fenêtres de fragiles maisons ajourées et comme transparentes, les milliers de femmes qui semblent des figurines délicates jusqu'a l'irréel, ombres bleues, ombres mauves, ombres roses ; ou, dans le ciel meurtri de lumière tournoient sans cesse les vautours les plus gros du monde et que l'on voit, près de la Tour du Silence, tombeau des Parsis, dont les charognards dévorent les cadavres, couvrir entièrement les branches des arbres de leurs grappes immondes.

Joseph Kessel, La vallée des rubis.

C'est incroyable la capacite d'un ecrivain, a travers des phrases très longues, de enumerations et des répétitions, de réussir a refléter le rythme effréné d'une ville indienne. A souligner dans cette même phrase le meilleur et le pire, la beauté et l'horreur, les couleurs les odeurs et les gens.

Je ne connais pas Bombay, seulement une autre ville indienne, mais pour moi, c'est un tres fort resumé d'une entite tres importante de l'Inde.

Qu'en pensez vous?
"Lorsque quelqu’un te blesse, tu devrais l’écrire sur le sable afin que le vent l’efface de ta mémoire mais lorsque quelqu’un fait quelque chose de bon pour toi, tu dois l’écrire sur la pierre afin que le vent ne l’efface jamais." Proverbe Touareg
TI Titania Regular ·
Salut Douya et merci pour ce passage du livre, que tu nous a transmis. Je ne connais pas le livre, ni l'auteur, cependant ce qu'il écrit laisse présager d'une bonne lecture.

Bombay c'est tout cela .... et j'espère qu'il parle aussi des odeurs .... l'odeur en Inde, c'est ce qui tenaille le plus, ce qui reste encore et que j'hume en ouvrant un livre que j'avais avec moi en Inde (il y a presque 3 ans...).

A ce propos, livre qu'il faut remettre dans son contexte temporel (et encore plus pour ceux qui connaissent l'auteur et ne risquent pas trop d'être "choqués") je conseille vivement "L'odeur de l'Inde" de Pasolini ....

Subtil et indélicat à la fois
Elle était débout la ville !!!
ES Espritzen Regular ·
je pense que le sujet du livre est sur la birmanie ! 😏
😛 http://community.webshots.com/user/pbas400
DO Douya Veteran ·
Tout a fait, c'est un roman sur la vallee des rubis a Mogok dans la Haute Birmanie. Des paysages superbes, la description d'une ville miniere et toutes les activites qui gravitent autour, avec son lot de personnages haut en couleurs.

Le texte sur Bombay est decrit lors d'une escale de quelques jours, pendant le voyage de Paris a Rangoun, deja sur Air India !

Mais de part l'ecriture simple et fluide, c'est un livre tres sympa pour qui veut s'impregner de la jungle de l'Asie du Sud-Est.
"Lorsque quelqu’un te blesse, tu devrais l’écrire sur le sable afin que le vent l’efface de ta mémoire mais lorsque quelqu’un fait quelque chose de bon pour toi, tu dois l’écrire sur la pierre afin que le vent ne l’efface jamais." Proverbe Touareg
FA Fabricia Globetrotter ·
Hello, Douya !

Je suis tombée, par hasard, sur cette discussion qui m'intéresse au plus haut point... car je suis plongée dans ce roman de Kessel (que je n'avais jamais lu...) et j'ai été frappée par le passage que tu as cité sur Bombay.

On dirait qu'il a été écrit hier tellement les descriptions coïncident avec ce que j'ai ressenti lorsque je suis arrivée dans cette mégapole il y a quelques années... Quel style ! Je me demande si ses impressions birmanes sont aussi valables maintenant ? Connais-tu le Myanmar d'aujourd'hui ?

A +
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
LO Loh2o Regular ·
as-tu lu SHANTARAM, de G.D. Roberts? Pour le coup, c'est sur BOmbay... un chant d'amour à cette ville...

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