Chulichan, une nonnerie nichée dans une petite forêt sur une route minuscule un peu perdue au milieu du Ladakh, au milieu des montagnes.

Ce qu’on savait, c’est qu’une trentaine de gamines vivaient dans ce petit monastère et qu’elles manquaient de beaucoup de choses. Il était difficile d’évaluer les besoins exacts, mais ce qui était sûr, c’est que notre route passant par là, on pouvait y faire quelque chose pour améliorer un peu l’ordinaire. Les trajets étant assez compliqués sur ces routes, on ne pouvait pas faire plusieurs allers-retours. Ne restait plus qu’à essayer d’évaluer les besoins et viser au plus juste.
Après concertation avec le bureau de l'association, et compte tenu de cette "première", j'avais carte blanche pour faire ce qui nous semblait le mieux.
Inutile de penser à un investissement important type matériel de cuisine ou équipement lourd, on risquait trop de tomber à côté. Le plus évident était du matériel scolaire. Stylos, crayons noirs et gommes, crayons de couleurs, cahiers, cahiers de géographie indiens, des livres pédagogiques. Un peu de lecture aussi avec des romans. Nourrir l’esprit, d’accord, mais on pouvait aussi améliorer la nourriture du corps avec ce que leur potager n’amène pas encore en fruits et légumes.
Et puis on pensait que quelques jeux seraient aussi bien appréciés, on a donc jugé que des jeux de cartes et des jeux de badminton serait un achat opportun. Sans oublier l’encens qui est un produit hautement consommé dans les monastères.
Faire ces courses dans les boutiques de Leh, la ville la plus proche, fut un bon moment rien qu’en imaginant leur tête et choisir au mieux les livres, cahiers, et tout le reste. La première boutique fut pour l’encens. Longue discussion avec le vendeur pour savoir ce qui serait le mieux, choisir parmi les dizaines de catégories … et demander une facture. Juste un petit bout de papier, le prix en roupies et une petite signature. Le vendeur joue le jeu avec un grand sourire, il est peu habitué à ce genre de chose. Une deuxième boutique pour de l’alimentaire. Même discussion, même demande.
La troisième boutique, on l’avait déjà repérée depuis quelques temps. C’est fou ce qu’on peut ensiler de choses dans un volume aussi petit. Le moindre centimètre au sol ou en hauteur est utilisé. Les murs sont tapissés de jouets, de matériel d’école et on allait y trouver notre bonheur. On se sentait comme de vrais gosses à choisir des cahiers solides mais sympas parmi d’innombrables piles, des stylos qui dureraient, des livres attrayants. Beaucoup de jouets nous tentaient, mais on voulait trouver des jeux collectifs.


Le marchand nous regardait d’un air interloqué faire nos emplettes en s’interrogeant sur la destination de tous ces achats, et il s’appliqua à mettre sur la facture chaque type d’article et son prix avec le soin d’un écolier. Jamais personne ne lui avait fait une si grosse commande. On laissa les paquets dans un coin de sa boutique et il était convenu qu’on repasserait le lendemain récupérer l’ensemble avant de partir, démarche peu courante dans ce type d’endroit, mais qui ne posa pas de problème.
Le lendemain, à 9 heures comme prévu, on récupère le tout, le mettons dans le coffre de la voiture, et direction Alchi, avant de se rendre à Chulichan. L’impatience d’y être monte.
Le jour J arrive et on fait les dernières courses en produits frais pour la nonnerie. Tomates et melons au menu. Pesés, emballés, payés … et notre petite facture toujours avec le même étonnement du vendeur. Curieux d’ailleurs, comme un petit marchand de fruits et légumes avait une vraie « Bill Form » pour faire ses factures.


On se dirige enfin vers Chulichan. Quelques dizaines de kilomètres plus tard, on quitte la route principale pour en prendre une plus petite qui grimpe en serpentant dans la montagne. Un vieil homme fait du stop tout en filant la laine de Yack, il monte dans la voiture et on continue la montée dans le fond de la vallée.


Une petite forêt, un grand potager en contrebas, des gamines dans leurs habits rouges, un panneau Chulichan … on y est.


Emus, on descend de voiture.


Nurbo lui avait expliqué qu’on voulait lui parler et elle nous emmène alors dans ce qui tient lieu de salle à manger, une pièce de 20m² avec comme seul mobilier des coussins au sol et trois ou quatre tables basses comme dans toute maison ladakhie.
Commence une bonne discussion, avec son anglais meilleur que le notre, mais à trois, on s’est compris sans trop de difficultés.
La première chose était de lui expliquer qui on était et ce qu’on venait faire : une jeune association « T’aiDer pour L’Asie du Sud Est », mais quand on lui a dit dans un deuxième temps « Tashi Delek », ses yeux se sont illuminés. C’était nettement plus parlant pour elle. Donc, on lui parle de Parvat qui est venue il y a quelques temps à Chulichan, de l’envie qu’elle nous a communiqué de les rencontrer sans venir les mains vides, de notre association toute jeune, qui démarre à peine et qui trouvait judicieux d’inaugurer ses opérations coups de cœur pour ces gamines.
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Inutile d’attendre des cris ou même des hurlements de joies. Elles sourient, leurs yeux s’ouvrent en grands mais restent très réservées. L’extériorisation des sentiments n’est pas de mise. Timides, elles n’osent s’approcher. Tinsing qui semble vraiment contente leur dit de s'avancer, que tout ça, c’est pour elles et qu’elles peuvent regarder de plus près. Une, puis deux, puis toutes entourent la table. Certaines vont aussitôt sur les jeux de badminton avec les rires qui fusent quand le volant reste accroché dans les arbres.

































