Oui, effectivement, c'est très joliment dit.
Et toutes les pages de ce livre sont du même acabit.
Pour les amoureux des lettres et pour fuir un peu les invectives un peu trop présentes sur le site, je ne résiste pas au plaisir d'en rajouter une " louche " ...même si ce n'est pas forcement le sujet du post.
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Or, ce soir-là, à l'heure de la prière, Kadour me dit :
- Tu vas partir ; tu vas quitter la ville blanche ; il parait que l'Europe est belle.
Mon ami, donne-moi la main. Je viens de prier pour toi car tu vas t'en aller vers une contrée que je ne connais pas et j'ai peur que tu ne sois perdu pour moi.
On m'a dit beaucoup de choses sur ton pays mais comme je n'ai jamais quitté le mien, je ne peux les imaginer.
Tu étais bon. Tu nous aimais un peu ; tu savais la beauté des choses et la
grandeur de Dieu.
Tu aurais pu rester parmi nous ; mais je comprends ce soir que tu ne reviendras plus.
Nous avons visiter ensemble la ville des eaux qui chantent ( Fès ) , les jardins de
la Mamounia, ceux de l'Aguedal. Nous sommes restés longtemps silencieux dans l'ombre de la grande Chella ;
Cependant tu n'as pas pénétré mon cœur tout entier.
Nous sommes loin l'un de l'autre. Mille choses habitent ton âme européenne ; une
seule ou deux vivent en moi.
Mais, Sidi, j'entretiendrai la flamme de notre amitié comme la lampe sacrée dans la mosquée et quelquefois je prierai pour toi.
Je dirai :
" Dieu ! ô toi le Très-Saint, le Très-juste, le Très-pur, Mon ami va vers toi sans te
connaître , sans te chercher; ne le laisse pas s'égarer.
Car il est bon. Il a donné de l'argent aux pauvres, l'hospitalité aux voyageurs ; il a
donné un peu de son cœur à ses amis;
Il mérite ta miséricorde.
Ô toi qui fit la lune, le soleil et les étoiles, la fraîcheur des jardins, les robes des
chevaux, le parfum des jasmins, penche vers lui ta Toute-Puissance.
Si tu permets qu'il souffre maintenant, fais qu'il soit heureux plus tard car la
souffrance pendant la jeunesse est comme une rose sur la branche mais elle est
rude à la tombée de la vie.
Donne lui chaque jour son pain et son huile ;
Et qu'il s"endorme enfin tranquille la face tournée vers l'Orient. "
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