Quarante ans après, retour en Sardaigne sur les traces de mon passé

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BL
Je pense que, pour des raisons instinctives d’auto-protection, l’être humain n’est pas conçu pour intégrer par défaut des notions comme «plus jamais», car de telles pensées nous renvoient à la fragilité et, somme toute, à la brièveté de notre existence sur cette Terre. Elles sont génératrices de mélancolie, voire de déprime, états que l’être humain en bonne santé est programmé pour écarter autant que possible de sa route, à telle enseigne que, lorsqu’un tel état s’installe, s’installe avec lui, bien souvent, la pathologie correspondante.

Tout cela pour dire que, lorsque nous nous trouvons devant un paysage, un spectacle, un événement merveilleux, magnifique, émouvant, nous ressentons instinctivement que ce à quoi nous assistons va nous laisser un souvenir, une émotion durables, mais, au moment de nous détourner à regret pour poursuivre notre chemin, nous ne nous disons pas «plus jamais je ne verrai cet endroit» ou «je viens de voir le Soleil se coucher sur Bagan pour la dernière fois de ma vie… Demain, je reprends l’avion pour la France et je ne reviendrai plus jamais ici».

La plupart d’entre nous ne sommes pas «construits» pour nous dire ce genre de chose. Nous sommes programmés pour voir plutôt le bon côté des choses, pour profiter de la vie et de l’instant présent, voire pour anticiper les joies que recèle l’avenir («je suis impatient qu’arrive tel moment, car c’est alors que je partirai faire ce merveilleux voyage…»), et ce n’est que lorsque l’on prend conscience qu’on est maintenant plus proche de la fin de sa vie que du début, que l’on se remémore parfois quelque souvenir poignant, en se disant «hélas ! plus jamais je ne reverrai cet endroit…». Et, bien souvent, c’est malheureusement vrai.

Étant à peu près normalement constitué, je ne suis pas spécialement plus enclin à la nostalgie que mon prochain. Néanmoins, ce fut bien la nostalgie qui, au printemps 2015, me poussa à retourner en Sardaigne, avec pour principal objectif le fait de «revoir une dernière fois la baie de Cala Garibaldi à Caprera».

Comme vous en avez sûrement déjà marre de ma philosophie de comptoir, je ne vais pas épiloguer —en tous cas, pas trop longtemps. Je dirai donc seulement que, sur l’île paradisiaque de Caprera, au nord-est de la Sardaigne, fut créé dans les années cinquante un village de cases tahitiennes du Club Méditerranée, comme on appelait à l’époque ce que les paresseux d’aujourd’hui écrivent Club Med, puisqu’il faut, toujours et partout, «faire court», débordés que nous sommes par les multiples fragments d’activités entrecoupés de SMS, qui nous conduisent à un train d’enfer vers le jour de notre mort, sans même que nous ayons pris le temps de profiter… du temps qui passe, justement.

Mais je m’égare, une fois de plus.

Village du Club Med, disais-je donc. Moi, jeune ado de 14 ans passionné de voile, j’y fis en famille plusieurs séjours de deux bons mois à chaque fois, et pendant plusieurs années. Il y eut aussi la Corse, la Toscane, la Sicile, mais Caprera et la Sardaigne me marquèrent particulièrement, peut-être parce que c’est là que je vécus mes instants sportifs les plus intenses, que j’appris à naviguer dans le gros temps avec un marin qui allait devenir, quelques années plus tard, skipper de la course autour du monde, et là que je devins, à 14 ans donc, le plus jeune moniteur de voile que le Club ait jamais connu. On imagine la fierté du gamin…

Or donc, au début de l’année 2015, par le plus grand des hasards, j’appris que l’exploitation du village de Caprera avait cessé depuis plusieurs années et que tout était abandonné, laissé en l’état, sans espoir d’y faire quoi que ce soit d’autre puisque le lieu était désormais inclus dans le périmètre d’un parc naturel. La seule option était de tout détruire afin de remettre les lieux dans l’état d’origine, et bien entendu, les fonds pour ce faire manquaient.

Donc, «mon» village de Caprera pourrissait depuis déjà sept ans, sa merveilleuse baie, avec sa petite île posée au milieu, abandonnée de tous.

L’idée me vint aussitôt… que dis-je, l’ardente nécessité se fit jour aussitôt en moi: je devais retourner à Caprera pour documenter photographiquement («en mode urbex», comme diraient les jeunes d’aujourd’hui) le coin de paradis où j’avais été si heureux et si insouciant, près d’un demi-siècle auparavant.

Il me restait des photos de l’époque, photos prises par ma mère ou achetées au photographe du village (en noir-et-blanc, dans ce dernier cas), et en combinant ce qu’elles me montraient, et ce que je découvrais en utilisant les ressources de l’internet, j’acquis la seule certitude qui m’importait: il ne devait pas être difficile d’accéder physiquement dans l’enceinte du village défunt. Par exemple, depuis la plage, seule une frêle barrière en plastique souple d’un mètre de haut en défendait l’accès. J’emporterais mon fidèle Leatherman, et mon non moins fidèle Laguiole, et s’il le fallait, je saurais me servir des deux pour commettre la violation de propriété privée que j’étais tout prêt à assumer dans l’intérêt du devoir de mémoire!

J’arrivai donc en Sardaigne, et plus précisément à l’aéroport d’Alghero (grand merci au passage à Kate, dont le très joli carnet de voyage sur cette ville et ses environs m’a donné l’idée d’écrire celui-ci !), un jour de semaine parfaitement banal (et choisi comme tel) à la fin d’avril 2015. Trop tôt dans la saison pour que les premiers vacanciers soient déjà là pour s’intéresser à mes activités, mais assez tard quand même pour être quasiment assuré d’une météo typiquement sarde : soleil et belle lumière… si ce n’est qu’en débarquant de Lyon, où il faisait grand soleil, ce fut la pluie qui m’accueillit!

Je ne demeurai pas à Alghero : pour moi, de tous temps, cette ville n’avait été qu’un aéroport. Je pris aussitôt la route, au volant de ma voiture de location, destination le port de Palau, sur la côte nord-est. En chemin, je fus frappé par la magnifique perspective qui s’ouvrait depuis la nationale sur la basilique Santa Trinità di Saccargia, presque oubliée au milieu de la campagne, et dont la beauté sereine, mais aussi la triste décrépitude, me convainquirent de m’arrêter pour faire quelques photos, en profitant d’une miraculeuse éclaircie.

1. Une magnifique "casa cantoniera" abandonnée:

2 et 3. La basilique perdue au milieu des champs...



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AT Atila Globetrotter ·
J'aime bien les histoires ...
SU Suedois Globetrotter ·
Moniteur de voile à 14 ans.... Quel talent !
BL Blue439 Veteran ·
Merci, Attila! La suite arrive...
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BL Blue439 Veteran ·
Sur un bateau, j'arrive à me débrouiller à peu près... [:P]
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FD FDB Globetrotter ·
Bonjour,

un récit, des belles photos, une destination appréciée : il n'en fallait pas plus pour me faire cliquer sur le bouton "suivre cette discussion" [;)]
Faby
SU Suedois Globetrotter ·
Sur un bateau, j'arrive à me débrouiller à peu près... [:P]

Je ne conteste pas. Surtout pas car je n'ai pas le pied marin. Mais plutôt sous-marin. Je suis plutôt admiratif des grands-marins. J'en ai côtoyé d'assez sympas. D'autres à vomir. C'est la vie.

Ce qui me fait (un peu) sourire, c'est le terme " Moniteur de voile à 14 ans". Je ne savais pas que la France délivrait ce genre de document si tôt dans une scolarité. Ou alors, votre centre de vacances était en avance sur son temps.

Allez savoir .....
BL Blue439 Veteran ·
Ce qui me fait (un peu) sourire, c'est le terme " Moniteur de voile à 14 ans". Je ne savais pas que la France délivrait ce genre de document si tôt dans une scolarité. Ou alors, votre centre de vacances était en avance sur son temps.

Ce qui me fait sourire, c'est que tu es, toi, complètement en décalage avec le temps d'alors... Je te rappelle que nous étions à la fin des années 60... 1968, pour être précis: les "grands" qui arrivaient de Paris parlaient de l'invasion de la Tchécoslovaquie alors que nous n'en savions rien du tout (et d'ailleurs, je ne comprenais pas bien de quoi il s'agissait!), le principe de précaution n'était pas encore inventé (temps bénis!), je travaillais "au pair" à 14 ans (et aussi 15, et 16, etc.), c'est-à-dire pour quelques centaines de francs par mois et quelques colliers-bar, et Satan merci, l'omniprésente administration et sa paperasse ne nous avaient pas encore rattrapés...

De plus, "la France", comme tu dis, était bien loin, le chef de village était le roi (y compris vis-à-vis des pouvoirs publics locaux italiens, trop contents de bénéficier des importantes retombées économiques locales du village), et quand le chef de voile annonçait que j'étais devenu moniteur, personne ne me demandait mon diplôme... J'avais dû lui prouver, à lui, avant, que je le méritais.

L'année qui suivit, en Toscane, j'assurai le Cours Compétition pendant 4 semaines, ce qui me fit piloter toute la journée, tous les jours sauf les jours d'arrivée (les RTT n'avaient pas non plus été inventées), un gros Zodiac muni d'un moteur hors-bord de 40 CV, sans le moindre permis.

Donc, tu vois, nous étions à des années-lumière de tes "documents"! Aujourd'hui, je ne doute pas qu'il en faille, mais pas à l'époque...
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BL Blue439 Veteran ·
Bonjour,

un récit, des belles photos, une destination appréciée : il n'en fallait pas plus pour me faire cliquer sur le bouton "suivre cette discussion" [;)]

Merci à toi! Quelques problèmes techniques à résoudre pour l'upload des photos qui ne passent pas (bien qu'elles fassent plus de 2000 pixels dans leur plus grande dimension) et je reprendrai le cours de mon récit...
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BL Blue439 Veteran ·
Je repris la route pour arriver en début de soirée à Palau, à l’heure pour embarquer sur le ferry qui me conduirait à l’île de La Maddalena.

4. Arrivée du ferry Palau-La Maddalena. Il s'appelle Isola di Caprera, sûrement un bon présage...

5. On ramène les aussières à bord...

Les paysagistes bretons le savent bien : rien de tel que l’alternance entre les averses et les éclaircies pour créer de belles luminosités, et ce soir-là, je profitai de l’occasion.

6. En mer —enfin, n'exagérons rien, c'est une traversée de 30 minutes— le prochain grain s'annonce.

7. Impressionnant pâté de cumulo-nimbus au-dessus de La Maddalena

Le lendemain matin, la pluie tombait toujours, persistante, tenace. Je me demandais si la piste en terre qui rejoignait la petite plage du Club n’allait pas avoir été transformée en fondrière. Pour parer à ce genre d’éventualité, j’avais essayé de louer un 4×4, mais peine perdue, je n’avais obtenu qu’un de ces «cross-over» très à la mode mais qui ne sont rien d’autre que des berlines de tous les jours, légèrement surélevées. Quoi qu’il en soit, en fin de matinée, la pluie sembla diminuer d’intensité, voire même, par moments, cesser complètement. Je pris donc la route.

Caprera et La Maddalena, deux îles qui se touchent presque, ont toujours été reliées par un pont. Celui, très vieux, très étroit et très rouillé, que j’avais connu, avait été remplacé par un moderne petit ouvrage tout en courbes, un peu dans le style flatteur de Calatrava. Je passai sans m’arrêter mes souvenirs m’attendaient plus loin.

À force de m’user les yeux sur Google Earth, j’avais exactement mémorisé la route à suivre pour parvenir devant ce qui avait été le « portail » du village (quelques rares vacanciers, surtout italiens, y venaient en voiture), avant de rejoindre la piste sableuse de la cala Garibaldi. Bientôt, je parvins devant un mur bas et un petit portail fermé. La case qui avait dû abriter le gardien/concierge agonisait sans bruit, un drapeau italien en lambeaux battait dans le vent. Le muret était ridiculement facile à escalader : il n’y avait guère qu’à l’enjamber, et aborder ainsi le village « par derrière » pouvait contribuer à plus de discrétion. Une affichette bien en vue proclamant que l’endroit était videosorvegliato, j’inspectai soigneusement les environs à la recherche d’une caméra et n’en trouvai point : c’était de la frime, et il en faudrait plus pour me dissuader. Je « fis le mur » sans difficulté j’y étais.

8. Derrière cet humble “portail”, le village abandonné m'attend...
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JO Jojoone1 Globetrotter ·
Bonsoir,

Evidemment après une telle introduction - que dis-je, un lancement - on est impatient de découvrir le feuilleton suivant. J'aime l'originalité de la démarche.
« Tout le monde s'interroge sur comment laisser une meilleure planète à nos enfants, mais on devrait plutôt penser à laisser de meilleurs enfants pour notre planète. » Clint Eastwood
KA Kate Globetrotter ·
J'aime ta photo 1, elle exprime parfaitement en image ce que tu racontes avec des mots (le souvenir, l'abandon, ce qui n'est plus...). La 7 (plus que la 6) en raison des ondulations harmonieuses de la colline et du cadrage original. La 8, où le flou se précise justement sur le chemin de la découverte, douceur qui tranche avec l'horrible panneau d'interdiction. Il me tarde de voir ce qu'il y a derrière cette barrière ! [;)]
Mes photos sur Flickr: https://www.flickr.com/photos/153304262@N05/albums "Le Temps nous égare. Le Temps nous étreint. Le Temps nous est gare. Le Temps nous est train".
FD FDB Globetrotter ·
Ce qui me fait (un peu) sourire, c'est le terme " Moniteur de voile à 14 ans". Je ne savais pas que la France délivrait ce genre de document si tôt dans une scolarité.

L'Italie en l'occurrence [:)]
Faby
PI Pierre Globetrotter ·
Moi aussi j'attends devant cette barrière ! [:)]
Mon espace web : http://www.world-blogueur.com Spéciale déconfinement https://voyageforum.com/discussion/enfin-libres-entre-rivieres-fleuves-canaux-velo-fil-eau-entre-seine-loire-d10299732/
BL Bluequark Veteran ·
Bonsoir,

Et moi aussi j’attends....
Bluequark

Carnets : Namibie, Laos-Perhentias-BKK, Ouest US, Lanzarote, New-York, Berlin, Cuba, Bardenas Reales, AFS -Lesotho-Swaziland, Japon et le dernier né Colombie: https://voyageforum.com/discussion/ete-2017-trois-semaines-en-colmobie-en-famille-d10108246/
RO Rouquine38 Globetrotter ·
+1 🙂 Pour une entrée en catimini, c'est loupé...😉
"Voyager est un triple plaisir : l'attente, l'éblouissement et le souvenir." Ilka Chase
SU Suedois Globetrotter ·
Ce qui me fait (un peu) sourire, c'est le terme " Moniteur de voile à 14 ans". Je ne savais pas que la France délivrait ce genre de document si tôt dans une scolarité.

L'Italie en l'occurrence [:)]

Certes. Sauf que le Club Med appartenait à un consortium français(Blitz/Trigano)nous étions dans la période immédiatement post-soixante-huitarde...Je comprend le coup des diplômes.
SE Sethi ·
Merci pour ce texte et les magnifiques photos! J'espère lire la suite très viiiiite[;)]!
BL Blue439 Veteran ·
Merci infiniment à celles et à ceux qui ont eu la gentillesse de rejoindre les suiveurs de ce carnet, et de manifester leur intérêt...

La suite arrive... Il y a toujours beaucoup de texte et peu de photos, mais la proportion s'inversera par la suite!

Ce qui me surprit le plus tout d’abord, ce fut la végétation. Hormis sous la pinède où je savais qu’il ne poussait pas grand-chose au travers de l’épais tapis d’aiguilles de pin, je m’étais attendu à devoir faire face à une véritable jungle : en sept ans d’abandon, ça pousse drôlement, mon jardin en sait quelque chose chaque printemps ! Or, ici, les herbes restaient parfaitement gérables, presque disciplinées. Je mis cela sur le compte des sécheresses de l’été, qui devaient promptement ruiner les efforts de pousse initiés au printemps. L’autre chose surprenante, ce fut la verdeur généralisée : je réalisai soudain que je n’avais jamais connu Caprera qu’au cœur de l’été, où dominait le jaune uniforme, à l’exception de quelques mètres carrés de pelouse et de fleurs au restaurant ou vers le bar, soigneusement entretenus par le jardinier. Mais au début du printemps, tout était vert, la végétation nouvelle croissant avec espoir sur les restes putréfiés de celle des années passées.

9. Le village abandonné au printemps...

Je cheminais lentement parmi les cases abandonnées, dans un silence de nécropole, à peine troublé par le rare chant d’un oiseau. Quelqu’un m’avait dit de me méfier des sangliers. Je sais que ces bestiaux peuvent être féroces, notamment quand ils ont des petits (ce qui était certainement le cas à cette période de l’année), aussi je surveillais le sol, et à plusieurs reprises je repérai des laissées, sans toutefois jamais voir ne serait-ce que la queue d’un sanglier.

Extérieurement, les cases ressemblaient à celles que j’avais connues et habitées. Je ne sais combien de temps dure le matériau dont elles sont faites, mais la plupart d’entre elles étaient encore en très bon état, et apparemment très saines et sèches à l’intérieur, à l’exception de certains toits quelque peu décoiffés par les vents, toujours violents aux abords des Bouches de Bonifacio. La plupart des plaques nominatives (chaque case a un nom, qui constitue son « adresse ») étaient plus récentes que celles que j’avais connues, mais j’en retrouvai avec émotion certaines dont le graphisme était sans nul doute celui utilisé jadis…

Les changements, pourtant, étaient nombreux, et marquants. D’abord, les portes étaient conçues pour fermer au cadenas. Au sol, plus question d’une simple chape de ciment (voire, j’avais connu le cas, de terre battue !), mais un joli carrelage bien réalisé, et dont je peux témoigner de la bonne tenue dans le temps, même après sept années d’abandon. Le mobilier, lui aussi, avait bien évolué : certes, les lits restaient ce qu’ils avaient toujours été, c’est-à-dire sommaires, mais il y avait maintenant deux penderies par case (luxe inouï), et chacune d’elles était officiellement munie d’une cassette forte, elle aussi prête à être cadenassée, et dans lesquelles le Club recommandait très officiellement de ne pas laisser plus de 250 euros en argent, et 2500 en bijoux et objets de valeur divers…! Je tombais des nues. Y avait-il donc eu besoin d’argent au Club? Ne déposait-on pas tout, comme avant, au coffre du village, dès l’arrivée? Ces grands niveleurs de classes sociales qu’étaient le collier-bar et le paréo n’étaient-ils plus là pour contribuer à créer cette merveilleuse ambiance que nous avions connue, et tellement appréciée? Pouvait-on désormais laisser sa montre Cartier dans le «coffre-fort» de sa case pour l’exhiber à la convoitise d’autrui, le soir au bar, espérant ainsi compenser de médiocres performances au tir à l’arc, au water-polo ou à la pétanque, plus tôt dans la journée? Le Club aurait-il changé à ce point?

Il semblait bien que oui d’ailleurs, n’avait-on pas été jusqu’à équiper chaque case d’un plafonnier électrique? Pourquoi pas un jacuzzi et un dock pour iPhone, tant qu’on y était?

10. L’intérieur d’une case:

Je ressortis, perplexe, de la case que je venais de visiter. Ce que j’y avais vu m’en disait long sur la manière dont le Club, son esprit, son ambiance, avaient évolué.

Poursuivant mon chemin, explorant de droite et de gauche, je tombai sur un premier «sanitaire» : ainsi appelions-nous, à l’époque, ces blocs communs réunissant lavabos, douches, toilettes, bacs à linge, bref les seuls points d’eau (toujours potable, même si elle n’avait parfois pas très bon goût) du village en-dehors du restaurant, du bar et des lieux des activités. Alors que, dans les cases, tout le «mobilier» (si l’on peut dire) avait été laissé sur place, aux sanitaires tout ce qui pouvait être raisonnablement démonté avait été emporté: robinetterie, bondes, tuyauteries, siphons, tout était parti, sans vandalisme apparent, sans brutalité, sans dégâts, comme si le démontage avait été volontairement réalisé avec calme et méthode après la fermeture du village. Pourtant, les tubes devaient tous être en PVC, et les robinets en alliage chromé, pas de cuivre dans tout ça, mais peut-être tout cela avait-il quand même une valeur que j’ignorais, et que le Club avait voulu réaliser avant de quitter les lieux…?

11. Un “sanitaire”

EDIT du lendemain: Enfin réussi à uploader les photos... Merci pour votre patience!

Et on s'arrête là pour ce soir, j'aurais volontiers poursuivi, mais... mais... serveur en panne... réseau en rade... on ne sait pas trop... mais le résultat, c'est que les photos ne se chargent plus. Ce n'est pas la première fois, le service technique de VF est prévenu mais rien ne se passe... et j'en ai marre d'essayer pour ce soir. On exige de nous de grosses photos (2000 pixels minimum dans la plus grande dimension), mais on ne parvient pas toujours à gérer les uploads, apparemment...
__ https://www.flickr.com/photos/d_robert/ http://www.drobert-photo.com Blog : http://drobert-photo.blogspot.fr/
FD FDB Globetrotter ·
le Club recommandait très officiellement de ne pas laisser plus de 250 euros en argent, et 2500 en bijoux et objets de valeur divers…! Je tombais des nues. Y avait-il donc eu besoin d’argent au Club ? Ne déposait-on pas tout, comme avant, au coffre du village, dès l’arrivée ? Ces grands niveleurs de classes sociales qu’étaient le collier-bar et le paréo n’étaient-ils plus là pour contribuer à créer cette merveilleuse ambiance que nous avions connue, et tellement appréciée ? Pouvait-on désormais laisser sa montre Cartier dans le « coffre-fort » de sa case pour l’exhiber à la convoitise d’autrui, le soir au bar, espérant ainsi compenser de médiocres performances au tir à l’arc, au water-polo ou à la pétanque, plus tôt dans la journée ? Le Club aurait-il changé à ce point ?

bonjour,

peut-être que le Club n'a fait que s'adapter aux nouvelles habitudes de la clientèle...[;)]

j'ai vu un jour en pleine cambrousse vietnamienne un voyageur (sac à dos) exhiber son stylo Mont-Blanc à coup sûr la meilleure façon de le perdre ou de se le faire voler.
Faby
MA Magne2 Globetrotter ·
beau texte bien accompagné par les images , merci
Hasta la vista
CA Caperam Veteran ·
Bonjour, Je vais regarder avec émotion les photos, ayant passé l'été de mes 16 ans (en 1988) au même endroit... En 1988, ni carrelage au sol dans les cases ni coffre-fort dans les étagères [;)]... et ma mémoire flanche pour les plafonniers...

Merci pour le voyage.

Anne-Marie
Carnets : Namibie en camping car, l'Est de l'Afrique du Sud, du KTP au Kaokoland en 4x4, la Norvège en hiver 2x, l'Ecosse en hiver, la Namibie avec remorque, l'Islande en camping car en juin, le tout avec 4 enfants, dans le profil https://voyageforum.com/v.f?membre=Caperam;
BB Bbayle Regular ·
Bonsoir

L'émotion transparait dans ton texte , joliment écrit j'aime bien tes photos qui permettent de comprendre qu'il y a eu une vie avec de l'affect sur ce site que tu as connu . Ça fait partie des "beaux" messages ce que tu nous offres.

[ Peut-être ....un croisement vers les palourdes de Locmariaquer.. ]

Bernard_Bayle
Bernard_Bayle -- http://www.bbayle.com/voyages
EL Elcoprino Veteran ·
Bonjour, Dommage que ce post n'ait pas été publié plus tôt. Fin octobre, j'étais en Sardaigne, et je suis aussi allé sur les îles de la Maddalena et de Caprera. J'ignorais tout de village Club Med abandonné, sinon je serais bien allé y faire quelques photos. J'aime aussi photographier les case cantoniere et les gares abandonnées, à l'occasion. À propos, il existe un site et une page Facebook appelés "Sardegna abbandonata", peut-être seraient-ils fort intéressés par vos photos, tout à fait dans leur philosophie. Une question, enfin : qu'utilisez-vous comme appareil photo ?
On a deux vies. La deuxième commence le jour où on réalise qu'on en a juste une.
BL Blue439 Veteran ·
le Club recommandait très officiellement de ne pas laisser plus de 250 euros en argent, et 2500 en bijoux et objets de valeur divers…! Je tombais des nues. Y avait-il donc eu besoin d’argent au Club ? Ne déposait-on pas tout, comme avant, au coffre du village, dès l’arrivée ? Ces grands niveleurs de classes sociales qu’étaient le collier-bar et le paréo n’étaient-ils plus là pour contribuer à créer cette merveilleuse ambiance que nous avions connue, et tellement appréciée ? Pouvait-on désormais laisser sa montre Cartier dans le « coffre-fort » de sa case pour l’exhiber à la convoitise d’autrui, le soir au bar, espérant ainsi compenser de médiocres performances au tir à l’arc, au water-polo ou à la pétanque, plus tôt dans la journée ? Le Club aurait-il changé à ce point ?

bonjour,

peut-être que le Club n'a fait que s'adapter aux nouvelles habitudes de la clientèle...[;)]

j'ai vu un jour en pleine cambrousse vietnamienne un voyageur (sac à dos) exhiber son stylo Mont-Blanc à coup sûr la meilleure façon de le perdre ou de se le faire voler.

Merci pour ton passage. Oui, je ne doute pas que le style "rustique" qui prévalait dans les années 60-80 a évolué vers le haut de gamme sous la pression de la clientèle. Et donc, de très abordable qu'il avait été voulu au départ par ses fondateurs, le Club est devenu une formule de luxe...
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BL Blue439 Veteran ·
beau texte bien accompagné par les images , merci

Merci à toi !
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BL Blue439 Veteran ·
Merci à toi, Anne-Marie ! [:)]
__ https://www.flickr.com/photos/d_robert/ http://www.drobert-photo.com Blog : http://drobert-photo.blogspot.fr/
BL Blue439 Veteran ·
Bonsoir

L'émotion transparait dans ton texte , joliment écrit j'aime bien tes photos qui permettent de comprendre qu'il y a eu une vie avec de l'affect sur ce site que tu as connu . Ça fait partie des "beaux" messages ce que tu nous offres.

[ Peut-être ....un croisement vers les palourdes de Locmariaquer.. ]

Bernard_Bayle

Grand merci pour tes gentils mots... et à un de ces jours devant une bolée! [;)]

Kenavo !
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BL Blue439 Veteran ·
Bonjour, Dommage que ce post n'ait pas été publié plus tôt. Fin octobre, j'étais en Sardaigne, et je suis aussi allé sur les îles de la Maddalena et de Caprera. J'ignorais tout de village Club Med abandonné, sinon je serais bien allé y faire quelques photos. J'aime aussi photographier les case cantoniere et les gares abandonnées, à l'occasion. À propos, il existe un site et une page Facebook appelés "Sardegna abbandonata", peut-être seraient-ils fort intéressés par vos photos, tout à fait dans leur philosophie. Une question, enfin : qu'utilisez-vous comme appareil photo ?

Merci pour ton message... Il ne te reste plus qu'à y retourner! [;)]

Mon carnet inclura aussi d'autres sites de Sardaigne, bien sûr.

Je ne vais pas sur Facebook, sais-tu s'il existe un site internet de la même obédience?

Côté technique, je suis Nikoniste depuis toujours. Les photos de Sardaigne ont été faites avec un boîtier D810 et des objectifs à focale fixe Nikkor, Zeiss et Voigtländer.
__ https://www.flickr.com/photos/d_robert/ http://www.drobert-photo.com Blog : http://drobert-photo.blogspot.fr/
CA Caperam Veteran ·
Bonjour, c'est un site avant tout, https://www.sardegnaabbandonata.it/ avec de nombreux reportages.

Anne-Marie
Carnets : Namibie en camping car, l'Est de l'Afrique du Sud, du KTP au Kaokoland en 4x4, la Norvège en hiver 2x, l'Ecosse en hiver, la Namibie avec remorque, l'Islande en camping car en juin, le tout avec 4 enfants, dans le profil https://voyageforum.com/v.f?membre=Caperam;
EL Elcoprino Veteran ·
Je n'aurais pu mieux le dire [:)]
On a deux vies. La deuxième commence le jour où on réalise qu'on en a juste une.
BL Blue439 Veteran ·
Merci à tous les deux! Je vais voir s'il y a moyen de leur proposer le sujet et les photos (qui sont beaucoup plus nombreuses que ce que je vais proposer sur VF, mais je mettrai à la fin un lien vers le site spécialisé Club Med sur lequel j'avais publié cette histoire en 2015).
__ https://www.flickr.com/photos/d_robert/ http://www.drobert-photo.com Blog : http://drobert-photo.blogspot.fr/
EL Elcoprino Veteran ·
Merci pour ton message... Il ne te reste plus qu'à y retourner! [;)]

Ce n'est pas vraiment un problème, il faut juste que je gagne un peu ma vie entre deux voyages en Sardaigne mais les idées ne manquent jamais, pour ce qui est des choses à voir.

Côté technique, je suis Nikoniste depuis toujours. Les photos de Sardaigne ont été faites avec un boîtier D810 et des objectifs à focale fixe Nikkor, Zeiss et Voigtländer

Je pensais bien aussi qu'il s'agissait de matériel haut de gamme. Pour le moment je me contente encore de mon petit bridge que j'essaie d'exploiter au maximum de ses possibilités, mais il est clair qu'il est loin d'égaler les performances d'un équipement pro. En tout cas je comprends mieux les difficultés pour uploader les photos sur le site, si le D810 sort des "petits" jpeg de 25 M°
On a deux vies. La deuxième commence le jour où on réalise qu'on en a juste une.
BL Blue439 Veteran ·
Cheminant sous la pinède, je poursuivis ma route en direction de la mer, que je voyais scintiller entre les pins. J’eus un moment d’émotion en retrouvant, exactement au même emplacement, la petite table en pierre et les quatre petits sièges carrés qui l’entouraient, où je m’étais si souvent assis pour écrire. À part le badigeon orange-momoche (de mon temps, tout était d’un blanc beaucoup plus méditerranéen), ça n’avait pas changé du tout; l’espace d’un instant, je venais de faire un bond dans le passé de près d’un demi-siècle, qui me renvoyait avec une incroyable acuité à mes souvenirs de jeune adolescent : l’odeur était la même, les objets étaient les mêmes, jusqu’aux éclats de mosaïque lézardés, et même les troncs des arbres ne semblaient pas avoir changé…

12. Le petit “coin-correspondance” de mes 15 ans, rien n'a changé...

Enfin, j’atteignis le restaurant, situé juste au bord de la plage. Comme il me parut petit, dépourvu de ses tables et de ses bancs, alors qu’il me semblait si vaste lorsque je devais le parcourir parmi des centaines de dîneurs! Comme il était silencieux, triste, éteint pour tout dire, alors que je l’avais connu animé, bourdonnant, plein de senteurs et de saveurs…!

13. Derrière le muret bas, l'espace vide qui fut jadis le restaurant sous la pinède

Pour autant, au fond, il n’avait guère changé: sous l’épais tapis d’aiguilles de pin, se voyait le sol dallé que je reconnaissais, et dans un coin, je trouvai les fragments émouvants d’un plat et d’une assiette brisés, abandonnés depuis des années, et dont les couleurs, elles aussi, me parlaient par-delà les décennies écoulées… Que de souvenirs, de longue date enfouis, mais ranimés soudain par la contemplation de quelques pauvres fragments de porcelaine bon marché!

14. Morceaux de souvenirs abandonnés...

15. Vu depuis le restaurant, la fin de la pinède, les anciens terrains de volley-ball et la mer

M’arrachant à la vague de mélancolie qui me submergeait, je marchai jusqu’à la plage. Elle était en piteux état, encombrée d’immondices apportés par la mer et dégageant une odeur peu agréable. Plus loin, la montée vers le bar était barrée par un grillage bas et une plaque Proprietà privata. Rien ne serait plus facile que de l’enjamber, le moment venu. Je continuai le long de la mer vers la case de voile.

16. La plage en piteux état

Je pénétrais là, véritablement, dans ce qui avait été mon fief, mon royaume. Je marchai lentement le long de ce quai où, jadis, se trouvaient alignés les bers de sangles sur lesquels on portait les dériveurs après chaque sortie, et les plans inclinés en ciment qui servaient à les mettre à l’eau. Mais surtout, le quai était entièrement vide, désolé, déserté, d’une largeur haussmannienne maintenant que plus aucun bateau ne l’occupait. L’eau gardait cette transparence parfaite qui permettait de repérer les oursins et d’éviter de marcher dessus, et comme partout, le silence pesait comme une chape de plomb.

17. Le quai et, au fond, la case de voile

Je parvins enfin à la case de voile qui, comme la plupart des bâtiments en dur du village, semblait particulièrement mal en point, à telle enseigne que sa façade était étayée sur toute sa longueur afin de prévenir un effondrement imminent. L’escalier qui permettait d’accéder au toit-terrasse, sur lequel jadis, à l’abri des canisses, j’avais passé tant de moments heureux à rêver à mes navigations futures sur toutes les mers du globe, était bouffé par les ans et la rouille, au point que je n’osai pas m’y risquer. Contempler la décrépitude, et déjà quasiment la ruine, de ce lieu qui avait été pour moi un repaire familier où j’avais tellement appris et vécu tant de choses, fut un moment douloureux. Pourquoi avait-il fallu que ce village meure? Pourquoi les vacanciers ne savaient-ils plus se contenter de ce qu’un simple village de cases pouvait offrir?

J’imagine que je détenais une partie de la réponse, moi qui avais choisi, en venant à La Maddalena, de séjourner à l’hôtel Excelsior, qui arborait fièrement ses quatre étoiles…

Il n’empêche qu’en contemplant ce lieu, debout au bord de cette mer limpide, posant la main sur ces murs qui avaient été si familiers, j’écrasai furtivement une larme, car ce passé-là était lui aussi, et depuis longtemps, enfui à tout jamais. Ici, l’abandon, et bientôt la mort, sans doute, régnaient. Je revins à pas lents, le long de l’eau dont la transparence cristalline, elle, paraissait immuable, fraîche comme au premier jour, comme à l’aube de l’humanité.

Pour le plaisir, voici quelques photos d’époque, évidemment de très médiocre qualité, et ce d'autant plus que j'ai dû leur faire subir une cure massive d'embonpoint pour satisfaire aux liturgiques 2000 pixels minimum exigés par VF dans cette rubrique:

18. La case de voile au temps de sa splendeur (photo trouvée sur le Net)

19. Votre serviteur, ado, s'amusant méchamment à mouiller son équipier suspendu au trapèze (photo du photographe officiel du village)

20. Le même, un peu plus tard, moins fier, après un chavirage honteux (idem)

21. Gitana IV, yacht d'Edmond de Rothschild, à l'époque actionnaire de référence du Club. Edmond adorait la voile, et voir cet énorme bestiau sortir en louvoyant de l'étroite passe de Caprera est une prouesse que je n'ai jamais oubliée. La veille au soir, il était venu serrer la main à toute l'équipe de la voile avant de dîner avec le chef de village.
__ https://www.flickr.com/photos/d_robert/ http://www.drobert-photo.com Blog : http://drobert-photo.blogspot.fr/
BL Blue439 Veteran ·
Côté technique, je suis Nikoniste depuis toujours. Les photos de Sardaigne ont été faites avec un boîtier D810 et des objectifs à focale fixe Nikkor, Zeiss et Voigtländer

Je pensais bien aussi qu'il s'agissait de matériel haut de gamme. Pour le moment je me contente encore de mon petit bridge que j'essaie d'exploiter au maximum de ses possibilités, mais il est clair qu'il est loin d'égaler les performances d'un équipement pro. En tout cas je comprends mieux les difficultés pour uploader les photos sur le site, si le D810 sort des "petits" jpeg de 25 M°

En fait, ce n'est pas vraiment la faute du boîtier, car de toutes façons, les photos uploadées ici sont de taille très inférieure à ce qu'il produit. Mais l'exigence de VF des 2000 pixels minimum fait que, forcément, et même en échantillonnant à 72 pixels par pouce (norme pour l'Internet), les fichiers des photos sont de grande taille et pèsent lourd, sauf à les compresser et à sacrifier alors la qualité.

De plus, les objectifs sont davantage responsables que le boîtier lui-même de cette qualité technique (perçue) des images.

Et j'espère que le regard du photographe y est aussi pour quelque chose... C'est marrant qu'on ne demande jamais aux romanciers qu'on aime bien, "C'est quoi, la marque de votre traitement de texte?"
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EL Elcoprino Veteran ·
Pourquoi avait-il fallu que ce village meure? Pourquoi les vacanciers ne savaient-ils plus se contenter de ce qu’un simple village de cases pouvait offrir?

En fait, le village devait être complètement relooké, transformé en 5 étoiles, et le projet s'est enlisé dans les lenteurs et tracasseries administratives (urbanisme, etc.), tant et si bien que le Club Med a fini par jeter l'éponge. Ce qui en fin de compte, vous vaut d'avoir retrouvé le village dans son état d'origine, à peu de choses près.

http://www.lanuovasardegna.it/regione/2014/01/08/news/dopo-60-anni-il-club-med-lascia-caprera-1.8430839
On a deux vies. La deuxième commence le jour où on réalise qu'on en a juste une.
BL Blue439 Veteran ·
Pourquoi avait-il fallu que ce village meure? Pourquoi les vacanciers ne savaient-ils plus se contenter de ce qu’un simple village de cases pouvait offrir?

En fait, le village devait être complètement relooké, transformé en 5 étoiles, et le projet s'est enlisé dans les lenteurs et tracasseries administratives (urbanisme, etc.), tant et si bien que le Club Med a fini par jeter l'éponge. Ce qui en fin de compte, vous vaut d'avoir retrouvé le village dans son état d'origine, à peu de choses près.

www.lanuovasardegna.it/...ia-caprera-1.8430839

Oui, j'avais trouvé tout cela sur Internet avant de partir. Je n'ai pas voulu infliger tous ces détails aux forumeurs de VF, me disant qu'ils n'étaient sûrement pas tous intéressés.
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EL Elcoprino Veteran ·
Oui, je ne doute pas que le style "rustique" qui prévalait dans les années 60-80 a évolué vers le haut de gamme sous la pression de la clientèle. Et donc, de très abordable qu'il avait été voulu au départ par ses fondateurs, le Club est devenu une formule de luxe...

Tout cela est évoqué, d'ailleurs, dans un roman de Houellebecq : Plateforme.
On a deux vies. La deuxième commence le jour où on réalise qu'on en a juste une.
RO Rouquine38 Globetrotter ·
Que d'émotions et de nostalgie dans votre récit... Vous le décrivez si bien qu'on en ressent même les effets en lisant, merci de ce retour très personnel.
"Voyager est un triple plaisir : l'attente, l'éblouissement et le souvenir." Ilka Chase
BL Blue439 Veteran ·
Merci beaucoup pour tes gentils mots !
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BL Blue439 Veteran ·
Le cœur lourd, je refermai tout doucement la porte sur mon passé et fis le chemin en sens inverse jusqu’au pied de la rampe qui montait vers le bar. J’enjambai la frêle clôture. Ici aussi, tout était vieilli, rouillé, bouffé, en voie de putréfaction minérale et métallique. J’émergeai sur la terrasse qui dominait la baie, point de vue magnifique, sauvage et paisible, qui s’offrait à tous, tasse de café ou verre de grappa à la main.

22. Ce qu’il reste du bar:

22bis. Le bar:

Le banc de bois verni qui courait le long de la rambarde, et sur lequel ma mère m’avait photographié, n’existait plus, mais pour le reste, rien n’avait changé. Tout tombait en ruine, voilà tout.

23. La magnifique terrasse du bar, ouvrant sur la baie de cala Garibaldi:

24. Votre serviteur au même endroit lors d'une brève escale, en août 1984. Mon bateau de l'époque, Toscana, est mouillé dans la baie, au premier plan (le banc de bois existe encore, en tous cas dans cette partie-là):

25. Vue sur la plage et la partie orientale de la baie depuis la terrasse du bar:

26. Votre serviteur au même endroit, été 1968. Remarquez que les arbres n’ont pas significativement changé en presque 50 ans...

27. Pour les amateurs de technique, la photo ci-dessus a été prise par ma mère avec son Sem Baby, dont je viens de retrouver une photo sur le Web (photo © coll. Berthiot):

Je fis encore quelques pas. Devant mes yeux se déployaient maintenant, en contrebas, l’amphithéâtre, la piste de danse, l’estrade de l’orchestre, la scène où des milliers de spectacles d’amateurs avaient été joués devant des centaines de milliers de vacanciers, bref le lieu où, chaque soir et tout au long de ces années et de ces décennies, battait le cœur du village… Mais ce cœur-là avait arrêté de battre depuis longtemps, et je n’entendais plus, du fond de mes souvenirs d’enfant, que les échos presque éteints des applaudissements, des chansons et des tirades comiques qui avaient amusé et ému petits et grands au long de leurs merveilleuses vacances…

27. Les gradins, la piste de danse. Sur la gauche, la scène où se déroulaient les spectacles, au fond l'estrade où se trouvait l'orchestre. “Les soirs de première”, comme le chante Aznavour, quand le lieu affichait complet, on pouvait asseoir quasiment 1500 personnes sur ces gradins:

28. Vue de l’amphithéâtre depuis la place de l’orchestre. À droite, la scène et le bar à l'arrière-plan, en haut:

Il n’y avait plus ici que des fantômes, dont je discernais les contours diffus qui se mouvaient sur la scène, derrière les instruments de l’orchestre, sur les gradins… Ces fantômes jouaient, chantaient et tapaient dans leurs mains, mais ce n’était que dans ma tête, car en vérité il régnait ici un silence absolu, plus oppressant encore qu’ailleurs car c’était ici qu’il y avait eu le plus de joie, d’exubérance, de plaisir d’être ensemble, d’insouciance du lendemain.

Tout cela s’était évanoui à jamais dans les brumes du temps. Je pouvais en garder le souvenir, mais pas davantage.
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KA Kate Globetrotter ·


'tain dis donc t'étais beau gosse ! Pardon
Mes photos sur Flickr: https://www.flickr.com/photos/153304262@N05/albums "Le Temps nous égare. Le Temps nous étreint. Le Temps nous est gare. Le Temps nous est train".
BL Blue439 Veteran ·
'tain dis donc t'étais beau gosse ! Pardon

Comment ça, j'étais ??
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PI Pierre Globetrotter ·
Très chouette cette histoire illustrée, merci [:)]
Mon espace web : http://www.world-blogueur.com Spéciale déconfinement https://voyageforum.com/discussion/enfin-libres-entre-rivieres-fleuves-canaux-velo-fil-eau-entre-seine-loire-d10299732/
BL Blue439 Veteran ·
Merci PIerre, content que tu aies passé un bon moment. Je finis Caprera aujourd'hui, puis on passera à la suite du voyage...
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BL Blue439 Veteran ·
Je redescendis ensuite vers la plage et, en guise d’adieu, je marchai lentement jusqu’au bout du môle, là où, jadis, les vacanciers arrivant au village débarquaient des caïques qui les avaient transportés depuis Palau. Sur ce môle en béton brut, rien non plus n’avait changé.

29. Le môle du village

De là, la vue embrassait tout le village, les montagnes de l’île, le fort où nous allions parfois passer la nuit en bivouac. Ce panorama, je l'avais contemplé bien souvent, mais cette fois, je savais qu’il fallait que je me remplisse de cette vue et de ces ultimes souvenirs, car c’était certainement la dernière fois de ma vie que je venais ici. J'allais partir, et ce serait pour toujours.

Et puis, comme tout a une fin, je revins à pas lents vers la plage. Le pèlerinage prenait fin.

30. La case de voile telle qu'elle était en 2015, menaçant ruine:

31. Le quai, en regardant vers le village. Le petit bâtiment jaune à la racine du môle est la case de plongée, la pinède du village est juste après:

32. Le môle et la baie de Caprera:

Pour émouvante qu’ait été cette première visite, qui aurait à elle seule suffi à justifier mon voyage en Sardaigne, j’avais encore devant moi une petite semaine de vacances, et un programme de visite et de photographie bien rempli.

Pour les fans du Club qui voudraient prendre connaissance d’un compte-rendu de visite plus long et détaillé, tout est ici : http://www.collierbar.fr/clubmed-focus/caprera/Article%20Caprera%201e%20partie.htm et ici : http://www.collierbar.fr/clubmed-focus/caprera/Article%20Caprera%202e%20partie.htm

Nous continuons dès demain avec la suite du voyage en Sardaigne...
__ https://www.flickr.com/photos/d_robert/ http://www.drobert-photo.com Blog : http://drobert-photo.blogspot.fr/
SE Sethi ·
Je me joins au reste du groupe pour te dire merci pour cette histoire et ces photos ![:)]

La photo qui me reste en tête est celle des cases africaines encore toutes belles malgré le temps qui passe.... On dirait qu'elles attendent les voyageurs qui comme toi viennent les visiter de temps à autre pour se remémorer les vacances d'autrefois....
BL Blue439 Veteran ·
Merci Sethi pour tes gentils mots.

Moi aussi, j'ai été très surpris par l'état des paillotes. Franchement, après 7 ou 8 ans d'abandon, je m'attendais à les trouver dévastées par les tempêtes d'hiver, et pour celles qui subsisteraient, totalement envahies par l'humidité et la moisissure, alors que j'imaginais que les bâtiments en dur auraient correctement résisté.

En vérité, ce fut l'inverse: les paillotes étaient, pour certaines, un peu échevelées mais dans l'ensemble en excellent état, et parfaitement sèches à l'intérieur, alors que les bâtiments en dur, certainement construits dans une maçonnerie peu coûteuse, avaient subi de terribles ravages.

J'explique tout cela en détail avec des photos sur le site spécialisé collierbar.fr, mais j'ai pensé que ce genre de détail n'intéresserait pas les lecteurs de VF, aussi ai-je fait, pour le présent carnet, des coupes sombres dans mon compte-rendu original de 2015, tout en postant malgré tout les adresses auxquelles il est possible de se rendre pour consulter ce compte-rendu complet et détaillé.
__ https://www.flickr.com/photos/d_robert/ http://www.drobert-photo.com Blog : http://drobert-photo.blogspot.fr/
SE Sethi ·
Merci pour tes précisions sur tes "coupes sombres" (ça fait très mystérieux!) , je vais jetter un oeil aux sites dont tu fait référence.

En ce qui me concerne les détails des carnets de voyage ne me dérange pas au contraire, c'est souvent dans les petites choses et les anecdotes que je visualise plus clairement une situation ou une impression que le voyageur essaye de transmettre à travers son récit.
BL Blue439 Veteran ·
Quittons donc à regret l'île de Caprera et retrouvons-nous sur le sol de l'île de Sardaigne proprement dite. Ayant pris le premier ferry, je rallie Palau. Ce soir, ma chambre d'hôtel est réservée pour plusieurs nuits à Oristano à l'hôtel Camera con vista, que je recommande, Oristano est à peu près au milieu de la façade ouest de l'île, mais c'est à environ deux heures et demie de route et je sais que je n'aurai pas à affronter le genre de route qu'imposent, par exemple, les reliefs corses. Rien de tel ici.

Cependant, je n'irai pas à Oristano par la grande route directe, car plusieurs escales sont prévues en chemin, à commencer par la fabuleuse plage de Cala Capriccioli —et pas Capriccioso, comme j'ai pu l'écrire. Capriccioso, c'est le rondeau de Saint-Saëns.

Cala Capriccioli est incluse dans le périmètre de la zone qui fut baptisée dans les années 60 “Costa Smeralda”, la Côte d'Émeraude, en raison de la couleur prise par l'eau de mer sur les fonds sableux. Découverte par l'Aga Khan au début de ces années-là, la zone alors désertique fut rapidement développée avec pour centre névralgique le port de Porto Cervo.

Cala Capriccioli a toujours été un de mes endroits préférés sur cette côte que j'ai beaucoup fréquentée pour des régates, notamment les Swan Cup, sans pour autant remettre jamais les pieds à Caprera avant mon pèlerinage de 2015. Ce matin-là, les lieux étaient, comme je l'espérais, déserts, mais le délicieux sable blanc de la plage était envahi d'algues desséchées que j'ai donc essayé de ne pas inclure dans les photos...

33. Cala Capriccioli

34. Cala Capriccioli

35. Cala Capriccioli

36. Cala Capriccioli

37. Cala Capriccioli

NOTE: tiens, à propos de choses à recommander ou pas, NE LOUEZ JAMAIS DE VOITURE CHEZ SMILERENT! Je n'ai rien eu à reprocher en soi au SUV Peugeot récent qu'ils m'avaient alloué, mais sachez qu'il faut impérativement rendre les véhicules PROPRES, sinon ils vous facturent entre 80 et 150 euros de nettoyage...! Autant dire que, quand on est allé se balader dans le sable et la terre, ce n'est pas gagné d'avance... Aussi, à proximité de l'aéroport d'Alghero, Smilerent vous recommande un nettoyeur de voitures avec lequel ils sont visiblement en cheville... Le nettoyage vous coûtera pas loin de 40 euros (pour une voiture louée 6 jours, par un adulte seul, donc trois places sur quatre impeccables!), sans compter deux bonnes heures d'immobilisation prises sur votre temps de vacances, à ce tarif-là je conseille de vous adresser à d'autres loueurs.
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