Retour d'une semaine à Monrovia au Libéria en février 2007
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Je reviens d'une petite semaine passée à Monrovia, la capitale du Libéria, pour un boulot. Je vous en parle, parce qu'on a pas souvent l'occasion de se retrouver dans ce genre d'endroit, en tout cas en ce qui me concerne.

L'Afrique anglophone, je connaissais pas du tout. Quant au Libéria, c'est le pays des enfants soldats et de la guerre civile perpétuelle. Aujourd'hui cette période est belle et bien terminée, du moins on peut l'espérer. Les Libériens ont élu fin 2005 la première femme président de la république, Ellen Johnson Sirleaf, et elle chôme pas pour l'avenir de son pays. Un pays réellement cassé par 14 années de guerre civile. À voir Monrovia, j'imagine que le reste du pays doit être dans un piteux état.

Je devais faire des prises de vue pour un projet urbanistique au coeur de la capitale. Avec le réalisateur, j'ai donc fait des plans un peu partout en ville, le plus possible à des endroits un peu élevés, pour avoir de la perspective. J'ai donc pas mal sillonné Monrovia, et je voulais vous donner en vrac mes impressions.

D'abord, la sécurité relative de la ville est pour moi due à la présence de l'ONU, on peut le dire. Je n'avais jamais encore vu l'ONU sur le terrain, mais là ça m'a impressionné. Pour la population, je pense que c'est le signe que le reste du monde ne les oublie pas, et c'est déjà beaucoup. Ils assurent la sécurité dans la ville en appuyant la police et l'armée, et donnent aussi un cadre à toutes les ONG présentes sur le terrain. Il assurent aussi tous les transports aériens en hélico vers la province, au départ de l'aéroport qui était autrefois dévolu aux lignes intérieures. Les casques bleus tiennent aussi l'aéroport international (un tout petit bâtiment desservi par 4-5 compagnies, dont Brussels Airlines, une des deux compagnies européenne à desservir Monrovia), et disposent des check-points sur les routes autour de la ville, et aussi à l'intérieur même de la ville.

Les ONG sont très présentes, et viennent d'un peu partout. La Croix Rouge internationale, MSF, MDM, Oxfam, mais aussi de nombreuses missions de pays européens, qui donnent des 4X4 ou travaillent sur différents programmes, USAID bien sûr, qui participe à de nombreux projet. Il faut dire que les USA, qui ont toujours été présents historiquement, sont les seuls à être restés tout au long de la guerre, gardant leur ambassade retranchée comme unique présence étrangère dans la ville (je crois).

L'eau potable est distribuée dans des gros réservoirs en plastique installés un peu partout, où la population vient se servir. L'état commence tout juste la réparation du réseau d'eau courante, mais il y a un travail de titan à accomplir avant que toute la ville puisse être raccordée, les tuyaux étant dans un état déplorable. C'est assez étrange, cette impression que tout vient juste de recommencer. Ainsi l'éclairage public de la ville vient juste d'être remis en service il y a 6 mois, après plus de 15 ans!

Nous recherchions des points élevés, pour avoir un maximum de vues cavalières, et comme nous ne pouvions pas filmer depuis les ministères (les seuls bâtiments encore en état sont souvent occupés par des ministères), nous sommes rentrés dans plusieurs édifices assez impressionnants. Ces immeubles, notamment l'ancien siège d'un parti politique, complètement vide, et l'ancien hôtel le plus select de tout le continent, complètement squatté, ont tous une allure fantomatique. Il ne reste généralement que la structure en béton armé, le reste ayant été entièrement pillé et/ou brûlé. Les impacts de balles et de tirs de mortiers sont les stigmates indélébiles de cette guerre qui a tout ravagé. La fin de la guerre s'est passée à Monrovia, entre juin et août 2003, et ça a bien charclé, à tel point que les habitants appellent cette période qui a connu 3 attaques particulièrement sanglante "Worl war I, II and III".

On a vu des dizaines et des dizaines d'églises différentes, vraisemblablement évangéliques et montées par des faux religieux sans scrupules (selon notre driver).

Le combat engagé contre la corruption par la présidente est une des tâches les plus ardues à mener, et ici comme ailleurs, les petits pouvoirs donnent à leur détenteur le culot d'essayer de grapiller les dollars faciles. Finalement, la seule vraie corruption à laquelle nous avons été confrontée était le fait d'un flic en faction à un carrefour. Le responsable de la sécurité de l'aéroport de l'ONU a bien essayé, mais a laissé tomber.

Question insécurité, la plupart des bâtiments à peu près en forme sont protégés par des fils de fer barbelés, pour dissuader les voleurs éventuels. Des agents de sécurité veillent un peu partout sur les entrées d'hôtels, sur les restaurants. On sent quand même que la population doit se garantir d'une insécurité probable, même si nous n'avons eu aucun problème à ce niveau. Bon, en même temps, on n'a pas cherché les complications en se balladant la nuit dans la ville.

Malgré une certaine tension, les gens sont super, et nous avons fait quelques rencontres. Personne ne nous a jamais fermé la porte. On n'a jamais été réellement importunés. On a fait attention, responsablement. On se déplaçait en voiture, avec notre chauffeur, qui débroussaillait le terrain avant qu'on ne sorte de la voiture avec pied et caméra. Maintenant que nous sommes rentrés, je lis divers articles pas rassurants du tout, mais on a vraiment pris nos précautions.

Comme dans chaque pays où je me rend, j'ai cherché la présence chinoise. Je l'ai trouvée très vite, puisqu'ici comme ailleurs, les chinois occupent le terrain. Le président chinois, de passage quatre jours avant notre arrivée, a effacé les dettes libériennes envers la Chine. Comme au Sénégal, la Chine a offert au pays un stade de foot flambant neuf, fournissant matériaux et ouvriers pour mener à bien l'opération en un temps record. J'ai vu quelques chinois en ville, et aussi un ou deux restaurants. Dans le tout nouveau centre de télécommunications, visité par la présidente, j'ai aussi vu les idéogrammes sur les serveurs tout neufs de la salle des machines. Toujours dans le coin, les chinois prennent de plus en plus l'avantage, investissent et se placent. Ils sont bien présents, et se payent une bonne presse à peu de frais. Ce n'est bien sûr pas le cas des français, qui n'ont toujours pas trouvé le moyen d'ouvrir ne serait-ce qu'un consulat, alors même que de nombreux pays l'ont déjà fait. La présence française, selon un de nos compatriotes rencontré là-bas, se résume à une soixantaine de personnes dans tout le pays. Les Libanais, eux aussi, et comme dans beaucoup d'endroits, sont présents, et font du commerce ou du service. Leur présence est dit-on très ancienne.

En termes pratique, l'hôtel dans lequel nous avons dormi, le GMJ, situé dans une des artères principales, était un peu limite eu égard à son prix (125€/nuit), mais la clim était au point, l'eau courante et le personnel avenant. Et surtout, c'est un hôtel bien central, en face d'un webcafé à la cool et d'un endroit où sortir boire des coups.

Si ce n'était pas pour travailler, je vois pas pourquoi je serais allé à Monrovia, mais une chose est sûre, je ne regrette pas d'y avoir mis les pieds. J'imagine qu'il faudra patienter un peu avant que le pays ne s'ouvre réellement, et que l'endroit soit à nouveau une destination de villégiature. Mais ça pourrait être très agréable. D'ici là, quel boulot!!!
MI Miroku Veteran ·
Bonjour et merci à toi pour ce compte rendu circonstancié ! C'est toujours interessant d'avoir un point de vue différent de ceux des journeaux, pas toujours objectifs. Et merci pour cette petite pointe d'espoir, puisse ce pays, comme tous les pays d'Afrique, enfin accéder à une "réelle" indépendance, loin de la corruption dont toutes nos entreprises et dirigeants se montrent coupables envers eux.

Comme dans chaque pays où je me rend, j'ai cherché la présence chinoise. Je l'ai trouvée très vite, puisqu'ici comme ailleurs, les chinois occupent le terrain. Le président chinois, de passage quatre jours avant notre arrivée, a effacé les dettes libériennes envers la Chine. Comme au Sénégal, la Chine a offert au pays un stade de foot flambant neuf, fournissant matériaux et ouvriers pour mener à bien l'opération en un temps record.

Qu'est-ce qui motive ton fait de "rechercher" la "présence chinoise" comme tu le dis ? Au passage, la main d'oeuvre que les chinois utilisent en Afrique vient souvent des prisons de l'empire du milieu ....

@+
"Nous savons comment meurent les africains, mais jamais comment ils vivent" H. Mankell http://www.flickr.com/photos/kindofblue_1
MA Matlo Regular ·
Hello

Dsl j'ai mis un peu de temps à répondre, car VF ne m'avait pas indiqué de réponse à mon post. En fait, je m'intéresse à la présence chinoise dans le monde après deux voyages dans ce pays. Je trouve la situation politique, économique, sociétale et historique de la Chine foutrement intéressante. En particulier en Afrique, la Chine a été présente dès les indépendances, à divers endroits. Cette présence, intéressée idéologiquement à l'époque, intéressée économiquement aujourd'hui, ne fait que se renforcer après le "retrait" tout relatif malgé tout des grandes puissances du Nord. J'ai découvert à la tv chinoise que la Chine avait par exemple construit un chemin de fer au Mozambique. Lors d'un passage récent à Dakar, j'ai pu admirer le stade construit par les Chinois. Et donc à Monrovia, j'ai pu voir à quel point les Chinois investissaient la place, même si les Libériens ne sont pas dupes, et ne sont pas tout à fait prêts à se laisser imposer les propositions commerciales chinoises (c'est du moins ce qu'espèrent les gaillards avec qui nous avont discuté). Si je pouvais, j'irais bien jeter un coup dans d'autres endroits en Afrique.
BA Batnadou Regular ·
merci pour ton message, c est rare de trouver des posts sur ce apys ou j irais bientot car mom ami est de la bas. j ecrirais ic pour raconter
;) Nadia
LE Lexdexter ·
Merci beaucoup pour tes impressions car je pars dans 15 jours pour une mission d'1 an à Monrovia et ça me donne un petit compte rendu comme le fait de m'apercevoir qu'il n'y a pas de consulat!
La vocation c'est avoir pour métier sa passion!
MA Matlo Regular ·
Hello

C'est clair que tout n'est pas normalisé à Monrovia, loin de là! Le consulat français de la région est celui de la Côte d'Ivoire voisine. Que vas-tu faire à Monrovia?

Si tu veux causer français à un moment, tu peux croiser un type sympa mais dont je ne me rappelle plus le prénom, qui bosse au restaurant "chic" de Monrovia: La Pointe. C'est juste derrière le temple maçonnique, il y a une belle vue sur le rivage. De toute façon, tu y passeras forcément, car l'endroit n'est quasiment fréquenté que par des expats (humanitaires et hommes d'affaire de tous horizons).

Si tu as l'occasion, va faire un tour en haut de l'ancien Hôtel Ducor, le point culminant de Monrovia, tu as une vue incroyable sur toute la ville. Il vaut mieux y aller accompagné cela dit, mais c'est faisable je pense. C'était un ancien palace des années 60. Maintenant c'est un bidonville en béton, avec des nuées de gamins. C'est sombre, c'est crade, mais en haut des escaliers, le dernier étage est gardé par des vigiles, qui veillent sur les antennes relais pour la télé et les téléphones portables. Côté mer, il y a la piscine toute vide, et tu as une belle vue sur le port, côté ville tu vois jusqu'à l'executive mansion et à l'université. C'est réellement impressionnant.

Enfin, tu mangeras de la chèvre à la sauce "grain" et du Jalava rice, et tu boiras de la bière "Club". Ce petit goût de Libéria...
LE Lexdexter ·
Merci pour tes petits conseils touristiques, j'y ferai un tour le WE... En fait, je pars en tant qu'infirmiére nutritionniste pour Action contre la faim! Pour les plaisirs de la chair, je repasserai car je suis végétarienne et ne boit pas d'alcool...😏
La vocation c'est avoir pour métier sa passion!
RI RicoVN ·
Intéressant d'avoir quelques impressions récentes de ce pays. J'y avais passé 2 semaines il y a 10 ans exactement, en 97. J'étais alors en poste en Guinée voisine et il nous était venu l'idée saugrenue avec l'un de mes collègues de l'époque de partir en "vacances" là-bas. Charles Taylor venait tout juste d'être élu président et tout le monde pensait que la paix était enfin revenue. Ce qui n'a pas été le cas malheureusement... N'empêche qu'il y a eu une période d'accalmie et d'espoir qui a duré environ 1 an. Nous étions partis de la frontère Guinéenne (Ganta) jusqu'à Monrovia en taxi. Je garde aussi le souvenir de gens très chaleureux et dynamiques, des conditions de sécurité moyennes malgré la présence des Ecomog (ils ont été remplacés ensuite par l'ONU), et un flou administratif complet provenant de la tentative "d'intégration" des différentes factions de l'époque. Il y avait même encore 2 monnaies différentes en circulation (le dollar "liberty" et le dollar "JJ"). Bref j'espère que cette fois c'est la bonne et que les libériens vont enfin sortir de l'enfer car ils le méritent.

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